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QUATRE LETTRES LE MEXIQUE EXPOSITION ABSOLUE DU SYSTÈME HIÉROGLYPHIQUE MEXICAIN LA FIN DE L’AGE DE PIERRE. ÉPOQUE GLACIAIRE TEMPORAIRE COMMENCEMENT DE L’AGE DE BRONZE. ORIGINES DE LA CIVILISATION ET DES RELIGIONS DE L’ANTIQUITÉ D’A.i»iiÈs L.K a:E:o-.A.M:oxT3:-i ET AUTRES DOCUMENTS MEXICAINS, ETC.
M. BRASSEUR DE BOURBOURG ADcieu administrateur ecclésiastiqae desJLudieos de Rabinal (Guatemala), etc.
PARIS MAISONNEUVE ET C’% LIBRAIRES 15, QUAI VOLTAIRE.
LONDON, TRÛBNER AND G% 60, PATERNOSTER-ROW.
S«int-Cload. — Imprimerie de H V* BEUM.
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AVANT-PROPOS
Les QuatreLettres dont se compose ce volume ont été écritesà la demande dequelques amis. Les lecteurs qui voudront se donner la peine de les lire, s’en apercevront facilement, au style familier qui y règne et au pêle-mêlede quelques détails.Lesquestions qu’elles traitent n’en sont pas moins très-sérieuses et dignes, au plus haut degré, de fixer l’attention du monde savant. J’engage donc vivement les lecteurs qui les auront une fois entamées, à ne pas les parcourir simplement, à la légère oucomme en passant, mais à s’en occuperentièrement. Au cas contraire, il vaudrait mieux, pour eux comme pour moi, qu’ils ne les lussent pas du tout. Encore, même pour en tirer un fruit réel, serait-il bon, en s’y mettant, de renoncer à toute idée préconçue, pour ou contre l’Amérique, la matière étant bien plus nouvelle qu’on ne pourrait se l’imaginer, même après avoir lu l’introduction, placée en tête de la Relation des choses de Yucataii de Landa. Bien des gens, accoutumés à ne voir les choses qu’à travers des lunettes de professeurs, aux prétentions classiques, ne se gêneront pas pour dire que le livre n’est qu’un tissu de paradoxes. Je ré-
VIII — pondrai donc, d’avance, que si, comme l’énonce le dictionnaire, le paradoxe est une t proposition contraire à l’opinion commune >, ces gens-là auront entièrement raison. Bien plus, j’ajouterai l’exemple fourni par le dictionnaire, et je dirai que, si « le mouvement de la terre autour du soleil a été regardé longtemps comme un paradoxe >, il en sera de même de la proposition fondamentale de mes quatre lettres où j’avance et où je prouve que la civilisation tout entière, à laquelle on a toujours donné l’Orient pour berceau, vient de l’Occident, c’est-à-dire de l’Amérique.
Rira qui voudra, c’est ce dont je m’embarrasse fort peu ; mais rirabien qui rira le dernier. Car il n’y a que les sots qui rient, en voyant rire les autres, ou qui haussent les épaules, pour faire comme le voisin.
Quant à moi, pardonnez-moi de faire ici une profession de foi, je lis tous les livres ettous les journaux, mais je ne suis de l’avis d’aucun en particulier. Je n’appartiens à aucune coterie, scientifique, littéraire, ou soi-disant théologique, je ne suis ni du gouvernement ni de l’université, bien que je puisse, au besoin, être de l’un ou de l’autre et servir[mon pays, dans la mesure demes capacités; ce que j’ai déjà fait. Mais je tiens à constaterma parfaite indépendance, en disant que j’assume seul la responsabilité demes écrits. c Né libre et Flamand», ainsi que le disaient mes ancêtres. Saxons de la vieille souche, descendants de ceux qui furent transportés par Charlemagne, je de-
— IX — meure donc ce que Dieu m’a fait, Flamand et libre, décidé à ne soumettre, au préalable, mes opinions à personne.
Ici, cependant, je fais une réserve. Avant de livrer définitivement à la presse la première des pièces justificatives qui se trouvent à la fin de ce volume, j’ai voulu consulter plus compétent que moi, dans la matière en question. Cette pièce se compose des premièrespages d’un Manuscrit en langue Jiahuatl, traduites et commentées doublement par moi, selon le système dont ces Quatre Lettres sont en partie l’exposé. La première version est celle qu’eût donnée tout scholiaste mexicain : la seconde est entièrement différente, bien que faite sur le même texte; car elle offre, dans son ensemble, l’histoire du soule>ement géologique des petites Antilles, en particulier de la Guadeloupe. C’est ladécouverte dece système extraordinaire, d’un double sens dans un même texte, qui a amené la plupart des découvertes dont ce livre est l’exposé. Il s’agissait donc àe géologie. Alors j’ai consulté l’un des maîtresde la science,M. Charles Sainte- Claire Deville, et je suis heureux, à cette occasion, de constater, pour mes lecteurs, quel’éminent professeur a trouvé dans le récit mexicain, conservé depuis six mille ans, chez les peuples conquis par Cortès, un récit entièrement d’accord avec les principes de la science moderne. Je prie donc mon illustre confrère de la Commission du Mexique d’agréer ici l’expression de mes sincères remercîments pour les notes qu’il a bien
— I — voulu m’écrire à ce sujet et pour Taccueil bienveillant qu’il a fait à la science antique de TOccident.
Et là-dessus, patients lecteurs, j’ai besoin de vous entretenirencored’autre chose.A l’aspect des gros in-octavo que j’ai mis aujour; depuis dix ans, plus d’une personne a pensé, et divers de mes amis m’ont répété, ce qu’on croit encore dans le public, que l’État avait fait les frais d’impression de mes ouvrages sur l’Amérique : d’où il résulterait, par conséquent, que je n’aurais pu jouir d’une absolue indépendance, en les publiant. Après ma profession de foi, je dois donc vous faire ma confession ; je vous la ferai sincèrement. 11 ne faut pas que le public reste dans une erreur qui, après tout, me serait préjudiciable. Voici donc mon bilan.Les quatre volumesde mon HistoireduMexique ont été publiés parmadame veuve Arthus Bertrand, à la suite d’un traité passé entre elle et moi, en 1857, et le ministère d’flfai souscrivit, à ceiie. époque, pour un nombre de25 exemplaires, dont le libraire profita. Les trois volumes que j’ai écrits depuis, laPopol-T^uh , la Grammaire de la langue quichée et la Relation des choses de Yucatan, ont été publiés à mes frais, uniquementàmes frais ;jene suis ni un homme de luxe ni un homme de plaisir, et ce sont les petites économies, faites sur mon budget annuel, qui m’ont servi à en payer l’impression, les cartes et les gravures. A l’apparition de chacun de ces ouvrages, le ministère de l’Instruction publique a bien voulu souscrire pour cinquante exemplaires, mais c’est là tout, et le prix de
ces exemplaires est loin d’avoir compensé mes frais d’impression.
Un seul de mes ouvrages a été publié aux frais de l’État. C’est celui que j’écrivis, il y a deux ans, à la demande de M. le Ministre de l’Instruction publique, pour accompagner l’Album de M. de Waldeck. Il a pour titre : Palenqué et autres ruines de Vancie?nie cmlisationdu Mexique, etc. Maisj’en ai profité encore moins que des autres, n’ayant reçu du ministère, en compensation demon travail et des frais de manuscrits inédits, copiés par mes ordres à Madrid, que douze exemplaires de cet ouvrage. Encore a-t-il fallu que j’en fisse la demande. Des amis ont bien voulu m’insinuer, néanmoins, queje devraism’en trouversuffisamment indemnisé par l’honneur d’avoir travaillé pour l’État. Mais, outre qu’il n’est d’usage en aucun paysdu monde, que personne travaille gratuitement pour un gouvernement quelconque, pas plus le Souverain que ses Ministres, j’ajouterai, afin de m’expliquer entièrement à cet égard, que si l’un des deux contractants a faitde l’honneur à l’autre, c’estassurément l’État qui, avec le profit, areçu de moi tout l’honneur. Cherchez dans tous les livres possibles et vous verrez qu’on ne ditnulle partqu’unÉtat honore un individu parce que celui-ci est né sous sa juridiction, maisque c’est tou-jours le citoyenquihonore l’État, quandhonneur ily a.
J’ai fait pour l’État un travail, et ce travail il me l’a confié, parceque non-seulement en France, maisdans l’Europe entière, j’étais jugé seul capable de l’exé-
— XII — cuter. Ma science est une science encore spéciale aujourd’hui, si spéciale, malgré l’universalité que lui donneront ces quatre lettres, queje puis sans aucune vanité m’exprimer ainsi, n’ayant pas la moindre crainte que nul me démente à cet égard. Et si je le dis avec cette assurance, c’est qu’il y a des gens qui le savent et qui feraient tout au monde pour que le public l’ignorât.
C’est à mes études, c’est à cette spécialité scientifique, que M. le Ministre de l’Instruction publique faisait sans doute allusion, lorsqu’à ma première entrevue avec lui, au mois de mars 1864, en me recevant avec les autres membres de la Commission du Mexique, il me disait que j’étais le pivot de cette Commission. Je l’ai remercié de cetémoignage précieux et je lui en aie toujoursgardébeaucoup degratitude,bien quejen’en aiepas tirévanité.Jeconnaismavaleur, sans en concevoir plus d’urgueil qu’il ne faut, comme tous les hommes d’une valeur véritable. Mais je puis être reconnaissant, sans perdre le moins du monde Tindépendance de mes opinions et de mesjugements. C’est avec un sentiment de gratitude identique que j’apprécie les paroles flatteuses, prononcées un jour par l’Empereur Maximilien, en conseil d’État, tenu au palais deMexico, où il demandait, en parlant de moi à ses Ministres mexicains, s’ils connaissaient personne parmi les étrangers, qui fût mieux informé des choses de leurpays. Maximilien m’avait offert à plusieurs reprises la place d’Intendant général des Bibliothèques
— xni — etdesMusées avec celle deMinistre de l’Instruction publique, à uneépoque où rienne faisait prévoir la fin de la guerre aux États-Unis et la catastrophe qui en fut laconséquenceauMexique. Maisj’alléguai respectueusement à l’Empereur le désir que j’avais de garder mon indépendance, et c’est la crainte de n’être pas toujours assezsûr de moi-même, pour résisterau titre séduisant de Ministre, qui me fit hâter mon départ du Mexique, à la fin d’avril 1865, pour l’Amérique centrale.
Ami et promoteur des études américaines, que j’ai contribuéàfaire renaître enEurope,commeAlexandre deHumboldt, bien que sous un point devue différent, j’avoue que j’éprouve de la reconnaissance pour tous les hommes au pouvoir qui leur ont donné de l’impulsion. Sans être un partisan bien chaud de l’ordre de choses actuel, j’ai salué avec gratitude le décret de l’Empereur Napoléon III, instituant la Commission scientifique du Mexique. J’en espérais davantage , mais n’importe. C’est avec un sentiment analogue, qu’avant la promulgation de ce décret, me trouvant à Madrid, en décembre 1863, j’y reçus une lettre de M. de Quatrefages, qui m’en annonçait la création probable, en me demandant de la part de M. le Maréchal Vaillant, promoteur de cette] œuvre, auprès du chef de l’État, avant M. Duruy, mon concours à ses futurs travaux.
Disons, toutefois,que deux ans avantqueM. le Maréchal Vaillant s’en fût préoccupé, des ouvertures
— XIV — m’avaient été faites, indirectement, il est vrai, mais au nom de l’Empereur lui-même, pour me mettre à la tète d’une mission scientifique, chargée d’accompagner le corps expéditionnaire du Mexique. Je ne me suisjamais senti beaucoup d’attrait pour voyager en compagnie d’une armée ; j’aime, en réalité, un peu tropmon indépendance. Je demandai doncà réfléchir.
Mais avant que j’eusse eu le temps de prendre aucun parti, des circonstances accessoires firent ajourner ce projet.
Après tout, c’est donc à l’Empereurque reviendrait l’honneur d’avoir eu la première pensée de la Commission scientifique du Mexique. Je dis l’honneur et je le répète, car si cette commission eût été convenablement soutenue, elle eût été une des gloires du Souverain qui l’a fondée; aujourd’hui môme, si on le voulait bien, elle serait encore la plus noble entreprise deson règne. Malfjré la fatalité qui pèse en France sur tout ce qui est arts ou histoire de l’Amérique, la commission scientifique du Mexique redeviendrait l’œuvre la plus féconde de notre siècle et des siècles à venir.
Mieux que personne, je suis à môme de l’affirmer. Si, grâce à Dieu, nous ne commandons plus sur le territoireduMexique,nous possédons les plus beauxmonuments de son histoire ancienne, et sur toute l’étendue du sol américain nous retrouverions, au besoin,ceux de son antique civilisation.
Quoi qu’il advienne, après avoir fourni la carte qui servit au début de l’expédition militaire, j’espère être
unjour plus heureux, en traçant celle qui serviraaux futures expéditions scientifiques. Plus d’un grand personnage doit se souvenir des recherches que le gouvernement fit faire au mois de janvier 1862, dans les bibliothèques et les dépôts de Paris, pour trouverune carte, exécutée surune échelle qui pût servir à guider au début le corps expéditionnaire de la Yéra-Cruz à Mexico. On s’adressa en Angleterre et en Allemagne, sans découvrir ce qu’on désirait. Quelques personnes sesouvinrent alors quej’étais possesseur d’un cabinet mexico-guatémalien, composé d’un grandnombre de piècesintéressantes,recueilliesdurantmonlong séjour enAmérique.Un soir,M.Maunoir se présenta chezmoi, comme envoyédu dépôt de laguerre. Ilme demanda si parmi mes papiers je n’avais pas une carte dans les conditions voulues. Malheureusement, M. Maunoir, queje ne connaissais pas alors, ne s’expliqua pas sur l’usage qu’on voulait en faire. Je ne livre pas facile-ment les pièces de mon cabinet. Je répondis doncque j’en avais une aussi grande qu’il le désirait, mais qu’il me fallait du temps pour la chercher dans mes carton3. Cette carte était celle que M. Bertault m’avait donnée à Mexico et sur laquelle il avait fait pour moi de nombreuses additions à l’encre rouge. Le surlendemain, M. Léonce Angrand sonnait àma porte; mais, avec sa franchise accoutumée, il m’informa des recherches inutiles du gouvernement, il formula ensuite sa demande,en médisant qu’il s’agissait d’un service important à rendre à l’État. Dès lors, tout ce que j’avais
— XVI — étaità sadisposition, et la carte fut aussitôt retrouvée. 11 larecopia de sa main, avec les additions de l’auteur, auxquelles il ajouta encore de nombreuses rectifications. Avec ma carte, j’avais remis à M. Angrand plusieurs feuillets de notes manuscrites, contenant, d’après lesrferro^eroj- mexicains, la description minutieuse des deux routes de la Véra-Cruz à Mexico, l’une par Orizaba,l’autre par Perote. Quinze jours après,M. An-grand fit parvenir directement au chef de l’État ces notes avec sa minute, et les hauts personnages de l’époque peuvent se souvenir avec quelle satisfaction l’Empereur les exhiba alors à ses ministres, réunis autour de lui.
Je n’ai point fait bruit d’un acte que je considérais comme tout naturel dans la circonstance et n’ai jamais voulu me servir d’un pareil moyen, comme on cherchait à me l’insinuer, pour obtenir des faveurs.
Cela n’entre pas dausma manière de voir. Je n’aurais même pas songé à entretenirlepublic de ces choses, ni de bien d’autres que je sais et que je garde encore, si la malignité n’avait cherché à se servir quelquefois de mes armes contre moi-même. Je suis patient. S’il est un temps pour se taire, il est un temps pour parler.
Si l’on croit étouffer lesétudes américaines, en faisant mourird’une mort lente laCommission scientifique du Mexique, je dis tout simplement qu’on est dans une grande erreur. Le pivot restera, si tant est que M. le Ministrede l’Instruction publique étaitdans le vrai,en me faisantce compliment; il restera, tant qu’il y aura
— XVII— un souffle pour m’animer, et ma devise, comme celle de je ne sais plus quel noble Anglais, sera : Je Maintiendrai !
Mes lecteurs voudront bien me pardonner tous ces détails; mais je veux que le public sache bien, avec quelles espérances, etsous quelles impressions, j’ai accepté de faire partie de la Commission. Si j’ai pu me flatter un moment qu’il pouvaity avoir là pourmoi un intérêt personnel de position sociale, et c’est ce que je ne nie point, tous mesvœux, cependant, se portaient vers la réalisation des choses auxquellesje travaille depuis vingt-cinq ans, et où j’ai eu toute l’initiative. Depuis, bien des illusions se sont dissipées. Mais laProvidence particulière qui m’a inspiré et soutenu, depuis que j’ai commencé, me soutient toujours, et je continuerai à marcher en avant sans me décourager, go aheadî II faudra bien qu’on reprenne ces travaux.
Sans eux on ne saurait désormais faire un pas de plus dans la science historique. Une école est en train de se former, et bientôt, je l’espère, les disciples ne manqueront pas.
L’un d’eux, j’ai quelque lieu de le croire, sera M. le général Doutrelaine. Mon honorable collègue de la Commission a commencé à feuilleter Sahagun et Torquemada. Ses loisirs lui permettront sans doute bientôt de les lire et de les commenter plus sérieusement.
Je ne parlerai pas de ses annotations. Mais il a rendu un véritable service à la science historique du Mexique, en faisant publier le manuscrit de la collection
— XVIII — Boban, dans les Archives de la Commission. Au moment même où j’écris ces paroles, je reçois du Senor Don José Maria Andrade, actuellement à Paris, une lettre qui semble m’annoncer que M. le général Doutrelaine est en mesure de rendre à la science un service bien plus signalé : il s’agit de la publication du manuscrit mexicain, conservé à la bibliothèquedu Corps législatif, qu’il serait sur le point de faire reproduire, si je comprends ce qu’il aurait dit naguères, durant son séjour à Mexico, àDon Fernando Ramirez, ancien Ministre d’État de l’Empereur Maximilien (1). Cette bonne nouvelle me remplit de joie, en me faisant oublier pins d’une petite misère. Mon honorable collègue de laCommission jouit d’une influence méritée auprès deM. leMaréchal Vaillant, et c’est sans doute le ministère desBeaux-Arts qui fera les frais de cette publication, importante à tant d’égards. Don Fernando Rami- (l) Voici la lettre que M. Andrade m’écrit à ce sujet :
Paris 1» deMayode 1868 Mi apreciable amigo y sefior, El S’ D. José Fernando Ramirez me dice desde Bonn, en carta de 7 de Abril ultimo lo que signe. «Procure V. averiguar si llegô â publicarse un Codice Mcxicano que se conserva en la Riblioteca del Cuerpo Legislativo, ô sea Caméra de Diputados. Parece muy estrano que valiendo roucha mas que él de Tro, traido de Espana, se quede en el olvido. M. Doutrelaine me dixô en Mexico que se iba a publicar. Me intcresa mucho. » . Creo que ninguna otra persona podia dirigirme con mas securidad Sue V. para contestar al referido amigo, y asi esque le suplico me iga lo que sepa de esa publicacion, y en el caso de que se hayatiecho à donde podre averiguarlo.
Dispense Y. esta molestia à su afrao at” servidor José M». Andrade.
— XIX — rez paraît même, comme on peut le voir par sa lettre ci-jointe en note, accorder plus d’importance à ce document qu’st.uManuscrit Troano, dont je dirige la reproduction, sous les auspices de M. le Ministre de l’Instruction publique. Mais à mon sens, l’un et l’autre ont une égale valeur ; n’ayant, toutefois,jamais réussi à voir celui du Corps législatif, je suspends encoremon jugement. Les amis des études américaines, je le répète, ne pourront que féliciter un des officiers les plus distingués de l’expédition du Mexique, de chercher à obtenir des lauriers sur un terrain aussi ingrat que celui oij je suis un des premiers pionniers.
L’Europe savante entière, j’en suis assuré,“sejoindra aux espérances exprimées par l’ancien Ministre d’État del’EmpereurMaximilien, pourféliciterM.Doutrelaine d’une telle abnégation. Elle est d’autant plus flatteuse pour les études américaines, que l’administration des Beaux-Arts leur est moins favorable. Dans une lettre remplie de détails intéressants sur le Yucatan (1) que m’écritdeBruxellesM . GeorgesGatlin , en datedu 6mai , il se plaint, non sans une raison profonde, de l’indifférence du Louvre à l’égard de sa collection. Cette collection que tout le monde a pu admirer, il y a quelques années, àNew-York, à Londres et àParis, est certainement le plus beau musée ethnographique des Etats-Unis qui existe au monde : M. Catlin, dont le caractère franc et loyal a été apprécié dans les deux (1) Voir aux pièces justificatives, n”* 3.
— XX — mondes et dont la véracité ne saurait être mise en doute, avait été sur le point devendre sa collection au gouvernement de Washington. De basses intrigues, comme il y en a auprès de tous les gouvernements, le frustrèrent de ses espérances. On lui proposa, pour le faire réussir, d’entrer en partage non-seulement des bénéfices, mais encore de la gloire qu’il avait acquise, en réunissant cette collection précieuse. Catlin s’y refusa avec indignation et l’apporta en Europe. Sur un rapport fait par M. Mérimée, sénateur, elle pa-rut un moment devoir être acquise par le Louvre.
Mais bientôt le bon et courageux voyageur, qui avait enrichi le monde savant de tant de connaissances ethnographiques, put s’apercevoir qu’en Europe comme en Amérique, il existe des génies malfaisants en dehors des fantaisies de l’imagination populaire. La même fatalité qui réussit à priver la France de plusieurs des plus belles pièces du musée Campana, qui fit manquer l’occasion d’acquérir la collection du duc de Blacas, qui fait qu’on ne voit au Louvre que les antiquités les plus grossières du Mexique et qu’on dérobe au public la vue de celles du Pérou, cettemême fatalité pesa à son tour sur Georges Catlin et l’étouffa.
L’hécatombe était complète , y en aura-t-il encore d’autres? Espérons que c’est la dernière!
QUATRE LETTRES SCB LE MEXIQUE.
LETTRE PREMIÈRE
§ 1. Vous voulez, Monsieur, que je vous communique mes idées sur l’Amérique, ainsi que les notions que j’ai recueillies depuis vingt ans sur l’antiquité, l’histoire et les langues des populations de ce continent. Vous désirez que je vous parle du Mexique, de cette terre classique de la civilisation occidentale, et queje vous mette rapidement au courant des mythes et des symboles de la religion mexicaine, encore aujourd’hui si obscurSj, dites-vous, et d’une interprétation si difficile ; vous voulez que je lève pour vous les voiles qui les enveloppent et que je les rende intelligibles pour tout le monde.
Avouez-le, la tâche que vous m’imposez n’estpas facile. Mais j’ai promisdevous satisfaire dans la mesure de ma capacité. Assez souvent vous m’avez fait envisager l’opportunité de ce travail : tout en me le demandant pour vous-même, vous m’avez fait apprécier l’intérêt qu’il aurait pour les autres, surtout pour les personnes qui éprouvent quelque désir de connaître les sources de la civilisation américaine. Nous n’avons, dites-vous, aucun ouvrage spécial qui éclaire les origines religieuses ou sociales des nations de ce continent : nousmanquonsdes notions lesplusélémentaires sur leur mythologie et sur lesdieux qu’elles ado-
— 2 — raient, au temps de la conqiiôte ; les détails que vous avez publicsjusqu’ici sont insuffisants, etnous laissent dans l’incertitude touchant la condition morale des sociétés détruites par les Espagnols. Excepté vousmême, ajoutez-vous, et quelques-uns de vos amis, qui connaît l’histoire de ces contrées, si tant est qu’il y en ait une? En dehors des érudits et des savants, vous rencontrerezdans lemonde deshommes qui vous parleront avec intelligence de toutes les sciences historiques, qui vousentretiendront du sanscritet desVédas, qui saurontoù en sont restés lestravaux de Brugsch et de Mariette, qui vous intéresserontmême aux progrès que M. Oppert a fait faire à l’interprétation des inscriptions cunéiformes, depuis Hincks et Rawlinson ; mais combien en trouverez-vous qui soient capables de soutenir une conversation suivie sur les antiquités de l’Amérique?
Voilà, si je m’en souviens, Monsieur, la substance de vos arguments. Je les comprends mieux que personne ; mais je ne saurais trop vous répéter combien il y a de difficulté dans la situation que j’accepte. Je serais trop heureux, néanmoins, que le public que vous m’offrez voulût bien m’écouter, et que les savants, au nom desquels vous m’avez parlé plus d’une fois, ne repoussassent pas sans examen les lumières que l’étude des langues et des antiquités de l’Amérique peut répandre sur l’ensemble des sciences historiques. Disposés par vous, peut-être seront-ils assez justes pour croire cette fois que je ne parle pas d’après un esprit de système et d’idées préconçues, comme plus d’un critique a paru me le reprocher, sans avoir approfondi les matières dontje m’occupe, autant qu’il le faudrait pour être en état de méjuger équitablcment.
— 3 — Si mes ouvrages sur le Mexique et l’Amérique centrale ne se composaient pas de sept énormes volumes in-8°, je dirais à ces critiques : Lisez et vous verrez combien peu je suis systématique. Chacun de mes livres porte l’empreinte la plus entière de mon indépendance et des progrès que j’ai faits en travaillant.
Les systématiques, les doctrinaires sont ceux qui s’obstinent à demeurer éternellement dans les mêmes ornières, en faisant de l’opposition par esprit de système académique, à ceux qui les abandonnent ou qui, dès le commencement, se sont refusés à suivre la routine. Je conviens volontiers avec eux que les innovations ne sont pas toujours sans danger. Mais que deviendrions-nous, bon Dieu, que deviendrait la science, où serait le progrès, si la crainte d’un danger souvent imaginaire arrêtait tous nos pas? Je comprends, du reste, pour ce qui me concerne, tout ce qu’il y a de difficile à entreprendre des études du genre de celles auxquelles je me suis livré. Les documents manuscrits sur l’Amérique sont rares partout en Europe, excepté en Espagne (1) ; les livres imprimésne lesont guère moins. Pour en acquérir l’intelligence, il faut avoir appris l’espagnol, il serait même utile d’avoir voyagé dans le Nouveau Monde; plus que cela, il serait presque nécessaire d’y avoir séjourné. Il y a une autre difficulté, peut-être plus grave encore, et cette difficultéest surtout inhérente à laFrance. La science, malheureusement pour la science, n’est trop souvent chez nous qu’un marche-pied pour arriver aux em- (1) Je possède les cartes portant les titres et désignations d’un grand nombre de documents manuscrits sur l’Amérique, existant dans les diverses archives et bibliothèques d’Espagne, cartes écrites par un de mes amis, M. Munoz, ancien bibliothécaire de l’Académie royale d’histoire de Madrid. Ces cartes foi-ment un fort volume, qui se publiera, j’espère, sous les auspices de la Commission scientifique du Mexique.
— * – plois, qu’un moyen pour obtenir des honneurs. Il y a dans notre pays des chaires pour toutes les branches de la science, il y a des prix pour tous les genres d’études : la plupart des langues savantes de l’ancien monde, l’histoire et la littérature des nations qui les ont parlées, sont représentées au Collège de France, à la Sorbonne ou à la Bibliothèque impériale. Pour l’Amérique, soit ancienne, soit moderne, il n’y a rien d’analogue : nos foyers scientifiques la dédaignent ou feignent de l’ignorer. Il est vrai que les études qui ont l’Amérique pour objet, n’ont encore mené à rien, et que le Mexique est en baisse parmi les spéculateurs.
Et, cependant, si on le voulait bien, cequ’on sèmerait sur le sol américain, on le récolterait au centuple! Le monde qu’on appelle l’Ancien, n’est pas plus riche en monuments antiques, et les archives espagnoles recèlent des trésors à l’infini touchant ce-lui qu’on croit nouveau. Quel champ plus vasteaux recherchesde la science ! Quoi ! parce que l’expédition militaire a manquéau Mexique, est-ce une raison pour abandonner l’expédition scientifique, pour négliger l’étude de ses monuments? Bonaparte a-t-il été plus fortuné en Egyptequesonneveu ne l’a été auMexique, sa retraite précipitée, entre les bâtiments de la flotte anglaise, a-t-elle empoché les magnifiques résultats apportés par l’Institut du Caire? n’est-ce pas, après tout, à l’expédition d’Egypte que nous devons les découvertes deChampollion et celles de ses successeurs?
On aurait , du reste , mauvaise grâce aujourd’hui de comparerl’expédition scientifiqueduMexiqueàl’expédition scientifique de l’Egypte, et de reprocher aux voyageurs qui ont fait partie de la première, de n’avoir encore rien produit.
— 5 — Attendez donc, je vous prie. Comment pouvez-vous mettre en parallèle une expédition qui avait pour inspirateur et pour guide le plus grand génie des temps modernes, et une expédition composée de cinq ou six jeunes gens, presque sans autreappui que leur propre courage, livrés entièrement à leurs inspirations personnelles? Seuls, cependant, ils ont parcouru la moitié du Nouveau Monde, ils ont exploré dix fois plus de pays que n’en firent jamais les savants de l’expédition d’Egypte, ils ont affronté avec une intrépidité, une abnégation, qu’en Europe on saurait difficilement apprécier, tous les dangers de la terre et de l’océan, les périls et les horreurs de la guerre civile, qui continue à dévorer le Mexique ; ils ont supporté patiemment la faim et les privations de toute espèce, dans les montagnes et les forêts, dans les marécages insalubres, sans autre espoir que celui de se rendre utiles à la science et de se faire un nom !
Est-ce donc à eux qu’il faut reprocher maintenant l’inactivité de laCommission scientifique du Mexique, est-ce à eux qu’il faut s’en prendre si jusqu’à ce jour elle n’a rien produit de complet. Ayezdonc un peu de la patience qu’ilsont eue etdont ils ont encore sigrand besoin. Rome n’a pas été bâtie en un jour. Attendez qu’ils aient eu le temps de mettre en ordre les documents de toute espèce qu’ils ont recueillis dans leurs voyages; attendez que les hommes éminents qui dirigent la Commission aient complété l’œuvre de sa création, en les mettant à même de faire connaître au public instruit les résultats de leurs voyages et de leurs observations. Cen’est pas leur faute, après tout, s’ils n’ont été que cinq ou six pour des travaux qui demanderaient une légion de savants, et si les fonds de l’État si largement dépensés pour l’expédition mi-
- 6 — litairc, ont éliS distribués si parcimonieusement à l’expédition scientifique. Si, comme me le disait dernièrement l’un d’eux, la Commission du Mexique eût eu à sa tète le chefde l’État, ainsi que la commission d’Egypte, ces cinq ou six jeunes gens qu’on affecte parfois de traiter avec dédain, et qu’on voudrait oublier, eussent eu au Mexique l’armée entière à leur disposition ; en France, ils eussent été comblés d’honneurs, à leur retour, et les noms de Guillemin, de Dolfus, deMontserrat, de Pavie, le nom deMéhédin, ceux deBocourt et de Bourgeot, seraient sur lepoint d’être inscrits aujourd’hui au front de quelque monument public, parmi ceux des hommes illustres de leur époque. Patience, encore une fois. Le temps viendra, et je vous assure qu’il n’est pas loin, où la considération fera place à l’indifférence, et ces cinq ou six jeunes gens qui ont l’expérience de l’âge mûr, parce qu’ils ont vu de leurs yeux et touché de leurs mains, sauront témoigner, en dépit de leur petit nombre, qu’ils n’ont pas moins travaillé que les savants de l’expédition d’Egypte. Vous vous souvenez du téocalli de Xochicalco, reproduit au Champ deMars l’année dernière, et que des dissentiments fâcheux obligèrent M. Léon Méhédin à construire en décors de théâtre au lieu de lemouler en plâtre, comme il en avait eu le dessein à son retour du Mexique. Eh bien! quand on songe qu’à lui seul, il a relevé, dans l’espace de dixhuit mois, deux cités entières, des plus anciennes du monde, Xochicalco et Téotihuacan, moulé, dessiné et photographié sur place, toutes les pièces du musée de Mexico, je me demande si ce fait ne prouve pas plus en faveur de l’expédition mexicaine que les meilleurs arguments?
Pour moi, je l’avoue, si je regrette les lenteurs
que l’on met à l’accomplissement des grandes choses, annoncées avec une si haute raison, parle Ministre de l’instruction publique dans son programme mexicain, je regrette encore plus les conflitsjaloux qui viennent si souvent entraver les progrès de la science. Si les savants parvenaient à s’entendre et ànepas s’enviermutuellement leurs découvertes, combien ne marcheraiton pas plus vite ! On s’aiderait touràtourdes lumières acquises ou qu’on croirait entrevoir, et le professeur qui cherche les sources de l’histoire et deslangues de l’Inde, ne hausserait pas les épaules avec dédain, en entendant émettre une opinion favorable à la parenté de ces langues et de cette histoire avec celles de l’Amérique. Pourquoi donc l’Amérique ne prendrait-elle pas son rang parmi les parties de la terre dont s’occupent nos écoles savantes ? L’étude seule du monument de Xochicalco, si l’on était assez heureux pour que les cartons rapportés par M. Méhédin en fussent publiés, fournirait des documents du plus haut intérêt, non-seulement sur les origines de la civilisation américaine, mais encore sur le berceau des civilisations de l’antiquité classique. Trop souvent on n’a voulu voir que des paradoxes dans les idées que j’ai émises précédemment sur les affinités des mythes égyptiens et de ceux du Mexique ; mais si mes contradicteurs connaissaient les antiquités et les langues américaines, seulementdans lamômemesure que je connais celles de l’Afrique, de l’Europe et de l’Asie, ils seraient dans l’étonnement, en voyant la masse de lumière que ces connaissances leur donneraient pour reconnaître le berceau primordial des religions et des langues de l’Ancien Monde. § 2. Maintenant que le sanscrit a été classé à peu
- 8 — près à sa véritable place parmi les langues de notre continent, qu’il n’est plus regardé comme « la mère commune, > comme t le prototype qui se reflfcte plus ou moinsdansrorganismedechacunedesesfilles(l),» comme « la langue primitive (2), » je crois qu’il y aurait quelque opportunité à vous citer, en passant, quelques lignes d’un article fort court, mais rempli de vues extrêmement remarquables, écrit par M. Oppert pour la BeK>ue de Linguistique. « Les Aryas, ditil (3), en pénétrant sur le sol européen y ont implanté leur caractère linguistique; mais ils n’ont pas effacé le souvenir des aborigènes qu’ils trouvèrent dans les différents pays, et de là, les nouveaux habitants se sont superposés, comme une souche nouvelle, à ceux qui existaient déjà, et, par la suite, se sont mêlés aux populations existantes en Europe, pour former des êtres ethnographiques nouveaux. L’existence de ces anciennes populations est attestée d’abord par les quelques débris qui nous ont été transmis, puis par les découvertes toujours renouvelées de la géologie et de l’anthropologie. On ne peutplus nierque la science doit admettre des langues indo-européennes; elle doit également déclarer qu’il n’y a pas de nations indoeuropéennes. La seule histoire de ce qui s’est passé au moyen âge nous enseignera à ce sujet, et les hypothèsessur la formationdes nations antiquescomme procédant des seuls Aryas, commencent déjà à rejoindre tant d’erreurs aujourd’hui abandonnées. > Voilàdonc, bien constatée par un savant dont l’opinion est souvent d’un grand poids dans des questions d’origines, d’accord lui-même avecbeaucoup d’autres, (1) Schleiger, les Langues de l’Europe, traduction de M. H. Ewerbec, page 310. (2) Citation de la Rexme de Linguistique, tom. I, page 6. (3) Les Vanations du V aryaque, ibid., page 129.
l’existence en Europe de langues et de peuples antérieurs aux Aryas. Continuez à lire avec moi l’article de M. Oppert, et vous verrez, Monsieur, combien ses idées viennent à l’appui de la thèse quej’entreprends en ce moment de poser. « Si la grammaire des langues antiques, comme celle des langues modernes, poursuit judicieusement M. Oppert (1), a un même caractère bien défini, le dictionnaire nous démontre, même négativement, la vérité de notre thèse. Les philologues jusqu’ici, et je fais la même chose dans le présent travail, se sont attachés à prendre dans le dictionnaire sanscrit, grec, latin, slave, les mots qui leur paraissaient présenter une analogie avec les autres langues. Ainsi, l’on parvient en parcourant une assez grande quantité de mots, à faire croire à une très-grande similitude qui éclaterait partout dans le dictionnaire. Erreur complète.— Quand on se place à un point de vue plus élevé, quand onenvisage le dictionnaire d’une langue dans son ensemble, ce qui jusqu’ici n’a pas encore été fait ; quand on ne cherche pas seulement les vocables qui peuvent se rattacher à un autre idiome indo-européen ; quand on n’exclut pas ceux qui manifestement n’ont aucun rapport avec une des langues connues,on acquiert, dans la forme d’une preuve négative, la certitude de l’existence d’un ou de plusieurs éléments allogènes qui ont, dans différentes proportions, envahi le lexique des langues aryennes.— J’ai fait le travail pour le latin et le grec. En tenant compte des racines seules et même des dérivations primitives de ces dernières, mais en laissant de côté tous les dérivés secondaires et les composés, on voitqu’il y a en latin (1) Ihid. page 130.
- 10 — h peu près 40 pour cent de mots aryens; les autresCO pour cent ne peuvent pas 6tre reliésà d’autres racines indo-européennes, et 5 pour centsont sémitiques. En grec, la pro|)ortion de l’aryanisme estbeaucoup plus large, elle s’élève à 05 pour cent, mais le sémitisme est représenté dans une quadruple proportion, par 20 pour cent; 15 pour cent sont reconnus. Si l’on considère les racines verbales exclusivement, on voit dans chacune des langues un autre rapport: nous verrons en latin les racines aryennes revendiquer70pour cent, et en grec 80 pour cent, c’est-à-dire plus des quatre cinquièmes de la totalité. » Eh bien. Monsieur, pendant que M. Oppert faisait ce calcul du latin vis-à-vis de l’aryanisme, ne vous en déplaise, je le commençais un soir, pour le latin, par rapport aux langues du groupe mexico-guatémalien (1). Le dictionnaire latin-français de Noël, d’un côté, ainsi que le savant ouvrage de M. Eichhofî sur les langues indo-européennes; de l’autre, les divers vocabulairesque je possède du groupe américain, je faisais un travail comparatifoù l’Amérique emportait non-seulement la plupart des racines latines inconnues aux Aryas, mais encore un grand nombre de sanscrites. On rira, je le sais bien, de ce que j’avance ici, et vous, Monsieur, tout le premier, peut-être. Mais Iç fait est là ; je dirai plus,il y est avec une telle clarté que le scalpel inventé par Bopp, pour décomposer ^‘abord et puis pour rattacher les uns aux autres les nombreux idiomesde l’Europe et de l’Inde, est à peu (1) Je comprends sous le nom de çroupc mexico-guatëmalien, les principales langues parlées entre l’isthme de Tehuantepec et celui de Nicaragua, dont le NahuatI ou mexicain, le maya, le tzendal, le tzotzil, le quiche et ses dialectes, le mame et le pokomame sont les plus connus; j’entends surtout, par ce groupe, le mexicain, le quiche et le maya, en y comprenant l’ancienne langue des insulairesde Haïti, dont toutes les autres paraissent issues.
— Jl – près inutile ici. N’allez pasme dire, comme il y a quelquesjours un savant professeur de faculté, que plus il y a de dissemblance entre un mot européen et un vocable indou, plus il y a de chance pour le premier d’être sorti du second : vous me permettrez de ne pas admettre de telles subtilités ; elles sont bonnes tout au plus pour des jongleurs. C’est absolument comme si l’on disait que Paul ne peut être le fds de sa mère, s’ila le malheur de lui ressembler, et qu’un cheval doit avoir pourmèreune vache, parce qu’il ressemble à un étalon. Je reviens donc à mon dictionnaire, en vous disant, que si vous voulez vous donner la peine d’en faire l’examen, vous trouverez au moins la moitié des mots du dictionnaire de Noël dans le groupe des langues mexico-guatémaliennes : vous en trouverez l’origine et la nature et vous les décomposerez jusqu’au simple son d’une voyelle, ce que le scalpel de Bopp, tout-puissant qu’il soit, n’ajamais tenté de faire pour aucune des langues qu’il avait soumises à son génie.
Vous,Monsieur, qui maniez cet instrument bienmieux que je ne saurais le faire, il vous suffirait d’un peu de bonne volonté età vos amis d’un peu moins de dédain à l’égard de l’Amérique, pour arriver au même résultat; il vous suffirait de consulter à la Bibliothèque impériale le vocabulaire mexicain de Molina, ainsi que les vocabulaires Quiche et Gakchiquel de la collection américaine.
Je ne m’appesantirai, néanmoins, pas pour lemoment, sur la relation qui existe entre le latin et le groupe mexico-guatémalien, et quand je dis le latin, j’entends sous ce nom la plupart des langues congés, nères. Toutefois, avant de passer à une autre matière, je désirerais vous faire une simple observation, concernant l’origine orientale, si longtemps attribuée
aux langues indo-européennes. En vous la faisant, je n’ainullement la prétention d’en savoir àce sujet plus que vous ou vos savants confrères : je ne suis pas orientaliste, bien que l’Orient m’ait toujours intéressé et qu’il ait été longtemps le but de mes études, avant mes voyages en Amérique. Il y a vingt-cinq ans de cela : depuis lors, si j’ai continué à avoir les yeux sur l’Orient, si j’ai cultivé sa littérature et ses langues, ce n’a pu être que d’une manière tout à fait secondaire, et je dois à la vérité de confesser franchement que je ne m’attendais nullement à me voir dans la nécessité d’en faire à nouveau une étude sérieuse. Mais au moment où j’y pensais le moins, je me suis trouvé ramené de la manière la plus soudaine au point d’où je m’étais éloigné autrefois, et j’ai dû aborder l’Asie et l’Afrique,quand, en réalité, je voulais rester entièrement en Amérique.Au rebours de Christophe Colomb, qui découvrit ce continent en croyant voguer vers l’Asie, j’ai retrouvé l’Orient , lorsque je travaillais à m’enfoncer de plus en plus vers l’Occident. Dans cette conjoncture, qu’y avait-il à faire? fermer lesyeux à la lumièrequi s’offrait, certes.Monsieur, vous eussiez été le premier à me le déconseiller. Eh bien , j’ai fait ce que vous eussiez fait, ce que vous feriezencore; j’ai consultéBopp,Burnouf etWestergaard, j’ai ouvert les Védas, et afin de m’aider, j’ai pris pour maîtres la traduction anglaise de Wilson et le texte latin de Rosen.
Peut-être, me direz-vous, les livres ne suffisent-ils pas : ce ne sont ni quelques semaines ni quelques mois, pas môme une ou deux années d’étude qui vous permettront d’acquérir la science de la sagesse orientale. Là-dessus,je suis entièrementde votre avis.
Aussi vous répéterai-je que je n’ai aucune prétention
- 13 – à l’orientalismc ; j’ai pour ceux qui le possèdent au prixde leurs longues veilles le respect le plus profond, et je me considérerai toujours comme le dernier de leurs disciples. Mais il n’est pas interdit à ceux qui écoutent de faire entendre de temps à autre leur voix pourinterrogerlesmaîtres ; c’estdoncauxmaîtreseuxmêmes, c’est àvousqueje ferai remarquer le peu d’originalitéqui existe dans la langue sanscrite, malgré la richesse et la perfection de sa grammaire. Ce n’estpas une langue-mère, comme l’a fort bien dit Bopp, et après lui M. Chavée (1) ; maisj’ajouterai qu’elle neme paraît pas même être la fdle ni la petite-fille de la mère, et qu’elle ne saurait être qu’une descendante d’autant plus éloignée de la source primordiale, qu’un fort petitnombre, entre les racines qu’ellerenferme et qu’on dérive de l’aryaque, s’expliquent rationnellement. Aussi le doute m’est-il venu. Je serais donc bien aisequevousvoulussiezme dire,Monsieur, comment il se fait que la plupart de ces prétendues racines soient produites par l’émission unie de deux sons différents ?
Comment se fait-il encore que ces mêmes racines, je parvienne, moi, à les disséquer avec votre propre scalpel, et que chacun des éléments primitifs dont elles se composent se retrouvent dans lès langues du groupe mexico-guatémalien ; c’est là une question que je soumets, en attendant, à toute votre sollicitude?
Je vois d’ici votre étonnement, disons plutôt votre incrédulité. Je compte toutefois sur votre sagesse et survotre impartialité pourne pas rejeter sans examen les notions que je pourraivous fournir à ce sujet dans le cours de cette lettre ou dans d’autres. Quelles que (1) La Science positive des langues indo-européennes, etc., dans la Revue de Linguistique, tora. I, article d’introduction.
— 14 – soient, d’ailleurs, vos objections à l’idée que les nations américaines aient pu précéder celles de notre continent dans l’ère de la civilisation, je vous serais obligéégalementde ne la pas repousser lesyeux fermés et devons munir d’un peu de patience. Ce que j’ai à vous en dire se lie d’une manière intimeà un ordre de faits géologiques d’une grande importance qui ne sauraient manquer de vous intéresser. Je suis peutêtre encore moins géologue queje ne suis orientaliste.
Ce n’est pas là non plus une raison pour rejeter ou mettre sous le boisseau les lumières que la géologie m’envoie. L’histoire fait profit de tout, et je crois de mon devoir d’exposer franchement les découvertes queje fais ou que j’entrevois, ne fussent-elles même enaucune façon dans l’ordreaccoutumédemesétudes.
Ceque j’ai trouvé, simultanément avec les origines de la civilisation, ce queje lis dans un grand nombre de documents, c’est l’histoire de la formation géologique du golfe du Mexique et des contrées environnantes, formation qui eut lieu à la suited’un cataclysme causé par des mouvements volcaniques. Les documents où je lis cette histoire sont ceux que nous a transmis la conquête de l’Amérique; mais oùje découvre le plus de suite et de clarté à cet égard, c’est dans les textes écritsenlanguenahuatl,quichée,cakchiqueleoumaya, danslesmanuscritsespagnolsetlespeinturesoriginales conservées dans les bibliothèques, reproduitesdans la magnifique collection de lordKingsborough (1). i^i) Antiquities ofMexico, coraprising fac-similes of ancieDt mexican paintingsand hierogliphics, preserved in the royal librarics of Paris, Berlin and Dresden; in the impérial library of Vienna, in the Vatican library ; in the Dorgian muséum al Rome; in the library of the Institute at Bologna, and in the Bodleian library at Oxford, etc., thewhole illustrated by many valuable manuscripts, by lord I^ingsborough, the drawings, on stonc, by A. Aglio, U vol. grand in-folio.
— ib — g 3. Voici tantôt vingt ansque j’ëtudie les langues, les histoires et les traditions américaines ; mais il n’y a pas six mois que j’ai réussi à acquérir l’intelligence des arcanes cachés sous le voile de ces histoires et de ces traditions. Un concoursheureuxde circonstances, résultat d’études fort diverses, m’y amena inopinément l’été dernier. La connaissance du nahuatl ou mexicain, auquel je me suis livré avec plus d’ardeur quejamais depuis mon dernier voyagea Mexico, celle de la langue mayaque j’ai eu l’opportunité d’approfondir au Yucatan, non moins que la langue quichée, etses dialectes, ontsingulièrement contribuéàétendre le rayon de mes aptitudes.Ladécouvertede l’alphabet maya que j’ai publié en 1864, avec l’ouvrage de Lan-da (1), ainsi que les notions intéressantes relatives à la religion et au calendrier mayas, contenues dans ce livre, m’avaient déjà fait pressentir, dès cette époque, ce que les histoires américaines pouvaient nous apprendre, même sous le rapport de la géologie : c’est à peine sij’en avaisquelque idée confuse, en publiant le texte quiche avec la traduction du Fopol Kuh (2) ; mais l’examen de l’ouvrage de Landa, l’étude encore superficielle, il est vrai, dequelques documents égyptiens, fortifiée des notions sur le Livre des Morts ^ que m’avait fournies un égyptologue étranger de mes amis, m’ouvrirent les yeux petit à petit, non-seulement sur l’analogie qui existait entre les mythes des deux continents, mais encore sur le caractère essentiellement géographique et géologique de plusieurs de (1) Relation des choses de Yucatan, de Diego de Landa, texte espagnol et traduction française en regard, etc. Paris, Durand, 1864, gr. in-8°. (2) Popol Vuh. Le livre sacré et les mythes de l’antiquité américaine avec les livres héroïques et historiques des Quiches, ouvrage original des indigènes de Guatemala, etc. 1 vol. gr. in-8. Paris, Durand, 1861.
— 10 – cesmythes, dans leur rapport avec le sol américain.Ce sont ces appréciations diverses qui m’engagèrent à donner à l’introduction de la Relation des choses de Vucatariy son titre, qui parut à bien des gens, si étrange et si paradoxal (1).
Votre théorie n’anullement été reçue dans le monde académique, me disaitdernièrement un savant de mes amis, en faisant allusion à cette introduction. Je n’en saurais être surpris. L’université est avant tout un corps classique, helléniste et latin. Si leslangues orientales ont pris part à ses travaux et à ses honneurs, ainsi que la science inaugurée par Champollion, c’est qu’il s’est trouvé des hommes assez au courant de ces sciences nouvelles, pour les lui faire connaître et les lui faire apprécierdansdeslectures suivies à l’Institut.
Mais de l’archéologie ou des langues américaines, qui donc, à l’exception de deux ou trois savants, s’en est suffisamment occupé pour en faire l’objet de mémoires particuliers? Personne que je sache. L’Académie des Inscriptions et belles-lettres toutefois n’ignore pas ce qui se passe et elle y prend intérêt ; la preuve c’est qu’elle m’a fait l’honneur, en 1862, de décerner une mention très-honorable à mes deux volumes sur la langue quichée, à l’occasion du prix Volney.
Revenons doncauMexique. Sij’ai excitévos susceptibilités, j’ai réussi également à éveiller votre curiosité.Vous éprouvez malgrévous le désir de voir à quel point je pousserai mes comparaisons. Eh bien ! vous serez satisfaits; seulement, je vous avertis que votre opposition, pas plus que votre incrédulité, ne saurait (1) Des Sources de Vhistoire primitive du Mexique, etc., dans les monuments égyptiens et de l’histoire primitive de VEgypte dans les monuments américains.
— il — durer. L’ouvrage que j’ai sur le métier en ce moment est un livre d’une nature si exceptionnelle, que je suis certain d’avance du chemin qu’il fera dans le monde savant. Il n’y a ni orgueil, ni présomption à m’énoncer ainsi; car ce livre n’est pas de moi. C’est uniquementla traduction d’un vieuxmanuscrit mexicain que j’ai copié à Mexico en 1850. Désigné au n” 13 des documents en langue nahuatl, g vni, de la collection de Boturini, il a pour titre : Historîa de los Reyes de Colhuacany Mexico (1), et je l’ai signalé bien des fois, dans mon Histoire des nations civilisées du Mexique et de VAmérique centrale, sous celui de Codex Chimalpopoca, du nom de don Faustino Ghimalpopocatl Galicia , mon professeur de langue nahuatl et celui de M. Aubin. Deux autres copies de ce document existentenFrance, dans la possession de ce savant, l’une faite par l’astronome Gama y Léon, l’autre par le père Pichardo, de l’Oratoire de Mexico.
Je transcrivis moi-même la mienne sur l’original qui existait alors au collège de San Gregorio, et j’ai des raisons pour la croire plus exacte que les deux précédentes. Vous comprendrez plus tard. Monsieur, sur quelles raisons je me fonde pour m’exprimer ainsi.
En attendant, vous vous croyez édifié, sans doute, sur la nature de l’ouvrage que je prépare ; vous ne l’êtes, toutefois, qu’en apparence. Je vois d’ici votre étonnement; mais il estd’uneautre sourcequeceluique vousmarquieztoutàl’heure. Vousne pouviez, en effet, qu’être surprisde la valeurqueje paraissais attacherà latraduction d’un manuscrit, inédit, il est vrai, mais quej’avais si souventdéflorémoi-mêmedans lacompo- (1) Boturini, Idea de una nueva historia gênerai de la America septentrional, etc. Madrid, 1746.
— 18 – sition de mon TUstoire du Mexique,comme du succès que j’en attendais. Sans doute, m’eussiez-vous dit, cette traduction aura de l’intérôt pour ceux qui désirent étudier la langue nahuatl et les sources de l’histoire mexicaine : ce sera un grand pas de fait dans l’ordre de ces études, que la publication d’un document original aussi remarquable; mais après tout, ce n’est là qu’une chose d’un intérêt purement secondaire et qui aura la chance de faire son chemin comme tout ce qui concerne une étude spéciale.
N’est-ce pas là le raisonnement que vous m’eussiez fait bien naturellement? Eh bien, je le répète, vous n’êtes qu’àdemi dans le vrai,vous ne voyez qu’un des côtés de mon travail. Ainsi que moi-même, durant près de vingt ans, ainsi que tous les écrivains qui se sont occupésde l’histoire ancienne duMexique,depuis la conquête jusqu’aujourd’hui, vous n’en voyez que l’apparence. Sous les chiffres d’une chronologie fastidieuse, sous le récit plus ou moins animé de l’histoire des Toltèques, se dérobent les mystères les plus profonds, concernant les origines géologiques du monde actuel et sur le berceau des religions de l’antiquité.
Vous souvenez-vous d’avoir lu, dans un des volumes desMe’moires sur leMexique, publiés parM. Ternaux- Compans (1), que les Toltèques, après leur révolte contre lemonarque delIuehue-Tlapallan etuneguerre civile de plusieurs années, s’étaient trouvés dans la nécessité d’abandonner leur patrie et d’émigrer vers une terre étrangère? A leur tête étaient sept chefs, dont deux exerçaient l’autorité suprême, conjointe- (1) Voyages, relations et mémoires originaux pour servira l’histoire de la découverte de l’Araérique , publiés pour la première fois en français par H. Ternaux-Compans, Paris, 1840, tom. 1"", page?, note.
— 1!< — ment avec un prêtre, appelé Hueman ou Huematzin, leur inférieur, si l’on ne considère que son rang, mais leur égal et leur supérieur, à cause de sa sagesse qui dirigeait leurs conseils, toujours uni à eux, soit qu’avec les deux premiers il fût le troisième, soit qu’il fût le huitième, quand les sept étaient ensemble.
Ces détails se trouvent consignés, avec beaucoup d’autres, dans les relations historiques de l’écrivain indigène Ixtlilxochitl (1), et j’extrais de la première la suite du récit concernant Huematzin, déjà connu d’un grand nombre de lecteurs. «Avant de continuer, » dit-il, en parlant de la série des rois toltèques, je y> veux faire mention de Huematzin, l’astrologue: » car peu d’années avant la mort d’Ixtlilcuechahuac, » père de Huetzin, il décéda âgé de près de trois cents » ans. Mais auparavant il réunit toutes les histoires » que possédaient les Toltèques, depuis la création » du mondejusqu’à ce temps ; il les fit consignerdans » un grand livre où était peinte l’histoire des persé- » cutions qu’ils avaient souffertes, ainsi que leurs » travaux, prospérités et heureux succès. 11 conte- » nait les dynasties de leurs rois et princes, les lois et » le gouvernement de leurs ancêtres, avec les sen- » tences anciennes et les bons préceptes, la des- » cription des temples et des dieux, leurs sacrifices, » rites et cérémonies; il faisait aussi relation de tout » ce qui concernait l’astrologie, la philosophie, l’agri- » culture et les autres arts, tant bons que mauvais, » résumant ainsi toutes les sciences et la sagesse, leur » bonne et mauvaisefortune, sanscompter encore une » foule d’autres choses. 11 donna à ce livre le titre de » T’eo-^mojriZ/,cequi,bieninterprété,veutdirechoses (I) Apud Kingsborougli, vol. IX.
- 20 – > diverses do Dieu et Livre divin. » Ixtlilxochitl ajoute que c’était là le livre primordial, et sans s’expliquer sur ce qu’il serait devenu après la mort de Iluematzin et la destruction des Toltèques, il ajoute: « Les indigènes appellent aujourd’hui Teo-Jmoxtli » la seconde écriture, pour être presque de la môme > manière, principalement en ce qui touche aux per- » sécutions et aux travaux des hommes. > C’était, à ce qu’il paraîtrait, selon le même auteur, le nom qu’ils donnaient aux peintures sacrées, gardées dans les archives royales de la ville de Tezcuco, et brûlées par ordre du premier évoque de Mexico.
Heureusement, Monsieur, plusieurs de ces peintures ont eu la chance d’échapper à cette destruction déplorable. Vous connaissez celles qu’avec une munificence vraiment royale lord Kingsborough a fait reproduire dans la collection de ses Antiquités Mexicaines^ copiées dans les principales bibliothèques de l’Europe, et vous avez eu le plaisir de voir déjà diverses épreuves du Manuscrit Troano qui se reproduit, sous ma direction, au nom du Ministre de l’Instruction publique et de laCommission scientifique du Mexique(1). Eh bien! divers de ces documentsne sont que la transcription hiéroglyphique du fameux Teo- Amoxtli, et je mentionnerai comme les plus remarquables à ma connaissance, le beau manuscrit, dit de Velletri ou du musée Borgia^ conservé à la bibliothèque de la Propagande à Rome, souvent cité par Alexandre de Humboldt (2), et celuide la bibliothèque (1) Le ManuscrU Troano est un document, acluellement en voie de publication , et qui sera achève dans le courant de l’année présente 180S. I/original appartient au sefior don Juan de Tro y Ortolano , professeur à l’école des Chartes de Madrid, qui rae l’a prêté généreusement avec autorisation de le laisser reproduire. (2) C’est le premier document reproduit dans le vol. III de Kingsborough.
— 2i — royale de Dresde (1). Quant au manuscrit mexicain de la bibliothèque du Corps législatif, je n’ai pu réussir à le voir. § 4. J’entends d’ici vos objections, Monsieur. Tout cela est fort bien, direz-vous; nous possédons des manuscrits que je crois fort précieux, puisque vous me l’assurez; mais je n’y vois qu’une lettre morte, et toutes leurs vilaines images m’en disent encore beau-coup moins que les signes de l’obélisque de Louqsor ou du tombeau de Sati, que l’on a commencé à déchiffrer. Pardonnez-moi, si je vous interromps; mais êtes-vous bien sûr. Monsieur, qu’aucun égyptologue de votre connaissance ait commencé à interpréter le beau sarcophage dont vous parlez? Pour moi, j’en doute, bien qu’un savant dema connaissance s’en occupe actuellement, ainsi que de la traduction du Livre des Morts. Le moment n’est pas éloigné où les arcanes de ce livre mystérieux se dévoileront, sans qu’on ait besoin de recourir à tout cet amphigouri mystique que les Égyptiens hellénistes des dernières époques s’imaginaient y découvrir, après avoir perdu le véritable sens des hiéroglyphes. J’en reviens à ces ébauches mexicainesquevoustrouvez si hideusesetqui le sont effectivement. Mais savez-vous pourquoi elles sont si laides et si difformes? C’est, tout d’abord, que ces images sont des hiéroglyphes, ni plus ni moins que les hiéroglyphes égyptiens, c’est-à-dire une écriture sacrée, dont la forme, une fois convenue et adoptée, indépendamment de toute pensée d’art, ne pouvait changer et devait se transmettre immuable à la postérité, comme tout cequi est rituélique et sacer- (1) Ce document vient immédiatement à la suite du précédent dfins le même volume.
— 22 — dotal. C’est,ensecondIieu,quecesimagessontdesrébus quiseraientdevenusinexj)licables,si lessuccesseurs de ceux qui les ont inventés, se fussent permis d’en altérer la moindre ligne. Les formes de ces bons hommes que vous trouvez si affreux, sont des formes conventionnelles : plus ils seront laids, plus ils se rapprocheront de l’objet primordial qu’ils sont destinés à représenter; car au lieu d’êtres humains, ces images sont, dans les documents primitifs, les esquisses plus ou moins anthropomorphisées, de faits purement géologiques.
Reporlcz-vous, je vous prie, aux rébus que VIllustration vous donne chaque semaine ; examinez ces squelettes, formés de lignes enchevêtrées, prenant une forme plus ou moins réelle, qu’on y trouve assez sou-vent, et vous aurez une idée de la pensée qui a présidé à ces étranges ébauches. Convenez donc que la laideur ou la beauté d’unbonhomme, dans les pçinturesmexicaines, n’aabsolumentriendecommunavecuneœuvre d’art, pas plus que nos cartes àjouer avec lestableaux de Raphaël ou du Titien. Cela n’empêche pas, néanmoins, qu’au milieu de ces difformités et de ces laideurs, il ne se révèle souvent, en dépit de la raideur hiératique, un véritable sentiment artistique; c’est une main, un pied, une tête, un oiseau, dont l’esquisse est loin d’être indifférente.
Aujourd’hui, d’ailleurs, ne commence-t-on pas à revenir sur l’idée qu’on s’était faite du génie des nations, en voyant lagrossièretédequelques-uns de leurs symboles?L’anthropomorphisme fit oublieraux Grecs l’origine de leurs divinités : les raffinements de l’art dans l’exécution des symboles, en particulier des statues des dieux et des héros, marchèrent en raison inverse de la science des choses primitives ; les perfectionnements de la statuaire durent donc contribuer
— 23 — puissamment à révéhmérisme grossier dont se plaignent plusieurs philosophes. Dans le secret du sanctuaire, dans les mystères que l’on y dérobait sisoigneusementauvulgaire, les initiésretrouvaient, sans doute, avec les notions augustesdes origines sacrées, l’explication de la rudesse des images antiques, auxquelles se rattachait, non sansxaison, la superstition populaire. Plus elles étaient grossières et plus elles offraient de ressemblance avec l’objet terrestre, la localité ou le phénomène qu’elles avaient été chargées de représenter au berceau de la religion. Pourquoi les prêtres mexicains, dépositairesdes traditionssacrées, avaientils tenu si fermement à perpétuer les ébauches informesdontnousnousétonnonsaujourd’hui,c’estqu’ils étaient plus rapprochés que les prêtres d’aucune autre nation du monde, des lieux où s’étaient accomplis les mystères terribles qui avaient donné naissance aux cultes idolâtres ?
Je m’aperçois queje m’éloigne encore une fois, tout en causant, du sujet de notre entretien. Que voulezvous? la famiharité d’une lettre estcomme celle d’une conversation; tel qu’un oiseau, sautantde brancheen branche, on entame une matière, et l’on traite d’une autre; un mot amène une explication. On ouvre une parenthèse, on parle de tout, saufde ce qu’on devrait dire, puis on la ferme, après avoir entrepris vingt sujets différents. Je retourne donc au Codex Chimalpopoca, ce manuscrit mexicain que je disais devoir exciter un si vif intérêt dans le monde savant. J’ajoutais que vous ne connaissiez encore qu’une des faces des histoires mexicaines, et c’est alors quej’amenai l’entretien sur le Teo-Amoxtll ou Livre divin des Toltèques. Eh bien! l’autre face de ces histoires, c’est ce livre également qui me l’a révélée. C’est en le tradui-
— 24 – sant, pour la troisièmeou la quatrième fois,queje suis arrive àsouleversuccessivement les voiles qui larecouvraient, et à fairejaillir de tantdehiéroglyphes incompréhensibles auparavant, la plus grande lumière historique de l’époque.
Imaginez un livre entier écrit en calembours, un livre dont toutes les phrases, dont la plupart des mots ont un double sens, l’un parfaitement net et distinct de Tautre, et vous aurez, jusqu’à un certain point, l’idée du travail que j’ai entre les mains. C’est en cherchant l’explication d’un passage fort curieux, relatif à l’histoire de Quetzal-Goatl, que je suis arrivé à ce résultat extraordinaire. Oui, Monsieur, si ce livre est en apparence l’histoire des Toltèques et en-suite des rois de Colhuacan et de Mexico, il présente, en réalité, le récit du cataclysme qui bouleversa le monde, il y a quelques six ou sept mille ans, et constitua les continents dans leur état actuel. Ce que le Codex Borgia de la Propagande, le Manuscrit de Dresde et leManuscrit Troano étalenten images et en hiéroglyphes, le Codex Chimalpopoca en donne la lettre : il contient, enlanguenahuatl,rhistoiredumonde, composée par le sage Ilucman, c’est-à-dire par la main puissantedeDieudanslegrandLivredelanature,enun mot, c’estleLivredivin lui-même, c’est le Teo-Amoxtli.
Comprenez-vous maintenant. Monsieur, l’intérêt que m’inspire cedocument, l’attraitqueje trouvedans le travail auquel je me livre actuellement? Tel est, en effet, cet attrait, depuis que j’ai commencé à soulever le voile qui en recouvrait les mystères, quejamais, au temps dema jeunesse, la lecture d’aucun roman, celle d’aucune histoire, dans l’âge sérieux, ne m’a offert rien d’aussi véritablement attachant. Longtemps avant cette découverte inattendue, j’avais souhaité de pou-
— 25 — voir donner au public, qui a pris goût aux antiquités américaines, avec une traduction du Codex Chimalpopoca, le texte entier de ce document important; je lui fournissais ainsi les moyens d’étudier à la fois l’histoire et la langue des Mexicains. Ceux qui avaient eu l’heureuse chance d’en posséder une copie avant moi, Gama, Pichardo et M. Aubin, l’avaient considéré, non sansunegrandeapparence de raison ,comme une des sources les plus précieuses de l’histoire du Mexique : quant à moi, dans la traduction plus qu’imparfaite que j’en avais écrite, il y a dix-neuf ans à Mexico, sous la direction de mon professeur de nahuatl, j’y trouvais déjà des choses d’un intérêt si considérable, à part de sa spécialité mexicaine, que je regrettais souvent que les documents quej’ai publiés sur l’histoire et les langues de l’Amérique centrale, m’eussent empêché d’y remettre la main d’une manière sérieuse. J’avoue qu’en dehors de ces travaux, j’avais longtemxps espéré que M. Aubin finirait par le publier lui-même. En jetant les yeux surma première traduction, j’y avais reconnu de nombreuses erreurs, ayant leur source non-seulement dans l’incapacité de mon interprète, mais encore dans les difficultés dont le texte est hérissé. Après dix-huit années de travail etde remaniements incessants, ce n’est que d’aujourd’hui que j’en ai compris la nature réelle. § 5. Il y a un an, je ne voyais dans ce livre qu’une histoire chronologique, mêlée de légendes; mais, tel queje lecomprenais alors, j’avais fini parme résoudre à le remettre sur le métier et à enrecommencer entièrement latraduction. Si lachronologie m’en paraissait aride, les légendes, tirées d’anciennes ballades, dont la noblesse et les prêtres avaient gardé la mémoire.
— 26 – excitaient particulièrement mon attention : celles qui avaient rapport au mythe de Quetzal-Coatl présentaient des rapports si frappants avec les mythes de Bacchus et d’Hercule, j’y retrouvais, d’un autre côté, des analogies si remarquables avec celui d’Osiris , qu’en dépit de l’opposition de l’école classique et des nombreux incrédules qu’avait rencontrés mon introduction au livre de Landa, je m’attachais plus quejamais à mettre ces mythes en parallèle et à rechercher leur explication.
L’étude de quelques portions des Védas, celle de la symbolique de Creuzer, dans l’excellente traduction de M. Guigniaut, me furent d’un puissant secours : ce n’est pas que je fusse un partisan bien déclaré du transcendantalisme qui se trouve au fond des idées de Creuzer; j’y recherchais uniquement les faits et les traditions qui concernent les divinités des religions antiques, allant ensuite aux sources, quand il m’était possible de les atteindre. Après chaque lecture, je sortais avec une conviction plus profonde de l’identité de tous ces mythes et de la communauté de leur origine. Bien plus, la pensée, d’abord si vague chez moi, que cette origine pourrait bien un jour se retrouver en Amérique, au lieu de décroître n’en prenait que plus de consistance. Ce qui acheva de me convaincre, c’est la suite et l’enchaînement de ces mythes dans la théologie mexicaine, tandis que je n’en voyais souvent que des lambeaux dans les mythologies de notre continent ; je me disais que si le Mexique ne pouvait encore s’attribuer la priorité de leur invention, il avait au moins le droit d’en revendiquer pour lui une notion plus claire et surtout plus complète. Quant aux attributs distinctifs des divinités de l’ancien monde, de l’Egypte, de la Grèce,
— 27 — de l’Asie Mineure, etc., je les découvrais tous, les uns après les autres, chez les divinités mexicaines, et, qui plus est, celles-ci m’en présentaient souvent une explication plausible; ce qui estrarement le cas avec les divinités de l’ancien monde.
Sij’avais écouté mes contradicteurs, si j’avais fléchi devant l’attitude, je ne dirai pas de mes critiques, car je n’en ai eu qu’un seul qui mérite ce nom, mais des adversaires quand même de l’archéologie américaine, je me serais sans doute arrêté dans la voie où je me trouve encore aujourd’hui seul , abandonné à mes propres forces. Heureusement les traits qu’on m’a lancés ne pouvaient guère me toucher, et les sarcasmes manques dont j’ai été l’objet n’ont eu aucun effet surmon esprit. Malgré vos préventions, vous savez fort bien, vous-même. Monsieur, que je ne me laisse pas entraîner, comme un jeune homme, aux écarts de l’imagination, et vous avez pu vous apercevoir combien peu j’étais réellement systématique.
J’ai pour cela les allures beaucoup trop indépendantes, etje n’aime pas plus être astreint à soutenir éternellementmes propres idées que celles des autres, si je ne les trouve pas bonnes; à moins, toutefois, que l’on n’appelle système l’étude qui consiste à rechercher partout les vérités historiques, sans égard pour les règles que vous posent certains professeurs, nés dans la routine universitaire, nourris par elle et qui ne voient que par elle, sans égard pour ce qui les entoure.Quant à moi, jevous confesse en toute franchise que n’étant pas catalogué, je n’ai nulle envie de l’être.
Acôtétoutefoisde cetespritquevoustaxerez, peut-être, de raideur, j’ai plus de flexibilité que vous ne pourriez vous l’imaginer : je ne suis nullement obstiné ; si je me redresse devant la hauteur ou l’ignorance, je
— 28 — m’incline toujours devant la raison et la science. A l’époqucoùje repris en sous-œuvre ma traduction du Codex Chimalpopocn/]*éiiïh bien défcrminé, en le publiant, à n’y pas insérer d’annotations analogiques à l’introduction que j’ai placée au livre do Landa; je voulais laisser au lecteur le plaisir de la surprise, en découvrant lui-môme les curieuses analogies que présentent les mythes mexicains avec les grands mythes de notre continent.
Mais à mesure quej’avançais dans mon travail, ces analogies devenaient si frappantes, de si étonnantes identités s’offraient sous ma plume, que je finis par revenir sur ce premier sentiment. J’avais cédé au désir de satisfaire cette classe de critiques qui prétendent qu’on ne peut faire rien de bon si l’on ne restreint pas, suivant leur manière de voir, chaque fait dans ce qu’ils appellent ses limites naturelles.
Mais en reconnaissant le caractère universel des mythes dontj’établissaisl’identité,avantmômed’en avoir saisi tous les côtés, me refuseràcommuniquer ce que j’apprenais, au public qui n’est pas toujours aussi absolu, ni aussi savant que ces critiques, me refuser à voir la lumière et à la répandre autour de moi, n’était-ce pas également faillir à mon devoir d’historien et manquer de courage?
Bopp,dont le monde savantdéplore la perle récente, cet homme éminent, que l’on a raison de citercomme un modèle à suivre dans les études de linguistique, Bopp, en travaillant à arriver « à force de rapprochements et d’inductions, à la découverte des lois qui présidèrent au devenir de chacun des idiomes congénères (1), pourdémontrer l’unité primitive des langues () La Science positive des langues indo-européennes , etc., dans la Revue de linguistique, tom. I, page 3.
- 29 – indo-européennes, » n’est-il pas parti, lui, du fait de leur unité radicale, rendu évident déjà par les travaux deGrimm, deWilliam Jones, deFrédéricSchlégel, etc.?
Mais si ces hommes éminents se fussent circonscrits, comme on voudrait que je le fisse, « dans des limites naturelles, qui ressortent de la nature même des choses (1), » comment eussent-ils fait pour comparer les langues européennes avec celles de l’Inde et de la Perse, pour amener des rapprochements entre les traditions sacrées desYédas et celles de l’Egypte et de la Grèce, entre les mythes de toutes les nations modernes, d’origine plus ou moinsindoueougermanique?
Dites-moi, je vous prie, s’il n’y a pas aussi loin de l’Inde à l’Allemagne que de l’Amérique à l’Europe ou à l’Afrique? Si les communications d’un continent à l’autre sont moins prouvées en apparence, que celles de l’Inde et de l’Europe, dans les temps anciens, c’est uniquement parce que jusqu’ici on ne s’est guère mis en peine d’en étudier les documents. Ignorance n’est pas savoir, et l’étude ne consiste pas à dédaigner ce qu’on ne connaît point.
William Jones, parlant de la parenté des langues des Indous avec le grec et le latin, disait en 1786 : « Aucun philologue, après avoir examiné ces trois idiomes, ne pourra s’empêcher de reconnaître qu’ils sont dérivés de quelque source commune qui peutêtre n’existe plus. » Vous souriez, Monsieur. Je vous vois venir, medirez-vous, le Mexique entête, comme Pallas, coifféedeson casque; vousalleztravaillerànous prouver que cette source se retrouve en Amérique, et vous mettre tous les orientalistes à dos. Ne craignez (1) Vivien de Saint-Martin, VAnnée géographique, année 1866, page 291.
— 30 — rien, je ne dis pas les choses aussi, crûment. Quant aux orientalistes, à l’exceptiond’un ou deux, peut-être, ce sont deshommes sages, vieillis dans les études, et qui, comme moi, cherchent évidemment la lumière.
Ils la saisiront de quelque part qu’elle vienne. Je n’ai donc aucune raison de les provoquer, et ils ne sauraient se fâcher avec moi, si je leur signale à l’horizon une Igeur qu’ils n’auraient pu apercevoir avant moi.
Si jeme trompe, si ce que j’ai pris pour une lumière n’en est pas une, ils me laisseront ; mais si c’en est une véritable, si c’est le phare qui doit nous guider tous, gens de science, sur l’océan des recherches historiques, ils me donneront la main et nous marcherons ensemble à la conquête de la vérité ; voilà quelle estma manière de voir les choses, et vous ne pouvez, ainsi qu’eux, que me donner raison. Quand je vous aurai démontré que les expressions les plus importantes de la langue sacrée de l’Inde existent identiquementau Mexique et dans l’Amérique centrale, avec leur signification radicale; queje vous aurai fait toucher du doigt le lieu où elles ont pris naissance, vous me féliciterez d’avoir été assez heureux pour être le premier dans cette découverte, et vous travaillerez à en profiter tout comme moi. Ce n’est pas pour rien quej’ai voulu lire les Védas etme rendre compte par moi-même de ce qu’ils contiennent et des commentaires qu’on y a ajoutés. C’est ainsi seulement que j’ai pu reconnaître que les conceptions religieuses de l’Inde, servant de base à ces expressions, n’étaient que les images plus ou moins matérielles des idées originelles contenues dans un hiéroglyphe primitif. Voilà ce que j’ai amplement reconnu, en retrouvant dans les passages, considérés comme les plus difficiles par V Wilson dans les strophes du poëte indou, une foule d e
— 31 — détails dont le Teo-Amoxtli seul donne la clef, au moyen des tableaux du cataclysme. § 6. C’est là un fait dont vous apprécierez parfaitement l’exactitude, si vous avez la patience de me suivre, en vous dépouillant vous-même de toute idée préconçue pour ou contre l’Amérique. Avant d’entrer en matière, j’ai à vous initier préalablement aux épisodes divers qui m’ont conduitinsensiblementjusqu’à la porte du sanctuaire, dont ensuite le voile s’est levé tout à coup à mes regards : j’ai à vous continuer le récit quej’avais commencé sur la manièredont je suis arrivé à cette importante découverte, en me mettant en possession du sens caché des hiéroglyphes mexicains. Comment s’est éclairci ce mystère, comment s’est déroulé le tissu qui enveloppait cette momie auguste, que, durant soixante siècles, tous les sacerdoces de l’antiquité païenne s’étaient plu à épaissir, c’est là certainement un effet de mes études, mais auquel j’étais on ne peut plus éloigné de m’attendre, bien que tout, en apparence, m’y eût préparé. Ce qu’il y a de plus frappant dans cette découverte, c’est que la mythologie tout entière est fondée sur un mythe géologique, basé sur le cataclysme et sur la forme topographique de la terre dont il causa la ruine. Il y a longtemps, ce semble, que j’aurais dû reconnaître ce fait intéressant. Durant mon séjour dans l’Amérique centrale, il y a douze ans, je m’étais préoccupé plus d’une fois de voir les noms des héros du Popol Fuh attachés à des localités : tel est celui des Quatre cents Jeunes ge^i-que je retrouvais sur les rivagesde l’océan Pacifique, tel est le nom de Cabrakan, donné à une montagne du pays des Marnes, et celui de Hun-Ahpu qui désigne le volcan de Feu auprèsde Guatemala. J’a-
— 32 — vaischerchéà m’cxpliquer ces circonstances; maisj’étais encore tropimbu des idées d’anthropomorphisme pour en revenir aisément. Un égyptologuc étranger, M. Riiiieux, dontj’avais fait la connaissance, il y a dixsept ans,enretournanten dihgencedeMexicoà laYéra- Cruz, et que depuis j’ai retrouvé à Paris, m’avait demandé plus d’une fois si, dans les documents d’origine américaine que j’étudiais, je n’aurais pas découvert autre choseque des histoires ordinairesouunemythologie courante. Ayant lu matraductionduPopolVuh^ il m’avait assuré que cette lecture lui avait été d’une grande utilité pour sestravaux et qu’il croyait y voir des allusionsauxmythes géologiques etgéographiques existant, disait-il, dans le Livre des Morts. Ces idées m’avaient trouvé longtemps incrédule. La découverte de l’ouvrage de Landa, les recherches auxquellesjeme livrai àproposdes signesdu calendrier etde l’alphabet mayas, l’examen des mythes géographiques, exposés dansHumboldt(l), de ceux auxquels font allusion les traditions, rapportées par le frèreRomain Pane et Pedro Martyr d’Anghiera, à propos des Antilles(2), tout cela finitpar modifiersensiblementmes premières impressions. Je demandai alors des explications plus nettes à mon égj’ptologue, et la dissertation qui précède mon Landa vous en donna la preuve.
A mon retour duMexique,en 1866, un de mes amis me communiqua à Madrid un monument précieux dont la vue devait naturellement activermes recher- (1) Examen critique de Phistoire de la Géographie du nouveau Continenty tom. I, passiin. (2) Voir l’opuscule de Romain Pane dans l’histoire de Cliristophc Colombj^écrite par son fils Fernando; je l’ai traduite de l’édition italienne de Venise, à la suite de la Relation des choses de Yucalan, de Landa, page 43 1 et suiv. Voir les Décades de Pedro Martyr d’Anghiera, etc.
- 33 – ches de ce côté : c’était le Manuscrit Troano, dont je vous ai dit quelques mots. Don Juan de Tro y Ortolano, qui en est le possesseur, me le prêta obligeamment; puis, mettant le sceau à cette marque de con-fiance, ilme permitgénéreusement de l’emporter et de le garder tout le temps que je jugerais à propos de m’en servir. Ce document, peint sur papier d’écorce d’arbre, battue et recouverte d’un léger vernis blanc, comme la plupart de ceux du même genre dont il est questiondansLanda et ailleurs (1),comporte soixantedouze pages, généralement assez bien conservées. Il est tracé en caractères et figures, suivant l’expression ordinaire des écrivains espagnols de la conquête ; ce qui veut dire qu’à côté des images qui expriment symboliquement les faits, se trouve l’explication en caractères phonétiques, de ceux dont Landa a conservé l’alphabet.La rudessedes profils me ferait croire qu’il est d’une date très-ancienne, peut-être de mille ans antérieur à notre ère,et qu’il provient de quelque sépulture sacerdotale (2).
Ce que j’en dis présentement, je l’ignorais au moment oii ilme fut confié, cette réflexion étant le fruit de ma découverte actuelle. L’analyse de certains groupes, jointe à la description de quelques fêtes du calendrier maya que je croyais y voir, m’avait donné lieu de penser d’abord que ce manuscrit ne pouvait êtrequ’une sorted’almanachàl’usagedes propriétaires de biens ruraux. Là comparaison que j’en fis depuis avec les planches des manuscrits américains , repro- (1) Relation des choses du Yucalan, p. 45, 317 et suiv.— Conf. Pet.
Martyr. De Insulis nuper inventis, etc., éd. Colonise, 1574, p. 354, où il y a une description fort curieuse des livres mexicains, etc. (2) Les Mayas conservaient leurs livres, en les passant chaque année, après une suite de cérémonies religieuses, à une eau préparée avec de l’oxyde de cuivre et de l’acide acétique.
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3i — çluits dansKingsborough, me fit insensiblement changer d’avis. A la suite de diverses convereations avec M. Léonce Angrand, j’avais, d’un autre côté, commencé à dépouiller les auteurs mexicains que je possède, afin de me préparer les voies à une symbolique qu’il regardait, disait-il, comme le premier jalon à poser pour l’étude sérieuse de l’archéologie américaine. Les différents textes, publiés par les soins de Kingsborough, furentégalement misàcontribution.Je les confrontai les uns avec les autres, eten regard des planches de la célèbre Copie P^aticanCy si souvent citée par le jésuite Fabrégat, dans son Examen du Codex Borgia (1), je relevai le texte entier du père Rios qui se rapporte d’un bout à l’autre au premier de ces documents.Durant ce travail, un signe de la Copie Faticane •^o^ qu’on retrouve dans une des planches du Manuscrit Letellier de la Bibliothèque impériale, me frappa parsa ressemblance avec le hiéroglyphe égyptien, indiquant les citésdu premierordreQ. Prenant en main les épreuves du Manuscrit Troano^ j’y retrouvai le même signe ^fâ à peu près identique à l’égyptien. Mais dans ce document il se présentait fréquemment dans la même page, et je m’assurai promptement qu’il avait lamême signification, aussi bien dans les symboles mexicains et mayas que dans ceux de l’Egypte. Ce qui ajouta à ma satisfaction à cet égard, ce fut le phonétisme du mot « cité, ville ou forteresse, > cah, en langue maya, identique avec kah ou Aïz^‘,égyptiensignifiant laterre, le lieu, la localité, etc. (i) Manuscrit de la bibliothèque de l’Université de Mexico, dont je possède une copie.
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3o — Je dirai plus tard quelle est la composition de ce mit qui n’est pas une racine; remarquez pour le moment que cah, en langue maya et quichée, signifie quatre et fait allusion aux quatre vents du monde, comme aux quatre quartiers de toute ville américaine, désignés par les quatre bras formant la croix dans le signe.
Cette découverte, insignifianteen apparence, devait m’amener à d’autres. En parcourant de nouveau les pages du Codex de Dresde et du Manuscrit Troano, j’observai que cet hiéroglyphe s’y présentait toujours accolé à l’un ou à l’autre des signes du calendrier : il devenait évident dès lors que ces signes, donnés d’ordinaire comme les symboles d’autant de divinités, n’étaient en réalité que des représentations de localités ou de régions divinisées et transportées au ciel avec le caractère divin. Il m’était arrivé plus d’une fois de suspecter une apothéose de ce genre ; car en cherchant à traduire les noms donnés dans les histoires aux ancêtres des différentes tribus du Mexique et de l’Amérique centrale, comme aussi ceux des rois toltèques, tels qu’ils sont dans les relations d’Ixtlilxochitl, j’avais été surpris de ne trouver dans l’analyse de ces noms, que des qualifications applicables uniquement à des localités. La lumière que ce travail répandit sur l’ensemble des données que je possédais déjà, me fit faire des découvertes philologiques surprenantes, surtout en cequi concerne les affinités de la languenahuatl avec celles du groupe quiché-maya.
Jusque-là, cependant, je n’avais encore rien reconnu qui fût de nature à modifier sensiblement mes idées relativement à l’ensemble de mesdocuments. Mais au mois dejuin dernier, j’en étais,dansma traduction du Codex Chimalpopoca, à l’histoire de Quetzal-Coatl, roi et pontife de Tollan, au moment où Tezcatlipoca
— 3G — Conspire avec un autre démon pour tenter le monarque. Dans l’espoir de réussir plus complètement à tromper le roi des Toltèques, Tezcatlipoca invente un miroir à deux faces, dont l’une a le pouvoir d’altérer d’une manière monstrueuse les traits qui s’y réfléchissent : avec cet instrument il espère le rendre odieux à lui-môme et l’obliger à abandonner son royaume. Il se présente au palais, et après des refus réitérés, finitpar être admis dans la présencede Quetzal-Coatl. Il salue avec humilité le pontife qui l’interroge sur l’objet de sa mission. « Alors, continue le texte, il lui présenta le miroir, en disant : Coniiaistoi toi-même^ regarde,mon seigneur, tu vasapparaître dans le miroir.
Reconnaissez ici la fameuse sentence gravée dans le temple de Delphes et que le dieu mexicain prononça longtemps avant que la Grèce eût eu connaissance do ce mythe. Mais je retourne à Quetzal-Coatl. Le pontife, obéissant à l’injonction de Tezcatlipoca, reste épouvanté en se voyant dans le miroir. Ainsi que Zagreus, ditavec CreuzerM. Guigniaut, « il n’y vit dans ce miroir trompeur qu’une image infidèle de luimême(1). » Alors il veut se retirer de Tollan.Un autre tentateur vient à lui, et, pour l’encourager à se montrer à ses sujets, s’offre à fabriquer au pontife un masque qui leurdissimulerases difformités. Le prince y consent. Suit alors la description du masque dont le texte mexicain donne tous les détails. Vous pouvez le voirdans la face, ditedu soleil, qui occupe le centre du fameux zodiaque de Mexico, ainsi que du trophée du temple, dit du soleil, dans les ruines de Palen- (1) [tdigions de l’Antiquité, tom. III, p. 278-9. Toute cette légende est développée dans la partie du Codex Cliimaljyopoca , dédiée à Uuetzal-Coatl.
— 37 — qué(l). Ce masque, c’est encore le môme que celui de Silène que Ton trouve sur une foule de monuments bachiques, où il est en rapport avec Dionysus,dieu de la tragédie et des représentations scéniques,ainsi que Quetzal-Coatl au Mexique; c’est le même qui, en Egypte, représentait souvent le pèredesdieux, suivant Athénée et Diodore (2). Eh bien ! Monsieur, c’est la description de ce masque, dont j’aurai l’opportunité plus tard d’expliquer tous les symboles, qui m’ouvrit subitement les yeux sur le sens caché des mythes mexicains. Dans l’idée qu’en donne le Codex Chimalpopoca, il est surtout question de deux dents sortant de la bouche, jumelles ou en forme de serpents. Ces dents, que j’ai vues aux images de Bouddha dans l’exposition siamoise, et qui se présentent assez souvent môme dans la bouche de certaines divinités de l’antiquité grecque, seretrouvent dans tous les symboles de Quetzal-Coatl. Quelques jours auparavant, en examinant un des hiéroglyphes locaux du Manuscrit de Dresde, j’avais cru en avoir découvert le sens mystérieux ; la description qu’en donne le Codex Chimalpopoca fut donc pour moi une révélation aussi soudaine qu’inattendue.
Un travail instantané s’opéra alors dans mon esprit.
Un jet de lumière letraversa, et le bandeau quej’avais sur lesyeuxtomba subitement.L’œuvrede l’anthropomorphisme, que durant tant de siècles les prêtres des cultes antiques n’avaient cessé d’embellir de fables et de légendes, d’étayer d’une apparente chronologie, avec les dynasties divines et humaines, tout ce sys- (1) Planches 29-30 de l’album Waldeck, Antiquités mexicaines, etc.
C’est la planchefrontispicedel’ouvragede Stephens, Incidents oftravel in Central America, etc. vol. 11. (2) Guigniaut-Creuzer , Religions de VAyitiquité , tom. III, pages 149-loO.
-38 – tèmc, dis-je, s’ëclaircit instantanément, et la vérité dans sa noble simplicité, c’est-à-dire le mythe géographique se déroula devant moi avec une étonnante lucidité. Ne vous est-il pas arrivé quelquefois comme à moi, en vous mettant en route de bon matin, entre les grands sites des Alpes etdes Pyrénées, d’observer ces vapeurs dont les montagnes serecouvrent au lever du soleil? Ces vapeurs, en s’élevant du fond des vallées et des profondeurs humides des bois, enveloppaient le paysage d’un voile de brumes légères, en lui donnantsouvent l’aspect d’un lac immense, où les angles delà forêtse projetaientçà et là,comme autant de promontoires ou d’îles couvertes de feuillage. Puis soudain le soleil apparaissant, brisait d’un rayon ce tableau factice semblable à un mirage. Les eaux, le lac, se dissipaient comme parenchantement, et à me-sure que l’astre du jour montait à l’horizon, le voile blanchâtre du brouillard, déchiré par la brise, se roulaitcommedes masses de neige aux flancsdes collines où ses derniers lambeaux ne tardaient pas à disparaître entièrement.
Ces brouillards, ces voiles, ces eaux, ce lac, ce mirage enfin, c’est l’histoire américaine, tellequeje l’avais conçue, telle que je l’avais lue et commentée d’après tous les documents, telle que je l’avais écrite aussi moi-même, en suivant les traces des auteurs qui m’ont précédé depuis soixante siècles. Mais la vérité s’est fait jour comme le rayon du soleil sur mon paysage; elle a écarté peu à peu tous les voiles, et bien qu’il reste encore quelques légers brouillards sur les détails, elle n’en brille pas moins aujourd’hui pour moi dans toute sa splendeur. Aucune autre comparaison ne saurait rendre l’effet produit sur mon esprit par ce jet soudain de lumière, et c’est celle qui s’est
— 39 — offerte spontanément quand j’ai essayé d’en parler.
Voilà, Monsieur, comment l’illusion, comment l’allégorie a fait place à la réalité. Sachez-le bieii, à l’exception, peut-être, de l’histoired’unedouzaine de rois, prédécesseurs de Montézuma, ce n’est pas l’histoire des hommes qu’il faut chercher désormais dans les documents que nous connaissons, mais bien celle de la nature américaine. Les Toltèques que j’ai pris si longtemps pour une nation antique et policée, poursuivie au xi^ siècle par d’implacables ennemis, ces Toltèques ne sont, en réalité, que des puissances telluriques, agents du feu souterrain : ce sont les Gabires, qui plus tard deviennent les Cyclopes, en se creusant un œil au front, c’est-à-dire en se soulevant avec les masses de la terre au-dessus de sa surface, et en remplissant de feu les cratères des volcans. Les Toltèques sont les véritables forgerons de l’Orcus, de la Limné, dont Tollan est le symbole ; ils sont réellement les maîtres de la civiHsation et des arts, les fondeurspar excellence des métaux que les hommes n’apprirent à connaître qu’au milieu des convulsions d’un monde bouleversé par les agitations souterraines. \ § 7. C’est de ces Toltèques tout-puissants que les fondateurs des sociétés primitives prirent leur nom.
Les Chichimèques, les Aztèques, sont également des noms symboliques, empruntés aux forces de la nature ou à la condition deceux qui s’en revêtirent à l’origine, et dont se décorèrent ensuite les tribus de la vallée de Mexico, soit qu’ils eussent servi à distinguer hiérarchiquement les castes d’une même société, ainsi que les noms des castes de l’Inde, soit qu’ils fussent destinés à rappeler, d’une manière plusspéciale, les régions désignées par l’un ou par l’autre des phénomènes,
- 40 – dont CCS tribus étaient les symboles vivants. Mais la j)rcmièrc hypotbèse est celle qui me paraît la plus conformeau sentiment général de l’histoiremexicaine, et les sept tribus nahuatlacas auraient été, au commencement , des castes différentes , érigées d’après le nombre des sept chefs toltèques etdes sept volcans primitifs. Moins immobiles que celles de l’Inde, ces castes se seraient, à différentes époques, disputé la puissance, et la destruction des Toltèques, si elle est vraie, historiquement parlant, ne pourrait s’appliquer ainsi qu’à une grande révolution sociale, où le corps sacerdotal, moins fort que les Brahmanes dans l’Inde, aurait succombé dans une lutte formidable, et se serait dispersé aux quatre vents des nations.
La traduction et l’interprétation entières du Teo- Amoxtli me permettront peut-être plus tard de développer cette matière, et de vous signaler les résultats d’une telle révolution dans le fait de cette dispersion étonnante de rites et de symboles, issus d’un berceau unique, dans le monde entier. C’estun sujet de graves et immenses méditations. Vous me demanderez sans doute maintenant comment je suis arrivé, en si peu de temps, à des conclusions si différentes de tout ce que mon esprit avait réalisé auparavant. Je vous répondrai: c’est la double interprétation du texte du Codex Chimalpopoca qui m’a ouvert les trésors mystérieux du passé. C’est cette interprétation merveilleuse qui m’a instruit du sens véritable de tous ces noms de rois et de tribus, qui m’a fait comprendre le rôle important que le mythe géologique jouait dans les récits de l’antiquilé; c’est en apprenant à lire cette double signification du texte nahuatl, quej’ai reconnu que ces noms de tribus étaient tous tirés des attributions de la puissance volcanique qui bouleversa le
monde, il y a six ou sept mille ans, ou bien des symboles qui se rattachaient à cette catastrophe. C’est le récit de ces bouleversements, c’est l’histoire du cataclysme, dont tous les peuples ont gardé la mémoire, que racontent tous mes documents. Jamais, je vous le confesse,jene meserais attendu à cedénoûmentdemes études, bien qu’il me semble en avoir eu plus d’une fois la prévision, depuis quelque temps, surtout à l’époque oùje publiai, avec ma traductionde Landa, ma dissertation sur les monuments égyptiens et mexicains. Marchant encore d’un pas incertain dans le dédale des traditions américaines, je citais alors, mais sans les entendre complètement, les fragments divers des cosmogonies antiques, relatives à ce cataclysme;je croyais pouvoir dire avec assurance que le moment viendrait où l’on retrouverait quelques-uns des documents précieux dont nous entretenaient les chroniques de la conquête, tout en étant bien loin de me douter que je les eusse présentement dans ma bibliothèque. « L’Amérique, disais-je alors, l’Amérique,jusqu’aujourd’hui, n’a été l’objet d’aucune investigation archéologique sérieuse ; quelques travaux individuels ne sauraient entrer en comparaison avec la multitude de ceux qui ont eu lieu pour l’Egypte ou pour l’Asie, travaux où lesgouvernements del’Europe sont entrés, en ce qui concerne la dépense, avec une générosité qu’on ne saurait trop louer. Cependant, c’est, peutêtre, l’Amérique qui contribuera davantage à la solution des grands problèmes historiques, dont on a vainement cherché la clefjusqu’à présent : cette solution, nous la trouverons dans les katuns ou cartouches incrustés de ses monuments, dans les livres, renfermés dans les sépulcres, restés cachés depuis la conquête.
- 42 – peut-être mômedans ceux que possèdent déjh nos bibliothèques. On finira par lire le Codex de Dresde, et l’on interprétera, nous l’espérons, le Tonalamad ou RituelMexicain de la bibliothèque du Corps législatif, dont M. Aubin possède également un exemplaire original. C’est dans ces livres mystérieux qu’on découvrira, à côté du système de l’astrologie judiciaire des Mexicains et des fôtes du Rituel ecclésiastique, les documents historiques les plus anciens, toutes les origines des cérémonies mystiques d’un culte qui s’était perpétué à travers les révolutions des nations et des cités, en conservant dans l’ordre chronologique le plus parfait, le récit des souvenirs antédiluviens et des catastrophes naturelles qui, à diverses reprises, avaient bouleversé le monde, depuis que Dieu y avait placé l’humanité. » Ce sont ces faits mémorablesqui servaientde base à toute la religion mexicaine : c’est la tradition de ces faits qui se répétaitjournellement dans l’histoire des dieux et des héros antiques, dont les noms seuls paraissent avoir subi des modifications avec le concours des siècles; on les retrouve dans les ballets sacrés, dans les jeûnes et pénitences que s’imposaient tour à tour les prêtres, les princes et la nation; enfin, dans tous les rites, dans chacune des fêtes importantes du Rituel. Sous des noms différents, mais qui avaient au fond la même signification ou qui étaient représentés pai’ des symboles identiques avec ceux du Mexique, c’étaient encore les traditions de ces événements extraordinaires que rappelaient les usages et les cérémoniesdu culte, non-seulementchez les autres nations civilisées du Mexique et del’Amérique centrale, mais encore chez la plupart des populations de l’Amérique méridionale. Tant cette race américaine avait été for-
— 43 – tement constituée par ses premiers législateurs, tant elle était conservatrice de ses mœurs et de ses coutumes ! L’Amérique ne manqua, cependant, pasnon plus de novateurs, comme l’ancien monde. On reconnaît visiblement que des doctrines nouvelles cherchèrent à supplanter les anciennes, en différentes parties du continent et à des époques diverses ; mais il ne paraît pas que ces innovationsaient réussijamais à prévaloir au point de faire oublier les autres, et tout cequenous avons pu recueillir jusqu’à présent à ce sujet, donne à penser, au contraire, qu’elles ne parvinrent à prendre racine qu’en laissant subsister les symboles précédents ou en se les identifiant. Aussi, est-ce là ce qui nous inclinerait à penser que pour retrouver la plus ancienne histoire du globe, il faudrait comparer aux antiques traditions de l’Asie et de l’Egypte celles des peuples primitifs de l’Amérique. » En attendant que l’on parvienne à interpréter les livres que nous citons plus haut et qui contiennent intégralement ces traditions, c’est aux divers fragments cosmogoniques, conservés dans les livres et les histoires du temps de la conquête, que nous devons recourir. Les plus formels sont ceux que nous appelons VHistoire desSoleils, citée parHumboldt, d’après Gomara, et que l’on trouve, avec des variantes, dans divers documents, en particulier dans le Codeœ Chimalpopoca. Ainsi quenousl’avons fait remarquerdéjà, ces soleilssont signalés comme des époques auxquelles sont rapportées les diverses catastrophesque lemonde a subies ; ce que nous avons remarqué également c’est que le nombre des catastrophes, indiquées par ces soleils, varie, dans la plupart des documents précités, ainsi que l’ordre d’après lequel elles se sont succédé.
Nous n’examinerons pas icicequi a donné lieu à inter-
— 44 – vertir ces (événements : il nous semble que ce désordre appartient à une époque postérieure à la conquête espagnole, ce qui s’expliquerait par le désir que pouvaientéprouver les indigènes, chargés de lesexpliquer et obligés de plaire à leurs nouveaux maîtres, d’accommoder le déluge américain au déluge des traditions mosaïques. > Quoi qu’il en soit, il paraîtrait d’après les annotations du Codex Letellier, qu’il y eut particulièrement trois époques mémorables où le genre humain, après avoir existé pendant des siècles, aurait été subitement arraché à ses occupations ordinaires, et, en grande partie, anéanti par suite des convulsionsde la nature.
La terre, secouée par d’effroyables tremblements de terre, inondée à la fois par les flots de la mer et les feux des volcans, remuée dans ses entrailles par les gaz intérieurs se cherchant une issue à sa surface, agitée par des ouragans formidables, tel est le tableau que les traditions américaines nous présentent de ce continent, à trois époques distinctes, chronologiquement déterininées dans les livresque l’ignorance a fait disparaître au temps de la conquête, mais que l’on retrouvera peut-être un jour. » 11 y a quatre ans à peine que j’écrivais ces lignes.
Eussé-je pu m’imaginer alors que si peu de temps aprèsje me trouverais le possesseur de l’instrument destiné à briser les sceaux de ces livres mystérieux!
C’est là, cependant, à quoi m’a conduit l’interprétation du Codex Chimalpopoca. C’est dans ces pages extraordinaires que j’ai lu, comment à la suite de l’éruption des volcans, ouverts sur toute l’étendue du continent américain, double alors de ce qu’il est aujourd’hui, l’éruption soudaine d’un immense foyer sous-marin, fit éclater le monde et abîma, entreun le-
— 4o — ver et un autre de l’étoile du matin, les régions les plus riches du globe. Ce n’est pas un roman que je raconte ici, comme on l’a dit de Platon, à propos de l’Atlantide. Je ne fais qu’abréger rapidement les faits narrés, avec d’innombrables détails, dans le Teo- Amoxtli, dans toutes les relations d’Ixtlilxochitl et autres, dont on peut voir les peintures parmi les documentsde la collection de Kingsborough. C’est là que vous verrez. Monsieur, répétée avec des variantes, l’image d’un arbre couvert de fleurs, au tronc rompu par le milieu, etd’où s’échappent, au dire des auteurs, des flots de sang. Cet arbre, je dois en convenir, après avoir été longtemps pour moi uneénigme obscure, est devenu une des causes prépondérantes de la lumière qui s’est produite dans mon esprit. Que de fois j’avais consulté mes auteurs, dans l’espoir de m’éclaircir, et toujours en vain.
Cet arbre, suivant la Copie Vaticane et le Manuscrit Letellier, était, sous le nom de Tamoanchan^ le symbole d’une sorte de paradis terrestre, d’où les dieux avaient été précipités au fond de l’enfer, pour avoir osé y porterune main sacrilège, et le dépouiller de ses fruits et de ses fleurs. De là aussi le nom de Xochitl-lcacan, la Fleur debout ou dressée; carXochitl^ la fleur, regardée comme laVénus mexicaine, la déesse de la luxure, était, suivant lescommentateuis, selon Rios, Fabrégat et une foule d’autres, un souvenir confus de l’Eve biblique, ayant été la première à porter sur ces fruits sa main téméraire. D’autres donnaient à cetarbre lenom de Quahuitl-Icacan, l’arbre dressé, à sa place : ailleurs il prend celui d’Ezquahuitl ou de l’arbre de sang, à cause du sang qui paraissait en jaillir. M. Aubin me dit même unjour qu’il croyait y voir une allusion à l’idée chrétienne de l’arbre de la
— 4U – croix, à la prédication d’un christianisme primitif en Amérique.
Je vous l’avoue, Monsieur, j’étais peu disposé à admettre ces différentes versions. La lumière, néanmoins,comme vous l’avez vu plus haut, ne se fit pas tout d’un coup. La traduction de la partie du Codex Chimalpopoca , que j’intitulais l’histoire des soleils, jointe à l’examen des planches du Codex Borgia, m’amena d’abord à chercher dans cet arbre ensanglanté les effets des feux du soleil levant. J’y découvrais, sous divers symboles, les combats de l’aurore avec les nuages, et le nom de XochUl, assimilé à l’aurore dans lescommentaires de la Copie Vaticane, me confirmait davantage encore dans cette opinion. Ces combats du soleil et des nuages, de la lumière et des ténèbres, sont d’ailleurs un des voiles nombreux dont s’enveloppe celte histoire. Je me rapprochais insensiblement de la vérité. Ouvrez, je vous prie, le troisième volume de Kingsborough, fol. 18 et 20 du 6bdex Borgia, qu’y voyez-vous? Cet arbre merveilleux dont nous entretiennent toutes les traditions, brisé par le milieu du tronc, d’où s’élancent des torrents de feu. Cette rupture, je la pris d’abord pourune gorge entredeux plis de la terre, d’où l’astre du matin s’élançait brillant; mais lorsque le bandeau fut tombé de dessus mes yeux, ce ne fut ni le soleil levant, ni l’aurore que je découvris, mais un volcan, à la gueule béante vomissant les feux de ses entrailles. L’arbre était bien la terre, mais cette terre c’était le continent américain, déchiré par la puissance souterraine; le tronçon qui s’en séparait, c’était cette vaste portion du continent qui recouvrait naguère le golfe du Mexique et la mer des Antilles, s’avançant au loin vers l’Europe et l’Afrique, à l’est et au nord-est. Oui, ce
— 47 — sang qu’on croyait voir, c’est le sang bouillonnant de la terre qui s’entrouvre, c’est la lavequi coule de toutes parts ; les fleurs de l’arbre sacré, ce sont les volcans qui éclatent comme le bouton éclate sur un bouquet; et l’arbre, vous le reconnaissez, c’est celui qu’on retrouve dans toutes les mythologies antiques, égyptienne,persane, indoue, c’est Vahuehuetl des légendes mexicaines, le cyprès mystique, au sujetduquelM. Lajard a fait naguère une dissertation si remarquable, et dont tous les textes s’accordent on ne peut mieux avec l’interprétation du texte mexicain.
Cette lettre n’étant encore qu’une sorte d’entrée en matière,jem’expliquerai là-dessus entemps opportun.
Maisje vous prierai d’observer, en attendant, qu’ily a une connexion fort remarquable entre cet arbre et le Homsacré delaPerse, l’Oumde l’Egypte, l’OwduMexique et le Hom de l’Amérique centrale. Je vous dirai en temps et lieu le sens de ce mot mystérieux qui s’applique encore dans les mythologies à des choses en apparence fort diverses, mais identiques au fond, et je vous le montrerai existant, même aujourd’hui, dans un grand nombre des langues dites indo-européennes.
Ces faits. Monsieur, tous les documents mexicains en font foi, et c’est de quoi la traduction du Codex Chimalpopoca vous offrira surtout la preuve la plus entière. L’histoire qui s’y trouve consignée, c’est celle de la catastrophe la plus effroyable dont les hommes aient gardé lesouvenir, dont tous les épisodes, jusque dans leurs moindres détails, se sont conservés nonseulement dans les religions américaines, mais dans toutes celles de notre continent. Ne vous étonnez pas de l’assurance avec laquelle je vous parle en ce moment. Elle ne provient ni de l’orgueil, ni d’une con-
— 48 — fiance illimitée en moi-même ; elle est le fruit cVime conviction profonde, basée non sur des résultais imaginaires, mais sur les faits les plus accentués et les plus nets. Pourquoi donc, quand la vérité éclate de toutes parts, quand les voiles les plus épais se déchirent les uns après les autres, pourquoi ne la proclamerais-je pas tout entière? Pourquoi viendrais-je bégayer comme un enfant, m’envelopper d’une fausse modestie, quand il m’est donné de parler la bouche ouverte? Non, Monsieur, sans crainte des sarcasmes que la révélation de tant de choses nouvelles pourra exciterau commencement, je parlerai tout haut, confiant dans la sagesse des savants véritables, seuls en état d’écouter et déjuger sans morgue et sans partialité.
LETTRE DEUXIÈME
§ 1 . Vous avez lu ma première lettre sur le Mexique, et vous m’avouezqu’elle vous a intéressé. Je vois toutefois que vous n’êtes pas entièrement satisfait.
Selon votre manière de voir, je suis trop concis, je parle de beaucoup trop de choses à la fois et je re m’explique suffisamment sur aucune. Je m’avance avec une liberté que vous taxeriez fort volontiers de présomption, et, en dépit de mes protestations, vous trouvez de l’orgueil dans mon assurance. A vous entendre, toute ma lettre ne serait qu’une série d’énigmes, certainement propres à éveiller la curiosité des savants, mais qui n’auraient ser-vi qu’à vous laisser, ainsi que bien d’autres lecteurs, flottant entre l’indécision et une incrédulité absolue. Je comprends vos récriminations ; mais après tout sont-elles bien fondées? Veuillez vous souvenir que cettepremière lettre n’était, en quelque sorte, que les préliminaires de celles qui doivent suivre. J’y ai parlé de beaucoup de choses, cela est vrai ; mais je suis loin d’avoir traité, même sommairement, de tout ce quej’aurais à y exposer. Comment m’eût-il été possible de faire entrer en vingt-cinq pages le détail des nombreux sujets que j’ai mis sur le tapis? Convenez qu’il en faut davantage. J’ai réussi à éveiller votre curiosité, c’est tout ce que je voulais pour le moment. Il est si malaisé, d’ordinaire, d’amener l’esprit parisien à s’occuper d’archéologie américaine. Il a si peu de foi à l’Améri-
- 50 – que ancienne que, s’il y croit, c’est d’une manière tellement arbitraire, qu’il faudrait, pour lui plaire, bâtir tout exprès une Amérique à la tournure gauloise, à la façon de certains romans soi-disant historiques. Mais voilà que je récrimine à mon tour. Abordons franchement notre sujet, et retournons au Mexique. Yous désirez que je cesse de vous poser des énigmes ; eh bien, soit. Seulement ne vous impatientez pas; songez que j’ai à vous parler à la fois de toute l’antiquité païenne, et qu’il ne me faudra pas moins d’espace que de temps, pourvous faire passer tous mestémoignages sous les yeux.
Vous connaissez le passage d’Homère qui fait d’Okeanos et de Téthys l’origine d’un système de dieux, et par suite, ajoute à ce propos un de vos anciens amis à qui j’emprunterai plus d’une pensée (1), l’origine d’un système de mondes. « Il n’y a dans ceci, continue-t-il, absolument rien qui soit homérique; car rien n’y rappelleles antécédentsdu système homérique, rien ne s’y rapporte à ses dieux, aux dieux de l’Olympe et à leur origine. Toute cette théorie est des plus antiques… Elle vient des écoles de théologie d’une vieille Asie, originairement céphène ou couschite, d’uneAsie qui relève desEthiopiensde l’Orient, comme Homère les appelle, d’une Asie qui fut la sourcedont lesAryas s’inspirèrent, aux lieuxmômesde leur berceau, avant la grande séparation des peuples auxquels on a donné le nom de peuples indo-européens, nom qui, par parenthèse, est des plus malencontreux. > Le baron d’Eckstein, dont je cite ici les paroles, est du petit nombre des savants qui ont pénétré le plus H) Iliade, xiv, 20! , 245, 302. Conf. D’Eckstein, Sur les Sources delà Cosmogonie de Sanchonialhon^ p. 9.
— 51 — profondément l’idée primitive des cultes antiques.
Seulement, au lieu de jeter les yeux sur une vieille Asie chamitique, pour y découvrir les origines qu’il cherchait, s’il eût suivi fidèlement les indications d’Homère qu’il invoque à ce propos, ce n’est pas vers l’Orient, mais vers l’Occident qu’il eûtdirigé son attention. Ne m’interrompez pas, je vous prie, avant d’avoir entenducomplètement ceque j’ai à vous dire, et n’allez pas vous récrier, sije me sers d’Homère et du baron d’Eckstein à propos du Mexique. Si je vous emmène en Amérique, au lieu de tourner vos pas vers l’Asie, c’est la logique des faits, c’est la logiquemême de votre Homère qui me conduit , remarquez-le bien.
Mais lesavant danois, en supposant qu’il eût été tenté de chercher de ce côté l’explication des énigmes qu’il avait sous les yeux, eût été dans l’impossibilité de rien conclure, faute de documents authentiques et précis. Ainsi que tant d’autres savants, il n’avait sur l’Amérique que les notions les plus élémentaires. C’est donc à moi qu’est dévolue cette tâche ; je vous supplie donc, mon cher Monsieur, d’abjurer vos préjugés, ces préjugés classiques, tant enracinés chez vous, et si je parle de l’Amérique à propos de l’Asie ou de l’Afrique, neme croyez pas le jouet de mon imagination ; seulement ne vous laissez pas emporter aux dérèglements systématiques de la vôtre. Patience donc, dépouillez-vous franchement du vieil homme, et laissez-moi m’expliquer bout à bout.
Reprenons donc les traces d’Homère, et si vous trouvez sa géographie si exacte pour l’Orient, ayez assez de confiance en lui, pour croire qu’il n’est pas moins exact à propos de l’Occident. Reportons-nous donc avec Homère et Hésiode à ces traditions antiques des Ethiopiens de l’Orient et de l’Occident, vrais dé-
- 52 – bris, ainsi que le dit encore fort bien votre ami d’Eckstein,d’une primitivemappemonde,mappemondeque vous m’aiderez à reconstruire à un moment donné, c C’est d’une Limné empourprée par les feux du couchant que sort l’Hélios d’Homère (1), pour remonter à l’Orient et trôner de nouveau dans un ciel d’airain.
Yoss et Welker, ainsi que Vœlker, ont rapproché ce passage de celui d’un fragmentdu Prométhée délivré, d’Eschyle, où le chœurdes Titans vient retrouverProméthée, attaché au mont Caucase : il arrive de la Limné qui est d’un rouge ardent, ou d’un golfe du couchant sur les rives de l’Okeanos, fleuve qui enveloppe le globe. C’est là que descend Hélios avec ses coursiers fatigués de la coursedu jour dans le pays des Ethiopiens du couchant. Il s’y restaure lui-même et par son bain restaure le monde entier dans sa divinité… Ces Ethiopiens, l’Odyssée les partage en deux (dickthà), les appelant leshommes des deux bouts ou des deux extrémités du monde {eschatoi andrôn). Les grands dieux s’y réunissent à certaines époques de l’année, une fois chez les Ethiopiens de l’Orient, une autre fois chez les Ethiopiens de l’Occident ; c’est chez ces derniers que Zeus passe les douze fameuses nuits de la fm de l’année (2), que nous rencontrons dans les mythologies anciennes, et quiappartiennent à la constitution d’un vieux calendrier. » Jusqu’ici votre ami a raison. Mais saplume ou plutôt sa pensée ne s’égare-t-elle pas quand il veut chercheren Abyssinie, au pays deMéroé ouau voisinage de l’Arabie, la région habitéepar les Éthiopiens de l’Occident, tout en plaçant ceux de l’Orient aux sources (1) D’Eckstein, Cosmogonie de SanchonicUhon, pag. 130. (2) Iliade, I, 423-425 j XIII, 204-206.
— 53 -. desgrands fleuves qui arrosent l’Inde? Comment ces Ethiopiens seraient-ils ainsi leshommesdesdeuxbouts du monde? Assurément, siHomère est exact, et nul helléniste instruit ne doute de son exactitude, les Ethiopiens de l’Orient ne sauraient être que les races brunes et cuivréesdu continent asiatique et de sonvoisinage, et les Ethiopiens de l’Occident les races brunes et cuivrées de l’Amérique, puisque l’Occident d’Homère est ce même couchant d’où sort son Hélios, c’est-à-dire l’Océan. Soyez donc logique, je vous prie, Monsieur, et ne cherchez pas l’occident au sud ; car c’est absolumentcomme si vous cherchiez midi à quatorze heures, selon le vieux dicton gaulois.
Malgré les mensonges des Grecs , malgré leur ignorance, trop souvent avérée, si ceux qui ne veulent ou qui ne peuvent lireque lesouvrages des Grecs, avaient néanmoins suivi leurs indications sans parti pris, ils eussent, comme Christophe Colomb, découvert une Amérique. L’océan ne peut être que l’océan et cet océan est toujours l’océan Atlantique, quand il n’est pas nettement question de celui qui fait le tour du monde. C’est celui dont la racine est oc ou og, gémir, entrer, s’embarquer, dominer, suivant les sens divers qu’en donne la langue quichée, sens d’autant plus vrais ici, que tous se rapportent aux grands événements géologiques d’où l’Océan sortit. Car là fut enseveli au milieu des « gémissements, » ce dieu, dont toutes les nations idolâtres pleuraient naguère la mort au 13 novembre : c’est là que ce dieu prit son chemin pour « entrer » dans l’éternelledemeure ; c’est là enfm que les dieux de l’Egypte s’embarquèrent sur le Nil, en « pleurant » Osiris, descendu aux Enfers, dont il se constituait le maître et le souverain. De là toutes ces idées mythologiques sur l’Océan, de là le
— 54— nom d’Ogen, qui signifie précisément, en quiche, « le gémissement, l’entrée, l’embarquement, la domination, cachée, mystérieuse, etc., dem6me qu’en langue maya, ok-en signifie la cjambe descendue,» cette jambe étant, comme vous le verrez plus loin, le caractère hiéroglyphique d’Osiris, en Amérique, d’Osiris, entraîné dans le déluge d’Ogygès, dont le nom est, à son tour, en quiche, l’explication du même événement. § 2. Qui donc est Osiris, à votre avis, me direz-vous?
Eh bien ! Osiris c’est la terre ensevelie sous les flots de l’Atlantique. Ouvrez bien vos oreilles, carje vais vous donner le mot d’ordre le plus sacré des mystères antiques, lemot de passe le plus auguste, pour pénétrer dans le sanctuaire dont le voile s’est tellement épaissi depuis les siècles des Pharaons. Osiris, pour le monde, c’est la moitié du continent américain que les éruptions volcaniques firent descendre au fond de l’abîme, en un seul jour et en une fatale nuit , ainsi que l’énonce de son côté Platon, en parlant de l’Atlantide, entre un lever et un autre de l’étoile du matin, suivant le Codex Chimalpopoca. Voilà pourquoi Osiris est le roi de l’Orcus, le juge suprême des régions infernales, ainsi que Mic/laii-TeuctU, le seigneur de l’Enfer mexicain. Maintenant, si vous voulez savoir quel est cegolfe du couchant, cette Limné ardente qui est sur les rives de l’Okeanos, ouvrez, je vous prie, avec moi le tome III de la collection de lord Kingsborough, et à la planche 76 du Codex Borgia vous verrez cette Limné. C’est l’immense fournaise qui apparut après qu’Osiris, levant son phallus, c’est-à-dire l’immense montagne du volcan longtemps sousmarin, existant dans la mer des Antilles, le laissa
— 55 — s’affaisser dans cet épouvantable brasier. Voilà la Limné, voilà le marécage signifié par la couleur bleue qui l’entoure, c’est le Tollan fameux des Mexicains, c’est la Jonquière, région basse et fertile qui recouvrait naguères les deux plus grands golfes de l’Amérique, celui du Mexique et la mer des Caraïbes.
Tel est encore le vrai sens duSoma, dans la religion des Védas, littéralement le percement, l’ouverture du bras, ço-ma, en langue mexicaine, la terre engloutie ayant été tourà tour comparée àun bras, à une jambe et même àun phallus. Quant à lacoupeduSoma, identique avec celle deDionysos, nom dans lequel vous retrouvez encore la même racine co, percer, ouvrir, déchirer, cette coupe des libations qui se produit dans la grande cuve atmosphérique, qui s’y remplit des sèves ou effluves, de la terre, des cieux, de l’océan, vous la reconnaissez déjà vous-même dans cette vaste déchirure volcanique, dans cette fournaise, dans cette coupe titanique, où toutes les effluves, les puissances telluriques, s’agitent dans l’ivresse de la destruction et de la ruine. On sait que c’est dans cette coupe que Sûrja s’embarque, comme Hélios, avec son char et ses coursiers ; elle lui sert de navire dans la traversée des deux bouts du monde. Stésichorechante ce Dépaschryseon, cette coupe d’or ; Hélios s’embarque pour la traversée de l’Océan, afin de se rendre aux lieux des abîmes sacrés de la sombre nuit, au lieu où il va réjoindre la mère de ses enfants et ses enfants mêmes, au milieu de frais bocages (1).
Ces abîmes sacrés de la sombre nuit, vous les reconnaissez avec moi dans ceux de l’Océan, creusés pour recevoir la grande momie, dont toutes les religions (1) D’Eckstein, Cosmog. de Sanchoniathon, pag. 135.
- 56 — idolâtres firent leur dieu. De là l’idée de TOrcus, de l’Enfer qui préside à l’origine de ces religions. Vous retrouvezdansce volcan sous-marin VAhirBicdhnyah, le dragon du feu au foyer du volcan, du Rig-Védà.
C’est le dieu qui règne dans les trois mondes, c’est le fils du Tvachtar qui s’engendre lui-môme ; c’est le maître du foyer céleste, du foyer atmosphérique, du foyer de l’abîme qui lui a donné naissance. 11 est le dragon igné que vous trouvez dans les légendes de presque tous les peuples, le génie du foyersouterrain qui , à son apparition , bouleversera la moitié du monde. A lui appartient ce culte de l’autel souterrain, de l’autel de la grotte, que votre ami M. d’Eckstein revendique à juste titre pour les raceschamitiques. Ces races, encore une fois, ce sont bien lesEthiopiens des deux bouts du monde, ceux de l’Asie et de l’Afrique orientale et ceux de l’Amérique : c’est à ces races qu’il faut remonter, comme il le déduit si justement, pour retrouver l’origine de ce culte. « Un soufflechamitique respire, dit-il (1), dans cette poussière des cosmogonies babyloniennes, tyrienneset sidoniennes, dont nous possédons plus d’un curieux débris; on dirait qu’il en soulève les tourbillons.
Le chiffre de la môme pensée se trouve diversement gravé et reproduit sur les monuments de la vieille Egypte. Je ne parle pas ici d’identités; il n’y a rien de tel. Je parle d’un air de famille, que l’on saisit dans une certaine parenté d’idées. » Eh bien, cet air de famille vous le retrouvez également entre les cosmogonies américaines, entre les traditions mythologiques des nations de l’Occident trans-océanique : mais si vous établissez la comparaison entre les idées améri- {) Ibid. ubi sup., pag. 5.
— 57 — cainesetune grande partie de celles du vieux monde, ce n’est plusseulement un air de famille que vous découvrez, c’est une parenté réelle et fort souvent une entière conformité dans les mythes et les symboles.
Pour mieuxélucider le fond de sapensée àcet égard, le baron d’Eckstein interroge tour à tour tous les monuments du vieux monde : il parle des Stelai ou Kiones, ces colonnes placées à l’entrée des temples de la Phénicie etdont Hiram avait décoré l’entrée du sanctuaire, bâti par Salomon surle montMoria. Je vousexpliquerai plus tard le sens de ces colonnes qui, comme il le dit encore, sont elles-mêmesun hiéroglyphe : je remonterai avecvous àla signification primitive de cet hiéroglyphe, dont votre ami n’a vu que l’enveloppe, sans lacomprendre : nous leverronsdanssonunité d’abord, puis dans ledualismedesdeux colonnes, etnous prendrons à sasource lepersonnage divin qui setrouve placé entre les deux, touten trouvant lemoyen démettre d’accord les opinions diverses qui se sont agitées sur ce sujet mystérieux depuis quelques trois mille ans. « Lesdocuments des races chamitiques, dit-il en-suite, sont en petit nombre , et il n’y a que la seule Egypte qui puisse nous ouvrir le champ des découvertes. » L’Egypte, en effet , semblait destinée à donner avec la clef de ses hiéroglyphes, le sens mystérieux des symboles antiques : mais elle n’en fît que préparer la voie à son insu; fillede l’Amérique, ainsi que l’Inde, elle devait laisser à sa mère l’honneur de rompre, la première, le silence que l’une et l’autre avaientgardé depuis tant de siècles. Si les égyptologues, au lieu de suivre les Grecs dans leurs appréciations de la haute antiquité, avaient mis de côté le transcendantalisme philosophique de l’école d’Alexandrie, s’ils avaient, à l’exemple demon ami, M. Rillieux, l’auditeur assidu
— 58— de M. de Rougé, réduit à leurjuste valeur, dans leurs traductions du Livre des Morts, les mots égyptiens, dont ilsontdéjàcomposédes dictionnaires sicomplets, TEgj’pte certainement eût eu la priorité, elle eût été la premièreà livrerà la curiositédu monde l’étonnante histoire quejeme propose de lui révéler avec le Codex ChiniaIpopoca .
Il n’en apparaîtra pas moins, avec une certitude croissante, et je suis ici entièrement d’accord avec M. d’Eckstein, que la race chamitique a eu dans la civilisation le pas sur le reste de l’espèce humaine. < Elle a, pour ainsi dire, ajoute-t-il, trouvé le cadre où les Sémites, d’abord, les Aryas, ensuite, ont pu loger leur pensée avant de l’occuper par l’originalité de leur esprit : car, poursuit-il, ils n’ont reçu de Cham que les formes, ce qui est, du reste, beaucoup; mais quant à l’esprit, il ne lui ont absolument rien dû. » Si je relève ces paroles où je trouve, d’ailleurs, un sens si profond, c’est que je suis obligé de déclarer ici, ou que la dernière pensée qu’elles renferment est une erreur, ou bien que ce qu’on appelle la race aryenne a dû recevoir de celle deCham, outre les formes, l’esprit qui les anime dans l’ensemble de la religion. Car longtemps avant la séparation des races qui ont pu se trouver en face l’une de l’autre, à l’origine, non-seulement toutes lesformesduculteavaientreçuleurachèvement, mais elles enserraient déjà sous leurs hiéroglyphes, plus que lesgermes des traditions poétiques, du mysticisme religieux et des généalogies sacrées, qui existèrent ensuite chez tous les peuples de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie. Autrement, comment se ferait-il que ces conceptions se retrouvassent identiquement dans les traditions et les écritsdesAméricains, souvent même exprimées par des mots également identiques
— 59 — dans le sens et dans le son? C’est là, Monsieur, ce que j’aurai occasion d’établir, sans que les amis de ce bon M. Bopp aient rien à me reprocher.
Quant à M. d’Eckstein, il constate, par des aperçus fort remarquables, le caractère distinctif de chacune des trois races principales de l’ancien monde pré-historique. Faute de documents positifs chez les Chamites, c’est dans les formes du culte chez les Sémites et les Aryas qu’il cherche à retrouver au moins en partie le secret de la science de Gham. « Les rapports des Sémites et des Ghamites, dit-il, sont de tout point évidents : cestGham qui vit à côté de Sem, dans les livres de l’Ancien Testament. Le Yéda est arya par la puissance d’un souffle unique : il est arya comme l’Ancien Testament est sémite. Mais les antécédents du culte, l’ordonnance de l’autel, l’orientation de l’es-pace, la division de l’année cosmique, tout ce qui tou-che auxformesde la religion, à partson contenu, mais un certain fonds d’idées qui se cache sous une terminologie technique, hiératiquement arrangée, la conception de la valeur divine des formes du culte, la notation des sons, des accents, des intonations; la réduction de l’importance sacrée du langage, à ces sons, à ces accents, à ces intonations, l’abstraction qu’on fait du vrai sens des mots, de leur sentiment, de leur étymologie, du génie mythique de la parole des Aryas; l’exclusive divinisation des rhythmes, considérée comme la plus haute expression du corps de la parole ; en unmot, tout ce qui se cache ainsi derrière la réalité par rapport à la conception primitive des Archai et desStoichea, tout cela est-il arya ?Et encore le retourdecertainesfigures, qui ne sontque des hiéroglyphes et qui ne s’expliquentque par les antécédents d’une hiéroglyphie sacrée, cela est-il arya? »
— 60 — § 3.. Votre savant ami qui se pose ces problèmes croit les résoudre, en disant : «LeVéda répond à toutes ces questions. 11 attribuetout cela aux Gandharvas qui en furent les instituteurs et les maîtres. Nous dirons bientôt qu’il considère les Marutahs, les ancêtres des Aryas, comme des barbares qui erraient dans les bois, ignorant les sacra des dieux de l’autel, les symbômoi d’Agnis et de Soma. Il nous dit comment les sacra furentcommuniqués à ces chasseurs de la viesauvage, puis retirés ; comment ils finirent par voler les dieux qu’on leur avait dérobés; comment ils finirent parles saisirdevive force,commentfinit le règnedeTvachtar ; comment le règne de Varuna lui fut substitué, etc. Il suffit donc de bien interroger le Véda pour qu’il réponde. Il nous fait toucher du doigt à un état de chosesqui précède les Aryas et qui nous fait connaître leurs anciens maîtres. » J’admire la profondeur des vues de M. d’Eckstein : mais avec tout le respect que je professe pour cette critique ingénieuse, je me permettrai de dire à mon tourmon sentiment. Oui, leVéda, interrogé à ce point de vue, répond à vosquestions,mais sa réponse n’estelle pas encore une énigme? S’il vous fait toucher du doigt un état de choses antérieur auxAryas, il nevous faitaucunementconnaîtrequisontleursprédécesseurs, ni où ils ontacquis la science qu’ils se sont laissée en-lever avec les sacra. Chacun des versets du Véda est encore un mythe, dont vous ne saisissez que vaguementla signification, chacun desmots dont cesversets secomposent, enserre un hiéroglyphe,dont les maîtres de la langue sacrée de l’Inde ont gardé pour eux la clef, s’ils ne l’ont pas perdue. Eh bien. Monsieur, c’est cette clefdont j’ai découvert le dépôt mystérieux et qu’il s’agit aujourd’hui decommuniquer au monde
— 61 — savant. La même clef ouvre également la porte des sanctuaires indous, comme des livres sacrés de la Perse et de l’Egypte, comme des mystères d’Eleusis et de Samothrace; car toutes ces choses sont unes, dans une grande variété de formes et de symboles. Le voile qui les recouvrait s’est déchiré et j’ai tout vu dans son ensemble; chaquejourme révèle de nouveaux détails.
Bien moins instruit des langues et des livres de l’Inde que ne l’était votre ami d’Eckstein, humble disciple arrivé à la dernière heure sur le domaine de la science orientale, un seul coup d’œil, cependant, m’a suffi pour comprendre ceque sa pénétration même n’a pu découvrir, le sens caché des mythes dans leur enveloppe sacrée. Ne vous étonnez pas, d’ailleurs, de me voirvous citer si souvent les paroles du noble danois.
Ames yeux, le baron d’Eckstein est celui, de tous les savants dontj’aie connaissance, qui se soit approché davantage de ce dépôt antique, et je trouve chez lui une terminologie scientifique à laquelle j’étais peu accoutumé auparavant,mais quime sert admirablement à exprimeraujourd’hui ma pensée. « Le pivot du culte védique, ajoute-t-il un peu plus bas, est l’adoration des dieux associés de l’autel, des deux colonnes de l’autel, des deux stèles de.l’autel, en quelque sorte des sihâla devatah… Il en est absolument de même des dieux Héphestos et Dionysos chez les Pélasges, comme du dieu Vulcanus et du dieu Jupiter Liber chez les Latins de vieille souche.Ce sont les dieux de l’autel, ce sont les vrais fondements, les colonnes, les stèles du foyer domestique. Ce foyer est le principe de l’autel même; il passe de la famille à lage/i^,ou à la phratria; puis de celle-ci à l’association des voisins, à l’amphictyonie, et il s’achève ou il se termine dans la constitution d’unepolis, d’une cité,
- 62 — d’un État, centre d*une nation, d’un peuple. » J’ai lu plusieurs fois ces lignes avant d’en être arrive au point où j’en suisaujourd’hui, avant de posséder la clef qui mepermetd’en apprécier lajustesse et la profondeur.
Je les admirais instinctivement, sans en comprendre le véritable sens; mais en ce moment, je les cite comme un tribut d’hommage d’autant plus complet à la mémoire du savant qui les a écrites, qu*elles s’appliquent de la manière la plus formelle à la matière que j’ai sous la main. Ce foyer, cette association, cette cité, vous les découvrez dans le hiéroglyphe égyptien, mexicain ou maya, dont j’ai parlé dans ma première lettref^^\ ; on y trouve la désignation nette et absolue &j-2/ des quatre quartiers, dont se composait toutecité mexicaine, les quatre parties du monde, que désignaient lesquatrequartiersde la villedeCuzco,Tahuantinsuyu^ sousles Incas, lesquatregrandesrégions de la citéde Babylone, et le foyer, c’est-à-dire le temple ou le sanctuaire, figuré au centre. La conception formelle de cette idée, d’Eckstein l’avait trouvée dans la lecture des Védas. « Cet établissement, continue-t-il, cette institution des choses, c’est le fait des Chamites.
Elle constitue la forme des établissementsquenous retrouvons dans leurs colonies et que nous pouvons poursuivre d’une façon toute spéciale dans tous les établissements desPhéniciens. Il s’agit ici de quelque chose de formel, de rituel; de quelque chose qui se trouve en dehors de l’esprit môme dans lequel ces rites ont été primitivement conçus. Les Aryas et les Sémites y ont logé, comme je l’ai dit, leur originalité et leur esprit. Cette forme, ce rituel, leur vient d’un monde antérieur; il ne sort pas des instincts de l’esprit humain, ni des instincts de la pensée hu-
— 63 — maine; il sort d’une observation des cieux, d’une étude des temps, d’une orientation scientifique dans les dimensions de l’espace et dans la succession des temps. j> Arrêtons-nous ici, pour le moment, dans ces citations qui semblent sortir si à propos pourcommenter mon travail : ajoutons, toutefois, que ces formes, ce rituel, conservés en entier dans les documents mexicains, sortirent, non d’uneobservation des cieux, mais d’une observation de la terre. Rien de plus simple, rien de plus grossièrement matériel que leur origine.
Ce sont les phénomènes qui ont précédé le cataclysme ou qui se sont combinés avec ses phases diverses, qui en donnent la clefabsolue.Chacun de cesphénomènes est devenu un hiéroglyphe, chacune de ses phases un mythe, compris sous les signes de l’alphabet et du calendrier mayas, calendrier géologique, s’il en futjamais, et qui raconte,jusque dans sesmoindres détails, l’histoire de cette immense catastrophe d’où sortit la terre actuelle. Certes, je suis encore bien loin d’avoir pu lire toutes les figures que présentent les pages du MS. Troano ou du Codex de Dresde, bien que la traduction du Teo-Amoxdi et l’analyse des mots de la langue nahuatl m’aient grandement aidé dans ce travail : mais j’en ai déchiffré suffisamment, pour me rendre comptedeleur ensemble et esquisser avec plus ou moins d’exactitude les lignes d’une carte géographique du monde américain, d’il y a six ou sept mille ans, si pas davantage.
Jusqu’à ce moment, toutefois, je dois vous avouer, Monsieur, que mesdocuments se réfèrentpresque uniquement au côté atlantique du continent américain, quoique certains indices, vagues encore, me donnent lieu de penser que les terres, englouties dans l’océan
— «4 – Pacifique, étaient plus considérablesencore enétendue que celles qui s’abîmèrent dans l’Atlantique. Celles-ci sont quelquefoiscomparées,quant à la forme,àunanimal immense qui paraît couché d’ordinaire et dans la position du repos. J’aurai l’occasion de revenir sur cette image. Le reste du continent, si je comprends bien l’ensembledesdonnées, résultant de la lecture de mes documents, aurait été renflé considérablement entre les tropiques, de manière à couvrir une grande partie de l’océan Pacifique, dans la direction de l’Inde et de la Chine. Les traditions antiques du Pérou mentionnent, de leur côté, le cataclysme durant lequel la terre se soulevad’unemanière extraordinaire, abandonnant en môme temps à la mer les vastes régions qui s’étendaient à l’ouest des Cordillères. Dans le sens opposé, les terres du continent recouvraient à la fois le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes ; ces deux golfes sont désignés ici comme les deux faces du miroir présenté à Quetzal-Coatl par Tezcatlipoca, et le manche de ce miroir figurait le prolongement de ces mêmes terres vers l’est, dans une mesure quej’évalue approximativement, d’après les peintures du Manuscrit Troano, à huit cents lieues au moins en dehors des petites Antilles : à cette distanceenviron, cette région se recourbait au nord et au midi, de manière à laisser, de chaque côté, un golfe considérable ou une sorte de Méditerranée, l’un également au nord, entre cette terre et la côte des États-Unis, quelle qu’elle fût alors, et l’autre à la place où se trouvent aujourd’hui lesembouchuresde l’Amazone. Telle est la figurequ’en donne en abrégé un signe remarquable reproduit par Landa,fc[]^ signe qu’on retrouvefréquemment dans le Codex de Dresde et le Manuscrit Troano et que
— 65 – j’oriente suivant sa position normale. Ce signe, renversé, est identique avec leT gr^c et la croix ansée des Egyptiens^ , avec cette différence, que l’anse ou plutôt l’anneau qui la surmonte, signe du vase ou de la mer, dans laquelle leT s’est abîmé, est placé au-dessus, tandis que le hiéroglyphe maya s’y trouve renfermé.
Voilà pourquoi. Monsieur, le miroirjoue un si grand rôle dans les mystères des cultes antiques. Ses deux faces sont les deux faces d’Hermès, la lanterne cosmique, le miroir magique du monde, dans lequel il voit tous les êtres, toutes les parties de la nature et la structurede la terre, aussi bien que celle descorps (1).
Voilà comment il se fait que ces grands golfes sont les deux hémisphères dont Osiris, le grand X, est le roi tout-puissant ; c’est là qu’il fut glorifié, et les îlesparseméesà leur surface furentpendantlongtemps le refuge et la demeuredes instituteurs de la civilisation, échappés au grand naufrage. Ce sont encore ces deux golfes dont la mythologie brahmanique fit, comme vous le verrez plus tard, les deux parties égales de l’œuf divin d’où éclotBrahma, le père desmondes, dont le nombre correspond au nombre des globules entourant d’ordinaire le miroir mystique. A leur tour, ces globules rappellent les sept dieux primitifs, ou bien, si vous le voulez, les sept premiers volcans, qui éclatèrent sur la région descendue sous les flots, sept en Egypte, sept au Mexique, sept qui deviennent huit, ainsi que les chefs toltèques dont j’ai parlé dans ma première lettre et dont le huitième, VEzmun des Phéniciens, Schmun en langue quichée {œmun), c’est-à-dire le petit serviteur, à la fois le plus jeune et le plus puis- Ci) Religions de l’Antiquité, t. I, p. 440.
- 66 — sanl, le ministre de ses frères, Tlamacazqui^ en mexicain, connu tour à tour sous les nomsde Topiltzîn^ de Ce-Jcatl et de Quetzal-Coatl. Mais laissons pour le moment Quetzal-Coatl, le prôtre et le roi, et retournons à la rt’gion atlantique, dont la ruine a été la base sur laquelle l’antiquité a bâti tous lesmythes religieux. C’est cette région dont je veux actuellement vous entretenir et vous montrer comment clic a pu donner lieu simultanément aux deux symboles les plus féconds et les plus puissantsdes religions de l’antiquité. § 4. La première image sous laquelle ellese présente dans les documents mexicains, d’après l’ordre des caractères mayas conservés par Landa, est celle d’un Croissant plusou moins régulier, dans laquellevous reconnaîtrez immédiatement le signe Manik, quatrième du calendrier que je vous indiquais tout à l’heure, et où les lignes, d’un côté, la tête de chat oude tigre, de l’autre,énoncent les symboles de l’eau et de la mer. 11 se présente ici avec le signe de la localité, hiéroglyphe de pays.
En l’examinant avec attention, vous verrez qu’il se retrouve, avec quelque différence, dans le premier signe de l’alphabet de Landa, A. Je n’entrerai pas pour le moment dans l’explication de ces caractères : il me suffit que vous les ayez sous les yeux etquevous puissiez les considérer à un moment donné. Je vous dirai seulement que les nuances qui se présentont dans la forme paraissent correspondre aux changements éprouvés par la région atlantique, engloutie à la suite du cataclysme, et que, très-probablement, la première se rapproche davantage de la
— 67 — configuration topographique du pays perdu. Metztli est le nom sous lequel il est connu dans les documents en langue nahuatl, dont il se traduit d’ordinaire, suivant Molina, par lune, mois et jambe, ces trois mots s’exprimant par le même dans le mexicain. Mais si Metztli, dont la signification répond à une chose courbée, à un croissant, est un des noms sous lesquels on désigne la région abîmée, il est aussi celui du compagnon de Nanàhuatl, du Syphilitique, qui devint le soleil en s’clevant du bûcher où il s’était jeté, et d’où Metztli lui-même sortit ensuite transformé dans la lune, selon les traditions religieuses du Mexique.
L’un et l’autre sont les symboles de la région atlantique, au moment de sa ruine, et le récit qu’en fait le Codex Chiinalpopoca est un des plus grands épisodes du cataclysme.
Enjetant les yeux surle hiéroglyphe précédent,vous remarquerez tout d’abord combien, dans cette seule image d’une terrecourbée, telleque l’était cetterégion, se résolvent de mythes et de symboles. A droite et à gauche, à l’intérieur du Croissant, vous découvrez un grand golfe ou une mer intérieure toujourscomparéeà unvasedans lestextes mexicains, le co,conon cojnitl, le vase, sourcedesattributions femellesdonnéesà la lune, considérée, d’ailleurs, comme divinité mâle, en tant quecorpsdu dieu et portantou étant son phallus, selon lesidéesexpriméesplushaut; telle est l’origineduLuna- Lunus, dont je vous développerai le mythe en entier un peu plus loin. Et ne vous en étonnez point. Rien li’est plus simple, je vous le répète, rien n’est plus matérielque les commencements des cultes de l’antiquité païenne, dont les théories devinrent depuis si mystiques, en passant par la philosophie des écoles. Tout pour ces religions a commencé sur la terre^et avec la
- 68 – terre, avant de monteraux d’eux, et l’adoration du soleil fut d’abord celledu volcan qui détruisit la moitié du monde. Pour bien comprendre toute l’idée, relative à la forme courbée du Metztli, et le rôle que cette forme, danssarude topographie, a joué en passant par lesallégoriesantiques, prenezun planisphère,cherchez lamarchedufameux courant d’eau chaude, dit leGulf- Stream, et assurez-vous s’il ne semble passuivre entièrement au nord les contours de ce croissant, de cette jambe ployée, ensevelie dans les flots de l’Atlantique.
Voyez si, au sud, le courant de l’Amazone n’est pasen train de reconstituer le golfe qui y existait naguères.
J’avais depuis peu découvert dans les peintures mexicaines le hiéroglyphe de ce croissant; je cherchais, en traduisant mes documents, à me rendre compte plus exactement des effets du cataclysme dont j’avais sous les yeux un des plus grands épisodes ; lorsque à propos de la géologie de l’île de Haïti, je tombai par hasard sur un passage d’un livre généralement estimé, où je lus les lignes suivantes (1) : « Il est des personnes qui, en examinant la cartede l’Amérique, ne se sont pas bornées à penser avec le Pline français, que les îles presque innombrables, situées depuis l’embouchure de l’Orénoque jusqu’au canal deBahama (îles parmi lesquelles on peut citer quelques Grenadins^ qu’on ne voit pas toujours dans les très-hautes marées ou dans les grandes agitations de la mer), devaient être considérées comme les sommités de vastes montagnes dont le pied et la racine sont cou{>erts de l’élément liquide; mais qui ont été jusqu’à supposer que ces îles étaient les cimes les plus (1) Moreau de Saint-Méry, Description topograpfiique et politique de la partie espagnole de l’île de Saint-Domingue , Philadephie , 1796, tom, I, pag. 6.
— 69 — élevées d’une chaînedemontagnesqui couronnait une terre dont la summersion a produit le golfe du Mexique. Cette opinion ne pourrait néanmoins se soutenir qu’en ajoutant à la disparition de l’immense surface du golfe , celle d’une autre surface qui aurait uni le continent, depuis l’Yucatan jusqu’à l’embouchure de l’Orénoque, aux îles de cet archipel, et encore celle d’une troisième surface, au moyen de laquelle ces îles auraient été contiguës à la presqu’île de la Floride et à une terrequelconque qui les aurait terminées aunord.
Car, on ne peut imaginer que ces sommités de montagnes eussent elles-mêmes terminé précisément un continent ; et quand on considère de plusqu’aux deux points parlesquels on doitconcevoir, dans ce système, que les deux extrémités de cette chaîne de montagnes touchaient à la Guyane et au Mexique, il n’y a point de chaînes de montagnes qui appuient la possibilité de la scission. La raison achève de rejeter une idée qui fait disparaître une surface de plusieurs centaines de milliers de lieues, sans que la cause d’un pareil bouleversement soit indiquée, et sans que l’époque en soit consignée dans les annales du monde. > Vous voyez, Monsieur, comment, bien des années avant moi, la configuration des mers et des contrées voisines du Mexique suggérait à un écrivain, imbud’idéesbiendifférentes,laformequ’auraitdûavoir laportionducontinentengloutie, avant lacatastrophe.
Assez de traditions cosmogoniques, conservées parmi les indigènes des Antilles et du continent américain, traditionsquej’aiconsignéesailleurs(l),ontgardé,bien plus queSaint-Méryne se l’imaginait, la mémoire de ce grand événement: je ne les rappellerai pas ici. Mais les (I) Dans rintroduction de la Relation des choses de Yucatan, de Landa.
— 70 – découvertes modernes de la géologie viennent aujourd’huisuffisamment à l’appui des témoignagesque nous fournissent si clairement les rituels mexicains. Je n’en citerai qu’une dont la parole n’est passuspecte : « Or, conclut M. Charles Martins, dans un article récent de laRevue des Deux-Mondes{{) , l’hydrographie, la géologie, la botanique, s’accordent pour nous apprendre que les Açores, Madère, les Canaries, sont les restes d’un grand continent qui jadis unissait l’Europe à l’Amérique du Nord. » D’où venait le nom de Metztlique la tradition mexicaine donnait à ce continent? Je vais essayer de vous répondre en le décomposant. Me est une racine composée elle-même, qui appartientaugroupe deslangues mexico-guatémaliennes. E^ en quiche, est la dent, le tranchant de l’instrument, il indiqueen particulier les pointes ou épines qui font de la feuille de l’aloès une sorte de scie: c’est le signe, le signal qui se complète avec le suffixe t, contraction de ti et de ta. Avec l’affixe mfl, qui est l’aloès nourricier en quiche et la main, le bras en langue mexicaine, on a fait mae, contracté en me, exprimant les dents de l’aloès, ou plutôt laformecourbe qui lui donne l’apparence d’une faucille et qui a été le type primitifde la plupart des instruments recourbés de ce genre. De là le verbe me, courber, plier, doubler,comme unejambe pliée, verbe appliqué encore aujourd’hui pour énoncer l’action de plier les épis déjà mûrs du maïs, en les brisant, afin de les faire sécher sur pied. De là, en mexicain, le verbe meya, aller en courbe, en serpentant, pour ex-primer l’idéede l’eau, sortant de lasource, « manar la fuente » suivant Molina ; de là metl^ l’aloès, ce qui est (i) Les Glaciers polaires, art. du 1«» mars 1867.
— 71 — courbé avec des dents; de là enfin Metztli, la jambe, le croissant. Sous cette dernière forme, ce nom viendrait de me, pli, courbe, diiz qui s’alterne avec ci, le lièvre, l’aïeule, mais, dans son sens primitif, l’ouverture, la déchirure, que j’expliquerai ailleurs, et de tU, contraction de^?/, t’il, dont le primitif est//, chose qui tourne ou se meut, racine ayant le même sens en sanscrit. MelztU serait donc « la courbe du lièvre ou de l’ouverture qui remue, qui tourne, » par allusion à sa racine ; et les dents de la feuille d’aloès exprimeraient les dentelures du Croissant, baies et golfes, déchiquetés par la mer.
Dans la langue maya, lenom de la lune ou du mois, car c’esttoutun,commeenmexicain, est C/”, prononcez ou. Le caractère qui représente ce son dans l’alphabet de Landa, a l’aspect d’un croissant dentelé, t sorte que la même idée, présentée sous deux symboles différents, s’y trouve être à la fois celle qui ex-prime l’alpha et l’oméga, le principe et la fin. Elle se reproduit de nouveau dans le calendrier sous le nom de Men, dixième signe vj^^’^^ , dont le sens ordinaire estcelui d’édifier, de bâtir, de soutenir, contractéàemeen, celui qui rompt la matrice, qui sort de sa mère, le fils par excellence. Ici ce mot fait évidemment allusion au volcan, issu du Croissant, de la terre courbe, qui était sa mère, etque vousapercevezencorecommeune calotte sur la petite tête ici présente, où l’œil annonce le cratère, les barbes, surmontées de points, les montagnes soulevées. Ce nom, comme vous le voyez, offre encore la même racine que celle du Meiztli, de la langue nahuatl. Dans la langue quichée, le même voen
— 72 – cable se retrouve ayant le sens de plier, courber, avec ridée de se courber pour recevoir un fardeau. De là la signification secondaire de soutenir, comme la base soutient la colonne, puis de bâtir, d’édifier, d’être le fondement, comme en langue maya. De là également les significationsanalogues qu’il présente dans l’égyptien, dont les hiéroglyphes Miifl font allusion à la feuille dentelée de l’aloès, comme le bateau ^j«^ et le vase •^, images des deux golfes, au caractère femelle delà lune.
Cemot et lenom du dieu Men des Grecs ont la môme origine, autant que le Mensis des Latins, avec lequel les mythologues ont cherché avec raison à identifier le dieu Lunus. Vous me pardonnerez de vous tenir si longtemps sur des étymologies qui n’ont en ellesmêmes rien de bien attrayant ; mais lemythe OLQMetztU ou de la lune est trop important, il occupe une trop grande place dans toutes les religions de l’antiquité, pourque jene fasse pas tous mes efforts pour éclaircir son berceau. J’ajouterai, du reste, pour en finir, que si lehiéroglyphed’une feuille d’aloès, me, était le signe de la lune, comme mesure du temps, la hampe de ce même aloès, droite et se dressant du fond de la plante comme d’un vase, men, fut adoptée en Amérique, dès lesâges les plus reculés, comme la mesure de l’espace.
Cette hampe, autre image du mâle joint à la femelle, le men dans le me, ainsi que la gerbe de maïs ou la canne, ah, brefet légèrement aspiré chez les Quiches, hal, chez les Mayas, acatl, chez les Mexicains, était en même temps le signe de l’existence, de l’être; et c’est encore aujourd’hui ce sens qu’il a dans un grand nombre de vocables, en ces différentes langues. De là le hal~ah des langues sémitiques, composé des deux
— 73 — mots quiche et maya, qui, dans le mêmequiche, signifient ensemble « s’élever en changeant, » c’est-à-dire croître {). Ah ou ‘h, aspiration, signe du souffleou de la vie, avec au, l’eau de l’étendue ou du collier, fait ahau, celui qui en est le chef, qui l’anime, et dont le hiéroglyphe est le même que celui de Siva, ou le Yoni-Ungam delà religion brahmanique, le titreroyal par excellence dans l’Amérique centrale, mais dont je remetsl’explicationà un autremoment. Ce nom, d’ailleurs, a la même signification absolument que le mot men-sis, enquiche men-ziz, le fondateur, le fondement ou la mesure de la fécondation.
En dépit d’une science fort profonde et à laquelle je suis tout le premier à rendre hommage, les mythologues, tant anciens que modernes, n’ont pu jusqu’à présent, convenez-en. Monsieur, donner de Men et de Mensis une étymologie entièrement satisfaisante, surtout dans les rapports de cesnoms avec le mythe de la Lune. Bien que leurs recherches aient abouti à démontrer d’une manière sérieuse la double puissance mâle et femelle, attribuée à cet astre, il était difficile, disons mieux, impossible, sans un concours de circonstances, semblable à celui dont j’ai été favorisé, d’en découvrir l’origine. Jamais il ne serait venu à l’idée de personne qu’elle pût se retrouver dans les souvenirs du cataclvsme. Qui se serait imaginé qu’elle fût le résultat de l’image topographique d’un continent disparu, image renfermée dans les livres hiéroglyphiques des Mexicains ? C’est là, ce-pendant, ce qu’il faut aujourd’hui reconnaître: c’est bien à ce croissant, au Metztli, lune, jambe ou mois, de la langue nahuatl, que cette idée a été empruntée, (1 ) Conf. Bunsen, EgypVs place in universal hislory, vol. IV, page 89.
- 74 – la forme du mâle se retrouvant dans l’esquisse du caractère maya, renfermant au nord et au sud, dans son envergure, l’idée femelle par sa courbe et le retour de ses cornes vers le continent. Ce sont encore ces convexités, exprimées par le comitl mexicain, qui ont fait donner à l’Apollon, adoréà Naucratis, le surnom également peu intelligible pour les mythologues, de Comœits {), nom que Creuzer rapproche de celui du ffom desPerses et dontvousverrez plus tard la raison. § 5. Je comprends combien il doit vous paraître étrange de voir se résoudre par les langues et les hiéroglyphes mexicains des mythes que tout le monde a cru jusqu’ici originaires de l’Asie. Mais c’est là une erreur commune à la plupart des philosophes et des historiens, depuisquarante siècles en arrière. Qui sait si les prêtres égyptiens eux-mêmes, au temps d’Hérodote, étaientencore en étatde l’éclaireràcetégard? J’ai lieu d’en douter, bien qu’il parle fréquemment, dans son histoire, de contrées lointaines où je crois reconnaître l’Amérique; c’est, toutefois, à l’Ethiopie ou à la Libye qu’il se réfère alors, d’ordinaire, sans se rendre compte précisément de la nature des contrées en question. A mesurequevous pénétrerez avecmoi la signification des hiéroglyphes, tout en déroulant le tableau des traditions mexicaines, vous verrez avec quelle facilité ces mythes et ces symboles viennent s’expliquer d’eux-mêmes ; vous remarquerez, d’ailleurs, combien ces hiéroglyphes sont souvent ingénieux, dans leur simplicité, et l’avantage qu’ils offrent pour l’interprétation de la mythologie. Le premier c’est de mettre immédiatement sous vos yeux le fait matériel des ori- (1) Guigniaut, Religions de VAnliquité, t. II, pag. llfi.
gines: ils vous les font toucher du doigt, en éclaircissant les comparaisons variées, auxquelles leurs for-mes topographiques avaient donné Heu et vous fournissent ainsi l’instrument, destiné à les dépouiller peu à peu des voiles, tissus par le mysticisme sacerdotalou par les spéculations des écoles philosophiques. Vous finirez ainsi par partager l’admiration que j’éprouve, chaque fois que je découvre à combien peu de chose tiennent la plupart des fictions mythologiques.
Je pourrais vous expliquer un à un le plus grand nombre des noms, attribués aux divinités des temps antiques, ainsi que je l’ai fait pour le Men des Grecs.
Mais celles qui précèdent suffisent pour le moment; je craindrais, en m’étendant plus longtemps sur cette sorte de dissection, de fatiguer votre attention: aussi vais-je passer sans retard à l’histoire des Toltèques dont les traditions recouvrent l’histoire plus réelle du cataclysmedans les livres mexicains. Ce n’est qu’après avoir parcouru les principales phasesde ce grand événement, telles qu’on les y trouve consignées, que vous serez à même de comprendre la raison d’être des mythes dont s’enveloppent les origines des religions de l’antiquité païenne. Ces mythes n’étant le plus sou-vent, commevous l’avez vu pour celui de la Lune, que l’expression légèrement voilée des hiéroglyphes primitifs, destinés à perpétuer le souvenir de la catastrophe, il était utile, avant d’entreprendre l’histoire toltèque, devons mettre, d’abord, sous lesyeux l’explication de celui qui concerne le continent disparu sous l’Atlantique.
Permettez-moi donc maintenant de vous ramener au Mexique et de vous exposer succinctement les épisodes généraux de cette grande ruine, tels que nous les ont transmis la tradition et les peintures. Ces ré-
— 76 — cils, je dois vous en prévenir, sont fort variés, soit dans la langue nahuatl ou le quiche, soit dans les ouvrages écrits en espagnol. En ce qui concerne ces derniers, ils ont été en grande partie compilés par le prince indigène Ixtlilxochitl, sous le titre de Relac/bnwourapports, etleurensembleformerait plusieurs volumes. Les rapports originaux appartiennent aux archives nationales de Mexico; mais on les trouve publiés intégralement dans le tome IX*de la collection de Kingsborough, à la suite de l’/Z/^/o/re Chichimèque du même auteur, traduite par M. Ternaux-Compans.
J’ignore jusqu’à quel point les membres de la noblesse et du sacerdoce mexicains étaient instruits, au temps de la conquête, des mystères dont j’ai trouvé la clef dans ces divers écrits. Je pense, toutefois, qu’ils en savaient, sur les origines du monde, beaucoup plus qu’ils n’en laissèrent paraître devant les conquérants de leur pays, et l’on en trouve le témoignage dans les ouvrages mêmes d’Ixtlilxochitl.
Dès lepremier moment où je m’étais attaché à l’histoire mexicaine, j’avais été frappé des impossibilités matérielles que renferment les Belaciofies; ce qui m’avait frappé plus encore que l’étrangeté de certains faits, c’était le désaccord constant qui y existe entre les diverses dates chronologiques. M. Ternaux et M. Aubin n’étaient pas moins étonnés de cette confusion et ce dernier, a passé de longues heures à travaillerà en rechercherlacause,dans l’espoir d’yremédierensuite,à l’aidedesnombreuxdocumentsqu’il possède. Je ne saurais dire les effortsquej’ai faits, de mon côté, pour découvrir la raison de ces inexactitudes.
D’ordinaire, les signes, exprimant les années, sont les mêmes dans les diverses relations ; le chiffre qui les précède est identique. Ce sont les années écoulées
- 77 — entre chacun desévénements auxquels ils réfèrent, qui jettent le trouble dans l’esprit du lecteur. Une autre cause de confusion, c’est l’âge extraordinaire, accordé par touslesdocuments à un certainnombre de princes toltèques ou chichimèques, et que des critiques peu clairvoyants m’ont reproché, comme si j’en avais été l’inventeur, à propos de mon Histoiredu Mexique. Ces critiques oubliaient ou bien n’avaient pas lu ce que j’ai dit plusieurs fois, que mon histoire n’était, en quelque sorte, qu’une collectiondedocuments, destinés àservir à une histoire postérieure. J’ai fait ce que j’ai pu pour expliquer ces âges, sans toutefois y réussir; mais les notesdontmon ouvrage est rempli attestent queje me suis conformé, autant que possible, aux originaux que j’avais sous les yeux. Est-ce ma faute si les héros primitifs de la Perse vivent des milliers d’années? Ce n’est pas moi qui fais vivre Xolotl trois cents ans, c’est Ixtlilxochitl et les autres; quant à ceux qui ont tenté de dresserdes rois toltèques et chichimèques des listes chronologiques plus exactes que moi, ils ne seraient sans doute pas peu surpris, s’il fallait encore multiplier les annéesde la vie de ces princes par treize ouparcinquante-deux,comme il faudra le faireunjour probablement. Aujourd’hui que je sais à quoi m’en tenir à leur sujet, l’embarras a cessé. J’ai reconnu que les rois toltèques n’étaient après tout que des localités, et avantmême d’avoirachevéma traduction du Codeoc Chimalpopoca, je commence à croire, que la plupart des noms de rois représentent des dynasties.
Mais j’en reviens à Ixtlilxochitl. Si cet écrivain a jamais relu les relations qu’il a rédigées, il a dû se trouver lui-même fort embarrassé devant les nombreuses contradictions où il est tombé . S’il ne les a pas corrigées, c’est apparemment qu’il s’en sentait
— 78 — incapable et qu’il suspectait que les documents qu’il consultait lui cachaient une partie de la vérité. Les indigènes instruits de son époque qui ne voyaient en lui que le descendant d’un traître, le courtisan timide des oppresseurs de leur race et de leur pays (1), répugnaient naturellement à mettre en lui cette con-fiance qu’il eût fallu pour lui découvrir les arcanes de leur histoire. Aussi n’en sut-il jamais davantage que ce qui, au temps de leur prospérité, était enseigné au vulgaire, et on ne lui donna des hiéroglyphes etdes images manifestées dans leurs peintures, qu’une traduction grossière, et qui parsa tournure fabuleuse ne pouvait affecter lessentiments religieux desEspagnols.
Ixthlxochitl dépeint lui-même, à la fin de sacinquième relation, la défiance dont il était l’objet de la part de ses compatriotes. « J’ai lu, dit-il, toutes les histoires de la conquête de ce pays, qui ont été composées par des Espagnols, etje les ai trouvées remplies des erreurs les plus grossières. La moins inexacte, toutefois, est celle qu’a écrite Francisco Lopez de Gomara. Ces erreurs proviennent surtout des passions qui dominaient les historiens, de leur ignorance de la langue du pays, et même des faux rapports que les naturels se sont amusés à leur faire. Cela m’est arrivé souvent àmoi-même quoique né et élevé parmi eux, et bien connu de tous les chefs. J’en citerai quelques exemples. J’allai un jour visiter un de mes amis, nomméDon Lope Zeron, qui habitait Cohuatepec, à deux lieues au sud de Mexico. Ayantcauséavecquelques-uns des principaux (1) Don Fernando de Alva Ixtlilxochitl, le rédacteur des Relations, était l’arrière-pctit-flls d’ixtlilxochitl, l’un des derniers rois de Tezeuco, qui contribua plus que personne à livrer le pays aux i£spagnols.
— 79 — de cette ville, ils m’assurèrent que Cohuatepec était autrefois la capitaledu pays, qu’Azcapulzalco etGhalco n’étaient que des villages qui en dépendaient, et ajoutèrent une foule d’autres fables comme ils en racon-tent aux Espagnols. Ils prétendaient que ce n’était qu’àl’aide des habitants deCohuatepec que Nezahual- Coyotzin étaitparvenu à recouvrer son royaume. J’eus beau leur citer les anciens chants et leur montrer les manuscrits historiques, je ne pus jamais les faire renoncer à leurs prétentions. « Un gentilhomme, descendant du sang royal de Tetzcuco, ayant demandé à un vieillard natifdeTepetlaoztoc quelques renseignements sur les ancêtres d’Ixtlilxochitl, père de Nezahual-Coyotzin, celui-ci répondit qu’il n’en avait jamais eu, mais qu’un aigle immense vint un jour faire son nid sur un arbre au milieu de la ville de Tetzcuco, qu’il y déposa un seul œuf, et que de cet œuf sortit un enfant. Il assurait que les Aculhuas, étonnés de ce prodige, l’avaient proclamé leur roi. Legentilhomme voulut lui remontrer l’absurdité de cette histoire, mais le vieillard lui répliqua sèchement: C’est ainsi queje réponds aux Espagnols qui me font des questions sur nos anciennes histoires ou à ceux qui viennentde leur part. » Ce passage explique, ajoute M. Ternaux (1), toutes les erreurs où sont tombés les historiens espagnols et fait ressortir en même temps l’importance de l’ouvrage d’Ixtlilxochitl, qui savait apprécier à leurjuste valeur les renseignements qu’on lui donnait. J’aurais sans aucun doute, quant à moi, Monsieur, eu toujours la même idée que M. Ternaux, si je n’étais arrivé à découvrir le sens caché des traditions toltèques et des (1) Histoire des Chichimèques , tûin. I, pag. xi de la préface.
- 80 – histoires mexicaines. Mais rien n’est plus vrai que les fables racontées parles vieillards de Cohuatepec et de Tepetlaoztoc au sujet de Nezahual-Coyotl et de l’œuf de Tezcuco. Quel est l’indianiste de bonne foi qui ne reconnaisse à l’instant dans la dernière une frappante analogie avec le mythe de l’œuf d’où sort la race de Kadrû? En effet, le nom à’loctUlxochilt n’est pas ici seulement lenom d’un prince, mais la désignation de toute une race, la race brune, comme les fils de la Kadrû, de la déesse brune qui est l’Amérique, la Xadrû-vava^ destraditions haïtiennes. Jxtlil-Xochitl, Fleur de Vanille, est bien le nom qui convient à cette divinité; car la couleur de la vanille est précisément celle de la plupart des groupes de cette race, dans l’Amériqueoudans l’Inde.L’œufd’où sortcetIxtlil-Xochitl, c’est la fameuse calebasse, dont les deuxécuelles formèrent les deux méditerranées qui succédaient aux deux grands golfes du nord et du sud; l’arbre où cetœuf estdéposé, c’est, ainsi qu’il est représenté dans un grand nombre de peintures, le continent enHouti et la ville de Tezcuco, « sur le Vase brillant, » c est la mer qui l’environnait ou qui l’a remplacé, après que l’enfant fut sorti de son œuf. Cet enfant lui-même, qui n’y reconnaîtrait l’Eros indien, le Crishna, l’en-fant noir, d’abord, puis bientôt brillant et environné de splendeur, le volcan vomissant des masses de fumée, éclatant ensuite des feux qui remplissent le ciel et la terre, Ixtlil-Xochitl, non plus Fleur de Vanille, ainsi qu’on le traduit d’ordinaire, mais la Vitalité sortant du fondement noir de l’œil (1).
Ce nom suffità lui seul pour vous démontrer la puis- Ci) Ix-tlil-xo-ch-itl, d’iar, œil, tlil, noir, xo, pied, fondement, ch pour chi, d’en bas, du fond, et iil, objet qui remue, instrument à percer comme tarière la vitalité.
- 81 – sance et la fécondité de cette langue nahuatl et son caractère monosyllabique original, malgré les apparences contraires. Mais, d’un autre côté, les faits que je viens de citer, d’après l’auteur des relations, constatent souverainement l’ignorance où ses compatriotes l’avaient laissé du sens réel de leurs traditions, et ladéfiancegénéraledont lui et les siensétaientl’objet dans leur pays natal. Sahagun,venu debonne heureau Mexique , peu d’années après la conquête, était bien autrement clairvoyant; il avait parfaitement compris que les chœurs mouvants des Mexicains, ainsi que les chants qui s’y répétaient, contenaientdes mystères insaisissables, excepté pour les initiés. Bien que dans les diverses écoles, fondées pour la noblesse et la bourgeoisie, tous les enfants apprissent à « réciter de mémoire les harangues et les discoursdes orateurs et rhéteurs anciens, ainsi quebeaucoup de chants composés par leurs anciens poètes, » suivant Acosta(l), et qu’on leur apprît «à chanter, selon Sahagun (2), les vers des chants, appelés les chants divins, écrits dans leurs livres en caractères antiques, » ce n’était toutefois que le petit nombre qui était admis à pénétrer la signification des arcanes, cachés sous lesmots,nonmoins que sous les hiéroglyphes. Sahagun s’en était parfaitement aperçu, et c’est à quoi il fait allusion, quand il parle de ces chants que personne ne comprend, et qu’il accusecomme la source de l’idolâtrie, continuant à germerau cœurde la race conquise, en dépitdes efforts des missionnaires. Quel eût été sonétonnement s’il avait su pénétrer ce qu’il appelait « celabyrintheinfernal » eten (1) Historia nalural y moral de las Indias, lib. VI, cap. vu. (2) Hist. gen. de las cosas de Nueva-Espana^ Hb. lll, in apend. ch. VIII.
— 82 — comprendre l’immense réalité! Malgré ses connaissances, profondes pour un religieux de son époque, eût-il été capable d’atteindre à la hauteurde cellesque les Mexicains possédaient? Ceux-ci avaient donc raison de se garder de ceux môme qu’ils considéraient comme leurs amis. L’état de lascience n’était pas assez avancé en Europe pour qu’un Espagnol, quelque savant qu’on puisse le croire, d’ailleurs, pût être initié tout à coup à l’histoiregéologiquedu globeet descatastrophes qu’il avait subies. Ainsi que Cambyse à Memphis, les conquérants n’en eussent travaillé qu’avec plus d’ardeur à détruire ce qui restaitdes monuments échappés au premier mouvement de leur fanatisme, et dont l’existence n’eût paru qu’une insulte à leurs croyances. § 6. Avec les années l’interprétation de ces monuments dut se circonscrire naturellement à un petit nombre d’adeptes, si tant est que ceux-làmême retinssent encore le sens véritable qui y avait été attaché.
Quant à l’historien Ixtlilxochitl, il resta toute sa vie ignorant de ces arcanes, bien qu’il eût lieu d’en soupçonner l’existence. C’est pour se rendre agréable aux Espagnols, qu’il écrivit ses relations, publiées depuis par Kingsborough : dans ces récits, ses efforts tendent constamment à faire concorder les faits de l’histoire primitive des Américains avec les dates et les faits de l’histoire mosaïque. C’est ainsi que, d’après lui, les Toltèqucs sortent de la terre de Sennaar, à la suite du déluge, et qu’il les amène, après une longue pérégrination, dans une région de l’Amérique septentrionale, où ils se trouvent, cependant, on ne saittropcomment, n’êtreencoreque les troisièmes ou les quatrièmes colonisateurs. D’un côté, ce sont les Quinamés, de l’au-
- 83 – tre, les Chichimèques qui les ont précédés, et qu’il finit par identifier les uns avec les autres. Ailleurs, ce sont les Olmèques et les Xicalanques auxquels succèdent les Toltèques. Les origines, tellesqu’il les expose, sont donc des plus obscures et des plus embrouillées.
Après un certain nombre d’années, les Toltèques, de-venus, Ixtlilxochitl ne dit pas davantage de quelle manière, une portion intégrante de l’empire chichimèque de Huehue-Tlapallan, ambitieux de la puissance, se révoltent contre le chefsuprême, décoré par l’auteurdu titre d’Empereur. Une lutte terrible a lieu ; mais au bout de treize ans, les Toltèques, hors d’état de résister auxforces supérieures de leurs anciens alliés et suzerains, sevoientobligésd’abandonnerlapatriecommune, pour ne passuccomber sous lesarmes du grand Chichimèque. A leur tête étaient les deux chefs dont j’ai parlé plus haut, guidant àtravers des déserts et des régions lointaines, la marche de la nation émigrée.
A soixante lieues des frontières de l’empire chichimèque, ils s’arrêtent sur les bords de la mer. C’est la station à laquelle ils donnent le nom de Tlapallan- Conco, « sur le vase de la Terre Vermeille, » en souvenir de Huehué-Tlapallan, leur patrie délaissée, dont lenom peut s’interpréter « la Terre Vermeille des Ancêtres. » Après quelques années de séjour en cet endroit, lesToltèques se déterminent à continuer leur marche. Je ne vous mènerai pas dans toutes les stations de leur itinéraire. Il suffit de vous dire qu’entre le commencement et la fin de cette migration, il s’écoule toutjuste deux de leurs cycles ordinaires, faisant un grand cycle de cent quatre ans, au bout duquel il semble résulter, des détails donnés par l’auteur, qu’ils se retrouvaient à peu de chose près, au point même de leur départ, dans les régions voisines de la Huaz-
- 84 — tèque, où ils auraient bâti la ville de Tollantzinco. Je ne vous dirai pas, Monsieur, tout ce que j’ai écrit de chiffresetde noms, ce quej*aif?it de calculsetde recherches pourme mettre à même de découvrir sur la carte du Mexique les différentes stations de cette longue pérégrination. Les contradictions d’Ixtlilxochitl, les variantes sans nombre qu’il y a dans ses relations, ne m’ont jamais permis de leur donner un accord complet, bien quej’aiepensé plus d’une foisme trouver aumoment d’arriver à une conclusion satisfaisante.
Outre lesdeux chefs suprêmes de la nation toltcque, j’ai dit précédemment qu’il y en avait cinq autres, inférieurs en rang, mais composant avec les premiers le conseil de la nation. A ces sept chefs, ainsi que je l’ai indiqué également, s’en joignait un huitième, l’astrologue Hueman, prêtre, prophète et législateur, dont la sagesse les guide et les mènejusqu’au bout de leurs épreuves et de leurs travaux. C’est sur son avis, qu’après plusieurs années de séjour à Tollantzinco, les Toltèques se déterminent à bâtir une ville qui sera le siège de leur gouvernement; cette ville c’est Tollan.
Ils se réunissent ensuite pour l’élection d’un roi à qui ils remettront l’autorité suprême. Afin de se concilier l’amitié des Chichimèques, leurs anciens maîtres, ils s’accordent à demander, pour leur souverain, un des fils du Grand Chichimèque qui vient régner à Tollan ; mais en mettant ce prince en possession du trône, ils établissent la loi bizarre qu’aucun roi ne régnera plus d’un cycle ou cinquante-deux ans. L’historien ne parle plus dès lorsdesanciens chefsde la nation. Je vous ferai observerseulement que pour avoir pu exécuter tout ce que leur attribue l’historien, ils auraient dû vivre chacun au moinsdeuxcents ans, depuis lecommencement de leur lutte jusqu’à l’établissement de la monarchie,
— Sole temps écoulé durant la marche, ayant été de cent quatre ans. Mais en fait d’âge, il n’est question que de Hueman qui meurt, après une existence de près de trois siècles, laissant comme son testament aux Toltèques le fameux Teo-Amoxtli, ainsi que des prophéties effrayantes pour l’avenir de leurs rois.
La dynastie de Tollan se compose en tout de huit rois et d’une reine, suivant Ixtlilxochitl. Le dernier, Topiltziii, fruit d’un concubinage adultère, est un prince doué des qualités les plus heureuses : il monte sur le trône du vivant de son père qui abdique, selon la loi, après cinquante-deux ans de règne. Son avènement est suivi d’une ère de prospérité sans exemple ; mais Topiltzin se laisse aller bientôt aux séductions de la puissance, et il s’abandonne à tous les désordres de ses sens. L’empire entier le suit dans cette carrière fatale, le sacerdoce lui-même se rend complice des fautes du roi : oubliant les leçons du Hue-man, les prêtres entraînent la nation dans l’abîme; négligeant les dieux et leurs autels, non moins que la morale, ils finissentmême parse rendre coupables des sacrilèges les plus énormes. Mais la fortune est changeante. Des prodiges effrayants, l’apparition de comètes, de phénomènes extraordinaires dans le ciel et sur la terre, les plus funestes présages, réahsation des prophéties laissées par Hueman, ouvrent enfin les yeux à Topiltzin et à ses ministres. Le roi revient à lui et cherche à convertir son peuple. Au milieu des réformes salutaires auxquelles il se dévoue, il apprend que des princes, ennemis de sa famille, sont sortis des pays voisins de la mer, et s’avancent vers Tollan avec une armée considérable. Hors d’état de leur opposer une résistance efficace, Topiltzin travaille à les apaiser, en leur abandonnant une partie de ses richesses :
- 86 – entre autres présents, est un tlochtli ou jeu de paume merveilleux, composé de quatre pierres précieuses, dont le ballon est une escarboucle, et qu’il leur envoie à la côte , en les conjurant de retourner sur leurs pas. Ils s’obstinent, toutefois, à venir jusqu’à Tollan ; après avoir dépouillé la capitale de tout cequi faisait sa splendeur, ils consentent à se retirer, mais en menaçant Topiltzin de revenir au bout de dix ans pour combler sa ruine et celle de la monarchie.
Topiltzin profita de ce temps de répit pour se préparer à la défense. Malheureusement pour lui et pour la nation, des prodiges non moins sinistres que les premiers éclatent. Ils sont suivis de calamitésde toute sorte : une sécheresse affreuse, des froids inaccoutumés succèdent à des chaleurs excessives, causant la stérilité et la misère; à la stérilité se joint naturellement la famine, et cette famine dure quatre ans. Ce n’est qu’après ce long intervalle, à la suite des désastres les plus affreux, que la pluie commence à rendre l’espoir aux Toltèques. Mais ils ont à peiné eu le temps de se remettre de toutes ces calamités, que la Itrêve accordée par les princes de la mer expire, et qu’ils voient de nouveau le territoire du royaume envahi par les hordes ennemies. Topiltzin envoie contre eux ses meilleurs généraux : ilssont déroutés les uns après les autres. Dans un dernier combat, où son père Tecpancaltzin s’était mis à la tôte des troupes royales, un bataillon d’amazones, commandées par la reine mère Xochiltzin, avait réuni les plus noblesdamesde Tollan; mais elles éprouvent le même sort, elles succombent jusqu’à la dernière, et Tecpancaltzin tombe en héros sur le champ de bataille. Topiltzin, vaincu d’un autre côté, s’enfuit et va se cacher dans la grotte de Xicco, laissant ses ennemis se gorger de ses dépouilles. Au
— 87 – bout de quelquesjours, profitant d’une nuit obscure, il sort de la caverne avec un petit nombre d’amis dévoués; il confie à un serviteur ses deux enfants, espoir de sa race, et émigré dans les terres lointaines de Tlapallan, tandis que les restes des Toltèques se dispersent de toutes parts. g 7. Telle est en abrégé. Monsieur, cette histoire, suivant le récit d’Ixtlilxochitl. Elle diffère d’une manière sensible de celui du Codex Chunalpopoca, au point même que j’ai pensé fort longtemps qu’il y avait eu deux monarchies toltèques, entièrement distinctes l’une de l’autre et dont la première aurait été antérieure à la seconde d’un grand nombre de siècles. Mais je dois à la vérité de confesser qu’il ne paraît pas y avoireu jamais de monarchie toltèque, proprement dite, ni denation particulièrement distinguée sous ce nom. Ce qui a existé c’est une civilisation toltèque qui a couvert l’Amérique entière de ses monuments. Qu’est-ce, en effet, quel’empire toltèque, c’est le symbole de l’âge d’or et d’une prospérité fabuleuse, attribuée aux régions dont Quetzal-Goatl passait pour avoir été le prince et le pontife. Mais Quetzal-Coatl n’était lui-même que la personnification de la terre engloutie dans l’océan, tandis que Tollan, sa capitale, c’était le golfe du Mexique, c’était la mer des Caraïbes, c’était l’ensemble des mers ou plutôt de l’orbe topographique où se dessinait naguère une des régions les plus fertiles de la terre du Croissant. Dans les idées métaphysiques d’une époque postérieure, Tollan parait avoir symbolisé, peut-être, aussi le foyer allumé dans les entrailles de la terre, foyer volcanique, source de toutes les richessesdont la légendeattribuait la possessionà Quetzal-Coatl, quidevenaitainsi le roi-pontife
— 88 – des puissances telluriques, pcrsonnifiéesdanslesToltèques. C’estparsuitedesmômesidéesque les rois de Tol-lan devinrent lessymbolesdesvolcansdont l’extinction annonçait leur mort.
Topiltzin, le dernier d’entre eux, se trouve identifié avecune foulede personnalités différentes, et ses aventures,comme ses malheurs, sont la matière d’un grand nombre de légendes.Vaincu par ses ennemis, lorsqu’il se retire dans la grotte de Xicco, c’est là tout simple-ment une image pour exprimer la retraite du volcan qui porta ce nom et qui, à la veille du cataclysme, redescendit tout à coup dans l’abîme. Topiltzin sortant de la grotte, c’est, ainsi que vous le verrez plus loin, sous d’autres images, la puissance volcanique qui se manifeste avec un nouveau cratère sur la région atlantique que les eaux avaient envahie momentanément quelquesjours avant la catastrophe finale. Telle est la double histoire que présentent en général les documents mexicains et dont j’aurai l’occasion de vous développer ici les principaux épisodes : c’est de l’allégorie, comme les traditions ou les poëmes qui nous ont transmis l’histoire des dieux et des héros de l’ancien monde, et les vérités qui se dérobent sous ses voiles, se retrouvent aussi bien dans les récits des écrivains contemporains de la conquête, que dans les textes originaux.
C’est sans doute un trait bien singulier de l’histoire mexicaine que cette série d’annales chronologiques, enveloppant sous les voilesde leurs légendes etde leurs dynasties royales le récit descatastrophes de la nature américaine. Quelque intéressant qu’il paraisse, il n’offre rien, néanmoins, qu’on n’ait déjà dit, en traitant des origines desnationsdel’Europeou de l’Asie. « Dans tout ce vieux monde, dittrès-judicieusementM. d’Eck-
— 89 — stein (1), il n’existe pas de faits historiques qui nous aient été transmis d’une façon nette et simple… Par-tout ils se trouvent englobés sous la forme d’un emblème et couverts d’un vêtement. Absorbé dans le mythe stéréotypé, le fait historique est ainsi confié àla mémoire des bardes. » Ceci, toutefois, n’est qu’un des côtés du symbolisme qui cachaitaux yeux du vulgaire lesmystères sacrés du sanctuaire. Lesgrands faits historiques, liésaux origines du monde, et dont les initiés seuls avaient la connaissance, s’enveloppaient dans un symbolisme spécial dont la science était le dernier degré de l’initiation. Il consistait également dans les chants traditionnels qu’on enseignait dans les écoles de la noblesse, et ces chants étaient, en apparence, les mêmes pour tous. Après avoir appris à les réciter sur un ton commun avec les autres, les initiés étaient instruits à les dire sur un ton différent ; dans chaque verset, certains vocables recevaient une césure, distincte de lamanièrecommune, lerhythme et surtout l’accentuation étaient partiellement changés. Lesmêmesmots prenaient de là une acception tellement diverse, que bien qu’au fond il perçât une pensée analogue, le récit entier se trouvait modifié, au point d’être entièrement méconnaissable pour qui n’auraitentendu que le premier. Eh bien, Monsieur, c’est cette césure, c’est cette accentuation et cerhythme,dont j’ai retrouvé la trace et que j’applique successivement à tous les versets du Codex Chimalpopoca.
ManéthonleSébennythique,Hérodoteetd’autresauteurs anciens, ont fait mention d’un langage sacréj réservéenEgypte à la classe sacerdotale ; et l’auteur des Stromates y fait clairement allusion dans la seconde (1) de quelques Légendes qui se rapportent au berceau de l’espèce humaine, dans le Journal Asiatique^ 2* art., oct. nov. 1855, p. 333.
— 90 – (lèses deux divisions de la méthode hiéroglypliique: énumérant les troisespèces symboliques, il indique (1), en effet, celle des énigmes, comme la dernière en ordre ; “h ^è àvTixpù; aAXyiyopïiTai xaTàtivx; aîvî”]f(Jt.ou;. DcS auteursmodernes,telsqueZoëga,Letronne,Champollion, ontparléà leur lourde la duplicité de ce langage mystérieux, composé de paronomases ou de mots àdouble entente, sans toutefois s’en rendre parfaitement compte, tout en cherchant à s’expliquer les paroles de Clément d’Alexandrie. Pour moi, sans prétendre rabaisser le moins du monde l’étendue des progrès que la scienceégyptiennea faitsdepuisChampollion,jenesaurais m’empêcher de répéter ici ceque Klaproth disait, il y a quelques années, au sujetdu fameux passage des Stromatesy si lumineusement traité parLetronne (2) : €On ne saurait toutefois assurer, dit-il, que cette explication ait levé toutes les difficultés que le passage présentait, et qu’il n’ait môme, après le travail du célèbre helléniste, besoin d’être encore repris et discuté à l’aide de la connaissance que l’on aura acquise des sujets auxquels il se rapporte. Loin de servir à l’explication des hiéroglyphes, on peut dire,ajoute Klaproth, que ce fragment de saintClémentd’Alexandrie ne sera lui-môme complètement éclairci , qu’après que les hiéroglyphes auront été parfaitement connus, s’il est possible d’espérer que cette découverte puisse jamais s’effectuer. » Ces réflexions d’un critique, beaucoup trop sévère ordinairement pour Cliampollion, n’en sont pas moins judicieuses, si l’on considère l’état de mysticisme philosophique où les études égyptiennes sont restéesjus- (1) Clément. Alex. Oper. page 657 et suiv. (2) Esamen crilique des travaux de feu M, de CliainpoUion, page 11.
— 91 — qu’ici, en dépit de leur progrès matériel. Il y a déjà longtemps que le baron d’Eckstein, avec cette perspicacité profonde des choses anciennes qui le distinguait, disait, en parlant du « soi-disant Livre des Morts de la vieille Egypte, » que « le texte en avait été publié par Lepsius, mais que nul égyptologue n’en avait encore brisé les sceaux (1). » « On ne parvient à l’intelligence des mystères, disait Macrobe (2), que par les routes obscures de l’allégorie. La nature ne les montrepoint à découvertaux initiés eux-mêmes : c’est seulement aux hommes éminents par leur sagesse, qu’il appartient d’être les interprètes de ses secrets ; il doit suffire aux autres d’être conduits à la vénération des choses saintes par des images symboliques. » Avec tout cet amphigouri mystique on finitparoublier le sens primitifdes mystères et,très-probablement,du temps de Macrobe, il n’y avait plus que des initiés ordinaires, dont les égyptologues de nos jours ont recueilli la succession. On a traduit le Livre des Morts avec la vénération due aux choses saintes ; mais il a gardé son secret. Je ne connais jusqu’aujourd’hui qu’un seul homme qui soit parvenu à saisir le fil qui conduit dans cet antique labyrinthe : c’est mon ami, M. Rillieux, quime signalait, il y a déjà trois ou quatre ans, après avoir luma traduction du Popol Vuh, les mystères renfermés dans le document sacré des Égyptiens. Ce qu’il me disait alors du Livre des Morts, je l’ai vérifié également pour les histoires américaines, aussitôtqueje suis arrivé àcomprendre la duplicité du langage, renfermée dans le texte mexicain du Codex Çkimalpopoca. (1) Essai sur la Cosmog, de Sanchoniathon, page lîi6. (2) Macrob. in Somn. Scip. lib. i, cap. 2.
- 92 – La parole avait donc deux sens entièrement distincts, suivant l’intonation qu’on donnait au récitatif et l’accentuation, plus ou moins brève, allongée, rapide ou détonnante, imprimée à chaque syllabe; c’est bien aussi ce que les écrivains espagnols, qui ont traité des languesdu Mexique, et en particulier Caro-chi, font observer, surtout pour ce qui concerne la lan-gue nahuatl. Chacune des syllabes correspondait anciennement à un hiéroglyphe, et l’on peut dire, sans crainte d’exagération, que les mots les plusimportants du langage sont encore, dans les livres sacrés des Indous, comme dans ceux des Mexicains, des hiéroglyphes parlés, de véritables énigmes, dont les initiés seuls avaient la clef. A leur tour, ces énigmes et ces hiéroglyphes se traduisaient dans des peintures symboliques, où le mythe revotait, en quelque sorte, sa forme divine, humaine ou animale, où les puissances de la nature, secrètes ou visibles, prenaient un corps, en s’animant d’après un systèmeconvenu, de manière à troubler les yeux et l’esprit du vulgaire et à lui faire adoptercomme desvérités théologiquesou historiques les allégories inventées par les instituteurs de la civilisation.
Ces images , nécessaires à une époque d’ignorance profonde et de barbarie, pour amener à l’obéissance etaux formes régulières d’une société les populations disséminées à lasurfacedu globe, étaient, par la nature bizarre et incertaine de leurs traits, susceptibles d’être interprétées diversement, suivant l’imagination ou le caprice des instructeurs, ou même, selon le degré plus ou moins avancé de leurs propres connaissances.
De là, sans doute, la variété des allégories et des mythes, descosmogonies religieuses, qu’on découvre chez les différents peuples, la diversité des romans et des
- 93 – poëmes, comme des histoires dynastiques de l’antiquité; poëmes, cosmogonies ou mythes, dont les détails peuvent différer, mais qui tous ont plus qu’un air de famille, qui tous sont identiques au fond et sortis d’une source unique. Vous comprenez, cependant, qu’àmesure que les conceptions de ce genre s’éloignaient de cette source primitive, moins l’identitédevaitêtrefrappante, moins les détails devaient offrir de finesse et de oetteté.Avec letemps, les nouvellesexplicationsdevinrentplusrudesencore, et ilen arrivaprécisémentceque M. Renan a devinéau sujet d’une descosmogonies phéniciennes (1), où il ne reconnaît pour sa partque « des récits grossièrement travestis, des contre-sens qui ne s’expliquentqueparl’inexactitudedes renseignements transmis de vive voix. Parfois même, ajoute-t-il avec raison, on serait tenté d’avoir recours aune hypothèse plus hardie encore, et de supposer que la transmission s’est faite sur des représentations figurées qui auraient été mal comprises. » Cequi se dit ici des cosmogonies phéniciennes peut s’appliquer à la plupart de celles de l’ancien monde, où l’éloignement du berceau originel fit oublier peu à peu les traditions primitives, et où les conceptions les plus romanesques remplacèrent avec letemps les allégories antiques. Voyez, par exemple, tout le chemin qu’ont parcouru lestraditions védiques, dans l’Inde,jusqu’au Ramayana, et, en Europe, les récits sacrés des Druides jusqu’aux poëmes surl’enchanteur Merlin et les hauts faits des héros de l’Arioste. Au Mexique, au contraire, les traditions sacrées sont restées intactes jusqu’à l’époque funeste de la conquête : elles sont demeurées (1) Mémoire sur Vorigine et le caractère véritable de Vhistoire phénicienne qui porte le nom de Sanchoniathon, par M. E, Renan , dans le tome XUI des Mémoires de l Académie des Inscrip. etc., p. 259.
— 94 – stéréotypées dans le hiéroglyphecomme dans la peinturevulgaire, dans lerhythme et le chant, dans lamusiquesolennelleet lacadencedesdramesmouvants, jusquedans les moindres détails des costumes et de la vie domestique ou civile, comme dans tous les actes de la religion et du culte. L’histoire sacrée, c’est-à-dire l’histoire des dieux, ou plutôt des volcans et du cataclysme, à la suite duquel ils furent déifié^, se retrouvait là tout entière, et aujourd’hui môme, après trois siècles d’abaissement et d’humiliations, les indigènes mexicainsou guatémaliens,mayas et péruviensmême, laissent aisément comprendre à l’observateurcombien ils sont restés attachésaux coutumes de leursancêtres.
La société américaine tout entière reposait sur l’intégrité des hiéroglyphes dont elle était sortie, et ceux-ci à leur tour se signalaient dans ses moindres observances. C’est pour cela que les prêtres, qui en avaient le dépôt traditionnel, veillaient avec tant de soin à ce que rien ne pût s’en perdre ou s’en altérer avec le temps. J’aimoi-même ététémoinplus d’une foisde l’importance que les indigènes, quiches ou cakchiquels, attachaient à l’exécution de leurs ballets nationaux et du respect dont ils environnaient les maîtres du tun ou du tambour sacré (1), leur cédant en toute circonstance la première place, dans les festins, comme à l’église : ce n’est que d’aujourd’hui, d’ailleurs, que je comprends, en traduisant le Codex Chimalpopoca^ (I) Le iun, grand tambour forme d’un tronc de bois creusé, n’ayant pour ouvertures que deux fentes latérales, réunies par une planchette fort mince sur laquelle on bai avec dcsbàlons à tête de caoutchouc : c’est l’instrument qu’on appelle teponaztli, en langue mexicaine, «aile de fuméeou vapeurde la pierre » ; le son, qui en est grave et mélancolique, s’entend de fort loin, et aujourd’hui que je suis au courant de tous les mystères antiques, je suis persuadé que ce tambour est un symbole de la terre anéantie et le son celui des bruits sinistres qui précédèrent sa ruine.
— 95 — les hommages dont je fus moi-même l’objet, lorsque par amour pour les antiquités guatémaliennes, je fis sortir de l’oubli et ressuscitai, en quelque sorte, les grands souvenirs du passé, en faisant représenter le drame mouvant du Rab’mal-Achi, interdit par la politique espagnole. Jenem’étonne plus qu’ils aient voulu me déférer un jour l’autorité suprême dans leur pays, et qu’à Rabinal, en apprenant l’arrivée de mes deux volumes, le Popol P^uhet la grammaire,contenantleur drame national, la commune entière se soit rendue à plus d’une lieue au-devant du messager qui en était chargé,portanten procession la croix et les bannières, avec l’encens et les chandeliers de l’église, comme s’il se fût agi de recevoir l’archevêque en personne.
Je ne sauraistrop appuyer sur tous ces détails. S’ils rendent raison de l’obstination que les missionnaires espagnols reprochent si souvent aux indigènes américains, c’est-à-dire de leur fermeté et de leur attachementà leurs anciennes coutumes, ils aident certainement à nous faire comprendre, à nous autres Européens, comment l’Amérique a pu garder, après plus de soixante siècles, l’intégritéde sestraditions religieuses : les chœurs et les drames mouvants, encore actuellement si recherchés de ces populations, étaient certainement une des parties les plus attrayantes des cérémonies de leur culte; là étaient aussi les actes les plus solennels de leurs mystères religieux. L’ordre et la mesure des ballets, les gestes du corps, des bras et des mains, les chants, l’intonation particulière qu’on y mettait, le son des instruments, l’accent imprimé à chaque parole, tout y rappelait l’histoire terrible du départ de Tollan, Tidan Ululuaz, l’histoire des catastrophes du monde primitif. Les prêtres, en instruisant leurs disciples, s’efforçaient surtout à leur faire
— 96 – apprendre intégralement ces sons et ces accents; c’est là’ce qui fait que ces chants antiques ont pu se perpétuerjusqu’ànous, non-seulement parmi les Mexicains, mais chez la plupart des autres nations de l’Amérique : c’est là ce qui fait encore que le Codex Chimalpopoca, dont les mots ne sont pas accentués, laisse au traducteur le choix dedeux interprétations si différentes avec le même texte. Cette circonstance explique également l’absence d’accentuation dans letextedu PopolVuh et dans celui du drame de Rabinal-^chi, où je découvre aujourd’hui un second sens, identique avec celui du Teo-y^mojctU, et dont il sera nécessaire avec le temps de faire unenouvelle traduction.Jugez donc,Monsieur, de la confusionqui pouvait s’introduire dans ces récits sacrés par le changement d’un mot, d’un accent ou d’une lettre quelconque. On serait porté à croire que c’est à des altérations de ce genre, introduites par une cause ou une autre, à mesure qu’on s’éloignaitdu berceau commun, qu’on doit attribuer les changements qui s’introduisirent insensiblement dans les langues et par suite dans lestraditions religieuses. Les Mexicains, au contraire,demême que lesMayas et les Guatémaliens, avaient une raison toute simple, pour garder mieux que les autres nations del’Amérique ou du reste du monde, les secrets de leur origine, par la proximité où ils étaient des lieux qui avaient été le théâtre des grands événements dont tout leur rappelait lamémoire.
Bien qu’en petit nombre, les traditions conservées par les conquérants dans les livres qu’ils ont écrits de la découverte de l’Amérique, viennent de toutes parts à l’appui des mystères que nous révèlent aujourd’hui les rituels mexicains. Lisez les détails qui s’en trouventdans les diverses éditionsdes correspondancesde
— 97 — Pedro Martyr d’Anghiera, dans la vie de Colomb par son fils Fernand, dans les ouvrages des premiers missionnaires, et vous verrez que tous sont des allégories plus ou moins obscures, qui vousracontent lesmêmes événements. Je dirai plus : les fêtes, les coutumes, les cérémonies, publiquesou secrètes, des populations nomades ou agricoles de l’Amérique du Nord, se rapportent toutes aux mêmes idées. Aujourd’hui qu’un heureux concours de circonstances m’a mis à même d’aborder ces smystère,jusqu’ici impénétrables, je me faisun plaisir de vous y introduire et devous servirde guide dans ce labyrinthe. § 8. Retournons donc encore momentanément à Tollan etcontinuons à interrogerl’antiquité mexicaine sur ce nom fameux. Si ce nom, me disiez-vous il y a peu de temps, n’est pas celui d’une ville, de la capitale d’un grand empire, comment se fait-il qu’on le trouve encore aujourd’hui donné à tant de lieux? A cela je répondrai que si toutes mes notions semblent exclure l’idée d’un empire toltèque, demême que d’un empirechichimèqueou aztèque, ces notionsn’excluent nullement l’existence d’une ou de plusieurs villes, appelées Tollan ou Tulan ; caron sait parfaitementque bien des localités ont été et sont encore désignées de cette manière ou sous le nom dérivé ou corrompu de Tula ou Tola ; non-seulement, il y en a plusieurs en Amérique, soit au Mexique, soit au Pérou, mais il existemême une ville de Toulaen Russie, renommée, encore de nos jours, par ses travaux d’orfèvrerie et de bijouterie, choses qui correspondent on ne peut mieux à la cité capitale de Quetzal-Goatl.
Mais, d’un côté, cenom, attribué à la terredu Croissant, désignait-il en entier cette vaste portion ducon-
- yg — tinent englouti ou seulementun point quelconque ; de l’autre, les relations d’I\tlilxochitl et du Codex Chimalpopoca^en parlant de Tollaneiùes Tollèques, en nous laissant apercevoir, sous les voiles d’une histoire ordinaire, celle des révolutions accomplies par la nature, excluent-elles toute idée que cette histoire fasse en môme temps allusion à desépoques réellement historiques, c’est-à dire à l’histoire de l’humanité anté-diluvienne, aux actions des hommes qui vivaient sur ce continent, avant l’accomplissement des catastrophes volcaniques? c’est là pour moi, encore aujourd’hui, l’objet d’une grande incertitude. J’espère que la traduction suivie du Codex Chimalpopoca me mettra sur la voie; j’en ai déjà même quelques notions qui, en se complétant, m’instruiront clairement à cet égard dans la suite. Votre ami, le baron d’Eckstein, qui a vu dans lesVédas etdans lestraditionsbrahmaniques cequeme découvrent les traditions mexicair es, allait déjà plus loinque moidansce sens,lorsqu’ildisait : theManthanarn de la légende brahmanique se rapporte à une série de catastrophes dont l’homme fut témoin dans les lieux voisins de son berceau^ et qui déterminèrent une vaste dispersion d’une portion de l’espèce hu-maine. C’est ce qu’on est forcé de reconnaître par suite de l’analogie entre une foule de conceptions mythiques et légendaires, répanduesdans lescontrées les plus éloignées, toutes d’une nature trop spéciale pour qu’il soit possible de se méprendre sur la cause de leur parenté. Il en restedes traces dans la tradition d’une poussière de peuples et de peuplades que nous pouvons poursuivrejusqu’auxextrémités de l’Afrique, de la Polynésie et de l’Amérique. L’étonnement augmente quand on consulte la mémoire des races aryennes et de la race chinoise ; quand on interroge
— 99 — ies familles de peuples qui se rattachent à l’Oural et au Caucase, comme les Finnois ; au Thianchan et à l’Altaï, comme les Turcs et les Mongols (i). » Ces lignes, on dirait qu’elles ont été écrites tout exprès pour moi, tant ellesconcordent avec l’ensemble des lumières que m’a fait voir le Teo-Amoxtli^ ainsi que lesautres monuments mexicains. Cequi suit dans son article n’est pas moins curieux. C’est la contre-partie de l’histoire toltèque, avec ses variantes, telles qu’on les lit dans la plupart des documents reproduits par Kingsborough et ailleurs. « On raconte dans le Vendidad, dit-il (2), que les Aryas peuplèrent la Sogdiane, parce qu’ils furent forcés de quitter VAiryâiia vaédjâ, situéauxsources de l’Avant et du Jaxartes, comme Burnouf l’a démontré (?). Le serpent ayant mordu dans cette région de la félicité, y avait engendré la saison de Vhwer, la maladie et la mort, au physique ; la corruption du cœur et de Vesprit au moral, en frappant du même coup la nature et l’espèce humaine… Les Brahmanes ont une autre légende : celle du Manthanam à laquelle ils rattachent également lamigration de leurs ancêtres qui abandonnèrent le plateau duMérou, dans levoisinage dessources de rOxusou du Tschakschous. C’est ce qui arrive sous le règne d’unManon, patriarche qui porte lenom de Tschakschouschas, c’est-à-dire du fils de ce fleuve.
Dans le premier de ces deux mythes, tout se rapporte à l’abandon des régionsvoisines des sources du Jaxartes, par suite ‘d’un refroidissement de climat , d’un changement dans l’état atmosphérique de l’Asie centrale; dans l’autre, il s’agit de grandes e’ruptions vol- (1) De quelques Légendes qui se rapportent au Berceau de l’espèce humaine, 2’ art. dans le Journal Asiatique, oct., nov. 18o5, p. 302. (2)ld.,iMd.
- 100 – ca/i/çwcj,accompagnéesderécroulement d’un système de montagnes, voisines delà chaîne du Karakoram (i).
Entre ces deux événements, il a dû y avoir le laps de plus d’un siècle; également rattachés au mythe de la chute de l’homme, ils le sont aussi à celui de la perte d’un ordre social qui établissait un rapport des plus étroits entre les hommes et les dieux, la race de Tan-tale et celle des Olympiens. » Il va sans dire, Monsieur, qu’en citant les réflexions de votre ami,je ne prétends d’aucune façon vous faire adoptersesopinions doctrinales, elles n’ont rien à faire ici. Tout ce à quoi je tiens, c’est de vous faire juger parvous-même de l’identité des notions indoues avec celles du Mexique. Continuons et voyons jusqu’à quel point elles paraissent se rapporter au règne de Topiltzin,dans l’histoire deTollan. « Le monde avait i>/e////, tout était uséjusqu’au dernier fil de l’existence.Agnis ne flambait plus sur l’autel et ne brûlait plus dans le foyer domestique ; Soma, qui pénétraitnaguèresous la forme de Vîschnou dans les troismondes,avec sa sève inspiratrice, séchait obscurémententre les rochers; il n’y avait plus une goutte de pluie, rien qui fît déborder les fleuves. Dieux inséparables, Agnis et Soma ne se reproduisaient plus-dans les rangs des Aryas, ne s’y réengendraient plus par les aliments du foyer, par les libations de l’autel. Tous les dieux perdaient leur vertu et leur éclat depuis qu’Agnis et que Soma ne les éclairaient plus, cessant de les inspirer de leur force et de leur sagesse. Les hommes ne pouvant plus se perpétuer, les dieux avaient disparu du monde… (1) Le Kara-Koram est identique avec le Cara-Cara de l’ile de Haïti, avec le Dimivân Cara-Caracol et les autres personnages du mythe des areylos ou anciens drames mouvants des Antilles. Conf.
Belation des clwses du Yucalaiit p. 440, et l’introduction du même ouvrage, § v.
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101 – Pour ranimer la vie au sein de l’univers et réinstaller la boisson de l’immortalité dans le séjour des cieux,les dieux anciens et nouveaux concluent une trêve qui met fm à leurs discordes… » Vous retrouverez, Monsieur, toutes ces choses dans la première partie du Codex Chùnalpopoca, en lisant le récit de la ruine de Huemac et de son royaume toltèque. «La légendedu Manthanam, continue M. d’Eckstein, ne se borne pas à la reproduction d’un Kosmos nouveau, issu des agitations de l’océan, œuvre de deux familles de dieux ; elle n’enfante pas seulement cette création sous la figure d’une déesse Ouranie, d’une Aphrodite,de la Mylitta des Céphènes ; elle rend compte également detoute une série d’apparitions célestes qui relèvent de la présence d’une comète. Il s’agit du dragon dont la tête envahit les cieux etdont laqueue plongedans l’océan,monstre qui veutdévorer le soleil et lalune, et menacede destruction leKosmos nouvellement éclosdes ondes (1). » Ce dragon, vous le retrouverez plus d’une fois, Monsieur, dans la suite de ces lettres.Vous le découvrirez bientôt dans le vaste foyer sous-marin, dont il est si souvent question dans les documents, et dont l’explosion définitive détermina la ruine du monde ancien. C’est le foyerdont les sept premiers volcans sont figurés par les sept têtes du monstre ; telle est encore l’hydre de Lerne, dont les têtes enflammées renaissent à mesure qu’ellessont tranchées. Et lorsque ledragon, dont la queue plonge au fond de l’océan, porte sa tête altière jusqu’aux cieux, comment ne pas apercevoir aussitôt dans cette image l’idée de la profondeurde ce foyer qui agiteencore aujourd’hui les Antilles et qui, (1) D’Eckstein, ibid, ubi sup. p. 302.
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102 — au jour de la ruine, éleva momentanément une montagne, dont la cime parut menacer les maîtres du firmament? 11 n’y a pas d’autre explication à ce mythe, et vous vous convaincrez souvent avec moi de l’immense clarté que les livres mexicains projettent sur tout l’ensemble de la mythologie antique. « Tel est, continue M. d’Eckstein, le mythe du Vardhou et de la Kétou qui forment la tête et la queue du monstre; mythe dispersé sur toute la surface du globe, chez une foule de peuplades sauvages de l’Afrique, de l’Amérique et du monde austral, avec une conformité de traits des plus saillantes. L’équivalent se retrouve chez les Chinois, les Tibétains, les Mongols, les Turcs, les Finnois; chez les Aryas,les races pélasgiques, les races helléniques, les Scandinaves, les Celtes, etc. II n’existe pas de tradition plus universelle.Mais ce qu’il y a de plus frappant, ce n’est pas le fait en soi,ce sont les rites, lescérémonies, elc, que l’on y rattache ; c’est une conformité d’usages remis en vigueur à l’apparition d’unecomète nouvelle. Il ne sauraityavoirl’ombre d’un doute surl’origine de ces rites etde ces cérémonies, qui partent évidemment d’un foyer commun, antérieur à la dispersion de cette portion de l’espèce humaine. > M. d’Eckstein s’appuie sur un grand nombre de témoignages et de dissertations savantes, quand il s’efforce de démontrerque c’est dans l’Asie centrale qu’il faut chercher l’origine de tous ces mythes et des rites qui s’y rapportent. Des hommes plus compétentsque moi, dans cette matière, ont discuté suffisamment la valeur de ces témoignages : je me garderais donc bien d’y introduiremonconcours, si je n’avais à y apporter que les simples études que j’ai pu faire sur l’Orient.
Mais quand je vois, d’un côté, la lumière inattendue
— lOJ – quijaillit des documents que j’interprète pour la première fois, de l’autre, les contradictions inévitables deshommes éminentsqui ont le plus travaillé à éclaircir cetteimmense question, je ne saurais me dispenser d’entrer dans ce cénacle et de produire sur les côtés restés obscurs, en dépitde touteleurscience,les clartés qui émanent des documents mexicains. Si dans la mythologie la plus antique d’Homère et d’Hésiode, l’Océan est la source d’où sortent les dieux, l’Océan joue également le même rôle dans les livres les plus anciens de la mythologie de l’Inde, et si l’on fait attention aux convulsions de la nature qui causèrent la migration dèsAryas, c’est encore l’Océan qui est signalé pour en avoir été le théâtre et non un centre quelconque, existant comme le sont actuellement les pays de l’Asie centrale. Les passages les plus antiques des Védas, ceuxdont le sens est resté jusqu’ici le plus inintelligible aux commentateurs, viennent entièrement à l’appui de ce fait, et jevous les marquerai en temps et lieu.
Ce qu’il y a aussi de bien digne de l’attention des hommes spéciaux, c’est que l’Occident est également signalé comme le point d’oij sortirent les races primitives, etquand lesÉgyptiens parlent de leurs ancêtres, quand les traditions sacrées del’Inde, demême qu’Homère et Hésiode, parlent de l’Océan, c’est toujours en désignant un océan qui est à ïouest. Les commentateurs indistinctement sont tous d’accord pour placer le mont Mérou à l’ouest de l’Inde, puisqu’en l’abandonnant, dit encoreM. d’Eckstein, les Ouraniensetles Titans se dirigent du côté de l’est (1). « Les dieux, ayant tenu conseil pour inventer un breuvage qui (l) De quelques Légendes, etc., p. 3H.
— 104 – donnât l’immortalité, dit à ce sujet M. Guigniaut, dans sa traduction de Creuzer, ou, selon d’autres traditions, une lutteviolente s’ëtant élevée entre lesbons et les mauvais génies, au sujet de ce divin breuvage, il se perdit, le mont Mérou fut précipité dans la mer, et,comme il s’enfonçait vers l’abîme, toute la terre en était bouleversée. Alors parut Vichnou qui, sous la formed’une immense tortue, plongea,souleva lamontagne et la soutint sur son dos avec le monde entier.
Cependant le Mérou futenlacédans les replis de l’immense serpent Sécha ou Vasouki^ et les démons saisissantsa tête, les dieux sa queue, la montagnesainte, qui est l’axe du monde, tournait sous leurs efforts contraires au milieu de la mer de lait, comme un bloc de bois sous la main du tourneur (1). » Malgré tout le respect que m’inspirent ces hommes éminentsqui, duranttant d’années, se sont consacrés aux antiquités de l’Inde, je dois vous avouer qu’il me paraît impossible que cette description ait jamais pu convenir à une localité de l’Asie centrale ; il en ressort évidemment qu’il estquestiond’unelocalitéocéanique, tournée dans les flots par le double serpent qu’on voit si souvent dans les peintures mexicaines (2), celui du feu et celui de l’eau, simple ou vaporisée, serpents toujours ennemis et toujours s’enlaçant pour boule-verser le monde, comme dans le caducée de Mercure.
Quant à la tortue, elle a son origine dans celle qui, selon la tradition de Haïti (3), sort de l’épaule de Dirnivan Cara-Caracol, après que la mer et les îles sont sorties d’une calebasse brisée, tortue sur laquelle les hommes établissent leurs premières demeures après le (1) Religions de FAntiquité, tom. I, p. 183. (2) Conf. Kingsborough, vol. Il-Ill, passim, et le Manuscrit Troano. (3) Relation des choses de Yucatan, conf. pag. 442.
— !05 — cataclysme. Dans l’épaule de Dimhan, reconnaissez celle de Pélops, image de la terre issue du Croissant dont nous causions un peu plus haut. Le Men ou Metztli, dont la forme courbe n’est pas seulement comparée, ainsi que je vous le disais, à la Lune, à un phallus, mais encore à un bras, à unejambe, au ge-nou de laquelle estun abcès qui, en crevant, bouleverse le monde, ce Metztli est encore la cuisse de Jupiter d’où sort Bacchus, ainsi que je vous le montrerai plus tard, car dans (xvipoç, cuisse, comme l’observe fort bien M. Guigniaut (1), vous avez également la racine du mot Mérou ^ identique avec celle de Men, et si jamais cette montagne sacrée doit se retrouver un jour, il ne sera pas inutile de se rappeler que « le montMérou , le point central de la terre, s’élèvecomme un immense phallus du centre d’une immense Yoni, parmi les îles dont la mer est semée (2), » ainsique le pic de Caru-Queira, parmi les petites Antilles , ou celui dugroupe de Cibao, sur l’île de Haïti, dans la mer des Caraïbes. § 9. Mais quelle que soit l’opinion qu’il faille avoirde cette montagne comme des autres mythes géographiquesde l’Inde, il estconstant, d’aprèsCreuzeretlesmythologues les plus savants, qu’on ne saurait d’aucune façon les appliquer topographiquement à l’Inde ellemême. Remarquez, d’ailleurs, que lebaron d’Eckstein, d’accord avec toutes les traditions, qu’il déroule successivement dans ses écrits, transporte les mythes qui concernent le cataclysme du Manthanam, tour à tour de l’océan indien au golfe Persique, à la mer (1) Religions de l’Antiquité, tom. I, p. 147. (2) Ibid.
— 106— Rouge et à la Méditerranée, où il les retrouve toujours avec un caractère plusou moins local. Arrivé là il s’arrête, et je suis surpris qu’avec la hardiesse habituelle de ses idées, il n’ait pas tenté de sonder les profondeurs du véritable Océan. Sans doute, dans sa pensée toute recherche de ce côté devait être inutile. Qui eût pu songer un instant à placer le berceau de la mythologie ailleurs qu’en Asie? rien ne semblait devoirdonner une pareille solution au problème si longtemps cherché, malgré l’analogie dans les traditions, malgré l’identité d’un grandnombre de rites que votre ami découvrait lui-même dans les deux continents.
Les indications, cependant, ne manquaient pas, et je vous en ai signalé un certain nombre. Humboldt,avec toute la force de son génie, avait affirmé lui-même, après un examen approfondi de cette matière, que le mythe de l’Atlantide, dans sa plus simple expression, €désigne l’époque d’uneguerrede peuplesquivivaient hors des colonnes d’Hercule contre ceux qui sont à l’est, c’est-à-dire une irruption de l’ouest (1). » € Les Atlantes des temps historiques, dit-il, sont à l’est des colornes d’Hercule. Hérodote les place à vingtjournées des Garamanthes. > Rien de plus naturel, convenez-en ; l’Atlantide n’existant plus, ce qui restait de ses habitants orientaux devait s’être réfugié en Afrique, comme les occidentaux en Amérique. De là la ressemblance si frappante de certaines populations africaines, surtout de celles de Fernando Po (2) avec les aborigènes américains. « Les Atlantes mythiques, continue Humboldt, ont pu être portés vers (1) Examen critique de l’histoire delà Géographie du nouveau continent^ tom. I, p. 174. (2) Thiercelin, Journal d’un baleinier, rapport dans le Bulletin de la société de Géographie, juin 1867.
— 107 — l’ouest, au delà desColonnes,selonque la fable d’Atlas montagne a été reculéeprogressivementdans lamême direction. La guerre des Atlantes avec les habitantsde Cerné et les Amazones, si confusément traitée par Diodore de Sicile, eut lieu dans tout le nord-ouest de l’Afrique, au delà du fleuve Triton, limite entre les peuples nomades et les peuples agricoles (1) et les plus anciennement civilisés, si toutefois il est permis d’assignerune localitédéterminéeàune luttedans laquelle interviennent des êtres fabuleux, les Gorgones (2).
Ajoutons que le lac Triton, suivant Diodore, n’est point sur les côtes de la Méditerranée, maissur celles de l’Océan. Cette même région (et ce fait est d’autant plus digne d’attention, que Diodore ne fait nulle part mention de la destruction de l’Atlantide de Solon) « offrait de grandes éruptions volcaniques, icupo; sjcçu- « Le lac Triton même disparutpar l’effetd’un tremblement de terre et le déchirement du sol qui le sépa- ‘rait de l’Océan, dont le littoral était occupé par les Atlantes (3). Le souvenirdecettecatastrophe et l’existence de la petite Syrte, attribuée sans doute à un événement semblable, ont fait confondre quelquefois, chez les anciens, lelac et la Syrte. Des mythes de l’anciennelimiteoccidentaledumondeconnupeuventdonc avoir eu quelque fondement historique. Une migration de peuples de l’ouest à l’est, dont le souvenir (1) Les populations agricoles dont il est question ici sont très-probablement celles qui habitaient le continent englouti. (2) Les Gorgones sont un symbole des volcans; le sang qui coule, comme des serpents, de leurs têtes coupées, c’est le feu coulant des cratères dont la cime a été tranchée par l’action des feux souterrains.
Cette image est fréquente dans les documents hiéroglyphiques du Mexique. (3) Restes des populations de la terre disparue.
- 108 – conservé en Egypte a été reporté à Athènes et célébré par des fôtes religieuses, peut appartenir à des temps bien antérieursà l’invasion des Perses en Mauritanie, dontSallustea reconnu les traces, et qui, également pournous, est enveloppée de ténèbres. » Vous le voyez, malgré les sarcasmes lancés, de nos jours, contre les théoriesdu siècle dernier,concernant l’Atlantide, malgré ces sarcasmes, dis-je,llumboldt n’a pas cru devoir rejeter au nombre des fables le roman historique dePlaton. Le récit dece philosopheatous les caractères de la vérité, disait naguèreun autre philosophe ; quanta moi je suispersuadé qu’on en trouvera de plusen plus, à mesurequ’on l’étudiera dans un esprit de critique sincère. Les géologues sont universellement d’accord aujourd’hui pour admettre l’antique existence d’une vaste terre entre notre continent et l’Amérique; aussi, ne suis-je pas médiocrement surpris quand je vois l’inconcevable contradiction du baron Bunsen qui ne craint pas, en reconnaissant la véracitéde la tradition rapportée par Platon, de confondre l’invasion des Atlantes, sortie de l’ouest, avec celle desAryasvenus de l’Asie (1). On ne sait que pen-ser d’une telle absence de logique, en voyant, d’ailleurs, tout ce qu’il y avait de science et d’érudition chez cethomme distingué. Jene conçois pas la crainte puérile qui empêche les savants de rechercher la vérité, de quelque côté qu’elle puisse se découvrir, que ce soit à l’orient ou à l’occident.
Me voici, Monsieur, bien éloigné encore une fois de l’histoire des Toltèques, que j’avais commencé à vous expliquer. Heureusement pour moi, si tout chemin mène à Rome, suivant le proverbe populaire, je me (1) Egypt’s place in universcU hislory^ vol. IV, p. 467-468.
- 109 – permettrai de l’appliquer au Mexique, et je dirai ainsi que tout chemin mène à Tollan. Tousl’avezvu et c’est votre ami d’Eckstein qui vous a déroulé, à propos de l’Inde, la tradition de sa prospérité et de sa ruine dans les rites religieux de tous les peuples de la terre. Mais si vous vous en souvenez, l’histoire des Toltèques n’est qu’ungrand épisode dans celledesChichimèques, dont le vaste empire se trouvait, suivant les annales mexicaines, établi depuis longtemps, à une époque où les Toltèques n’avaientencore acquis aucuneimportance.
Leur capitale porte alternativement les noms à’Âmaquemé ou de Hiiéhué-Tlapallariy et c’est là, à en croire Ixtlilxochitl, que se réunirent anciennement tous les sages et les astrologues du monde américain pour travailler à la réforme du calendrier. C’est donc des Chichimèques qu’il faut que nousnous occupions, c’est de la situation de cette grande ville, centre des arts et de la civilisation, avant de poursuivrel’examen de Tollan et des Toltèques.
Où était Huéhué-Tlapallan , qu’était cette terre fameuse, en quels lieux de l’Amérique faut-il la chercher ? Voilà la question que se sont adressée, tour à tour, tous les historiens, depuis ceux de l’époque delà conquêtejusqu’à Clavigero et Humboldt, jusqu’àvotre serviteur. Tous nous avons travaillé à l’éclaircir de notre mieux, et ce n’est que d’aujourd’hui que j’ose y répondre avec l’assurance d’être dans la vérité. Les écrivains les plus sérieux, d’accord avec l’ensemble des traditions, placent unanimement Huéhué-Tlapallan dans les régions qui s’étendent au nord du Mexique, à une distance considérable et que Torquemada se hasarde à évaluer à six cents milles environ.
Mais ildonneHuéhué-Tlapallan pourlapatrie desToltèques etaux Chichimèques il 3issigney^maquemé, que
— no — Clavigero confond à tort avec Àmequemecan. En réalité, lapremière et laseconde n’en fontqu’une ; ce sont des désignations différentes d’une même localité ou d’une même région, mais qui, ainsi que Tollan, a tous les caractères qui conviennent au continent englouti sous leseaux, bienqu’à la suitedu cataclysme, lesnoms A’Amaqucmé ti de Huéhué-Tlnpallan aient pu être donnésauxcontréesvoisinesdunord. Lepremierqu’on écrirait plus correctement a-mac-e-me, littéralement les trois courbes dans la main de l’eau (1), pourrait faire allusion aux trois mers formées par la ruine du Croissant, celle des Caraïbes, le golfe du Mexique et l’Atlantique; à moins que me de metl n’exprime ici l’idée volcanique et que le nom entierne signifie c les troisvolcanssur la main de l’eau. > Ces définitions rentrent toutes, comme vous le voyez, dans le même ordre d’idées, et il en est de môme de celle de Huéhué- Tlapallan. Le premiervocable ^«e/zi/e, redoublement de huej, grand, présente en nahuatl le sens que nous donnons au mot ancien : mais ici, comme dans la plupart des textes du Codex Chimalpopoca, il doit faireallusion à » ceux qui se sont grandis, » aux géants des montagnes, aux soulèvements les plus considérables de la terre, et les soulèvements ayant eu lieu surtoutau sud-estdu Mexique, endedansou à l’entour de la mer des Caraïbes, il s’ensuit que c’est de ce côté qu’il faudrait chercher la capitale des Chichimèques.
Tlapallariy la terre des couleurs, fait à la fois allu- (1) Ou trois courbes dans le golfe, amac, mot à mot sur la main d’eau ou sur l’eau amassée, d’à, l’eau, et de ma, la main, amall étant pris généralement pour un golfe ou un estuaire; ici, cependant, il y aurait en réalite amall qui prend le sens de papierou bien de l’arbre dont on le faisait. Me ou metl pourrait au lieu de courbe signiûer un volcan, les peintures nous montrant fréquemment des aloès enflammés qui semblent y faire allusion.
- m — sion à l’idée de l’aurore, aux couleurs du ciel, au soleil levant et à un lieu coloré ou bien où il y a des flam-mes. Telles sont les étymologies que je crois pouvoir vous donner de cenom, bien que, depuis, Tlapallan, sans être précédé de Huéhué, ait paru signifier tour à tour l’Orient, les pays voisins du Honduras etmême, au dire d’Ixtlilxochitl, le golfe de Californie. Tout se réunit, néanmoins, ici pour démontrer que ces noms ne sauraient, en réalité, s’appliquer qu’à la région engloutie sous les flots, soit à cause de sa situation, soit par rapport aux circonstances qui en marquèrent la catastrophe finale.
Arrivons maintenant aux Chichimèques, à ces populations représentées, tantôt comme vivant dans la dernière barbarie, tantôtcomme ayant fait les progrès les plus étonnants dans la civilisation. Ce contraste que j’avais si souvent cherché à m’expliquer autrefois, sans pouvoir me satisfaire entièrement, provient uniquement d’une confusion inévitable pour tout le monde, personne n’ayant été jusqu’ici initié aux antiques mystèresduMexique ; c’est laconfusion des Chichimèques, en tant que nation, et des Chichimèques, puissances telluriques. Ces puissances, autant que j’ai pu m’en rendre compte, paraissent surtout devoir se classer au nombre de trois principales: ce sont les Chichime ou Chichimeca^ les Tolteca et les Azteca. Je vous parlerai tour à tour des unes et des autres; je vous expliquerai leurs fonctions dans l’ordre naturel, fonctions parfaitement analysées dans les textes du TeO’AmooctU et qui se trouvent résumées dans leurs noms. Commençons avec les premiers.
CM (qu’on prononce tchi) est une syllabe dont Mo-lina ne rend pas compte dans son vocabulaire ; mais, selon Vetancurt, c’est une préposition, exprimant ce
- 112 – qui est tout eu bas, au plus profond, comme aco signifie ce qui est au plus haut: en quiche, chi est la bouche, uneouverture; c’estla préposition, dans,ou à.
Chichi Q^i un petit chien (cA/-en), de ceux qu’on appelle de Chihuahua, qui se creusent des tanières souterraines, où ils vivent en société, chose étrange à rapporter! non-seulementavec leurs pareils, mais encore avec des serpents et des hiboux. C’est ce qu’affirment des voyageurs, ainsi que les rapports faits par les commissaires américains au gouvernement de l’Union, bien que je soupçonne ici la réminiscence de quelque tradition ancienne. Chichi énonce tout ce qui est amer, aigre ou acre, tout ce qui fait tache : il a le sens de sucer, d’absorber; c’est la salive, c’est le poumon et la mamelle. Si maintenant, pour compléter le mot, tel queje le trouve dans le Codex Chimalpopoca, j’ajoute nie, primitif de metl, aloès, chose courbée, vous aurez Chichime, choses courbes, tortueuses, suçantes, absorbantes, amères, acres ou acides, se ca-chant, comme les petits chiens terriers, sous le sol où elles se concentrent, comme des poumons ou des mamelles, et qui s’en exhalentensuite, ainsiqu’on peut le voiren un grandnombre de peintures mexicaines. Or, puisqu’il est acquis, d’après ces peintures et ces explications, que tout cela doit s’appliquer à une puissance tellurique, errante,d’ordinaire,comme les populations nomades, auxquelleson attacha lenomdeChichimeca, souvent malfaisante, ainsi que les estuaires des bords du golfe, où la tradition colloque d’ordinaire ces mêmes populations, que faut-il y voir. Monsieur, si ce n’est un terme géologique? Eh bien ! alors, si j’ouvre l’excellent petit traité élémentaire de Géologie, de M. Beudant, j’y lis précisément l’identification de toutes ces choses dans les limons gazeux et méphy-
— H3 — tiques, souvent recouverts d’une couche de terre ou de lave, plus ou moins refroidie, mais près d’éclater fort souvent, et dégageant des vapeurs pleines de danger.
Ne croyez pas que j’invente rien ici. Le texte du Teo-Amoxtli entre à ce sujet dans tant de détails, que je reste souvent stupéfait, en les traduisant, de voir les connaissances profondes des Mexicains, soixante siècles avant nous. Seulement, moi qui ne suis ni géologue ni chimiste, j’éprouve souvent de la difficulté, à mesure quej’avance, pour trouver les termes équivalents, en français, des termes mexicains. §10. On s’explique, dès lors, les caractères divers, appliquésauxChichimèques, tantôtsauvages,cruelset nomades, tantôt civilisés et non moins habiles que les Toltèques danstous les arts. C’est sous ces aspects divers que nous les montre Sahagun, bien qu’il dise expressément, à la fin de son chapitre historique, que lenom de Chichimeca ne désignaitque lespopulations du nord, jusqu’à la ligne des provinces mixtèques, ce nom s’échangeant, au sud, avec celui ôeNonohualca^ « ceux de l’étendue ou qui sont étendus, » sous lequel se comprenaient, en général, les habitantsduYucatan.
Aussi, d’après la classification de cet écrivain, les familles et nationsdu Mexiquesont-ellestoutestoltèques, mais non toutes chichimèques. Nous examinerons plus loin d’oii provient cette distinction. Constatons, en attendant, le rôle de ces derniers, comme émanations des gaz, plus ou moins putrides, renfermés dans le sein de la terre, issus de ce foyer central sousmarin, auquel le Teo-Amoxtli attribue les derniers effets du cataclysme.
Du caractèrede leurs apparitions subites et souvent
- 114 – éphémères, ahuacan tepehuacan, dit le Codex Cliimalpopocay c’est-à-dire dans les eaux etdans les montagnes, est venue ainsi l’application qu’on en a faite aux populations nomades de l’Amérique du Nord, en particulier, à celles qui vivaient dans les contours du golfe. C’est là. Monsieur, ce qui identifie si complètement les Mixcoasy connus comme les chefs des Chichimèques du Mexique, avec les Aswins et ensuite avec les Maruts du Véda, qu’on pouvait si aisément confondre avec les vents du ciel, tandis qu’en réalité, ils ne symbolisent que les souffles intérieurs de la terre : de là le titre de Prisnimâtarah, qui leur est donné, c’est-à-dire qui ont pour mère la terre, suivant Sd/anâ, dans Wilson (1) ; s’ils sont appelés ailleurs Anarvânâm, qui n’ont point de chevaux, c’est, comme le remarque aussi le même auteur, que leur char était traîné par des cerfs (2), insignes des Chichimèques et le hiéroglyphe particulier de l’île de la Guadeloupe et de l’Amérique du Nord. De là. Monsieur, l’identification que le baron d’Eckstein fait des Maruts avec les Aryas, encore sauvages et errants dans les bois. Ce fait, à lui seul, serait peut-être peu concluant, à vos yeux ; mais vous en verrez surgir une foule d’autres analogues, à mesure que nous avancerons, et vous reconnaîtrez avec quelle facilité toutes les divinités des Védas retournent à celles du Teo- AmoxtU.
Et puis, voyez, d’ailleurs, combien tout s’enchaîne merveilleusement; car si les Toltèques sont les agents (1) Rig-Veda-Sanhitd, etc., translated from the original sanskrit, by W. H. Wilson, vol. I, p. 56. (2) Id., ibid., p. 104, conf., notée, ibid.— Ma-rul, en quiche, signifie radicalement « filasse, étoupe ou bien bouffée qui se dégage, ou éructation de la bouffée. » Peut-on rien de mieux pour ces vapeurs renfermées dans la terre, à leur issue ?
— 115 – volcaniques qui bouleversent l’empire chichimèque, s’ils sont, ainsi que vous le reconnaîtrez tout à l’heure, identiques avec les Cabirés des Grecs, dans les Chichimèques vous aurez sans doute déjà retrouvé les Telchines, si vous vous souvenez de ce qu’écrivait d’eux M. Guigniaut : « Les Telchines, disait la tradition, mirent à mort Apis. On parle aussi de leur révolte contre Bacchus. Sont-ce là des vestiges de luttes antiques entre des religions et des peuplades ennemies? ou bien faut-il envisager les Telchines sous un point de vue différent? et quand une autre légende nous les montre, versant les eaux sulfureuses du Styx sur les animaux et les plantes qu’ils font périrpar ce moyen, faut-il reconnaître eneuxdes puissances physiques,de funestes influences delàmer et del’abîme infernal sur les végétaux et les êtres animés ? Ces influences furent dominantes dans lesâgesprimitifs, voisins des grandes catastrophes de notre globe. Aussi les vieux souvenirs des Rhodiens portaient-ils que les Telchines, établis dans leur île au nombre de neuf, avaient dû en disparaîtrepour quelesHéliades vinssentrhabiter(l).» Trouvez-vouslacoïncidenceassezremarquable?mais le nombre neuf y avez-vous fait attention ? neuf Telchines et neuf chefs chichimèques, suivant le Codex Chimalpopoca, comme vous pourrezvous en assurer, dès que j’aurai terminé la traduction de cette partie de cet important document. Neufchefs chichimèques, Mixcoatl (prononcez xcomme ch français), Xiuhnel^ Munich , Quahuicol, noms des quatre principaux, puis les cinq autres Ixtlacaliuhqui, Nequametl, Amimitlf Iquehuac et Nahuacan (2). Ces neuf, Monsieur, (1) Religions de l’Antiquité, tom. II, p. 280. (2) Je remets l’explication de ces noms aux notes et commentaires du Codex Chimalpopoca.
— 110 — sont autant de localités ou de montagnes où s’exerça plus spécialement leur action à la foisheureuse etmalfaisante,comme celledesTelchines rhodiens. Toutefois ce qui a dû vous frapperdéjàdans ce nom, c’est la syllabe chi^ fondamentaledans lenom des Chichimèques, chl et XI étant identiques dans les langues anciennes.
Mais ce n’est pas ce mot seulement qui est remarquable, c’est l’ensemble du nom de telchin qui est du plus pur nahuatl, etdont lesens est entièrement d’accord avec les explications de la symbolique , citée plus haut. Telchin, TeXyiv, en grec, signifie exactement le foie qui brûle ou l’incendie du foie; il est aussi le pluriel régulier du mexicain « Telchitl, en-demal, dit Molina, él que se goza del mal de otro, » malfaisant, qui se réjouit du mal d’autrui. C’est un vocable composé de /e/, le foie, dans son acception ordinaire, mais dont le sens primitif est celui d’un gaz enfermé qui a trouvé son issue, chitl, de chi, primitif déjà connu, et itl^ tout ce qui remue et s’agite pour entrer ou sortir; ce qui donne i^owv telchitl, «ce qui remue pour sortir du foyer ou bien le gaz enfermé. > Observez encore ceci, c’estque telchitl et ses dérivés, suivant Molina, répondent tous à l’idée que les Grecs se faisaient, en général, des Telchines et du mal qu’ils pouvaient causer.
Pour conclure, je reprends le livre deM. Guiguiaut et je continue : « Ils (les Telchines) figurent sous les traits les plus divers, tantôt génies bienfaisants autant qu’habiles, tantôt démons malfaisants, jaloux, adonnés à la magie. Cette dernière idée semble surtout inséparable de leur caractère bon ou mauvais. Auteurs et consécrateurs des premières idoles, ils leur communiquent ce pouvoir équivoque qui les rend tour à tour un objet de reconnaissance et d’exécration. Du
— 117— reste, leur puissance est sans bornes; ils fondent les métaux, ils brisent les barrières de la nature, ils tournent à leur gré le cœur des hommes, et fléchissent sans résistance la volonté même des dieux. Il ne faut donc pas s’étonner de voir les Telchines passer euxmêmes dans la sphère des antiques divinités de la nature et de leurs ministres sacrés, tellement qu’ils paraissent quelquefois s’identifier avec les Cabires (1). »• Oui, précisément comme les Toltèques s’identifient avec lesChichimèques et vice versa, ainsi qu’on le voit dans Sahagun et dans les documents originaux. Les Telchines, disons-nous plus haut, avaient mis à mort Apis; rien de plus vrai, puisque c’étaient eux, comme puissances plutoniennes, qui avaient causé par l’explosion du grand volcan, la ruine de la région atlantique, enqui se personnifiait Osiris. On voit, dès lors, comment la lutte où les Toltèques s’engagèrent contre les Chichimèques, suivant les relations d’Ixtlilxochitl, symbolisent l’agitation des éléments volcaniques au sein de la terre : car si, d’un côté, lesChichimèques offrent l’image des vapeurs et des gaz condensés au fond de la terre, de l’autre, les Toltèques, autant qu’il m’est possible de déterminer le sens des expressions qui les concernent, sont, au premier aspect, les puissances de l’eau à la surface de la mer et l’eau des sources, remplaçant les gaz au sein des montagnes, comme les Héliades les Telchines à Rhodes ; puis, peut-être, dans une cosmogonie plus raffinée, lesvapeursqui mettent en ébullition les amas de boue où ces gaz sont renfermés, et s’excitant avec eux à soulever la croûte terrestre. (1) Religions de VAntiquité, t. II, p. 281.
- H8 – § il. Le moment est donc venu de vous faire connaître le nom des Tolièques et de vous en découvrir l’origine. Commençons avec Tollan, que les histoires signalent comme leur capitale; et voyons quelles lumières nous pouvons trouver dans l’analyse de ce nom. Elle est frappante au premier abord pour qui connaît tant soit peu la grammaire mexicaine, par l’identité qu’elle présente avec le nom de MetztU ou le Croissant. En effet, ce qu’elle exprime, d’.ordinaire, c’est l’idée d’un « pays recourbé > ou incliné. Sa première syllabe toi, primitifde toloa, « abaxar, inclinar la cabeça, » dit Molina, « entortar, encorvar, > dit-il ailleurs, signifie donc baisser, incliner la tête, se tortuer, courber, ce qui, avec la particule locale lan pour tlan ou tan, la terre, l’endroit, annonce une terre ou un pays recourbé, sensexact du mot tollan. Du même verbevient tollin, le jonc, le roseau, dont la tête s’incline au moindre vent ; de là, le sens de Jonquière, de limné, que peut prendre tollan, dont le hiéroglyphe représente précisément le son et la chose, et qui paraît exprimerdoublement l’idée de cetteterre fameuse de la Courbe ou du Croissant, basse et marécageuse en beaucoup d’endroits, suivant la tradition, mais qui était d’uneétonnante fertilité. Voilà donc pour ce qui concerne toloa, considérécomme verbe neutre. Dans sa signification active, Molina le traduit par « tra-gar, > avaler, engloutir, ce qui donne alors pour tollan, le sens de terre engloutie, abîmée, qui,comme vous le voyez, convient on ne peut mieux dans le cas présent. Mais si tollan est la terre engloutie, si c’est en même temps le pays de la Courbe, Metztli ou le Croissant, ces deux noms, remarquez-le, peuvent s’appliquer aussi bien au lieu où il a été englouti, à l’eau qui se courbait le long des rivages du Croissant,
— 119 — soit à l’intérieur des grands golfes du nord etdu midi, soit au rivage convexe, tourné comme le genou de la jambe, vers l’Orient. C’est ainsi qu’on retrouve l’identification continuelle de l’idée mâle avec l’idée femelle, du contenu et ducontenant, detoUaii^ le paysenglouti, SLwectollan, l’océan engloutisseur,de l’eau qui est contenueetdescontinentsquil’enserrentdansleurslimites.
Ajoutons, pour compléter cette analyse , que toi, dans lalangue quichée, est un verbe, dont tolan est le passé, et qu’ainsi que tulaii il signifie l’abandon, la nudité, etc. De toi, faites tor, dans la mêmelangue, et vous aurez avec toran, ce qui est tourné ou retourné, comme en mexicain, de même que dans turan (tou-ran) vous trouverez ce qui a été renversé, bouleversé de fond en comble, noyé sous les eaux, etc. Dans la langue maya, ^«/signifie remplir, combler, etan, comme en quiche, est le passé du verbe : mais si à tulon ajoute ha ou a, l’eau, nous avons Tulha ou Tula, rempli, submergé d’eau. En dernière analyse, toi ou tul paraît avoir pour origine ol, ul, couler, venir, suivant le quiche encore ; primitif d’oZ//, ou bien dHuïli, en langue nahuatl, la gomme élastique liquide, la boule noire du jeu de paume, qui devient le hiéroglyphe de l’eau, remplissant lesdeux golfes. Le préfixe t pour ti serait une préposition; faisant to, il signifie l’orbite de l’œil, en quiche, image de l’abîme que la boule noire remplit comme sa prunelle, ce dont vous pouvez vous assurer dans la figurede lapagesuivante; toest,enoutre , l’aide, l’instrument, devenanttool;mais en mexicain, to, primitif deton, est la chaleur de l’eau bouillante. Toi, contractéde^o-o/, pourrait donc avoir signifié, « le liquide bouillant, » ou la venue de la chaleur bouillante, del’embrasement.Avec/eca, étendre, le mot entier tolteca, nous aurions donc, étendre le
— 120 — courbé,etc.,ettoZ-tecaf/, letoltèque,seraitcequiétend le courbé ou l’englouti, ou bien l’eau bouillante, etc.
Ces étymologies rentrent donc toutes dans la même idée qui, sous biendesrapports, fait des Toltèques, une des puissances teliuriques, destructrices de la terre du Croissant, telles que nous les montrent les peintures du Codex de Dresde et du Manuscrit Troano. Ouvrez , en effet , ces deux documents intéressants, et en plus d’un endroit (1) vous verrez d’abord les Chichimèques, noirs de corps, à l’œil sanglant, occupés à tourner le bois en le frottant pour allumer le feu ; puis, ailleurs, lesToltèques, ces artistesparexcellence, ainsiqu’on les traduit d’ordinaire, creusantuneécuelle à l’aided’un instrumentanalogueau vilebrequindenos tonneliers, mais qui n’est en réalitéque la feuille d’une espèce d’aloès, r=:=:n ^f^irui noirs, suivant les appelé tum par ^^ y^^^^CT éléments auxles Quiches. Ces ^dfc^^c^Sgw^ quels ils se ratta- Toltèquessontal- ^‘^^^jTT^;^ chent.Quantaux ternativement l L^Sjw r%^ écuellesquevous bleus, blancs ou A—_]/^-o — A leurvoyez percer avec un sourire perfide, ce sont là les deux moitiés de lacalebasse, destinées à devenir, soit,dansunsens restreint, les deuxgrands golfes américains, celui duMexique et la mer des Caraïbes; soit, dans un^^sens plus vaste , l’Amérique entière avec les îles et les golfes, peut-être, même avec l’océan Pacifique, symbolisés dans un hémisphère, et l’océan Atlantique dans l’autre. La boule noire qu’elles renferment, surmontée du signe >^>. qui exprime l’action de l’eau qui va remplir ^ ^S/ ces calebasses, en perçant le sol comme la tarière perce un tonneau. (1) Entre autres aux fol. xxxnr etxxxv, sans astérisque.
— 121 — Tels sont les ChicUmeca, Chichimèques, tels sont les Tolteca, Toltèques, qui, obéissant ensuite à la puissance suprême, /y S^^q ^^”*’ ^^^^^^^’^ *^ personnifiée d’à- ^^w^^® ^®^”®’ ^P^^^ ^’^” bord dans Hue- ^^’^”^^x^ voir bouleversée, man , puis dans /^^ lu^ ^® ^^’^^ ^^^ ^^^’ Quetzal-Goatl,doi-^^ ‘^c2C>->^ avec les Chichimèques qu’ils combattent et qu’ils aident, setaraudent ensuite une voie, dans la terre, entre les montagnes dont les premiers sont les constructeurs. Mais lorsque leurs cimes seront suffisamment élevées, ce sont les Chichimèques qui se creuseront un œil au front, comme vous le voyez encore dans les mêmes peintures, et qui vous présenteront ainsi le prototype de vos Cyclopes, à l’œil unique, les sept premiers volcans des îles ou les volcans principaux du Croissant avant sa destruction (1).
Tels sont les premiers chefs des Toltèques, sept devenant huit, comme j’ai eu occasion devons le dire; car les chefs des Toltèques, comme les rois de Tollan, sont encore des Chichimèques, Quetzal-Coatl étant considéré lui-même comme fils d’une princesse toltèque et d’un chef chichimèque. Ces sept premiers sont donc les sept Cabires, deux, trois, quatre, sept ou huit, alternativement, sortant du demi-globe ou hémisphère occidental, destiné à devenir la mer des Antilles, etdontlaréunion avecl’hémisphèredel’océan Atlantique formait l’œuf mystérieux, suspendu dans lestemples,etqu’on disaitavoirété enfantéparLéda(2).
Voilà, Monsieur, ces sept Cabires, les Cabirim, en quiche « ceux qui ouvrent la bouche en bâillant » (1) Fol. XV et XVI avec astérisque. MS. Troano. (2) Religions de l’Antiquité, t. II, p. 308.
— 121— (comme lesvolcans); « ceux quisontdeux, quiremuent les bras, comme les Titans^ les Forts par excellence, les tuyaux d’où sort le vin pétillant {cab-ir-im), c’està-dire la lave bouillonnante; voilà, dis-je, quelquesunes des nombreuses significations du nom de cabirim (pluriel de cabir), aussi exactement grammatical dans le quiche, que /e/cAm l’esten mexicain. L’idée du chef, toutefois, celle des chefsdesToltèques, s’exprime, dans la langue nahuatl, par un autre vocable : c’est Tlatoani, l’orateur, the speakerycomme disent les Anglais, ou plutôt le parleur, lemurmurateur, du verbe tlatoa^ parler, murmurer, gazouiller. Si vous désirez, néanmoins, un sens plus précis, plus analytique, décomposonsce mot, et selon l’accentuation, plus oumoins prononcée,quenousdonnerons à la premièresyllabe,nous verrons qu’il signifiera, ou faire une voie, une surface de feu ou une voie, une étendue cachée : tla, primitif de tlatla^ veutdire cacherquelque choseou le brûler ; vient ensuite o, primitif d’oz//, voie, surface, chemin, ethua quijoue le rôle de posséder, c’est-à-dire : « Ce-lui qui est le maîtrede la voie brûlante. » Tla-to-hua peut également donner le sens de faire un feu caché, de tOy ton, la chaleur, d’où tonatiuh^ la chaleur qui marche, ou ton-a-tiuh, l’eau bouillante qui marche, nom donné d’abord à l’énergie volcanique ou plutôt à l’eau de la mer qui se précipita sur legrand volcan, au moment de son explosion, et qui fut transportée en-suite avec lui au soleil.
Tlatoani futdonc la désignation ou le titredes montagnes volcaniques, avant d’être celui des chefs et des rois.De là l’idée particulière qu’on attachait au verbe tlatoa, parler, c’est-à-dire avoir le feu ou la vie, idée exprimée, d’ordinaire, dans les hiéroglyphes mexicains, par une petite langue devant la bouche des person-
— 123 — nages vivants, langue qui est alternativement, suivant la couleur qu’elle adopte dans les peintures, le symbole de la parole, de l’âme et de la vie, ou bien du feu, du gaz ou de la fumée. Dans le quiche, comme dans le mexicain, le vocable rendant toutes ces nuances est le même, à peu de chose près, une légère détonation, une accentuation presque insaisissable, faisant de l’une à l’autre l’unique différence. Aussi, voyez combien les peintures sont expressives à tous égards. Si de l’absence de la langue, vous concluez à la mortdes individus, laprésence desbandelettes, dont le cadavre est enveloppé, vous annonce la mort des chefs, en même temps qu’elle fait allusion à l’extinction des volcans. Le prince qui règne, c’est celui qui parle, c’est le feu qui éclate au sommet de la montagne, c’est le volcan qui se fait entendre. S’il meurt, c’est aussi le volcan qui s’éteint. Mie, il est mort, en nahuatl, veut dire aussi qu’il s’estabsorbé, mie, peutêtre qu’il s’est bu, qu’il est redescendu sous l’eau; mais mo-miquilli, expression révérentielle, pourénoncer le décès, signifie enmême temps qu’il s’est enveloppé de bandelettes. Le prince est décédé ou bien le volcan s’est éteint, en étouffant, en resserrant sa voie intérieure, au moyen de ses sécrétions superposées comme des bandelettes, et alors, indubitablement, il veut dire qu’il est mort, mais demeuré en entier audessus des flots où il aura formé une île. L’histoire de Tollan, ladoubleinterprétationqu’exigeconstamment la duplicité des documents mexicains, quiches, mayas, etc., se trouvent en entier expliquées dans ces quelques lignes.
J’en reviens maintenant aux sept chefs des Toltèques, à l’origine de ce chiffre sept-huitdontje vous ai déjà dit quelques mots. Ces sept-huit sont les dieux
— <24 — primitifs, les engendrés de laMère universelle, les sept grands dieux au Mexique, ainsi qu’en Egypte et ailleurs ; ce sont les sept Cabires ; ils ont été créésà Téôtihuacan, suivant toutes les traditions, c’est-à-dire au f Lieu où furent faits les dieux, » à l’endroit qui a été le maîtrede les créer, de les faire naître, ou bienencore à € l’Endroit de celui qui a fait les dieux, » de teo, ou teotl^ dieu, teotia, faire des dieux, teotihua, celui qui fait les dieux. Le Téotihuacan primitif, comme VAmaqueme primitif, comme le primitif Tollan, c’est donc toujours la terre engloutie, mais divinisée par ceux qui l’avaient vue descendre dans l’abîme. Considéré sous un autre aspect, toutefois, Téotihuacan n’était pas seulement letombeau desdieuxmorts, mais leberceau desdieuxvivants, lelieuoù ces dieuxavaient pris naissance après le cataclysme, la région des îles nouvelles qui avaient surgi, avec le feu des volcans, pour recueillir les débris du grand naufrage de l’humanité. Ces dieux nouveaux, c’étaient ces îles, au nombre de sept, les petites Antilles, les septgrottes de Chicomoztoc, ainsi que vous le verrez plus loin. C’est ainsi seulement que le mot /eo, qui s’applique, peutêtre aussi, au volcan ou à la cheminéedu volcan, creusée dans la pierre, feo, la voie de pierre ou la surface solide, et ieotl, la vie sur la surface solide {te-o-tl)^ deviennent réellement compréhensibles et s’expliquent avec une véritable grandeur; c’est ainsi que Téotihuacan devient le lieu qui a fait les dieux, qui est en possession de les faire, le véritable berceau de la religion mexicaine. Voilàdonc les sept grands dieux de la mythologie antique, voilà les sept qui font huit, en joignant la puissance volcanique à ceux qu’elle a créés, cette puissance, leur ministre et leur serviteur, qui leur sert à boire et à manger son feu, le plus petit
— 125 — quelquefois et le plus humble, quand cette puissance demeure invisible etcachée, le plus grand, lorsqu’elle vient à éclatercommeaujourde la ruine. Tels sont les dieuxde l’antiquitépaïenne, les sept-huit, qui se réduisent ^trois-quatre, à deux-trois, à deux, à un seul, l’énergievolcanique, élevéeensuiteau soleil etauxautres astres, ainsiquenous le verrons plus loin .Croyez-vous, Monsieur, qu’aucune des étymologies que les auteurs ont données du mot grec 6e;, ou ôsot, soit plus correcte ? § 12. Je n’ai pas à rechercher icijusqu’à quel point les fondateurs primitifs de cette religion des dieux chthoniensont pu conserver ou altérer, à cette époque reculée, les notionsde la religion révélée, telleque nous l’enseignent les traditions de l’Église. Je vous ferai remarquerseulementque les chiffres mystiques qui s’y rapportent paraissent avoir été tous, à leur origine, le résultatd’effetspurementnaturels. Ces chiffres,comme vous le savez, se réduisant de sept-huit à quatre, puis successivement à trois, deux et un, ont pu fort bien aussi, à la même époque, servir de voile aux instituteurs des religions antiques, pour dérober au vulgaire laconnaissancedelavérité. Les relations d’Ixtlilxochitl ont été mon premier guide pour m’aider à débrouiller cette apparente confusion. Deux est le nombre des premiers chefs des Toltèques-Chichimèques. Deux sont les premiers volcans qui naissent sur la terre du Croissant. Il en surgit quatre autres; voilà deux des chiffres mystiques ; puis un septième, insignifiant d’abord, s’élève avec deux bouches ; c’est celui qui a les pieds liésensemble et sur lequel se sont faits tantde jeux de mots dans les deux mondes. Car c’est le dernier et le plus jeune ; il est double, c’est le chiffre
— 126 — sept-huit, etcomme c’està celui-ciquesuccède legrand volcan de la catastrophe, il devient ainsi le chef et le maître de ses frères,après en avoir été le plus humble.
Voilà donc, en dehors des sept dieux sauveurs de Téotihuacan, les chiffres 2, 4, 7, 8, tels qu’on les découvre dans les documents mexicains et queje m’explique d’après lesRelations d’Ixtlilxochitl. Il y acependant uneobservationfortimportanteà faire à ce sujet : c’est que dans les documents originaux, tels que le Popol Vuh et le CodexChimalpopoca^ces chiffres paraissent résulter de combinaisons entièrement différentes. Les sept volcans se réduisent en un, parce qu’une est la puissance qui les anime ; mais cette puissance devient tour à tour double et triple, dans l’examen des élémentsqui lacomposent et dont l’existence n’avait point échappé à la perspicacité de l’antiquité mexicaine, comme le démontrent fort bien les documents que je viens de citer.
Ces chiffres mystérieux ont ainsi plusd’unesource : la plus ancienne est certainement la plus matérielle.
Car il est évident, ainsi que nous venons de le voir, que les premiers dieux que les Américains adorèrent furent les localités elles-mêmes qui survécurent au grand naufrageouqui périrentdans lecataclysme.Une était la portion du continent englouti, comme elle étaitdeuxavec l’eauquil’environnaitetoùelles’abîma.
Un est le continent américain, demême qu’il est deux avec l’eauqui l’environne,ou deux parsa condition topographique, en deux portions distinctes, célébrées dans lesdeux plumes que les rois de Mexico portaient sur leur couronne royale. De là vient qu’un des noms de l’Être suprême, dans la tradition haïtienne, Aiabeira^ signifie étymologiquement t la place de la vie, » ou € le sec sur l’eau, » idée qui correspond entière-
— 127 — ment à celle que présente le nom de Téotihuacan. Le chiffre quatre, qui est celui des quatre grands dieux, dans la cosmogonie égyptienne, comme dans la haïtienne et la mexicaine, se rapporte tout simplement aux quatre grandes Antilles qui résistèrent à la secousse formidabledu cataclysme et qui sont appelées, pour cette raison, les quatre soutiens du ciel. Tous les autres chiffres mystiques découlent de circonstances analogues et qui s’expliqueront en partie dans le cours de ces lettres.
Mais si c’est aux Antilles qu’il faut chercher le Téotihuacan primitifdes traditions mexicaines, ainsi que le primitif Tollan, si là sont les Sept Grottes d’où sortirent les Ghichimèques, c’est encore là qu’il faut que nous découvrions les Ghichimèques eux-mêmes, arrivant du Nord, suivant Ixtlilxochitl, pour remplacer les Toltèques, après la ruine de Tollan. G’est donc ici qu’après les avoirconsidérés, les unset les autres, sous leur aspect symbolique, en tant que puissances telluriques, il faut, pour achever de vous les faire reconnaître, queje vous les dépouille entièrement de ce dernier voile. Reprenant en main les relations d’Ixtlilxochitl, qu’y voyons-nous? d’un côté, les Ghichimèques, précédant les Toltèques dans l’Amérique, où, les uns après les autres, ils fondent leurs empires respectifs ; puis, en dernier lieu, les Ghichimèques, arrivant au Mexique, sous le commandement de Xolotl et de Nopaltzin et remplaçant les Toltèques, depuis leurs frontières extrêmes du nord jusqu’aux alentours de la vallée d’Anahuac. Suivant lesmêmes relations, Tollan alors était ruiné etabandonné, et lesfaibles restes des Toltèques s’étaient réfugiés dans les montagnes et dans les îles des marécages de Golhuacan. Gela dit, prenons de nouveau le nom des Ghichimèques et des
— 128 – Toltèques et voyons comment il faut que nous les entendions ici. Si le mot chichi exprime l’idée ‘d’un endroit exposé à des exhalaisons méphytiques, ainsi que nous l’avons vu plus haut, chichime^ qui en est le pluriel, donne celle des mottes gazeuses, des lieux bas d’où ces exhalaisons s’échappent, et ca^ verbe être ou forme substantive, est ici l’énoncéde la localisation, indiquant qu’il s’agit de lieux où ces gaz se faisaient sentir.
Or, suivant les relations, après que l’ensemble du pays a été occupé par les Chichimèques, leurs chefs, Xolotl et Nopaltzin s’établissent aux grandes grottes deTenayocan, ne laissant aux débris de la race toltèque que quelques sommets de montagnes, avec les îles et les marécages de Colhuacan. Eh bien, Monsieur, si l’ensemble de l’antique empire de Tollan fait allusion à l’ensemble de la terre du Croissant, Tenajrocan^ c’est-à-dire « le’Pays qui est au bord de la Calebasse, » fait allusion aux îles qui séparent les deux hémisphères dont je vous” ai entretenu plus haut, l’océan Atlantique, desgolfes et du continent américains.
Tenayocan est le séjour des chefs, tandis que la population qu’ils ont amenée, reste en arrière, dans les régions qui, de là, s’étendent au nord. C’est une donnée topographique qui m’explique immédiatement la distinction que fait Sahagun entre Chichimeca, ou Toi. tèques du nord, et Nonohualca, ou Toltèques du sud.
Avec l’interprétation des noms qu’on trouve dans Ixtlilxochitl et ailleurs, ainsi que les notions variées que m’offrent mes documents, elle sert à me faire reconnaître immédiatement, dans cette plèbe chichimèque, tous ces groupes d’îles, de bancs et de récifs qui s’étendent des côtes de la Floride à la grande courbe des petites Antilles. De là l’interprétation plus directe que
— 129 ~ donne le nom de chichimeca, « cordons de mamelons fumants ou absorbants », le mot meca/Z indiquant le lien, la corde qui réunit les choses éparses, à peu de distance les unes des autres. C’est la multitude, identifiée, d’un côté, avec les quatre cents Mixcoas du Codex Chimalpopocay de l’autre avec les quatre cents Chichimèques, créés par Tezcatlipoca, selon le Manuscrit de Motolinia, afin qu’il y eût des cœursà donnerà mangerau soleil et du sang à donner à boire à la terre, ce qui s’explique par les feux et les laves des volcans.
De Tenayocan, continue Ixtlilxochitl, les chefs des Chichimèques tenaient en observation les restes des Toltèques, échappés à la ruine. Cachés, d’abord, dans les ajoncs desmarécagesde Colhuacan, ceux-ci ne tar-dent pas à reparaître et à se montrer: bientôtmême ils s’unissent pardesliens de famille auxChichimèques et ils les civilisent. Suivant le point de vue sous lequel on les place, les petites Antilles sont tour à tour symbolisées dans ces chefs chichimèques ou dans les Toltèques. C’est sur les débris de la courbe de Tollan et en s’unissant à ces débris, que les îles nouvelles surgissent à la surface de la mer: elles sont chichimèques et chefs, car toutes sont des montagnes fumantes; elles sont toltèques, iol-ie-ca, c’est-à-dire des lieux étendus en courbe ou contournés, restes de Tollan ; des lieux de pierre, c’est-à-dire solides et courbés, tol-ie-ca, courbés par leur forme, courbés en montagnes, où les feux des volcans inspireront aux hommes l’idée des arts métallurgiques, etc., et d’où ils se répandront .plus tard sur toutes les autres îles, pour instruire, pour cultiver les Chichimèques. C’est sur ces îles privilégiées, c’est à Colhuacan, c’est-à-dire au « Lieu de la Courbe ou du Serpentement, » sur ces terres issues des flots, avec leurs formes courbes, décrivant, à la
— 130 – surface des mers, la plus belle courbe d’îles qui fût jamais, que devait renaître la civilisation, avec les sept dieux de Téotibuacan, sept avant, sept après, toujourssept-huit,commevous le verrez encore plus loin.
C’est ainsi que des idées matérielles, nées de circonstances purement locales, surgirent les principes fondamentaux de la société et des religions chamitiques, sourcesdecette civilisation. Lapuissance del’Orcus, le feu et l’eau, mis en contact, durant lesépouvantables épisodes du cataclysme, le feu et l’eau, rompant sur la terre atlantique, avec laquelle, encore une fois, ils faisaient trois, tels furent les phénomènesquioccupèrent l’esprithumain etsous lenom desquels lescivilisateurs primitifs dérobèrent,aucommencement, lesnotionsde l’unité divine et de la révélation pré-diluvienne. Ces phénomènes servirent dès lors de base à tout le système dogmatique et social. La fumée et le feu du volcan, l’eau de l’Océan et la vapeur qu’elle produisit, en s’y élançant, le double volcan dit de Xolotl, ou des pieds liés, telles furent les choses qui firent naître plus tard les idées de cette dualité, déjà moins matérielle que celle du double continent etqu’on retrouve dans toutes les cosmogonies antiques. L’étude de ces phénomènes amena insensiblement des distinctions plus subtiles, etlongtempsavantque les migrationseussent porté sur l’autre continent les éléments des nouvelles sociétés, les sages, ancêtres des Mexicains,avaient spiritualisé leurs doctrines premières. En apprenant à reconnaître l’origine des volcans dans le vaste foyer, sous-marin, dont l’explosion avait changé la face du globe, ils personnifièrent successivement l’eau et le feu, l’humide et le sec, la lumière et le chaud, dont l’agitation se voit représentée dans le mouvement gi-
— 131 — ratoire du bois mâle dans l’arbre femelle,mouvement auquel s’occupent, en ricanant, les puissances telluriques dans les peintures du Manuscrit Troano. De là, toutes ces individualités mythologiques, dont les fonctions laissententrevoir l’origine etqui se trouvent identifiées ensuite avec les montagnes, avec les îles volcaniques elles-mêmes, premiers dieux visibles de l’antiquité. De là, enfin, dans un sens plus élevé pour les initiés, l’investigation et l’analyse des forces telluriques, pour y découvrir un premier moteur, in-dice de la toute-puissance divine, personnifiée, à son tour, dans le souffle qui avait donné la vie à QuetzalCoatl. Ce spiritualisme, néanmoins,resta toujours plus ou moins voilé pour le vulgaire. C’est pour lui qu’on adapta les phénomènes de la catastrophe à des histoires chronologiques, dont l’origine remonta aux premiers dieux. Alors les montagnes devinrent des rois, descendants des premiers héros, fils des dieux : les forces de la nature divinisée, se transformèrent d’abord en ouvriers sacrés, puis en corporations diverses, dont les noms symboliques finirent par désigner des nations et des tribus, après avoir servi à caractériser des accidentspurementtopographiques.
Ainsi, c’est bien de l’Orcus, c’est du foyer de l’autel, image de ce premier foyer, de cet autel invisible’ que partirent toutes ces transformations. Pour les familles, cette image se retrouvait dans le foyer domestique, composé invariablementdetrois pierres brutes, d’égale dimension, sur lesquelles l’Américain posait son comitl ou son cornai^ ce qu’il fait encore aujourd’hui et dont j’ai été témoin mille fois durant mes voyages. De ces trois pierres, il l’a oublié depuis longtemps, deux représentaient les deux colonnes de l’autel, et la troisième le lien qui les unissait, en les
— 13Î — animant : elles représentaient les trois premiers volcans; et, la marmite ou la tourtière, l’océan bouillon-nant sur les feux soulevés de l’Orcus. Lesquatre piliers de la cabane ou de la maison, dont le toit abritait cet autel domestique, étaient lessymbolesdesquatregrandes îles, des quatre chefs qui avaient abrité la civilisation et l’humanité, au tempsdu cataclysme.Là était le modèledu teocalli, de la pyramide, d’où étaient sorties lesdivisionscombinéesdu temps et de l’espace,de manière toutefois à ce que « les divisions du temps correspondissent à celles de l’espaceet s’accommodassent au principe formel de l’institution du dieu de l’autel.
De làun premier calendrier rituel et un second calendrier, se rattachant à un type cosmique des divisions d’une année cosmique et créatrice; de là une division quadrilatérale de l’espace; de là encore une division cosmique du temps et de l’espace, d’après les six divisions de l’année cosmique, dans laquelle l’œuvrede la création s’est accomplie. L’unité et le lien de toutes les forces est le septième, qui est la force radicale ou créatrice, dont les six autres ne sont que des rayons ou émanations, dans l’ordre d’un temps typique, sur lequel ont été réglés ensuite les temps du monde (1). » Je cite encore une fois votre ami d’Eckstein à l’occasion des chiffres mystiques, où il vient tout à propos pour en expliquer les combinaisons. En effet, si l’on prend pour base le nombre 4 qui est celui des grands dieux, des quatre grandes îles et des quatre chefs ou rois, et qu’on le multiplie par 13, celui desdieux descendus dans l’abîme, on trouve 52, chiffre du cycle mexicain : à son tour, 52, multiplié par 7, qui est celui des sept chefs des Toltèques, donne 364, nombre des (1) D’Eckstein, Sur les sources de la Cosmogonie de Sanchonialhon, p. 46.
— 133 — jours de l’année ordinaire. Prenons maintenant ensemble les treize dieux descendus dans l’abîme et les sept sauvésdu naufrage, suivant les auteurs, et nous avons le chiffre 20 qui, multiplié par 13, donne 260, formant le nombre desjours de l’année astrologique, suivant Sahagun (1). L’examen de ces chiffres nous ferait encore découvrirbien des choses, dans cegenre, mais je crois devoir laisser ce sujet aux curieux. Je continue avec M. d’Eckstein, en disant : « Toute la science astronomique, toute la science géométrique, toute la métrique, toute la rhythmique, le tact de la parole, la mesure du son, comme cellede l’espace, relèvent ainsi, dans l’origine, de l’autel. C’est un primitif hiéroglyphe qui renferme la signification d’un monde découvert et mis à nu, puis orienté, fixé, délimité et ordonné surle type d’une sagesse qui eut pour principe la science augurale d’une race sacrée, » non « de Dactyles idéens, » mais des hommes puissants échappés au naufrage du monde primitif.
Ces hommes, vous les connaissez maintenant. Ce sont ceux qui s’appelèrent les Toltèques, comme les forces delà nature auxquelles ils succédèrent, en leur empruntant leurs noms, en apprenant d’elle à les observer, à les mettre en œuvre dans l’intérêt de l’humanité. C’est sous ce point de vue que les Chichimèques, avec qui ils ne faisaient qu’un, en réalité, peuvent être considérés comme les populations agrestes ou nomades de l’Amérique septentrionale, populations qu’ils soumirent à leurvolonté,en leur montrant l’usage qu’elles devaient faire des phénomènes dont elles étaient les témoins, en leur enseignant à se servir du feu, non-seulement pour faire cuire leurs ali- (1) HisU gen. de las cosas de Nueva-Espana, lib. IV, introd.
— 134— lïients, ainsi qu’on levoitdans un anciendocument(l), mais encore pour durcir leurs ustensiles de ménage et fondre les métaux. § 13. Vous avez remarqué déjà, Monsieur, en lisant les premières pages de cette lettre, combien l’imagination s’était exercée, dans les temps primitifs, sur la forme concave, au nord-ouest et au sud-ouest, et convexeà l’est du continent, qui s’étendait naguère aux lieux où roulent aujourd’hui les flots de l’Atlantique. Ce n’est là, cependant, qu’un des côtés d’une question qui semble se renouveler à l’infini et vouloir épuiser toutes les combinaisons des mots comme des hiéroglyphes. Ouvrez, je vous prie, les peintures mexicaines reproduites dans Kingsborough,examinez tour à tour ces images aux couleurs ardentes, aux bonshommes contorsionnés de toutes les façons.
Quelle est celle qui se présente le plus fréquemment?
C’est celle d’un lapin. En-plus d’un endroit, vous le voyez, occupant le centre d’un bassin, rempli d’eau, d’ordinaire, ouvert par le haut et qui prend assez bien la forme d’un vase. Ce bassin, vous le reconnaissez, c’est encore une fois l’image des deux grands golfes, qui fit naître l’idée du vase féminin, symbole de la lune, puissance humide et femelle ; le lapin, c’est de nouveau le symbole de la terre engloutie, du continent descendu au fond des eaux. Examinez-le, par exemple, dans la planche 12 du Codex Borgia. Il est vivant, mais blessé, couvert du sang qui s’échappe de ses plaies ; eh bien ! là il est l’image du continent (I) Conf. La peinture de la coll. Aubin, Histoire des Rois et des Etats souverains d’Acolhuacan, et Mémoire sur la peinture didactique, etc. y des anciens Mexicains, p. 74. L’histoire de la rencontre de Tlotli et du Toltèque Achcauhtli est un mythe très-ancien , beaucoup plus ancien qu’on ne l’a cru jusqu’ici.
— 133 — existant encore, mais déjà ouvert par l’action des volcans qui le déchirent; enveloppé d’un serpent de feu, comme dans la planche 29, il rappelle le montMérou, enlacé dans les replis du serpent Sécha qui doit l’entraîner dans l’abîme.
Mort, il a les yeux fermés ; sa couleur blanchâtre est celle des bandelettes dont on enveloppait les cadavres, ce qui signifie que le lapin ne représente déjà plus qu’une terre morte et ensevelie sous les flots.
Continuez à feuilleter les pages du Codex Borgia.
Souvent encore, au lieu d’un lapin vous aurez un lièvre, vous aurez un animal dont le caractère est mal défini, ou plutôt qui réunit des caractères différents, qui offre des aspects dont il n’est pas toujours facile de se rendre compte au premier abord. Seraient-ce là lescaractères distinctifs desanimaux quijadis habitaient ce continent disparu, c’est ce sur quoi je ne me hasarderai pas à me prononcer. Mais ce qui est certain, c’est qu’au lieu d’un lièvre ou d’un lapin, vous croirez reconnaître tour à tour un de ces chiens terriers des provinces mexicaines du Nord, une sorte de taupe, un sarigue, un chacal ou un tigre américain.
C’est qu’en effet, suivant le caprice de l’imagination ou le coup d’œil du moment, on peut découvrir dans le hiéroglyphe topographique du continent englouti la forme (1) de l’un ou de l’autre de ces ani-maux, dans la position d’un agneau lié et préparé pour le sacrifice , tel qu’on le voit dans les peintures. C’est ainsique de lamultiplicité de ces noms et de ces images, résultats naturels des manières différentes d’envisager l’esquisse de (1) L’image ne s’accorde avec le hiéroglyphe que dans la position de l’animal renversé sur le dos.
- !3« — la terre abîmée, sont nés la plupart des noms, donnés à la Lune, ainsi que les mythes et les symboles qui s’y rapportent dans les religions de l’antiquité.
On est particulièrement frappé de la multiplicité de ces esquisses, en parcourant les peintures mexicaines, reproduites dans la collection de Kingsborough.
Vivant ou mort, blessé ou mourant, vous y retrouvez presque à chaque feuillet cet animal mystérieux, étendu sur la terre ou sur les flots, ici avec les caractères de l’existence, les yeux enflammés, indices des cratères allumés sur la région condamnée, ou bien portant au flanc une blessure formidable d’où coule un torrent de sang, signe du grand volcan dont l’explosion annonça l’heure suprême de la ruine. D’autres fois, l’animal est mort, ses yeux sont fermés, et vous seriez étonné de la ressemblance qu’il offre avec l’agneau de l’Apocalypse. Mais où il présente surtout un aspect remarquable, c’est à la planche 2 et à la planche47 du Codexde Dresde, suivant la pagination de Kingsborough (1). Dans la première, il est seul, étendu sur un fond bleu, symbole de l’eau, le corps sa destinée, au moment de rendre le dernier sou-pir. Dans la seconde, on le voit avec lamêmeattipercé d’un glaive ; sa tête est tristement tournée vers le ciel, auquel il semble se plaindre de tude ; il n’a pas encore été percé du glaive : mais il succombe, accablé sous le poids d’une divinité ter- ^
— 137 — rible, assise sur son dos et tenant entre ses mains le fouet mystérieux de Teau et du feu, ou plutôt de l’eau, vaporisée par le feu,le Shivatlatl (Xivatlatl), dont elle menace sa victime. Eh bien ! Monsieur, comparez ces images à cellesdu taureau mithriaque, reproduitessur tant de monuments anciens, voyez les planches xxv, XXVI et XXXVII de la symbolique de Creuzer, traduite parM. Guigniaut, et dites-moi si ce ne sont pas là des scènes absolument identiques? Ne reconnaissez-vous pas là Siva sur le taureau Nandl, Mithra, le feu déjà Uivj»’^^’^’” visible dans les volcans dont il se couvre, terrassant la terre, que l’Océan s’apprête à engloutir? Oui, vous avez là simultanément l’explication du mythe de Bacchus, dans sa relation avec Men et Lunus, et de la connexion du culte de Mithra avec les Sabazies phrygiennes (1). Vous y retrouvez le Zagreus, à la tête de taureau , dont le corps, mis en pièces par les Titans, est bouilli dans le chaudron mystique, le comitl, c’est-à-dire le vase de l’Océan que je vous ai expliqué plus haut. Vous y retrouvez Osiris, coupé en (1) Religions de l’Antiquité, t. III, p. 240-2i5.
— 138— morceaux par Typhon, dont les complices s’identifient à leur tour avec les Cabires rhodiens, mettant à mort le bœuf Apis.
C’est qu’en effet, Titans, Cabires ou meurtriers d’Osiris, se confondent ici avec le fouet mystérieux du dieu mexicain, le Shivatlatl^ la fronde de feu et d’eau, puissance tellurique qui est l’âme même du taureau qu’elle s’apprôte à déchirer. Cette âme d’ailleurs, cette vapeur, ce dieu qui la tient en main, c’est Tezcatlipoca, qui s’identifie ici avec le feu montant d’en bas, et vaporisant cette eau. C’est Nanahuatl, c’est l’embryon qui vient de naître et que vous verrez s’identifier a.\ec^gniy le petit-filsdeseaux, ainsique l’appelle le Véda (1) ; c’est ce feu symbolisé dans Bacchus, qui, à Delphes, se présentait avec raison « comme un pouvoir tellurique, comme un prophète divin, inspiré par les émanations souterraines du gouffre sacré, et rendant des oracles à côté d’Apollon (2). > Telles sont. Monsieur, les métamorphoses de ce mythe auquel se rattachent dans l’antiquité les rites les plus importants des mystères de la Crète et de Samothrace; mythe fondé lui-même sur l’image indécise de la terre, engloutie sous les flots de l’Atlantique, et dont les variantes s’expliquent par la diversité des esquisses primitives. C’est de là que sont nés tous les noms que je découvre à ce sujet dans les documents mexicains. Le plus commun, toutefois, c’est le tochtli, le lapin, dont l’image aussi est la plus ordinaire. Ce nom même, dans son acception la plus ancienne, fait allusion surtout à l’idée de l’abîme qui dévore tout, à l’Océan, Och, le large, le profond,mot qu’on ne trouve fO Ce titre revient rrdqueinment àAgni. Conf. \tRig-Veda-Sanhitàt trad. de Wilson, t. I, passim. (2) Religions de rAntiquUé, t. III, p. 240.
— 139 — dans le vocabulaire de Molina que sous la forme composée d’och-pantli, chemin ou voie large, mais dont le sens antique est celui d’une étendue incommensurable.
Sa racine primitive, que nous avons vue déjà à l’œuvre dans d’autres vocables, est o ou bien u, variantes du même son, dans lequel on croirait presque reconnaître un des côtés de l’origine du langage. < Une foule de relations d’onomatopée qui frappaient vivement la sensibilité des premiers hommes, dit à ce propos M. Renan (1), nous échappent » Oui, sans doute, mais elles semblent se découvrir de nouveau, quandon parvient à dépouiller de leurs enveloppes les vieux mots de la langue mexicaine ou quichée. Cet o, cet u surtout, exclamations peut-être échappées aux spectateurs du cataclysme, ouvrent la bouche naturellement, enlaissantéchapper l’haleine dont le son ou le bruit, comme tout lemonde l’observera, esttoujours exprimé par un z, identique ici avec celui de 1’^. Eh bien, Monsieur, si à cette consonne constitutive dans le groupe mexico-guatémalien, vous ajoutez affixe ou suffixe, une voyelle quelconque, vous avez aussitôt un monosyllabe, donnant l’idée de quelque chose qui s’échappe avec plus ou moins d’effort d’une ouverture ; vousavez une rupture ou une déchirure, ^z, vapeur, plume, chose légère ; ez, lesang ; iz, la racine qui perce laterre ; oz, l’entrée, l’ouverture, la grotte en nahuatl etmême en latin ; l’éructation en quiche; uz, le bourdonnement de la mouche.Zaou sa, briller, rôtir, éclater ; ze, tourner; zi, déchirer, ouvrir ; zo, percer ;
ZM, sucer, absorber, donner un son, etc. Affixez, suffixez, n’importe quelle autre consonne, le vocable se (1) Histoire des Langues Sémitiques, liv. V, chap. 2, pag. 465.
- 140 – modifie, mais en gardant un fond d’analogie avec le premier : changez le z ou .v en ch (tch), enx (sh) ou en /z, et vous avez une modification d’un autre genre; mais toujours la variante plus ou moins rattachée à l’idée première. Toutes les consonnes dans le groupe mexico-guatémalien ont la même propriété, et j’aurai l’occasion de vous en fournir plus d’un exemple. En attendant, retournons, je vous prie, à la lettre o, et veuillez vous souvenirque si le son vousexprime l’idée d’une étendue, c’est celle d’une étendue plus ou moins circonscrite. De là, sans doute, son application, avec laconsonne 5, j, ou ç, faisant ço, la piqûre ou le per-cement, ou bien oz ou oj , la grotte ou l’exhalaison qui s’enéchappe, àl’éruption du volcan, peut-être du premierqui éclata sur la terre. De là l’idée, si étrange, en apparence,mais si vraie et si expressive, d’avoirreprésenté à l’origine les volcans par des têtes humaines, dont la bouche était le cratère.
En effet, prenez les planches de l’ouvrage de Stephens (1) ou bien de l’album Waldeck, examinez-en les katuiis, placez horizontalement toutes les têtesque vous y trouverez la face en haut, et vous KE^ aurez immédiatement dans ce profil la y^^ silhouetted’une montagne ; le nez et le menton en seront les traits les plus saillants et la bouche un abîme ou un cratère, dont l’orifice, souvent même, semblera seprolongerjusqu’aux oreilles, c’est-à-direaux cavités les plus profondes. La chose est des plus simples. Qui l’eût deviné,cependant, sanscet ensemble d’indicesde toute espèce fournis par la variété de mes études.
Aussi n’est-ce bien qu’à la suite de cette découverte (1) Incidents oftravel in Central America, Chiapas, etc., vol. II, pi. du frontispice.
— Ul — que je suis arrivé à me rendre compte de l’extrême variété des angles faciaux qu’on remarque dans les têtes palenquéennes. On dirait, en les considérant, que toutes les nuances de l’espèce humaine ont passé par là, et que les constructeurs de ces antiques palais ont voulu graver sur leurs monuments les traits spéciaux de toutes les nations qu’ils avaient vaincues. Ce qu’il pourrait y avoir de vrai là dedans, je l’ignore ; mais ce que je sais, ce que je puis affirmer aujourd’hui, sans craindre de me tromper, c’estque les faces humaines, dans les katuns, sont des profils de montagnes et, peut-être même, ces silhouettes, dans leur variété, présentent-elles un souvenir de celles des montagnes où le volcan avait existé. Un simple coup d’œil sur les bonshommes, Telchines ou Cabires, du Manuscrit Troano, dont les bouches sont généralement des plus significatives, sous ce rapport, suffira pour vous en convaincre.
Voilà donc à quoi se réduisent le premier o et le premier m, la voie, c’est-à-dire la surface, d’abord, puis une étendue circonscrite , en mexicain ; et en quiche, la chose ou l’endroit contourné, le collier. Si, ensuite, à cette racine primitive vous ajoutez le suffixe ch pour chi, en bas, au fond, vous aurez och en nahuatl, l’étendue avec la profondeur, en quiche la calebasse peinte de couleurs brillantes, image de la mer en feu : mais uch, identique avec och, en mexicain, donne, dans le quiche, le sarigue, à cause de la poche où la femelle met ses petits (1). De là encore en mexicain lemot/joc^, la fumée, depo, la vapeur, et àechi, d’en bas, de l’abîme. Voilà d’où vient que, dans la (1) Poche, ou mieux ‘poch, en quiche signifierait dans la poche, dans la profondeur, p’och pour pa-och.
— Ht — langue quichée, pour exprimer anciennement l’idée d’un tremblement de terre, on disait que le sarigue entr’ouvre sesjambes. Enfin de tout cela vient le mot tochon tochtli, lapin, le t étant ici pour la préposition ti, des langues de l’Amérique entrale, qui ne se présente, en mexicain, que dans des mots composés. § 14. N’êtes-vous pas émerveillé comme moi de voir combien, dans ces langues antiques de l’Amérique, tous ces noms, tous ces symboles, en apparence si éloignés, s’accordent au fond pour exprimer la même idée et se circonscrire dans le hiéroglyphe qui leur a servi de point de départ. « Il faut évidemment admettre , continue M. Renan , parlant de l’origine du langage (1), chez les ancêtres de l’espèce humaine un sentiment spécial de la nature, qui leur faisait apercevoir avec une délicatesse dont nous n’avons plus d’idée les qualités qui devaient fournir l’appellation des choses. La faculté des lignes qui n’est qu’une sagacité extraordinaire pour découvrir les rapports, était en eux plus exercée ; ils voyaient mille choses à la fois. La nature leur parlait plus qu’à nous, ou plutôt ils trouvaient en eux-mêmes un écho secret qui répondait à toutes les voix du dehors et les rendaiten paroles. Est-il surprenantque la trace de ces impressions fugitives soit insaisissable quand il s’agit de mots qui ont subi tant de changements et sont si loin de leur acception originelle? » Sans doute, cette trace serait insaisissable, si nous n’avions pour la suivre que les seules langues de notre continent. Nous devrions « désespérer de retrouver jamais les sentiers capricieux que suivit l’imagi- (l) Histoire des Langues Sémitiç^es, pag. 465.
— 143 — nation des créateurs du langage et les analogies qui leur servirent de guides dans cette œuvre délicate, à laquelle présidèrent les associations d’idées les plus imperceptibles et la plus vive spontanéité (1). » Mais, grâce aux documents mexicains, nous pouvons remonter, sinon à la source la plus ancienne, au moins avec certitude aux ruisseaux qui en ontdécoulé à l’origine et qui se sont conservés, presque avec leur pureté primitive, dans le groupe des langues mexicoguatémaliennes. Plus rapprochés du berceau antique, comme vous avez été à même de le voir déjà plus d’une fois, les mots, dans ces langues, se retrouvent avec leur acception première, et les populations ellesmêmes ont gardé cette sensibilité exquise, ce tact si délicat qui faisait apercevoir vingt choses à la fois, qui distinguaient leurs ancêtres. Tous les Européens qui ont voyagé parmi les races rouges et cuivrées de l’Amérique, nomades comme dans les provinces du Nord, ou fixées au sol comme au Mexique, peuvent en rendre témoignage. Hommes ou enfants, indistinctement, saisissent, à l’instant, les mille nuances qui échappent à l’attention de l’homme civilisé de notre continent.
Poursuivons le thème que j’avais commencé à développer au sujet du lapin et du sarigue, dont j’ai besoin d’expliquer encore un côté resté obscur. Je vous ai parlé de Tollan, du pays englouti, de Tollan, l’Océan engloutisseur : ces deux idées se représentent constamment dans le hiéroglyphe de la terre disparue, qui s’associe à celui de l’abîme où elle est descendue. C’est ainsi qu’Osiris s’identifie avec le Nil et qu’Isis, la terre-mère, personnifie enmême temps l’é- (1) Ibid., ut supra.
- 144 — lément humide qu’elle contient dans son vase. A son tour, Oxomoco^ l’Isis mexicaine, dont le nom s’expliquera plus loin, Oxomoco, symbole particulier de la terre américaine, la mère des dieux et des hommes, doublement leur Aïeule, suivant le Popolf^uhy la Génératrice, la Nourricière par excellence, la Grande-Tisseuse, se voit signalée, dans les histoires, comme une Gourmande, toujours pleine et toujours avide : de là, la traduction de « Femme enceinte et Gloutonne, » que donne de ce nom, d’après Ixtlilxochitl, l’historien Veytia, « la Prenada Golosa > et qui se rapporte d’une manière si particulière à Isis, suivant l’idée de Plutarque ; Ojcoitwco, la mère par excellence, d’abord, puisqu’ens’ouvrant,elleavaitdonnénaissance à tous les dieux, à tous les volcans, qui sortirent, en la déchirant, de son sein ; Gloutonne par excellence, puisqu’elle avait, en s’ouvrant encore, englouti une partie de ses enfants et enseveli son époux dans les replis de son jupon, symbolisé par les deux golfes.
C’est là. Monsieur, un des côtés les plus remarquables de ce mythe, etje veuxvous lemontrerencore une fois dans les hiéroglyphes divers de la terre engloutie, comme dans les vocables qui en sont l’image parlée.
Le sarigue, en mexicain, se dit tlaquatzin, le seigneur qui dévore, ou l’anus qui broie le leu (1).
La taupe, tozan, qui est un autre caractère du hiéroglyphe, signifie la plume jaune, la flamme qui s’étend ou si l’on veut plus radicalement encore t-oz-auy (i) Tzin, expression révérentielle.en mexicain, signifie l’anus, l’orifice , ce par où sortent les excréments : il devint révérentiel pour avoir été appliqué anciennement aux excréments volcaniques, dont le cratère était l’exutoire ; de là Izin pour le cratère vomissant,comme je le ferai voir dans les commentaires du Codex Chimalpopoca. Le mot tzin a pour primitif Izi^ le sperme, l’embryon, le petit enfant à la mamelle.
— 145 — ce qui s*étend sous terre ou dans la grotte de feu (i).
Peut-on rien de plus expressif! Ba qui est la taupe, en quiche, signifie en même*temps la bouchée, ce qu’on engloutit : si nous passons au symbole du tigre, noustrouvonspour cetanimal, en quiche, balam, ou plutôt bal-am^ l’araignée, la gloutonne qui tourne autour. Décomposons^^/ et nous trouvons ba-al, l’embryon de la taupe, de lachose souterraine de l’Orcus, avec am, araignée, ou plutôt l’être qui va englobant dans sestissus, danssesfils millefoisretournés, engloutissant tout.Enlanguemexicaine, le tigre, ocelotl, offre un sens analogue, « lavoie obscure de la grotte » , oz-elotl, littéralement la voie du foie de la grotte, suivant la signification actuelle du vocable el; c’est donc tou-jours l’Orcus ou l’abîme, le fond de la terre, comme le fond de l’Océan où fut englouti le grand animal terrestre. Qu’ai-je besoin, après ces analyses, de vous parler encore du chien, dont le symbole est également celui d’Hécate, de la Lune, comme le loup ou le chacal, dontj’aurai, d’ailleurs,occasion devousparlerencore?
Lechien, leloup, lecheval lui-même,sontdevenustour à tour les hiéroglyphes d’une même idée mythique.
Chez les Aryas, c’est le cheval qui a prévalu pour le sacrifice, bien que le Véda, plus ancien que la domination de la race aryenne dans l’Inde, ne parle en général que de la vache.
C’est donc encore dans l’ensemble de cette exposition que vous trouverez. Monsieur, comment, selon Pausanias, de l’union violente de Poséidon ou NeptuneavecDemeter, c’est-à-direde la mer etde la terre j était issu le cheval, dont le symbole se rattachait au culte mystérieux de Cérès en Arcadie et en Atti- (1) Dans la grotte de feu, to-oz-an, devenu io-zan,
— 14« — que (1). De là les caractères dominants des diverses représentations de Neptune, sous un extérieur sévère, un regard presque sauvage, des cheveux en désordre, et lesurnom italique de consus, qui prend évidemment sa source dans le con ou comitl mexicain, le vase de la Lune, dont il a été question plus haut. On ne saurait, en effet, méconnaître dans le type hiéroglyphiquedu continentatlantique l’origine des amours de Neptune, l’Océan {och) dans son caractère de mâle avec Demeter, la terre, qui se métamorphose en cavale pour échapper à ses poursuites. Dans l’action du dieu, prenant la même forme pour satisfaire sa passion, on voit comment l’imagination avait poétisé l’idée de la mer, occupant la place d’où le continent disparut. Dans la fable d’Erysichton^ puni d’une faim dévorante, pour avoir coupé un peuplier dans un bois consacré à Cérès, vous retrouvez un autre mythe du grand épisode du cataclysme, que je vous développerai plus loin. Le bois sacré, c’est la terre, en général, ou l’Amérique entière, telle qu’elle existait avant la catastrophe : l’arbre coupé, c’est cette portion du continent, enlevée par les eaux, par le dévorant, par l’affamé, la mer qui fournit les formes diverses du hiéroglyphe, sous lesquelles la fille d’Erysichton reparaît, toujours nouvelle, pour satisfaire l’insatiable appétit de son père. « Tantôt elle sort du sein des flots sous la figure d’un chien aboyant, et elle rappelleHécate, entourée de ses chiens, quittant sa grotte ténébreuse ; tantôt elle s’élance en cheval marin, telle qu’apparaît Cérès, lorsque Neptune s’unit à cette déesse ; ou bien c’est un taureau mugissant (1) Religions de l’AnliquUé , tome III, 2’»« partie, pages 519- 522.
— 147 — qui s’élève au-dessus des vagues, ou bien encore une douce colombe qui les rase de son aile. Mestra, quel que soit le sens de son nom, est une héroïne lunaire, analogue à Médée, la conseillère (1) ; elle est comme celle-ci une magicienne, et même elle en porte le nom. Elle est encore analogue à Hélène, qui sait imiter toutes les voix, et un auteur l’appelle expressément « la prostituée qui prend toutes les formes (comme la terre engloutie des documents mexicains).
En effet, elle semétamorphose àvolonté, si bien qu’elle finit par se présenter à son père sous la figure d’un homme. Ainsi la magicienne, la prostituée lunaire, au terme de ses métamorphoses, devient un Lunus ou un dieu-lune, à côté d’^thon le dieu-soleil dévorant : cette dernière transformation s’opère au printemps, où le dieu-soleil Mithras, identifié avec Lunus, frappant le taureau , ouvre la nouvelle année (2). » C’est ainsi, Monsieur, que nous le verrons tout à l’heure, sortant de la Jambe, comme Bacchus de la cuisse de Jupiter, s’identifiant avec Apollon dont il revêtira les attributs, sous les noms de Nanahuatl et de TezcatUpoca. Quant à Médée, dont le nom vient de s’offrir avec celui de Mestra, je n’ai pas besoin d’y fixer de nouveau votre attention : vous y avez retrouvé la syllabe initiale,me, le primitifmystérieux de Metztli. Lunus frappant le taureau vous rappelle, de son côté, l’Artémis Tauropolos ou Taurobolos, c’està-dire traînée par des taureaux ou bien frappant le taureau, comme l’écrivent et l’expliquent diversement (1) Religions de l’Antiquité, tom. III, 2e part., pag. 524. (2) Meslra est identifiée par Creuzer avec Milras; voir les raisons qu’il en expose, ihid., p. o20-523. Dans la languequichée,?m alemême sensque me, c’est-à-dire d’une courbe, d’un croissant.
— 1« — les historiens grecs (1). Ainsi, toujours avec laLune, avec la terre, l’idée de la mer, de l’Océan vorace, l’idée de la gloutonnerie que la langue mexicaine rend, d’une manière si remarquable, par l’expression Jpiz-Teotly le dieu ou la divinité gourmande par excellence.
Apiz-Teotl! eh bien, oui, les deux vocables, ainsi orthographiés, se lisent en toutes lettres dans le P^ocabulaire mexicain de Molina, apiz-teutl ou teolly car c’est tout un en langue nahuatl, et ne croyez pas ^e ce soit là une simple coïncidence. Gloton, glouton, gourmand, voilà l’unique traduction que l’auteur du vocabulaire donne de cette locution en espagnol, en la faisant précéder et suivre de plusieurs autres expressions analogues, ayant rapport à la faim, à la voracité, dont apiz est le fondement. Malgré tout ceque vousavez déjà reconnu de l’identité d’un grand nombre de mythes mexicains avec ceux de l’ancien monde, vous ne vous attendiez sans doute pas à cette étrange rencontre. Etrange, en effet, de trouver le nom du dieu égyptien, Apis^ et le mot teotl, dieu, en nahuatl aussi bien qu’en grec, accolés ensemble dans un vocabulaire mexicain, imprimé par des moines espagnols, à Mexico, en 1571. On ne dira pas au moins que c’est moi qui l’ai inventé. Votre étonnement, toutefois, cessera, si vous réfléchissez aux symboles divers qu’exprimait le bœuf Apis. Rappelezvous, pour commencer, ce qu’en dit M. Guigniaut, danssatraduction de laSymbolique deCreuzer : « Apis était un vivant symbole d’Osirîssoustous les rapports, comme soleil, comme Nil, comme principe de la fécondation, et, en même temps par la liaison nécessaire de toutes ces choses, il représentait Isis, comme la (1) Ibid., p. 563-4.
— 149 — lune, comme la terre fécondée, comme la nature terrestre (1). » Reportez d’ici vos regards sur le golfe du Mexique etsur lamerdesAntilles, retracez-vous,enconsidérant l’image de l’animal mystérieux, hiéroglyphe du continent englouti sous les eaux, tout ce que nous avons déjà vu au sujet de Metztli, du Luna-Lunus des anciens, la tradition d’Apis, mis à mort par les Cabires, et votre étonnement cessera entièrement. Il est bien évident que l’idée égyptienne dont M. Guigniaut, d’après Creuzer, s’est rendu l’interprète, n’est qu’un souvenir de l’idée mexicaine, Isis et Osiris, représentés dans la même image, l’engloutisseur et l’englouti. Or, si cette image se personnifie en mexicain dans le nom d’apiz-teotl, le glouton ou la gloutonne par excellence, rien de plus naturel que de la trouver dans le vocabulaire, quelque étrange que cela paraisse au premier abord. Reste à expliquer sa signification intrinsèque, ce que ni Hérodote, ni les autres historiens n’ont fait, bien qu’ils admettent la naissance mystérieuse d’Apis, par l’influence prolifique de la lune, dont il devait porter les marques, u^piz, dans sa plus simple expression, en langue nahuatl, signifie le mugissement, le reniflement de Teau, d’à, primitifd’«i/,eau, et depiz, primitifdepica oupitza,souffler, renifler, mugir, enflammer, etc.; teoil, vous l’avez vu, c’est le dieu ou plus simplement l’étendue , la voie sur la pierre. Ainsi Jpiz-Teotldonne en réalité le sens d’une étendue de pierre ou du sol, reniflant, soufflantdansl’eauqui l’engloutit avidement.D’autres sens pourraient se trouver encore dans ce vocable, en le scindant d’une autre manière ; mais celui-ci, je pense, (i) Religions de lAntiquité^ tom. I, pag. 499.
— 150 — suffit pour montrer l’accord de ce nom curieux avec l’ensemble des mythes appliqués au Croissant, renfermé, ainsi qu’Osiris, dont il est l’âme, dans l’Océan, après sa mort. Bien que ce nom ne soit pas tout à fait orthographié suivant levocabulaireégyptien d’aujourd’hui où il s’écrit hâpi, ce mot, traduit par le moyen du quiche, dit exactement la même chose (\x’apiz, en mexicain : c’est l’idée de l’eau s’ouvrant dans le sol et rompant, en mugissant avec elle. C’est là une image frappante du passage ouvert par la puissance volcanique aux vagues de l’Océan. C’est l’épisode le plus terrible du cataclysme, celui où le volcan longtemps sous-marin, finit paréclater etdont l’histoire se trouvé en entier dans la légende de Nanahuatl, de Quetzal- Coail etde Tezcatlipoca. C’est lemomentoù la rupture nouvelle, cette effroyable gueule de bœuf, de taureau, de tigre, de sarigue, de lapin, etc., que la fantaisie des nations primitives caractérisa sous tant d’images différentes, devint le symbole de la terre engloutie aussi bien que de l’Océan engloutisseur, le synonyme en mexicain, du gourmand, de l’avide par excellence.
De là le titre de vorace donné à Indra, dans le Véda, où sans cesse cette divinité se trouve mise en parallèle avec l’Océan, tVorace {Indra) s’est levé (aussi ardem- » ment) qu’un cheval (qui approche) lajument, afin » de prendre sa part aux abondantes libations (conte- > nuesdans lescoupes du sacrifice) ; après avoirarrêté » son splendide char d’or, aux coursiers rapides, il se > détourne lui-même, dans la grandeur de son hé- » roïsme (1 ) . >Vous levoyez, toujours l’animalsymbolique, vorace, affamécomme l’Océan, vous le voyez ici avec les deux coupes, les deux golfes, les deux hé- (1) Wilson, Rig-VedorSanhild, vol. I, p. i5J.
— 151 — misphères, les deux moitiés de la calebasse, devenant le golfeduMexiqueetlamerdesCaraïbesoubien l’Amérique avec sesdeux méditerranées, d’un côté, et l’Atlantique, de l’autre. Le char d’or à’Indra, c’est le volcan, c’estNanahuatl, si souvent dépeintdans leVéda, comme une immense roue de feu, le dieu syphilitique qui devient le soleil, en s’identifiant avec TezcatUpoca.
Mais sa légende est longue. Si celle de la lune m’a déjà entraîné à vous donner tant de détails, les traditions qui concernent le soleil n’en demanderont pas moins. Metztli, comme signe de la terre, a eu la priorité ; carcomme terre, le Croissant exista, ou dumoins manifesta son existence, longtemps ‘d\3iniNaiiahuail.
Mais il devint le premier en se précipitant dans le bûcher ; le premier il accomplit son sacrifice, victorieux de la terre avec Tezcatlipoca, avec qui il mérita d’être transporté aux cieux, où il obtint la première place.
C’est la légende que j’analyserai dans la lettre suivante, conjointement avec celle de Quetzal-Coati, Agréez, je vous prie, etc.
LETTRE TROISIÈME
§ 1. La variété des hiéroglyphes dont je vous ai donné l’expHcation au sujet des mythes qui sont en rapport avec la lune, paraît décidément avoir fixé votre attention. Je comprends que vous les ayez trouvés dignes d’être étudiés dans leurs détails et que vous vous en soyez préoccupéd’une manière spéciale, à propos des catastrophes récentes qui ont si subitement frappé les Antilles. Quoi ! donc, cette vaste fournaise, ouverte un jour et une nuit, dans ces lieux où l’Océan roule aujourd’hui ses grandes vagues, seraitelle prête à se rouvrir et à engloutir de nouveau une partie du monde ! A Dieu ne plaise ! l’abîme s’est ouvert une fois sous les vastes régions qui naguère s’étendaient sur l’Atlantique, espéronsqu’un si grand cataclysme ne se renouvellera plus de longtemps. Qui peut, néanmoins, prévoir rien de précis à cet égard?
Malgré les bellesdécouvertes de la géologie, le mystère continuera toujours d’envelopper les destinées futures de notre globe. Sa croûte, si mince, à ce qu’il paraît, sur l’ensemble de notre planète, serait, si je comprends bien les divers indicesque présente le Teo- Amoxtll, encore moins épaisse du côté du Mexique qu’ailleurs. Serait-ce donc à la proximité des feux allumés sous le sol de ces.magnifiques régions, serait-
— 153 — ce à ces Tolcans, éclatant à l’improviste et si fréquemment en Amérique, qu’il faudrait attribuer le caractère volcaniquedes populations américaines et la propension particulière qu’elles paraissent avoir pour les révolutions ? On serait tenté de le croire et de les prendre réellement pour les descendants des puissances telluriques dont nous parlions l’autre jour, Toltèques et Chichimèques. S’il en était ainsi, il y aurait là une preuve de plus à ajouter aux observations physiologiquessur les influences du sol et du climat, si prépondérantesdanscertainescirconstances.Pourmoi, j’ai cru remarquer, depuis quelque temps, que ces influences étaient bien plus puissantes sur les populations de sang mêlé ; car ce sont surtout elles qui soufflent la guerre et l’insurrection en Amérique. Les indigènes pur sang sont, en général, beaucoup plus paisibles; cela pourrait tenir, néanmoins, à leur assuéfaction à la terre qu’ils habitent et aux habitudes d’ordre et d’obéissance qu’ils avaient reçues, avec la religion et les lois antiques de leurs ancêtres.
L’indigène du Mexique et de l’Amérique centrale, et il doit en être de même des Péruviens, sent le besoin de l’autorité. Plus elle sera forte et plus volontiers il s’y soumettra. Vous en avez la preuve dans une foule de faits dignes de remarque. Encore aujourd’hui, après soixante années de troubles et de guerres civiles, le nom des rois d’Espagne est un nom vénéré en bien des lieux. Les rois d’Espagne c’était l’empereur Charles-Quint, et voilà pourquoi Maximilien fut reçu avec tant de respect et d’hommages par les Mexicains de vieille souche: il représentait l’idée monarchique, et sous la monarchie, malgré leur servitude, les indigènes de l’Amérique espagnole étaient moins opprimés que sous le gouvernement républi-
- 154 – cain. Je me souviens, pour ce qui me concerne, avoir vu dans la maison de plus d’un chef quiche ou rabinalien, au Guatemala, le portrait de Ferdinand VII, devant lequel, aux jours de fôte, on tenait deux cierges allumés. Ferdinand n’était cependant pas un bon roi !
D’où venait donc ce sentiment de respect pour l’autorité, d’où naissait ce prestige? Ne croyez pas. Monsieur, qu’il fût inhérent à la couronne d’Espagne ou qu’il découlât de la terreur répandue par les conquérants. Non , son origine avait quelque chose de bien plus profond. Les rois d’Espagne n’avaient fait qu’hériter du bénéfice d’un sentiment qui s’était transmis, de siècle en siècle, depuis plus de six mille ans. Le nom de Roi c’était la puissance divine qui l’avait implanté, en Amérique, au jour immense du cataclysme, etpour lesAméricains il étaitgrandcomme Dieu lui-môme. C’est au milieu de la foudre et des éclairs, c’est au milieu de l’émotion des volcans enflammés, symboles de leurs rois, que la divinité s’était pour la première fois manifestée à eux, ainsi que Jéhova à Moïse, au milieu des éclats de la foudre et du tonnerre. Ces volcans avaient été, dans la suite, identifiés avec les astres, et le plus épouvantable de tous avait, sous le symbole impur de Nanahuatl ou Nanahuatzin, reçu les honneurs de l’apothéose dans le soleil. Issu de la terre du Croissant, personnifiée dans l’antique Quetzal-Coati, prototype des prêtres et de la continence sacerdotale, il est ainsi son fils et s’identifie avec lui : il est le modèle des sages sous le nom de Hueman et le prototype des rois sous celui de Topiltzin. Chose étrange, cependant, de trouver réunies en un seul des personnalités si diverses ! celles du roi etduphilosophe, du sacrificateur par excellence, dont
__ 155 — les vertus serviront de règle à tous les sacerdoces de l’antiquité païenne, et à côté de tout cela, l’incontinence et lapassion, diviniséesdans ce malade, dont le nom même, le syphilitique, est l’expression de l’abus qu’il a fait du sexe. D’où provenaient tant de contrastes ? uniquement, comme dans le mythedu Croissant, dont Quetzal-Coatl et Nanahuatl ne sont qu’une autre face, de la multiplicité des détails du cataclysme, de la variété des hiéroglyphes, qui les exprimaient et sous le voile desquels se dérobait la connaissance réelle de son histoire.
J’entrevois, toutefois, un autre fait et d’une bien plus haute importance, comme la sourcede cette confusion. A l’origine des choses, lorsque la civilisation, née des phénomènes du cataclysme, eut commencé à se développer avec les nouvelles sociétés, deux écoles philosophiques, ou plutôt deux manières de juger les mêmes événements, paraissent s’être trouvées sur le même terrain, au berceau de la religion, et s’êtrenourries, en se développant ensemble, ^jusqu’au moment 011 l’antagonisme, devenant de plus en plus éclatant, il fallut pour les deux factions rivales songer ou à se séparer ou à lutter. La lutte eut lieu et la séparation ensuite: tous les documents en font foi, et lesnoms de Quetzal-Coatl et de Tezcatlipoca sont les drapeaux sous lesquels elles combattirent principalement. Je dis principalement : car outre ces deux factions, il y en eut d’autres, et il y a tout lieu de croire que la religion qui prit Quetzal-Coatl pour symbole ne fut qu’une réformation d’une autre plus ancienne et qui avait la Lune surtout pour objet. C’est la Lune, mâle et femelle, Luna Lunus^ personnifiée dans la terre du Croissant, engloutie dans l’abîme, queje croisvoir au commencement de cet amalgame de rites et de
— IM— symboles de toute espèce, religion de jouissances et de plaisirs matériels, née de la promiscuité des hommes et des femmes, réfugiés dans les petites Antilles à la suite du cataclysme, d’où la piraterie et le commerce prirent bientôt après leur essor. On trouve à ce sujet, dans les documents américains, des détails d’un très-haut intérêt et dont j’aurai l’occasion de vous entretenir plus loin.
La religion qui avait pris laLune pour son point de départ et où les femmes paraissent avoirjoué le rôle principal, en qualité de prêtresses, portait, par cela même, une atteinte formelle à la religion plus antique, à la religion pré-diluvienne, qui paraît avoir été un sabéisme, entièrement exempt d’idolâtrie et où le soleil recevait les premiers hommages. Dans la nouvelle religion, au contraire, ce n’était pas même la lune, comme astre, qui en était l’objet réel, c’était la lune-terre, c’était la région du Croissant, ensevelie sous les flots, dont on pleurait la mort et dont la résurrection se célébrait ensuite dans l’apparition des îles, refuge des naufragés de la grande catastrophe, des petites Antilles, au nombre de sept principales, chantées, dans toutes les légendesaméricaines,comme les Sept Grottes, berceau des nations.
Là se retrouve l’origine du culte de Cybèle, pleurant Atys, d’Osiris, perdu et retrouvé par Isis ; là est le mythe, de Qiietzal-Coatl, qui meurt ou disparaît, et dont la personnalité se représente d’abord dans les îles, puis successivement, dans toutes les contrées où se porte la civilisation dont il était le drapeau. Autant que je puis en jugerjusqu’à présent, le sacerdoce qui se plaça sous l’égide de ce grand nom, travailla uniquement à réformer ce qu’il y avait d’odieux et de barbare dans le culte dont les femmes avaient lahaute
— 157 — direction et où le sang humain coulait à flots. Après le triomphe de Quetzal-Coatl, les hommes qui portaientson nom auraient pris la direction de la religion et de la société, qui aurait fait des progrès considérables entre leurs mains : la prospérité inouïe de la grande Tollan, dont parlent toutes les traditions, bien que reflétantcertainementun idéal,qu’on croyait’avoir existé antérieurement au cataclysme, est peut-être, à son tour, un écho véritable de la renommée que ces Toltèques, que ces prêtres, instituteurs de la civilisation et des arts, acquirent par leurs travaux et les bienfaits dont ils dotèrent le monde. Mais si l’on en croit ces mêmes traditions, leur prépondérance n’aurait pas eu une bien longue durée. Ce qu’il y avait de plus remuant et de plus audacieux parmi les partisans de l’ancien ordre de choses, auraient levé le drapeau de la révolte : ils seraient devenus les chefs d’une faction guerrière, rivale du sacerdoce, faction conquérante, source des véritables dynasties royales et de la religion du soleil, vivant et victorieux, paropposition au dieu enseveli dans l’abîme. Quetzal-Coatl, vaincu parTezcatlipoca, seserait retiré alorsdevantun ennemi trop puissant, et les Toltèques se seraient dispersés auxquatre coins des nations. Ceux qui seraient restés auraient pactisé avec lesvainqueurs, et de l’accord des trois cultes serait sorti cet amalgame monstrueux de tant d’idées et de symboles différents, tel qu’on le retrouve encore aujourd’hui dans ce qui nous reste de la religion mexicaine, ainsi que dans les religions de notre continent. § 2. Ce sont. Monsieur, ces symboles que je veux vous expliquertourà tour dans les dieuxoù ils se sont personnifiés, Nanahuatl, Quetzal-Coatl et Tezcatli-^
— 158~ poca. Tous les trois ont des points de contact trèssensibles où ils viennent s’identifier, malgré leur opposition, sous d’autres rapports et les caractères différents qu’ils représentent. Le point de contact principal c’est la terre et l’eau dont ils font partie, c’est la terreduCroissant,avec l’eau qu’elleenferme ou qui l’environne avantetaprèsle cataclysme, c’est lefeu qui se trouve égalementdans l’un etdans l’autredeces deux éléments. En précisant, toutefois, les choses, telles qu’elles devaient s’être présentées d’abord aux hommes qui en firent l’objetde leur culte, c’est la région du Croissant qui, de nouveau, attire notre attention. Cette région, dévorée d’un feu intérieur qui éclate en volcans divers, est comparée au corps ou plutôt à la jambe d’un homme malade, en proieà un chancre qui le couvre de pustules; c’est le corps, c’est la jambe de Nanahuatl. Ce chancre n’est luimême qu’un vaste foyer, qui s’étend à la fois sous la terre etsous la mer, et dont l’existence a donné lieu à tant de légendes énigmatiques, dans les traditions de tous les peuples du monde. En suivant les données, naturelles dans la circonstance, la partie la plus ma-lade de ce corps tuméfié, c’est le membre dont l’incontinence est l’originedu mal, et qui lui-même symbolise, plus d’une fois, à lui seul, la région atlantique descendue dans l’abîme. Envisagés sous ce point de vue, le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes, ou plutôt les contrées qui lesrecouvraient naguère, sont considérées comme les testicules de l’organe génital, et l’Amérique entière devient le corpsde Nanahuatl.
Suivant toutes les notions éparses dans mes documents, c’est principalement sous les terres,depuis englouties dans la mer des Antilles, entre les îles et la côte septentrionale deVenezuela, que devait exister le
— 159 — grand foyer sous-marin qui causa la ruine du monde d’alors : de là l’idée du chancre cachédans la partie la plus intime et la plus vitale du corps de ISanahuatl; de là, ce nom qu’on traduitd’ordinaire par le chancre ou le vérole, « bubas, » suivant Molina, « buboso, » d’après Boturini. Mais bien que ce soit là l’acception commune de ce vocable, l’interprétation la plus directe et la plus sensible qu’il offre est celle d’un < embryon », ou si l’on veut d’un « ver, d’une chenilledans la matrice » , Nan-ahuatl.Le premier,mono-syllabe primitifde nantli, mère, l’est aussi de nanjoil, la matrice, et par extension, il s’applique à la terre, comme à tout objet contenant et donnant le jour à autre chose.De nan-a, l’eau de la mère ou de la ma-trice,oubien de nana, ouvrir, et de huatlpour huatli, vous avez quelque chose d’animé, de vital, un instrumentdévie, aquatiqueouaqueux, qui présenteun sens analogue au premier,mais avec une nuance assez prononcée : dans na-nahuatl, vitalité qui est auprès, qui embrasse la mère, vous en voyez encoreune nouvelle.
J’ajouterai que de la même souche vient nanacatl^ nom générique du champignon ou de toute excroissance muqueuse, expression qui, ainsi que les précédentes, rentre complètement dans les attributions du demi-dieu mexicain, comme du foyer dont il était le symbole. Je passe maintenant à la légendequi leconcerne.
Selon la version adoptée parSahagun, autemps où le monde était encore plongé dans les ténèbres, les dieux, réunis à Téotihuacan, se demandaient avec inquiétude les uns aux autres lequel d’entre eux entreprendrait d’y porter la lumière. Metztliîwi le premier qui s’offrit; mais un seul astre ne suffisait pas au ciel : il en fallait deux, pour représenter le soleil et la
- 1«0 – lune, et, les autres dieux, considérantl’immense bra-sier où devait s’accomplir le sacrifice imposé à cet effet, se regardaient avec épouvante, sans oser se déclarer. Alors se présenta le plus humble et le plus affligé de tous, Nanahuatl ou Nanahuatzin, qu’un mal incurabledévorait et qui ne demandait pas mieux que de trouver un moyen de mettre un terme à ses souffrances. Pour se préparer plus dignement au sacrifice, l’un et l’autre se baignent durant quatre jours et quatre nuits ; puis ils se rendent au lieu où le brasier était allumé. Mais au moment de se dévouer à la cause commune, Metztli qui s’était offert le premier hésita. Nanahuatlalors, excité parles autres, pritson élan et se jeta résolument dans le brasier, où il ne tarda pasà être consumé. Metztli, admirant son courage, s’élança après lui, mais ne réussit qu’à tomber dans les cendres. De là, ajoute la légencje, la couleur cendrée de la lune. Aussitôt après Metztli, un aigle se livra aux flammes et s’y brûla, d’où la couleur noire desplumesde cet oiseau ; puis un tigre, qui commença à roussir, cause de la couleur fauve et mouchetée de sa peau. C’est de ce sacrifice, continue la tradition, que naquit l’usagededonner auxhommes vaillants et courageux le titre de QuauhtU-Ocelotl, aigle et tigre, qui devint même une sorte de nom de guerre.
Le feu avait achevéde consumer les deux premiers, que les dieux, rangés autour du bûcher, attendaient encore, en jetant les yeux de tous les côtés, pour voir de quel point de l’horizon sortirait Nanahuatl, transformé en soleil. Ce fut Quetzatl-Coatl,^Qni\Çié ici avec Ehécatl, l’air ou le souffle, qui le premier le signala du côtéde l’orient,où l’astredumatin s’élança brillant, bientôtsuivi de Metztli, transformé dans la lune. Mais, en apparaissant à l’horizon, les deux astres restèrent
— 161 — immobiles. Ni l’un ni l’autre ne marchait, et les dieux, lesvoyantsans mouvement,s’écriaient : « Comment pouvons-nous vivre s’ils ne se meuvent? mourons tous et que notre mort oblige le soleil et la lune à ressusciter véritablement età semettre en marche. > L’air se chargea alors de faire mourir les autres dieux : l’un d’eux, toutefois, appelé Xoloil, refusait la mort et pleurait tristement. Pour y échapper, il s’enfuit au miheu d’un champ de maïs où il se changea d’abord en un plant de maïs à double gerbe, qu’on appela de son nom ; ensuite, il se cacha dans un champ d’aloès, où il se métamorphosa en un aloès double qu’on appela de lui, mexelotl; enfin, fuyant toujours ceux qui le découvraient, il sejeta dans l’eau où il prit la forme d’un aocolotl, et disparut. La mort de tous cesdieux ne suffit pas pour déterminer le soleil et la lune à se mouvoir; mais l’air, ayant commencé à soufflervivement, le soleil se lança en avant, marchant selon son cours, jusqu’à ce qu’il disparut à l’horizon, après quoi la lune le suivit et en fit autant.
Telest sommairement.Monsieur, le récitdeSahagun sur la métamorphose de Nanahuatl et de Metztli, auquel il donne ici lenom de Tecuciztecatl^ « celui de laconquemarine » ,nomqui n’est pasmoins significatif que les autres dans son rapport avec la terre du Croissant. Dans ce récit, aussi bien que dans celuidu Codex Chimalpopoca, les détails paraissent tous, au premier abord, avoir étéempruntés aux phénomènesdiversqui précèdent ou qui accompagnent le lever et le coucher de l’astre dujour et de celui de la nuit. Ces allégories continuent de la même manière dans ce document, où les combats des dieuxMixcoas, la luttede leurchef avec Chimalman, l’amazone de Huitznahuac, ne sont autre chose,en apparence, que les combatsdes nuages
— 162 — etdes brouillards du malin avec l’aurore. C’est ce que vous reconnaîtrez, en lisant la première partie du Cbdex Chimnlpopocay dont j’achève en ce moment la traduction. Jene m’étaispas forme, moi-même, d’autre idée de cedocument, avant l’heureux hasard qui me permitd’en lever lesvoiles .Telle est encoreaujourd’hui celle que les interprètes des livres sacrés de l’Inde paraissent se faire au sujetduVéda. Nanahuatl n’est donc pas précisément le mythedu soleil, lien est le précurseur ; il estle symboledu feu terrestre,comparéau soleil et uni à cet astre par son apothéose, après son identification avec Tezcatlipoca, ainsi que vous le verrez tout à l’heure. Il est, avant toutechose, l’expressiondu foyer souterrain et de l’explosion volcanique, la plus épouvantablequi futjamais, à lamémoiredeshommes.
C’est lui qui résumant, au moment d’éclater, la puissance de tous les autres, fut ainsi censé traîner les autres dieux à sa suite, en ne se mettant en marche, qu’après que ceux-ci s’étaient donné la mort.
Voilà, Monsieur, l’explication du mythe de Nanahuatl, dont la grandeur comme volcan, d’abord, puis dont l’apparition, au matin, et la disparition au milieu des flots, au moment du soleil couchant, inspirèrent aux populations l’idée de le comparer à l’astre du jour, dont il avait suivi la marche. Metztli qui se montre, à sasuite, sur la régiondu Croissant, volcande moins d’éclat, aux couleurs affaiblies et s’éteignant dans ses cendres, comme la lune dans les nuages, au lever de l’aurore ; que fallait-il de plus pour le faire mettre en parallèle avec elle? Telle est donc cette fable dont l’interprétation ne peut manquer de jeter une grande lumière sur l’ensemble de la mythologie antique. Na?iahiiatl, yolcan comme Quetznl-Coail,iyi>e de la terre du Croissant, estégalement identique avec
— 163 — le Fukub-Cakixdu Popol f^uh, ce monarque ou plutôt cette terre « matrice du feu aux sept souffles, > résumé de la vie terrestre, dont l’image se retrouve dans Tollan. Ne vous étonnez pas, toutefois, s’il y a des détails dans la fable de Nanahuatl dont je passe actuellement l’explication sous silence; ils nepeuvent arriver qu’après l’interprétation du mythe et des noms de Quetzal-Coatl avec lesquels ils se lient intimement. § 5. Arrivons maintenant à ce nom remarquable.
Quetzal-Coatl, c’est-à-dire « le serpent dressé, » suivant le symbole et l’interprétation ordinaire, « le serpent-quetzal » ou bien « revêtu des plumes » de cet oiseau. Mais si l’on en cherche le sens analytique, on découvre que co-atl, le serpentou mieux co-a-tli, « la vie de l’eaudu vase, » il, pour t’il-i, « la vitalité ou la vie qui tourne, qui remue, » exprime toute la vitalité qui anime le vase, soit dans l’idée de l’océan, soit plutôt dans celle de la femme, de la femelle. Quetzal, à son tour, signifie ce qui s’est levé, ce qui est enrut, du verbequeiza, qui veut dire dresser, mais aussi pour le mâle, se préparer au combat amoureux auprès de la femelle, suivant Molina. Remarquez, toutefois, que quetz-a signifie de son côté l’eau montante, et que queiz-al pour quetz-alli, dit exactement encore < la vie tournant ou remuant sur l’eau levée. » Vous avez donc dans le nom de Quetzal-Coatl, ce « serpent dressé » comme VUrœus, vous avez, dis-je, deux fois la répétition de la même idée, de cette vitalité qui anime tout, mais, en particulier de la vie à l’état, je diraispresque, latent,de l’aptitude à la vie, répandue en tout lieu, animant tout sans bruit, comme l’embryon est animé dans le sein de sa mère. Queizal-
— 164— Coati, enfin, après avoir été, dans l’origine, le type de la terre du Croissant, renfermant en elle-même tous lesgermes des êtres, tous les éléments de la vie et de la richesse, était devenu, selon les idées transcendentales des époques postérieures, le type de la puissance cosmique, de la vie et de la fécondation universelles. Mais comme c’est le point de départ qui seul peut expliquer la source de ces conceptions philosophiques, c’est toujours là que je dois vous ramener, pour vous faire comprendre les mythes variés qui s’y rattachent.
En effet, si la terre du Croissant,dans sa prospérité, est personnifiée dans Quetzal-Coatl, roi de Tollan, sa puissancecomme maître etsouverain des feux dont la terre est remplie, est symbolisée dans le nom de Vukub-Cakix, e la matrice du feu aux sept soufûes, > qui s’identifie avecsonennemi Hunhun-Ahpu, chaque volcan en particulier, au moment où Hun-Ahpuy l’arbalétrier, lui tireune flèche etdonne lieu ainsi aux premières éruptions volcaniques. Dans les traditions purement mexicaines, Quetzal-Coatl, se délivrant de ses feux par l’explosion des sept volcans, personnifiés dans les septchefsdesToltèques, prend le titrede Tlamacazquiy « le ministreou ledistributeurdu feu. » C’est sous ce point de vue qu’il s’identifie avec Hueman, le prêtre et le conseiller des Toltèques, qu’il est regardé comme le quatrième ou le huitième, toujours troisquatre ou bien sept-huit, parceque, sans se montrer, en restant dans l’humilité de sa retraite, il administre aux autres les conseils de sa sagesse, c’est-à-dire qu’il leur verse le feu à pleines mains, d’où sa qualité de pontife, qui fait qu’en Egypte, les prêtres, dont il était ainsi le type primordial, étaient représentés hiéroglyphiquement par un homme assis, portant sur sa tête
— 165 — une cruche qu’il vidait. De là vient également le nom d’Èhécatl, le souffle, l’air, parexcellence, ou plutôt o; celui qui produit l’air, » en dedans de la terre, comme à sa surface, par sa puissance universelle, ce souffle, ceverbe divin, exprimé par laparoleduvolcan , par le Tecpail, par la flamme, par le feu qui s’élance avec le souffle intérieur, longtemps comprimé. Voilà d’oùvientàcettedivinité, première et dernière à la fois, le titre de Tlamacazqui, le ministre, le serviteurde ses frères, auxquels il ofl^re sacoupe toute pleine, VEzmun des Phéniciens, leSchmoun des Égyptiens, nom qui a des significations bien diverses, suivant l’application qu’on en a faite, mais qui, selon le quiche, se rend par le « petit serviteur, » traduction absolue du mot Xmun (schmoun), dont les racines sont dans cette langue.
Les autres principaux noms que reçoit QuetzalCoatl, sontceux qu’il prend, en se personnifiant directementavec celui des volcans, où l’on avait cru reconnaîtredesmarques particulières de sa puissance. L’histoire et les traditions mexicaines le signalent, surtout trois fois, d’une manière remarquable, avant le cataclysme. Le premiernom qu’il porte est celui de Topiltzin, dernier roi de Tollan, Topiltzin, c’est-à-dire le cratère suspendu de la chaleur. » Cenom qui semble indiquer une montagne fort élancée paraît devoir s’identifieravec le Tzatzi-Tepetl, ou « laMontagne des Voix», au sommet de laquelle, disent les traditions, Quetzal-Coatl faisait entendre par la voix de ses hérauts, ses ordres à sessujets,jusqu’à plus de centheues de distance. Ce volcan aurait fait partiedes sept, et ce fut peut-être lemêmequi, en éclatantpardeuxbouches à la fois, donna la première idée du chiffre sept-huit.
Le second volcan de Quetzal-Coatl qui s’identifie
avec le troisième et avec le premier, est celui dontje viens de vous entretenir sous le nom de Nanahuatl, qui est appelé son fils, engendré sans le secours d’aucune mère, suivant un document. Nanahuatl est celui qu’il porte embryon dans son sein et que le Croissant met ensuite au monde, la veille de la grande catastrophe, après avoir passé quatre jours sous les eaux ; ce sont ces quatre jours qui sont symbolisés dans le bain de Nanahuatl et de Metztli, se préparant au sacrifice. Topiltzin, descendu dans l’abîme, et reparaissant sous le nom de Nanahuatl, remarquez-le, est identique avec le Ninyah, célébré par le chantre védique. Il est identique avec le Nanus, le nain, le germe caché dans la grotte idéenne, le feu retiré au sein de l’humidité primitive, l’embryon divin que la nymphe porte dans son sein. Allumé une première fois par les mains des pontifes, les nymphes ses mères et ses amantes l’ont alimenté par le lait nourricier changé en beurre, et des tourbillons de fumée sont montés aux cieux avec les holocaustes. C’est-àdire que les eaux furibondes se sont changées en vapeurs et en fumée, en éteignant l’immense cratère.
Mais il renaît du sein des eaux, comme le dieu de la foudre : c’est Eros,jeune et beau, mais terrible amant, remontant sous la forme de l’éclair, tandis que les eaux, sesmères, se penchent sur lui, en quelque sorte renversées, embrasées de ses nouveaux feux. Tel est le vrai sens d’un distique qui est plein des naïvetés du langagevédique. Je copieM. d’Eckstein, maisen changeant quelques tournures ; car le distique qu’il emprunte ici s’applique en entier à la légende de Nanahuatl, ce volcan terrible, rentrant sous les eaux qui l’ensevelissen t etreparaissantensuite plusterrible. <Le germe est soustrait aux yeux, enveloppé des ténèbres
— 167 — du sein maternel, continue M. d’Eckstein (1) : on le cherche, on ne le trouve pas ; on se demande oii peut être Ninjah, cet embryon, ce germe du forgeron, du Tvachtur garbhah, nourri secrètement dans la grotte des eaux, choyédes ondes maternelles, qui le cachent, le voilent, le soustraient aux regards des curieux, de sorte qu’il réside dans le palaisdes eaux, sous lagarde des femmes, suivant les données d’une gynécocratie primitive. Voici ce distique. » ^ « Qui de vous a fait attention à ce nain (c’est-à-dire B qui de vousasuivi ses errements dans les ténèbres)? » qui de vous l’a observé dans sa retraite au sein des » eaux? qui de vous l’a étudié dans l’entourage des B nymphes? C’est un enfant, et il a engendré ses » mère» dans les holocaustes. Embryon d’une foule » de nymphes, il sort de la matrice des eaux. Grand, » hymnode, sonore, il poursuit sa route, renfermant » en soi le principe des holocaustes (2). » Telles sont, Monsieur, les faces diverses sous lesquelles se montre Quetzal-Coatl, comme volcan, avant le cataclysme. C’est sous le nom de Cé-uicatl, Une Canne, ainsi que nous le verrons plus loin, Cé-^catl, le ûh de Mixcoatlet de Chirrialman, le prince victorieux de ses ennemis, le conquérant du monde, que Nanahuatl se montre, dansd’autres traditions,comme vous le verrez toutà l’heure. Mais ces transformations du dieu, ses personnifications diverses, se trouvent symbolisées, à leur tour, d’une manière particulière dans Xolotl, le pied de maïs à double tige, littéralement la,« vitalité de la voie tournant sur la base », devenant le mexolotl, le pied d’aloès à double tige, puis (1) Sur les Sources de la Cosmogonie de Sanchoniathon, pag. 42-43. (?) Rig. I. hymne xcv, schl. 4, pag. 194-195, trad. de Langlois, ap. D’Eckstein, ih.
- 168 – enfin lorsqu’il descend au fond de la mer, devenant Vcuxolocl, qui, comme ia femme, évacueson sang sous les eaux, image de la lave que le volcan continuait à vomir du sein de l’abîme.
Le rôle de Quetzal-Coatl, dans la légendemexicaine, est donc identique avec celui des divers Bacchusde la mythologie.grecque, qu’on voit s’identifier tour à tour, avec Pan, et Prothée, dans leurs nombreuses métamorphoses. La suitede son histoire, dans sa lutte avecTezcatlipoca, va vousendonner encore un témoignage plus complet. .Te vous ai fait connaître déjà les sujetsde Quetzal-Coatl,comme roideToUan,ces puissances telluriques, chichimèquesou toltèques, les uns, sesamis etses serviteurs, les autres, sesennemis etconjurant sa perte. Au milieu des splendeurs de sa gloire, le roi-pontifedeTollan était importuné par le génie du mal qui lui demandait de lui sacrifier ses sujets. Cegénie, c’était Tezcatlipoca, c’étaient les eaux envahissantes qui venaient frapper à la porte de son palais, c’étaient les eaux qui voulaient éteindre les feux dont il était le maître et le souverain. Surson refus, Tezcatlipoca s’entend avec les autres conspirateurs pour l’attirer dans le piège, et l’obliger, par leurs maléfices, à abandonner Tollan. Afin d’être plus sûrs de réussir, ils l’enivreront. Mais avant de l’enivrer, Tezcatlipoca jettera l’épouvante dans son cœur, en lui présentant ce fameux miroir à deux faces, c ce miroir trompeur où il ne voit qu’une image infidèle de lui-même (1). » C’est après cette première tentative, quand QuetzalCoatl s’est orné du masque fabriqué par sesennemis, symbole de la face nouvelle que va prendre la terre américaine, que Tetzcatlipoca lui porte une coupe, (1) Creuzer-Guigaiaut; Religions de l’Antiquilé, tom. ill, pag.279.
— 169 — remplie jusqu’aux bords d’un pulqué pétillant, qu’il vient d’exprimer de l’aloès. Le roi-pontife refuse d’abord : le tentateur insiste et obtient enfin qu’il y trempe le bout du doigt, qu’il goûte cette liqueur dangereuse, source à la fois d’unedouceur délicieuse, et du poison le plus subtil ; car c’est là ce qu’indique, en quiche, quii, vocable synonymede pulqué. C’en est fait dès lors : le monarque succombe au plaisir, le prêtre devient prévaricateur. Il boit, il boit; quatre fois il épuise la coupe fatale, etavant qu’on la lui présente pour la cinquième fois, il a consenti à sacrifier quatrede ses sujets au génie du mal.
Enivré de la volupté à laquelle il s’est laissé entraîner, Quetzal-Goatl veut faire boire tous ceux qui l’entourent : ses officiers prennent part au banquet. Mais ce n’est pas tout. Tezcatlipoca veut amener le pontife à souiller sa personne sacrée, à commettre le plus grand de tous les crimes. On lui amène Queztal-Petlatl^ sa sœur, la prêtresse des dieux. 11 la fait boire et passe avec elle la nuità se divertir.Aumatin, QuetzalCoatl, revenu de son ivresse, retourne en lui-même.
Il pleure, il gémit, il veut faire pénitence de son péché. Alors il commande à ses officiers de lui creuser un sépulcre où il se retirera. Mais au bout de quatre jours il s’y trouve mal à l’aise. Il en sort, en ordonnant à ses officiers d’enfouir toutes ses richesses, après quoi il part avec eux. Arrivé au bord de la mer, il s’y fait construireun bûcher et se consume dans les flammes.
Suivant une autre version, il part pour Tlapallan, y tombe malade et meurt au bout de quatre jours.
Le résultat de ces légendes est le même. QuetzalCoatl tenté par ses ennemis, c’est le feu et l’eau travaillant à la ruine de la terre du Croissant. Le miroir que lui présente Tezcatlipoca, ce sont les deux médi-
— 170 — terrandes qui se creusentTune après l’autre, préludes du cataclysme : la coupe que lui offre ensuite ce génie malfaisant, c’est encoreune fois une image de l’Océan, et le pulqué pétillant, c’est l’eau écumante qui se précipite sur le cratèredu grand volcan, dont lesvapeurs, causées par ce mélange d’eau et de feu, sont symbolisées dans la fumée de l’ivresse. Quatre fois l’Océan rompt avec fureur sur la terre du Croissant qui succombe à la cinquième, et s’enfonce en gémissant dans l’abîme, commeQuetzal-Coatl en s’enfermant au tom-beau. Ses officiers, buvant avec lui, ce sont les terres détachées, cesont les volcans qui se remplissent d’eau etqui descendent avec lui ; Quetzal-PetlaU, « la natte de plumes vertes » ou « l’eau qui se précipitedebout, » c’est la plaine humide elle-même, c’est la vague en fureur avec laquelle il passe la nuit à lutterjusqu’au matin, qu’il disparaît sous elleaufond de l’Océan. C’est cette submersion de la terre, durant quatrejours, qui est célébrée comme la retraite du pontife dans letombeau : c’est là sa pénitence qui a donné lieu à tant de légendes, et ce sont les obstacles qu’il avaitmis si longtemps auxemportementsde lamer, considérée ici sous son aspect féminin , qui ont été chantés comme les épreuves de Quetzal-Coatl et les signes de sa continence. Quand il sort de sa retraite, après les quatre jours, c’est une image de la terre du Croissant, soulevéemomentanémentau milieude ses angoisses,comme je vous l’ai montrée dans la légende de Nanahuatl, et qui s’abîme ensuite dans l’espace de quelques heures.
Ces mouvements, ces oscillations, les secousses effroyables de cette terre immense qui se débat sous l’attaque furibonde de l’Océan, voilà ce que représentent les diverses légendes de Nanahuatl et de QuetzalCoatl, et que vous retrouvez dans toutes les traditions
— 171 — qui ont pour objet Bacchus ou Osiris. Rappelez-vous à ce sujet ce que raconte Hérodote, en parlant de la fête de Bacchus en Egypte (1). « Ils ont inventé, dit- » il, des figures d’environ une coudée de haut, qu’on > fait mouvoir par le moyend’une corde. Les femmes p portent, dans les bourgs et les villages, ces figures » dont le membre viril n’est guère moins grand que » le reste du corps et qu’elles font remuer. Un joueur » de flûte marche à la tête ; elles le suivent, en chan- » tant les louanges de Bacchus. Mais pourquoi ces » figures ont-elles le membre viril d’une grandeur si » peu proportionnée, et pourquoi ne remuent-elles B que cette partie? On en donne une raison sainte; » mais je ne dois pas la rapporter. » Cette raison sainte. Clément d’Alexandrie croyait la connaître en reprochant aux Égyptiens (2) la turpitude de leur dieu ; mais il ne donnait guèrelui-même qu’un mythe pourun autre, et que j’aurai, peut-être, occasion de vous expliquer plus tard. En attendant, j’ai à peine besoin de vous dire que ce phallus démesuré représentait cette terre du Croissant, le membre viril de Nanahuatl, dont le corps se retrouvait ainsi dans le reste de l’Amérique. La région engloutie était donc presque aussi grande en étendue que l’autre partie du continent. Quant aux mouvements désordonnés de ce symbole, remué par les femmes qui le portaient, quelle image plus frappante du Croissant, convulsivement agité par les eaux de l’Océan ! § 4. En Egypte comme en Grèce, c’est donc le mythe de Quetzal-Coatl que les peuples célébraient (1) Histoire, trad. de Larcher, liv. II, § xlviii. (2) Clem. Alexand. Protrep. pag. 13, 29 et 30.
— 172 — avec tant de solennité, sous le nom de Bacchus et sous les noms diverscommémorant le souvenir de ce dieu.
Ce mythe, vous le retrouvez surtout dans Zagreus,que vous avez reconnu sans doute,aumomentoù Tezcatlipoca présente son miroiràQuetzal-Coatl. Zagreus est fils de Jupiter etde Proserpine,comme Quetzal-Coatl, sous l’aspect de Topiitzin et deCé-AcatI, est fdsdeMixcoatl, roi des Chichimèques, le fondateurde la monarchietoltèque ; carZagreus se traduitdu quiche parces mots : « le soufflede ladéchirure hnWanie* , zak-re-ux (ush). Il est le filsde Proserpine, fille de Cérès, demôme queQuetzal-Coatl,commevolcan deCé-Acatl, est le fils de Chinialman^ de celle qui étend le bouclier, forme de la mer des Caraïbes, dont la terre, aujourd’hui ensevelie sous ses eaux, est la fille de la Cérès américaine, de Cihua-Coatl, c la femme aux serpents», l’Amérique méridionale. Vous verrez plus loin comment ce mythe s’identifie avec celui d’OxomocOy la déesse mère. Proserpine, c’est donc cette région fertile du ïamoanchan,célébrée,ainsiqueTollan,danstoutes les annales mexicaines, c’est cette terredes délices, qui, la première, descendit sous les eaux, au commencement du cataclysme. Voilàcomment, d’un autre côté, Cérès, ou Cihua-Coatl, dérobe sa filleProserpine à sesprétendants dans une grotte, dont elle confie la garde aux serpents qui traînent son char. Ces deux serpents, c’est le feu et l’eau, que vous voyez continuellement sous cette forme dans les documents mexicains, les deux grandes causes de la ruine de la terre qu’ils semblent traînercomme en un char.
Mais Jupiter se change lui-même en serpent et a commerce avec Proserpine. De son côté, Chimalman, vaincueparMixcoatI, a commerce aveclui : elleen conçoit un fils, qu’elle met au monde, après quatrejours
— 173 — de souffrance, et meurten lui donnant le jour. Ce fils_, c’est Topiltzin Cé-Acatl. Zagreusnaît avec une tête de taureau, et il est le favori de son père qui lui assigne une place auprès du trône. Cé-Acatl est associé par son père Mixcoatl à ses victoires et à sa grandeur, il est le type du guerrier pacificateur et du roi conquérant. C’est qu’en effet il pacifie la terre, en la délivrant desfeux qui la tourmentaient. Samère, morte au bout de quatre jours d’enfantement, c’est la terre de la mer des Caraïbes qui descend sous les flots, au moment de la naissance de ce volcan terrible, c’est Proserpine enlevée par Pluton et emmenée par lui au séjour des morts. Les deux cornes de Zagreus, vous les avez dans la double bouche du volcan, celle de Nanahuatl et celle de Metztli, et dans les deux cornes du Croissant, semblable à une tête de taureau. S’il lance la foudre comme son père, vous le retrouvez dans les deux volcans, lançant leurs feux sur la terre, et dans la danse des montagnes soulevées, vous avez, ainsi queje vous le démontrerai plus loin, la danse des Curetés, armés autourdeZagreus.Les Titans qui mettentson corpsen pièces, ce sont les puissances telluriques, déchirant de toutes parts la terre chérie de Quetzal-Coatl, dont les lambeaux disparaissent, bouillis dans les eaux du chaudron mystique de l’océan, ou rôtis dans les flammesjaillissantesderOrcus. Voilà,Monsieur, toute l’expUcation du mythe de Zagreus. Quant au côté orgiastique de ce mythe, dans le Bacchus Sabus ou Sabazius , il s’explique de lui-même, dans la scène de Quetzal-Coatl, s’enivrant avec ses officiers et se faisant accompagner de sa sœur Quetzal-Petlatl.
Il est temps maintenant de passer au troisième des personnages mentionnés plus haut, c’est-à-dire au dieuTezcatlipoca, qui joue un rôle si important dans
- 174 – la mythologie mexicaine , en particulier dans la légende de Quetzal-Coatl, roi et pontife de Tollan.
Tezcatlipoca, nom que les auteurs traduisent d’ordinaire par le « Miroir brillant » ou le « Miroir fu-mant, » signifie littéralement la t Vapeur du Miroir » ou bien la « Vapeur de l’eau Brillante, > le vocable poca étant composé de poc, fumée, etde «, eau, ce qui nous donne l’eau de la fumée, c’est-à-dire la vapeur.
Le premier nom qu’on ajoute à celui-ci, c’est Yaotl^ l’ennemi , littéralement la t voie ou la place de l’eau. » Puis après Kaotl, Sahagun l’appelle Necoc- Yaotl, qu’il interprète : «Sembrador de discordias por ambas partes > , Semeur de discorde entre les parties.
Mais«ecocsignifielittéralement t dans ledoublevase, » ce qui faitavec Vaotl, la « voie ou laplace de l’eau dans les deux vases, > c’est-à-dire dans les deux méditerranées. Il est donc impossible de méconnaître dans ces noms lasignification quileuraétéassignéeàl’origine et qu’ils devaientcontinuer à avoir pour ceux qui étaient initiés aux mystères antiques ; on y reconnaît, en effet, de manière à ne laisseraucun doute, l’action puissante de la vague s’ouvrant violemment un passage entre les terres de l’ancien continent. Analysons les autres et nous verrons qu’ils ne sont pas moins significatifs.
Le premier qui se présente, c’est Titlacahuan, traduit d’ordinaire par ces mots : c Nous sommes tes serviteurs, tes esclaves », mais dont l’interprétation directe serait plutôt : € Nous, serviteurs de quelqu’un, > ou simplement « tes serviteurs. » Mais examiné avec le scalpel analytique que j’ai employé jusqu’ici,jetrouve dans lemot titl-a-cahuan le sens de celui qui laisse ou amène l’eau dans le ventre ou l’eau de notre ventre.
Mojocojratzin y titre de Tezcatlipoca,comme Dieu tout-puissant et universel se traduit par « le Seigneur, qui
— 175 — peut tout par lui-même; > mais si on le décompose, on ydécouvre, outre le sensd’omnipotence, celui de « Seigneur de l’eau dans son propre centre. » Tels sont les nomsprincipauxque l’on trouve dansSahagun et dans d’autresauteurs, comme étant ceuxde cettegrande divinité. J’ajouterai seulement, pour finir cette nomenclature,qu’en ajoutant à la suitel’unde l’autre lesnoms diversde cette divinité, on trouve dans Moyocoyatzin^ Yaotl^ Tiila-Cahuan, Necoc-Yaotl, Tezcatlipoca et Tlaca-huepmi, cette phraseremarquable : le Seigneur ou l’étendue de l’eau dans son propre centre, voie de l’eau, abandonnant son centre, place de l’eau dans les deux vases, vapeur du miroir (c’est) le grand drapeau de l’eau et du feu.
D’où vient, cependant, que Tezcatlipoca soit identifié d’une manière si intime avec le feu et le soleil?
D’autres noms vont nous l’expliquer. Un des plus remarquables qu’on découvre, entre un grand nombre, dans le Manuscrit LeteUier, c’est celui de Teatl- Tlachinolli, nom auquel on ne saurait faire trop d’attention ; car il est une des images les plus brillantes du cataclysme, dont ce dieu fut un des grands moteurs. Cherchez-le dans Molina et vous trouverez (\x^atl et tlachinolU, réunis, ont le sens de guerre ou bataille : seulement ici nous avons un mot de plus, te, signifiant la personne à qui la guerre est déclarée, ou plutôt la pierre, le rocher indiqué par le te, c’està-dire la terre, le croissant surqui la guerre est portée simultanément avec l’eau et le feu. Gai* tel est le sens réel de te-atl-tla-chinolli, que l’auteur anonyme du Manuscrit LeteUier confirme entièrement, en faisant suivre ce long vocable des mots « tanto como abrasamiento de fuego y agua, » ce qui veut dire : « comme si l’on disait embrasement par le feu et par l’eau, » et
- I7« – en le faisant précéder de t fiesta de Tezcatlipoca y demas companeros >, c’est-à-dire indication de la fête de Tezcatlipoca et de ses compagnons.
L’identification ne saurait être pluscomplète. Si Ton examine ensuite l’image qui accompagne la légende, on y verra Tezcatlipoca environné de toutes les couleursquiycorrespondent : le vert, le rouge et lejaune, signes du feu et de la flamme, sont partout mêlés au violet, qui annonce la vapeur ou la fumée, au bleu, signe de l’eau, qui ne paraît qu’en petite quantité, absorbée qu’elle est par le feu qui la vaporise. Les armes que porte ledieu sont des armes de guerre, et c’est un serpentd’eau et de feu qui remplace son pied gauche. Qu’est-ce donc alors que Tezcatlipoca avec des attributs si variés et si différents? Ainsi que l’indiquent sespremiersnoms, Tezcatlipoca, c’est la puissance de l’eau, c’est la violence de lavague de l’Océan qui se creuse une ouverturedans la terredu Croissant : elle commence par s’ouvrir une entrée dans la mer des Caraïbes : voilà pourquoi la variante de son nom TezcatUpouhca. Celui qui a ouvert le miroir; puis, quand vient le moment du combat, lorsque NanahuatI a élevé son immense foyer au-dessus de la terre et de la mer qu’il menace à la fois, Tezcatlipoca arrive et seprécipite sur lui, il se couche en travers sur l’ardente fournaise, commeXbalanqué surson frèreHun- Ahpu, dans le Popol-Vuh; l’eau se croise avec le feu dans tous les sens, excitant cetimmense combat de la vague victorieuse de la flamme, qu’elle finit par éteindre, et Tezcatlipoca, identifié ainsi avec le feu, monte au ciel, transformé en un nuage de vapeur.
C’est ainsi que la vague, que l’eau de la mer, unie au volcan, teotl, la voie sur la pierre, devint teotl à son tour, en remplissant le cratère, et qu’en union avec
—m — Nanahuatl, elle fut prise par le parti militaire, victorieux de Quetzal-Coatl, comme son drapeau le plus insigne. Le combat avait fini au soleil couchant. De même que le soleil se dérobedans l’Océan, à l’issue du jour, ainsi les feux du cratère s’étaient éteints et abîméssous les masses puissantesde l’eau, en préparant, ce semble, eux-mêmes leur voie à l’apothéose. Tezcatlipoca,couvrant le volcan, devenait To/iatîuh, c’est-àdire « l’eau bouillante en marche, » et Tonaiiuh^ aussi bien que teotl, perdirent ainsi leur signification première, pour n’être plus que des idées représentatives du soleil.
Ce n’est qu’à la longue que ces images et ces allégories, si confuses, d’abord, pour moi, se sont expliquées et éclaircies.Amesureque lesbrouillards se dissipent, à mesure que cette symbolique mexicaine écarte ses voiles et que je saisis les détails de cet immense chaos mythologique, les caractères distinctifs de chaque divinité se dessinent plus nettement, et je finis par les dépouiller l’une après l’autre de tous les vêtements dont l’antiquité les avait habillées en Amérique, comme en Europe, en Afrique et en Asie. C’est ainsique vous avez pu vous convaincre, en lisant dans leurs analyses, lesnoms divers, donnés à TezcatKpoca, de l’identité de ce dieu avec l’Océan, en tant que renfermé dans les bornes des deux méditerranées américaines, d’où lui vient surtout ce nom célèbre. S’il est le Dieu tout-puissant, impalpable, invisible, eh bien.
Monsieur, c’est l’idée matérielle de la puissance de la mer, rompant la terre antique du Croissant; c’est l’impossibilité de palper l’eau, sans qu’elle s’échappe en coulant; c’est la difficulté d’en offrir une image correcte, de la même manière que des dieux,montagnes et volcans, qui ont fait insensiblement revêtirTezcatli-
— 178— poca de ces diffërents attributs, par le transcendantalisme des écoles. Si, comme Sagahun le répèteen plus d’un endroit, il est le dieu universel, présent dans tous les lieux, au ciel, sur la terre et aux enfers, c’est que Teau ou l’humide enveloppent, de toutes parts, la terre et le ciel, dont Tezcatlipoca partage ainsi le gouvernement avec Quetzal-Coatl ; c’est, comme l’énonce encore le môme auteur, parce qu’il est l’abîme et qu’il s’appelle ténèbres et souffle, lèvent de la nuit, YohualUEhecatl lavitalitéde l’air,dans la nuitcomme dans le jour, la brise que l’on sent sur l’eau et qui soufflesur l’Océan aveclequel ellesemble se confondre.
De la réunion de tant de données diverses, j’en suis arrivé à comprendre enfin comment il est l’abîme, comment il est ténèbres, en même temps que soleil et lumière. Voilà comment je me suis rendu compte de ces parolesénigmatiquesdeMotolinia, quand les interprètesdes peintures mexicaines lui disaient « qu’après avoirétérenversédans l’eau par Quetzal-Coatl, Tezcatlij)0ca en était sorti, transformé en tigre, pour tuer les géants. » Cela voulait dire, en effet, que la mer, si sou-vent comparée au tigre, avait englouti les montagnes soulevées dans son sein, après sa formation. Etlorsque le même auteur ajoute que « celle-ci ressemble au > ciel, parce que la vie la plus longue descend à l’eau, > c’est parce qu’elle est Tezcatlipoca, et qu’elle y est » en mémoire de lui, > ainsi qu’il conclut en terminant sa phrase. Observez que si dans la Copie Vaticane, il est appelé encore Tlatlauhqui, le Vermeil ou le Flamboyant, ainsi qu’Apollon, avec qui il s’identifie, c’est en souvenir dumoment où lavague, s’enveloppant des flammes du volcan, parut se confondre entièrement avec elles, [C’est ainsi, d’ailleurs, que les brillantes couleurs du soleil, à son lever ou à son coucher, se
— 179 — reflétant dans l’Océan, semblaient ne faire qu’un, et de la surface étincelante du miroir et de l’astre qui s’y baignait au soir ou au matin, comme l’intime également Sahagun. Yoilà comment cet écrivain vient à l’identifier, à son tour, sous le nom de Tlatlahuic- Tezcatlipoca avec Totec « celui qui coupe l’embrasement » ou plutôt qui s’y enveloppe, idée terrible qui donna naissance au symbolisme barbare de l’écorchement humain. La victime ici, c’était celle du grand holocauste, c’était la terre du Croissant; c’était Quetzal-Coatl ou Nanahuatl, dont la peau, dont le vêtement de feu devenait la possession de la vague, du dieu redoutable qui s’y incarnait, en s’y enveloppant.
De là le nom de Xipe-Totec, dont le sens mystérieux correspond à celui d’un vêtement embrasé sortant des entrailles de la terre ; c’est la même idée qu’exprime également Vaxolotl, dont il est question plus haut, ainsi que ce cadavre qui empestait Tollan, cadavre au ventre ouvert, aux intestins répandus en désordre, image de la terre du Croissant, dans les dernières convulsions volcaniques, telle qu’on le voit dans la plan-che 13 de la Copie Vaticane.
Je ne saurais trop insister. Monsieur, sur la valeur de ces images. C’est, d’ailleurs, le cas de vous faire remarquer ici, ainsi que je l’ai fait déjà auparavant, que le même symbole est souvent le thème d’allégories fort différentes, en apparence, bien qu’identiques au fond. Voilà comment l’on pouvait dire, avec la Copie Vaticane, que Xipe-Totec était le compagnon inséparable de Quetzal-Coatl, et le précurseur du pontife, dans la voie de la pénitence qu’il prêchait aux Toltèques. Mais, suivant d’autres interprétations, l’écorchement de la victime dans la fête de Xipe-Totec, était le symbole de la victoire de Tezcatlipoca sur Quetzal-
— 180— Coati, de la vague sur la terre enveloppée de fieu.
D’autres, au contraire, y reconnaissaient QuetzalCoatl, vainqueur de son adversaire. Car si le grand sacrifice consistait à ouvrir la poitrine de la victime avec un couteau de silex, pour en arracher le cœur, signe du feu sortant du volcan, et à l’écorcher ensuite, en riionneurdeTezcatlipoca; dansunecérémonie préparatoire, qui avait lieu la veille, la victime était scalpée d’avance et sa chevelure, ainsiqu’on le voit encore aujourd’hui chez les Barbares du Nord, était gardée comme le trophée de la victoire de Quetzal-Coatl.
C’est en étudiant les rites de la religion mexicaine, dont Sahagun nous a transmis des détails si complets et si intéressants pour l’histoire de l’archéologie religieuse de l’antiquité, quej’ai réussi à comprendre l’ensemble, non-seulement des cérémonies du rituel mexicain, mais encore du rituel de la plupart des cultes du monde païen. Dans Técorchement du Xipe-Totec vous retrouverez Torigine de la peaudu lion de Némée, dont s’enveloppait Hercule , divinité correspondante à l’un des aspects de Tezcatlipoca; vous y découvrirez les fondements de la fable d’Apollon, écorchant Marsyas, dont le talent musical l’avait emporté sur celui de ce dieu. Marsyas est identique avec Nanahuatl, et sa flûte, c’étaient les volcans dont l’éruption avait fait trembler le ciel et la terre. § 5. Voilà, Monsieur, quelle estl’originedeces différents mythes si célèbres, indissolublement unis, malgré leur antagonisme. Quetzal-Coatl avec NanahuatI, celui-ci, à son tour, avec Tezcatlipoca, et tous les trois se confondant, avec les symboles multiples auxquels ils ont donné lieu, avec Metztli, avec la terre du Croissant, abîmée dans l’Atlantique, avec Xipe-Totec,dont
— 181 — l’abominable sacrifice les réunissait dans les mêmes rites. Ce sont ces deux personnifications du mythe mexicain, Quetzal-Goatl et Tezcatlipoca, qu’un document, déjà cité(l), compare encore à deux grands arbres, le Quetzal-huexoch^ la grande fleur dressée, et le Tezca-Quahuitl, l’arbre du miroir, danslesquels se seraient, à la suite du déluge, transformées ces deux divinités, afin de relever le ciel ; c’est au ciel ensuite que les aurait placés Tonaca-TecutU, le pèresuprême des dieux. C’estqu’en effet ces deux arbres, ce sont les fondements de l’autel, les deux colonnes, les deux stèles de la cosmogonie phénicienne, Kneph e.i Neith, l’esprit et la matière, Phtha et Phra, le chaud et la lumière, de la cosmogonie transcendantale des Egyptiens, mais plus encore la toute-puissance, latente et cachée dans Quetzal-Coatl, la toute-puissance active dans Tezcatlipoca. Quant à celui qui préside aux deux colonnes, l’uniondesdeux stèles, c’estTonaca-Tecutli^ le « Seigneur qui anime notre chair », le souverain maître de la chaleur, ou pour parler plus clairement la « voie de pierre avec l’eau bouillante, » l’union de l’eau et du feu sur le Croissant. C’est donc avec une raison profonde que M. d’Eckstein caractérisait l’ensemble de ces mythes, en disant que « toutes ces cosmogonies portent l’empreinte de la domination d’un système dualistique et fataliste, dont le symbole est l’œuf du monde. Le créateur y reste renfermécomme hermaphrodite, avant de diviser la nature entre les deux sexes, dans l’homme et dans l’univers, ordonnant sur ce type et l’homme et les mondes (2). » Cet œuf c’est le foyer souterrain, origine du cata- (1) Motolinia, Historia de los Mexicanospor sus pinturas, MS. (2) De quelques Légendes qui se rapportent au Berceau de Vespèce hu-maine, 2« art. dans le Journal Asiatique, nov. 18o5, pag. 361.
— 182 – clysme, origine par conséquent de la création nouvelle. Cetœuf « c’est la puissance nourrissante, source € de la vigueur virile >, ainsi que l’appelle le Véda(i), d’accord iciavec le sensdunomde Tonaca-Tecutlijdu seigneur de la nourriture ou qui nourrit notre chair : c’est « ^gni qui est au fond des eaux et des bois », l’embryon, le germe intérieur de la chaleur et de la vie (2), tour à tour Quetzal-Coatl et Nanahuatl. Sous un autre aspect, il est AM, de même que Tezcatlipoca est le prototype à’Indra qui le terrasse, en le frappant de son marteau. En effet, le ciel, dans bien des circonstances, ainsi que je vous le ferai voir plus loin, le ciel c’est la croûte qui formait la terre des deux méditerranées, c’est le firmament des puissances telluriques avant leur explosion. Voilà ce qui explique cesparolesdu poëtevédique : «Le firmament » solide a été déchiré de part en part, terrifié par > le rugissement à’Jhi, quand, ô Indra, tu fus ins- » pire de la libation, quand de tafoudre tu fis voler la » tête de Vritra qui obstruait la terre et les cieux(3).> En effet, ce dernier s’identifie à son tour avec Nanahuatl , embryon , sous l’épithète de « fils de IdiDanu, semblable à une araignée (4) », le Bal-am, l’araignée tournante des Quiches, cette gloutonne qui personnifie l’Orcus. Dans la théogoniedu Véda,comme dans la théogonie mexicaine, Ahi et J^ritra ne font qu’un quelquefois avec Agni, avec qui vient s’identifier Indra lui-même, comme Tezcatlipoca avec Quetzal-Coatl.
Le Rig’Véda est rempli d’allusions analogues, énig- (1) Rig-VedorSanhitd, trad. de Wilson, vol. I, pag. 189. (2) Ibid. pag. 183. (3) Rig-Veda-Sanhild, trad. de Wilson, vol. I, pag. 144. (4) /ftid., vol.ll, pag. 233.
— 183— matiques pour la plupart et qui ne sauraient s’expliquer que par l’identification absolue des divinités indoues avec les divinités du Mexique. Celles-ci, à leur tour, se résument en un petitnombrede mythes, dont l’origine se retrouvedistinctementdans les divers épisodes du cataclysme, dans la personnification de ces épisodes avec les lieux qui en furent les témoins, soit les régions englouties dans l’abîme, soit celles qui en sortirent, après la ruine du Croissant. Une image également bien frappante dans les traditions mexicaines, c’est celle oii les auteurs du texte réunissent autour du bûcher de Quetzal-Coatl tous ses oiseaux chéris, aux couleurs étincelantes ; c’est sous la forme d’un de ces oiseaux qui faisaient sa joie dans Tollan, que son âme s’élève auxcieux. Dans la légende de Nanahuatl, les couleurs brillantes de ces oiseaux sont les étoffes précieuses, dont les dieux de l’empyrée font un trône à la nouvelle divinité, suivant le Codex Chimalpopoca. Mais si, d’un côté, ce documentsemble comparer ces couleurs à celles dont s’enveloppe l’astre du jour, à son coucher, on reconnaît, de l’autre, que ces oiseaux, aux plumages si beaux, ne sont que des images poétiques du feu et des flammes, du grand cratère, avant que la vague fût venue l’éteindre.
Ces images, sans aucun doute, servirent de type aux fables qui concernent le Phénixdans les traditions de notre continent. Comment expliquer autrement, par exemple, dans les monuments ninivites, la présence de « cet oiseau debout avec la figure d’homme et la tête d’oiseau, portant la coupe de la libation sacrée>, suivant l’expression de M. d’Eckstein. Hérodote, à propos de cet oiseau merveilleux (1), raconte (1) Hérodote, Histoire, liv. II, § lxxiii.
— iU — que tous les cinq cents ans, le Phénix faisait son apparition à Héliopoiis d’Egypte, la cité du soleil : le jeune Phénix y transportait le cadavre de son père qu’il enveloppaitdans une masse, ayant la forme d’un œuf, qu’il bouchait ensuite avec de la myrrhe. Ainsi d’un côté la coupe des libations, c’est-à-dire le golfe du Mexique, de l’autre, l’œuf mystérieux, d’où sort Tenibryon de la terre, le volcan qui transporte ses feux d’un cratère à un autre. Semblable au Phénix égyptien, l’oiseau aux ailes d’or des Védas, le Hiranya-pakscha, creuse un œufpour en former un tombeau, ce qui rappelle la légende deMdrt-aiidah, le génie renfermé dans l’œuf mort, dont sortira le Mârtt-andah ou le soleil vivificateur, ainsi queNanahuatl, s’élevant resplendissant du bûcher où il a laissé sa pourriture. Dans toutes les traditions qui le concernent, continue M. d’Eckstein, le sens radical, dans le mot Phénix, se rapporte tou-jours à la couleur rouge ou solaire, à l’oiseau-soleil, qui se plonge rouge et sanglant dans l’Océan où il se couche et dont il sort au matin avec la coupe des libations»… Eh bien, n’est-ce pas là tout entier le mythe que je viens de vous décrire dans les légendes deNanahuatl et de Quetzal-Coatl ! « Philostrate, pour-suit votre ami, fait venir le Phénix de l’Inde, c’està-dire de la région où dominait primitivement l’ethnos des Kaushikâh. Il le dépeint comme le Garouda et suppose qu’il sort des rayons du feu de l’autel ou des rayons du soleil, en déployant ses plumes d’or.
Son berceau est aux sources du grand fleuve de l’Inde ou du Sindhou qui porte aussi le nom de Nîla ou du noir. C’est dans ces régions que la tradition épique de Firdouci place l’oiseau Simourgh, protecteur du jeune Féridoun, qu’il préserve des embûches du serpent céphène »… Passant ensuite de l’Inde en Chine,
— 185 — en recherchant les traces de l’oiseau merveilleux, il reprend: « La tradition chinoise sur l’oiseau Fongkoang nous ramène vers la région des Hyperboréens du nord de l’Inde. Là est l’Outtara-Kourou, où les Aryas ont vécu dans l’esclavage d’une race qui leur était supérieure en science et en civilisation, race qui avait pour représentant un roi des richesses. C^était le roi des ‘productions métalliques desJeux de la montagne, le Kshatra-vairyâ, comme disaient les Bac-triens, le Kou^era-radshâ, comme disaient les Indiens; le Paulastya, serviteur du grand dieu, qui est le grand serpent de la montagne, du Nila-Karithay dont la gorge était devenue noire par suite du poison qu’il avait avalé… C’est de ces régions qui sont à leur occident, que les ancêtres des Chinois font venir l’oiseau dont je parle… Ils énumèrent cinq apparitions de l’oiseauFong, et ce retour du cycle cinq pourrait avoir un rapport mythique avec le cycle de cinq cents ans du Phénix de l’Egypte (1). » Toutes ces traditions, vous le voyez, ont un rapport frappantaveccellesquejevousexposais toutà l’heure.
Les noms des lieux eux-mêmes offrent, pour la plupart, un sens parfaitement grammatical dans les langues dugroupe mexico-guatémalien, non moinsgrammatical que précis, dans leur concordance avec les détailsdu cataclysme. Les cinq apparitions du Phénix, ce faitmême, comme vous le verrez plus loin, est une allusion au volcan de Topiltzin, disparaissant sous la vague furibonde et reparaissant avec le Nanahuatl ; il énonce également le nombre des volcans personnifiés dansles différentesapparitionsde Quetzal-Coatl, avant et après le cataclysme. (1) De quelques Légendes, etc. 3« art. Décemb. 1855, pag. 476.
- 186 – Le texte du Codex Chimalpopoca ajoute qu’il eut quatre successeurs qui régnèrent après lui dans Tollan, c’est-à-dire qu’après la disparition du plus grand, quatre autresvolcanssemontrèrent encore sur les Antilles, où, pendant plusieurs années, ils manifestèrent leur activité. Le portrait, d’ailleurs, que trace Hérodote (1) du Phénix égyptien, dont les ailes, en partieétaient dorées et en partie rouges, dont la figure et lagrandeur étaient celles de l’aigle, sont des détails qui peuvent également se rapporter au quetzal, à l’ara, à l’épervier, dont on aperçoit l’image plus ou moins symbolique au-dessus de la croix de Palenqué, mais plus fréquemment sous la formed’un aigle,dont les plumes varient sans cesse de couleur, au-dessusde l’arbremystique. On levoit dansune foulede peintures mexicaines, symbole tourà tour de l’eau, du feu ou de la fumée, personnifié, en dernier lieu, dans le colibri deIfuitzU-Opochtliy ainsi que je vous le ferai voir plus loin, et vous le reconnaîtrez égalementdans l’arade la porte monolithe de Tiaguanaco, reproduite avec tant de fidélité dans les dessins deM. Léonce Angrand(2).
N’oubliez pas non plus que c’est à Héliopolis, cette cité du soleil, que le Phénix faisait son apparition.
Héliopolis, édifié en mémoire du grand volcan et que lesÉgyptiens nommaient ffân, An ou On, identique avec le Hom, dont je vous ai parlé plus haut, mais dont je crois devoir vous donner ici une explication entière, avant d’aller plus loin.
Il serait, sans doute, téméraire de ma part. Monsieur, de mettre, avec tant d’assurance, le pied sur un (1) Hérodote, Histoire, liv. II, § lxxiii. (2) Lettre sur les antiquités de Tiaguanaco et l’origine présumable de la plus ancienne civilisation du Haut-Pérou. Extrait de la Revue génér. d’Archit. etc., Paris, 1867, Liepmannssohn et C«.
— 187 — terrain où tant d’illustrations scientifiques sontvenues échouer, si je n’avais à offrir, à côté de leurs travaux, que les faibles lumières quej’aurais pu acquérir, àleur suite, dans une spécialité que je n’ai fait en quelque sorte qu’effleurer. Je répète donc ici, avec la plus entière franchise, queje n’ai pas la moindre prétention à m’ériger en docteur, ni à chercher à blesser les justes susceptibilités des savants qui ont blanchi sur les études orientales. Mais puisque les recherches que j’ai faites dansune voie, en apparence , tout à fait différente, m’ont conduit à l’entrée du sanctuaire d’où sont sortis tous les mystères de l’antiquité païenne, j’agis comme agiraient tous vos confrères, j’en ouvre les portes et j’en dévoile les arcanes. § 6. Le Hom, à proposduquelj’ai pensé àvous faire encore une fois cette protestation, le hom, vous le savez, Monsieur, n’est mentionné nulle part dans le Véda, le livre le plus ancien d’entre les livres sacrésde l’Inde. Mais il en est question dans l’exposition des doctrinesbrahmaniques avec l’orthographe Oum, qui le ramène à VAn ou On des Égyptiens. « La première parole que proféra le créateur, dit M. Guigniaut,dans une note annexée à sa traduction de la symbolique de Creuzer (1), ce fut Oum. Om/ti’ parut avant toute chose et il s’appelle le premier-né du créateur. Oum ou Prana, pareil au pur éther, renfermant en soi toutes les qualités, tous les éléments, est le nom, le corps de Brahm, et par conséquent infini comme lui, comme lui, créateur et maître de toutes choses. Brahmâ, méditant sur le verbe divin, y trouva l’eau primitive, lien commun detoutes les créatures, et le feu pri- (i) Religions de VAntiquité, tom. I, 2* part. pag. 644.
— 188 – milif, et la Trimourti et les Védas, et les mondes et l’harmonie universelle des choses : son image est la vachequi est aussi l’imagede l’univers. » S’il est certain,comme l’observe avec raison ledocteur Millier (1), que dans l’antique religion de l’Inde, lesdoctrines aussi bien que les légendes et les cérémonies populaires avaient un sens profond, dont la théologie métaphysique des Brahmanes possédait seule la clef, cette clef, j’en suis assuré, vous la tenez en cemoment et vous soulevez déjà, de vous-même, le voile sacré qui recouvre le sens caché de la théologiebrahmanique. Vous reconnaissez dans la Trimourti les trois puissances réunies dans Quetzal-Coatl, le feu, l’eau et l’air, et dans le Brahm^ l’auteur de toute chose, ces trois puissances, cachéesen une seule, dans le foyer de l’abîme, sous une région dont lesigne hiéroglyphique est aussi bien une a>«c^e, qu’un lapin, qu’un sarigue ou un taureau.
Vis-à-vis de l’exposé si rapide et si lumineux de M. Guigniaut, voyons maintenant celui que faisait, il y atrois cents ans, le moine, commentateurdelà Copie Vaticane, en interprétant la première peinture de ce document, auMexique (2).L’image est sousmes yeux : elle représenteun génie à figure humaine, aux mains gantées de gants jaunes, dont l’une porte une sorte d’éventail ; sa tôte est ornée d’une couronne dont le devant offre une gueule ouverte, semblable à celle d’un serpent. Le génie paraît assis sur une espèce de tronc d’arbre vert, des extrémités duquel s’échappent des banderoles aux bouts roses, rouges et jaunes.
C’est là le signe du Homeyocan, nom qui se trouve (1) Mûller, Glauben,Wùsen und Kumt der alten Hindus, etc. 1 Band, Mainz, 1822. (2) Voir Kingsborough, Mex. Ant. vol. V, pag. 161.
— 189 — écrit en marge dans l’original par le commentateur dont l’explication vient de la manière suivante : « Ceci veut dire exactement que c’est le lieu où est le créateur de toute chose ou la cause première qu’ils appellentautrement Hometeuû (hom-e-teutl),comme si l’on disait précisément le Seigneur de trois dignités ou seigneur trois , diOiiYidiïii encore à ce lieu où il est le nom d’Olomris, Zivenavich-Nepaniuhca , c’est-àdire… (1) Homejoca, le lieu du Seigneur trois. C’est lui qui, suivant l’opinion d’un grand nombre d’anciens, engendra de sa parole CipactonalQiunefemme, appelée Xomeo, lesquels sont les deux qui existèrent avant le déluge et qui engendrèrent Tonatiuh. » Bien certainement, Monsieur, le religieux dominicain qui rédigea cette longue période, ne s’imaginait guère qu’on la comparerait jamais aux doctrines les plus sublimes des Brahmanes. Mais tout le monde le reconnaîtra : nous avons là sous une forme, sans doute bien peu élégante, mais vraie, de tout ce qui est contenu dans la partie de VOupjiekhat, citée par M. Guigniaut. En effet, si dans Hom-E-Teutl, trois seigneurs, on trouve le seigneur trois du Hom, ainsi que l’indique son nom, nous avons là également Brahmâ, la cause première, le créateur de toutes choses, ainsi qu’il est dit dans les deux expositions.
Celui qu’il engendre par sa parole, son verbe, c’est Cipactonal, littéralement l’eau bouillante qui couvre la déchirure, l’étendue, l’océan, VOumde la doctrine indoue qui ne fait qu’un avec l’eau, avec l’eau sans rivage. MaisïOum ou le Prana(para-na, la mèredes eaux, l’océan, en langue tupi), qui est le corps de Brahmâ, qu’est-il en réalité? L’image décrite plus (1) Il y a ici unnom illisible que l’éditeur a omis.
— 190 — haut vous le montre, c’est ce sur quoi le maître est assis, c’est le tronc du grand arbre du monde, le con-tenant et le contenu de l’embrasement ou de l’eau bouillante, c’est ce tronc où Brahmd était renfermé comme en un œuf et qu’il fit éclater, en séparant les deux hémisphères, lui, le germe et le maître de toutes choses. De là, son titre de Hom-E-Teutl, trois fois seigneur du Hom ou plutôt trois éléments sur l’arbre; car telle est au fond la signification de Brahmd, en sa qualité de maître des trois mondes. Voilà pourquoi le lieu où il domine s’appelle encore dans la langue quichée, Olomris, la rupture de l’arbre qui tourne, et Zive-na-vich-Nepaniuhca , celui qui est placé entre les cimes de la grande mère de la Déchirure.
Ces différentes dénominations s’accordent on ne peut mieux avec ce qui précède. Maintenant, avant d’aller plus loin, il seraittemps, je pense,de vous donner l’étymologie de hom, de ce mot curieux, en vous exposant ceque j’en trouve dans legroupedes langues mexico-guatémaliennes. Om, dans la langue nahuatl, a le sens de deux, de ce qui est double, eton le trouve comme primitif de l’adjectif omaçic qui a celui de la maturité, dela plénitude.Aussi pourrait-on le prendre commecomposé d’o, voie, étendue, et de me, le croissant, l’aloès, l’un des noms, donnés à la terre abîmée sous les flots, ou bien d’o et de mo, mu, la terre détrempée, la matière première, nom qu’on retrouve dans la composition de celuid’Oxowoco, la mère commune, dont je parlerai plus loin. Om aurait donc aussi la signification de voie sur la terre ou lien de la terre et de l’eau du foyer central, voiede la chaleur et de l’humide, toujours deux parconséquent, d’où sans doute le mot d’orne pour deux en mexicain, et celui àQjom oujon, primitif de /oma, verbe indiquant le
— 191 — plaisirde l’amour, etc. En maya, om a le sens du bouillonnement, um, celui d’aller autour, ainsi que dans le quiche où il est le fondement de la préposition causative, r’um-al, per, propter, etc. , pourouàcause de, par raison de, préposition qui, décomposée, signifie l’engendréde lacausepremière. Enmayaencore,/Mmc’est le père, le maître, dans un sens absolu; ^-om, dans les deux langues, c’est lafemelle pleine, lafemme enceinte et la sage-femme. Hum, c’est le bruit, le fracas de la foudre; hom, c’est le tambour ou la trompette de bois ; en maya, c’estunverbe qui signifie bouleverser, renverser de fond en comble. Enfin, en quiche, hum, qui exprime également le fracas, signifie l’arbre, et hom est le nom donné à l’édifice où l’on jouait à la paume anciennement, c’est le nom de la terre des volcans, symbolisés dans les héros Hunhun-Ahpu, Vukub-Hun-Ahpu, du PopoL Fuh, noms mystérieux qui signifient ensemble : chaque souffleur (sont les) sept souffles d’un seul souffleur ou d’un seul volcan.
Si maintenant nous passons de l’Inde en Perse, ce n’est plus VOum, leverbe de Brahmâ, que nous y découvrons, c’est leHom, l’arbre de vie, calice de miséricorde et d’immortalité (1) , que la plupart des orientalistes identifient, non sans raison, avecVOum de ÏOupnekhat, arbre de vie et de lumière, en rapport avec le soleil et son cours zodiacal et semblable à l’arbre Calpavrikcha ou Toulasa [Tula za?) des Hindous, également nécessaire aux sacrifices (2).
Cet arbre hom, auquel Gœrres amène la création du système végétal (3), se retrouve, dans la cosmogonie (1) Guigniaut, Religions de l’Antiquité, tom. I, 2* part. pag. 713, note 1. (2) Id. ihid. pag. 726, note 1 . (3) Id. ihid. pag. 706, note 2.
— 192— persane, en rapport direct avec le taureau, blessé par Ahriman, et dont l’épaule droite donne le jour au premier homme, Kaiomorz^ etc. Sans aller plus loin dans cet examen des idées persanes, je vous prierai de remarquer. Monsieur, combien tout y concorde avec cellesquej’ai exposées plus hautsur lesmythes variés qui ont eu le Croissant pour objet. Les sept Amschaspands qui forment la cour d’Orniuzd au séjour de la félicité suprême, sont encore une image brillante des sept-huit volcans, allumés sur le Horriy surl’arbre sacré, etqui descendirent avec lui au séjour de la félicité éternelle, au Nirvana de la théologie bouddhiste, c’est-à-dire au néant de l’abîme.
Le Hom, c’est donc l’arbre percé de volcans, c’est VEzquahuitl, arbre de sang ou plutôt de lave et de feu, de la théogonie mexicaine : c’est l’arbre, dont le Xochitl-Icacan, ce Lieu où la Fleur est dressée, dont Tamoanchariy la Demeure descendue, le paradis des traditions américaines, sont des parties distinctes et que vous trouverez dans une foule de peinturesdu Codex Borgia, aussi bien que de la Copie Vaûcane et du Codex Letellier, sans quej’aie besoin devous les expliquer. Cet arbre, c’est Osiris enseveli par son fils Ho-rus, Osiris, devenant par sa descente sous les flots, le juge suprême des enfers, ainsi qu’Ormuzd, ainsi queMictlan-Tecutliy ce Seigneur d’Entre les Morts, si bien identifié au Mexique avec Chantico, c la Voie qui estcomme laDemeure » qu’on représentaitcomme un renard ou un chacal, revêtu d’habits de veuve ; car Chantico était laveuvedu dieu,semblableà sademeure qu’elle recouvrait de son vêtement, sa tombe avec laquelle s’identifiait la momie descendue sous leseaux.
Le Jlom^ ce mot que nous retrouvons encore aujourd’hui dans nos langues du Nord, home dans
— 193 — l’anglais, hain, hem, la demeure, dans les idiomes germaniques, ainsi que la préposition um, om, zum, rumal duquiché, Vam l’araignée qui enveloppe et entortille, qui amène à elle et qui engloutit ; Vamac de la même langue, le foyer, le centre de la famille, de la tribu, cet hom mystérieux qui se révèle en tant de lieux, sous tant de formes, eh bien, voilà que la tradition mexicaine va vous le présenter encore une fois d’une manière significative dans VAhuehueil^ dans le cyprès pyramidal des jardins du roi Nezahual- Coyotl à Tezcoco, et dans ceux qui prêtèrent leur ombre à l’infortuné Maximilien à Chapoltepec; Car c’est un cyprès de cette espèce, c’est un Ahuehuetly littéralement le «Géant de l’eau » ou bien « celuiqui vit en grandissant dans l’eau », ainsinommé en souvenir de Vahuehuetlm^‘èiic^MQ, que Titlacahuan commande à Nata et à Nena de percer et de creuser, au temps où viendra l’inondation, selon le texte du Codex Chimalpopoca. Or, c’est ici surtout que la langue nahuatl présente un trait curieux de la double interprétation qu’exigent ces curieux livres mexicains : en effet, si d’un côté, il semble que Nata et Nena soient avertis de creuser un grand arbre, afin de s’y renfermer, comme dans une arche et de s’y mettre à l’abri du cataclysme, de l’autre, le même texte leur fait dire positivement par Titlacahuan qu’il est temps que le feu et l’eau pénètrent le Géant des eaux et le fassent crouler dans l’abîme. Cet arbre mystérieux, ce Hom, c’est encore toujours le même que M. Lajard a décrit si savamment dans les rites de tous les peuples de l’ancien monde (1), c’est ce cyprès pyrami- (1) Becherches sur le Cyprès Eyramidal chez les peuples civilisés de rantiquité, passim.
— 194 – dal, dans la signification duquel il ëcouvrait avec tant de raison les idées unies de la vie et de la mort. § 7. Type de la lune mâle et femelle, le grand Jhuehuetl portait ainsi le caractère androgyne, attribué au cyprès, dans les cultes orientaux. De ses débris allait sortir l’hermaphrodite qui donna lejour à Eros, symbole des feux dont il était dévoré et qui s’en échappèrent, comme on le voit dans quelques monuments, où l’Amour ailé est représenté naissant d’un arbre. En Amérique, ainsi qu’en Afrique, le cyprès était le symbole deXocIdil, la Vénus mexicaine, d’où le nom de Xochitl-Icacan, le Lieu où la Fleur est debout, donné par la tradition à cette portion de la région atlantique, disparue dans la mer des Caraïbes.
Si, à côté du Cyprès principal, M. Lajard en trouve deux autres inférieurs, consacrés à Apollon et à Diane, au soleil et à la lune, vous les avez également dans lesdeux arbres, le Tezca-Quahuitl et le Quetzal- Huexoch, l’arbre au Miroir et la Grande Fleur de-bout, dont je vous ai parlé plus haut, arbres dans lesquels se transformèrent Tezcatlipoca et QuetzalCoatl, pour être en état de relever le ciel et la terre, écroulés au temps de l’inondation. Une légende per-sane, empruntéeà une source inconnue, ajoute M. Lajard (1), fait naître d’un arbre Meschia et Meschiane, le premier homme et la première femme. C’est également d’un arbre d’un ceiba, pochotl (voie de la fumée en mexicain), que l’histoire de Chiapas fait descendre les populations de cette contrée, et Pochotl, Ceiba, est le nom du fils que le dernier roi de Tol-lan laisse après lui pour continuer sa race. Le chro- (I) Ibid. pag. 20.
— 193 — niste d’Oaxaca raconte, de son côté (1), que deux arbres majestueux naquirent un jour à l’entrée d’une grotte, au bord de la rivière d’Apoala, où ils se maintinrent, malgré la violence des vents, et que de ces deux arbres sortirent un homme et une femme, sou-che des princes de cette contrée.
Je ferais unvolume entier, plusieurs même, si j’entreprenais de mettre en regard des légendes et des traditions, rapportées par M. Lajard, toutes celles que me présentent identiquement les documents mexicains, dans leur rapport avec le cyprès pyramidal.
La racine des deux noms queje viens de citer d’après son Mémoire, d’accord avec le Metztli des Mexicains, les deux serpents que l’on voit si souvent sortir des cyprès, consacrés à Mithra, identiques avec les deux serpents volcaniques, enlaçant l’arbre mystique dans les peintures mexicaines, ainsi que les légendes diverses, citées par M. Lajard, tout concourt à prouver l’originepurementaméricainedesmythesen question.
Il n’est pas jusqu’à l’existence de tant de noms de princes et de chefs de race, au berceau des nations, intraduisibles, pour la plupart, dans les langues des peuples qui s’en disent descendus, mais parfaitement clairs dans celles du groupemexicain,quine justifiententièrement mon assertion. Je ne citerai pour le mo-* ment que le seulnom que désigne le cyprès en grec, KUTCapiccoç, dont on a fait le latin cupressus et avec lequel on donne comme absolument identique l’hébreu gopher ou kopher. Si le vocabulaire mexicain de MoHna, pauvre en expressions, ne nous donne que le seul vocable copick, creux, de copichaui, creuser, et le nom de l’arbre copaL dont la gomme fournissait l’en- (1) Burgoa, Geograf. Descrip. Hist. de Guaxaea, etc. cap. 28.
- 106 — cens le plus précieux, le maya nous présente d’abord l’arbre copOy sorte de grand peuplier qui servait à divers usages sacrés, dans les temples, du verbe primitif co/?, lier, courber, rouler; puis Aoo^, enfoncer, absorber, et kup, couper, trancher. Enfin, dans Je quiche, on trouve cop^ signifiant le pendant d’oreille en métal, et le verbe brillercomme le feu ; cup, le noyau de tout fruit, le tronc, le fondement de la famille et de la race; puis, comme dans le maya, la signification de couper, de trancher, de défaire, de délier violemment, etc. Enfin, dans la langue des insulaires de Haïti, cobo signifie lieu fertile et élevé, copei est l’arbre appelé raisinier aux Antilles, et hobin est le cuivre.
Ainsi, vous le voyez, si le grec, si le latin, nedonnent qu’un sens sans résultat, dans l’idée du cuivre que présentent également l’anglais copper et l’allemand kopfer, si dans l’hébreu même on n’en trouve point d’autre que celui d’être le nom de l’arbre dont Noé construisit l’arche (1) ; dans le groupe des langues mexico-guatémaliennes, au contraire, on aperçoit k la fois l’idée d’un tronc, celui de son retranchement abrupt, de sa rupture violente, du métal qui coupe, et de l’abîme où il a été enfoncé. Le nom du copal, celuidu copo, l’arbre sacré, nesont pas moins remarquables. Bien plus, en prononçant même le vocable comme lesFrançais ou lesSlaves,cyprès, ciprus^ tzipru, c’est le radical ciou tzi qui se découvre dans le quiche et le mexicain, avec le sens de la déchirure, delà sortie violente ; enfin dans la dernière syllabe re, r/\ retz ou ritz, le quiche vous offre encore une signifi- (l) Lajardj Recherches sur le Cyprès Pyramidal, page 68 et notes i, 2, et 3.
— 197 — cationanalogue, cup-retz et cup-r’oz, indiquant également la fraction, l’ouverture violente d’un tronc, la déchirure d’un arbre d’oii s’élança le feu comme Éros, comme Gupidon, du cyprès pyramidal, consacré à sa mère, et qui lui-même encore est appelé Cobo dans la langue des indigènes de Haïti.
Ai-je besoin d’insister maintenant sur ce qu’il y ade significatifdans « l’affectation que mettent les auteurs chinois à dire, que le cyprès se tourne constamment vers le couchant » , d’après les renseignements fournis par M. Stanislas Julien, notre éminent sinologue (1), à son confrère de l’Institut ? J’ajouterai une autre coïncidence, si ce n’est davantage, et qui n’est pas moins remarquable, c’est au sujet des arbres, du soleil et delà Lune qu’Alexandre le Grand va consulter à son arrivée dans l’Inde, et qui, ajoute Julius Valerius (2), ressemblaient à des cyprès de l’espèce appelée, selon lui, mirobolani.Eh bien, Monsieur, ouvrez l’histoire de laviede Christophe Colomb, écrite par son fils Fernando, et dans la relation du frère Romain Pane (3) qu’elle renferme, vous trouverez également que deux des hommes qui peuplèrent Haïti, étantsortis desgrottesconsacrées au soleil et à laLune, furent changés en deux arbres, appelés hobi (encore le cuivre !) en langue haïtienne, les mêmes que nous nommons, dit l’auteur, mirobolani.
Je crois inutile d’affirmer ici le caractère funéraire que M. Lajard donne au cyprès, dans son Mémoire, quand tout, dans l’histoire du Géant des Eaux, n’est qu’un deuil immense, celui de la mort et de l’enseve- (i) Id. iUd. pag. 1S9. (2) Res gest. Alexand. lib. III, 38-42, ap. Lajard, ibid. pag. 156. (3) Conf. cette trad. dans la Relation des choses de Yucaian, pag. 433.
— 198 — lissement d’Osiris, du continent, descendu sous les flotsetdont lacommémorations’estperpétuéeàtravers les siècles, dans toutes les cérémonies religieuses de l’antiquité. C’est encore à ce cataclysme, dont je vous ai déjà esquissé tant de traits, que faisaient allusion les fêtes de la mort d’Atys dans le culte de Cybèle {Cuh-el-os) et celles qu’on solennisait en Syrie en mémoire d’Adonis. Tout était également significatif dans les unes comme dans les autres. Dans les premières, vous vous en souvenez, un pin auquel était suspendue l’image d’Atys, était transporté dans l’avant-cour du temple de la déesse oti on le brûlait avec diverses cérémonies. Lejour et l’acte symbolique qui s’y passait, étaient, dit Creuzer (1), désignés par une même formule ; « L’arbre fait son entrée. » Eh bien, jusqu’au temps même de la conquête, des fêtes semblables continuèrent à être célébrées, tous les quatre ans, à Mexico, en l’honneur de Xiiih-Tecutli, ou la « Vie de la surface herbeuse ou de la Turquoise », considéré comme le dieudu printemps, del’année oudu feu, trois choses auxquelles son nom fait également allusion.
Cette divinité étant le symbolede la terre, à la fois, engloutie etressortie vivante de l’abîme, étaitreprésentée par un grand arbre, de l’espèce appelée xocotl, qu’on élevaitencoresurun mât, après qu’on l’avait dépouillé de ses branches inférieures. On lui attachait tout autour des feuilles de papier, découpées d’une manière ondulée, dontje n’ai pas besoin devons donner la signification ; car elles étaient l’image des vagues qui avaient englouti le Croissant, symbolisédans cetarbre.
En d’autres circonstances, au lieu d’un arbre, c’était un faisceaudecannesoudejeunesplants,liésensemble, ^1) Religions de rAnliquité, tom. II, %* part. pag. 58.
— 199 — auquel on attachaitun masque, travaillé en mosaïque, dont les pièces principales étaient d’une sorte de vert antique, moucheté de noir, symbole de Tezcatlipoca qui semblait ainsi s’identifier avec le faisceau, en le recouvrant comme l’onde avait recouvert le grand Arbre atlantique. De là le nom de tezcapoctli « la vie dans la fumée brillante » ou bien dans « la fumée du miroir » qu’on donnait à la matière dont ce masque était fait. C’est un bassin circulaire de cette couleur de vert antique, représentant, non la ville de Tezcuco, mais l’idée fondamentale de ce nom, que l’on voit dans une pièce delà collection Boban, reproduite par les soins de M. le général Doutrelaine (1) : cette pièce, qui est d’un grand intérêt archéologique, n’a, je pense, d’un calendrier que l’apparence, quoi qu’en ait dit notre honorable collègue de la commission, dont les explications sont insuffisantes.
L’arbre qui fait son entrée ne rappelait qu’indirectement le souvenirdu grand ahuehuetl,descendu dans l’abîme, avec les volcans auxquels on faisait allusion, en les livrant ensuiteaux flammes. La commémoration de cet événement, ainsi que des épisodes qui s’y rattachaient, avaient lieu surtout au mois mexicain^ocotli-Huetzi,nom qui, dans le sensordinaire, paraîtavoir quelque rapport avec la cueille des fruits; mais dont le sens littéral est « le grand jet vivifiant la voie sur le vase » {xoc-o-tli-hue-tzi) : le commencement de ce mois coïncidait avec les premiers jours d’août, et il paraît avoir été destiné à commémorer l’apparition du volcan de Nanahuatl. Au mois suivant, Ochpa- (d) Rapport à S. Exe. M. le Ministre de l’instruction publique sur un Manuscrit Mexicain de la collection Boban, par M. le colonel Doutrelaine, dans les Archives de la Commission scientifique du Mexique, tora. m, pag. 130.
— 200 — niztlî, «l’Elargissement» que les commentateurs espagnols rendent par le mot « alimpiamiento», balayage, les Mexicains célébraient le commencement du grand balayage de la terre du Croissant par les eaux envahissantes. Car cemot, profondément significatif, disait que c’était alors que levolcan avait déchiré en quatre cette région immense, comme l’ongle déchire une feuille de papier, och-pan-iz-tli, < la vie de l’ongle sur l’étendue » ou bien « la vie rayant, fendant la surface étendue ». C’est là ce qui explique la griffe et le signe funèbre ^^ , accessoiresdu balai, dans le Manuscrit Bohan, dont l’honorable général ne parvenait pas à se rendre compte (1). Avec le mois Ochpaniztli, commençait legrandjeûnede quatre-vingtsjours, par lequelon se préparait àsolenniserlesapprochesdecette immense ruine, ainsi que la résurrection qui en fut la conséquence. Ledieu Huitzil-OpochiU, « le Colibri Gaucher», était l’objet principal de toutes les fêtes durant cette période. Mais le mois Quecholli, précédant celui du cataclysme et de la résurrection, lui était surtout consacré.On lui off’rait des sacrifices mystérieux, dont vous pouvez voir la description tout au long dans Sahagun (2). C’est que ce dieu,‘dernière manifestation de Quetzal-Coatl, comme volcan, ou sa troisième incarnation principale, était le symbole du feu vainqueur et de la nature renaissante, à la suite du cataclysme. A lui se rattachait cette cérémonie curieuse du bambou et du colibri, type de toutes les fables concernant le Phénix. Ce bambou, à neuf nœuds, image du volcan, était placé en pompe au milieu de la courdu temple : on y suspendait une foule d’objets, Cl) Id. tWd, pag. 126. (2) Hxst.gen. de las cosas de Nueva-Espana, lib. II, cap. 33.
— 201 — les uns faisant allusion aux vagues de la mer, les autres aux attributs particuliers de cette divinité guerrière ; puis, à l’extrémité supérieure du roseau on atta-chait une espèce de pelote de coton, en forme de croix de Saint-André, d’où pendait à un fil blanc un colibri mort, imagedu feu éteint.
Rappelez-vous donc à ce sujet ce que je vous disais plus hautdu Phénix qui enterrait le corps deson père, et songez que le nom de Huitzil-Opochtli, « le Colibri- Gaucher », de ce dieu terrible des Mexicains, dérobe sous cette interprétation, la signification plus littérale de « Mouvement de la Fumée de la Voie s’échappant del’Epieu». c’est-à-dire de la cime du mont. Autour du colibri l’on suspendait pard’autres fils, desplumes blanches de héron, enduites de térébenthine, images de lavapeur ; danscette condition , lebambou , avec l’oiseau mort, était porté sur lavasque, creusée dansune des grandes pierres rondes, appelées Quauh-xicalco, c’est-à-dire « leVase de la chaleur centralede l’Arbre, » symbole du cratère sur le croissant, et brûlé avec ses accessoires. Telle est l’origine réellede la mort du Phénix. Quelques jours après cette cérémonie, commençaient cellesqui se rapportaient à lamortdudieu Croissant ; elles avaient à Mexico moins d’importance que celles qui commémoraient la résurrection de Huitzil- Opochtli , célébrées au mois PanqiietzaliztU , bien qu’elleseussent lieu également avecbeaucoupdesolennité. La fête s’appelait la « Descente des dieuxauxEnfers ». Elle commençait au premierjour de ce mois, et seterminait le cinquième, correspondant au 13novembre. Eh bien, Monsieur, c’était au 17”jour du mois à’Athyr, répondant également au 13 novembre, que les Egyptiens, selon Plutarque, célébraient la fête d’Osiris.AuYucatan, où le culte de Cuculkan, c’est-à-dire
— 202 – de Quetzal-Coatl, avait la prépondérance sur le dieu du feu, on fêtait avec la plus grande solennité l’anniversaire de sa « Descente », à laquelle on se préparait avec non moins de solennité qu’à celui de Huitzil- Opochtli à Mexico. La fêtecommençait au dernierjour du moisXul{i\ est descendu), etau 1” du mois Yajckiji (soleil nouveau), 13 novembre,oncélébraitl’arrivée de la divinité des eaux, Ixmol, nom que Landa traduit par « la llegadera d, celle qui fait arriver (l’eau probablement). Onteignait alors en bleu,c’est-à-dire en couleur d’eau, tous les objets d’un usage ordinaire dans les temples et les maisons, et jusqu’aux mains et aux visagesdes petits enfants, images à son tour,de la terre abîmée, ou bien des îles et des rochers, enfants de l’Océan, qui allaient paraître à sa place. C’était le soir du 12 novembre que le grand volcan de Nanahuatl avait disparu sous les flots, et à l’aube du 13, le Croissant, symbolisé dans Metztli, objet de tant de mythes intéressants, avait suivi son compagnon dans l’abîme. § 8. N’est-ce pas à ce dieu terrible , symbole du volcan, que faisait allusion le chantre du Véda (1), lorsqu’il disait que < le petit fils des eaux s’est élevé B dans le firmament au-dessus du courbé, enveloppé > d’éclairs ; immense, éclatantcomme l’or, il s’étendit » à l’entour, portant avec aisance la sublimité de sa » gloire. > Maisje ne comprends que trop, à la vue de cetexte et de tant d’autres analogues, l’embarras que doivent éprouver les commentateurs de ce livre sacré, en traduisantdes paroles si obscures ; etWilson, en dé – pit de l’aide que fournit le schohaste indou, avoue (1) Rig-Véda-Sanhild, trad. de Wilson, vol. II, pag. 301, v. 9. Conf.
— 203 — que ses interprétations sont loin d’être pour lui satisfaisantes. Il est bien évident ici, par exemple, qu’il ne s’agit nullement de rivières, à propos du « courbé », mais de la courbe du Croissant ; le scholiaste Sâyanâ ne comprenait paslui-même le sens antique du Véda, ou bien il ne jugeait pas convenable d’en éclaircir les mystères pour ses lecteurs. L’interprétation de la légende de Nanahuatl, avec les commentaires que je trouvedans les hiéroglyphesdeMeiztîi, suffitpourlever tousles doutes. Comparez,d’ailleurs, l’histoiredevS’ttmba, fils de Krishna, attaqué de la lèpre, dont il ne peut être guéri queparl’action du soleil levant, etdites-moi si ce n’est pas là encore une réminiscence de Nanahuatl (1). C’est encore lui qui, caché dans les profondeurs humides, apparaît comme des flammes audessus des eaux, et que Wilson croit pouvoir appliquer à l’existence d’un volcan sous-marin, suivant le VishnouPurdnâ (2). « Agni, s’écrie le chantre du Véda (3), Âgni, la » tête du ciel et l’ombilic de la terre, devint le régu- » lateur de la terre et des cieux ! tous les dieux t’en- » gendrèrent, ô Vaiswdnara, dans la forme de la » lumière pour le sage vénérable.» Je pourrais multiplier à Tinfini les citations où Agni se montre alternativement dans le rôle de Nanahuatl et de QuetzalCoatl. S’il remplit, en sortant des profondeurs de l’Océan, tous les autres dieux d’alarme, on yreconnaît le premier, absorbant tous les dieux qu’il tue, c’està-dire tous les volcans qui se taisent en sa présence.
Sacrificateur, dans le rôle du second, il devient le mi- (1) lUd. vol. 1, pag. 134, V. H et note a. (2) Ihid. vol. {, pag. 58, v. 23 et page 177, v. 1 et 2. Conf. Introd. pag. XXX. (3) Rig-Veda-Sanhitd^ vol. 1, pag. lo7, v. 2.
— 20i — nistre et le pontife par excellence. C’est dans ce sens que Nanaliuatl est son fils, qu’il a engendré sans le secours de la femme, suivant un document déjà cité et qu’il livre lui-môme aux flammes, prenant la forme de la victime, afin de devenir son propre holocauste.
Car c’est sa mort qui donnera la vie au monde; c’est de ses cendres que renaîtra le Phénix , image du soleil, cette vie du monde matériel. Sous ce point de vue, Nanahuatl n’est plus seulement le pécheur qui porte la peine de ses propres fautes, il devient la vic-time ex()iatoire, au nom de tous et portant le péchédes autres,comme lebouc émissaire desHébreux, doctrine sublime qui semble avoir été inspirée aux nations, à l’aspect du deuil de la nature, comme une prophétie de la mort du Rédempteur.
Ces deux mythes, bien que sortisde lamême source et ayant pour objet le même fait matériel, différent essentiellement sous beaucoup de rapports. Les légendes qui les concernent, conçues dans un ordre d’idéestotalement distinct, sembleraient bien,comme je vous l’ai faitpressentirplus haut, avoir étédans l’origine lareprésentationdedeux sectes, peut-êtrededeux races également distinctes, ayant été simultanément témoin du grand dramedu cataclysme et vivant à peu de distance l’unede l’autre. C’est làun fait queje crois toujours entrevoir dans l’ensemble de ces mythes, dont la différence originelle dut être plus tard une cause puissante de divisions et de luttes, bien qu’elles aient dû se mêler subséquemment, par un accord entre les vainqueurs et les vaincus; mais, de tels événements durent se produire naturellement avant l’époqueoù les nationsqui en avaient reçu ledépôt, se fussent dispersées sur les différentes parties du globe où elles les portèrent avec elles. Le Popol Vuhy de
— 205 — son côté, fait allusion d’une manière particulière aux blancs et aux noirs qui vivaient en grand nombre du côté de Torient, paisibles et sans contentions, parlant unemême langue, antérieurement àl’adoration du bois et de la pierre, ou plutôt de l’Arbre et de la puissance de l’eau ou du souffle divinisé, c’est-à-dire avant l’établissement de l’idolâtrie. Je reviendrai plus tard sur cette question qui est d’un grand intérêt historique et moral, et pour le développement de laquelle ce document offre plus d’un renseignement précieux.
En attendant, je pense devoircontinuer àvous faire connaîtrel’examen des différentes partiesde lalégende mexicaine qui présentent les rapports les plus directs avec lestraditionsdenotre continent. Onyvoit,en particulier, une image dont je vous ai dit quelques mots et sur laquelle ilmesembleopportunde revenir actuellement : c’est celledu Yoni-Lingam qui a été la source d’un culte, également obscène au Mexique comme en Egypte et dans Tlnde. Cette image que vous pouvez comparer à celles des planches de M. Guigniaut (1;, est rendue en langue mexicaine par le vocable Acatl^ nom du premier des quatre signes annuels du calendrier ; c’est la canne, le roseau ou bambou, figuré d’ordinaire par l’image suivante, ë est dans Mais Acatl ne signifie pas seule- ^^j) l’eau , celui ment une canne : c’est celui qui ^j^ qui s’y dresse, ainsi qu’on le voit dans le hiéroglyphe ; il est sur toute chose, dans sa signification radicale la « vitalité de la chaleur de l’eau » , a-catl, pour a-catli, acalli^ le primitif cal, chaleur qu’on ne trouve, avec ce sens, dans Molina, que dans des mots composés, étant devenue figurativement d’abord, puis, en réa- (1) Religions de VAntiquité, tom. IV, 1’* part, planches I et II.
— 206— lité, la maison, ce en quoi nous sommes ; car c’est la chaleuren laquelle et par laquelle nous existons. C’est pour cela que les interprètes de Motolinia, en lui expliquant leurs peintures, lisaient ce signe acal et le traduisaient par ces mots « casa por agua, > maison dans l’eau. De là le sens profond deteo-calli, expression qui ne rend pas seulement l’idée de la maison de dieu, du temple, mais encore celle du volcan, teo-calli, chaleur de la voie de pierre : car le teo-calU c’était la pyramide, dont le nom suffisamment significatif en grec et en mexicain, indiquait que son objet était de commémorer le souvenir des antiques volcans américains; la pyramide, dont la forme conique, l’entrée mystérieuse et le feu qui s’allumait au sommet, rappelaient également l’idée mâle et femelle, symbolisée dans le signe Acatl, Dans la langue maya, le signe du calendrier correspondant à YAcatl mexicain, est Been^ dont le sens n’est pas moins significatif, le « chemin renfermé ou caché », par allusion à la marche occulte du feu dans le sein de la terre. Celui qui correspond, toutefois, de la manière la plus directe à l’idée et au hiéroglyphe d’Acatl, c’est Ahau ^^^fÊ ’• celui du gaz, exprijoint ici au hiérogly-H ^C^JM \ mé par une aile; c’est phe de la localité et _Jfâ^Lj dans son ensemble le signe Yax-Kin, la vigueur du soleil ou du feu. Ahau est le titre par excellence des prêtres et des rois, que l’espagnol traduit par le mot seigneur, serior, et que Ximenez fait venir d’«^, la canne, usitécomme particule possessive, et d’^w, la chaîne, le collier ou la semence, c’est-à-dire celui du collier, celui qui a le droit d’en porter un, comme les rois, etc.Au est, toutefois, encore un mot composé de a, l’eau, et de w, le collier
— 207 — OU lachaîne également,maisquiexprime aussi, comme Vo mexicain, Tidée d’une surface, d’une place circonscrite. Ainsi ahau, c’est la canne, la tige dans Teau de la surface, lemaître, le chefde lachaîne volcanique, du collier de perles, dont chacune est un foyer souterrain, anneau de la chaîne invisible que son maître agite au sein desmondes souterrains. C^est ainsi que ce maître, le feusuprême dispose par cemoyen, de toutes les parties de la terre qu’il secoue ou qu’il abîme à sa volonté. Tel « Jupiter fixe à TOlympe, par le moyen d’une chaîne d’or, toutes les puissances et tous les corps de l’univers (1) ». Jkau est le mâle avec la femelle, celui qui possède, qui donne et répand la semence; voilà pourquoi, si à’ahau vous faites auah, vous aurez le semeur, vous aurez tout ce qui est privé, apprivoisé, homme, oiseau ou quadrupède; de là enfin une foule de verbes des plus intéressants à étudier.
C’est de ce terme ah, canne ou bambou, image substantielledu volcan, que vient àAgni, dansle Véda, cette qualification de bamboueux, que Wilson trouve si difficile à appliquer à cette divinité. Si vous remarquez, d’ailleurs, les incidents divers qui se rattachent à l’existence, au nombre et aumode de l’apparition du feu, dont l’histoire toltèque donne l’explication, vous j découvrirez la raison d’une foule d’épithètes, affectées à Àgni, comme à Indra, et qui jusqu’à présent se sont présentées aux interprètes comme des énigmes insolubles. « Quand se furent formés les quatorze » mondes, disent les poésies nationales (2), avec l’axe » qui les traverse, et au-dessous le mont Calaya (eau (1) Creuzer-Guigniaut, didXi%VIntroduction, pag. 48. (2) Religions de VAntiquité, tom, I, pag. 147.
— 208 — > chaude qui marche), alors parutsur le sommet de ce > dernier le triangle Voniei dans l’Yoni le lingam, ou > Siva-Lingam. Ce Lingam (arbre de vie) avait trois > écorces : la première et la plus extérieure était > Brahmây celledu milieu P^ischnoUy la troisième et la > plus tendre 5/Va; et,quand les troisdieux se furent > détachés, il ne resta plus dans le triangle que la tige » nue, désormais sous la garde de Siva ».
Eh bien. Monsieur, jetez un moment les yeux sur ce signe J^ variante de Vahau, tiré du Codex Borgia , et ^5 voyez si vous ne retrouvez pas là Siva dans le collier ou le triangle, avec les écorces significatives dont il se dépouille en s’élevant ; c’était à quoi faisait encore allusion l’ébranchement de l’arbre, consacré à Xiuhtecutli, que l’on brûlait lous les quatre ans à Mexico. Passez de là au nom sacré de JTon/, vous en avez l’interprétation la plus complète dans le verbe mexicain yoma^ exprimant l’idée du plaisir charnel, en faisant au prétérit jron ou yoni^ d’où le nom de yonio^ la voie du plaisir, donné à des gâteaux sacrés, ayant la forme du sexe féminin, que l’on offrait, durant les fêtes du mois Tepeilhuitl, aux souffles de la montagne Ehécatontin, images des volcans et des nuages qui s’amassent à leur sommet. Si vous prenez le nom de Cali^ de la terrible déesse indienne, vous en trouvez l’équivalent, sans vous donner de peine, dans le nom mêmedu fameux bambou acal^ acalli ou acatl, c’est la chaleurdévorante, et lavachequi lui est consacrée se voit dans le hiéroglyphe de la terre engloutie dontje vous ai déjà entretenu si souvent. Vous pouvez donc sans difficulté, à l’aide de ces renseignements, reconstruire encore le mont Mérou, signifié par ce grand cône que soulevèrent les feux de Na-nahuatl, peu de temps avant d’éclater définitive-
— 209— ment, le phallus de Siva, Vahau élancé, flammé qui perce violemment la terre ou la montagne à pic, tel qu’on le trouve exprimé dans les peintures, mais surtout d’une manière frappante dans les Katuns de Palenqué, selon les planches de Stephens et deWaldeck.
C’est là également le signe de Toplltzin, notre noble fils, titre royal d’une des personnifications de Quetzal-Coatl, dont le sens n’est pas moins pro-fond que tous les autres, to-pil-ttîn, le jet suspendu, élancé, de la chaleur, prenant celui de Cé-Acatl, une canne, en se manifestant en montagne hors du ventre de sa mère, comme vous l’avez vu plus haut. § 9. Qui ne reconnaîtrait dans toutes ces images le type de Bacchus, sortant au milieu des flammes, de la cuisse de Jupiter, comme Siva du Mérou. Dionysus est né du feu. Qu’est-ce que le thyrse qu’il tient à la main, si ce n’est toujours le même symbole, et dans le lierre qui l’entoure et dont il se couronne, la voie tortueuse que s’y creuse le feu : de là, la racine jp, identique avec le quiche gem^ tortuer le chemin ; de là encore ce glaive, souvent caché sous le lierre, le feu dévorant, origine des titres deFlamboyant et de Bromios, retentissant, qu’on lui donnait, de nrapLovioc, cachédans la colonne et de tant d’autres analogues (1), qui ne sauraient s’expliquer qu’à l’aide du Teo- Amoxili. S’il est appelé le « fils du taureau, » rien de plus simple, puisqu’il est issu de la terre, dont la figure, celle d’une vache ou d’un taureau, nous ramène alternativement aux mythes de l’Inde ou de la Perse. Les cornes qu’il porte sont celles de ce taureau, ce sont les deux cornes formées par le croissant de la (4) Religions de VAntiquilé, tom. llf, pag. 60 et suiv.
— 210 — région engloutie. Les flambeaux que la Ménade porte devant lui, ce sont les deux volcans allumés, avant que la cuisse où Bacchus était enfermé éclatât définitivement pour lui donner le jour. La coupe que porteen arrière le satyre, coupe remplie d’un vin généreux, c’est la coupe de Quetzal-Coatl, s’enivrant du jus de l’agave, c’est le cratère où déborde la lave écumante, c’est le vase où l’Océan s’engouffre tumultaeux.
Si on lui donne le nom de Libérateur, c’est que par son apparition dans les volcans qu’il entr’ouvre, il a délivré la terre des liens qui la tourmentaient, en faisant exhaler les souffles qui la bouleversaient intérieurement. Voilà pourquoi ce nom de ^ucio; lui convient si réellement. Ce n’est, en effet, là qu’une appropriationde celui qui est donné à Apollon Lycien, Xijxio;, ce dieu n’étant, comme le Tezcatlipoca des Mexicains, qu’un des aspects du mythe de Bacchus, dans l’union de l’eau au feu sur le bûcher de Nanahuatl. L’un et l’autre ont pour primitif /m etnon/wc ou luky et pour racine u, en nahuatl, la voie, la surface,dont je vous ai entretenu plus haut, u la lune en maya. De là ul, venir, couler, comme de l’eau, mot qui, s’échangeant avec Zw, donne alors le sens de tout ce qui est mou, en particulier du poil des parties sexuelles et de cette partie-là même chez la femme, dans plusieurs langues du groupe mexicain. De là, même, aurait pu venir le mot luna, qui signifie précisément le sexe de la mère. Lu, avec le suffixe m, fait lum, amasser de la terre molle, en quiche, la pétrir, et lu-urriy tout ce qui environne le sexe, la matrice, le centre, et en languemaya, la terre, suivant son acception commune. Mais le centre, le mou de la matrice terrestre, le foyerdu monde, leséléments amollis, fondusdans son centre, voilà d’où vient le second sens du
— 2H — mot lu, en langue quichée, le souffle qui anime, qui atise l’incendie. Et puis lu, le hurlement, le rugissement lointain, toutes ces choses exprimées, avec une foule d’autres, dans un même monosyllabe, depuis le jour où la mèrepar excellence, la terre entr’ouvrit sa matrice, sous la pression des feux intérieurs, lançant le mou de la lave, et s’effondra sous le choc des vagues mugissantes avec des hurlements de chacal. Tout cela dit-il assez pourquoi la/wne, le loup, la luimhTe, aucio;, >uy.’.o;, viennent se confondre avec leurs étymologies et leurs dérivésdans une seule étymologie, dont il était impossibleque les Grecs rendissentraison, celle du cataclysme qui expliquetout et dont ils avaient par trop défiguré les symboles dans les raffinements de l’art? « Déjà, dit M. Guigniaut, dans sa traduction de la symbolique de Creuzer (1), déjà l’antiquité était partagée sur le sens de ce surnom, donnénon-seulement à Apollon, mais encore à Artémis. 11 estbien probable que le nom grec du loup en est l’origine ; car la Lycie elle-même, d’où on pourrait le dériver, est appelée chez les anciens la terre des loups. Ce qui paraît certain, c’est que les Grecs trouvèrent rattachées à cet animal, et les idées et lesimages d’unebranche importante des religions. Suivant leur habitude, ils cherchèrent à s’en rendre compte d’après leur propre langue. Ilsavaientreçu toute faitedu dehors, la liaison des deux idées loup et soleil; ils essayèrent de la retrouver dans le rapport des deux mots Xuxo;, loup, le soleil, dieu-loup, et ^ukyî, la lumière qui paraît au matin. » Cette liaison, vous voyez, Monsieur, de quelle manière on la trouve naturellement dans la racine que {) Religions de VAntiquité, tom. II, pag. i08.
— 212— nous en donne la langue quichée. Vous découvrez là môme le rapport originel de Bacchus et d’Apollon, comme celui du premier avec la lune-, dont le croissant renferma les feux, symbolisés dans l’un, et l’eau dans l’autre, jusqu’au moment de sa ruine. Les métamorphoses du premier en bouc, en chevreau, ne sont que des allusions à l’hiéroglyphede la terre engloutie.
De la même image est sortie l’idée mère de l’âne de Silène, qui joue un si grand rôle dans les processions de Bacchus. C’est aux rugissements de la terre prête à enfanter le dieu volcan, rugissements comparés à la voix de l’âne qu’on entend braire dans le Véda (1), qu’il faut attribuer ces expressions du poëte indou, dont les interprètes se rendentcompte si difficilement. 11 est inutile, après toutcela, d’insister surla fiction qui représentece dieu cousudans lacuissedeJupiter.Cette cuisse vous la reconnaissez dans la partie du corps de Nanahuatl, où la légendemexicaine placelasource d’un mal, naissant d’ordinaireaufond de la cuisse, qui n’est elle-même que la forme supérieure de la jambe, MeiztU, le Croissant, laLune, mère et fille de Bacchus, du feu qui l’animait.
Ainsi, Bacchus ou Nanahuatl, c’est le feu, ou plutôt c’est la combinaison des trois éléments cosmogoniques, du feu, de l’eau et de l’air, dans le quatrième, dans la terre de Quetzal-Coatl, renfermée au fond de l’abîme souterrain, avant d’éclater au dehors. Cette combinaison encore c’est Brahm^ l’unité absolue de la théologie indoue, s’émanant successivement sous trois aspects divers, et dont le corps est Brahmâ, c’est-à-dire l’eau de Brahm, l’Océan, l’eau primitive, sortie de son verbe, issue de sa première parole, Oum^ (1) Rig-Veda Sanhitd, trad. de Wilson, vol. 1, pag. 74, v. 5.
— 213 — qui est à la fois le continent englouti, l’arbre volcan qu’il proféra, dont le feu symbolise Bacchus, qui est le verbe de la cuisse de Jupiter et la figure de l’eau dans laquelle il s’abîma. Ce n’est qu’à l’aide des hiéroglyphes qui ont servi de type à toutes ces idées transcendantales qu’on peut se rendre compte de la manière dont les écoles philosophiques ont engendré tour à tour les divers systèmes de l’antiquité païenne.
Qu’on jette les yeux sur le n» 4 de la planche 1’% tome IV, de M. Guigniaut, reproduite de la collection de N. Millier, et dans cette image, étrange sous tant de rapports, on retrouvera, par le moyen des hiéroglyphes mexicains, l’explication de tous les traits dont elle est composée. C’est l’image de VOum, selon ces deux savants. Eh bien, qu’y voyez-vous? Tout en bas la mer et les îles, parmi lesquelles s’élève le Mérou, supportées par les mains d’un grand corps invisible sous des nuages de fumée. Le signe principal est le yoni-lingam, apparaissant au centre, puis en haut, formant une tète étrange,unefuméeondoyantecomme une chevelure ; le nez est formé d’un tronc d’arbre, le kom,dont les rameaux supérieurs recouvrenten sourcils deux ronds entourés de rayons, figurant les yeux : ce sont làdeux cratèresou plus probablement les deux grands hémisphères de la calebasse, qui sont effective-ment la seconde révélation de Brahm, en ce sens que l’apparition de l’Atlantique et des îles suivit de près celle de la première parole, symbolisant le volcan de Nanahuatl. Tels sont les deux plateaux de la balance dans le zodiaque brahmanique, avec raison nommée Tulaou Toula, souvenir lointain des heux où ce zodiaque eut son origine (1). (1) Religions de VAntiquité, tom. ], 2* part. pag. 634.
- 2U— Je retourne an mythe de Bacchus, et si les bornes de cette lettreme le permettaient,je vous montrerais comment, jusqu’aux moindres détails qui le concernent, comment tous les noms qui s’y rapportent, concourent à établir son origine occidentale et américaine. Son nom seul de Bacchus^ dont on a si souvent et si vainement cherché l’étymologie, en fournit une preuvedes pluscurieuses,ba-qux(prononcezxcomme sh), cœur, centre, vie de la taupe ou de la terre, c’està-dire du foyer souterrain, d’où sortirent tous les volcans.Baétantune particule fortremarquablede lalangue quichée, dont j’ai eu l’occasion de vous entretenir déjà plusieurs fois, je nevousen parlerai pasdavantage en ce moment, mon intention étant d’y appeler encore votre attention un peu plus loin. Le môme nom peut encores’interpréter^rt/r-^wa:, lecœurde l’os,dunoyau, du fondement, bak-ox^ les troisdu fondement,ou bak- /^jc, lesouffle, larespiration, laviedufondement, toutes idées, comme vous le voyez, qui s’accordent, on ne peut mieux, avec celfe du cataclysme et des volcans.
J’ajouterai ici que l’explication desjouets de Dionysus enfant n’est pas moins significative. Les dés, avec leurs taches noires sur un fond blanc, devenant alternativement deux, trois, sept, neuf, douze, etc., représentent les stignjates, indicateurs des volcans, les chiffres divers des chefs toltèques ou chichimèques.
La boule, c’est le globe ailé, également fréquent dans lespeinturesmexicainescommedanscellesdel’Egypte, tantôt noir, rouge ou blanc, selon qu’il signifie le feu, la fumée, l’eau ou la vapeur. Les pommes sont une allusion au même sujet ou le symbole des deux testicules du phallus, représentés dans lesdeux golfe^, qui deviennent ailleurs le miroirdu dieu ; la laine, c’est le signe de la fumée des volcans ou deTeau de la mer. Le
— 215 — cerceau, c’est le cercle du golfe de la Lune ou du vase mystique ; la toupie qui tourne sur elle-même, c’est le monde agité convulsivement par le feu intérieur, c’est surtout la terre du Croissant, roulant « comme la rouedu potier» , avant de descendreau fond de l’abîme.
La sphère, c’est cet autre globe, symbolisant les deux golfes avant la catastrophe, etcomparés, commeje l’ai montré ailleurs, aux deux moitiés d’une calebasse encore entière /^p::s. comme la gueule béante du déjà fendue de \wO/ volcan, prête à s’ouvrir pour part en part ^^-^ vomirlejet de feu, l’e^/mZ», ou paume enchantée des Mayas, le tihax, la lance ou le silex des Quiches, le tec-patl des Mexicains, premier symbole du verbe émané de la bouche de Phtha, selon la philosophie transcendentale des temps postérieurs. Vous le voyez, la terre ici est identifiée avec le feu qu’elle va vomir. Quetzal-Coatl avec Ehécatl qui, sur le bûcher, c’est-à-dire sur le cratère, devient Nanahuatl ; c’est ce qui fait que le même signe prend alternativement dans les documents la forme ronde d’une sphère ou la figure allongée d’une pointe de lance /^ symbole du premierjet du volcan. Aussi est-ce là nf également une image du corps de Zagreus que les Titans se disposent à mettre en pièces.
Remarquez, je vous prie, la croix qui se manifeste sur la sphère et sur la lance : elle est tremblée comme la crevasse d’un terrain qui se fend par la chaleur ou par l’effet de l’oscillation souterraine. C’est là le type original de la croix de Saint-André, du Nahui-OlliiL- Tonatiuh de la langue nahuatl, signe du tremblement de terre, dans toutes les peintures mexicaines : mais c’est aussi le signe du « soleil dans ses quatre mouvements » qui fait allusion, dans l’astronomie du
— 216 — Mexique, aux quatre mouvements des solstices et des équinoxes. C’est cette croix que Creuzer avait observée sur la tête d’une image de l’Artcmis d’Ephèse (1) et dont il se demandait, non sans raison, bien qu’avec quelque incertitude: « Marque-t-elle, comme on l’a pensé, l’intersection de l’écliptiquc et de l’équateuraux points équinoxiaux? Etcomme ces points forment le passage d’un monde dans l’autre, selon la doctrine de la transmigration des âmes, ne serait-ce pas là un nouveau symbole caractéristique de la déesse puissante qui règne sur la vie et sur la mort ? » Sans doute, c’était bien là ce qu’importait ce symbole, aussi bien à Ephèse qu’au Mexique et qu’en Egypte, où il apparaît souvent même dans les sculptures des temples, croisant les flancs d’un lion. Si l’Artémis d’Ephèse, dont les attributs faisaient généralement allusion à la terre féconde, portait la croix, c’est que cette croix, signe symbolique du tremblement de terre, en même temps que de l’intersection de l’écliptiquc, signifiait en réalité ce qu’expriment les paroles ]Sahui-OlLin-Tona-duh « les quatre secousses du feu roulant » ou plutôt de la vapeur en marche, qui avaient déchiré le vêtement d’Artémis, c’est-à-dire ouvert la croûte du globe au plus fameux volcan qui fut jamais. De là encore la signification de cette croix +, identique avec le signe ^^ du MS. Bohan, caractère géométrique de l’augmentation, de la multiplication, au Mexique comme en Europe, puisqu’elle avait été la marque de la supériorité de ce volcan, qui s’était multiplié par l’abstraction de tous les autres. De là, peut-être aussi, le mot plus français qui pourrait fort bien venir du (i) Religions de l’Anliquité, tom. II, i^ part. pag. 144.
— 217 — quiché pul-ux ou pul-uz (p’iush, p’ioz par contraction), le souffle, ou l’haleine bouillonnante ou bien, selon le mexicain pul-uz ou pul-oz (p’iuz), le centre du gonflement, de la poussée, de la ruine, étymologies qui, si elles ne sont pas les véritables, au moins concordent admirablement avec l’origine du signe. § IQ. Ai-je besoin pour ce qui concerne le mythe de Bacchus ou de Dionysus, de vous rappeler encore ici le glaive qu’Eschyle met aux mains de ce dernier, glaive de feu, identique avec le tecpatl mexicain et avec le glaive de Ghrysaor, l’homme à l’épée d’or, sortant avec Pégase du sang de Méduse, décapitée par Persée, c’est-à-dire par le feu, Méduse, met-ux on met-tuz, étant le souffle ou le roi du Croissant, et sa tête, la cime du cône volcanique, décapité par le feu. « C’est encore d’une épée, c’est du fourreau de Tépée de Persée, tombé dans le lieu où s’éleva sa capitale, ajoute Creuzer (1), c’est d’un champignon arraché par le héros dévoré de soif, et qui fit jaillir une source bienfaisante au même endroit, que des jeux de mots fréquents chez les Grecs, faisaient dériver le nom de Mycènes. » Observez encore ici la ressemblance avec le mythe de Nanahuatl et avec le chancre, cause cachée de son mal. Si (Jt.uxviç signifie le champignon en grec, mue et moc, de mu, la terre molle, humide, signifient également, en quiché, lechampignon, le poing ou la poignée d’une épée: il a le sens de tout ce qui naît et se nourrit dans l’humidité et la chaleur, de tout ce qui pourrit, c’est la charogne, c’est l’humidité cachée, c’est la pourriture du tombeau. Le grec n’en saurait trouver autant dans le sanscrit. Ce que le grec (1) Religions de l’Antiquité, tom. II, !’« part. pag. 164.
— 218 – n’explique pas davantage, c’est l’origine de ce mot célèbre, l’origine du champignon et des fictions auxquelles il donna lieu, origine quevous donne en entier la légende de Nanahuatl, celle de son chancre, d’où sortirent les sources qui firent l’océan Atlantique.
Ainsi, non-seulement les images brillantes de la fable grecque, mais les noms de ses héros, mais l’étymologié de ses cités les plus célèbres, tout cela vient non de l’Orient,maisde l’Occident, de la région atlantique.
Si du mythe de Bacchus, nous passons à celui d’Hercule, sous quelques images qu’il se présente, sous quelques formes qu’il s’enveloppe en Grèce, en Asie, en Egypte ou en Libye, vous trouverez constamment en lui les mêmes symboles que le Teoyémojctli \ous montre dans le Tezcatlipoca mexicain, s’identifiant avec Nanahuatl sur son bûcher. Hercule, vainqueur de l’hydre de Lerne, n’est-ce pas Tezcatlipoca éteignant sous sa vague les sept cratères, sans cesse renaissantscomme les tètes de cemonstre ? Dans Hercule, nettoyant les étables d’Augias, ne voyez-vous pas l’onde mugissante qui nettoie et balaie, dans YOchpaniztli, au jour du grand balayage, la moitié du monde anté-diluvien ? Hercule s’enveloppant dans la robe de Déjanire, avant de se jeter dans le feu, c’est lavague,enveloppéedans les flammes du grand brasier et la fumée du volcan avec laquelle elle s’identifie, en se vaporisant.
Qu’est-ce qu’Ammon en Egypte, apparaissant à Hercule sous la forme d’un bélier, c’est toujours la même image du Croissant, que je vous expliquais plus haut, au sujet de Bacchus? Ammon, Hammun, Am-n^ vous le retrouvez dans l’idée quichée de \am, l’araignée dévorante de l’abîme, mot que vous avez identiquement avec le même sens dans l’égyptien,
— 219 — c’est-à-dire comme le Dévorant, un des génies de l’Amenti : outre le signe phonétique avec lequel il s’écrit M’ – , vous voyez qu’il existe dans les textes avec la tête du bélier et l’œuf noir, \am^ l’embryon, d’où sortit le feu. Le monosyllabe en qui complète le vocable, chose cachée ou gardée, vous donne pourAmen le sensdu dévorantmystérieux de l’abîme, dontleségyptologuesont faitundes génies deVJmenti, du Hadès (1). OrHercule est bien le fils de ce Hadès, comme la vague est la fille de l’abîme de l’Océan, dont elle est la superficie. Voilà pourquoi Tezcatlipoca était appelé à Tlaxcallan Camaxtli, « le Mouvement de la face de la bouche ou de l’abîme », représenté soit sous la|figure d’unjeunehomme, Telpochtli^ l’Apollon mexicain, soit par les mâchoires béantes de Cipactli. Si l’Hercule égyptien avait deux visages, ils s’expliquent par la double méditerranée qu’il avait ouverte dans les deux faces du miroir cosmique. S’il estcomparé à YEs-mun phénicien, ce n’est pas seulement parce qu’il est le huitième, comme Quetzal-Coatl, c’est parce qu’jEi— mun, en quichexmun (shmoun) ou ixmun (ishmoun), outre le sens de petit serviteur ou esclave, a aussi la significationdelaGourmandeetde laGloutonne,etqu’il s’identifie alors avecl’Océanlui-même, déjàpersonnifié ainsi dans lagrand’mère, Oxomoco. Enfin, si lePhénix est placé dans la main d’Hercule, Tezcatlipoca est également représenté portant à la main, tantôt l’ara ou l’épervier, symboles de la vague, ou bien le colibri, quand, souslenom de Tlacahuepan, « leGrand signe » ou le « Grand drapeau de l’eau et du feu » , il fait dan-ser dans sa main le Nanus, le petit nain, que Sa- (1) Birch, Diciionary of hieroglyphics, in Bunsen, Egypt’s place in universal hisiory,\o. V.
— 120 — hagun, en racontant la ruine de ToUan (1), identifie avec Huitzil-Opochtli.
D’Egypte, nouspassonsen Phénicie, où nous retrou* vous Hercule sous un autre nom. c Melkarihy dit M. Guigniaut (2), était la divinité tutélaire de la puissante Tyr, et les navigateurs tyriens répandirent son culte d’île en île et de rivage en rivage jusqu’aux extrémités de l’occident, jusqu’à Gadès, où une flamme perpétuelle brûlaitdans son temple,comme à Olympie sur l’autel de Jupiter. » Nulle part, peut-être, sur notre continent, ce culte n’était aussi vivant, aussi solennel, pourquoi? C’est qu’au lieu d’être venu de l’Orient, c’est de l’Occident lointain qu’il s’était répandu d’île en île, d’archipel en archipel, de rivage en rivage, comme le flot mugissant dont il était le symbole, jusqu’au centre de l’Asie, s’affiiiblissant ou se modifiant, comme une vague mourante, à mesure qu’il s’éloignait des lieux de son berceau, des îles du golfe du Mexique où il avait reçu sa première consécration. Les catastrophes partielles qui continuèrent le cataclysme, probablement durant plusieurs siècles, n’avaient pas fini de se faire sentir, que déjà Hercule avait, à Gadès, son temple bâti sur un rocher au milieu des flots, pour mieux rappeler^ ce semble, ce Phénix qu’il portait à la main, ce teocalli formidable, où il s’était enveloppé de la robe de Déjanire, avant de l’engloutir. Mais ce temple, à son tour, disparut dans l’abîme, à la suite d’un tremblement de terre, à peu de distance des rivages de la moderne Gadès.
D’où venait le nom de Melkarth, que les Phéniciens donnaient à leur Hercule? Miinter l’explique avec rai- (i) Hist. gen. de las cosas deNueva Espatia, lib. III, cap. 9. (2) Religions de l’Antiquité, tom. II, i« part. pag. J71.
- 221 – soii,jepense, del’hébreu ”^in, qu’iltraduitpar67rcmVor et commente par mercator, mais que M. Guigniaut (i) semble vouloir appliquer au soleil, parcourant sa céleste carrière. Cela peut avoir été vrai plus tard ; mais dans l’origine, ce mot circuitor exprimait l’idée de la vague, rompant sa voie dans lamer des Caraïbes, puis tournant circulairement, en séparant Cuba du Yucatan, pour creuser le golfe du Mexique. Observez, d’ailleurs, que le latin circuitor lui-même est un vocable, composé de trois mots quiches, signifiant littéralement « percement de l’oiseau sur le vase circulaire », cir-cu-it-or, ou bien « qui tourne rapidement l’embryon du vase circulaire. » Melkarth a un sens analogue dans la même langue et pourrait venir de mel, retourner, mot où vous reconnaissez encore le primitif ine, courbe, composé avec el, sortir, et car, poisson, chose frétillante ou bouillonnante, ou, si vous le préférez, de mal et de car, déchirement. Si nous prenons mal^ au lieu de mel, nous aurons pour mal-car, un frétillement invisible, merveilleux, enchanté , qui peut également se rapporter au feu comme à l’eau. Dans la langue nahuatl, la lettre r n’existant pas, est remplacée alternativement par un l ou un/. Dans ce cas mal-car s’interpréterait par la chaleur tournante comme le bois qu’on frotte pour allumer le feu. Hercol même trouve encore une étymologie satisfaisante dans le quiche : Her, la colère, la fureur cachée; col, outre une multitude d’autres significations, présente tout d’abord celle de tourner, de s’enflammer, de seconcentrer; col encore est la résine, toute matière poisseuse, inflammable.
Que vous dirai-je encore d’Hercule, enlevant à (1) Ihid., pag. 172, note 4.
— 222 — Apollon le trépied sacré? Vous le reconnaissez, sans que je vous le dise; c’est la vague rompant la terre, enlevant à son profit les trois grandes Antilles, qu’elle forme, en les environnant. Ce sont là, comme je vous l’ai dit, les trois pieds de la cuve mystique. Ce sont ces trois îles, où l’humanité échappée au cataclysme, recomposa la société et ouvrit l’ère nouvelle de la civilisation. Ce sont là, comme le dit élégamment le Teo-AmoxtUy les trois pierres du foyer domestique, dont l’usage, depuis six mille ans, n’a cessé de se transmettre de génération en génération chez les populations de l’Amérique. Que de fois, voyageant avec les indigènes au Guatemala, n’ai-je pas observé cette pratique, quand il s’agissait de faire bouillir de l’eau ou de cuire des aliments. C’est le premier objet de la halte, en quelque endroit qu’on se trouve. On choisit troispierres àpeu près égales,on les réuniten triangle, on y souffle le feu et voilà le foyer. Vient la marmite remplie d’eau qu’on place dessus, et dans cet acte si simple, vous avez la représentation de plusieurs des mythes les plus profonds de l’histoire. Les trois pierres sont les signes des trois îles, peut-être aussi de trois volcans, le feu sous la marmite, celui du feu souterrain et de l’Océan formé par la catastrophe. Ouvrez les documents mexicains, prenez les peintures, reproduites dans Kingsborough, partout vous retrouverez ces images; vous les y verrez presque toujours avec les caractères du globe ailé de l’Egypte, dont elles sont le prototype, et accompagnées des détails les plus expressifs et les plus parlants. § il. Je n’en finiraispas, sij’entreprenaisdevousles expliquertous etdevousmontrer leur identité avec les détailsde lamythologie grecque ou orientale. J’arrive
— 923 — donc d’un bond à l’une des allégories les moins comprises et qu’on retrouve également en Grèce, en Egypte et dans l’Inde, c^est celle qui concerne les Cercopes ou les singes. C”est, toutefois, une de celles que Creuzer a touchées avec le plus de perspicacité, lorsqu’il a vu dans ces animaux l’objet d’une fiction relative aux mouvementsvolcaniques de la terre. Quanta moi, j’en dois la première explication à M. Rillieux qui, plusieurs mois avant les dernières découvertes que j’ai faites, m’avait assuré, en comparant la tradition merveilleuse des deux singes du Popol Vuh à sa lecture du Livre des Morts, que ces deux singes étaient les symbolesdu soulèvement des montagnes sur une portion de la terre engloutie, avant la catastrophe finale.
Depuislors,mes propresrecherchesont confirmé entièrement cette observation. C’estdonc avec l’histoire des deux frères, tellequ’elleestracontéedans lePopolVuh, que je vaisvous éclaircir ce fait important.
Les premiers noms qui apparaissent dans cette partiedu Livre Sacrédes Quiches, sontceux de Xpiyacoc et de Xmucané appelés constamment les grandspères et les grand’mères du soleil et de la lune, les enchanteurs et les astrologues par excellence, le père et la mère, les nourriciers des hommes. Bien que le premier soit distingué, d’ordinaire, comme le mâle et le mari de l’autre, tous les deux, néanmoins, portent le signe du féminin, x pour ix ou xi (ish, shi, exprimant l’idée du vase, signe de la femme) : les deux sont donc desnoms féminins, et ils le sont d’autant plus réellement, qu’ilsdésignent des étendues de mer, dans leur correspondance avec les deux grandes portions de l’Amérique.Xpiyacocou « Celle de laCalebasse glisséeàl’eau, » indiquant l’Amérique septentrionale avec le golfe, au moins jusqu’à l’extrémité du Mexique,
— Î24 — Xmucané^ Celle des dents du Serpent mouille ou des Pointes enterrées, comprenant, avec la mer des Caraïbes, toute l’Amérique méridionale. Ce sont, dans la langue nahuatl, Cipactonal et Oxomoco^ deux noms que j’aurai à expliquer plus loin. De môme que les deuxgrandes portionsde l’Amérique ne fontqu’une terre, qu’un continent, avec le golfe du Mexique, d’un côté, et la mer des Caraïbes, de l’autre, de même les deux divinités n’en font qu’une seule, en se confondant l’une avec l’autre. Le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes, considérés ailleurscomme les deux faces du miroir mystique, sont encore envisagés ici comme lesjuponsde lamèredesdieux ; de là lesnoms qu’on lui donne d’Ilnn-Cueitl, « le Vieux Jupon» ou plutôt « le Jupon qui s’avance en tournant, > et d’Jlama-Tecutli\ € la vieille Dame, » ou plutôt « la Voie qui coupele contourdu Golfe ou del’estuaire, » noms éminemment topographiques, dans un rapport direct avec ceux de Tezcatlipoca, et surlesquelsje n’insistepassans raison .
Car s’ils s’appliquent ici d’une manière spéciale à la mer, s’ils sont des épithètes de la divinité qui contenait les deux méditerranées, ils s’appliquent aussi à la terre, mère des dieux, en tant qu’elle était la maitresse des deux mers américaines intérieures.
De là venait que cette divinité, appelée aussi Tona^ € NotreMèreou la Mèrede la chaleur, » renfermait ainsi en elle-même les deux sexes, la terre mâle et l’eau femelle,ouvice-versa. C’estpour cela aussi qu’àl’époque de la fête qu’on célébrait en son honneur à Mexico, durant le mois Tititl, la femme qui étaiî, chargée de la représenter, portait deux masques, l’un devant et l’autrederrièrcchacunavecunegrandebouche ouverte etdes yeux saillants,imagesévidemmentdesdeuxmers intérieures et des terres environnantes, dont elle était
— 225 — le double et mystérieux symbole. En sa qualité de mère des dieux, elle avait sur la tête une couronne de papier crénelée, semblable au modius de Cybèle, couronne que Sahagun n’explique pas, mais qui paraît faire allusion aux îles de la mer des Caraïbes, dont les créneaux symboliseraient la vitalité. C’est à quoi correspondraient encore les Dents du serpent mouillé ou les Pointes ensevelies, qu’on trouve dans le nom de Xmucané : l’interprétation se rapporterait aux montagnesdont les bases furentinondéesautemps du cataclysme et à celles qui surgirent au-dessus des flots, signes de la vie nouvelle. L’idée de l’union de la terre et del’eau sereproduit continuellement, sousune foule d’images, dans les noms divers de cette divinité qui reparaît ainsi comme laLune ou le Croissant, où se réunissaient les deux éléments, sources du nom à’Ilan-Cueitl et d’Ilama-Tecuili. De là, venait peutêtre le nom à’Ariémis qui aurait pour étymologie en quiche, en dehors de son étymologie grecque, al-te-mi, l’Engendré de la courbe de la mère, et en mexicain, Celle qui est remplie d’eau ; celui ^llithyamême, qui se traduit à l’aide de la langue nahuatl, signifierait Teau du ventre tournant, il-iti-a, qui rentrerait ainsi dans l’idée présentée par lenom &Ilan-Cueitl.
C’est en leur qualité de mères et maîtresses desdeux méditerranées que Xpi/acoc et Xmucané sont les épouses du Croissant, Metztli^ en tant que celui-ci est le mâle, Lunns;demême qu’Isis, au midi, étaitl’épouse d’Osiris et Nephthys, sa concubine, au nord. L’un et l’autre sont appelés le père et la mère de Hunhun- Ahpu et de Fukuh-Hun-Ahpu, dans le Popol-P^uh, deux frères, dont le nom principal, Ahpu^ celui de la sarbacane, ou plutôt du souffle, désigne la puissance volcanique, symbolisée dans Nanahuatl, en tant que
— 2J6 — feu visible et extérieur. Mais ces noms divers, tels qu’ils se lisent dans l’ensemble du texte, à la suite l’un de l’autre, présentent aussi une double interprétation, exactement comme ceux du texte nahuatl. Des deux premiers Hunhun-Ahpu, F^ukub-Hun-Ahpu, on lit non-seulement que « chacun des souffles volcaniques soufflent à sept et n’en font qu’un », mais encore que « un qui souffle par sa propre puissance (fait) sept qui soufflent par leur puissance propre ».
Venant ensuite à leurs père et mère, le texte dit :
Are cutricahau ri XpiyacocXmucanechique^ cequi veut dire à premièrevue : « Celui-ci donc son père ces Xpiyacoc, Xmucané à eux. » Mais en scindant simple-ment le mot cah.au ^ père, en càh-au^ on trouve dans le premier monosyllabe le sens d’une rupture violente, et dans le second celui du collier^ de la surface fermée ou de l’eau du vase, ainsi queje vous l’ai expliqué plus haut. De là ce sens énergique pour l’idée entière : « Et ceux-ci sont les Déchireurs du collier ou de la surface de celle qui glisse dans l’eau et de celle des Dents du serpent mouillé», le mot cali donnant à entendre un autre sens, également double, celui de déchirercomme un époux ou bien comme un enfant sortant du sein de sa mère.
A son tour Hunhun-Ahpu a deux fils. Ces fils sont les enfants légitimes qu’il engendre de son épouse Xbakîyalo, nom étrange que Ximenez traduit justement par ces mots «huesos atados», c’est-à-dire les os attachés ensemble. J’ai longtemps cherché à de-viner ce que cesos voulaient dire, et peut-être n’eusséje jamais découvert leur signification réelle, si, en étudiant les planches du CodexdeDresde etduManuscrit Troano, je n’avais parfaitement reconnu ce nom dans les osde mort croisésqu’ony voit fréquemment, tantôt
— 227 — isolés, sur un fond noir, tantôt au centre d’une sorte de vase ou de fronde représentant la mer ayant pris la place des terresenglouties. Ces os, on ne le voit que trop, expriment la mort et ils s’échangent, dans les mêmes documents, avec une sortede natteou de tissu qui, dansson entier, est le signe de la vie ou de l’existencede cette mêmeterre. S^ Il s’ensuit donc que la mère des deux fils aînés {^^ de Hunhun -Ahpu , étant sa femme légitime, elle s’identifie, par cela même, avec la région engloutie la première, c’est-àdire avec celle qui recouvrait la mer des Caraïbes.
C’est cette région des os empaquetés, dont l’idée se retrouvait sans doute dans le Tlaquimilolli, le paquet sacré, l’enveloppe sainte, objet des hommages de tous les peuples du Mexique, considérée jusqu’à la fin comme le palladium des cités et des rois.
Hun-Batz et Hun-Chouen sont les noms des deux fils. Le premier se traduit, d’ordinaire, parUn Fileur ou Un-Singe, batzayant la signification du fil, d’abord, du verbe filer, puis du singe, à cause de sesgrimaces qui le font ressembler à une guenon filant. Batz, toutefois, a un sens plus profond, et Ximenez dit qu’il faisaitoriginairement baatz, mot qui, selon lui, fait allusion à lajoie et au festin des noces, sans s’en expliquer davantage. Ba, ainsi que j’ai eu déjà occasion de le dire, c’est la taupe, c’est l’animal qui se creuse une demeure souterraine ; atz en est le signe visible ou invisible,mais sensible etqui peutjeter l’épouvante ; c’est, dans le langage ordinaire, une poupée ou un épouvantail pour chasser les oiseaux. i?a est aussi le feu qui couve et se recueille dans le foyer, atz en est la fumée, lavapeur et peut-être la flamme dans ce qu’elle
- 228 – ade soudain et d’éphëmèrc,comme le feu follet. De là \gmoiXib-al-l?a,nom de l’enfer,del’Orcus, duroyaume des ténèbres, au sujet duquel j’ai fait naguères, tant de conjectures et qui, en réalité, signifie « l’embryon qui seremuedansles entrailles, le feucouvant en bas > .
Ba a encore le sens d’une bouchée, de ce qu’on a mâché et avalé, de ce qui est descendu dans l’estomac, ce qui s’applique, d’une manière toute particulière ici, à la région mâchée et engloutie par le grand engloutisseur, am, dont j’ai parlé ailleurs. Ba est donc ce qui est au plus bas.
Mais comme cette région descendue dans l’abîme était a^ès tout la maîtresse et la mère des hommes, et sans doute aussi d’une civilisation antérieure, il s’ensuitque ba emporte encore avec lui la signification d’ancêtre, d’aïeul et de père, en langue maya, dans le sens de senior et de dominus, de ce qu’il y a de plus respectable et de plus ancien. De là, dans la même langue, le mot ba-al, l’embryon, le filsde la taupe, du feu caché, nom donné à l’explosion du volcan, au soleil, au € petit-fils des eaux», suivant le Véda: delà encore aujourd’hui l’application, en maya, de baaly dans lesensde noble, deseigneurial, etc. , etdebaalba, pourexprimerlefonds seigneurial, l’héritage paternel, provenant des ancêtres. Voyez-vous, Monsieur, comment le Baal, ce Dieu, ce seigneur-soleil des^Syriens, comment Bacchus, ba-qush, le cœur, la vie du foyer caché, comment les racines sanscrites en b/ia^ etc., peuvent se rattacher à la même origine? Je ne serais pas étonnémêmeque le mot germanique ambacht, le centre du corps de métier, probablement, l’antique foyer de la tribu, ne vînt également s’y relier. Dans la langue nahuatl, le vocable Oçomatzin, seigneur enlaçant ou tissant la voie, qui exprime l’idée du singe,
— 229 – oçoinatl, présente de son côté une étymologie plus complète, o-çomat-tzin^ signifiant précisément le cratère entrelaçant sa voie. § 12. Et tout cela, Monsieur, pour vous expliquer l’origine du nom de Uun-Batz^ donné au premier des filsde Hunhun-Ahpu. Voyonsdonc maintenant quelle est la signification du second. Hun-Chouen^ littéralement «Une Souris cachée » ou « un lac en sentinelle, > car l’une et l’autre se trouvent dans cette expression.
Mais si celui-ci fait allusion d’une manière particulière aux eaux de l’Océan qui se substituèrent dans le bassin de lamer des Caraïbes, à la terremarécageuse» symbolisée par le nom de Xbaki-Yalo, l’un et l’autre expriment également, par l’ensemble de leurs attributs, les mouvements désordonnés auxquels cette région, déjà ensevelie sous les eaux, continua d’être en proie, avant la catastrophe finale. « Or, tous deux, » dit le Popol-Vuh (1), faisaient rompre la terre, » leur condition étant de connaître les grands soulè- » vements (littéralement les grandes ruches à miel, » symboles du travail des feux souterrains), et grands » étaient les signes qu’ils faisaient, sortant pour » voir de haut ce qu’il y avait sur la terre, grand » était donc leur pouvoir et leur soulèvement.» Puis un peu plus loin, le texte ajoute dans son sens ordinaire : « Joueurs de flûte, chanteurs, tireurs de sarba- » cane, peintres, sculpteurs, joailliers, orfèvres, voilà » ce qu’étaient Hun-Batz et Hun-Ghouen. » Joueurs de flûte, ahzu^ c’est-à-dire faisant du bruit, sonnant, suçant, absorbant et déchirant ; car tel est le sens de zw, identique avec le ço mexicain, duquel le sanscrit (1) Livre sacré des Quiches, part. II, chap. v.
— 230 – a prisses racines en- su et en sa^ etc. Us sont chanteurs, ahbix, ce qui signifie également promoteurs, créateurs d’étincelles, bix (bish) étant le chant à la fois etrétincelle du feu, c’est-à-dire le chant du volcan.
Car l’un et l’autre aussi sont ahpub, tireurs de sarbacane, ce qui veut dire les puissances du souffle de rOrcus ; ahtsibenai, peintres et écrivains ; car ils peignent, ils écrivent leurs faits et gestes dans les montagnes qu’ilssoulèvent et descendent tour à tour, dans la nature entière, dont ils sont les sculpteurs, ahqoty où ils coupent, taillent et cisèlent les rochers, en produisant les mille variétés de la cristallisation. Ils sont joailliers, ^zZrjr/i, orfèvres, ahpiivak^ c’est-à-dire les auteurs des pierres précieuses, les fondeurs des métaux qu’ils ont engendrés et mis en œuvre.
Tels sont ces artistes, à la fois toltèques et chichimèques, les patrons et les dieux de l’art, les maîtres de tous les artistes qui les suivirent et qui ne firent qu’imiter faiblement leurs chefs-d’œuvre. Ces sages, ajoute lePopol-P^uhy s’exerçaientchaquejour, encompagnie de leurs pères et d’un grand nombre d’autres, à jouer au ballon, dans la salle du jeu de paume, pnffoirty en dedans et au-dessus de l’Arbre mystérieux, de ce cyprèsmajestueux qui s’étendaitau loin , telqu’on le voit si fréquemment dans les peintures. Fatigués du tumultequi avait lieu au-dessus de leurs têtes, les puissances de Xibalba, les roisde l’Orcus, obligent lesdeux frères, Hunhun-Ahpii et Vukuh-Hun-Ahpu à descendre dans l’abîme où ils sont condamnés à mort. Nouvelleimagedesvolcansquis’éteignentmomentanément aumomentoù Quetzal-Coatl,où larégiondu Croissant descend une première foissous leseaux. Caché maintenant sous l’enveloppe d’un arbre mystérieux, opérant des merveilles aux enfers, Hunhun-Ahpu attire à lui
— 231 — unefemmejeuneet belle à laquelle il lance sasemence.
Cette femme c’estX<^«/^, le vasequi porte le ballon de ^ gomme élastique, la boule noire, qui remplace son épouse, c’est-à-dire l’eau qui est à la surface de la mer desCaraïbes, remipldiÇiiniXbaki/alo^ la terreenfoncée et dont le nom Xquiq, l’œil ou le vase de la gomme liquide, fait peut-être allusion aux matières résineuses qui nagent, encore de nos jours, à sa surface. C’est elle qui donne le jour à Hun-Ahpii et à Xbalanqué, « Un seul volcan » qui sera le plus grand, et le « Petit-Tigre; s tous les deux jouent dans le Popol-Viih le même rôle queNanahuatl etNecoc-Yaotl ou Tezcatlipoca, la vague sur l’un et l’autre vase. Car Xbalanqué, c’est la vague du golfe du Mexique qui vient de naître.
C’est avec la naissance de ces deux jumeaux que commence, dans le Popol-Vuh, le roman des deux frères, changés en singes. Sous le prétexte d’une chasse aux oiseaux, Hun-Ahpu et Xbnlanqué les emmènent à la campagne : mais les oiseaux qu’ils tirent restent entortillésdans le feuillage d’un grand arbre où il n’est possible de les saisir qu’en y montant. Hun-Batz et Hun-Chouen y grimpent. Mais à peine sont-ils entrés dans ses branches, que le tronc de l’arbre grossit et grandit démesurément. Remplis d’épouvante, ils s’efforcent, mais en vain, d’en descendre. Ils implorent leursjeunes frères, qu’ils ont troplongtemps offensés, et dont les conseils actuellement’ne servent qu’à continuer le prodige et ils sont métamorphosés en singes.
Cet arbre, encore une fois, c’est une partie du Hom^ qui reçoit le nomde Can-té^ c’est-à-direde « l’enclume de laterre. » C’est en effet là l’enclume où les forgerons telluriques, où les puissances infernales ont battu le marteau avec le plus de force : c’est ce fond de la mer
- 232 – des Caraïbes, où la forge continue à brûler, depuis des siècles, où les cyclopes ont cherché, l’année dernière encore, à renouveler leurs prouesses; c’est là qu’est € la Limné d’un rouge ardent, au golfe du couchant, sur les rives de l’Okeanos. » De là la tradition transportant aux montagnesde la Tayrona^ ou de laForge, qui s’élèvent aux rivages deMaracaibo, l’enclume célèbre où se forgeaient lesarmures d’or de tous les rois de l’Amérique (1 ) . C’estqu’en effetHun-BatzetHun-Chouen sont lesgrandsforgerons de l’antiquité, et leurchangement en singes symboHsa tout simplement, comme vous l’avez vu, les soulèvementsqui eurent lieu dans la mer des Caraïbes. Au moment où ils descendent de la montagne , pour venir danser devant leur aïeule, au son de la flûte de Hun-Ahpu^ l’appel du musicien jouant quatre fois est l’imagedes quatretremblements de terre qui eurent lieu successivement et à peu de jours d’intervalle, quelquetemps avant lacatastrophe, et les trois apparitions des singes devant Xmucané sont le symbole précis des trois soulèvements qui se manifestèrent alors dans les Antilles et dans l’Amérique méridionale.
Ces soulèvements sont toujours rendus avec une grande intelligence dans les documents mexicains. Le Manuscrit Troano, ainsi que le Codexde Dresde^ vous montrent le travail du feu souterrain exprimé, entre autres images, par le travail d’une ruche d’abeilles, dont les cavités symbolisent les cavités produites par l’effort volcanique. La ruche par elle-même, vous montre on ne peut mieux le parti que lesanciensAméricainsavaient tirédel’industrie visible (1) Piedrahita, /^ù^ gen. del reyno de Nueva Granada. etc. lib. II, cap. IX.— Julian, la Perla delà America, etc. part. I, dis. m, iv, vju, et part. II, dis. ii.
- 233 de ces insectes , pour rendre leur pensée au sujet de l’œuvre de la nature dans les entrailles de la terre.
Lesdeux figures suivantes sontfrappantes à cet égard : les deux abeilles bien qu’identiques, en apparence, vous laissent voir des variantes dans les têtes, dont l’une est l’expression du volcan encore caché, tandis que l’autre est l’image duvolcan déjàouvert. Le corps de l’une etde l’autre vous en indique les cônes qui se soulèvent, les pattes, le souffle des gaz intérieurs : les signes inférieurs du premier, semblables à ceux que vous retrouvez dans Landa, sont à gauche Caban, dont le sens, en son entier, signifie descendu et peut s’appliquer ainsi au Croissant, descendu dansles flots ; c’est le douzième de ceux du calendrier maya. Mais, analysé, caban signifie à la fois ce qui est bouleversé, et aussi ce qui fait un amas, un assemblage de choses ramassées. Deux signes caban se surmontent l’un l’autre, peut-être afin dedonner à entendre simultanément que la descente du Croissant dans l’abîme a donné lieu à un soulèvement, à un amas de terres, de montagnes ou de rochers bouleversés. Le hiéroglyphe suivant, placé au milieu , au-dessus de celui de l’eau qui se perce une issue, par son contournement , est Cavac, seizième des jours du mois maya. Vous y retrouvez le soulèvement exprimé par le rayon de la ruche à miel, ainsi que le double signede la délivrance, opérée dans le solpar les feux intérieurs. La lecture du signe correspond encore aumême ordre d’idées, cavac étantcomposéde ca, ce
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234 — qui, ce qui est, ce qui fait, -urtc, le vide, vocablequi, en nahuail, a le sens de sécher, dessécher, se rétrécir, identique, au fond, et qui paraît bien être la racine du latin vac-uus^ etc. Enfin, à votre droite vous voyez, dans le môme sujet, le signe Kan, jaune, tout denteléau dehors : c’estcelui de la terresoulevéedont il a la couleur|dans lesdocuments originaux ; au-dessous vous pouvez reconnaître le caractère phonétique ‘A, aspiré, pour ah^ celui qui, exprimant que c’est là celui qui soulève la montagne, la puissance tellurique. A l’image d’en bas, vous pouvez observer les flammes du foyer souterrain qui vont alimenter le cratère dessiné dans l’abeille planant au-dessus. Les documents mexicains sont remplis de détails du même genre, et je ne doute pas qu’unelecturecomplète de leurs signes et de leurs images ne nous fassent connaître plus tard les mouvements divers de la terre américaine et les noms mêmes des lieux, avec les particularités qui les distinguent géologiquement. Le texte du Popol- P^uh, non moins que celui du Codex Chimalpopoca^ une fois traduit,comme il doit l’être, nemanquera pas dejeter une grande lumière sur l’interprétation de ces images. Lisez avec attention le chapitre où il est question de la danse des deux singes et voyez si, d’après toutcela, leursgrands yeux ronds, leursmuseaux allongés, le frétillementde leursqueues, leursgrimaces detoute expèce, n’expriment pasadmirablement l’idée des deux golfes, des lacs, des cratères, des cimes des montagnes, desbouleversementsde touteespèce, qu’ils occasionnent,en excitant sivivement, par trois fois, la risée deleurgrand’mère. Ce rirelui-même, ces contorsions convulsivesde la vieilleXmucané n’indiquent-ils paségalement avecnaturel les mouvements convulsifs de l’Amérique, auxjours suprêmesde la catastrophe?
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235 — g 13. Avantde terminer ce quime reste à vous dire du mythe des singes, selon la mythologiegrecque, permettez-moi encoreune réflexion au sujetdeXmucané, ce type si peu gracieux de tant de belles déesses grecques ou égyptiennes, que vous connaissez ; elle n’est pasmoinsimportante pour l’interprétation généralede la mythologie. Dans le texte du Popol-Fuh, Xmucané esttoujours appelée l’aïeule : elle est l’aïeuledu soleil et des créatures r’Atit gik, rAtit hit, noms qui signifient également l’aïeule de l’amollisseur, l’aïeule du déchireur, et que l’on comprend aisément, si l’on se reporte à ce que j’ai dit plus haut. Mais en Hsant ces mots, vous ne sauriez manquer d’être frappé de l’identité du nom d’Atit avec celui de VAditidu Véda. Les deux, en effet, ne font qu’un. Écoutez ces paroles : «Invo- » quons le nom propice d’Agni, la première divinité » des immortels, qu’il puisse nous donner à la grande 9 Aditietqueje puisse revoirmonpèreetma mère (i ) . » Eh bien ! n’est-ce pas comme Xmucané, Aditi, le père et la mère des humains ; car elle est leur nourricière, elle est l’aïeule de la créature, puisque, suivant le scholiaste Sâganâ (2), Aditi signifie la terre, et c’est sous ce rôle qu’elle apparaît dans l’ensemble des Védas. Atit, dans la langue quichée, offre toutefois une idée plus complète, ou mieux plus détaillée. A, c’est l’eau, c’est la demeure universelle, ti est la nourriture en général, toute chose servant à l’alimentation et même tout membre du corps vivant et alimenté. Ati ou Atit est la mère et l’aïeule ou la vieille, l’Ancienne par excellence ; atii est le moule, humain ou non humain, et lorsqu’on dit vati, mon aïeule, les (i) Rig-Veda-Sanhitd^ trad. de Wilson, vol. 1, pag. 61, v. 2. (2) Ibid. pag. 117, note 6, et pag. 193, v. 9, etc.
— 236 — deux syllabes va et ti expriment à la fois également le pain et la viande. j4tiia ou Àdita signifierait régulièrement l’aïeule de l’eau, Atiti, l’aïeule de la nourriture. Dans la langue nahuatl, Atiti signifie celle qui contient l’eau, le ventre de l’eau; Atitan ou Atitlan^ c’est ce qui domine l’eau, ce qui est au centre et audessus de l’eau, tan ou dan, indiquant la terre extérieure, et c’est un nom de localité, commun au Mexique et dans l’Amérique centrale. €Adm, dit le Véda (1), est le ciel, Aditi est le fir- » manient, Aditi Q%i mère, père et fils; Aditi est tous » les dieux, les cinq classes d’hommes sont Aditi; > Aditi c’est i’engendrement et la naissance. » Eh bien, tout cela n’est-il pas également réuni dans Atit, dans Xmucané, la maîtresse du golfe méridional, la mère des dieux, qui tous sont sortis de son sein, la mère des dieux, qu’elle a placés au firmament qu’elle représente, ainsi que je vous le démontrerai dans la lettre suivante, Atit, l’aïeule, la mère et la nourrice des dieux et des hommes. Car si les Adityah sont au nombre de sept ou de douze, issus à’Atiti, vous les retrouvez dans les chefs toltèques ou chichimèques, dont il a été question plus haut : ils sortent du corps de leur mère, de la terre américaine, et le huitième, ^gni, c’est Topiltzin, c’est Nanahuatl, issu de l’œuf du serpent, demême que Mrytyu, le génie de la mort.
Ainsi les Adityah du Védasontbien les sept puissances de la terre, personnifiées, comme vous l’avez entendu plus haut; ils sont les volcans dont l’explosion sauva le monde, tout en lui infligeant une épouvantable catastrophe. C’est dans ce sensqu’il est dit à’Indra, l’un des Aditjahs, qu’il est le frèrejumeau d’^gm, comme (1) Ihid. pag. 230,v. 10.
— 237 — Tezcatlipoca était le frère jumeau de Nanahuatl^ comme la vague, en s’unissant au feu, comme Xbalanqué éis.ïi lejumeau de Hun-Ahpu. Si son marteau tue Fritra, c’est qu’en apparaissant, il délivre la terre des gaz et des feux qui la bouleversaient, personnifiées dans ce dieu cruel, comme dans le Zipacna du Popol-Fuh. Indra est donc le symbolede ladélivrance par l’eau, parce qu’avec A^ni^ il ouvre d’un coup de marteau le réceptacle de tous les feux, en les couvrant des eaux de l’abîme. C’est donc lui qui rend le soleil visible, puisque, par lui et avec lui, Nanahuatl monte au ciel où il est métamorphosé dans l’astre du jour.
Voilà pourquoi Agni se manifeste avec Indra et brille au-dessus des flots, voilà pourquoi le chantre du Véda s’écrie : « Tu as été nourri constamment d’oblations, » ô Agni ! depuis que les Adityahs, t’ouvrant un che- » min à l’immortalité , instituèrent (tous les rites sa- » crés) qui les empêchèrent de .tomber, et la terre- » mère Aditi s’efforça par son énergie de soutenir (le » monde) avec ses puissants fils. » Wilson, que je traduis, intercale avec raison dans ce verset les mots « rites sacrés, 3> afin de le rendre plus intelligible au lecteur ; mais il était dans le vrai probablement bien plus qu’il ne se le fût jamais imaginé. C’est, en effet, par l’institution des rites sacrés que les fils d’Jditi sauvèrent le monde : car les rites primordiaux cesont les déchirures qu’ils opérèrent, en sortant du sein de leur mère, ainsi que je vous le disais plus haut deXmucane\ appelée l’Aïeule du déchireur, rJtlt bit. Le mot rit^ identique, dans la langue quichée, avec la forme plus archaïque yit du mexicain et du maya, mais qu’on trouve simplifiée d’ordinaire dans it, exprime aussi bien que ret l’idée de rompre, de déchirer, de trancher, d’ouvrir avec violence, idée
- J38 – qui se retrouve encore avec certaines nuances dans ratz, rax (rash), rex (resh), rix (rish) et riz,qui appartiennent à la même langue, et que le mexicain et le maya présentent également, abstraction faite du préfixe r. Le sanscrit vous en donne quelque chose dans rad, riç etm, etc., ce dont vous pouvez vous assurer en prenant le dictionnaire des racines deWestergaard, ou bien , si vous le préférez, celui de Burnouf ou de M. Eichhoff. Mais le rit quiche est le primitif, pour ne pas dire la racine, du vocable rita, le lieu du sacrifice, selon leVéda, et qui peut avoir, selon les circonstances, ajoute Wilson (1), le sens d’eau et môme de soleil. Ces idées si différentes et dont le traducteur peut difficile-ment se rendre compte, s’accordent, toutefois, parfaitement avec l’idée primordiale rit-a^ signifiant en réalité la déchirure de l’eau, le gouffre qui s’ouvrit entre l’Amérique et lapartieduCroissant prèsde s’engloutir, gouffre qui était véritablement le lieudu sacrifice, dont la grande victime était sur le point d’être immolée, et d’où était sorti le volcan, depuis transporté au soleil.
C’est là ce qui donne au rite, dans le Véda, une si grande solennité ; c’est ce qui fait que tant de noms propres et de vocables, où vous trouvez cette racine incluse dans ces hymnes, en ont dérivé, avec leur origine, une importance si significative : mais si le Véda attribue, d’un côté, les rites aux Adityahs, ailleurs, c’est lia, la fille de M^wm, qui en est l’institutrice; lia, qui n’est autre qu’Ilamaou Ilama-Tecutli^ la voie ou la surface qui découpe le contour du golfe ou de l’estuaire, dont les Adityahs sont les instruments, et que nous avons vue plus haut identifiée avec Atit ou Xmucané. (1) Rig-Véda-Sanhitd, vol. I, pag. 193, v. 9.
— 239 – Remarquez encore que, si j’hésite à dire que rit est une racine, c’est qu’en effet ni rît, ni ri, ne sont de véritables racines. C’est la voyelle i qui est la racine, le fondement de tous ces mots, comme de bien d’autres. /, dans le quiche et le maya, signifie d’ordinaire le petit-fils de la femme, c’est l’embryon, et dans la langue antique des insulaires de Haïti, c’était une particule indiquant Taction, la vie; ajoutez-y l’affixe r, et vous avez le principe mâle, ri (identique avec //, ///, en mexicain), celui qui se remue, qui s’agite, que vous retrouvez, selon Bunsen (1), dans Viri égyptien, faire, agir. Si au lieu de l’affixe r, vous donnez à 1’/ le suffixe «, vous avez dans la langue de Haïti, le principe femelle, in, la femme , exactement comme en chinois (2); de là, dans la tradition haïtienne l’oiseau Inriri, celui qui ouvre la femelle, c’est-à-dire le feu volcanique s’ouvrant un passage dans la terre; de là le verbe jino, creuser la terre, etc., dans le quiche, dans laquelle ri devient aussi pronom démonstratif, comme re, qui a encore le sens du signal, de la dent, de la pointe, faisant, en outre, re^, déchirer, montrer, etc. Ce qu’il y aencore de remarquable à ce sujet, c’est que, dans l’alphabet égyptien, tous les mots commençant par un r, sont signifiés par une bouche ^—. , qu’on pourrait aussi bienprendre pour toute autreouverture et pour la déchirure du gouffre atlantique.
C’est à la même source qu’il faut indubitablement attribuer le Mriiyu des traditions indoues, l’aftàmé de la mort, dont le quiche vous donne l’étymologie dans am-rii-yuy l’araignée, la vorace de la déchirure sif- (1) Egypi’s place in universal hislory, vol. IV, pag. 90, (2) Stanislas Julien, cité par Lajard, Recherches sur le Cyprès Pyramidal, etc., pag. 160.
- 240 — fiante, dont vous avez vu déjà plus d’une fois l’identification avec la limné souterraine, où, comme le chien dans sa tanière se tient ^gni, couché sous les eaux, sur le sein de sa mère. Cette mère, la Bâdavd des légendes brahmaniques, c’est la limné elle-même, c’est ce foyer souterrain des régions de Kush et de Chavila, de qux, le cœur ou la vie, en quiche, le lieu d’où vient le souflFIe; de Chavila ou Khavila, de l’eau qui garde le feu ; car la Badaud vous donne encore, dans la première syllabe de son nom, cette taupe blottie entre l’eau et le feu, ba-t’au-a, la taupe dans l’abîme de l’eau, ou baUau-a^ la pourriture, la maturité de l’abîme, ou ha-ta-^ya^ la taupe qui donne la nourriture, ^/i^/rt^,qui possèdel’embryon qui monte;
Mukhah^ qui garde l’enseveli, le pourri, etc. Bâdavd- ^gni, la taupe de l’abîme de la flamme au long nez {ag-ni) ou de la flamme qui pétille, agnis {ag-niSy d’où le latin ignis). Voilà, Monsieur, comment le Bâdavâ correspond, ainsi que tant d’autres noms et de symboles, au foyer volcanique américain, au culte de l’Orcus, dont les sanctuaires s’étendirent à tous les rivages du monde, après qu’elle eut mis au monde ses fils jumeaux, le double volcan, les Badaveyan, les deux cratères de la Bâdavâ, dont la personnification existe sous tant de formes dans les théories philosophiques de l’antiquité.
Telle est l’origine du foyer de l’autel souterrain, des deux colonnes de l’autel, des deux stèles, sorties du rite de la déchirure primordiale, origine des hiéroglyphes, des lois, des règlements, des ordonnances, lois de la dimension, lois de la mesure qui règlent le ciel et la terre, le monde des dieux et le monde des hommes. Ûe ce rite primitif datent les deux holocaustes que les Védas commandent d’offrir aux dieux
- 241 — gardiens du monde : l’un immédiatement au crépuscule du soir, quand le soleil vient de disparaître à l’occident, avant la tombée de la nuit; car c’est l’heure de terrible mémoire, où les dieux descendant sur l’autel, sur le brasierardent de Nanahuatl, s’opéra le rite solennel dans la plus profonde des déchirures, en entraînant sous les eaux les régions où l’on voit aujourd’hui lamer des Caraïbes et le golfeduMexique.
L’autre sacrifice, avant l’aurore, au momentoù la nuit se retire, où le jour tressaille, où la lune s’enveloppe des nuages du matin, moment non moins solennel, puisque ce fut celui où Metztli, où le Croissant descendit dans l’abîme, le second rite, l’accomplissement du second holocauste. Tels sont les deux rites merveilleux, « les deux portions de beurre clarifié qui sont » les deux yeux (du sacrifice), quand les immortels » descendirent des cieux et que les flammes bril- » lantes à’Agni^ù répandirent comme des torrents » dans toutes les directions (1). » Après une digression, que vous aurez peut-être trouvée bien longue, je reprends, si vous le permettez, le mythe d’Hercule concernant les Cercopes, que Xmucané m’a fait abandonner momentanément.
Dans ces singes, poursuivant le héros divin vers l’île du soleil, Er/ihie, et se noyant dans des tonneaux, ai-je besoin de vous faire reconnaître maintenant les montagnes soulevées sur les régions englouties et disparues avec elle dans les vastes tonneaux des deux golfes du nord et du sud, dont ce héros symbolise les vagues. Ces singes , que les Grecs appelaient Pithécuses, 7ci6yiy.oç, eh bien, leur nom également se retrouve, avec une signification conforme à tout le reste, (4) Rig-Veda-SanfUid, vol. 1, pag. 194, v. 10.
— 242 – dans la langue quichée, pi-tpc-oz, sifflcurs, répandant les souffles bruyants ou amoncelant leurs efforts.
Comme les Toltèques, ils se changent en pierres, et, dans leur nom (VArime^ harime, que le quiche me permet de traduire par les mamelons, déchirant l’eau ou sortant de l’eau, grimaçant; vous retrouvezmême le nom que prirent les populations blanches de l’Inde, probablement pour se rendre plus respectables aux yeux des autres. Ainsi que le nom de Toltèques donné aux instituteurs de la civilisation en Amérique, ainsi que celui des Chichimèques et des Aztèques, Arja paraît n’avoir été simplement qu’un titre, en rapport avec les événements du cataclysme, et que les populations blanches, descendues du nord-ouest dansl’Inde, n’auront prisprobablementqu’aprèsavoir soumis les races rouges, dont elles adoptèrent les mythes avec la civilisation ; car des Arjas, comme nation, il n’est nullement question dans le Rig-Véda.
Ari-ya, Teau déchirante, ou le déchirant l’eau, est un nom dont l’étymologie peut convenir également à A^ni et à Indra, les grandes divinités du Véda, et qui s’arrange aussi bien du sanscrit que du quiche. Il rappelle, d’ailleurs, celui des Eyeri, les mâles, les nobles de l’île de Boriquen ou de Porto-Rico, et des oiseaux //zr/r/, dont je vous parlais plus haut. Du cataclysme encorepeutvenirl’origine du nom à’Héraclès, le mot hera,dans lalangue quichée, signifiant l’eau de ladéchirure, d’accordenun sens avec celuide la déesse à l’aide de laquelle Herculedevaitremporterlavictoire sur sesennemis, auprès de l’îleRouge; car cette île, à son tour, n’est autre chose que levolcan de Nanahuatl, couvrant l’océancomme une île de feu, et qui devint le bûcheroù Hercule se livra aux flammes, dans la tunique de Déjanire.
~ Î43 — En voilà assez, je crois, pourvous démontrer l’identité de tous les mythes de l’antiquité avec ceux du Mexique et de l’Amérique centrale, et vous prouver que ces contrées seules peuvent avoir été leur berceau commun. Tous se résument dans le continent américain, Xmucané, lamère et lamaîtresse aussi bien delà terreaimée, de la terre découverte etvisible, de laterre sauvée du cataclysme, que de celle qui fut engloutie dans l’abîme. C’est là ce que paraît signifier le double sens de son nom où domine la syllabemu, la terre hu-mide, en quiche, identique avec mot, le limon primitif deSanchoniathon ; mo, idée femelle, en maya, excroissance, chose qui demeure au-dessus; wo, le sopilote, l’épervier, celui qui plane, semblable au vautour, représentant de laMut égyptienne. Cette terre, secouée parles feux qui la brûlaientintérieurement, était dans une émotion profonde : ces feux éclatent; c’est Atit, délivrée de ses fils, mais qui ne tardera pas à les re-prendre, lorsque, sous le nom et les attributs d’/rchel, fi celle qui étend sa couche, » l’oiseau aux plumes blanches et bleues, elle les enveloppera des langes de la vie, comme l’accoucheuse, et du linceul de la mort, comme l’ensevelisseuse, personnifiées l’une et l’autre dans la même divinité. C’est Atit ou Xmucané, c’est à la fois la terre de l’Amérique et c’est l’eau qu’elleenserre dans sonvase, dansla mer des Caraïbes et dans le golfe Mexicain, bien que chacune de ces choses en particulier devienne, au besoin, une personnification distincte. Ixchel, ainsi que vous ne tarderez pas à le voir, c’est l’eau de cette mer intérieure, mais c’est cette eau sous uneforme remarquable, c’est la glace qui couvrit momentanément les deux méditerranées à la suite du cataclysme, signifiée, selon la mythologie mexicaine, dans les attributs et la divinité
— 244 — à^Jtzpapaiotl, et suivant Tordre des mythes grecs, dans Junon, l’épouse glorieuse du divin Jupiter. Le manteau de l’une et de l’autre, étincelant de pierres précieuses, c’est cette nappe brillante de glace d’oti surgiront bientôt les petites Antilles avec leurs volcans allumés; c’est en Egypte et dans l’Inde le Lotus sacré d’où sortiront les dieux, c’est au Mexique encore le nénuphar, dont la large feuille symbolisait l’Océan glacé. Ainsi s’exprimeà cesujetun ancien chant mexicain, existant en entier dans un des documents de la collection de M. Aubin, dont j’ai copié quelques fragments à Mexico, il y a vingt ans : « Voici les îles » qui surgissent en courbe sur l’eau paisible, voici » où sont les roseaux blancs et les joncs éclatants, » où l’on voit le sable étincelant, comme une nappe » de coton rayé de diverses couleurs, où est étendue > la feuille du nénuphar avec la semence du chêne > et le chat sauvage de couleur fauve… > Je n’ai malheureusement pas l’original de ce document. Ainsi que tant d’autres, c’est là un roman historique, dont le sens caché enveloppe des détails relatifs au cataclysme, conservés dans le souvenir des peuples et non moins intéressants que tous ceux dont je vous ai déjà entretenu dans mes lettres.
En attendant qu’un heureux hasard me le mette entre les mains, je termine cette longue lettre, en vous priant d’agréer, etc.
LETTRE QUATRIÈME
§ 1 . Eussé-je pu m’imaginer, il y aun an, que je parviendrais si peu de temps après, à m’expliquer avec tant de facilité les mythes de l’antiquité, en apparence si énigmatiques, et à renfermer en quelques pages les traits les plus saillants des origines du monde ! Vousmême, Monsieur, vous êtes aujourd’hui convaincu de la réalitéde la découverte que j’ai faite et de l’étendue des résultats qu’elle aura pour l’histoiredans un avenir prochain. Vous êtes convaincu que jene suis niun rêveur ni un enthousiaste, comme vous paraissiez incliné à le penser, au déhut de ma première lettre ; vous commencez à croire que les explications que je vous ai présentéesne sont pas le fruitd’unsystèmeimaginaire. Les faits s’accumulentsousmaplume àmesure que j’écris : les mythes les plus cachés, les fictions les plus obscures se pressent, en quelque sorte sur mon canevas, neme laissant que l’embarras du choix, pour être interprétés. Les horizons les plus incertains se découvrent et le monde anté-historique semble n’avoir plus actuellement aucun secret pour moi. J’ai levé le voile d’Isis au sujet duquel tant de philosophes et d’écrivainsontdisserté, depuis lestemps les plusanciens ; j’ai pénétréjusqu’au fond des sanctuaires les plus obscurs et je déroule insensiblement tout l’ensemble de cette mythologie antique dont l’Inde et la Grèce vous
— 246 — présentent encore, dans leurs poëmes, les vives et brillantes images, EGprxa.
Lecataclysme étaitterminé. Aprèsquatrejoursd’in-exprimable agitation et de mortelle angoisse, la terre respira ; le ciel et l’Océan commencèrent à se calmer.
L’auroredu cinquièmejour éclaira un mondenouveau.
L’Atlantide avait disparu avec ses habitants, avec tous les êtres qui la peuplaient. A la place qu’elle avait occupée, la meravait étendu son immensité, età l’entrée des deux nouvelles méditerranées qu’elle avait ouvertes, se soulevaient les îles, grandes et petites, destinées à devenir les premiers foyers d’une civilisation future.C’estàl’apparitionde ces contrées, environnées d’eau, que fait allusion le texte duPopol-Vuh^ en par-lant des deux frères Hun-Ahpu et Xbalanqué qui, après laconsommation de leur sacrifice, se montrèrent sous la forme de beaux jeunes gens au-dessus des eaux où leurs cendres avaient été jetées : puis, qui, au cinquième jour, se manifestèrent comme des hommes-poissons.
Decette tradition rapprochons celle des populations anciennes de Haïti, conservées par les premiers écrivains de l’époque de Colomb, et voyons comment elle explique celle du Popol-Vuh. « Du commencement > de la mer, écrit Pierre Martyr d’Anghiera (1), ils » disent qu’il y avaitunhomme puissantappelé laia. » Celui-ci ayant tué un fils unique qu’il avait, voulant ^ l’ensevelir, et ne sachant où le mettre, l’enferma > dans une grande calebasse, qu’il plaça ensuite au > pied d’une montagne très-élevée, située à peu de » distance du lieu qu’il habitait; or il y allait la voir > souvent par l’amour qu’il éprouvait pour son fils. (1) Ht rébus Oceanicis, Dec. l,lib. IX, pag. 103-6.
— 247 — > Un jour, entre autres, l’ayant ouverte, il en sortit > des baleines et d’autres poissons fort grands, de » quoi laia rempli d’épouvante, étant retourné chez j> lui, raconta à ses voisins tout ce qui était arrivé, > disant que cette calebasse était remplie d’eau et de i> poissons à l’infini. Cette nouvelle s’étant divulguée, > quatre frères qui étaient nés à la fois d’une seule » couche, désireux de poisson, s’en allèrent oii était » la calebasse : comme ils l’avaient prise en mains > pour l’ouvrir, laia étant survenu, et eux l’ayant ï aperçu, dans la crainte qu’ils eurent de lui, ils je- » tèrent par terre la calebasse. Celle-ci alors se brisa » à cause du grand poids qu’elle renfermait : la mer > sortit par ses ruptures, et toute la plaine qu’on > voyait s’étendre au loin, sans fin ni terme d’aucun » côté, s’étant couverte d’eau, fut submergée; les î montagnes seules restèrent, à cause de leur élé- » vation, abritées de cette immense inondation, et > ainsi ils croient que ces montagnes sont les îles et ï les autres parties de la terre qui se voient dans le » monde. » Cette’tradition est d’autant plus intéressante que tous les mots semblent porter témoignage, non moins que les noms laia ou Giaia (c’est-à-dire Xaia pour Shaïa) ; suivant Romain Pane, ce maître des grands domaines, ainsi qu’il est appelé ailleurs, paraît signifier la terre fertile, dans la langue de Haïti comme en grec yaia ; il s’identifie donc avec Xmucané^ avec, Atit^ laterre américaine, et le fils qu’il ensevelit dans une calebasse s’appelle Jgiaël (asha-el) dans le récit du même auteur (1), c’est-à-dire celui qui sort delà terre fertile, nom qui sans doute fait allusion au feu, (1) A la suite de la/îei«Won des choses de Yucatan, p* 439.
— 248— destructeur de la terre antique. Ce feu se retrouve de nouveau dans les quatre frères qui saisissent la calebasse, symboles des cratères volcaniques, et leur nom de Caracol ou galeux, en les rapprochant de Nanaliuatly nous fait connaître également le lieu de leur origine; ca-ra-col signifiant littéralement l’Epaule des hommes ou la Courbe de la naissance ou de la patrie. Dans le récit de Pane, le plus hardi des quatre frères, celui qui saisit la calebasse et la détache, porte un nom particulièrement remarquable, au point de vue des étymologies anciennes: il s’appelle Dimivan, c’est-à-dire « le Jour ou l’Eclat de la vie de l’homme. > Dimwan, en effet, est une personnification de la puissance volcanique, dans l’apparition des petites Antilles, à la suite du cataclysme, et s’il est l’éclat de la vie de l’homme, c’est que, pareil au phare qui annonce de loin la terre au marin égaré sur l’Océan, le volcan nouvellement issu des eaux, se montra comme le centre de l’asile offert à l’humanité naufragée. Le nom de Dimivan est d’autant plus remarquable, que vous y pouvez découvrir la racine absolue de ce vocable que vous appelez une racine sanscrite, di^ au sujet de laquelle on a beaucoup disserté. Or c’est là une racine haïtienne, mais couverte d’une écorce; en la dépouillant de la consonne d, vous aurez 1’/, l’activité et la vie, tout ce qui s’ag^ite et se remue, le mouvement perpétuel, racine réelle dont je vous ai entretenu ailleurs. Dimivan, ce nom curieux à bien des égards, vous rappellera, sous d’autres rapports, les monts de Demauend, où, selon la tradition persane, Zohak fut renfermé après sa défaite.
Eh bien. Monsieur, ces monts Demavend, c’est cette série d’îles, serpentant à l’entrée de la mer des
— 249 — Caraïbes, la courbe nouvelle, Caracola l’Epaule ou la courbe des hommes, dontDimwan était le principal.
Voilà pourquoi la tortue qui sort de son épaule, bien que désignant d’abord l’île de Turu-Queira, d’où s’élança le premier volcan, et oii fut la première demeure des hommes, échappés à lagrande catastrophe, pourrait bien avoir été plus tard le symbole de l’île de Bon’quen, aujourd’hui appelée Porto-Elico. Pays des Ejeri, c’est-à-dire des hommes nobles par excellence, cette île descendue en partie sous les flots, au milieu des convulsions du monde américain, serait devenue ensuite un des principaux berceaux de la civilisation. Ce qui m’engage à faire ce rapprochement, en attendant quej’arrive à des résultats pluscomplets par la traduction entière du Teo-jimoxtli, c’est que selon la tradition des quatre frères caracol, le lieu où Dimwan reçoit le coup qui fait gonfler son épaule, est appelé Ba-Samanaco, dans lequelvous pouvez reconnaître celui de Samana, nom de la province la plus orientale de Haïti, voisine de Porto-Rico. C’est ainsi quedans le nom de Bayama-Nicoël, qui vient dans la même tradition, on découvre celui de Bayamo, l’une des provinces de l’île de Cuba, désigné dans les traditions desYaquidu norddu Mexique, etdans celle des rois de Michoacan, comme le berceau de leur race.
C’est à l’île de Cuba que la tradition haïtienne rapporte l’honneur d’avoir été la plus ancienne patrie: car elle est appelée du nom de Coaibai, le pays des ancêtres et le lieu où vont les morts, et So-ra-ya, la terre du soleil couchant, ou plus étymologiquement < la terre de la dernière demeure ». C’est cette terre du soleil couchant à laquelle fait allusion le nom de Sûrya, donné au soleil couchant, dans les Védas, par opposition au soleil levant, et c’est le soleil matériel du
— 250 – couchant, identifié avec la région du couchant Sûrja^ que le poëte védique célébra plus d’une fois sous des images brillantes, mais peu intelligibles, non comme l’astre triomphant dans les airs, maiscomme la région du soleil couchant^ échappée aux fureurs du cataclysme, après avoir perdu ses deux bras, symbolisés ici dans les portions du Croissant, descendues dans l’abîme (1). § 2. C’est sous l’emblème des frères Hun-Ahpu et Xbalanqué^ les héros de l’épopée du Popol-Vuh^ reparaissant aux yeux des princes de Xibalba, sous l’apparence de deux misérables, revêtus de haillons, aprèsleurcondamnation etleursupplice,que lamythologie quichée voile le récit de l’apparition des îles, entre les deux méditerranées américaines, et constate la conservation de ces débris de la terre engloutie, à la suitedu cataclysme. Les deux frères exécutent avec une agilité merveilleuse des danses extraordinaires, dont les noms désignent précisément les grandes et petites Antilles. Car le texte du Popol-Vuh, ainsi que le textedu Codex Chimalpopoca^ présente deux interprétations tout à fait distinctes: «De grand matin, > est-il dit (2), apparurent deuxétendues d’eau, l’eau » sillonnant leur surface amollie, l’eau sillonnant la > nappe de leurs bassins ; mais leurs surfaces ne s’a- » grandissaient plus, depuis qu’elles s’étaient creusées > par la puissance du foyer roulant au-dessous. > Comme (ces étendues) venaient de se produire, le > Hibou remuait encore; la Belette aussi remuait; (1) Rig-Veda-Sanhitd, trad. de Wilson, vol. I, pag. 81, note a. (2) Popol-Vuh, Livre Sacré, etc. part. II, chap. i3. Conf. les deux versions.
— 251 — » tandis que le Tatou, les Mille Pieds et les Echâsses » se hérissaient de pointes aiguës, b Tels sont, entre une foule d’autres, les noms que reçoivent ici les Antilles, par allusion apparemment à leur forme et à leurs accidents topographiques. La Belette, par sa configuration, indique l’île de Cuba, le Hibou désigne la Jamaïque, le Tatou Haïti, lesEchâsses les Petites Antilles, et les Mille Pieds, les îles et les bancs de Bahama. De l’île de Boriquen ou de Porto- Rico, il n’est pas question ici pour le moment. Ce qu’il y a, toutefois, d’intéressant à remarquerdans ce paragraphe, c’est la condition où se trouvaient ces îles au leverde l’aurore qui éclaira la fin du cataclysme : l’action volcanique continuait à se faire ressentir à la Jamaïque et à Cuba par des oscillations formidables, tandis que dans les autres, les montagnes, poussées par le souffle intérieur, continuaient à se hérisser de pics et de cônes aigus. Quant à l’île de Porto-Rico, elle serait en partie descendue sous les flots, entraînée par le volcan de Nanahuatl, qui avait creusé les deux nouveaux bassins à quelquesheures d’intervalle ; mais le Croissant, séparé déjà du reste du continent, existait encore, quoique déjà bien près de succomber à la violence des feux qui le déchiraient intérieurement.
II s’enfonça effectivement au leverde l’étoile du matin, ainsi que je vous l’ai fait voir ailleurs, et alors l’île de Boriquen, à demi naufragée, aurait reparu, tandis que les Petites Antilles se soulevaient dans l’immense déchirure, produite par l’absorption du grand volcan, abîmé de la veille. Ces mouvements divers de la nature en convulsion, il vous paraîtra sans doute bien étrange. Monsieur, que je puisse vous les relater avec des détails aussi précis. Il faut, en effet, qu’ils aient été observés de bien près par les hommes qui assistèrent
— 232 — à ce drame immense; car ces détails existent, avec une foule d’autres, dans les textes du Codex Chimnlpopoca et du Popol-Vuh, ainsi que dans la plupart des documents de la collection de Kingsborough. Sous le voile de leurs vocables à double entente, chacun les relate à sa manière, à l’aide de fictions plus ou moins romanesques; mais tous s’accordent admirablement, du moment qu’on lève le voile qui recouvre les épisodes de l’histoire géologique. Les danses des deux frères Hun-Ahpu et Xbalanqué viennent à propos pour donner des mots, dont la duplicité fait le mystère. Le moindre fait a sa raison d’être, et des choses, en apparence, de peu de valeur, ont souvent une importance fort significative.
Xbalanqué, si intimement uni à son frère Hun- Ahpu, vous l’avez vu, c’est lavague qui vient éteindre les feux du volcan. Leur mort, l’un sur l’autre, ex-prime de deux manières ce détail curieux, et quand les cendres de leur bûcher sont jetées à l’eau, c’est encore une fois une allégorie dont le double sens finit parvous dévoiler l’idée, reproduite sous tant d’images différentes, de la disparition du volcan sous les flots.
Quand les deux frères, couverts de haillons, répètent leurs dansesdevant les princes de Xibalba, le volcan est toujours dans sa force, c’est Nanahuatl avant sa mort. Hun-Ahpu est fort et puissant ; la terre du Croissant existe encore avec tous les feux qui conspirent sa perte. Alors Xbalanqué, pour montrer son adresse merveilleuse, le tue et disperse ses membres, puis il le ressuscite. C’est denouveau l’image du grand volcan qui s’éteint sous la mer, c’est l’image de ses feux qui se dispersent dans les îles, symboles ellesmêmes du corps de Hun-Ahpu, comme du corps de Quetzal-Coatl ou d’Osiris. Voilà pourquoi Hun-Ahpu
- 253 — ressuscité ne porte plus son nom que diminué et raccourci, Xhun-Ahpu comme le Croissant dont il était l’emblème; car les îles grandes et petites ne sont plus en réalitéque l’ombre de ce grand corps.
Chaque île, chaque rocher du golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes, devenait en particulier, par cette image, non-seulement le corps du dieu mort, mais son tombeau, le monument commémoratif de son antique existence. De là, les temples érigés en son honneur par la piété publique, à l’entrée de tant de ports ou de rivières, sur ces îlots où la tradition plaçait le dernier séjour, le dernier passage de QuetzalCoatl, avant sa disparition. C’est dans ces temples, qu’à l’imitation des dieux qui s’étaient immolés sur le grand autel mystique du mystique Téotihuacan, furent institués ces rites nombreux, où le sang humain coulait à flots, où l’on mangeait les débris du corps de la victime immolée. L’histoire du cataclysme, telle qu’elle fut symbolisée et paraphrasée sous les voiles de la légende, conduisait forcément à ces résultats abominables ; aussi trouve-t-on, à l’origine de toutes les religionsde l’antiquité, des traces profondes de ces sanglants holocaustes et de l’anthropophagie sacrée.
Les premiers qu’on immolait étaient les étrangers, considérés comme les épaves et l’écume de la mer ; et c’est le nom que leur donne la langue maya. C’est ainsi qu’on le pratiquait anciennement au temple de Buslris, édifié sur la terre du Delta égyptien, en mémoire du dieu enseveli dans l’abîme. Ce n’était donc pas sans raison que la tradition attribuait à Busiris la mort d’Hercule, cettemort n’étant, après tout, que la victoire de la terre sèche, de l’industrie canalisatrice, si remarquable dans le Delta, sur les vagues de
- 254 — rOcéan, repoussées par les travaux del’hommeou par l’apport du limon du Nil lui-môme. Telle était également la signification du combat d’Antée, ce fils de la terre, avec Hercule sur les sables de la Libye; telle était celledumythedeCacus, étouffé par Hercule,dans son antre, d’où il vomissait des flammes, au dire de Plutarque. Cacus, en effet, n’est autre chose que le volcan, personnifié déjà sous tant desymboles ; et son nom, traduit grammaticalement du quiche, cak-ux (cak-oush), « le souffle du feu, > o\xcak-oz^ n l’éructation du feu, » en dit davantage que toutes les étymologies sanscrites, les plus savantes et les plus recherchées. Ici s’explique encore la mort du héros, tué par Typhon, symbole de la terre sèche ou séchée par le feu : ses attaques d’épilepsie ne sont que les alternatives du flux et du reflux de la vague sur le rivage, et lorsque lolaûs^ son ami, le fait revenir à la vie, en lui faisant respirer l’odeur d’une caille, c’est là une nouvelle image pour exprimer l’idée des sources cachées dans le sable, dont les cailles sont le symbole ; le nom de lolaùslui-mêmeétant le signe de la vie qui vient de l’eau ; car, en quiche, il répond exactement à souffle de l’eau cachée, jol-a-uz, et en nahuatl à « la grotte de l’eau vivifiante » ou bien à € l’issue de l’eau centrale, t jol-a-uz.
Ne vous étonnez pas, d’ailleurs, de ces nouvelles étymologies. Ce n’est pas seulement l’étymologie,mais l’histoire tout entière des cailles, qui se trouve dans le Codex Chimalpopoca. D’après une des nombreuses légendes qui concernent Quetzal-Coatl, ce dieu descend auxenfers pour allerdemander au roi de l’Orcus, k Mictlaji-TecutU, dont il n’est d’ailleurs lui-même qu’une personnification, de lui livrer l’os d’émeraude, Chalchiuh-omitl, littéralement t la Vitalité, des deux
— 255 — (cônes) », faits de calcaire. Il les prend et les emporte: maisdanssaprécipitation,ilculbute; rosd’émeraude se brise, et les morceaux s’éparpillent de tous les côtés. Des cailles, çoçoltin, pluriel de colin, dont le sens littéral est celui de choses absorbantes, sejettent sur les débris qu’elles becquetent, tandisque QuetzalCoatl s’évanouit. Je n’entrerai pas davantage dans les détails de cette fiction qui sera expliquée dans la première partiedu Codex Chimalpopoca; mais ilme suffit d’ajouter ici que le sens caché qu’elle renferme s’applique en entier aux sources qui se percent un che-min dans la pierre. Telles sont les cailles d’Hercule, dont la tradition énigmatiquea fait le désespoir detant de savants. Je vous ferai observer, toutefois, en terminant ce sujet, que le nom de la caille, octo^, est luimême composé de deux mots quiches qui correspondent, on ne peut mieux, à sa signification cachée, ory ouvrir rapidement, percer, et tux (toush), bourgeon, touffe, ou bien tuz, sorte d’oiseau analogue à la caille.
La fable entière, fort probablement, fait allusion aux sourcesqui s’ouvrirentun chemin dans lesmontagnes et les îles, après la victoire de l’eau sur le feu (1). § 3. C’est donc bien dans les deux méditerranées creusées par le cataclysme, et dans les îles, grandes et petites, qui les séparent de l’Océan, qu’il faut chercher, non-seulement toutes les origines de la mythologie antique, mais encore jusqu’aux détails les plus mystérieux, jusqu’aux énigmes les plus obscures, dont cette mythologie s’enveloppe. Tout est là. Monsieur, soyez-en convaincu, tout s’y explique, à l’aide des épisodes de cette catastrophe de quatre jours qui brisa (1) Conf. Guigniaut,i?e%iom de VAntiquité, tom. I, part. III,^(W«m, et pages 433-434, note i.
— 266 – le monde en morceaux, comme on brise un cristal.
Car c’est alors qu’apparurent les nouveaux dieux, symbolisés dans les grandes et les petites Antilles, que les populations échappées au naufrage \irent flottant comme des poissons à la surface de l’eau, après « que récorce de la terre eut été trouée, > suivant l’expression énergique du Popol-Vuh.
C’est à cette écorce trouée que le poëte védique fait allusion (1), lorsqu’il chante d’Indra, qu’il sépara en deux les sphères éternelles du ciel et de la terre, unies auparavant, et d’Agni, qu’il brisa la masse du firmament où tous les astres ne faisaient qu’un, avant d’avoir été séparés par sa puissance. Car c’est après que les Aswins eurent rempli de douceur les cent vases du sacrificateur, en la faisantjaillir sous lesabot de leur coursier, que la peau de la vache sacrée devint l’image du firmament, fiction brillante, mais inintelligible, comme tant d’autres, pour ceux qui n’avaient pas été initiés aux mystères de la religion védique (2).
Car les cent vases sont les cent cratères allumés à la surface de la terre, la douceur qui les remplit, la sève brûlante, sortie de son sein, toujours appelée également le doux ou la douceur, comme la sève de l’aloès ou le pulqué, dans les textes quiches. La peau de la vache, c’est le voile humide de l’Océan qui prit la place de la vache, du Croissant, dont les débris, parsemés à sa surface, apparurent aux yeux des populations étonnées, comme autant de constellations dans l’espace des cieux. Telle était l’idée qu’en avait Euripide, disciple d’Anaxagore (3), lorsqu’il dit sur l’origine du monde, dans Menalippe : c Ainsi le ciel et la ({) Rig-Veda-Sauhita, vol. I, pag. 168, v. 7. (2) Ibid. page v. {3)Bibliol. hist. Mb. , g vu.
— 257 — » terre étaient confondus dans une masse commune, » lorsqu’ils furent séparés l’un de l’autre, » c’est-àdire les deux méditerranées avec leurs îles, représentant le ciel et la terre, le continent américain qui ne faisait qu’un avec elles, avant le cataclysme. De là ce que dit Phérécyde, que Zeus fit un grand et beau voile sur lequel il broda la terre et la mer et les palais de la mer (1). De là également lepartage desdieux et des astres en deux chœurs, dans la théogonie égyptienne, les uns fixes comme les fractionsde la terre échappées à la ruine commune, appelées, non sans raison, dans les livres mexicains, les dieux sauvés du naufrage; les autres, errants comme les régions descendues dans l’abîme, identifiées au Mexique avec les astres tombés du ciel dans l’enfer; pensée qu’on trouve aussi exprimée dans le combat des dieux du Manthanam, dontje vous ai parlé plus haut, avec M. d’Eckstein, et que reproduit un passage de l’écrivain de Syros, passage où il est question d’uncombat des dieux, après lequel les vaincus furent précipités dans la mer (2). Ce sont là certainement ces deux ordres de dieux, également grands ou petits, selon la secte à laquelle ils devaient leur apothéose, et que l’Egypte plaçait, soit dans l’Empyrée, soit dans l’Elysée à côté d’Osiris.
Des allusions à ces faits se représentent à tout moment dans le Véda, comme dans les traditions mexicaines ou égyptiennes. Le Véda surtout est remarquable à cet égard. Tantôt c’est Indraqui a engendré toutes les planètes avec l’eau, et qui « a étendu le vaste firmament, » ou bien c’est^gni etSoma qui, agissant ensemble, ont soutenu les constellations dans les (1) Ap. Clem. Alex., Stromat. VI, pag. 621. (2J Ap. Origen., adv. Gels., VI, pag. 303, édit. Sturz, pag. 46.
— 258 — cieux ; tantôt c’est encore Indra qui « a rempli l’espace de laterre et le firmamentet fixé lesconstellations (1), » c’est lui dont la force * a fixé les montagnes chance- » lantes, qui a dirigé le cours descendant des eaux, » qui a soutenu la terre nourricière, et par son adresse > a empêché le cieldetomber(2). > En effet. Monsieur, jetez les yeux sur une carte de l’Amérique centrale; considérez un instant lesdeuxgrandes ouvertures qui ont succédé à cette portion du continent et dites-moi ce qu’il y a de surprenant à ce que, dans l’origine, les restes des populations, échappées sur les Antilles, se soient prises d’une admiration mêlée d’épouvante, en voyant se reproduire autour d’elles, sur l’Océan, l’image de ces astres qu’elles étaient accoutumées à observer au ciel, et où elles reconnaissaientla présence de l’Être suprême, suivant le Popol-Vuh. Habituées, d’un autre côté, à chercher, dans les choses les plus usuelles, des points de comparaison avec les phénomènes qu’elles avaient eus sous les yeux, peut-on être étonné ensuite qu’elles eussent comparé les régions disparues à une calebasse, ajotl, en langue mexicaine, dont les rugosités symbolisaient les soulèvements produits par les feux intérieurs? C’est par suite de cette coutume de rechercher constamment leurs parallèles dans la nature, que le tecpail, le silex, symbole de la puissance volcanique, est si souvent représenté, dans les documents originaux, comme une simple boule partagée par la croix tremblée, dont je vous ai parlé plus haut (^ , le signe ezanab de la langue maya ; car cette boule, à son origine, c’est la calebasse encore fermée, mais déjà sillonnée par cette (1) Rig-Veda-Sanhild, vol. I, pag. 208, v. 5; pag. 241, v. 5. (2) Ibid. Tol. Il, pag. 251, v. 5.;
— 239 – crevasse croisée , et qui s’apprête à se rompre sous l’effort du germe qu’elle renferme, et qui croît incessamment en vigueur.
Voilà le type de cette idée féconde qu’on trouve si souventdans les livres mexicains, répétée dans le Véda et que l’Egypte avait transmise aux écoles philosophiques sur la puissance divine, manifestée dans la nature vivante. C’estKneph d’abord, puis c’estPhtha; c’est Quetzal-Coatl, représenté ainsi queKneph, semblable à un serpent enroulé sur lui-même, devenant Nanahuatl ; c’est Agni embryon, puis éclatant ensuite et donnant la lumière que fait jailhr le marteau d’Indra. « Agni, s’écrie le poëte védique, Agni, la tête du » ciel et l’ombilic de la terre, Agni , qui est dans » les eaux, » germe caché de chaleur et de vie, « qui » est dans les bois, dans tout ce qui se meut ou qui ne » se meut point, le germe engendré de l’air, inhé- » rent dans tous les êtres, » qui, ainsi que QuetzalCoatl, réchauffe et vivifie l’embryon dans le sein maternel, « ^gni qui, comme Varna, est tout ce qui est » né,qui,comme Varna, est toutcequi doit naître (1) . » Ehbien. Monsieur, vous avez tout celadans la paume enchantée, ce tecpatl, cette calebasse,l’écorceà la fois et le germe qu’elle renferme; déjà crevassée par le germe ; tecpatl, boulecoupée et boule coupante,vous la retrouverez d’une manière expressive dansle 20« signe de l’alphabet maya. C’est le double pp explosif rrr^ qui représente une tête humaine sans œil, aux Llj I lèvres serrées, et coupée verticalement de deux ^^•*^ lignes, formantcomme un canal où vous verrez, en y jetant les yeux, quelque chose qui ressemble à un œuf montant vers l’extrémité. Cette tête, Monsieur, c’est (1) Rig-Veda-Sanhitâ, vol. I, pag. 157, v. 2 ;— 179, v. 4; 185, v. 2.
— Ît60 — JSTwe/)/!, c’est Quetzal-Coatl sous l’eau; c’est le germe dans le sein desa mère, c’est la taupe au fond du foyer, c’est la souris en sentinelle, la vague qui coupe le sol du continent. Les lèvres serrées indiquent la pression qui s’exerce sur le germe que vous voyezmonter lentement, etl’absencede l’œil dans la figurevousmontre que le cratère n’est pas encoreouvert ouque latrouée n’est pas faite.
Attendez unmoment et vous l’apercevrez (1) dans un autre signe ^\fj^ » d’abord comme une pointe légère entr’ou- ^^ vrant la calebasse, puissemblable à un fer de lance, fendant en deux la boule où il s’élève ; vous croiriez voir Brâhma sortant de l’œuf divin iÇTyy. iBk . Puis les deux moitiés de la calebasse se se- \l^gl^ parent entièrement: le volcan s’est ouvert une voie, l’eau de la mer un passage : « Agni, né » des eaux, semblable à un animal aux membres lovés > (comme un serpent qui s’apprête à s’élancer), y^gni » s’est agrandi et sa lumière s’est répandue au » loin (2) >. Il a établi les deux hémisphères, après avoir déchiré le continent : il a formé et consolidé le firmament dans les deux écuelfes de sa calebasse, dont les îles sont comparées dans la légende mexicaine, tantôt aux étoiles du ciel, tantôt aux grains de maïs que la grande Egreneuse, que Xmucané, pour les Quiches, Oxomoco pour les Mexicains, a répandus sur son vastejupon.
De là le nom suprême qu’on lui donne, comme à la mère des dieux qui sont restés fermes à la surface du ciel. Car après l’avoir appelée tour à tour Ilan-Cueitl^ celle dont le jupon s’avance en tournant, et Ilama- {{) Conf. Manuscrit Troano, fol. II. (2) Rig-Veda-Sanhitd, pag. 178, v. o.
— 261 — Tecutli, celle de la voie qui prend le contour du golfe, on la désigne sous le nom de Citlallin-Icué, celle dont le jupon est parsemé d’étoiles, c’est-à-dire la Voie Lactée, selon la lecture ordinairedes textes mexicains ; car c’est ce nom qui va vous expliquer comment ces étoiles sont les débrisde la terre antique, étendus à la surface de l’Océan. Qu’est-ce, en effet, que citlaly dont citlallin est le pluriel ; c’est la terre de la déchirure, de la coupure, ci-tlal’i Examinons maintenant ce mot curieux, devenu l’étoile en mexicain. Ci, de même que chi (tchi) et tzi, est un vocable ou, si vous le préférez, une racine, indiquant tout ce qui vient de bas en haut, ce qui ressort en poussant d’autre chose, et ce n’est qu’en analysant, comme je l’ai fait jusqu’ici, tous les mots composés du vocabulaire où il entre, que l’on parvient à en retrouver l’origine. C’est ainsi que chiénonce tout ce qu’il y a au plus profond, inferiusy dit Vetancurt, tziest le jet, le sperme, l’embryon animédans le sein de sa mère, le germe dans la terre ; il est l’enfant à la mamelle, d’où le verbe où je l’ai le mieux analysé, izi-pin-oa, faire du mal à son enfant, en communiquant trop tôt la mère avec un homme, « hazer enfermar al nino la madré, por se haver tomado à emprenar luego, » dit Molina. Ci est la déchirure que la femme a subie, en acceptant le mâle : de là cihuatl pour une femme ou une femelle, celle qui a la déchirure, et qui l’a consentie ; de là encore le verbe nahuatl cia ou sia, pour consentir, accorder ce qu’on a demandé, cia ayant aussi le sens de « l’eau de la déchirure. » La langue desanciens insulaires de Haïti, dans le petitnombre de vocables qu’on en a retrouvés, parmi les écrits des contemporains de Colomb, présente le phénomène remarquable, qu’on y découvre tous les sons
— 262 — constitutifs de nos langues modernes, ce qui ne se voit dans aucun autre idiomeaméricain ; mais ce qui n’est pas moins à considérer, ainsi queje l’ai déjà fait pressentir, c’est qu’on y trouve en môme temps la plupart des radicaux d’où sont sorties les autres langues de l’Amérique centrale, avecun sens parfaitement précis, et, cequi est plus, les racines les plus radicales, si j’ose m’exprimer ainsi, d’un grand nombre de vocables des plus importants des langues de l’ancien monde. C’est ainsi que, pour en revenir à l’exposé du mot citlal, je vous dirai que ciou si dans le haïtien, d’où est venu le ci nahuatl, signifie œil, chose brillante, et qu’il s’alterne avec zV, ou s pour exprimer l’être et l’être brillant, composé, comme vous le voyez, d’/, la vie, le mouvement, etdu son de l’z, ou iz, source du tzimexicain, dont le sens est celui de l’extériorité, ajouté à celui de la vie. C’est de là que vient en haïtien le mot starei^ ce qui brille et se meut sur le rite ou la déchirure, c’est-à-dire vulgairement l’étoile, le star anglais, le Stella du latin.
Ouvrez avec moi la grammaire mexicaine de Carochi, au recto de la page 89, etvous y trouverez que le mot is ou iz a également en nahuatl le sens d’être, comme en haïtien eten anglais: ce qui fait qu’en ajoutant à ce vocable le suffixe /, vous aurez ici, adverbe égal à nican, dit l’auteur, c’est-à-dire absolument à l’adverbe ici, français. C/est en outre, en mexicain, le motqui désigne le lièvre, regardécomme le plus chaud de tous les animaux, d’où citli, ce qui remue dans le lièvre, nom donné également à Oxomoco, à l’aïeule des dieux et des hommes, à cause de la chaleur, peutêtre à cause, surtout, du hiéroglyphe topographique dont jevous ai entretenu dans ma seconde lettre. Les racines sanscrites, ciri, chid, ksi, etc. ne peuvent
— 263 — avoir d’autre sourceque cettegrande source haïtienne où s’accomplit le premier rite par la main de la fille de Manu. De là évidemment viennent ses noms d’Isis et d’Oscn’s, soit que vous fassiez de la première Asi^ comme les égyptologues l’écrivent aujourd’hui, ce qui serait en nahuatl l’aïeule ou la déchirure de l’eau, l’envers précisément de cia on sia^ dont je vous parlais plus haut. Quant à Osiris, qu’il s’écrive, Osiri, Heshar ou Vasliar^ vousy trouverez toujours des significations en rapport avec le cataclysme, que vous en cherchiez l’étymologie dans le quiche ou dans le haïtien. Dans cette dernière langue, o-si-ri correspond précisément aux mots « semblable à l’œil du rite», esh-ar, la vie possédant le rite ; ua-sha-r, l’ancien de l’arbre du rite. Dans la langue quichée, os-i-ri, le souffle de l’embryon qui s’agite; hesh-r, celui qui éclot, ou heshar, la poussée qui s’ouvre une voie ; ua-shar, qui monte en s’ouvrant une voie, ou bien ha-shar, l’embryon ou la bouchée, l’englouti s’ouvrant une voie. § 4. Peut-être me suis-je étendu trop longtemps sur l’explication du nom de Citlallin-Icué, donné à la mère des dieux: mais les étymologies s’accumulent sous ma plume et elles sont trop importantes pour les passer sous silence. Mère des dieux vivants, demeurés solides dans le ciel, comme des dieux morts, ensevelis sous les eaux avec son époux, c’est pour cela que la nappe de son vaste jupon avait été comparée à la voie lactée, et que les astres avaient été désignés par les noms de tous ces dieux, quel que fût celui des deuxordres dans lesquels ils avaient été classés. Ainsi, toutes les régions disparues dans l’abîme, aussi bien que celles qui avaient, en quelque sorte, surnagé, au moment du cataclysme, ou qui étaient apparues,
— 264 — ensuite soulevées, comme les petites Antilles, après la catastrophe, furent divinisées dans le ciel, et c’est à quoi correspond le chapitre du Popol-Viih où lïun- Ahpu, cherchantsans ledécouvrir le corps de son père aux enfers, pourvengersamémoire, lecolloque dans le soleil. Mais dans le même chapitre (1) Xmucané, son aïeule, rend les honneurs divins aux cannes plantées par ses petits-fils au centre de sa maison, et qui avaient reverdi après leur supplice et leur résurrection. C’est là évidemment le signe de l’apothéose conférée aux dieux vivants, c’est-à-dire aux volcans, dont la religion suivit de près, probablement, celle des dieux morts, supposé qu’elle n’eût pas été fondée dans le même temps. En effet, les premières divinités que l’on découvre, généralement, dans l’ensemble des documents mexicains, ce sont les quatre, toujours appelés les quatre grands dieux, les fils de Tonaca- Tecutli^ c’est-à-dire du principe de la chaleur, antérieurs à toute chose, et qui après le cataclysme sont personnifiés dans les quatre soutiens du ciel et de la terre, les quatre Bacab de la théogonie maya, les quatre Balam du Popol-Vuh, les quatre Cabires, de-venus les quatre Canopes en Egypte, les quatre que Sahagun signale sous les noms (ïOjcomoco, identique avec Citlallin-Jcuéy de Cipactonal, de Tlaltetecui et de Xochi’Cauaca.
Or, cesquatre, en dehorsdesattributionsqui les personnifientdansTuru-Queira, présentent distinctement en eux tous les caractères essentielsdesquatregrandes Antilles. Oxomoco, dont le nom prête à des interprétations assez différentes, est l’Egréneuse, la mère par excellence, la même que Xmucané. « Dans la double (1) Popol’Yuh, Livre Sacré, part. II, chap. 14, pag. 191.
— 263 — voie de l’égrènement ou de la résine » ; tel est le sens que cenomsemble présenter [ox-om-o-co), et quipeutêtre fait allusion à ses prérogatives, comme mère de la double puissance qu’elle renferme, ou bien comme maîtresse des deux grandes voies, des deux bassins ouverts dans son sein et qu’elle domine d’une manière spéciale par sa position topographique dans l’île de Cuba, et dans les trois autres grandes îles, avec lesquelles elle s’identifie,comme avec le reste de la terre américaine. Oxomoco, tour à tour mâle et femelle, a pour épouxouépouse Cipactonal, ou « l’eau bouillante au-dessus de la déchirure », le même que Citlalla- Tonac^ et pour compagnons Tlaltetecui et Xochi- Cauaca , dont les noms désignent probablement les grandes îles, d’une manière spéciale, bien que, dans leur ensemble, ils aient un sens symbolique qui paraît rappeler une des phases géologiques en rapport avec Turu-Queira, durant le cataclysme.Ce sont ces quatre qui, sous une foule denoms différents, sont considérés comme les créateurs de l’homme, comme les fondateurs de l’ordre social, les instituteursdunouveau calendrier, dont ils sont eux-mêmes les colonnes, dans la langue nahuatl, sous lesnoms de Tecpatl ou Silex, au nord ; dCAcatl ou Canne, à l’est ; de Caîli ou Maison, à l’ouest, et de Tochtli ou Lapin, au midi. C’est en effet, dans ces îles, ainsi déterminées, que la civilisation ralluma son flambeau avec les sociétés qui s’y formèrent des restes de l’humanité échappés au naufrage; car les grandes Antilles, sans doute, à cause de leur étendue et de leur conservation , furent tou-jours considérées ensuite comme les chefs ou plutôt comme les chefs-lieux de ce monde nouveau.
C’est dans ce sens que les noms de CitlalUn-Icué et de Citlallatonac s’appliquent si particulièrement
— 266 — aux grandes terres qui séparent les deux méditerranées, considérées ainsi comme les père et mère ‘des dieux descendus du ciel, aussi bien que de ceux qui prirent ou qui conservèrent leur place dans le firmament. Entre tous ces astres, le principal était Citlallatonnc lui-même, que le Manuscrit Letellier et la Copie Vaticane identifient avec Sirius, l’étoile du chien, affectée également à Isis, dans la cosmogonie égyptienne. L’ensemble des notions que j’ai pu recueillir danscesdeuxdocuments, ainsiquedans les autres, paraîtraient s’accorder également à localiser cette étoile dans l’île de Boriquen ou de Porto-Rico ; or, il est à remarquer que si Sirius est attribué àAnubis ouAnupu, en Egypte, où il était regardé comme le chien et le compagnon fidèle d’Isis, l’île de Boriquen, la première des quatre grandes îles vers l’Atlantique, s’y montre topographiquement aussicomme la sentinelle avancéede l’Amérique, de la mère des dieux, vers l’abîmede l’Océan, c’est-à-dire vers l’Orcus. Elle semble, en effet, placée là tout naturellement pour défendre l’approche du golfedu Mexique et de la merdesCaraïbes, ainsique cesdeux facesdumiroirmystique, « dont chacune ressemble à un visage de femme, * suivant l’expression poétique du Teo-Âmoxtli.
Je ne saurais vous dire combien cette idée me frappa, lorsqu’elle s’offrit sousma plume, dans la traduction de ce document. Chose singulière, cependant! elle s’expliqua aussitôt d’elle-même. Comme si j’avais été le possesseur du miroir magique que Tezcatlipoca présente à Quetzal-Coatl, à l’instant même je me retraçai l’esquisse des deux méditerranées, et je vis apparaître ces deux visages féminins, celui de Xpiyacoc au nord, et celui de Xmucané au sud. Ce sont là, encore une fois, des hiéroglyphes d’une grande simpli-
— 267 — cité, mais d’autant plus intéressants qu’ils vous expliquent immédiatement un certain nombre de mythes dont il serait difficile autrement de se rendre compte.
En effet, prenez l’esquisse linéaire du golfe du Mexique et celle de la mer des Caraïbes, telles qu’on les voit dans les peintures mexicaines, et, dans l’une comme dans l’autre, vous trouverez une amphore analogue à la diota 2J ou vase à deux anses, telle qu’elle se trouve fréquemment dans les monuments avecle trépied d’Apollon. Assez souvent, dans les peintures mexicaines, le trépied est placé sous le vase, de manière à ce qu’on n’aperçoive d’ordinaire que deux pieds, bien que les trois soient parfois visibles, supportant le vase dont ils sont les soutiens. Eh bien.
Monsieur, reprenez ce vase; mais au lieu de le tenir dans sa position naturelle; renversez-le, et, àl’instant même, il vous offrira l’image incertaine d’une femme voilée S\ ; ajoutez-y au centre les trois points mar-quant les pieds du vase, et vous y découvrirez un visage ^% , qui aura tout à fait un aspect féminin. Complé- DiW tez cette image, telle qu’on la voit en plus d’un endroit du Codex de Dresde, et vous aurez une tête d’Isis ou de Nephthys, ornée de sa coiffure symbolique, telle qu’elle apparaît d’ordinaire sur le chapiteau des colonnes, ainsi que vous l’aurez remarquée, sans doute, sur celles du petit temple, construit l’année dernière, au champ de l’Exposition Universelle.
Ce vase, ce comid, ainsi renversé, et offrant le visage d’une femme, est d’autant plus important qu’il se rattache à une foule de symboles dont il est le hiéroglyphe et le sens fondamental. Dans sa plus simple expression, ayant la forme d’un fer à cheval, M. Au-
— 268 — bin Tavaii déjà remarqué parmi les signes de la lan-gue nahuatl, comme étant l’expression de tour, retour, torsion, avec le son //, qu’il croyait, disait-il, être commun aux systèmes graphiques de l’Amérique centrale et du Mexique (1). Je vous dirai que nonseulement il est commun aux systèmes graphiques, mais encore aux langues de ces contrées : dans celle deHaïti, il présente, en analysant les mots, l’idée qu’on retrouve dans les monosyllabes a/, el et o/, ainsi que je vous le ferai voir plus loin. Elle est parfaitement exprimée dans ce signe où les inventeurs originaux ont cherché à rendresimultanément lesens du contourdes deux golfes par le retour du fer à cheval, et de leur profondeur, par le signe debout en forme de coinitl ou vase ; il peut, de cette manière, représenter également ‘le grelot, le cœur, la vie, jotl, yol, etc. Ce signe mystérieux sur lequel l’antiquiié, dans les deux mondes, a imaginé une foule de légendes, n’est autre chose que l’empreinte, le pada, que tant de dieux et de héros ont laissée derrière eux sur la terre, c’est la trace du pied de Quetzal-Coatl, c’est enfin cet instrument extraordinaire,retrouvéentantd’endroits,au Mexique, que la plupart des musées possèdent et dont on a vainement jusqu’ici cherché l’usage.
C’était là un monument commémoratif du cataclysme, et j’en ai vu plus d’un dont les sculpturesen retraçaient symboliquement les épisodes principaux.
En examinantavecattention les planches du Codex deDresde ou du Manuscrit Troano,on voitapparaître ce signe avec une foule de caractères qui en modifient (1) Mémoire sur la peinture didactique et l’écriture figurative des anciem Mexicains, pag. 58.
 — 269 — lesens, maisqui tous expliquent des phases différentes de la catastrophe qui creusa les deux nouvelles méditerranées. Quelquefois au lieu d’une tète de face, c’est une tête de profil, qui a l’air de s’en aller par morceaux ; d’autres fois c’est une tête de mort, autour de laquelle vous remarquerez des points ronds, signes des volcans, et dont les sutures rappellent immédiatement les crevasses du tecpatl ou de la paume enchantée, etc. L’enveloppe de la plupartde ces signes, la puissance qui retient ensemble les os de cette tête en dissolution, qui empêche la calebasse de serompre, c’est une fronde, dont la main tient les deux bouts fermés, Ze, en langue maya et en quiche, eZ, quand lafronde est ouverte et a lancé sa pierre ; c’est-à-dire quand le feu est sorti de la terre et que tout s’est détraqué. Cette fronde est le caractèreL de l’alphabet de Landa, écrit d’une manière plus cursive dans le signe du CodexdeDresde. Ailleurs vous retrouveriez là l’expression plus complète du signe dans son rapport avec le visage de femme, dont la coiffure n’est autre choseque le symbole des volcansautour du golfe, et que vous pouvez comparer à la tête d’Isis des colonnes égyptiennes, queje vous présente un peu plus haut. Dans un grandnombre de documents, cette coiffure est surmontée quelquefois de deux cornes ou bien d’une sorte de navette ; ailleurs la navette est par-dessous et supporte la tête. Dans ce cas le bassin représenté parle visage, tout en se rapportant aux deuxgrandes méditerranées, paraît avoir néanmoins une relation plus directe avec les golfes, existant au nord et au sud du Croissant, avant le cataclysme, et dontmesdocuments vousdonnent une idée
— 270 — plus complète, soit dans le signe Manik où vous avez les deux cornes renfermant ces deux golfes, soit dans le signe *^ , caractère U, signe et nom de la luneen langue ^ maya et que le Codex de Dresde comme le Manuscrit Troano offrent également, souvent uni à la face d’Isis.
Je n’ai pas fini avec l’explication de ce signe, tour à tour fer à cheval, comitl, vase ou visage de la grande déesse. Replacez-le, je vous prie, dans sa première position, rendez-lui les deux pieds qu’on voit de face, et supposez qu’au lieu de trois pierres au centre, vous ayez trois tuyaux, un seul ou sept, à volonté, images des volcans, soufflant par la sarbacane de mes héros quiches, et là vous trouverez immédiatement la lyre à une, à trois ou à sept cordes, à votre choix. La première, vous vous en souvenez, est attribuée à Apollon, les autres au dieu Pan, auxquelles le syrinx, dont voici le modèle américain (1), servit, dit-on,de prototype. « Cette lyre, dit, d’après Greuzer, M. Guigniaut (2) , fut faite de l’écaillé d’unetortue,sur t-on , Hermès avait rrrtrrrt inventé la mée également de l’écaille d’une tortue qu’il avait laquelle le dieu industrieux ten-dit les nerfs des bœufsqu’ilavait volés à Apollon … Mais déjà en Egypte, assure-lyre et l’avait for- Ci) Ce syrinx, dont les ornements ne paraissent pas avoir été copiés avec une exactitude suffisante, instrument en talc jaunâtre, fut trouvé dans un tombeau. On en conserve un moule en plâtre au musée de Berlin; Humboldt le reçut du médecin anglais Stuart Traill.
Conf. Minutoli, Descripcion de una ciudad vieja en Guatemala, etc.
Berlin, 1832, fig. I. (2) Religions de rAntiquité, tom. III, pag. 189.
— 271 — trouvée sur les bords du Nil. » Il l’avait trouvée, non en Egypte, mais sur les rivages du golfe du Mexique, où Pan, Apollon, Hermès, où les puissancesde la terre, avaient ouvert l’écaillé de la grande tortue, c’est-àdire de la calebasse aux vastes hémisphères, car les deux noms s’expriment par les mêmes mots, dans les langues du groupe mexico-guatémalien , et c’est là qu’elles marquèrent à grands traits toute l’histoire du ciel et de la terre.
Concevez-vous , Monsieur , quelque chose de plus grandiose que cette lyre, « image naturelle , ajoute M. Guigniaut, de la grande harmonie de la nature dont le soleil était l’âme, » trouvez-vous rien de plus vaste que l’idée de cet instrument , dont les cordes sont les volcans, vibrant à la fois sous la terre et sous les eaux et dans les espaces du firmament? Quoi de plus merveilleux, en eifet, que cette image de la musique où l’Océan sert d’instrument, où le feu central est à la fois le musicien et l’inventeur ! On ne saurait donnerd’unemanièreplusgrande et plus naturelleà la fois laraisondu sistre égyptien, dontPlutarque a laissé la description; car, selon cet écrivain, c’était un instrument, portant quatre lames de métal et au sommet duquel se voyait un chat à figure humaine, symbole connu de l’eauou de l’Océan, ayantd’un côté le visage d’Isis, de l’autre celui de Nephthys. De là le sens de ces paroles du Véda où le poëte, àpropos des Maruts, dans le rôle de puissances telluriques, s’écrie : « Par » leur pouvoir ils ont percé le puits au-dessus d’eux X» et déchiré de part en part la montagne qui obs- » truait leur voie; les Maruts bienfaisants, souf- » fiant dans leurs tuyaux, ont répandu (leurs bien- (1) Trailè d’Isis etd’Osiris, trad. de Ricard, pag. 149.
— 272— > faits), excites par l’ivresse joyeuse de la sève du » Soma. » Voilà pourquoi le scholiaste indou, expliquant ce passage, interprète, dit Wilson (i), ‘vànam par un luth, une viha^ à cent cordes, une sorte de harpe éolienne, idée que cet écrivain paraît peu disposé à adopter, en mettant des tuyaux à la place du luth. C’est aux mômes idées que se rapporte ‘l’image grotesque ci-jointe, et dans laquelle M. Guigniaut reconnaît avec raison le Phiha, inventeurde la musique.
Phtha, en effet, T^ Aées, connues n’est,réellement, pj>K ^ sous le nom de à l’origine, que le ||jK Pataikoi et qui souffle de la terre fflli^^^© ^^ représentent volcanique, per- A ‘Jl!l!!!fj^^^^ quetropbien,par sonnifiégénérale- /^P^-m\ ^^^^ forme pousment dans ces ^MAEJuM sive,le sol gonflé imagesboursouf- ”’^ -^^ ” d’humeurs et de souffles prêts à éclater, chez les uns, ou s*exhalant, dans d’autres, avec la langue pendante qui en est l’expression. § 5. Vous le voyez donc. Monsieur, tout rentre constamment dans un même ordre d’idées; les textes, en apparence les plus éloignés, se rapprochent, les plus obscurs s’élucident dans le cadreque je vous ai tracé.
C’est là, c’est uniquement dans les détails de la catastrophe qui anéantit la moitié du continent américain, que les orientalistes, abandonnant avec franchise la voie suivie depuis trois mille ans, trouveront la solution des énigmes, qui se présentent à chaque page dans les livres sacrés de l’Asie. Je le répète encore une fois, ce n’est pas à moi à leur faire la leçon sur (1) Rig-Veda-Sanhilà, vol. I, pag. 221, v, 10, note b.
- 273 – des matières qu’ils ontapprofondies, étudiées, nombre d’années avantmoi : mais, dans une route longtemps inexplorée, j’ai trouvé le flambeau destiné à éclairer toute la science historique, je l’ai saisi, et comme l’enfant portant la torche devant son père, comme le plus jeune devant ses aînés, je la leur présente, et je les prie de s’en servir. Le sage des temps passés m’a ouvert son livre et j’ai lu. Sans les chercher, je devine les énigmes des Védas. Je vois que le cheval du sacrifice qui s’est fait holocauste, harnaché par Trita, c’est le Croissant, harnachécomme ce lion que l’onvoit si souventdans les templeségyptiens, à la selle croisée, dont la croix annonce la déchirure, le double rite, t’ri-ta, mot où la première syllabe est devenue synonyme de trois, à cause des trois puissances telluriquesquila solennisèrent. Cecheval,holocauste etsacrificateur (1), ilétaitFlamalui-même,lejugesuprême de l’abîme, il était Aditya^ parce qu’il était le fils delà terre ; il était.SoTTza,parce qu’il était lasévebrùlantequi en avaitjailli et l’onde qui s’était élancée en avant, Indra^ lapuissancede lavaguesur lachaleur ; il était trois etun, il était un avecVaruna^qui lereçut dans les profondeurs de l’Océan et dont les eaux remplirent son image.
Si je prends, au hasard, parmi les brillantes idées qui suivent dans la huitième iSwA’^a, j’ydistingue toute unesérie decharades, proposées parlechantre védique et sous lesquelles on dirait que les Brahmanes ont voulu dérober les mystères les plus cachés de leur antique sagesse. « J’ai considéré le Seigneurdeshommes, avec ses sept /ils, » dit-il (2). Puis il parle de ce (1) Big-Veda-Sanhitd, vol. II, p. 121, v. 1 et suiv. (2)/fcid.,p. 125,v. 1.
— 2’W— jeune frère, qui pénètre tout et d’un troisième qui est nourri des oblations Mais je n’ai déjà plus besoin, Monsieur, de vous interpréter ces images ; elles s’expliquent d’elles-mêmes, à l’aide de ce que je vous ai dit précédemment,on y reconnaît les sept-huitpuissances dont nous avons parlé tant de fois, trois et une, selon les circonstances.Vous les retrouvez dans les sept chevaux de ce char à une roue, dont le poëte parle dans les versets suivants, c’est-à-dire dans les sept volcans sortant d’un seul foyer. Si la roue a trois essieux, c’estencoreune fois lechaud et l’humide, avec la force qui les attire et les anime, ou les trois éléments plus matériels, existant dans la terre de QuetzalCoatl. Ces trois essieux, le chantre védique a raison de le dire, tiennent à toutes les régions du monde.
Quant au char il ne révèle pas sa place : il le savait, cependant, celui qui écrivit le premier cette partie du Véda ; il savait que ce char était en Amérique, qu’il existait dans ce groupe d’îles, formant la portion la plus méridionale des petites Antilles, déjà colloquées dans les astres sous le nom de Chariot. C’était là ce groupe auquel les Mexicains donnaient le nom de Scorpion, en raison de sa forme, Colotll, identique avec la grande Courbe, où s’étaient réfugiés les feux qui avaient bouleversé le golfe, apparus au nombre de sept, dansles sept îles principales dont cette courbe est composée. Ces volcans étaient les sept coursiers du char unique, et les sept sœurs qui le montaient, suivant l’énigme brahmanique, étaient ou les sept îles ou les eaux qui avaient rempli leurs cratères. Là étaient restées les sept formes de la parole après la catastrophe ; de là sortirent les sept premiers signes, les sept premières lettres de l’alphabet, les sept premières runes, lesseptpremierscaractères cunéiformes
— 275 — OU plutôt sagittaires ; carce furent les traitsde feux de ces volcans qui en furent l’origine.
Voilà pourquoi la constellation du Chariot, appelée aussi la Grande-Ourse, était consacrée à Typhon, dont l’âme y était passée, selon Plutarque, dans l’idée de la cosmogonie égyptienne (1). Les volcans des sept petites Antilles inférieures avaient, lesderniers, manifesté les feux du grand foyer central, dont on éprouve encore de nosjours les effets funestes.L’extinction, ou plutôt l’apaisement de ces feux sous les flots, au moment du cataclysme, avait été symbolisé dans la victoire d’HorussurTyphon qui parut ainsi momentanément enchaîné au fond de l’abîme. Quand Isis le délivre, c’est l’eau qui se retire des petites Antilles, se soulevant du sein de la terre avec des volcans nouveaux. Telle est l’histoire véritable de ce mythe que l’antiquité s’était plu à embellir de ses fictions poétiques. Les Égyptiens,donnantensuite lecrocodile pour symbole à Typhon, ne font que suivre l’exemple des Mexicains quil’avaient symbolisé dans le caïman,sous lenom de Cipacili, « celui qui agit ou vit à la surface de la déchirure » ; car cenomcorrespond exactementà Souk, dont le sens, en nahuati, serait « sur la voie de l’ouverture », ço-iic, de ço, percer, ouvrir, étendre, formedu radical iz, ci, ix ou ich, etc. En effet, l’âpre arête de l’épine dorsale du caïman était le symbole de cette rangée d’îles, situées à l’entrée de l’Océan, de la grande ouverture, et laTrinidad, Cài-ri, l’île-homme, en langue caraïbe, île antique et toujours brûlante, aurait peut-être été choisiecomme la têtedumonstre, dans l’idée mexicaine.
Continuons notre examen. Cette gueule que vous (1) TrùÀXè d’Isis et d’Osiris, trad. de Ricard, p. 66.
— 27« – voyez si souvent, horriblement béante, dans les peintures, reproduites dans Kingsborough, cette gueule aux vastes mâchoires, armées de dents aiguës, c’est la bouche de Cipactli, image frappante, à son tour, de toutes ces îles, aux cimes pointues, qui, placées là, ce semble, comme les mâchoires du monstre CipactU^ symbolisent l’entrée de l’abîme, prêt à engloutir ses enfants,commeSaturnedont sa gueule estl’image. CHpactlî^ ajoute le commentateur de la Copie F’aticane, était figuré aussi par une canne s’élevant d’une demilune n , semblable à ces hachettes de cuivre mêlé ^===:^,^^:^ d’or, l’une des monnaies des Mexicains, dont je me rappelle avoir donné un exemplaire à la Bibliothèque impériale, exemplaire unique, je crois, en Europe, à part ceux que je possède. Ces hachettes sont identiques avec la troisième des figures reproduites comme des Yoni-lingam^ n° 9, planche II de M. Guigniaut, d’après N. Miiller; elles furent trouvées dans un tombeau sur l’isthme de Tehuantepec. Cette image, remarquez-le, est semblable à ces figures conventionnelles du Croissant, dont je vous ai parlé plus haut, figures qui, tantôt rappelaient la terre engloutie dans l’Atlantique, tantôt le volcan qui avait causé sa ruine. Voilà pourquoi on lui donnait, comme à la première lenom d’^hau, en quiche, et celui de Cé-Acatl^ unecanne, en mexicain; car Cipactli s’identifiait avec le second Cé-Acatl, appelé Quetzal-Coatl à Cholollan, en mémoire du premier Quetzal-Coatl deTula.Ainsi s’exprime \eManuscritLeiellier^ei la CopieVaticaneajoutequ’ilétaitnédusouffle de Cipactli, à l’aube du premierjour qui suivit le déluge. Ces paroles s’expliquent,on ne peut mieux,par le volcan qui éclata sur les petites Antilles, nouvellement
— 277 — écloses et auquel les légendes postérieures donnèrent entre autres noms , celui dont elles avaient décoré ou dont elles décorèrent depuis le volcan de Nanahuatl, c’est-à-dire Topiltzin Cé-Acatl Quetzal-Goatl de Tula ou Tollan, ty^e de la terre disparue, tandis que le second se disait de Cholollan, de la terre du refuge.
De là le nom de Cé-AGatl^ une canne, imposé, suivant quelques auteurs, au premierjour, par ceux qui suivirent plus tard la bannière de Quetzal -Coati , à compter du cataclysme. Car c’est du moment de son apparition, coïncidant avec celle de l’étoile du matin, que data, avec le commencement de l’apaisement, le comput des temps, la mesure des jours et des années pourune partie de la société nouvelle. Suivantun autre récit, lenom deCé-Acatl aurait été lenomdelapremière année, et Cé-Cipactli celui du premier jour, ce qui ne s’accorde pas, en général, avecl’ensemble des faits.
Cé-Cipactli, un caïman, est, néanmoins,donné d’ordinairecomme lepremier de tous les signesdansle Tonalamatl et commeun signe fortunéàl’égarddesenfants, naissant sous son influence. Cette opinion prenait son fondement dans son identification avec les petites Antilles qu’il caractérisait et où ungrandnombrede malheureuxnaufragés, sauvés dans des barques ou des radeaux à la surface de l’Océan, purent prendre pied,en voyantces terres nouvelles surgirà la surface des flots.
Voilà pourquoi, sans doute, CipactU passait pour le symbole de ladélivrance : de là l’inversion de sonnom, souvent écrit IzpactU, dans la Copie Vaticane, c’està-dire « voilà la vie, voilà une terre qui apparaît audessus. > Ne vous étonnez donc pas, après cela, que Typhon n’ait pas toujours été, parmi les Egyptiens, ainsique Bunsen le faitobserveretcomme leremarque aussi M. Mariette, d’après ses récentes découvertes,
— 278 — anedivinitéaussiabhorrée, qu’elle le devint, à la suite des troubles religieux qui agitèrent anciennement l’Egypte. § 6. Bien que Cé-Acatl ne soit pas le premier signe du calendrier, il fut préféré, cependant, par une des grandes firactions du culte antique, pour exprimer la mesure du temps et des années. Mais, ainsi qu’ailleurs le Cé’Tecpad, un silex, symbole de l’ère deTezcatlipoca et caractère de l’année de la catastrophe, il était le signedu feu nouveau, c’est-à-dire de la vie, et c’est pour cela qu’il fut considéré comme le premier signe du nouvel âge. Son apparition, comme volcan, ayant coïncidé avec celle de l’étoile du matin, celle-ci en reçut également le mêmenom ; de là l’identification de Cé’Jcad et de Quetzal-Coatl avec l’astre de Vénus. Ce qu’il y a d’important à remarquer à cet égard, c’est la qualification que d’ordinaire les documents mexicains donnent à Vénus de Tlahuiz-Cal-pan-Tecutlij le Seigneur qui Brille sur les Maisons, suivant la traduction commune, mais que je dois vous interpréter analytiquement ici par la < Vitalité de la Surface couvrant la chaleur sortant du Feu. > Quelle est cette vitalité de la surface couvrant la chaleur sortant du feu, qui donc est Tlahuiz-Calpan-Tecutli?
Eh bien. Monsieur, de quelque manière que l’on interprète ce nom, le Codex Chimalpopocaûnii toujours par ajouter que ce dieu est identique avec la glace : « Cayehuatl in Tlahuiz-Calpan-Tecutli inCetl. » Il n’y a pas de milieu, ced, la glace, littéralement < la vie en un, lemouvementcomprimé » , voilà ce qui est venuse fixer momentanément sur les eaux bouillonnantes avec la lave et les vapeurs de toute sorte, c’est la glace, dit formellement le Teo-AmoxtU, cette gkce,
— 279 — dont le vaste et brillant manteau arriva à point pour achever d’éteindre le feu des volcans et apaiser l’ardente chaleur causée par tant d’épouvantables éruptions.
D’où venait cette glace? assez longtemps j’avais eu l’idée qu’elle était partie du pôle nord, où la débâcle se serait opérée au momentque la terre du Croissant descendit la première fois sous l’eau. Mais en attendant que j’en découvre la preuve dans l’interprétation plus complète de mes documents, je dois vous dire que certains indices me la montrent venant du sud.
Je n’affirme encore rien à cet égard. La seule chose qui me paraisse certaine, c’est le fait matériel de cette débâcle de glace, dont les premières montagnes couvrirent la mer des Caraïbes, aussitôt qu’elle eut commencé à se former, et c’est au-dessus des eaux qui venaient de prendre la place du paradis de Xochitl ou de Tamoanchan, dont les terres s’étaient engouffrées les premières, que ces glaces stationnèrent particulièrement. C’est aux géologues à trouver le reste.
J’ajouterai seulement que la plupart des documents mexicains, interprétés dans leur sens réel ou symbolique, viennent à l’appui pour confirmer cette donnée intéressante, avec des détails fort curieux. Le Popol- Vuh consacre tout le chapitre cinquième de la troisième partie aux péripéties de cet étonnant épisode : c’est là qu’on voit les tribus, arrivant, on ne sait comment, ajoute le texte quiche, par un chemin qui n’était ni terre, ni mer, et qui ressemblait à des rochers roulés sur le sable, aux Sept-Grottes qui furent leur refuge, c’est-à-dire aux sept principales d’entre les petites Antilles, soulevées les premières, à la suite du cataclysme. C’est là qu’elles étaient sans feu, qu’elles grelottaient sous la grêle et le givre, occasionnés par
— 280— le voisinage des montagnes de glace flottantes, accumulées sur l’immense déchirure qui venait de se produire et dont la ligne la plus profonde paraît avoir été précisément cette grande courbe des petites Antilles, le Colhuacan ou pays recourbé des antiques traditions mexicaines, avant que le feu les eût entièrement soulevées. Toutes ces traditions ont conservé le souvenir de cettemer de glace, dont les deux méditerranées tropicales furent recouvertes pendant un espace de temps que je n’ai encore pu déterminer, mais qui ne me paraît pas,jusqu’à présent, avoir étéde fort longue durée : ce souvenir était commémoré dans des fêtes solennelles, sous le nom d’Itzpapalotl, divinité représentée, d’ordinaire, comme un papillon aux ailes tachetées de points noirs, où se détachent des lames d’obsidienne. De là l’interprétation qu’en firent les auteurs par un « Papillon aux couteaux d’obsidienne. » Mais les deux ailes mouchetées symbolisaient probablement les îles à peine visibles, sous la glace, où elles commençaient à se soulever, bien que le mythe paraisse s’identifier tout spécialement avec une seule de ces îles, celle de Turu-Queira, à laquelle se rattachent la plupart des fictions de la religion mexicaine. Quant aux couteaux d’obsidienne, ils sont les images des volcans, qui, en se soulevant, à leur tour, avec leurs feux, devaient achever de les consolider, en brisant et en fondant les glacesautour d’elles.
Telle est. Monsieur, l’étonnante histoire que cachent, sous leurs voiles, les mythes de Tlahuiz-Calpan-Tecutli et d’Itzpnpalotl, dont le nom signifie littéralement € la Vie de la surface recouverte de Glace. » Que de fois, durant les solennités de l’Eglise catholique, où les indigènes de l’Amérique centraleont cherché, comme au Mexique, à conserver les symboles an-
— 281 — tiques de leur religion, que de fois, dis-je, dans ces solennités, où j’étais moi-même le premier acteur, je m’étais demandé ce que signifiaient ces deux grandes ailes de plumes blanches tachetées, à [‘ombre desquelles je suivais le patron de Rabinal porté dans les processions! J’en admirais le caractère et la beauté; car elles semblaient me couvrir avec le saint comme d’un vaste et magnifique manteau. Itzpapalotl, dont l’épisodeestracontéavec des détails siintéressantsdans le Codex Chimalpopoca, était ainsi l’image de la vie universelle couvant sous les eaux glacées, et dans ces taches noires, dans ces lames d’obsidienne qui ornaient ses ailes, l’initié aux mystères du Mexique reconnaissait encore Quetzal-Coail, renaissant après sa mort; il y voyait la vie éteinte en apparence sous la glace, mais prête à renaître avec le feu des volcans nouveaux. C’était là, au figuré, Quetzal-Coatl-Chalchihuitl, l’Emeraude précieuse, qui avait reçu ce nom dès le sein même de sa mère, suivant la légende. Voilà pourquoi Itzpapalotl se trouvait identifiée d’abord avec Chalchiuhlicué, « Celle dujupon d’Emeraude, » image de la verte plaine de l’Océan, mais, en réahté, la vie sortie du massif calcaire, c’est-à-dire le feu du volcan, dont le cône allait percer bientôt son manteau de glace.
La glace commençant à fondre est personnifiée à son tour dans le dieu Itztla-CoUuhqui. « Celui qui tourne le feu dans la Glace » que Sahagun nomme expressément le dieu de la Gelée. Dans les peintures qui le représentent, on le voit, d’ordinaire, sous l’image d’une divinité mâle, au corps blanc, strié de lignes roses, le visage retourné et invisible.
Sahagun ajoute qu’à la fête de Toci, le dieu Centeotl se montrait avec un chaperon, recouvert d’un
— Î82 — bourrelet, sur lequel se dressait comme une crMe de coq. Cet ornement, dit-il encore, était le symbole du dieu de la gelée, liztla-Coliuhqui {). Eh bien, ce chaperon, ce bourrelet, cette crête de coq, cet ensemble, c’est la coiffure à laquelle les anciens donnaient le nom de modins ; la crête, ce sont ces créneaux qui ornent la tête des grandes déesses, signes peut-être des montagnes chez les unes, mais qui pour Jtzpapalotl étaient le signe de la vie, /7/, ///, //, dont la chaleur se répandait tout autour de la glace et la remuait en la fondant. A son tour, Centeotl, dieu ou déesse du maïs, ou le Dieu Un, de l’épi où tous les grains sont en un, et dont le nom signifie littéralement « la Vie à la surface de pierre unie ou glacée, » s’identifiait ainsi avec Itztla- Coliuhquiy dans le symbole de ce bourrelet, la glace, surmontée de la crête de coq, c’est-à-dire de la chaleur qui la pénétrait.
Itzpapalotl est donc le prototype le plus complet de Junon, de cette déesse mystérieuse, flottant entre la meretlescieux,etqu’on avait cru pouvoir,deson côté, identifier avecl’atmosphère. Junon, dont lenom, dans sa simple expression, iu-iio peut se traduire de la langue haïtienne par c la vie noble ou sublime , > Junon pouvait, à juste titre, se comparer à l’Océan, dont elle était, comme Itzpapalotl^ la maîtresse et la souveraine, etcomme celle-ci, s’identifieravec Aphrodite et l’Etoile du matin. Le modius qu’elle portait annonçait,comme chez Itzpapalotl, la terre portant la glace qui contenait la vie et la fécondité, symbolisée également dans legrandvoilede la déesseeuropéenne, ainsi que dans le manteau de la déesse mexicaine. (1) Sahagun, Hist. gen. de las cosas de Nueva-Espana^ lib. II, cap. 30.
— 283 — Si elle se confondait avec Mena [a-men^ l’eau de Men, Luna Lunus), c’est parce que la glace se confondait avec l’eau sous laquelle le Croissant était enseveli.
Junon Fluonia, qui empêche les eaux de couler, se reconnaît dans cette glace qui arrête effectivement le cours des eaux. Comme Itzpapapotl, elle présidaitaux couches des femmes, à la naissance des enfants et même à leur formation dans le sein de leurs mères.
Junon, élevant les mains, comme Héré-Hypercheiria^ délivrant les Laconiens de l’inondation, ne symboliserait-elle pas ces montagnes de glace où les naufragés du cataclysme auraient pu trouver un asile momentané? Les trois nourrices de la déesse rappellent, de leur côté, les troissœurs de la Vénus mexicaine et les filles de Gingras, comme Jupiter changé en coucou et réchauffé sur le sein de Junon, symbolise l’union mystérieuse du feu et de l’eau dans le volcan de Turu-Queira, prêt à surgir au-dessus de l’île environnée du manteau de glace d’Itzpapaloil.
Ce manteau, encore une fois, n’est-il pas le type du riche vêtement de Junon la bien mise, les broderies, les pierres précieuses, dont ce vêtement est couvert, ainsi que les yeux ornant la queue du paon de la déesse , ne sont-ce pas là les images de ces mornes, aux yeux volcaniques, poussant au-dessusde la glace, ainsi que les yeux et les pointes d’obsidienne de la divinité mexicaine?Donnez-vous le plaisirde parcourir le chapitre deuxième du livre YI de la Symbolique de Creuzer, si élégamment traduite par M. Guigniaut, et vous médirez ensuite si les attributs divers, accordés àJunon-Héré, ne se retrouvent pas également dans ceux de Vltzpapalotl et de VItztla-Coliuhqui, la première, symbole de l’île, encore enveloppée de la glace, la seconde, de la glace déjà fondante {her-a, l’eau qui
— 284 — s*amollit, en quiche), sous l’action de la chaleur qu’elle recouvrait?
Les soins que Junon donne aux femmes en couche, cette vie dont elle anime les enfants dans le sein de leur mère, c’est la chaleur vivifiante dont QuetzalCoatl est le type le plus complet. C’est cette chaleur qui fondit la glace, amoncelée sur les îles qui, en continuant à s’élever, finirent par la rompre de toutes parts. Vulcain parut avec le volcan et les débris de cette glace, si étonnante sous un climat tropical, achevèrent, sans doute, de disparaître avec le courant du Gulf-Siream, nouvellement formé. De là l’identification di Itzpapalotl avec Ixcuina^ la mère qui prend un œil, ou plutôt Ixcuiname, les mères prenant des yeux, noms qui paraissent devoir s’interpréter, de la même île et de ses portions diverses, apparaissant avec les cônes dont chacun manifestait l’œil d’un volcan, personnifiés par lesMexicains d’alors dans les divinités de la luxure.
Voilà pourquoi, au lieu d’Ixcuina, on trouve sou- . vent, dans les auteurs, les variantes Itzcuina, « mère qui prend la glace, » mais qu’on traduit d’ordinaire par « mèredu chien, > et à’Izcuina, « mèrequi prend le sel, » idéesqui s’accordent toutes avec le sens caché du mythe. De là encore le nom de Tlaçol-Teotlqu’on appliqua à la portion principale de cette île, soulevée la première au-dessus des flots et que tous les auteurs identifient avec la Vénus de l’antiquité. Les deux divinités avaient également pour symbole, parmi les astres, l’étoile du matin, dont le nom fut donné à la fois à la glace et à cette première île qui se montra audessus, par les populationscontemporaines et témoins du cataclysme. Tlaçol-Teotl, dieu ou déesse de l’amour, signifie, dans son acception ordinaire, la divi-
- 285— nité ordurière OU de lavanité, du mot Tlaçolon Tlaçolli, tout ce qu’on abandonne, qu’on rejette ou qu’on balaie, l’ordure, et par extension l’obscénité, les amours obscènes. Mais en réalité Tlaçol-TeoU donne le sens de « la Vie à la surface Salie » ou qui a été absorbéepar le feu, et la Copie Vaticane l’explique à son égard, en disant qu’elle fut appelée ainsi, parce qu’elle était le symbole de la terre antique, sortant de l’eau, couverte d’ordures et des épavesdu naufrage.
En l’identifiant avec une autre divinité , Xochi- Quetzal, «Celui qui s’est élevé du fond de la base » ou Quetzal-Xochitl, « laFleur relevée, > les notionsqueje retrouve à ce sujet, éparses dans mes documents, me la font connaître, ainsi que je l’ai dit plus haut, comme une portion de la terre ensevelie sous les flots et qui fut la première à sombrer, à l’ouverture de la terre des Caraïbes. Les traditions sont unanimes à la vantercommeune des plus belles contréesde l’époque anté-diluvienne, mais probablement plutôt marécageuse que montagneuse; car dans les peintures de l’histoire mexicaine, expliquées par les interprêtes deMotolinia, elle est désignée comme ayant été créée des cheveux de la déesse-mère, c’est-à-dire des parties aquatiques de la terre. Sous le nom de Xochitl « la Fleur, » ou bien « ce qui vit à la base » elle est célébrée dans les légendes, tantôt comme la fille du roi Huemac, s’amourachant du plébéien Toveyo, ou comme la concubine du roi adultère Tecpancaltzin, père du dernier monarque toltèque ; mais, sous quelque image qu’elle se présente , c’est toujours elle qui est regardée comme la cause première de la ruine de l’empire de Tollan ; c’est elle qui la première, dans le paradis de Tamoanchan cueille les fleurs de l’arbre mystérieux, source de la destruction et de la mort des
— 986 – dieux, c’est elle enfin qui la première descend du ciel, précipitée aux enfers où elle entraîne tous les autres. § 7. Viergesous le nom d’Jchpochtli,^ lajeune fille » ou plutôt « la vie dans la fumerolle (1), > Xochitl de-vint coupable, en touchant témérairement aux fleurs dont les couleurs étincelantes sont, dans les peintures, les images des feux volcaniques. Si la première elle descendit sous les flots, lapremière aussi elle remonta à leur surface. C’est alors qu’elle est représentée, dans le MS. LclelUer et dans la Copie Vatîcane, sortant de la mer couverte des immondices, laissées par la glace, et de l’écume de l’Océan. Mais elle n’était plus vierge.
Elle avait, dans les grottes humides de l’abîme, communiqué avec le feu, en montant et en descendanttour à tour dans ses profondeurs. Lorsque enfin elle reparut, nouvelle terre sur une nouvelle eau, en brisant les glaces qui l’environnaient, elle portait encore dans son sein le fruit de son commerce adultère, qu’elle produisit sous la forme d’un volcan nouveau. Voilà ce que racontent toutes les traditions ; voilà ce qui a donné lieu à tant de symboles, à tant de fictions diverses. De là surtout son nom de Tlaçol-Teotl, qui exprime à la fois l’allégoriede ses amours et les obscénités de cette terre, issue sirécemmentdu cataclysme.
De là, ensuite, un autre nom, celui de Tepeyolotl^ « chemin de vie sortant de la montagne, > ou de Tepeyolotlec , « avec le feu de la surface vivante, sail-lant de la terre, » ainsi que l’écrivent l’anonyme du MS. Letellier et le dominicain Rios, commentateur de (1) Chose étrange, de voir comnient le symbolisme mexicain s’est formé : ichpoch, la jeune fille, c’est la fumerolle, tandis que l’homme, Ua-call, c’est celui du feu, ou bien llac-atl, l’eau dans le feu. Ces étymologies expliquent bien des hiéroglyphes !
- 287 – la CopieVaticane. De là, enfin, ce qu’ils ajoutent, en disant d’un côté que Xochi-Quetzal est le premier homme au sortir de la catastrophe , c’est-à-dire la première montagne, et que Tlaçol-Teotl, avec qui commença letemps, fut aussi celle avec qui commença le péché (1).
C’est en étudiant, dans les documents mexicains , l’ensemble de ces légendes et de ces traditions, voile épais d’une histoire géologique, relativement récente, qu’on peut retrouver, l’une après l’autre, les causes qui ont donné naissance aux symboles et aux attributs divins, comme aux fictionsde la mythologie.
De ces attributs et de ces symboles, les uns s’identifient, soit avec la terre du Croissant dans son intégrité, soit avec les portions de cette terre, abîmées par sa destruction, ou avec celles qui échappèrent à laruine, ou qui se soulevèrent ensuite.
Dans celle queje viens de vous montrer, sous tant d’images, et qui servit de type à la Vénus mexicaine ainsi qu’à laVénus antique, vous aurez déjà reconnu sans doute l’idée première de votre Aphrodite. En effet, si l’on consulte la théogonie d’Hésiode, on voit qu’Aphrodite futengendrée de lasemence divined’Ouranos, mêlée à l’écume de la mer où était tombé le membre viril de ce dieu, mutilé par le conseil de sa femme Gœa, la terre. Or, Ouranos, c’est la voûte céleste personnifiée, c’est-à-dire la portion du continent engloutie, avant son engloutissement. C’est QuetzalCoatl, avant ladestructiondeTollan (deTulan^t^uran, t’ouran, le peuple du ciel, dans la langue haïtienne) ;
Ouranos, c’est cette vaste région atlantique, assimilée ensuite au firmament, c’est le maître et le père des (1) Ap. Kingsborough, vol. V, pag, 136-138.
— 288 — astres avant leur séparation, la croûte de la terre, avant d’avoir été taillée en pièces par le feu et parl’eau.
Ici eUe est désignée, en particulier, comme lemembre viril du dieu. Mais les terres couvrant naguères les deux méditerranées nouvelles, n’en étaient-elles pas les appendices, et le sangd’Ouranos n’était-il pas luimôme le sang de la terre, le feu, la lave bouillante, qui se mêlèrent à l’écume de la mer, à la glace, d’où la première sortit brillante l’île de la Guadeloupe avec l’étoile du matin? Voilà pourquoi cette île, la plus belle des petites Antilles , est appelée tour à tour Turu-Queira, « le berceau du monde céleste, > et Caru’Queîra, « le berceau du monde deshommes. > Observez, je vous prie, que c’est précisément à l’extrémité desgrandes Antilles vers l’Atlantique, à cette extrémité, considérée, elle-même, comme la racine du membre viril du dieu sacrifié et sur la ligne mar-quant l’un de ses testicules, que naquirent les petites Antilles, où la Guadeloupe devait jouer un si grand rôle.
Dans cette île se réunissent sous des symbolesd’une extrême crudité les notions, en apparence les plus étranges, mais qui, dans leur étrangeté , n’en localisent qu’avec plus de précision les mythes, en expliquant leur raison d’être. Si le nom de Tlaçol-Teotl qui lui est donné plus haut, exprime son absorption par le feu dans l’abîme et son retour à la lumière, chargée d’ordures, celui de Tlaçol-Quani, « qui mange des ordures, > désigne une autre particularité qui n’est pas moins remarquable. Mangeur d’ordures, qui dévore ses excréments, voilà l’idée qu’en donne surtout la peinture du Codex Borgia^ au fol. 27, Collection de Kingsborough, vol. III. Vous y remarquerez, en effet, un être humain, se laissant couler de l’orifice
— 289 — du rectum une large traînée jaune, vers laquelle il tourne la tête, en portant une partie de ses excréments à sa bouche. Or, l’anus, tzin, en mexicain, désigne toujours le cratère, et je n’ai pas besoin de vous en expliquer la raison ; elle est dans la simplicitémême deschoses delà nature. Qu’indique, en effet, cette traînée jaune, sinon le soufrevomi par le cratère, et retombant dans quelque ravin du voisinage, ouvert au pied du volcan, ravin désigné, comme vous le verrez plus bas, sous le nom de Xocotzin, « le cratère qui est à la base. » Cette scène grossière qui se reproduit à plusieurs reprises dans les peintures de ce document et dans d’autres analogues, a été de la part de plusieurs écrivains l’objet d’observations morales de toute espèce ; le jésuite Fabrégat, dans le manuscrit duquel (1) Humboldt puisa si largement, y voyait une allusion à la chute du premierhomme et à ladécadence de l’humanité en général, par suite du péché originel.
Sahagun, de son côté, y trouvait une allégorie du même genre, et avec d’autant plus de raison apparente, que cette image était une de celles qui symbolisaient la Vénus mexicaine.
Pour en revenir à Aphrodite, cette fille de l’écume des flots, je vous prierai de jeter un coup d’œil sur la planche 41 du Codex Borgia ; vous l’y verrez avec le caractère femelle, représentée d’une manière fort peu décente, comme la Tlaçol-Teotl mexicaine, montrant le volcan qui sort de son cteis. Mais ce qui, dans cette image, est digne de remarque, c’est le masque noir qu’elle porte sur sa bouche fermée et surson menton, signe de la fermeture du volcan. Ce masque qui lui donne l’aspect d’une femme à barbe, est précisément (1) Esposizione del Cod.-VelleU-Borgia, etc. MS. passim.
— 290 — le prototype de la Vénus barbue, comme l’homme Tlaçol-Quani l’est de l’Aphrodite mâle qu’on adorait à Chypre (1). Souvenez-vous encore, je vous prie, que c’est sous la forme d’une pierre taillée en cône circulaire, qu’Astarté était adorée à Paphos, au rapport de Tacite (2). Cette forme, non moins incompréhensible pour les mythologues que celle du bonnet conique, prêtéà tant de dieux, était précisément lesimulacre le plus vraidufameuxvolcan dont Tlaçol-Teoil, laVénus mâle, était la personnification. Ces symboles, ainsi que ceux qui se représentent si poétiquement dans Hésiode, sont loin d’être des fantaisies de son imagination ; vous les retrouverez tous, sans en excepter un seul, dans les épisodes du cataclysme. Qu’est-ce, par exemple, que ces enfants de l’Aurore, dont il est question ; qu’est-ce que les vetits qu’il nomme en même temps que l’Étoile du matin, et le Styx^ ce fleuve de glace, qui s’unit à Pallas, sinon le récit abrégé de ce que je vous détaillais plus haut, de cette mer de glace, couvrant les îles et commençant à se montrer au leverde l’astre précurseur du soleil ? Qu’est-ce que Pallas avec son casque, si ce n’est cette mer de glace, si ce n’est le dieu Itztla-Coliuhqui, le chaperon de Centeotl, orné d’une crête de coq, disparaissant sous les flots, en entraînant avec elle l’une des îles nouvelles, type de la Pléiade qui mourut de douleur à la prise de Troie ? Vous en verrez, si vous le voulez, les symboles funèbres dans la peinture inférieure de gauche du fol. 26 du même Codex Borgia, Ces symboles, considérés à notre point de vue, ne sont généralement pasmoins hideuxqu’obscènes. Des (1) Religions de l’Antiquilé, tom. II, pag. 221. (2) Histor. lib. Il, 3, ad fin. Conf. Guigaiaut, Religions, etc., ibid.
— 291 — hommes ou des femmes laissent couler fréquemment leurs urines ou leurs excréments sur d’autres personnages, placés au-dessous d’eux. Dans celle qui représente Tlaçol-Quani dévorant les siens, vous aurez observé que le flux jaune, sortant de son anus, se répand sur une autre figure déjà noircie par les effets du feu. Ne serait-ce pas là l’origine de la fiction où Vénus est représentée persécufant ses sœurs, les trois filles de Ginyras? Quand elle les oblige, par ses mauvais traitements, à s’abandonner à des étrangers, le mythe semble encore faire allusion à des effets volcaniques divers.
Dans la tradition mexicaine, Tlaçol-Teotl a également trois sœurs comme la Vénus asiatique ; toutes quatre ensemble portent lenom d’Ixcuînaméqui leur estcommun. Mais chacune,en particulier, estdésignée par uneexpression qui lui est propre, et toutes quatre, réunies, concernent lamême île, Turu-Queira, ceberceau du monde céleste. La première est appelée Tiacapan, c’est-à-dire « la source de la richesse, » ou « l’Affluence des marchandises, » ou même encore, dans un sens plus étendu, « le marché principal. » La seconde sœur est Teicu « la libéralité, » ou « la Voie ouverte dans la pierre, » nom qui indique évidemment l’estuaire qui sépare les deux grandes portions de la Guadeloupe. La troisième, Tlacocoa, signifie, soit « celui qui Achète beaucoup de choses, » soit « lesJumeaux du feu, » ou bien enfin « l’eau dans le vase du feu. » La première explication, ainsi que l’interprétation de Tiacapan, fait allusion à une place importante pour le commerce ; mais les deux dernières doivent désigner un doublecratère éteint et rempli d’eau, dont l’île était pourvue. De tous ces noms, le plus intéressant, néanmoins, est celui qui est marqué
- 292 — le quatrième dans Sahagun : c’est Xoro/sm , qui fait simultanëment allusion à un caractère mâle et à un caractère femelle. Suivant Tinterprétation ordinaire, Xocoizin signifierait « le SeigneurPrunier, » de xocotl, l’arbre de ce nom, le môme qui joue ailleurs le rôle de Huitzil-OpochtU, prototype d’Atys ressuscité, symboles l’un et l’autre du morne de la Soufrière. Mais Xocotzin, traduit littéralement, signifie «le cratèreou le cône dans le vase » ou qui s’est élevé au centre d’un autre, ainsi queje vous le faisais observer plus haut, en sorte qu’il exprime à la fois l’idée mâle, comme le pic principal de l’île, et l’idée femelle par sa situation au centre d’une sorte de vallon élevé, dont la forme évasée, sans doute, l’aura fait comparer au sexe de la femme, portant le membre de l’homme. C’est cette situation qui est signifiée par le nom et l’image de Tlaçol-Qiiani, portant ses excréments à sa bouche, c’est-à-dire recevant les déjections du volcan voisin avec les scories de toute espèce.
C’est bien probablement à la projection des scories du volcan principal sur les parties caractéristiques de l’île de Turu-Queira qui a donné lieu à la fiction de Vénus, persécutant ses sœurs, fiction dont il est parlé dans la mythologie des Grecs. Si elles sont les aînées de Vénus, les trois sœurs de Xocotzin sont également ses aînées, comme les localités, désignées de cette manière à la Guadeloupe, sont les aînées des deux cratères compris sous le nom de Tlaçol-Teotl; les hommes étrangers auxquels elles s’abandonnent ne peuvent être que d’autres cratères, allumés vers le même temps sur l’île etqui s’éteignirentpromptement avant celui de la Soufrière. Je laisse aux géologues et surtout aux jeunes et courageux voyageurs de la section géologique de la commission du Mexique, le
— 293 ~ soin d’examiner, à leur point de vue, une question que je ne traite ici qu’en traducteur et en interprète des documents mexicains. § 8. Dans les traditions haïtiennes, conservées par les compagnons et les contemporains de Colomb, l’histoire géologique des Antilles se présente sous des traits également allégoriques. Les deux puissances que nous avons vues si souvent personnifiées sous les noms de Quetzal-Coatl et de Tezcatlipoca, se représentent ici sous le symbole de deux grottes, d’où seraient sortis tous les hommes, et qu’on voit encore aujourd’hui, dans la partie de l’île de Haïti, connue naguère comme la province de Caunand ou la Matrice de l’or. La montagne était celle de Cautdei la principale desdeux grottes s’appelait Caci-Ba-Xagua, c’est-à-dire « le Sol ou le Rocher père du Génipayer ou de la Fertilité » ; la seconde était connue sous le nom à’Ama-laona, c’est-à-dire ce qui est comme la Marche de l’Eau; il est inutile de m’appesantir sur ces deux noms; l’on y retrouve, sans difficulté, les principaux attributs des deux grandes divinités dont il a été si souvent question plus haut. Jour et nuit, ajoute la tradition, on veillait sur ces deux grottes, et la garde en était confiée à un appelé Maro-ca-el, c’est-à-dire qui « pousse et perce comme la racine du manioc.» Une nuit, ayant laissé sortir quelques hommes de l’une des grottes, et ceux-ci s’étant laissés surprendre par les rayons du soleil, furent changés en mirobolaniers, et lui-même, tardant à rentrer, fut transformé en pierre. Un autre ayant été envoyé pêcher, fut pris à son tour etchangé en un rossignolqui reparaît chaqueannée et semble se plaindre, par son chant, du malheur de sa métamor-
— 294 — phose.Celuiqui l’avaitenvoyé ëtaitun caciquepuissant nommé Gua-Ho-Xona^ qui voyant qu’il ne retournait point, partit à sa recherche. Ayant enfermé tous les hommes dans les deux grottes, il n’emmena que les femmesetlesenfants qu’elles allaitaientetlemarid’une decesfemmes,caciquecomme lui etson parent,nommé Ana-Cacuxa. Mais, en chemin, il se débarrassa de celui-ci, en appelant son attention sur le beau Cobo qui voguait sur la mer et l’y précipita. Il laissa après cela toutes les femmes à Madanîiiô^ et les petits enfants qu’elles portaient à la mamelle, furent abandonnés au bord de l’eau, où ils furent changés en grenouilles. Le cacique partit ensuite pour un autre endroit ; mais s’étant souvenu qu’il avait oublié une des plus belles femmes au fond de l’Océan, il retourna près d’elle et en jouit considérablement; y ayant pris un ulcère, il se retira au lieu appelé Gua-Nara^ où il se fit soigner par un grand nombre de baigneurs.
La femme qu’il avaitamenée lui demanda alors la permission de s’en aller : mais en se séparant de lui, elle lui fit don de guanin et de coleciba, c’est-à-dire de bijoux d’or et de coquilles fines qui furent, ajoute la tr-adition, l’origine de l’or dans ces contrées. Alors il changea de nom, ajoutant à celui de Gua-Ho-Xona^ celui de Biberozî^ et la femme s’appela Gua-Bonito.
Il se retira de là au pays de l’or Guanin^ et l’un et l’autre, ainsi qWjilbebora et son fils furent depuis l’origine de tout le guanin, c’est-à-dire de l’industrie métallurgique.
Que de choses dans cette simple légende, si naïvement racontée par un pauvre moine ignorant, mais véridique, par ce pauvre frère lai, compagnon de Colomb et qui passa sa vie à enseigner le catéchisme aux insulaires persécutés de Haïti! que d’autres
— 295 — choses chantées, par ces insulaires, dans leurs areiti, ou chœurs mouvants et que nous aurions pu savoir, si on s’était donné la peine de les recueillir! Et, cependant, dans le peu qui nous en a été conservé, la plupart des traditions desBanyans de l’Inde ancienne et des contes des navigateurs phéniciens s’y trouvent en germe : on les reconnaît à travers les voilesdont ils s’enveloppent; ce sont les mêmes qu’on retrouve dans les peintures mexicaines qui en donnent la clef, quand on en examine avec soin les détails. Ce sont bien, en effet, ces peintures qui ont été la source de tant de récits, de tant d’histoires différentes : il suffit, pour s’en assurer, de parcourir les écrits du temps de la conquête et les relations d’Ixtlilxochitl ; dans leurs variantes sans nombre, dans la multiplicité des narrations, amplifiées sur le même thème, vous reconnaîtriez toujours les traductions des mêmes symboles, la preuve, par conséquent, que toutes ces traditions sont identiques au fond.
Il n’est pas jusqu’à Hérodote qui nevous en donne un témoignage formel, et chez qui vous ne retrouviez la plupartdeslégendes haïtiennes. Hercule, dit-il, dans sa Melpomène (2) , à propos de l’origine des Scythes, avait emmené les bœufs de Géryon, qui demeurait dans VErjrthie ou î’île Rouge, dont je vous ai parlé plus haut, île qui, selon l’historien, existait dans rOcéan, en dehors des Colonnes, non loin de Gadès.
Mais en s’en allant. Hercule fut surpris par un orage violent, accompagné d’un grand froid, dans une (1) Addition à la Relation des choses de Yucatan, pag. 433. Conf.
Pet. Mart. Z)e rébus Océan. Dec. I, lib. IX, pag. 103 et seq. — Je ferai observer ici que le gio ou gia de l’édition italienne des noms haïtiens, écrits ailleurs xio, xia, ou a;o, xa, doivent se prononcer comme le français cho, cha, etc., le x étant pour ch ou pour le sh anglais. (2) Histor. lib. IV, § 8 et suiv.
- 290 – région de la ScythieappeléeHylée ; s’cnveloppantalors dans sa peau de lion, il s’y endormit. Durant son sommeil, ses juments qu’il avait détachées de son char pourles laisser paître,disparurent ; àson réveil, s’étant mis à les chercher partout, il finit par découvrir qu’un monstre, moitié femme, moitié poisson, les avait cachées au fond de sa grotte. Elle promit, toutefois, de les lui rendre, mais à condition pour le dieu de cohabiter avec elle, ce qu’Hercule lui accorda. Comme elle différait néanmoins de lui restituer ses juments; pressée enfin de tenir sa promesse, elle les lui rendit, en annonçant à Hercule qu’elle avait conçu de lui trois enfants. Le dieu partit ensuite, en lui faisant don de son arc et de son baudrier, qui devinrent depuis le partage du plusjeune de ses fils, Scythes, le fondateur de la nation et de la maison royale des Scythes.
La ressemblance entre les deux traditions est frappante. Hercule saisi du froid et s’endormant enveloppé de sa peau de lion, c’est la vague, saisie par la mer de glace qui l’environne et qui la garde en quelque sorte captive, comme le dieu haïtien dans la grotte de la déesse au corps de poisson. Quant au nom des Scythes et de la Scythie, dont l’étymologie, suivant Larcher(l), vient du lapon skjtta ou du borusse szythi, qui signifient archer, il se retrouve dans le quiche xit (shit), sortir d’en dessous, pousser, lancer, darder; identique avec le nahuatl xit, primitif de xitini {ûiïiim) qui a un sens analogue, d’où xit-ya (shit-ya), l’eau qui s’élance, qui renverse, origine probable de ce nom. Ajoutez que le Hjlea ou Hylée, ce fleuve des bords de l’Océan, nom du canton où (1) Herodot. Uist. édit. de 1S02, tom. III, pag. 4l3,note 10.
— 297 — Hercule trouve le monstre féminin, hulea, ulea, des « eaux qui roulent » ou « qui \iennent », la houle qui bat le rivage, en quiche encore, ou bien en nahuati G l’eau du caoutchouc » , qu’on retrouve aussi dans VUlua et le Culua des Mexicains, le Culuacan ou Colkuacan, la grande courbe des Antilles, tous ces noms, dis-je, qu’Hérodote place à l’occident, en dehors des Colonnes, et auxquels se rapporte encore celui de l’hyperboréen Ulen, l’un des civilisateurs de la Grèce antique, n’indiquent-ils pas cette barrière d’îles et de rescifs, où viennent dormir les vagues de Gadès, après latraversée del’Océan? n’indiquent-ilspascescontrées d’où émigrèrent, en particulier, les ancêtres des conquérants hyperboréens et des Médo-Scythes ? Je reviendrai plus loin sur ce sujet, qui est d’une grande importance historique.
Hercule, dans la légende haïtienne, c’est Gua-Ho- Xona, le cacique sorti de la grotte de la montagne de Cauta, comme la puissance qui gouverne les eaux, rompant le sol antique du Croissant : il se sert de sa tarière, comme le Toltèque, et l’instrument de sa puissance est symbolisé dans l’homme Marocaël^ «Celui qui pousse et perce, semblable à la racine du manioc. Mais tel qu’Hercule sur le bûcher, tel que Tezcatlipoca, uni à Nanahuatl, le cacique haïtien représente la double puissance des deux grottes, et si nous le voyons icicomme celle de l’eau, plus loin nous le reconnaîtrons exerçant celle du feu. Les femmes qu’il enlève et qu’il abandonne àMadaninô, ce sont les eaux qu’il répand sur cette terre appelée « la Grande terre des Fenmes », le paradis de la terre, avant la catastrophe, celle où se forma la mer des Caraïbes, identique avec le Tamoanchan des Mexicains, devenue Chimalman^ avec les eaux répan-
— 298— dues h sa surface. C’est à la môme contrëe que revient encore le nom de Xadru-vava (Shadru-Vava), qui semble signifier < la Fertilité brillante des grandes Plaines», reparaissant bientôt après, sous la forme d’un rossignol. Ce rossignol, en effet, c’est le feu du volcan, c’est le colibri de Huitzil-Opochtli, c’est le Phénix, qui brille à la cime du morne de la Soufrière, dont l’île entière se retrouvedans le beau Cobo, le roi de la conque marine, symbole naturel, mais expressif de la forme matérielle de la Guadeloupe. Car si, plus haut, vous l’avez vue, lorsqu’elle était recouverte de glace, sous le nom d’Itzpapalotl, comparée à un papillon aux lames de silex, ici, dégagée de ce manteau brillant, elle apparaît semblable à un iiautile, flottant sur la mer, où le mollusque vivant est représenté par le volcan, image de la vie. C’est le beau Cobo, le lieu haut et fertile par excellence, que vous pouvez reconnaître dans la Basse-Terre, tandis qu’y^na-Cacuxa, que le caciquejette à la mer, en chemin, « la Fleurde Cacao de la plaine fertile, » vous donne l’idée de la Grande-Terre, Les enfants à la mamelle abandonnés aux bordsdu ruisseau, ce sont les fumerolles, ouvertes sur les massifs de l’île, peut-être, les îlots fumants, situés entre les Petites Antilles et la Floride.
Sous le nom deNara, de cette retraite où le cacique vaseguérirde sa lèpre etemmène la femme de l’Océan» lalégende désigneencore une fois laGuadeloupe.Carle JSara, « le lieu de lanaissance, > c’est la retraite choisie du cacique amoureux ; c’est la femme elle-même dont ilajoui dans sa grotte, c’estXocA/V/qui renaît sous un autre nom et qui devient, en se montrant, ainsi qu’Aphrodite sur l’onde, hermaphrodite comme elle ; c’est Giia-Bonito, « l’Aïeul ou le Père de l’homme, le père de cecônequi s’élève au-dessus d’elle, qui représentera
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299 — à son tour le cacique de l’eau, se transformant dans le cacique, du feu sous le nom de Bib-Eroz-I, qu’on traduitpar la « Yie del’Amourdans les êtres vivants » , mais qui s’interprète plus analytiquement par le « mouvement sortant rouge avec l’existence et la vie » bi-be-roz-i. Telles sont les identifications que l’étymologie, non moinsque les notions variées, éparpillées dans les récits des contemporains de Colomb, comparées aux traditions du Mexique, me permet de faire des traditions haïtiennes. Que de choses, encoreune fois, nous aurions pu connaître, si ces notions, transmises de génération en génération, dans les areidon chœurs mouvants des insulaires, avaient été recueillies avec plus de soin par les uns et moins de dédain par les autres ! Ouvrez, si vous en avez la patience, les volumes de Raffmesque (1) ; parcourez-y les ballades des Tallégas, des Lénapis, etc., conservées, d’âge en âge, parmi les tribus barbares des Etats-Unis, aujourd’hui confiées heureusement à l’écriture par Loskiel et Heckewelder, leurs descendants, et vous y trouverez, sous d’autres images, lesmêmes traditions dont je viens de vous entretenir. Ces tribus disent toutes qu’elles partirent originairement de Tula et des belles îles du sud : elles parlent des grandes glaces et des serpents de feu, avec lesquels elles furent en lutte, à la suite de l’inondation et de la ruine de la terre. 1 9. Dans lespeintures mexicaines, vous retrouverez toutes ces choses sous des voiles plus ou moins transparents. Ce sont ces peintures qui en donnent la clef, comme ellesferont connaîtreàceuxqui sedonnerontla peine de la chercher, celle des chants et des poëmes (1) The American Nations, etc. n. fîrst, pag. 12^. Voir aux pièces justificatives n° 4.
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300 — des Kahvalas de la Finlande, ainsi que de tous les poèmes antiques des nations. Ce sont ces peintures, ce sont les événements qu’elles représentent, les interprétations plus ou moins allégoriques qu’on en a imaginées, qui ont été la source de mille récits, de mille histoires différentes. Il suffit pour s’en assurer, de parcourir les écrits du temps de la conquête, les relations d’Ixtlilxochitl : là vous reconnaîtrez dans ces variantes sans nombre, dans la multiplicité des narrations, amplifiées sur le même thème, la traduction desmêmes symboles, la preuve, par conséquent, que toutes ces traditions sont identiques au fond.
C’estaux îles de la merdesCaraïbes qu’il faut chercherl’originedecesfameuses Tirthasde l’océanIndien, ces lieux sacrés des contes des navigateurs indous, ces ports d’un grand commerce antique, où l’on trouvait à la fois les richesses et la volupté, le Nara, cette retraite sacrée des dieux haïtiens, dont les légendes indiennes racontent les merveilles. Voilà, Monsieur, voilà à quoi viennent se rattacher les noms des trois sœurs de la Vénus mexicaine, dont nous examinions plus haut les étymologies. Remarquez, en effet, que si le nom de l’aînée, Tiacapan, signifie la « source de la richesse» et «l’affluence des marchandises», c’est desdeux premières syllabesde cenom, ti-a^ littéralement a payssur l’eau » , en langue maya, maisayant le sens d’un concours commercial, dans l’acception ordinaire, qu’est dérivé le mot tianquiz, le marché, la foire, en nahuatl, ou plus httéralement « le lieu où aboutissent, oùressortent les riches marchandises ».
Teicu^ € la libéralitéou lavoieouvertedans la pierre «, Tlacocoa, « les jumeaux du feu» ou « la paire enflammée », ces trois noms, rapprochés de celui de Xocotzin, mâle et femelle ensemble, ces trois, dis-je,
— 301 – indiquent amplement, comme l’énonce Sahagun, la profession voluptueuse de ces déesses du plaisir, du luxe et des jouissances matérielles.
Ainsi tout s’accorde également ici avec l’idée antique du foyer souterrain, du culte, issu de l’Orcus, du soleil, sortant de l’abîme de la Limné, du soleil fils des Pléiades incestueuses, livrées au dieu volcanique du foyer, comme les filles de Cinyras à des hommes étrangers. Quoi de plus naturel à la vue de cette île sortant des eaux, de ce volcan, successeur de tant d’autres, naissant à côté de la grande déchirure de la Soufrière, que l’idée de la renaissance et de la vivification du sein de la tombe, que vous retrouvez dans toutes les mythologies de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe! Quoi de plus naturel que toutes ces choses, quand vous voyez cette société, composée des épaves du grand naufrage, issue de l’abîme, dans lequel l’humanité avait manqué périr, se reconstituer à côté de la pyramide du volcan, tombe elle-même et symbole du soleil, du feu souterrain qui s’y était nourri, pour en sortir et rendre la vie au monde qu’il avait précipité sous les flots. Telle était cette pyramide, monument de la volupté, signifiée dans ce cône-phallus, surgi à côté du cteis volcanique ; tel était le type de cette pyramide, où les jeunes filles étaient les esclaves d’une Hécate souterraine et voluptueuse, d’une déesse chienne, comme VItzcuma ou Vlxcuina des Mexicains.
Au temps de la découverte de l’Amérique, on conservait aux Antilles le souvenir d’une île des amours, oii les femmes auraientgardé, jusqu’à une époque fort rapprochée, la suprématie sur les hommes. Cette île c’était la Martinique, Ma-Dan-Inô, qui paraît signifier « la Grande place sèche des femmes » , en souvenir
- 302 – sans doute de celle dont elle avait pris la place.
D’autres l’appellent Ma-ti-ninô^ qui signifierait « la grande place de l’or-alliage. » La tradition de l’enlèvementdes femmes par le dieu, et de leur translation à iltffl^rtm/i<>,aurajustifiéauxyeux des populations,nonseulement cette suprématie, mais aussi la rapine et la violence, exercées fréquemment sur les autres îles et sur les côtes de la terre ferme, par les habitants de la Guadeloupe et ensuite par les pirates marchands de Haïti.
On dirait qu’Hérodote suit la tradition de ce fait dans l’obscurité des âges, lorsqu’il accuse les Phéniciens d’avoir été la cause de toutes les guerres de l’Occident, en volant des femmes et des troupeaux, comme objets de trafic et de marchandises. C’est également à la puissance et à l’isolement des femmes à Ma-Dan-Inô que semble se rapporter le même historien, en parlant des Amazones. En effet, suivant les traditions des Antilles, les femmes, dans les temps reculés, auraientseules habité cette île, et les hommes n’y auraient été admis qu’à une certaine époque de l’année, afin de les rendre mères. Des enfants nés de ces unions fortuites, çlles n’auraient gardé que les filles, les garçons étant remis aux pères, à mesure qu’ils étaient sevrés. Ce qui n’est pas moins à remarquer dans lamême tradition (1), c’est que ces femmes passaient pour nourrir au fond d’une caverne, où seules elles pénétraient, de grands lapins qu’elles y gardaient comme l’objet de leur culte.
Ces lapins, identiques avec leschiensd’Ixcuina, sont encore une fois le hiéroglyphe de ces dieux qui représentent leToyer d’un autel souterrain. Ils sont iden- (1) Pet. Mart. de reh\xs Océan, decad. I, lib. ii, pag. 16-17.
— 303 — tiques avec ÏJgnîs du foyer central, avec le xibal-ba, la taupe mouvante du volcan sous-marin, c’est le petit chien qui se blottit avec le serpent et le hibou dans la même tanière, oii une chienne, une Hécate le nourrit. Car la femme de Ma-Dan-Inô, ainsi que l’amante-poisson d’Hercule, comme la nymphe du dieu haïtien, c’est la déesse de la Limné, d’un lac ou plutôt d’un marécage infernal. À l’entrée de cette Limné, audevant de cette grotte, sont les deux chiens, les deux eemi, images immobiles des deux colonnes du foyer, qu’on voit encore aujourd’hui sculptés à l’entrée d’une grotte, antique sanctuaire des dieux haïtiens.
Telles sont les deux statues de bois, portant chacune un serpent enroulé que les indigènes d’une des Antilles offrirent à Colomb, lors de son second voyage en Amérique.
En suivant le cours de ces idées dans les traditions du golfe du Mexique et de la mer des Antilles, on y retrouve l’une après l’autre l’origine de toutes celles dont se compose la littérature indoue. C’est ainsi que dans le cacique, jetant à la mer son parent Ajia- Cacu’xa, à la vue du beau Cobo, on peut reconnaître \qShambarah,iQÏMii dans Tocéan Kama, pour qu’il devienne la proie des dieux Macares, symboles des îles qui s’élevaient naguères à l’embouchure de tous les fleuves et qui en portaient le nom. « ^lien semble faire allusion à ce dernier (1), comme d’un Nerites, fils d’unNerœuset d’uneAphrodite, comme d’un dieu adoré par les peuples du voisinage de l’océan Indien.
C’est un enfant, c’est-à-dire un Kumârah en sanscrit.
Lenommêmede Néréus, de Néréis, Néritès, seretrouve dans le Nara sanscrit, qui est le nom de l’homme (1) Hisi. anm.lib. XIV, cap. xxviii.
- 304 — océanien, de l’homme Nar, Nah, de la femme Narâ, Nâri, l’un et l’autre issus des eaux, Nârâ. C’est l’Adam des Océaniens, par contraste avec le Marah, le mortel, ou avec le Prïthu, l’homme terrestre. Il sort du nombril de l’Océan, ou d’une Limné Océanienne, le souffle créateur y est descendu. Lui, le Nar, Nah, Narah, s’est uni à la Néris, à la déesse de l’abîme, à la Néréide. Les peuples de l’antiquité, chasseurs, pêcheurs, agriculteurs, pasteurs, marins, ont tous adopté cette même donnée sur l’origine divine des hommes et des choses, mais l’ont transformée, en l’accommodant à leurs divers genresde vie.Lesanscrit rîri et le grec aner sont une formede ce mot (1). > Lebaron d’Eckstein, en s’énonçant ainsi, se mettait d’avance en accord avec la thèse queje développe ici.
N’fi^ en effet, c’est, dans la langue haïtienne, celui qui s’unit à la femme, et c’est la langue haïtienne qui va vous en donner la véritable racine : n est la contraction d’«7z, l’homme, n, c’est celui qui a la vie, c’est celui qui la donne, c’est le mâle dans son acception d’ouvrir, de déchirer, de produire, i étant la vie et l’instrument de la vie chez l’homme qui ouvre et féconde la femme. iV est aussi la contraction de «a, la chose possédée, et de m, la femme, en sorte que nrï peut signifier à la fois l’homme qui donne la vie, en déchirant,ou bien lemâlequi ouvre la femelle.Cessens correspondent,on ne peut mieux,auvaoianer, dugrec, commeaunara sanscrit.Car le Nara, ainsi quejevous le disais plus haut, c’est leberceau del’homme, laplace de sa naissance, c’est toute la mythologie qui se lié à ce berceau, le premier homme et la première femme s’y trouvant symbolisés dans le premier volcan qui s’éleva dans l’Océan, au sortir du cataclysme, signe à (1) D’Eckstein, Sur les sources de la Cosmog. de Sanchoniathon, pag. 139.
— 303 — la fois de l’homme et de la femme. Ainsi Néritès c’est l’Erôs, naissant de la conque marine, l’Erôs, dont le nom se retrouve avec sa signification entière et son phonétismedans celuideBib-Eroz-1, laViedel’Amour des êtres vivants ; c’est lui dont l’Océan fut tour à tour la tombe et le berceau, qui est le Phénix, res- > suscitant des cendres de son père, qui renferme en lui seul les mythes réunis de l’Amour et du désir ;
Xocotzin, double cratère,dontlecône del’un sesoulève aucentrede l’autre, ainsi que l’indique ce nom, symbolesdumâle lançantsa semence et delà femelle tou-jours prête à la recevoir. C’estbien lemême encore, lui, lesymbole puissantdu dieude la guerre desMexicains, de Huitzil-Opochtli, du fds terrible de Coatlicué, de celle qui porte le Double Jupon, qui est assise sur la conque ouverte, l’Aphrodite mâle et femelle, le beau Cobo, que toutes les traditions de la mer nomment Turu-Queira, « leBerceaudu monde Céleste », Carii- Queira, « le Berceau des hommes », l’île riante de la Guadeloupe, née de lasemenced’Ouranos etdel’écume de l’Océan.
Ne cherchez donc pas ailleurs, jevous prie, que dans les Antilles, ces lieux voluptueux où les femmes régnaient sur les hommes, ces lieux des femmes poissons, images des îles que les traditions américaines vous montrent partout sous ce nom. C’estauxAntilles qu’est VUshinara des traditions indoues, c’est-à-dire « semblable au Picjdu Nara » suivant le haïtien, « la bouche du Nara, son entrée, son cteis, selon la langue quichée. Là est lepaysdel’amour etdu désirdesrégions de-Sr<ïm/?/Z«,ou C/?(ït^//à,lecentrevolcaniquedelaterre, lepays des monstres et des prodiges phlégréens : c’est dans l’ensemble de ces îles, groupées à l’entrée de l’Océan, qu’il faut que vous cherchiez la coupe d’Her-
— 306 — cule, la Cuha, celle eau sacrée, en langue maya, celle eau de la coupe; là seulemenl exisleT-^z/rtidu mont et le nombril de la terre. N’est-ce pas, d’ailleurs, cet Océan, ce père de la nymphe Calypso {cal-up-ço, cal-npoço, déchirure produite par la chaleur), n’estce pas à cet Océan, a lepère d’une nombreuse postérité de filles qui separtagent les constellations célestes^ et qui figurent dans la couche mythique des rois de la terre? Ces dangers de la navigation de l’Océan, ce thème des dieux Macares, des îles Macares, des femmes Macares, des tyrans et des monstres Macares, ce peuplemacarede l’océan Indien, delaMéditerranée,de lamerdu Pont» , toutcela. Monsieur, répéterais-jeavec M. d’Eckstein (i), est calqué sur « un dessein primitif quiremonte àune cosmographie céphène, qui s’enlace dans les traditions des Sidoniens, des Phéniciens et des Hellènes », c’est-à-dire sur les vagues souvenirs des temps qui suivirent de près le cataclysme. C’est donc, avec une grande raison et une autorité non moins grande, que M. Guigniaut, passant en revue, d’après Creuzer (2), les dynasties divines de la théogonie d’Hésiode, disait: « Sous cette généalogie apparente se cache un sens profond et fort antique. » § 10. Je viens d’esquisser ici le résumé d’un grand nombre de détails, bien dignes assurément d’investigations plus larges et plus minutieuses. Des hommes plus savants que moi en ce qui concerne le monde oriental, pourront les mettre en lumière, en utilisant le flambeau que j’ai réussi à allumer. Toutes ces légendes des îles de l’Inde et de la Grèce, les traditions (1) Sur les sources de la Cosmog. de Sanchonialhon, § 62. (2) Religions de l’Antiquité, tom. II, pag. 367.
— 307 — si vivantes encore au cœur du peuple, dans la Finlande, dans la Scandinavie, en Ecosse et en Irlande, aussi bien que dans la vieille Armorique, méritent d’être étudiées ensemble et comparées ensuite à celles de l’Amérique. Cette étude ne saurait manquer de jeter une vive lumière sur l’histoire du monde anté et post-diluvien, aux âges voisins du cataclysme et dont je pose ici les jalons : elle aidera à retrouver les origines et les développements de la société qui sortit renouvelée des grandes catastrophes de la nature.
Cette histoire, ces’origines qu’on croyait perdues se retrouveront, etaux fossiles géologiques se joindront, pour reconstituer ces temps anté-historiques, les fossiles ensevelis dans la mémoire du peuple. Le monde des îles est particulièrement curieux à étudier.
Si l’on veut refaire les parchemins antiques de l’humanité, faire reparaître, sur ces palimpsestes, tout ce que les siècles en ont gratté, il faut étudier, surtout, les vieux contes des navigateurs de toutes les nations, des légendes des bords de lamer. Tout est là. Le Malabar, la péninsule de Katch, les ports situés auxembouchures des fleuves de l’Inde etmême de la Chine, les cités du golfe Persique, de la mer Rouge, les rivages de l’Afrique entière, au nord comme au sud, les ports et les îles de la Méditerranée, tous ces lieux vous fourniront des documents à consulter, non moins que ceux de la Baltique et de la mer du Nord. L’épopée du Kalevala, dernièrement publiée en français par M. Léouzon-Leduc, est remplie de textes et de noms identiques à ceux du golfe du Mexique. C’est dans cet ensemble que vous retrouverez l’antique odyssée de l’humanité, perdue dansunmondenouveau, racontant partoute la terre la ruine d’Ilion, ainsi que la mort de Laocoon et de ses fils, étouffés par les deux serpents.
— 308 — En ramenant directement toutes ces images, toutes ces traditions à leur berceau primitif, vous retrouverez le fil perdu dans le grand labyrinthe des peuples.
L’œuvre que ChristopheColomb acommencée, en découvrant les Antilles, dont le souvenir avait vieilli à l’état de mythe, nous la continuerons : nous reprendrons un à un tous les fils de cette vaste trame et nous tisserons ensemblel’histoirede nos pères, au sortir des catastrophesqui inaugurèrent l’âgede bronze, l’âge de l’industrie métallurgique. C’est Colomb qui retrouva, dans les entrailles des monts de Cibao, en Haïti, les grandes excavations abandonnées, où soixante siècles auparavant, les nations des deux mondes allaient se fournir d’or. Malgré les inversionsnombreusesdes traditionshaïtiennes, recueilliespêle-mêle par le frère Romain Pane, ainsi qu’il l’avoue lui-même avec naïveté, c’est encore à cette source qu’il faut recourir actuellement,pourreconstruire lespremièresannalesminières.
C’est ainsi que les puissances telluriques, symbolisées dans le cacique Gua-Ho-Xona, après avoir parcouru toutes les petites Antilles et fait irruption en une foule d’endroits, paraissent retourner aux grottes de Haïti, sans que, toutefois, il n’y ait rien de bien positifà cet égard. Ce qui paraît certain, néanmoins, c’est que ce fut Cibao qui devint, avec le temps, le noyau principal de la métallurgie antique et le centre de la richesse et de la civilisation des Antilles. Cibao est le nom du groupe le plus considérable des montagnes de Haïti, qu’on interprète généralement par « montagne de pierre >, du mot ciba qui signifie la pierre. Mais il serait plus correct de dire que Cibao exprime ce « qui ressemble au noyau, au cœur ou au centre > Ciba ayant réellement aussi ce sens et o étant ici une particule d’assimilation. Après tout, Ci-ba-o, décomposé ”
— 309 — en entier, signifie « Semblable au Père de l’CEil », soit que ce nom fasse allusion à la terre engloutie, père et mère de l’œil de l’Océan, ou de la grande déchirure, ou au grand volcan qui en fut la cause, soit qu’il ait été donné au groupe des monts haïtiens, en souvenir du pic de la Soufrière de la Guadeloupe, le premier œil du soleil-volcan après le sauvetage.
Des fictions assez obscures recouvrent l’histoire des premières tentatives faites par les hommes pour découvrir l’origine de l’or et des pierres précieuses.
On en trouve une faible trace dans la légende de la femme Gua-Bonito, faisant à Gua-Ho-Xona des présents de guanin et de coleciba, dans les grottes de la mer. En effet, le guaniji, dont les insulaires de Haïti et des autres Antilles usaient encore à l’époque de Colomb, était un alliage brillant, contenant, sur trente-deux parties, dix-huit d’or, six d’argent et huit de cuivre, selon l’essai qui en fut fait par ordre du roi d’Espagne (1). On peut donc conclure de cette tradition que ce fut la Guadeloupe qui eut l’honneur de l’invention de l’industrie métallurgique dans ces temps reculés, bien qu’une autre tradition, rapportée également par le frère Pane, nous ramène à Haïti, à ce sujet. Mais Haïti étant devenu plus tard le centre destravaux de ce genre, il était naturel que la légende y transportât l’invention; il serait possible toutefois qu’elle eût eu lieusimultanémentdans lesdeux îles,les mêmesphénomènes volcaniques,auxquels leshommes en furent redevables, ayant pu être observés dans les deux pays en même temps. Après le départ de toutes les femmes, raconte le frère, les hommes, res- (1) Herrera, Hist. gén. de la Jud. Occid. Décad. I, lib. m, cap. 9, ad fin.
— 310 — tés dans les grottes, se tourmentaient beaucoup d’être seuls. Une nuit qu’ils étaient sortis pour se baigner, ils aperçurent des êtres sans sexe, qui se laissaient couler le long des arbres appelés myrobolaniers. Ils résolurent aussitôt de s’en emparer et d’en faire leurs femmes. Mais quand ils cherchaient à s’en saisir, ces êtres leuréchappaient des mainscomme des anguilles.
Alors ils firent venir de ces hommes appelés Caracola qui ayant les mains galeuses et âpres, devaient avoir plus de facilité à les retenir. Cet expédient leur réussit. Ils s’emparèrent de ces êtres sans sexe, et afin de pouvoir en faire usage comme de femmes, ils les attachèrent à des arbres, en chargeant l’oiseau Inriri ou le pivert, de leur percer le sexe qui leur manquait.
C’est ainsi qu’ils réussirent à avoir de nouveau des femmes et à peupler toute l’île.
Ce n’est qu’en comparant lesrenseignements queje trouve éparpillés à droite et àgauche, queje parviens à identifier cette étrange légende avec la découverte de l’or. Dans la tradition haïtienne, ainsi que dans celles du Mexique, les hommes sont les montagnes, les femmes sont l’image des fonds et des vallées portant de l’eau, comme un vase rempli de liquide. Les femmes sans sexe sont donc les vallées privées d’eau par suite de l’exhaussement de l’île, durant le cataclysme ; ce sont ces vallées, desséchées par l’action volcanique et où les rivières n’ont pas encore commencé à couler; exactement l’idée contraire de la légende de l’enlèvement des femmes à Madaninô^ dont toutes les vallées se trouvent arrosées par leur arrivée, avec le cacique haïtien. L’idée des fourmis coulant lelong des myrobolaniers, paraît répondre à l’or répandu par l’action volcanique autour des montagnes qui venaient de se soulever et dont les cratères,
— 311 — signifies par les Caracols, aux mains galeuses, retiennent les eaux de la pluie dans leurs réservoirs. Le pivert, qui perce lesfemmes, Liriri Cahiivaèl, « le fils de l’Acajou perceur de femmes, » c’est encore une fois la vie dans la puissance de l’eau qui se cherche une issue et qui sort de la terre, telle que la racine de manioc, ainsi que l’exprime naïvement la légende, dans le nom de Marocaël.
Voilà,Monsieur, lepremier aspectque présente cette fiction dans la tradition haïtienne. Elle en aun second plus complet dans le Codex Chimalpopoca. Suivant ce document, au moment oii les chefs de la société nouvelle, symbolisés dans Quetzal-Coati, sont à la recherche des aliments qui serviront à alimenter l’homme (la montagne ou le volcan),cedieu rencontre des fourmis, chargées de maïs, et ce sont elles qui lui ouvrent le chemin de Tonacatepetl, où la vie est cachée et d’où il la transporte en Tamoanchan. Si To- Tiacatepetl est la montagne, de notre chair ou de la subsistance, dans le sens ordinaire, c’est également, ainsi que je vous l’ai dit ailleurs, la montagne de la chaleur centrale et Tamoanchan où Quetzal-Coatl transporte le maïs, c’est la terre abîmée sous les flots, où, par sa puissance il fait entrer le feu, représenté parcesgrainsdemaïsde diverses couleurs. Les fourmis jaunes et noires, ce sont les flammes et la fumée; ce sont les gaz, qu’expriment fort bien leurnom et leur travail, en dedans de la terre, où leur action détermine l’explosiondu feu,symbolisédans le maïs,oubien, c’est le soulèvement des montagnes, figuré dans les fourmilières qu’elles poussentà lasurfacedu sol. Az, primitif à’azcatl, fourmi, est le mot qui désigne, à la fois, d’une manière générale, la vapeur, le gaz, ou toute chose légère, comme le vent ou la pluie ; c’est l’aile, aztli
— 312 — qui désigne aussi la vapeur, c’est le hérondans aztatl. 11 se retrouve, avec une légère variante, dans le mot nahuatl composé, tem-az-caUij bain de vapeur, dans ez-tli,\c sangou la lave; dans les vocables quiches atz, bouffée de fumée, épouvantail, feu-follet ; dans hatz, hetz, arracher, tirer de force, haz, souffler, résonner, etc. Ainsi les fourmis de la tradition haïtienne, comme de la tradition mexicaine, sont à la fois des images des feux intérieurs de la terre et de leurs exhalaisons, comme du travail des mines et de l’agriculture. Du même primitif az vientAztlan, < le Pays suroudans le gaz, az-ian^ az-dan^ laterre sèche, soulevée par les gaz ou remplie de vapeurs. C’est le nom qui désigne à la fois les grottessous-marines d’où surgirent les terres nouvelles à l’entrée du golfe du Mexique, ainsi que les petites Antilles, ce premier pays de l’industrie agricole etde l’industrie minière ; ce premier pays de l’industrie flottante, si bien signifiéedans ces légers esquifs, lancés comme des feux-follets à la surface de l’onde, encore aujourd’hui en usage sur les méditerranées américaines. Car c’est là oii commença et se développa la navigation primitive des Caras^ Caracols, Caribes ou Cares, ces poissons d’Aztlan qui portèrent, avec leur nom, la civilisation dont ils furent les maîtres, aux quatre coins du monde.
Voilà, Monsieur, l’origine de ce nom d’Aztam, € cette maison du couchant, > cette demeure du repos et de la fatigue nocturnes où l’Inde adore y^gni, devenu Sûrjra, c’est-à-dire le soleil de l’Occident, debout sur le morne de Turu-Queira. Suivez avec attention Hérodote dans le récit qu’il fait du mythe des € Griffonsgardiens de l’or > et des « Arimaspesà Vœil unique > et vous verrez bientôt que toutes les circonstances de ce récit se lient, on nepeut plusnatu-
— 313 — rellement à celui du mythe d’Hercule, dont je vous parlais il y aquelques instants, mythe identique avec celuidu caciquedeHaïti .Vousremarquerezavec quelle facilité il serattache à celui de l’île Rouge, à VÈrythie, située à l’Occident,endehorsdesColonnes, non loin dii fleuve Hjlée, l’JJlua des Mexicains : c’est en examinant avec attention tous les détails relatifs à ce mythe, que vousvous assurerez que la Scyihie, dont il parle, cepaysdes arbalétriers et des tireurs d’arcs, cette terre des chasseurs, est bien la même que celle des arbalétriers américains, des volcans des Antilles, Hunhun- Ahpu etVukuh-Hun-Ahpu, ces sept arbalétriers par excellence, identiques encore avec les sept chefs de l’expédition contre Thèbes.Mais depuis l’époque lointaineoù toutes ces fablescommencèrent à serépandre, soixante siècles se sont écoulés : la Scythie ou plutôt son nom, avec celui du fleuve Hylée, s’est éloignée petit à petit du lieu de son origine. Les Scythes et leurs traditions ont émigré avec les populations qui, du golfe du Mexique, remontèrent aux États-Unis, la grande Scythie et la grande Hyper-Borée des temps pré-historiques, le continent Gronien dePlutarque(l); c’est de là ensuite que par Terre-Neuve et l’Islande, ils gagnèrent, soit les côtes de la Scandinavie, soit la terre de l’Irlande, où, au témoignage de Stra-bon (2), « on offrait à Gérés et à Proserpine un culte » semblable à celui qui leur était rendu en Samo- » thrace. » G’est à ces antiques migrations que doivent leur origine les monuments extraordinaires qui existentdans ces diverses contrées et où l’on découvre si souvent, mêlés aux restes de l’âge de pierre, les (1) de defectu Orac. cap. 18, etc. (2) Geogr. lib. IV, pag. 198.
- 314 — souvenirs plus récents de l’Age debronze. C’est l’ëtude approfondie de la mythologie grecque et Scandinave, mais cette étude, dépouillée de la vieille carcasse classique, qui seule vous mettra àmôme d’en reconstituer l’histoire. Làvous saurez comment et pourquoi le mythe d’Odin et les Ases passèrent du nord de l’Amérique au nord de l’Europe; comment, en Eu-rope, la première Scythie, la première Hyper-Borée furent les îles du nord de la Grande Bretagne et la Scandinavie; comment l’âge de bronze, dont vous chercheriezen vain l’origine dans l’Inde ou au Thibet, eut son premier berceau dans ces contrées et brilla du plus grand éclat, à une époque encore cachée, mais dont les voiles commencent à se soulever graduellement. Alors seulement vous saurez pourquoi et comment toutes ces fictions se transportèrentd’Europe en Asie, toujours sous les noms d’Hyper-Boréens ou de Médo-Scythes : vousne connaîtrez enfin le berceau primitif de ces populations, qu’en faisant un voyage d’exploration aux Iles sacrées, à Turu-Queira, et à Ma-DaJî-Inôy ce berceau de la gynécocratie, cette source de l’or, de l’orichalque, de l’électre et du succin, ce pays merveilleux, dont tous les poètes grecs célébrèrent la splendeur, à l’envi l’un de l’autre. Il ne s’agit que d’ouvrir les yeux et de vouloir les comprendre. § H. Ouvrez, je vous prie, lesdocuments mexicains de la collection de Kingsborough, et, sous une forme plus ou moinsvariée, vous verrez ce griffon, cet oiseau fabuleux, dontje vous parlais il y a un instant, tantôt perché sur l’arbre sacré, comme celui qu’on voit au sommet de la croix de Palenqué, tantôt présidant aux flots de lave découlant du tronc de l’arbre
— 315 — brisé. Ce griffon est identique avec le Phénix. De là son intimité avec les jérlmaspes à l’œil unique, ces cyclopes, dont l’œil au front est le symbole le plus frappant d’un cratère qui vient de s’ouvrir à la cime d’une montagne. Que sont en effet les Arimaspest à ne voir que la première partie de leur nom, ils sont identiquesavec lesArime, ces singesqui poursuivaient Hercule jusqu’à l’île Rouge. Mais de même que ces singes symbolisaient les montagnes momentanément soulevées, dans la mer des Caraïbes, ainsi les Arimaspesy dont le nom peut se traduire en quiche, har-im-as-pe, mamelons éclatant ou rompant avec lesgaz, représentent évidemment les petites Antilles, aux sommets couverts de feu. Les griffons étaient l’image de ces feux, dont ils prennent tour à tour toutes les couleurs, dans les peintures mexicaines, en se revêtant de la forme de l’aigle ou du vautour. Voilà pourquoi ils deviennent quelquefois des aigles au lieu defourmis;c’estainsiquedanslestraditionshaïtiennes, les griffons, dont parle M. d’Eckstein (1), sont, dans la légende Scandinave, des aigles, enseignant au héros Sigourd de l’Edda à frapper le dragon pour lui en-lever son or. Remarquez encore,je vous prie, que c’est vers l’Ouestou dans des contrées hyperboréennes, que les traditions de l’antiquité placent généralement le berceau detoutes ces fictions, et que ce n’est qu’en les suivant pas à pas vers l’Ouest, que vous arriverez à leur véritable origine.
Le nom même des Hyper-Boréens rappelle, d’une manière frappante, un de ceux que la tradition haïtienne donnait aux quatre personnages auxquels elle attribuait la première invention de la métallurgie. (1) De quelques légendes brahmaniques, etc., pag. 517
— 316 — « L’origine du giianin, dit-elle, commença avec Gua- Bonito, Albe-Bora-Ely Gua-Ho-Xona^ et le père (yAlbe-Bora-Ely > c’est-à-dire Albe-Bora. Ce nom paraît signifier « Ce qui est semblable au grand Berceau de la vie : » il s’identifiedonc ici à son touravec la Guadeloupe, ou du moins avec la Basse-Terre dominée parlemornede laSoufrière. Gua-Bonitoparaît,comme je l’ai dit, un autre nom de la même île, peut-être, en particulier de la partie dite de la Grande-Terre, mais bien certainement à un endroit où les hommes trouvèrent de l’or. Quant à Gua-Ho-Xona, ainsi que ses fils, ils ne peuvent désigner que Haïti et les autres grandes îles qui semblent en dépendre et où exista surtout le grand foyer de la civilisation métallurgique. C’est donc ici que je vous ferai observer ce que ce nom de bor ou bora, qui se trouve si complètement dans celui des Hyper-Boréens, a de significatif en lui-môme. Si bora signifie le seigneur, le père ou l’anciendu lieude la naissance, borexprime aussi le travail forcé de l’esclave ou de l’homme attaché à la glèbe, bo-ri, l’homme du seigneur, en langue haïtienne, d’où le mot na-bori-a, ou laboria, qui s’échange avec labuyii, chez les Caraïbes, le travailleur, l’esclave et la tâche à laquelle il est condamné.
Connaîtriez-vous, Monsieur, pour le mot boor, le paysan^ le vassal, en hollandais, pour le labor du latin, une étymologie plus rationnelle?
Tout porte à croire que les travaux les plus péniblesauxquelsleshommes, échappésaugrandnaufrage, astreignirent alors leurs semblables, furent, précisément, comme au temps des Espagnols, dans les Antilles,lestravauxdesmines.Voilàpourquoi,sansdoute, le mot bor, radical, ainsi que vous venez de le voir, à Haïti, prend, dans la langue quichée où il s’échange
— 317— avec vor, le sens de forer, percer, tarauder, comme born, en allemand, le puits, la source,ybrare en latin ‘vortex, l’abîme,ybramen, le trou, borea, le jaspe tiré des carrières, et tant d’autres vocables dérivés de la même racine, sous uneforme quelconque. Telles sont, Monsieur, les explications intéressantes auxquelles m’amènent presque forcément l’étymologie du nom à’Albe-Bora, donné, de même que tant d’autres, non moins curieux à étudier, à l’île de la Guadeloupe, à ce premier berceau de la civilisation et des arts. C’est là, en effet, qu’à l’instar des puissances volcaniques, les premiers ouvriers métallurgistes, « habiles dans la forge » et « puissants par le feu, » ainsi que Nonnus appelle lesGabiresde Samothrace (1) , apprirentà forer les montagnes pour en extraire les métaux. Gar la nature leuren avaitelle-même enseigné l’usage etleur en avait révélé les merveilles, dans des alliages, dont l’antiquité entière s’accorde à vanter la beauté et l’éclat.
Vorichalque, dont il est si souvent question chez les Grecs et les Romains, était fort probablement identique avec ce guanin, dontje vous ai donné plus haut la composition, et l’e’/ec^re dont on a, je pense, beau-coup trop rejeté l’existence parmi les fables, pouvait être, si j’en crois mes auteurs, le résultat de cette combinaison demétaux juxta-posés dans la fonte avec descouleurs brillantes etdesombres, tel que cefameux zodiaque que Montézuma envoya à Gortès, et analogue encore à bien des objets d’art, venant de la Ghine, qu’on peut voirdans plus d’un musée. L’origine de ces alliages et de ces mélanges était aussi ancienne que l’usage même des métaux : car ils étaient sortis de la terre mélangés eten fusion auxyeux mêmes des popu- (i) Dionys., XIV, 17, sqq. et XXIX, 193.
— 318 — lations, échappées au grand naufrage du cataclysme.
Usétaient apparus dans cet état, soulevés avec l’éruption du volcan de la Guadeloupe, symbolisés dans les guanins que la sirène, que lafemme de lagrotte sousmarine présente à Gua-Ho-Xoiia; car c’est ainsi qu’il faut s’expliquer cette fiction.
Les ouvrages relatifs à la découverte de l’Amérique sont remplis de détails au sujet de ces alliages et de ces combinaisons. Après cela, n’ètes-vous pas surpris, comme moi. Monsieur, de voir, dans un ouvrage, con-tenant, d’ailleurs, des recherches fort intéressantes sur les origines religieuses de la métallurgie (1), avec quel dédain l’auteur reproche au savant Millin (2) d’avoir soutenu que l’âge homérique connaissait l’art d’allier les métaux, etcomme ilrepousse touteidée que l’antiquité pût avoir été « aussi habile dans la combinaison desmétauxque la sciencemoderne ! > Lascience moderne, bon Dieu ! non-seulement l’antiquité en savait bien plus qu’elle à cet égard, permettez-moi de vous le dire, mais ce qu’elle savait, elle le tenait de l’Amérique quien conserva, comme la Chine, ledépôt traditionnel jusqu’à l’époque de Colomb. Toutes les histoires en font foi, les objets en or ou en bronze qu’ondécouvrejournellementdans lestombeaux, mais que le Louvre refuse d’acheter, pour laisser épaissir le bandeau de l’ignorance, en offrent les témoignages les plus formels. Mais que voulez-vous? quand on s’en tient uniquement au grec et au latin, et qu’avec cela la science moderne croit tout savoir!
N’allez pas croire, pour cela, que je repousse le moinsdu monde le grec ou le latin ; bien au contraire, (i) Rossignol, les Métaux dans l’Antiquité, etc., pag. 342. (2) Minéralogie Homérique, etc. passim.
— 319 — jeme félicite tous les jours de ce quej’en ai appris au collège ; mais pour Dieu! n’en faites pas l’unique base des études savantes, je vous en prie. Le grec et le latin,je feraismieux de dire les auteursgrecs et latins, rendront en leur temps d’utiles services à la science.
Ne vous révoltez pas si je parle au futur. C’est que jusqu’ici, et vous avez pu vous en apercevoir, en lisant l’ensemble de ces lettres, on n’a guère compris tout ce qu’ils renferment de renseignements sur l’origine des fictions mythologiques de l’antiquité, renseignements d’autant plus précieux, qu’en les mettant vis-à-vis de ceux que nous fournissent les livres sacrés de la Perse et de l’Inde, ainsi que les traditions et les documents américains, tous se confirment les uns par les autres. Homère, Hésiode, Nonnus, Virgile même, vous donneront, je vous prie de le croire, bien plus de notions sur les temps préhistoriques que vous ne pourriez vous l’imaginer. H s’agit tout simplement de ne pas prendre à la lettre ce qu’ils vous disent, mais de vous pénétrer du sens caché sous les images de leur parole ; il s’agit de ne pas confondre les rôles que jouent les personnages, mis par eux en action, et de ne pas vous imaginer que les héros du siège de Troie, par exemple, soient des hommes ayant existé comme nous, quand un simple examen, exempt des préjugés de l’éducation universitaire, vous démontre que tous sont des personnifications dephénomènes naturels. Quoi ! on a su éplucher la Biblejusqu’à la dernière écorce, on a retourné vingt fois, cent fois, tous les noms inscrits dans la Genèse, des patriarches on a fait des races, des peuples et des nations, l’histoire de Loth et deSodome a été mise en parallèle avec les phénomènes antiques de la vallée du Jourdain, le passage de la mer Rouge a subi mille
— 320— investigations analogues, et l’on a laissé tranquillement VIliade et VOdjrssée dormir dans le berceau légendaire où Homère les avait enfantés ! On ne croit pas à Moïse et Ton a foi à la réalité du siège de Troie!
En vérité, que penser après celade cette t science moderne » tant vantée de nos jours?
Oui,Monsieur, je le répète, en retournant àmon sujet,cesont les lettres grecques quime serviront àconstater, d’accord avec les traditions des insulaires de Haïti et les peintures mexicaines, reproduites dans Kingsborough, que la nature fut la première institutrice de toutes les grandes œuvres de la civilisation.
C’est aux recherches précieuses du docte académicien que je vous citais tout à l’heure (1), que je vous renvoie, en dépit d’une légère opposition. Car c’est lui qui vous dira avec Lucrèce, Strabon et Diodore de Sicile, que < les anciens attribuaient au hasard la première fonte des métaux. A la suite d’un incendie des forêts, le métal que la terre recelait avait d’abord coulé en ruisseaux de feu et s’était ensuite figé en lingots, et l’homme, témoin de cet effet, avait du même coup découvert les métaux et l’art de les rendre fusibles. > Dans les passages des auteurs, résumés ici par M. Rossignol, la vérité apparaît sans voiles, c’est l’histoire dans sa simple nudité. Mais quand il parle des Telchines, des Corybantes, des Cabires ou des Dactyles, que les fictions de la mythologie grecque présentent comme les inventeurs de la métallurgie, je crains qu’ilne sedonne une peine bien inutile, pour mettre d’accord toutes ces fictions ou pour assigner à chacun des groupes de ces forgerons fabuleux, le (i) Rossignol, les Métaux dans l’Antiquité, pag. 18.
— 321 — lieu véritable de leur naissance ou celui de leurs opérations. Ainsi que Vulcain, ainsi que Rhéa, dont ils sont représentés, tourà tour, comme les enfantsou les assesseurs, tous sont identiques en tant qu’ils sont des personnifications des puissances de la nature, et leurs noms servent uniquement à désigner la nuance de leurs opérations, ainsi que ceux des Chichimèques, desToltèques ou des Aztèques, au Mexique. Mais en ce qui concerne la Grèce et l’Asie Mineure, ainsi que les îles de la Méditerranée, cette distinction, dans les noms, indiquait tout simplement la différence des corporations politiques et religieuses, qui se chargeaient d’instruire les populations encore barbares ou de les initieraux mystères, en se disputant l’influence sur les âmes et la société; c’était comme, aumoyen âge, nos ordres monastiques, tous identiques quant au but qu’ils se proposaient, quoique ayant des noms différents. Ne voyez-vous pas que c’est encore la même chose aujourd’hui? § 12. Je vous ai montré les Telchines et les Cabires à l’œuvre dans les Chichimèques et les Toltèques ; vous avez vu quelle était leur origine, quelle était celle de leurs noms, tant hellénique qu’américaine. Je veux clore cette matière, en vous expliquant d’où venait le nom des Dactyles qui ont un rapport si direct avec la métallurgie. Ce nom qui, en grec, signifie particulièrement les doigts de la main, a pour radical da ou t’a, dont le baron d’Eckstein, à la suite de Benfey (1), a savamment traité dans un ouvrage que j’ai souvent cité. Si je le décompose plus que lui, cela vient uniquçment de la facilité que m’offre à cet (1) Sur les sources de la Cosmog. de Sanchomathon, pag. 28.
— 322 — égard le groupe si radical des langues mexico-guatémaliennes. TW, dans toutesces langues, signifie père et seigneur, d’abord : /a, ensuite, est une étendue surélevée, un tas, comme en français, c’est la terre, c’est une particuleoptative dans le maya, le quiche et leurs dérivés ou dialectes, et Dieu sait combien de fois les populations naufragées durent la répéter avant d’y arriver! Maintenant avec le suffixe c ou A, vous avez tac ou tak qui signifie étendre, aplanir; c’est une chosequi vientà la suite d’une autre,comme les doigts à la suite de la main , comme les branches issues de l’arbre, c’est une superposition et aussi le toit d’une maison, comme le mot flamand dak, etc. Ajoutez-y maintenant le mot tul dont je vous ai déjà signalé tant d’étymologies et vous aurez une fourche, des pointes réunies; si au lieu de tul^ vous suffixezau vocable tak^ le mot til, montrer, désigner, saisir, en quiche, vous trouverez là tac-ul ou taktil, qui, bien plus radicalementque le sanscrit, vous fournit la preuve complète que vos Dactjles ne sont pas moins américains que les Telchînes et les Cabines.
Je ne veux pas m’appesantir davantage sur les nuances sans nombre que le radical ta vous offrirait avec les autres consonnes pour affixes ou suffixes ; vous en avez une preuve déjà dans l’explication du vocable Dan, dont il est question à propos de Ma-Dan-Ino. Avec qui, maintenant, dans les traditions américaines,identifierons-nous lesDactyles?Ecoutons, avecM.Rossignol(i),un scholidiSiedesyirgonautiques : < C’est de Stésimbrote que le poëte a emprunté la » tradition qui voulait qu’une nymphe Anchialé, en > prenant de la terre de l’Oaxus, eût produit les Dac- (1) Les,Mélaux dans l’Antiquité, pag. io.
— 323 — » tyles Idéens : on ajoute que c’estparce qu’ils s’étaient » écoulés à travers ses mains qu’ils furent appelés » Dactyles. » Eh bien, cette fiction,comme lesautres qui concernent les Dactyles, ne se reproduit-elle pas dans la tradition haïtienne, où il est question des femmes insaisissables et que les Caracols, avec leurs mains galeuses ou âpres, parviennent à retenir ? Ainsi que ces derniers, les Dactyles sont le symbole des cratères,quis’éteignent,oùlapluiecommence à s’amasser.
De làleurcaractèregénéralementbienfaisant, comparé à celuidesTelchines , les mottesoumamelonsauxexhalaisons méphitiques; de là lesens dunom Oaxus, dont laterre les produit,oacouvac, le sec, le desséchépar le feu, sus, sis, deshi-ish, l’œil oul’ouverture souterraine, ou bien de tzi-iz, qui s’est ouvert, pour laisser échapper les gaz, etc. Prenez les noms des Dactyles, analysez-les avec l’une ou l’autre des langues du groupe mexicain, et danstous vous trouverez des étymologies qui vous ramèneront enAmérique et aux épisodes du cataclysme.
Il serait inutile de vous rappeler celui de Scythes, le Lydien qui enseigna, au rapport de Pline, l’art de fondre les métaux ; c’est un nom suffisamment expliqué plus haut. DansDelas le Phrygien, vous retrouvez la première syllabe de celui de Telchine et la première du nom des Aztèques, tel-az, gaz ou vapeur du foie de la terre.Celmis ouplutôt-fiTeZm^^est, enquiche, l’Eplucheur, le Cribleur, le Laveur de pépites ou de petites pierres, kel-matz. J’arrive àDamnaménée, et lamême langue me donne « celui qui recueille, qui réunit les demeures éparpillées du Croissant, » tam-na-men, et enfinAc-mon, dans le mexicain, présente le sens d’une souricière dans l’eau, nom parfaitement applicable à un volcan à la surface de l’onde. Après tout, Acmon
— 324— pourrait bien lui-mômc être identique avec le nom à^Alcmène^ mère d’Hercule, Alcmen pour al-co-men, € le Fils qui est le fondateur^ou qui s’élèvesur le Croissant » , tous ces noms, sans distinction , n’étantque des allusions à la môme idée. Ai-je besoin, après cela, de vous dire encore pourquoi les Dactyles sont regardéscomme Ifts inventeurs de la musique etdu rhythme musical qui porte leur nom, il suffitde vous rappelerà ce sujet l’origine de la lyre, dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre? Quant aux Lettres Ephéùennes, dont ils passent également pour les auteurs, vous verrez plus loin comment cette idée s’accorde encore avec celle qui attribue les caractères cadméens, ainsi que l’alpbabet phénicien, à Taaut. J’ajouterai ici que si lesCabires sont censés avoir quitté Lemnos, à cause du crime horrible dont s’étaient souillées les Lemniennes, en égorgeant leurs maris, cette fiction vient juste à propos, pour démontrer ce que je vous disais plus haut, au sujet du symbole personnifié dans l’idée de la femme. La femme, c’est l’eau, contenue dansune enceinte, dans un bassin ou un vase quelconque : les cratères brûlants sont les hommes auxquels elles ôtent la vie en les éteignant, et les Cabires, qui sont lespuissances du feu, s’éloignent, quandl’élémentvolcanique s’éteint dans la montagne. «De Sydyc, dit Eusèbe de Césarée(l), naquirent les Dioscures ou Cabires, Corybantes ou Samothraces. > Tous, en effet, sont issus de Sydyc, c’est-àdire du « centre de la déchirure, »opérée par la puissance volcanique dans le sein du Croissant ; car tel est le sens exact du mot Sydyc, ciiic, çu-iiCy ço-tic (sothique ?) , grammaticalement mexicain comme (!) Préparât. Evang. I, pag. 36.
— 32o — tant d’autres. Et ne vous étonnez pas, Monsieur, si dans les étymologies de tant de vocables grecs, latins, hébreux, etc., queje vous présente ici, vous ne trouviez pas toujours la signification absolue quequelquefois ces languesvous en donnent. L’interprétationque je vousen offre est la radicale, tandis que celle des auteurs grecs ou autres, si tant est qu’ils en aient quelqu’une, n’en est presque jamais qu’une explication secondaireou figurée.Car lalangueartistiqueousacrée des Grecs, comme des Hébreux, fut en entier empruntée àl’Amérique, elleleurvint par les Egyptiens oupar les Gares, etc. Si, au rapport de quelques auteurs, les Gor^bantes et les Gurètes sont les fils d’Apollon et de Thalie, cela veut uniquement dire que ces puissances sont issues de la vague mugissante, symbolisée dans Apollon comme dans Hercule, et de la terre tremblante, indiquée par le nom de Thalie, ia-li, «le sol qui tremble », avant de s’évanouir. Gorybantes et Gurètes, aussi bien que les autres puissances telluriques, font allusion aux mouvements de la terre et des volcans, dansant avec fracas sur eux-mêmes, avant de disparaître dans l’abîme. Aussi, lorsque la tradition des Grecs vous les montre sous le nom des grands dieux , vous pouvez , sans crainte de vous tromper, les identifier avec les dieux que l’Orcus reçoit dans son sein, à Téotihuacan.
Le livres IH, IV et V de la Bibliothèque historique de Diodore ne contiennent, en réalité, que des récits plus ou moins voilésdes nombreux épisodes du cataclysme atlantique, absolument à la manièredu Popol-Vuh et du Codex Chinialpopoca. Il suffit, pour s’en convaincre, de traduire littéralement, lorsque la langue ou le dictionnaire le permet, les noms des héros de la guerre de Troie et des autres grandes actions, prêtées
— 326 — aux Hellènes; tous, à peu d’exceptions près, sont l’expression des mômes phénomènes, dont je n’ai cessé de vous entretenir, depuis le commencement de ces lettres. Dans lesDioscures, sur la tête desquels une étoile vient se poser, et dont l’une ne se manifeste que quand l’autre disparaît, vous retrouvez, encore une fois, la fiction du volcan de Xolotl, au double cratère, dont l’un brûle quand l’autre cesse de vomir ses feux; dans les voiles blanches de leur navire, dans leurs chevaux blancs, identiques avec ceux des Aswins du Véda,qui méconnaîtrait les vapeurs et la fumée du volcan, dont les éruptions se confondent avec tantde personnifications diverses ? N’est-ce pas encore Xolotl, ce double pied de maïs, dontje vous ai parlé si souvent, qui a servi de type à l’histoire d’OËdipe (aux pieds enflés, d’oî^av et de tto-j;), CEdipequi triomphe du sphinx, après avoir tué son père sans le connaître ? Son père, c’est le volcan qu’il tue et auquel il succède en prenant son feu, et lorsqu’il devine que l’animal qui marche alternativement à deux, à trois et à quatre pieds, et qui, cependant, est toujours le même, estl’homme, il devine d’autant plusjuste, dans l’idée symbolique des Mexicains, que l’homme c’est la montagne, tlacatl^ où tour à tourfontéruption deux, trois ou quatre cratères.
Je vous le répète. Monsieur, les traditions, comme les poésiesgrecques, sontremplies de détails qui,tous, s’expliquent de même. Il suffira, pour reconstituer l’histoire vraie, de lever les voiles de la fiction et de vouloir y reconnaître ce que les instituteurs antiques delà civilisation ont voulu y cacher. Je ne serais pas étonnémême qu’on ne parvînt, avecquelque patience, à y retrouver, ainsi que dans un grand nombre de documents anciens, tels que les livres persans, in-
— 327 — dous, etc., cette duplicité d’idées que me présentent les documents de la langue nahuatl ou quichée. Peutêtre les racines véritables des langues, dans lesquelles ces documents sont écrits, feront-elles défaut quelquefois; l’Asie surtout est si éloignée de la source, quoi qu’on en dise. Mais l’étude des langues du groupe mexico-guatémalien, étude facile, bien plus facile que celle des idiomes asiatiques, sera toujours d’un grand secours. Aussi est-il vivement à regretter que l’on ne pousse pas plus activement la publication des vocabulaires mexicains et autres, annoncée par la Commission scientifique du Mexique. En attendant, l’usage du flambeau que j’ai allumé dans le sanctuaire des traditions et des hiéroglyphes américains , sera d’une grande utilité à qui ne dédaignera pas de s’en servir. Bien que n’ayant pu terminer encore ma traduction du Codex Chimalpopoca, je commence à identifier déjà un grand nombre de localités et à me rendre compte de la condition où se trouvèrent les hommes échappés au naufrage, à l’issue de la catastrophe. Que les hellénistes abdiquent un peu leurs vieux préjugés,qu’ilstournentdavantageleurs regards vers l’Occident, et le soleil couchant les éclairera comme moi de toutela lumière que n’a pu leurdonner le soleil levant.
Alors les débris de l’antique poésie grecque brilleront comme les étoiles sur la tête des Dioscures, et leur signaleront, dans le lointain, ces îlesoù les épaves du grand navire des Argonautes trouvèrent un abri contre les flots. Ils verront là comment les petites Antilles furent cet abri, comment les danses des Corybantes etdesCurètes, identiques avec celles des deux frères, dont il est question dans le Popol-P’uh, racon-tent les convulsions de la terre, ensevelie ensuite sous
— 328 — les eaux, comme des mouvements désordonnés des grandes îles et des portions du continent restées debout. A la vue de tant de choses que j’ai déjà apprises, depuis que je sais lire véritablement dans ces documents, je ne crois pas me faire illusion, en disant qu’à mesurequej’avanccrai, j’y découvrirai les circonstances les plus minutieuses, en rapport avec le cataclysme et même avec l’histoire de l’époque qui le précéda. Cette époque, tout me porte à le penser, c’est celle que nous avons nommée l’âge de pierre, et dont le cataclysme fut la dernière période. J’y trouverai les détails qui me manquent encore sur le continent, mais en particulier sur les grandes Antilles, au sujet desquellesje ne voisjusqu’à présent rien de plus que ce que je vous en ai dit précédemment. Ainsi, c’est du Popol-J^uh quej’apprends qu’elles furent violemment agitées,etquelesmontagnesdeHaïticontinuaient encore à se soulever,alors que la grande crise était terminée. L’île de Cuba,on « le Père sacré, > appelé aussi Coaibai, « le séjourdesAncêtres, » est encore désignée comme le pays des morts. Serait-ce parceque le soleil semble s’y coucher et y mourir, ou bien la mortalité y aurait-elle été plus grande que dans les autres îles, durant le cataclysme? Je n’ai rien, jusqu’à présent, qui me permette de résoudre cette question. Du littoral, environnant le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes, je ne vois rien encore qui m’instruise, à l’exception du nom à^Ibuera, la calebasse ou plutôt le « Berceau des êtres de la grande vie, » nom qui paraît avoirététransmisàl’Amériquecentrale, après avoirété d’abord celui d’une partie de la terre.engloutie sous les eaux. D’après ce que j’ai déjà parcouru dans mes textes, je sais d’avance que je trouverai d’autres ren-
— 329 — seignements ; mais il me faut le temps de les traduire et de les mettre en ordre. § 13 .Lefait le plus remarquableet à la foislepluscertain, toutefois, c’est celui des populations éparpillées surleseaux, s’accrochant, comme à lasuite d’un grand naufrage, à toutes les planches de salut ; se réfugiant sur les îles qui continuaientà se souleversur le nouvel océan, et peut-être aussi se réfugiant sur les glaces que la débâcle avait amenées sur les deux méditerranées. Les petites Antilles et, en particulier, les sept principales, sont constamment désignées comme les premiers lieux qui leur offrirent un asile contre la fureurdes flots. Cesont les sept grottes de Chicom-Oztoc , où elles cherchèrent à s’abriter, ce sont les sept navires dontparleSahagun ,d’où plustard sortirent lesNahoas pour se répandre sur le continent. Les renseignements que fournissent les peintures, en particuher celles du MS. Troano, paraissent nous montrer la terre atlantique, au moment où se termina la catastrophe finale, comme unimmense polype bleuetvertflottant à la surfacedel’Océan; ce qui indiqueraitquelaterre, bienque détrempée, ne disparut pas toute à la fois. Cefut, sans doute, pendant quelques jours comme un immense marécage, comme ces lieux qui ne sont ni terre ni eau, à l’instar de ces massifs bourbeux, couverts de plantes et d’arbres, existant aux embouchures du Mississippi. Des portions, encore solides, durent offrir un asile momentané à ceux qui s’y trouvaient, et leur permettre de construire, avec les débris de toute espèce, des radeaux à l’aide desquels ils fussent en état de gagner un sol moins périlleux. Le Codex Chimalpopoca semble faire allusion à ces îles flottantes, en parlant des hommes-poissons de la catastrophe dilu-
- 330 — vienne. Les Mexicains racontent également qu’après leur défaite aux environs de Colhuacan, c’est-à-dire de la courbe des Antilles, ils demeurèrent, durant quarante jours, entre la vie et la mort, plongés à demi dans l’eau des marécages et travaillant à s’y construire des chinampas ou radeaux, dont l’invention doit évidemment remontera cetteépoque lamentable.
Le Manuscrit Cakchiquel parle, de son côté, de radeaux construits, dans des circonstances analogues : mais où les descriptions sont surtout remarquables relativement aux épisodes du naufrage, c’est, comme je vous l’ai déjS dit, dans le Popol-Fuh. Les huit ou dix premiers chapitres de la troisième partiesontremplis des détails les plus circonstanciés, bien que, dans les inversions qu’on y trouve, avec des répétitions assez nombreuses, il faille sans doute reconnaître des morceaux tirés de livres différents, ayant rapport au même sujet. C’est là qu’on voit les tribus mourant do faim et de froid, se groupant dans l’obscurité, puis passant sur des rochers roulés sur le sable et traversant la mer, « comme s’il n’y avait pas eu de mer. > Ces expressions donnent bien à entendre le désordre de la nature et de l’Océan.dans ces moments terribles.
Enfin, elles arriventaumont Pixab, « la boursoufflure de l’eau ou de la vapeur, » ce qui indique bien l’île issue des flots. Mais la terre est humide et glacée et les chefssont sans feu : à la prière du peuple ils invoquent Tohil, et le dieu frappe la terre de son talon.
Voilà le feu qui apparaît et qui commence à les réchauffer, image sans doute de l’apparition du volcan de la Guadeloupe. Le monde, cependant, est encore couvert de ténèbres : il y a plusieurs jours qu’ils n’ont vu le soleil, qu’ils n’ont vu les astres briller au firmament. C’est dans l’angoisse et dans la crainte de ne
— 331 — plus les revoir, qu’ils passent les jours et les nuits.
Enfin, le ciel s’éclaircit; l’étoile du matin apparaît brillante. Tous la saluent remplis d’allégresse, comme l’avant-coureur de l’astre du jour. Celui-ci se montre à son tour. A son aspect, les chefs dansent avec joie devant lui, en lui offrant l’encens précieux conservé, de Tulan. Le soleil, bien que faible encore, commence à sécher la terre. Bientôt après, ajoute le texte, les dieux des Quiches, Tohil, Aviliœ etHacavitz, se pétrifièrent, ce qui veut dire que les trois principaux volcans s’éteignirent ou cessèrent de lancer leurs feux ; les autres quatre appelés du Lion, du Tigre, de la Vipère, du Quanti, du. Zaki-Qoxol, se cramponnèrent aux branches de l’arbre, aux îles nombreuses qui avaient remplacé l’arbre mystérieux du Croissant, devenues visibles sur l’Océan avec la lumièredu soleil.
Ces événementscomme tous ceux qui ont un rapport direct au cataclysme, rapportés généralement d’une manière fragmentaire dans les documents que j’aienma possession, sembleraient, au premierabord, avoir dû se passer dans l’espace d’un petitnombre de jours. Mais, s’il est vrai que la catastrophe principale s’accomplit dans le court espace de quatrejours et de quatre nuits, les épisodes qui s’y rattachent surtout ensuite, présentent fort rarement unedate aussi absolue. Pour comprendre la raison de leur brièveté il est bon de se souvenir que les récits qu’on en trouve furent composés d’après d’antiques ballades, cousues ensemble souvent et sans aucun ordre; ces ballades, analogues aux^re/i/des insulaires haïtiens,aux chants de Lénapis et d’autres populations américaines, contiennent des événements quelquefois fort considérables et très-éloignés les uns des autres, bien que serrés dans quelques versets, aussi courtsque rapides.
—•332 — C’était là le moyen sûr de les conserver etde les transmettre plusintégralement de génération en génération à lamémoiredes bardes. Si vous comparez à ces areitij le premier Fargard ou section du Vêndidâd, concernant la migration des Aryas, de leur antiqueberceau, VAiîjana Faêgô, vers les régions qu’ils occupèrent, depuis, dans l’Inde, vous y trouverez non-seulement un caractère d’analogie fortremarquable, maisencore une identité presquecomplète avec certains chants lénapis, conservés par Loskiel et Heckewelder, dont je vous aientretenu plus haut.Cequej’en dis ici, pas plus que ce que j’ai eu l’occasion d’exposer, dans d’autres endroits de ces Lettres, au sujet des Aryas, ne doit donner lieu à vous faire croire que je prétende placer aux Antilles le berceau primitifdes races aryennesou à elles apparentées. Mais ce que je tiens à constater, c’est que leurs traditions, c’est que leurs souvenirs sont tous d’origine américaine. Que les Aryas soient venus du Thibet ou des sommets du Caucase, ce n’est pas là la matière dont je m’occupe en ce moment : mais ce qui me paraît hors de doute, c’est qu’ils empruntèrent, d’une part, en arrivant dans l’Inde, les dogmes religieux et l’organisation sociale deshommes rouges, noirs ou cuivrés qui les y avaient précédés; que,de l’autre, ilsapportèrentaveceuxla tradition des notions religieuses et politiques, empruntées aux populations qui,d’Amérique, passèrent aux contréesseptentrionales de l’Europe ou de l’Asie.
Quoique les lieux d’où les Aryas sont sortis aient subi probablement des changements de température fort remarquables, par suite du soulèvement des montagnes qui dut Tivoir lieu approximativement vers le môme temps, dans le monde entier, les Aryas étaient des sauvages, sans histoire comme sans traditions,
— 333 — avant leur premier contact avec les hommes sortis de l’Amérique, quelle que fût leur couleur. Je ne suis, d’ailleurs, pas le premier à le dire; il y a longtemps que le baron d’Eckstein a constaté leur infériorité visà-vis de la race chamitique. Que dit le premier verset du Vêndidâd, voyons-le avec Bunsen (1) ? « LàAngro » mainyus (Ahriman), l’implacable, créa un serpent » formidable et de la neige, » l’œuvre de Deva— dix mois d’hiver sont là, deux » d’été…» Maintenant, que nous raconte Loskiel(2)? « Après l’inondation, dit-il, les hommes vaillants » Linapewi, avec lesêtresde la vaillante tortue demeu- » rèrent réunis ensemble dans la maison de la grotte » et demeure de Talli. » Il gèle il y avait, il neige il y avait, il fait froid il » y avait. » Pour avoir un froid plus doux et beaucoup de » gibier, ils s’en vont aux plaines, vers le nord^ pour » chasser le bétail ils vont. » Je me contente de ces versets, en vous priant d’observer, Monsieur, qu’ils sont précédés de divers autres, où il est également question de serpents, comme dansceux du Vêndidâd. Dans tous les chants des sauvagescuivrésdel’AmériqueduNord,commedesblancs, naguères sauvages de l’Asie, il y a une si étonnante analogie, qu’il y aurait un travail de comparaison des plus curieux à faire à ce sujet. Sansvouloir prétendre que les changements de température dont il est question, dans les uns comme dans les autres, aient (1) Egypfs place in universal history, vol. III, pag. 2o7. (2) Voir aux Pièces justificatives, n° 4, où j’ai reproduit plusieurs des ancienschants lénapis,que j’ai empruntésà la traduction, faitepar Raffines que dans son ouvrage, déjà cité, The AmericanNations, etc.
- 334 — eu pour théâtre les Antilles, où la glace et le froid furent probablement de fort courte durée, il n’est pas moins étonnant, cependant, de voir les tribus en question parler d’aller au nord, pour gagner des pays plus doux. Le soulèvement des montagnes du Mexique, d’où elles seraient descendues vers les prairies septentrionales, pourrait seul expliquer cette expression. Un fait analogue serait également applicable aux Aryas, supposé que le pays qu’ils habitaient au temps de leur émigration, eût été également soulevé à cette époque. De la confusion de leurs souvenirs et des traditions venues d’Amérique, seraient nées alors les traditions du Vêndidâd, où, sans parler des faits, tant de noms se rattachent au Mexique et s’expliquent uniquement par le fait du cataclysme.
Ces noms que des savants d’unegrande illustration scientifique ont travaillés de toutes les manières et appliquésàbiendes pays différents,enAsie, attendent encore leur interprétation véritable. Les chants antiques des autres peuples, ceux desAméricains, surtout, sont en petit nombre etgénéralement fortpeu connus. Tels qu’on les a conservés, ils sont, en outre, pour la plupart, d’un abrégé quelquefois désespérant; ce sont, comme je vous le disais tout à l’heure, de véritables sommaires, dont les versets, courts et serrés, ressemblent à des litanies et devaient se réciter plus ou moins de la môme manière. A côté de ces chants sommaires, il y en a, néanmoins, d’un caractère assez différent. Les événements y sont racontés plus au long et ils sont remplis de détails qui offrent un grand intérêt. Ce sont là des épisodes, formant des ballades spéciales, composées, peut-être, pour des cas également spéciaux, en rapport avec les incidents
— 335 — les plus remarquables du cataclysme et dont le souvenir était confié, non plus à la mémoire d’une tribu entière, mais à celle de ses chefs.
Voilà comment il se fait. Monsieur, que ces chants diffèrent quelquefois si sensiblement dans leurs détails et racontent des circonstances si diverses; mais, essayez de les réunir, comme les fils d’une même trame et les couleurs d’un même tissu, etvous verrez combien ces récits s’accordent, au fond, pour former unmême ensemble historique. C’est là cequi explique la différence que vous trouveriez parfois entre les chapitres que M. Rillieux traduit en ce moment du Livre des Morts et ceux du Popol-J^uli^ comme du Codex Chimalpopoca. Il y a déjà quatre ou cinq ans que mon savant ami me parlait de son interprétation et des détails curieux qu’il découvrait dans cet antique document. Ainsi que je vous le disais dans ma première lettre, ces détails ne se présentent pas de la même manière que dans les documents mexicains. Ce qu’il me racontait me trouvait, d’ailleurs, passable-ment incrédule à cette époque, tant les vérités auxquelles on n’est pas accoutumé, ont de la peine à pénétrer dans les esprits, même les mieux disposés à les accueillir. Avec le temps, mais, surtout, avec la constatation de la duplicité absolue des deux interprétations dont je fis la découverte l’année dernière, je finis par me trouver d’accord avec lui. La variété des épisodes racontés dans le Popol-Vuh et dans les documents mexicains de toute sorte, encore existants, me permit de comprendre alors également pourquoi ces récits s’éloignent si souvent les uns des autres, dans leurs détails; mais cette variété même en confirmait l’authenticité, en me montrant avec quelle facilité on parvient à les attacher ensuite les
— 336 — uns aux autres, comme les anneaux d’une même chatne.
Retournons maintenant aux populations naufragées, recueillies sur les petites Antilles, et voyons ce qu’elles devinrent à la suite du sauvetage.
Hacavitz^ < l’épine de l’eau déchirée, » tel est le nom que les Quiches donnent au volcan de la Guadeloupe, dans leurs traditions. C’est sur les terrains soulevés au pied de ce volcan que les tribus bâtirent leur première ville : le volcan fut le symbole du premiertemple; la montagne volcanique, le modèle architectural du premier teocalU. En ce lieu, elles se donnèrent les premiers noms qu’elles devaient porter; c’est de là qu’elles commencèrent à se répandre dans les terres et les îles du voisinage. Mais la Martinique paraît avoir été une des premières à se peupler ; car c’est à elle que resta attaché plus spécialement le nom de TanouDan^ c’est-à-dire de « lieu sec et habitable, » commun à l’ensemble des petites Antilles, Tan-ub^ < les Soufflés au Sec, > nom qu’on retrouve encore dansMadan-Inô, originepeut-être de celui des^adai et des autres fils de Japet qui se partagèrent, dit la Genèse, les îles des nations. Car tous les noms des Noachides s’interprètent, sans difficulté, dans les langues du groupe mexico-guatémalien, emportant avec eux les significations les plus directes avec les épisodes du cataclysme que je viens de vous mettre sous les yeux. Vous pouvez ramener également aux îles de Dan^ et à Madan-lnô, l’origine des Danaïdes et de leur père Dannûs^ des Danavahs indiens, dont le nom, ainsi que ce dernier, fait allusion à la terre sèche, au sortir de l’eau, en grec aussi bien que dans les langues du groupe mexicain. C’est encore à ces contrées, que les nations sauvées du naufrage don-
— 337 — nèrent le nom, encore célèbre aujourd’hui, de Cholollaji, interprété d’ordinaire par « la terre du refuge, » mais dont le sens réel est celui de « la terre délivrée, débarrassée, » de « la terre sortieen s’égouttant. » C’est parce qu’elle était sortie de la mer en s’égouttant ; c’est parce qu’elle était issue de la grande déchirure opérée sur la région engloutie, que la tradition attribuait sa fondation à XeZ^Mct (shelua), le déchireur, le séparateur, lePéleg ou Phalegde la Genèse, l’un des sept sauvés du naufrage, identique à son tour avec l’île, avec le volcan de la Soufrière, type de lagrande pyramidede Cholollan, bâtie depuis, en mémoirede la première, au plateau aztèque. Ne vous étonnez’donc pas, après cela, des analogies que les missionnaires espagnols découvrirent entre Cholollan et la Babel des bords de l’Euphrate. Tirez ensuite de ces coïncidences toutes les inductions que vous voudrez ; jeme contente de vous les mettre sous les yeux, en vous priant de remarquer que Cholollan était dans la terre à’Âztlan, Qi({\x’Assur a le sens d’environsou de cercle d’Âz.
Lesrenseignementsquejepourraisvousoffrirau sujet des premiersétablissements des tribus, dites aztèques, de leurs progrès et de leur dispersion dans les autres îles se compléteront à mesure que le temps m’aura permis de traduire et d’interpréter les différents textes que j’ai entre les mains. La chronologie alors viendra à mon aide : car les documents mexicains et cakchiquels sont accompagnés d’un grand nombre de dates qui me mettront à même, en les prenant à leur juste valeur, de classer la plupart des événements, à commencer de l’année Ome-Acatlou Deux-Cannes, la première indiction au sortir du cataclysme. Je ne puis pour le moment que vous donner un rapide
- 338 – aperçu de la migration suivie par les Vaqui, « ceux qui marchent », les Nomades, nom qui désigne les futures tribus mexicaines, que l’exiguïté du sol, des jalousies de toute espèce, mais surtout l’âpreté inflexible de leurs sentiments religieux, obligèrent à plusieurs reprises à abandonner les lieux oh ils s’étaient fixés d’abord.
Suivant une tradition rapportée par Pedro Martyr d’Anghiera (1), Madan-Inô^ la Martinique, fut la terre d’où ils auraient d’abord émigré, et c’est lui qui compare leur odyssée à la fuite de Didon, abandonnantTyr pour les côtes de la Libye. Cet écrivain les fait aborder d’un trait à l’île de Haïti: il est donc probable que la migration des Mexicas ou Mexicains, dont on trouve les stations dans un grand nombre d’ouvrages et même de documents originaux, n’aura pas eu d’autre objet que de faire connaître leurs pérégrinations dans les divers cantons de cette grande île, où l’on découvrait encore à l’époque de la conquête la plupart des noms des tribus antiques. En effet, jetez lesyeuxsur lacarte de leurvoyage, existant au musée de Mexico, reproduite par Gemelli Carreri et d’autresécrivains, etvousy observerezqu’ensortant d’Aztlan, ils vont directement au nord-ouest, et que la première chose qu’ils font, en arrivant, c’est d’y édifier un téocalli. Voilà un fait fort remarquable et il concorde entièrement avec celui qui est rapporté par Pedro Martyr. Car il ajoute qu’en touchant à Haïti, les émigrants débarquèrent sur un îlot, nommé Camoteia^ situé à l’embouchure du fleuve Bahabon, de la province de Caonao, où ils s’empressèrent de bâtirun templequi continua d’existerjusqu’à l’époque {)D6 rebu! Océan, decad. III, lib. vu, pag. 278
- 339 — de la conquête, comme un lieu sacré et l’objet d’un pieux pèlerinage, de la part des insulaires. C’estde là qu’ils s’étendirent ensuite sur les plus riches cantons de l’île, et ce fut sans doute avec eux que commencèrent les travaux de l’industrie métallurgique dans cette région si riche en or. § 14. Il y a tout lieu de penser que les Yaqui, qui depuis donnèrent leur nom à deux des principaux fleuves de Haïti, en furent les principaux civilisateurs.
Leurs chefs, toujours aunombre de<îuatre, paraissent avoir adopté ce chiffre du nombre des grandes Antilles, qu’ils soumirent à leur domination. Ce sont ceux que la tradition quichée appelle les prêtres et les sacrificateurs par excellence, Ahqixh^ ahqaJib, ceux de l’Epine et de la Déchirure », noms qui rappellent le double cratère de la Guadeloupe, auquel tant de mythes se rapportent dans cette histoire antique. Ce sonteux qui personnifient les quatre îles, les quatre premiers dieux de toutes les mythologies; ils sont les quatre hommes-poissons dont les enseignements civiliseront la terre, types des Oannès, des Dieux-Poissons de la Babylonie, des dieux Matzjâh, issus de l’abîme de l’Océan, du Nairrit, cette source de toutes les richesses de la terre, c’est-àdirede la mer des Caraïbes. Ils sont les Kush-ah, « les maîtres du centre et de la vie » , suivant l’interprétation quichée, auxquels s’appliquent si bien ces versets du poëte légendaire de l’Inde (1) : « Voilà donc les fils de Kusha ; le dernier n’ayant pas de corps, est désigné comme céleste ; c’est le Vasu par excellence, (1) Mahâhh, vol. IV; Ilarîvansha, Amavasu-Vansha Kirttane, adhy 37, shl. 1425, p. 41/3. ap. d’Eckstein, Cosmog. de Sanchoniathon, S 41.
— 340 – le canalisateur, le mineur, Tallië d’Indra, c’est celui dont va directement sortir la race des hommespoissons du Matzyâh. • Les Mats/dh, si je prends la première étymologie quichëe, sont ceux gui sont c issus de l’Ecume, de l’ordure», ainsi qu’Aphrodite : ce sont, au fond c ceux qui sont issus de la Courbe j>, de la terre engloutie, les fils sortisdu Croissant, et mieux encore <<ceux qui sont sortis du noyau de la terre durcie après le naufrage. » Telles sont les interprétations diverses auxquelles ce nom donne lieu. C’est chez ces Matsydh, chez ces chefs illustres des îles, que vous découvrirez également l’explication si longtemps cherchée du nom des Thoth mythique, Ta-ut^ « la terre ou le posé du moule ou de la matrice », c’est-à-dire celui qui y est entréet quien est ressorti,fondu ,moulé àneuf,comme la terre du Croissant, descendue et ressortie à nouveau du grand moule de l’Océan, Ta-ut, « posécomme une colombe » au-dessus de l’eau, la terre sèche et visible. Tan, Dan, Dak, « celui qui bâtit sur le sec », en quiche, Dak-Cha, « moi qui suis, moi qui existe », en langue haïtienne. C’est lui, ce sont les îles qui survivent au cataclysme, ce sont celles qui sont nées ensuite qui sont le vrai Thoth, le véritable Tha-ut, M le chef entré et sorti », suivant le Cakchiquel, lui l’auteur du grand livre de la nature qu’il personnifie, en l’écrivant en lui-même, en dessinant la terre nouvelle tour à tour avec l’eau et le feu, pendant et après le naufrage du cataclysme. Voilà le Thoth, voilà le Tautj le civilisateurpar excellence, personnification de la civilisation, sous toutes ses formes, dans ces îles, les dieux et les bienfaiteurs de l’humanité entière.
Types du Thoth phénicien, commeduThoth de la plus vieille Egypte, les hommes-poissons des Antilles po-
— 341 — sèrent dans toute l’Amérique les fondements d’un ordre de civilisation au milieu de races sauvages ou abruties parla terreur des catastrophes phlégréennes.
Aborigènes de la Floride ou du Mexique, des vallées du Mississippi, comme desplateaux du Cundinamarca ou de Tiahuanaco, tous indistinctement subirent les influences diverses des castes sacerdotales qui se fondèrent aux Antilles et dont Turu-Queira, Madan-Ino et Haïti paraissent avoir été les centres principaux.
Mais, dès l’originemême delà société nouvelle, issue du cataclysme, des dissentiments profonds se révèlent entre les populations accumulées sur les groupes des différents archipels et des grandes Antilles. Je ne suis pas encore suffisamment avancé dans l’interprétation de mesdocuments, pour être en état de formuler à ce sujet une opinion décisive. Je ne serais pas éloigné, toutefois, de croire, comme M. d*Ekstein (1), à la présence, dans ces régions, de deux familles essentiellement distinctes de la plus vieille race humaine, soit que les événementsde la catastrophe en eussent réuni les débris, soit que les populations, sauvées du naufrage, eussent été d’une famille entièrement différente de celles qui se conservèrent sur les grandes Antilles.
Ces familles correspondraient ainsiaux Caïnites etaux Séthites de la Genèse, les premiers laboureurs et artisans, inventeurs, fondateurs de cités, les autres pasteurs ou jouissant, sans travail, comme naguères encore les Haïtiens, des fruits que leur fournissait abondamment le sol. De la présence de ces deux familles dans les mêmes régions aurait résulté un mélange et plus tard une lutte, causes d’oppressions violentes, analogues à celles dont les conquérants eu- (1) De quelques légendes brahmaniques, etc. pag. 364.
— 342 — ropéens se rendirentcoupables, ily a trois siècles,dans ces mêmes contrdes. Par suite de l’alliancede ces deux familles de la plus vieille espèce humaine, continue l’éminent penseur, les croyances de l’une se seraient reflétées sur celles de l’autre.
Pour moi, je crois entrevoir l’origine de la lutte, non-seulement dans la diversité de races, mais principalementdans l’existence de deux courants d’idées contraires, ayant eu le môme point de départ dans les événementsdu cataclysme. Lamanière différente d’envisager ces événements et d’en commémorer les souvenirsme paraît,dès le berceau, avoir marqué le point de départ de deux religions qui vécurent, peut-être, côte à côte, pendant des siècles, sans avoir fait éclater leurs dissentiments, autrement que pardes agitations insignifiantes. Pour qu’elles pussent prendre vis-à-vis l’une de l’autre les proportions d’un schisme ou d’une hérésie, il fallait que tous les matériaux, dont ces religions sont constituées, eussent eu le temps des’élaborer, et que les hiéroglyphes qui en représentaient les origines fussent devenus suffisamment obscurs, dans leur ensemble, pour que le sacerdoce pût exclure le vulgaire de leur entendement. Car si le schisme a amené la lutte et par suite la séparation violente des familles, ce ne peut avoir été qu’après la création entière des mythes, après l’entier achèvement de ces généalogies divines, de ces traditions poétiques, qu’on trouve éparses chez tous les peuples de la terre, mais dont l’ensemble n’existe que dans l’histoire et la religion du Mexique. Deux ordres de dieux, dont les uns, tombés du ciel dans l’abîme où ils deviennent les jugesdes morts, se personnifient en un seulqui ressuscite, symbole de la vie et de la mort; dont les autres survivent à la destruction, symbole de la vie impéris-
— 343 — sable ; tel est le double caractère du mythe de Quetzal-Coatl, à son origine. Mais en réalité, ce dieu, c’est la terre, c’est la région ensevelie sous les eaux, c’est le vaincu étouffé sous le poids de son adversaire, sous Peffort de la vague victorieuse et celle-ci s’unissant au feu sur le bûcher de Nanahuatl, c’est Tezcatlipoca, c’est Hercule, vainqueur de ses ennemis, c’est le dieu dont la lutte est éternelle, comme celle de l’Océan battant le rivage, c’est celui en qui se personnifie ensuite la lumière et qui devient ainsi le drapeau des adversaires de Quetzal-Goatl. Au dieu mort, il fallait une victime, comme lui,descenduedans l’abîme: cefutune jeune fille, choisie parmi celles qui lui étaient consacrées au pied de la pyramide, et qu’on noyait en la plongeant sous l’eau, coutume qu’on retrouva longtemps en Egypte, comme à Chichen-Itza, ainsi que dansbien d’autrespaysdumonde. Maisau dieu ressuscité,audieu en qui se personnifiait le feu, lavieimmortelle, à Quetzal-Coati, devenu Huitzil-Opochtli, on sacrifia des victimes sans nombre, à qui l’on arrachait le cœur, symbole du jet de flamme sortant du volcan, pour l’offrir au soleil vainqueur, symbole de Tezcatlipoca qui, le premier, avaitdemandé desholocaustesde sang humain.
Tel est. Monsieur, le résumé des idées qui me paraissent avoir présidé, dans l’origine, à ces rites barbares. Repoussés par les populations dont QuetzalCoatl, toujours vivant, mais persécuté, était le principalemblème, ils finirent par s’y faire adopterà la suite de l’alliance violente des différents cultes. On retrouve partout la trace de ces luttes et de ces antipathies re~ ligieuses, sous les formes les plus cruelles, comme dans les doctrines les plus transcendantales. C’est dans les petites Antilles, probablement à la Guade-
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344 – loupe, que la coutume féroce de verser le sang hu-main en l’honneur du dieu vainqueur aura pris naissance : il en est question dans le Popol-T^uh, quand les populations mourant de froid, demandent du feu à Tohil et que, pour prixdu feu qu’il leurdonne, il exige en retour le sang de leurcôté et de leur aisselle. Les traditions des Antilles, comme celles du Mexique, nous révèlent un vaste ensemble de croyances, de mœurs et de coutumes, non moins obscènes que barbares, sanctifiéeset légalisées, etquijouentun rôle tout à fait à part dans le monde antique. Les amours les plus dévergondées prennent place, avec la soifdu sang et des sacrifices les plus cruels, à côté du dieu de l’or et des richesses , issu de l’abîme avec la Vénus de Turu-Queira : chose bien remarquable, en effet, le dieu suprême de ces contrées, l’être donné comme l’éternel et le tout-puissant à Haïti, selon les contemporains de Colomb, s’appelle Vocahuna, « le dieu ou la vie de l’or. » Dans les ports de la côte ferme, comme à Téo-Colhuacanet àPanuco, dans la Floride, ainsi qu’auxAntilles, une déesse facile de mœurs paraît au premier rang : divinitédes marins,despiratesetdesmarchands, dont la prêtresse estune reine qui a le pas sur les rois, vous la rencontrez ensuite sur les points les plus éloignés du globe, partout où un sacerdoce sanctifie les alliances temporaires des marchands et des filles consacrées au service de la déesse. 11 y a évidemment là, comme le dit encoreM. d’Eckstein, un ensemble d’institutionsqui se rapportent àunmôme modèle. Ces institutions s’accordent partout avec le commerce et la piraterie, avec l’origine de l’industrie métallurgique, touteschosesauxquelleslestribus, dites aztèques, mais surtout les MexicaSj paraissentassociées au commen-
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345 — cernent. Le nom, toutefois, qui domine aux époques lointaines de l’histoire, ce n’est pas celui deMexicas qui n’indique qu’une seule des tribus de cette grande famille, c’est lenomdes Cares, qui se retrouve à toutes les origines de la navigation, sur les rivages du monde entier, associé à toutes les grandes entreprises commerciales ou guerrières, au berceau de la plupart des religions de l’antiquité païenne. Fondateurs decomptoirs dans les îles de la Méditerranée ou de la mer des Indes, fondateur de villes et d’Etats, sousleur nom générique, sousceuxdeLéléges,de Pélasges, deDanaëns, d’Etrusques,vous lesvoyez se répandre, à la fois, dans le monde entier, oii leur présence, comme le fait voir avec tant de sagacité l\i. d’Eckstein, amène le culte d’une divinité chtonienne, d’une Hécate souterraine, d’une déesse chienne et de ses fils, chiens comme elle.
Lenom desGares, après qu’ils eurent disparu, resta attaché à un grand nombre de villes et de localités dans l’Asie Mineure, en Afrique et dans l’Inde. Mais nulle part il ne se propagea comme en Amérique : là, plus de mille noms de peuples, de tribus, de villesou de localités quelconques, existaient avec l’affixe car, cal, gai, etc. , àl’époquedeColomb, et parmices noms vous retrouvez encore tous ceux que les Gares avaient laissés en Asie, sans en excepter un seul. J’en ai parlé ailleursavec extension (1); malheureusement, quand il s’agit de l’Amérique, il semblerait qu’on n’ait pas le droit, je ne dirai pas d’être cru, mais même d’être lu par certains savants classiques. Ges Gares, dont tous les hommes de science qui ont une véritable valeur , se sont occupés avec désintéressement et sans parti pris, au sujet desquels M. d’Eckstein, d’une part, (1) Relation des choses de Yucatan, etc. dans YIntroduction.
- 346 — M. Renan, M. Alfred Maury, de l’autre, ont travaillé chez nous, à découvrir l’origine, ces Carcs, dis-je, venaient évidemment de l’Atlantique, comme la plupart des nations qui peuplèrent, les premières, les îles de la Méditerranée. Il suffît de lire avec attention les travaux de ces savants, de comparer les notes, dont ces travaux ont été illustrés, pour se convaincre de cette vérité vers laquelle ils penchaient eux-mêmes, sans pouvoir s’en rendre compte. § 15. Les traditions, conservées par les compagnons etlescontemporainsdeColomb,prouvent évidemment l’origine occidentale des Gares. Ce sont eux qu’on trouve à la suite du cataclysme, désignés sous le nom de Caracol, âpres ou galeux, dans le sens ordinaire, etdont lesmains, ainsique nousl’avons vu, servirentà retenir les femmes prêtesà s’échapper, c’est-à-dire les eaux. Sous ce pointdevue, les Caracolssont lesymbole detoutes les îles : ilssont les terres glaises ou rocheuses qui reçoivent et gardent les eaux, d’où le sens de caracol, épaule deshommes, épaule principale, où les hommes trouvent leur premier abri, nom identique avecceuxde Colhuacan, « le Lieu delaCourbe» etd’^- colhuacan, « le Lieu de l’épaule ou de la Courbe de l’eau »qui désignait d’une manièregénérique l’ensembledespetites Antilles. Cesnoms émigrèrentaux grandes Antilles, lorsque les populations, chassées de leur premier asile, s’ytransportèrentavec leurs pénates ; de là les dénominations à’Acul ou à’Acol qu’on trouve encore en Haïti et celles de Culba ou Cidua que portaitune des provinces de Cuba, au temps de sa découverte par Colomb et dont Cuba même n’est peut-être qu’une corruption. Ce dut être à la suite de ces premières migrations, que les trois grandesAntillesfurent
— 347 — classées comme les premiers d’entre les Caracols, les trois chefs auxquels se joignit le quatrième, l’île de Boriquen ou de Porto-Rico, qui était censée sortie, sous la formed’une tortue, de VépauledeDimwan Caracol, le chefde ceux de ce nom.
Dimivan, qui semble pouvoir se traduire encore par « l’Eclat de la vie du peuple, » fait évidemment allusion à la puissance volcanique qui fit sortir les petites Antilles du sein des eaux, puissance personnifiée, surtout, dans le volcan de la Soufrière, objet de tant de symboles et d’images. Car si Cara-col a le sens ‘de « l’Epaule des hommes, » ainsi que tous les noms de ces langues primitives, que j’ai décomposés si souvent, il signifie encore « la Place du berceau courbé, » et Car-Acol, la courbe de l’Eau de l’Homme. » Caro ou caru, le nom primitif du Care, dont le pluriel fait cari en haïtien, signifie à son tour « la place ou le lieu sec de l’amour, ou séché par l’amour», de même que son pluriel répond à la place séchée des hommes ou de ceux qui portent la vie »; caro, enfin, est le lieu aimé par excellence, le lieu qui est cher à tous. Si je prends maintenant ce nom dans la langue quichée, je trouve pour car le mot poisson, d’où l’adjectif <7<2r//, qui se dit d’une femme prostituée, comme l’étaient les hétaires des petites Antilles. Car fait au pluriel carib, identique avec le cari de ces îles, oùvousretrouvez lenom des populations encore appelées ainsi dans l’Amérique méridionale, qui s’en glorifientcommeayant le sens « d’hommespar excellence. » Si des Gares, nous passons à la divinité qui porte leur nom, le dieu Macar ou Makar, nous le retrouverons également en Amérique, dans une foule de localités où les Caraïbes, encore aujourd’hui, sont reconnuscomme les maîtres du sol.
- 348 – c Le culte des dieux Macares est celui des Cares, premiers dominateurs de la mer, ajoute à ce sujet M. d’Eckstein, comme il fut très-anciennement aussi celui des Lydiens, desPhout, des Ibères, en tant que navigateurs des côtes de la Méditerranée et des rivagesde l’Atlantique, tout cela bien longtemps avant qu’il passât aux Pélasges, après avoir été le bien commun des Cares et des Phéniciens. Ce culte naquit sur les rives de l’océan Indien et domine dans les régions du Guzzurate, du Katch, des bouches de l’Indus, des côtes de la Gédrosie, de la Perside, du golfe Persique et de l’Arabie, jusqu’aux extrémités des régions éthiopiennes. Le nom de Makara fleurit partout et cela avec un sens précis, dans les légendes du Guzzurate. » Partout où nous rencontrons les dieux Macares, nous les découvrons avec le double caractère, 1’ de dieux des îles Fortunées, d’hommes d’une race divine, et 2° de dieux infernaux, d’hommes d’une race bar-bare, offrant des holocaustes humains. L’abolition de ces holocaustes a lieu, lorsque le dieuKâma se dévoue, lui, le grand dieu des côtes de l’Inde occidentale. C’est un vrai Cham par lenom et par l’idée ; c’est l’Erôs de l’océan Indien. Spécialement adoré dans la péninsule du Guzzurate, il est le premier navigateur de l’Océan.
Pour triompher du monstre, du tyran de l’abîme, il s’enfonce dans sa gueule, comme le Melcarth de Tyr, comme le dieu des îles et des côtes de la terre ferme des Cares. Dieu des extrémités du globe, où l’Amour trouve son chemin ; dieu des Libyens et des Ibères, il a passé aux Grecs avec des modifications nombreuses.
Il renaît sur les côtes du Guzzurate, où il célèbre son premier triomphe comme vainqueur du Macare, du monstre ou de la baleine qu’il porte en sa bannière ; d’où lui vient lenom deMakara-kétou, deMakaradh-
— 349 – vadscha. Il s’entoure partout d’un harem de femmes qui l’enlacent et le dominent ; il est le bien-aimé de la gynécocratie, dans tous les lieux où sa lumière abonde et se promène. » Si des régions et des mers de l’Asie, nous repassons de nouveau en Amérique, nous yretrouvons lesmêmes symboles que dans l’ancien monde, souvent avec les mêmes noms, toujours sous des noms analogues. Celui des dieuxil/rtc^rei”, inexplicable ailleurs,d’unemanière rationnelle, s’explique là. Macar^ dans l’ancien Quiche (1), est le monstre marin antique, le Cipactll des Mexicains, le premiëi; signe des îles apparaissant audessus des flots, représenté par un caïman formidable, appelé aussiYmox, en quiche, etYmixdans la langue maya, c’est-à-dire l’Œil des Volcans. Macar, dans le quiche, encore, signifie symboliquement l’amour et l’embrassement d’une prostituée (2). Or, peut-on rien voir qui corresponde plus franchement à l’idée de la divinité des Gares de l’Asie, navigateurs sur toutes les mers, fondateurs des institutions gynécocratiques et des temples, dont des prostituées étaient les prêtresses, ainsi qu’à Madan-Ino. Remarquons également que ce sontles lieux où les Cotresparaissaient avoir établi le plus solidement leur domination, dans les provinces situées entre leDarien et le golfe de Maracaibo, que le nom deMacar a survécu aux révolutions de la nature et du temps, dans celui de Macar-Ona, que (1) Macar, composé de via, mot dont ils usent dans le sens de vieux, ancien, et aussi comme une parole d’amour, — et de car, poisson et femme mondaine, prostituée (Ximenez, Tesoro de las lenguas quiche, cakchiquel y zutuhil, etc. part. I). Qui sait même si le mot maquereau, ou makerel, fils de macar, ne viendrait pas de là ?
Les étymologies ont quelquefois une origine si étrange, (2) Voir la note précédente. — Du mot car, quiche, se dérivent une foule demots servant à indiquer l’obscénité, la prostitution, etc. plus ou moinS; comme le mot poissarde en français.
- 350 — gardèrentjusqu’à leur entier assujettissement aux Espagnols, les rois des tribus de Bonda, de Malambô et de Tayrona (1). Ce sont ces provinces, où le nom de presque chaque localité importante commence en car, cara ou cari^ dans les montagnes (ÏAbibe^ d’Aùraime, (ïAbraiva, si riches en métaux et en bois précieux, dont les côtes étaient naguère si célèbres par leurs pêcheries de perles, que se conserva avec le titre de Macar-Ona, le souvenir des limnées fameuses où se forgeaient les armures d’or de tous les rois de l’Amérique méridionale.
C’est dans ces contrées qu’existait, à l’époque de la conquête, un sanctuaireconsacré au soleil età lalune, au confluent de la rivière de Carare et du fleuve Magdalena, sous la forme de deux colonnes naturelles, sculptéeset cannelées de main d’homme, etd’unehauteur prodigieuse. Elles portaient l’une et l’autre le nom de Fur-Atena, et elles étaient regardéescomme les génies tutélaires des montagnes, des fleuves et de la mer ‘(2). Les nations voisines y accouraient en foule pour présenter leurs offrandes. De petits simulacres de ces colonnes étaient placés à côté des morts dans les tombeaux, et l’on en emportait, ainsi que de ceux des Dioscures et des Cabires (3), sur la terre, sur les (1) Castellanos, Elegias de varones ilustres de Jndias, en la Bibl. de Autores esp. Madrid, 1847. Part. 11, canto 3% page 533. (2) « Su adoratorio (de los Musos) mas principal eran dos elevados penascos en forma de hermosisimas columnas, Uamadas FuralenaSf ambas de piedra histriadas, etc. » (Zamora, Hist. de la prov. del N. Reyno de Granada, lib. III, cap. rxviii.) (3) a Tuve en Santa-Marta el gusto de ver algunas alhagas de estos sepulcros… Eran dos columnitas de marmol blanco, pero con algunasmanchas de jaspe… todolabrado con tanto primor y finura, aue no podia salir con mayor perfeccion, de las manos de un artince europeo… las columnas eran chiquitas, a manera de las que suelen verse en los Sagrarios, con su basa y cliapitel pulidas y hermosas a maravilla. » (Julian, la Perla de Santa-Marta, etc., part. I, dise, x, §1.)
— 351 — fleuves et sur l’Océan, comme des dieux protecteurs desvoyageurs, des marins et des marchands. Demême qu’en Asie et en Grèce, on les retrouvait sous cette forme, ou sous celle de phallus ou de serpents, presque toujours unis deux par deux.
Du pied d’une de ces colonnes sortait une source sacrée où les pèlerins s’abreuvaient : leur situation, au centre des plus hautes montagnes du noyau américain, dans une contrée où tout annonçait le nom des Cares ou des races qui leur furent apparentées, le culte dont elles étaient l’objet, ne rappellent que trop les colonnes d’Hercule, si fréquentes dans l’ancien monde, entre l’Océan et la Palestine : mais ce qui n’est pas moins remarquable, c’est qu’avec tous ces souvenirs, elles existaient précisément dans ces lieux, comme les signesdes richesses minérales, des pierres précieuses etdes forges d’or, apanage des dieux Macares, dont le nom même s’y conserva jusqu’au temps de la conquête, comme le titre des rois de Bonda et de Malambô. En’effet, la plus grande partie de l’Amérique était déjà soumise aux armes espagnoles, et plus de soixante ans s’étaient écoulés depuis la découverte du continent par Colomb, que leMacar-Ona des forges de Sainte-Marthe continuaità résister, avec les Tayronas, aux envahisseurs étrangers et à tenir cette ville en éveil. Aujourd’hui même, que ces populations sont en grande partie disparues, sans laisser d’autre souvenir que celui de leurs antiques richesses, le nom de Macar s’est maintenu comme un dernier signe de la puissance et de l’extension maritime des Cares, aux embouchures de plusieurs des plus grands fleuves du Nouveau-Monde. Une montagne et un cap de la côte du Rio de la Hacha sur la côte de Venezuela en a pris le nom de Macairo. La
— 352 — plus grande des îles situées à l’embouchure de l’Orénoque porte celui deMacare^ et l’un de ses bras celui de Macareo. Entre Caracas et Victoria, une localité de la côte porte le nom de Macarao. Une autres’appelle Macarapana dans la province de Cumana ; Macara en est une autre de la province deJaen, dans l’Equateur; Macarabita dans celle de Tunja de la Nouvelle- Grenade, sans en compter bien d’autres qu’il serait fastidieux d’énumérer. Il n’est pasjusqu’au Mississippi qui ne présentât autrefois un souvenir dumômegenre, dans la rivière Macare, un de ses affluents, dans la Louisiane. § 16. Tels sont, Monsieur, ces Cares, ces ancêtres des Phéniciens, des Pélasges, des Etrusques. Ils le fu-rent, peut-être, des Egyptiens eux-mêmes qui, s’ils ne furent pas identiques avec eux, profitèrent, au moins, de leurhabileté dansla navigation, pourtransporter^aux bords du Nil leurs divinités persécutées sur le sol natal. Si les Hyperboréens prirent la voie dû nord , les Egyptiens prirent bien probablement la route du sud, en passant des Antilles aux bouches de rOrénoque, puis de là aux côtes delà Mauritanie. On ne peut douter que ces migrations n’aient continué durant de longues années , et les descendants des hommes rouges du Sud pourraient bien s’être rencontrés, en Afrique ou dans la péninsule ibérique, avec ceux des hommes cuivrés du Nord, devenus les pères ou les instituteurs des Celtes et des Druides. Chacune de ces populations entreprenantes posait sur les rivages où elledébarquait, les fondements d’un ordre de civilisation au milieu des races encore sauvages, ou dont l’état social, trop imparfait, gardait les souvenirs de l’âge de pierre. Aborigènes de la Scandinavie,
- 353 — des bouches de l’Escaut, de la Loire ou de la Gironde, du Tage ou du Guadalquivir, tous recevaient les symboles de l’âge nouveau qui s’implantaient chez eux, sous les auspices sacrés de la religion ou au bruit des instruments de guerre. « Des étrangers sortaient, disaient-ils (1), d’un Hadès, d’un foyer souterrain, porteurs d’une science d’organisation, qui reposait sur un principe de géométrie et d’astronomie, qui ordonnait un calendrier mythico-astronomique, qui canalisait le pays et faisait le cadastre de son territoire, fixait l’enceinte des villages et des cités, ordonnait celle des temples, des résidences pontificales et des résidences royales, qui ébauchait un code de lois, un corps d’ouvrages sur l’anatomie et la médecine, relevant d’un principe sacré. Elle apportait un système d’écriture hiéroglyphique pour exprimer toutes ces choses. Elle se révélait dans un ensemble qui ne per-met pas d’y voir le développement d’une culture autochtone aux lieux ou elle s’applique. » Ces paroles remarquables sont de M. d’Eckstein. Je continue avec lui : « Tout cela se développe , il est vrai, dans le cours des âges, dit-il, comme on peut le voir partout où se rencontre un principe d’organisation ; en Chine , dans la Mésopotamie de l’Inde centrale, dans les régions del’Indusetdu Guzzerate, en Babylonie, dans l’Arabie méridionale, dans l’Ethiopie, y compris Méroé ; dans l’Egypte, et finalement dans la Phénicie. Mais l’identité du principe se rapporte à un ordre de civilisation complètement importé d’ailleurs. C’est ce qui force l’esprit de critique à attribuer ces rayons de lumière au centre d’une vieille (1) D’Eckstein, Sur les Sources de la Cosmogonie de Sanchonialhon, pag. 234-5.
— 334 – culture que tout concourt à placerdans les régions du Gihon et du Pishon {\ePishab des Quiches). LaGenèse biblique les place immédiatement dans le voisinage du berceau de l’espèce humaine. Ce n’est que dans ces régions de Kusch et de Chavila (c’est-à-dire le centre de l’eau, l’ombilic des monts, le massif de l’île deTuru-Queira, que la tradition haïtiennesemble avoir transporté ensuite aux monts Cibao) que la culture a pu parcourir la longue période de ses commencements; ce n’est que là qu’elle a pu avoir son histoire et sa genèse. Son développement ultérieurémane partout ailleurs dans l’ensemble primitif d’un tout complètement formé. Il va de soi qu’un tel ensemble s’élabore, se subdivise, se fractionne de nouveau et se développe comme un arbre de culture nouvelle, conformémentaux accidents du sol, des contrées, des climats et des populations autochtones. Il est d’origine thibétainedansl’Inde ou encore d’originemalaisienne, nègre, quel que soit le mélange d’éléments auquel tout cela ait primitivement appartenu. » Ces paroles remarquables du baron d’Eckstein sont pour moi comme un thème tout préparé ; il ne me reste plus qu’à les développer. En même temps que les arts métallurgiques dont la nature enseignait elle-même aux hommes le secret, ainsi que nous l’avons vu plus haut, l’architecture prenait son essor : l’idée de la construction du temple fut, très-probable-ment, une des premières auxquelles s’élevèrent les génies de cette époque immense. Troglodytes avant toute chose, longtemps ils habitèrent l’intérieur des grottes, demeures assurées contre l’intempérie des saisons, et c’est là qu’ils allumèrent, durant des âges, le foyer domestique, symbole du foyer souterrain de la Limné, sanctuaire primitifdu monde. Us apprirent
— 335 — ainsi, presque sans sortir de leurs habitations, à étudier les merveilles d’une nature vulcanisée, les règles les plus nobles de la décoration et du dessin. La terre glaise, cuite et brûlée par les feux épandus sur le sol, leur avait ensei-\ y^^^ >^^ dans la disposigné tout d’abord^^^^^^^^^^8 tion des cratères l’art de la céra-^^^^^^^^^^ de soulèvement, mique , et c’est^^^^^^^^^ dans le contournement des laves, des schistes et des houilles qu’ils apprirent à crayonner avec le charbon ces grecques élégantes, cette ^^^M|H^^p”vezidentiquessur variété incroya- ml^SSX^ÙSÊÊ toutes les ancienble d’ornements^^hH^^^k^^^ poteries, du que vous retrou- ;^bH|m|hËPérou jusqu’aux extrémités des Etats-Unis et du Canada, des îles de la Grèce, jusqu’au fond de l’antique Etrurie. Allez au Louvre et comparez toute cette vieille céramique réunie, des quatre coins du monde, aux petites gravures sur bois qui se trouvent dans les pages diverses de l’excellent petit ouvrage de M. Boudant, sur la géologie élémentaire, et vous verrez si j’ai tort ou raison. C’est également ce petit volume qui vous montrera comment les hommes apprirent de la nature à élever le premier téocalli. Examinez par exemplelafîgurequej’emprunte, ainsi que lesdeux précédentesàM. Beudant; c’est celle d’un filon basaltique, terminé en plateau (page 153 du même ouvrage), et dites-moisi ce n’est pas là exactement le profil que présentent, à quelque distance, la plupart des palais pyramidaux del’Amérique centrale, la butte avec le monument élevé au sommet et l’escalier figuré par le filon vertical. Les Cordillères sont hérissées d’une foule de cônes qui ont
— 356 — dû fournir le modèle des monuments antiques. Voyez l’esquisse de la montagne de la Pyramide, à la page 32 de rintéressant ouvrage de M. Elisée Reclus, de la Terre, comparez-le aux premiers tëocalli de la troisième expédition de Dupaix, dans les j4ntiquite’sMexicaines deSaint-Priest etBaradère, et dites-moi ce que vous en pensez. Les éléments de toutes les constructionsantiques se retrouvent, en entier, dans la nature bouleversée, mais embellie, parlant pardesimagesaux yeux émerveillés des populations, à la suite du cataclysme. Dans la figure suivante, tirée du Codex de Dresde, reconnaissez le modèle du vrai téocalli mexicain, à pans droits; ^^ et par-dessus vous c’est l’image d’un ^ voyez une tête hucône soulevé à di- yY&>v_s^ ™^^”^’ ^’^^^ mort, verses reprises, où ^^^iCw ^^^^ ^^”^ ^^ bouvous découvrez le C|jPf\ji^ che, signe du crasigne du feu et de I * | tère, vient de laisla fumée dans la | ser échapper son partie supérieure, >’/.’..”.’.”,?/ dernier soupir.
Tel est le modèle du sanctuaire par excellence, de la pyramide, au sommet de laquelle s’élèvera plus tard l’édicule, demeure et centre du feu sacré qui renouvela le globe. Vous en retrouvez une autre image dans l’étuve souterraine des habitants du Nouveau- Mexique : là, c’est la religion du feu qui couve dans les entrailles de la terre : mais sicefeu est placé en hautdu monument, s’il apparaît à la porte du sanctuaire sur l’autel au double vase, c’est-à-dire ayant la forme de nos sabliers , eh bien ! alors , ce double vase sera l’image du feu volcanique, dont le cratère dominait naguère le vase de l’Océan ; ce sera la religion du feu visible, comme chez les Parsis et chez les anciens Irlandais. La pyramide, son nom l’indique suffisam-
— 357 — ment, c’est l’autel où le feu brûle, au dedans comme au dehors, c’est le téocaîli, c’est-à-dire la chaleur de la voie pétrifiée. La chambre royale qu’elle renferme dans ses fondations n’est pas un tombeau, c’est le foyer souterrain, l’image de celui qui brûla sous la montagne, longtemps avant que d’éclater, et ce chemin étroit, ce puits par où l’on y descendait, c’était le symbole de l’issue que le feu se creusa, pour arriver à se montrer à la cime ou au flanc de la montagne.
Je ne suis ni géologue, ni architecte; mais je crois pouvoir répéter avec raison : Etudiez la géologie et vous comprendrez les merveilles de l’architecture. Les cônes qui se dressent sur les montagnes vous donneront les formes de tous les iumuli; les rochers suspendus, comme par enchantement, les uns au-dessus des autres, dans leNouveau-Mexique et lesMontagnes- Rocheuses, vous expliqueront l’origine des Dolmen et des Menhir; ces colonnades basaltiques que vous admirez dans la grotte des Fromages, à Bertrich-Baden, vous donneront la clef de ces colonnes étranges que renferment les grottes taillées de l’Inde et les belles colonnes de la grotte de Fingal, celle d’une foule d’autres monuments analogues. Toutes ces formes se retrouvent dans les âpres cantons du Nouveau-Mexique, par où passèrent, probablement, les tribus que le trop-plein de lapopulation ou la persécution obligea d’émigrer à l’ouest etau nord des États-Unis, puis de là au nord-est. C’est en nous reportant en arrière, en étudiant la nature des contrées, à travers lesquelles les migrations anciennes dirigèrent leur marche, que nous comprendrons ces monuments bizarres que le voyageur retrouve dans le monde entier : ces monuments étaient à la fois les symboles d’une patrie loin-
— 338 — taine et des prodiges opérés par les volcans, ces dieux des nations primitives.
Ne serait-ce pas encore, en contemplant les assises diverses, projetées parle feuvolcanique dans les soulèvements successifs des montagnes, que les architectes des temps antiques auraient voulu exprimer la puissance de cette redoutable divinité, en construisant les pyramides de Cholollan et de Téotihuacan, dont les masses excitent encore aujourd’hui l’étonnement des voyageurs? Ce qui est certain, c’est que le sanctuaire de Kinich-KakmOy « l’Ara de feu sur l’œil du Soleil, » érigé comme un immense phallus sur sa plate-forme gigantesque à Izamal; c’est que la pyramide du Devin à Uxmal, étaient, l’un et l’autre, des monuments commémoratifs du pic de Turu-Queira, où le feu était ressuscité, comme le phénix, des cendres de son père.
J’achève ce qui concerne l’architecture, en ajoutant que si les cônes volcaniques servirent de modèle aux temples et aux palais, demômeque les cratères de soulèvementetlecontournement des laves avaient inspiré aux artistes de l’âge de bronze, les dessins de la céramique, ce fut dans le travail des mines, en inspectant d’un œilcurieux les merveillesde lacristallisation , que ces artistes apprirent également à copier la nature, pour décorer leurs monuments civils ou religieux.
C’est à la partie minéralogique du même volume de M. Boudantque je vous renvoie. Ouvrez-le, en particulier, à la page 42, et convenez que ces croix, ces rosaces, ces damiers élégants qu’il vous offre, ne sauraient ôtre mieux appropriés qu’à décorer les palais destinés à remplacer les grottes primitives. Allez à Mayapan,àUxmal, àLabnà, parcourez les magnifiques ruines du Yucatan, jetez les yeux sur les restes du beau palais, existant à Huexotla, à quelques lieues de
— 359 — Mexico, et vousdemeurerez convaincu que c’est la nature, encoreune fois, que c’est la nature toujours, qui a inspiré toutes ces belles choses; c’est elle qui ne cesserad’inspirer le génie, tant qu’ilvoudra la prendre pour guide etpour modèle. § 17. A lapyramide dont je viens de vous montrer l’origine,à la pyramide, symbole du volcan et du foyer caché, viennent se joindre naturellement les Stèles, ces colonnes phéniciennes, dont les colonnes, érigées au confluent du Carare et du Magdalena, étaient une des premières représentations. SiKusch en était l’origine, c’est à Kusch, au nombril delà terre, au primitif Me-jci-co, « au nombril , au centre issu du Croissant, » exprimé par ce nom, qu’il faut les chercher.
Kusch est « lecœur et le centre, » qux, dans la langue quichée, c’uœ, « le souffle qui est », qui, après le cataclysme, exista à l’île deTuru-Queira et ensuite à Haïti, au Cibao, le premier, considéré comme le centre de la religion et de l’amour, le second, comme le centre et le cœur de l’or. Movers, se laissant guider, dit M. d’Eckstein (1), par l’analogie des Kiojies (ou Stelai) des colonnes dont parlent les Grecs, avec le mot sémitique Chijun, porte son attention sur le passage du prophète Amos (2) où il est question de ce Chijun^ qu’il compare (non sans raison) à la colonne d’un Héraclès syro-babylonien. Cettecolonne est celle de l’autel du dieu du feu, qui est lui-même une colonne aspirante, soit obélisque, soit pyramide. H a très-certainement son origine dans le souterrain, au lieu de la caverne, de la tombe, du vieux dragon, de l’Ahir (1) Sur les sources de la Cosmog. de Sanchoniathon, pag. 236. (2) Amos, cap. V, v. 26.
— 360— Budhnyah, que nous savons être enroulé autour de la racine de l’arbre du monde, couché dans le fondement humide de toutes les existences. Nous savons qu’il soulève, comme S/iec/ia, les colonnes du ciel et de la terre, ici du nombril de l’Océan, là de l’intérieur delà montagnecentrale. Lesconceptions d’un Atlas et d’un Hérakiôs d’origine céphène s’unissent ici nécessairement. Elles se divisent ultérieurement. Iléraklès figure l’action, leprincipe mobile, leguidede la colonie terrestreetde la coloniemaritime; Atlas est le principe cosmique de la fondation, de l’établissement môme.» Ici M. d’Eckstein a saisi avec sa pénétration ordinaire le caractère de l’Héraklès, de la vague déifiée, de la vague animée, vivante, principe si éminemment mobile, qui fut le guide des colonies sur les eaux des fleuves comme à la surface de l’Océan. Atlas ^ cenom si essentiellement nahuatl et qui se retrouve dans un si grand nombre de mots mexicains, jdtlas est réellement, comme il le dit, le principe cosmique de la fon-dation et de la ruine; car c’est lui, c’est n-tl-az, la vapeur, le gaz, la vie de l’eau, tout ce que ce nom renferme, étymologiquement, de significations diverses, qui ont présidé à la destruction du primitif Aztlan^ de l’arbre, miné par le feu, descendu sous les flots, puis à la formation de la terre nouvelle sortie de l’Océan, dont elle redevint le centre et le nombril, jusqu’à ce que le titre en eût été transféré à Haïti, où il demeura attaché au ^Y^rzo jusqu’à l’époque de Colomb.
Mais avant d’entreprendre définitivement l’examen des colonnes phéniciennes, où l’Atlas joue un des rôles principaux, je crois devoir vous faire connaître quelques détails d’un grand intérêt étymologique et qui pourront s’appliquer plus d’une fois au sujet qui nous occupe. Ils rentrent dans l’étude que Bunsen
— 361 — s’était proposée, en écrivant ses esquisses grammaticales sur l’Egypte, continuées depuis par M. Birch, dans l’édition anglaise de son ouvrage. Seulement, au lieu de commencer avec des mots consonnants, c’està-dire formés d’une voyelle et d’une consonne affixe ou suffixe, je vous parlerai, tout d’abord, des voyelles et du sens profond qu’elles révèlent, à l’origine, dans les langues du groupe mexico-guatémalien. Non que je veuille entreprendre de vous donner ici une leçon d’étymologie, ni chercher à dériver toutes les langues d’une seule, tel n’est pas mon dessein ; je n’ai aucune prétention à cet égard. Je veux seulement vous montrer, par quelques courts exemples, ce qu’il y aurait à gagner, à étudier tant soit peu les étymologies ou les racines de ce groupe intéressant dans l’intérêt des noms scientifiques ou religieux des peuples de l’antiquité, unique langue que je crois pouvoir rattacher entièrement aux langues du groupe mexicain. Dans son essai de comparaison entre l’ancien égyptien et les langues sémitiques, M. Birch établit, comme bases principales de ces langues, les voyelles, «, /, m; je n’en prendrai pas davantage et je les examinerai avec lui. Ces voyelles, dit-il (1), offrent toutes trois le sens d’entrer, d’aller, de venir, bien que u soit la plus ancienne : d’accord avec lui, je découvre le même sens à ces voyelles dans le groupe mexico-guatémalien; mais je vais davantage au fond de la question, et à l’aidedu scalpel américain,je les analyse dans les idées qui en sont composées ou qu’elles expriment,dans leur simplicité,chacune d’ellesm’offrantun substantifcomplet. A, c’est à la fois l’eau, ou lajambe; c’est ensuite l’assimilation à quelque chose, etc., c’est (1) Hieroglyphic Grammar, appendix (A),pag. 747.
— 362 — aussi une exclamation de joie ou d’étonnement. /, c’est la vie, l’activitë, qui entre ou qui sort, en haïtien; c’est l’embryon, le petit-fils de la femme, en quiche; c’est l’action de boire, d’avaler, de faire entrer un liquide, en mexicain. V (prononcez ou) est l’étendue d’une superficie circonscrite, la voie extérieure, c’est comme une forme ronde à laquelle revient l’o, pour le quiche comme pour le mexicain. Si de a et d’/, je fais e, comme n/, en français, je trouve que e a le sens d’une chose poussant en dehors, telle que la dent, la pointe, le signe, la chose possédée, le fil d’un instrument tranchant, en quiche; c’est aussi un mot énonçant pluralité et, en mexicain, lenombre trois, quiest celui des trois premières pointes qui poussèrent à la suite du cataclysme, devenant bientôt des montagnes sur l’île de Turu-Queira. Voilà d’où vient le hiéroglyphe de la lettreE dans l’alphabet de Landa, un des signes d’Isis, le vase aux trois îles.
Combinons maintenant ces différentes voyelles avec les consonnes affixes et suffixes et voyons, par quelques exemples, comment, dans le groupe mexicoguatémalien, chaque consonne, avec l’inflexion merveilleuse qui lui est propre, développe sa puissance, en affectant tour à tour toutes les voyelles auxquelles elle s’affixe ou se suffixe, tout en gardant, au fond, malgré ses nombreuses variations, son sens fondamental. Telle la note tonique, dans la musique, qui reste invariablement la môme au milieu des variations multiples de l’air avec lequel elle a commencé. Ab^ c’est en quiche la respiration, l’eau courante, lehamac, l’année; au, en mexicain, entraîne un sens approximatifdans desmots composés, ^aest la demeure, la taupe, le père, l’ancêtre par excellence, en quiche et en maya, la bouchée, la bave, l’écume.
— 363 — etc. Be, c’est le pas, la marche, le chemin, en quiche et en maya; hue ou ve^ en mexicain, ce qui avance ou grandit. Eb, en maya, est ce qui descend ; c’est en quiche unsignedu pluriel, et eu, signifiecequi est caché, tandis qu’en mexicain, c’est ce quimonte ou qui va s’enlever. Ib, en quiche (en mexicain ihui)\ est cequi remue, ce sont les nerfs ; c’est le fœtus en maya.
Bi, est laparole et lenom en quiche ; ajoutez-y lediminutif X ou sh, et vous avez bîoc (bish), le chant, l’étincelle. Obou 0/7, variante de ab et de ap, est ce qui ouvre ou qui monte; ub onup, le souffle, letuyau.
Bo, bu, c’est l’humide, po, pu, la vapeur, la fumée, et par extension toute chose méphitique, corrompue, puante, etc. Je n’en finirais pas, si j’entreprenais de vous donner ici le tableau de la variété des idées que donnent ces consonnances, suivant l’application des consonnes à droite ou à gauche des voyelles ; mais au besoin, vous en trouverez une partie dans le petit vocabulaire qui se trouve à la suite de ma grammaire quichée, au moins pour ce qui concerne cette langue.
Il est, cependant, une forme que je crois utile de vous amener encore ici, c’est celle qui se combine au moyen de la lettreL et qui est d’autant plus intéressante pour nous, qu’elle paraît donner l’étymologie d’un assez grand nombrede vocables français etlatins.
Je prends, d’abord, al qui donne, en quiche et en maya, tout cequi a quelque poids; parexemple, l’en-fant déjàformé dans le ventre de sa mère ; de là, l’en-fant, en général, le petit de tous les animaux, des oiseaux, et une foule de substantifs et de verbes y ayant rapport, particulièrement avec le sensdu verbe latin alere, etc. El est, en haïtien, le fils, la racine qui pousse; en quiche, ce qui sort en s’élevant; en maya, cequi s’élève en brûlant, comme la flamme ou comme
— 364 — le soleil; en nahuall, e/, exprime l’activité, c’est le foie et quelquefois le cœur. 7/, tout ce qui est crochu, tortu, retourné; toute chose qui revientsurelle-même, par extension, tout ce qui est visible ou qui devient mauvais. O/, ce qui se meut en roulant, le cœur, la vie, etc.; de là, olli, ulli, pour la gomme élastique, pour certaines résines huileuses {oleum, l’huile, en latin, G>.7iv, la matière en grec). De là, en mexicain, ollin, trembler, mouvoir, malin ou îjiolinia, se mouvoir, tourner, s’agiter avec rapidité (d’où mol’mum, ce qui tourne autour, molin-um). Lequiche, toutefois, a conservé d’oZ et à’idun plus grand nombre de composés. Avec b, qui fait bol, il vous donne une chose ronde, une boule, une coupe ronde, etc., eibul, fait bouillir, bouillonner.
Renversez le vocable etvousyavez lob, chosegrande et ronde, toute sorte de fruit; affixez-y le c’ pour ca, être ou ce qui est, et vous trouvez clob, ou bien avec qo, ce qui subsiste, qo-lob, qlob, d’où les mots globe et de plus, club, massue, etc., en anglais. Passons au c, avec o/, jedécouvre col, résine, colle, pelote, chosesuspendue,enquiche : enmaya lechampcultivé, laculture et le verbe labourer, comme le latin colère, etc.; en mexicain ce qui va tortueusement, en serpentant, etc. , d’où Colhuacan. DanscwZ (prononcez cout), la gorge, le col ou le cou, le chant, les verbes couler, coller, oindre, en quiche [colare, en latin). Chol (prononcez tchol), écorcher, écosser, identique avec les mots scholl, shell, etc., de l’Europe : éclabousser, sauter, etc., en mexicain. Hol, dénuder, écorcher; hnl, trou, abîme, profondeur, et par extension, éclat, splendeur, en quiche. Loi, le chant de la cigale, lui, siffler, vociférer, à comparer avec l’anglais lull. Mol, amasser, amollir ; mal, multiplier, augmenter, àcom-
— 365 — parer avec les mots identiques en latin. Nol, sage {nojcere en latin). Pal, remplir, gonfler; pul^ pousser, écumer, bouillir, enflammer, à comparer comme tous les autres au latin et à d’autres langues de l’Europe.
Rol^ scintiller; rul (roui), descendre en roulant. Zol ou sol, tourner sur soicomme le soleil paraît le faire.
Zul ou sul, tourner, salir, souiller. Toi, courber, ôter; tul, découvrir, dénuder, abandonner. Tzol, rendre, traduire, retourner; tzul, entrelacer. Fol, refuser d’obéir, littéralement son propre cœur, sa volonté {vol-untas). Fui, marmotter, gronder. Xol (prononcez shoï), espace, intervalle, mesure; xul (prononcez shouï), descendre, finir, musique. Yol, la vie, oindre, glisser, etc.
À la vue de cette prodigieuse faculté d’analyse etde composition, dont vous ne trouvez l’équivalent dans aucune langue connue de l’ancien monde, on a le droit de s’étonner, au premier abord, que celles du groupe mexico-guatémalien aient pu conserver, durant tant de siècles, cette simplicité primitive, sans s’altérer ni s’éloigner davantage de leur source originelle. Ceci provient évidemment des mêmes causes dont j’ai parlé plus haut. Souvenons-nous, en effet, quechacun des vocables qui semblent en avoir été les types primordiaux, ont été, dès leur berceau, revêtus d’un hiéroglyphe où les initiés de la sagesse antique lisaient à la fois le mythe et la notion sacrée dont il était le voile.
Ce qui manque aujourd’hui, pour que le monde savant puisse se convaincre entièrement que c’est en Amérique etnon dans l’Inde, qu’il faut chercher l’origine de la civilisation et des termes qui en sont la parole et l’écho, ce sont deux ou trois vocabulaires, l’un de la langue maya, auquelon joindrait ce qui reste de
- 366 — l’ancienne langue des Antilies, un autre de la langue quichée et de ses dialectes etun troisième de la langue nahuatl. Le soin de mettre au jour les deux premiers m’avait été confié par la Commission scientifique du Mexique : tous les éléments en sont préparés; mais je suis seul et sans aide aucun pour leur exécution ; je ne suisdonc pas pour lemoment àmêmede m’en occuper, etje ne sauraisabandonner gratuitement le résultat de tant d’années de travaux. Le troisième avait été commencé sous les auspices de la Commission ; il a été depuis abandonné. Il devait consister dans le vocabulaire mexicain-espagnol de Molina, dans lequel on aurait fondu les vocables manquants qui se trouvent dans le vocabulaire espagnol-mexicain. Ce qu’il eût fallu, en outre, c’est la distinction des racines de la langue nahuatl, avecleursens primordial,dont la connaissanceest indispensable pour son intelligence complète et qu’on ne saurait acquérir qu’au moyen des principales langues du groupe mexico-guatémalien. § 18. Je ne saurais trop le répéter. Monsieur, ce n’estqu’enabandonnant la routine suivie depuis deux mille ans , routine qui fait dériver d’Asie toutes les connaissances humaines, que la science arrivera à retrouver le fil d’Ariane perdu dans le labyrinthe des nations. Les termes techniques, expressions des idées religieuses et artistiques dans les langues du groupe indo-persan,ysont aussi éloignésdeleursourcequeles bouches du Nil de leur origine mystérieuse : ce sont des ruisseaux qui ont couru par monts et par vaux, depuis leur point de départ, se rejoignant parfois, se mêlant à d’autres, pour grossir sans doute des fleuves majestueux, mais dont les eaux sont aujourd’hui trop troublesoudont le lit est trop encaissé, pour que vous
— 367 — puissiez découvrir au fond les grains d’or venus de l’Occident. Les languesde cegroupe, les langues indoeuropéennes, puisque tel est lenom qu’on leur donne, se sont mêlées trop souvent avec celles de l’Amérique, et vous ne retrouverez les véritables affinités de leur technologie religieuse, qu’en refaisant d’un bout à l’autre leur arbre généalogique. Reprenez donc tous ces ruisseaux séparément; au lieu de diriger vos regards vers l’Orient, partez de l’Inde et retournez-les vers l’Occident. Quelquefois, en cherchant à découvrir la trace que vous aurez aperçue un instant, vous vous trouverez brusquement arrêté : c’est une pierre qui aura, dans le chemin, fait couler le ruisseau américain à droite ou à gauche. Ne vous découragez pas : continuez patiemment à remonter son cours, et, en arrivant en Europe ou dans l’Afrique septentrionale, vous aurez déjà plus de facilité à vous conduire dans le labyrinthe, les sables d’or se distingueront mieux sur le lit du ruisseau dont l’eau sera moins trouble.
Au rebours de ce qui s’est fait jusqu’aujourd’hui, revenant d’une erreur qui est celle des siècles, et qui n’estimputable à personne, il faut quevous cherchiez à découvrir les origines de la technologie sacrée du sanscrit, de l’arya, du zend ou du pehlvi, ainsi que des langues sémitiques, non l’une dans l’autre, mais dans les débris des langues de Kusch ou de la Scythie, en Egypte, dans les montagnes de l’Atlas, et dans les groupes que j’appellerai latino-européens. Quand vous aurez fait ce travail, vous aurez l’océan Atlantique devant vous. Ne craignez rien. Traversez-le avec M. Onffroy deThoron, d’un côté, avec M. Buschmann, de l’autre, en y mettant un peu de critique, et suivez M. de Charencey ; interrogez tour à tour toutes
— 368 — les langues formelles de rAmérique, depuis le groupe aymara-qquichua jusqu’au groupe mexico-guatémalien; dans le premier, vous découvrirez la plus grande partie des racines religieuses des langues égyptienne et sémitiques, dans le second, la plupart des autres.
Cela dit, je reprends le thème commencé un peu plus haut et qui devient plus facile, grâce à l’analyse des voyelles radicales. Bunsen à la main, j’entre en matière avec le fragment de Philon, où il est question de MwT, dont ce savant croit devoir faire Môkh, nom énigmatique, au sujetduquel lessavants ontbeaucoup discuté, et que le philosophe d’Alexandrie dit avoir été interprété « boue, vase, putridité, venant de l’humidité ou de l’eau, > et commerexpliqueM.Renan(l), « une pourriture résultant^de la décomposition, et qui ne saurait guère désigner une boue féconde, conte-nant les germes de tous les êtres, » ainsi que l’énonce le texte de Philon. Je vais, àmon tour, essayer de vous en donner l’explication, dans le sens des choses américaines. Mo, en langue nahuatl, est le « soi, » l’être par excellence, devenu, selon la langue moderne, l’impersonnel dans les verbes mexicains. Mu, en quiche, est la terre humide, la pourriture, tout ce qui est vermoulu, d’où, dans la même langue, muk, la putréfaction, le champignon et tout ce qui croît humide et chaud, la sépulture enfin, le cadavre et l’abîme. Mok, qui n’est qu’une variante de ces significations, exprime l’amas que fait la pourritureou le travail des vers; c’est un cadavreenseveli,sansson linceulou ses bandelettes.
Ajoutons que mok ^st en même temps le poing et la poignée d’une épée, comme j’ai déjà eu l’occasion de (1) Mémoire sur l’origine et le caractère véritable de l’histoire phéni’ cienne qui porte le nom de Sanchoniathon, pag. 254.
- 369 — le dire, et que mo a également le sens d’un épervier, roiseaud’Horus,la vague ou la surface de la mer. Ainsi qu’en hébreu, mo et mu, en quiche, s’appliquait à la terre en général, comme à la boue primitive, à cemélange putride qui couve sous les eaux d’un marécage.
De là, en maya, moth, se cacher, se tapir au fond de quelque chose, moth ou bien, pour expliquer l’w, mO’Ot ou mo-ut, boue sortant, ot ou ut étant la voie, intérieure, la forme, le moule ou l’instrument qui déchire pour ouvrir {ont en anglais). En quiche, mot signifie mettre en pièces, mut se dit de Tœuf qui éclate et de la douleur qui déchire le cœur, et de ces deux vocables sortent une foule de composés où le français surtout aurait son profit. Vous voyez combien toutes ces idées s’accordent avec le récit mexicain et quiche de la catastrophe finale, oîi les îles, apparaissant aux yeux des hommes, échappés au naufrage, « le soleil, la lune et les étoiles brillèrent, j> exactement comme dans le récit de Sanchoniathon, où « l’œuféclatant, tout en sortit ; et le soleil » et la lune, et les étoiles et les grandes constellations » brillèrent, » suivant la traduction de M. Renan (1).
Mot se retrouve dans un autrenom qui n’a pasdonné moins de tablature aux anciens qu’aux modernes ; je veux parler d’Omorôka, qui rappelle immédiatement celui d’Ojcomoco (oshomoco), Xmukané (shmucsiné) , en languequichée, la terremère et nourricièrepersonnifiée dans Isis, l’Amérique méridionale, dont il a été déjà question plus d’une fois. Ce nom, selon Bunsen, estd’accord, danssoninterprétation, avecle sensqu’en donne l’arménien moderne, oùAm-arqâ ou Om-orgô, signifie la terre-mère ou la mère de la terre. Ouvrons (l)Mémoire sur Vorigine de Vhist. phénicienne, etc. pag. 275,
-^ 370 — maintenant le vocabulaire mexicain, changeons les r Qnjr et nous découvrons aussitôt Omoyoco, « le lieu de la surface centrale des deux > ou 4 de la voie centrale de Vom, > c’est-à-direde l’Arbremystique, cequi marche parfaitement d’accord avec le reste, le Hom ou VOmeyocan étant le lieu des trois, le paradis terrestre des Mexicains, suivant l’interprète de la Copie Vaticane. En quiche Omoroco, sans aspiration, nous donne « l’oiseau perceur brillant sur l’eau, om-or-oco »/ avec l’aspiration, hom-ovo-co^ « l’Arbre (la terre du Croissant)percéed’unegorge, d’une voie. > Continuons avec Philondontje ne prendsque quelquesnoms; carl’ensemble de ses textesm’entraînerait au delà de mes limites, etje le réserve pour une autre occasion. De Ru-ah^ par exemple, on a raison de faire l’esprit, pneuma, selon le quiche : il peut venir également de ro,rUj ronfler, résonner, etc., et dea^, celui qui a, le possesseur, la canneou le volcan, cequi ferait donc celui du ronflement ou le ronfleur; il pourrait venir également de ru-ab, ronflement du souffle ou de l’eau, ou de r’u-ab, la voie du souffle. Suivant la traduction de M. Renan (1) : « Il y avait aussi desêtres » vivants privés de sentiment, et de ces êtres vivants > naquirent des êtres intelligents et on les appela » Zophésamin. » D’après ce que nous avons vu ensemble des régions échappées à la catastrophe ou des îles qui surgirent ensuite, il y a tout lieu de croire que ces régions étaient elles-mêmes les êtres vivants, mais privés de raison ; et que les intelligents furent précisément ceux qui en firent leur ancre de salut, appelés avec raison « les observateurs des cieux >, Zophésamin j car ce furent eux qui instituèrent le (1) Mémoire sur l’origine de Vhiit. phénie. etc. pag. 275.
T- 371 — calendrier et qui se donnèrent, comme aux grandes Antilles, le nom de soutiens du ciel. » aDansla quatrième cosmogonie,continue l’écrivain » grec (1), Oulom et Kadmon (Alom, Qaholom, dans » le quiche, ceuxquiengendrentet qui donnent l’être) » engendrèrent des fils qui s’appelèrentLumière, Feu. » et Flamme, et ceux-ci inventèrent l’usage du feu, » en frottant l’un contre l’autre deux morceaux de » bois. » Ai-je besoin devons expliquer encore le sens de ces paroles? VOuIum, où vous retrouvez l’wleuk quiche, le luum maya, la terre (u-lum, ou bien ii-luum, sa terre), le Kadmon, l’avide, l’engioutisseur frappant, coupant, brûlant, qatmun, suivant le quiche, sont les pères du genre humain ; car la vague, la mer personnifiée dans Kadmon, rompt, brise la terre primitive et devient ainsi le créateur de la nouvelle; c’est ce que disent exactement les noms correspondants du Popol-Vuh, « Olom, Qah-olom, l’engendreur et celui qui déchire Fengendreur. » Ils sont les pères de la Lumière, du Feu et de la Flamme, ce que nous n’avons vu que trop déjà dans les pages précédentes, de même que le frottement des deux morceaux de bois par ces génies de la terre, qui paraissent si souvent dans les peintures mexicaines.
Quant à leurs noms, en phénicien ou en hébreu, vous en aurez l’explication, dès que vous voudrez vous donner la peine de la chercher; ils existent, ainsi que tous les autres , dans les vocabulaires du groupe mexico-guatémalien. « Et ils eurent des fils, poursuit » l’écrivain d’Alexandrie , qui s’appelèrent Kaseh , » Lebanon, Siryon et Thabor, et ils étaient des géants » sur la terre, » c’est-à-dire les géants des îles, des (1) Ibidj pag. 276.
- 372 — grandes Antilles, avec lesquelles ces quatre noms s’identifient, après avoir personnifié probablement les pics les plus élevés de l’île de Turu-Queira. Suivant le quiche, le premier, Kaz-eh signifierait « le Vivificateur » ; le second Leb-an-oji, « celui qui se lève rapide et rouge », le troisième, Siryon, « qui se lève solitaire dans un cercle », nom qui rappelle celui de Soraia ou de terre du soir que donne à Cuba la tradition haïtienne. Dans Thabor, enfin, je trouve < la terre du percement », ou « le chefdu travail minier », tha-bor, etc. Tout le reste du texte de cette cosmogonie suit à l’avenant; Oiiso vous donne u-ço, en mexicain « la voie de la déchirure ». C’est lui qui invente les vêtements de peau et les navires, afin de pouvoir naviguer sur cette déchirure immense , et Siton, < la chaleur de la déchirure, » rappelle la plupart des mythes dont je vous ai donné précédemment l’exphcation. § 19. Arrivons aux deux colonnes, aux deux piliers de l’Hercule phénicien, dont le nomffamunimn donné lieu à Movers de faire de si savants travaux. -S’^mw/i/w, cemotdanslequel onavu, ce semble, au premier abord, un pilier, selon l’hébreu ou le phénicien, trouve une étymologieanalogue dans la langue quichée : en effet, ha-mun vient d’abord de ha, qui est alternativement l’eau ou la maison, la demeure, et de mun\ serviteur, esclave, gourmand, engloutisseur; il signifie donc à la fois « le serviteur ou l’engloutisseur de l’eau ou dela demeure, » idéesqui répondent toutes à rOcéan engloutissant la demeure, la terre primitive, ou à la vague, esclave, serviteur et maître de cet océan, Tezcatlipoca, la divinitéterrible avec laquelle, ainsi que vous l’avez vu, s’identifient Hercule aussi
— 373 — bien qu’Horus. UaLisha-mori a demême que ha-menou amen, en quiche et en maya, le sens de fondateur, de pilier, dé fondement de lamaisonou de l’eau, sens qui correspondent à l’idée phénicienne, en même temps qu’à Vamenti des Egyptiens. J’ajouterai maintenant que Je suffixe im, pluriel antique en quiche, comme en hébreu, signifie radicalement les deux tétons, d’où ridée plurielle, et qu’il fait allusion à deux pics en forme de tétons, existant sans doute à la Guadeloupe ou aux volcans des petites Antilles, apparaissant aur dessus de VHamun, c’est-à-dire du fondement des colonnes de l’eau.
Je continue avec l’explication de quelques autres noms également intéressants. Ainsi Khusor, que vous traduisez par « l’ouvrier, l’artiste», se traduirait du quiche qut’z-or, « celui qui perce le dur, le noyau de la pierre », ou de qux-or (cush-or), « qui perce le cœur, le noyau » de la terre, ce qui correspond à l’ouvrier mineur, tailleur de pierre, etc. Caiii ou qa-yin me donne « celui qui ajoute à ses deux mains, celui qui instrumente, qui outille avec ses mains. » Tubal répond grammaticalement aux mots « constructeur de maisons avec des pierres, » du mot tuh, lamineou la carrière, composé de u, la surface ronde, faisant ub, souffle intérieur, sarbacane, tube, puis avec ti, préposition contractée en t\ faisant/w^, dans le tube, dans le trou ; de là tuhuha, fairesauter les pierres avec un instrument, etc. Je doute qu’aucune autre langue au monde vous donne des étymologies aussi complètes. Prenons encore, en passant, les Beihyles (beytil) ,queM.Renantraduitpar pierres vivantes, lalangue quichée me donne encore be-ît-il, chemin ou voie de ce qui vit ou remue, en tournant ou bien en sortant, si vous mettez el pour il, nom parfaitement appliqué
-__ 374 – aux pierres vivantes, c’est-à-dire aux volcans de Turu-Queira ou des autres îles. Un autre nom qui n*est pas moins curieuxdans le môme sens, c’est celui de Belzébub, le dieu des mouches, selon sa traduction de riiëbreu, mais qui, dans le quiche signifie le t che-min sortant tortueux du volcan ou du tuyau, » et en maya, le « chemin sortant rapide des mamelons, » be-el-zeb-ub. Jetez les yeuxsur les planches 3 et 10du Co” dexBorgia, et voyez avec quelle facilité on a pu alternativement fairede ces gaz, sortant desfumerolles, soit desmouches, soit des diablotins, enportant lesregards sur un document analogue. Quant à Cjdik, père des Cabires, dont il a été déjà question, son nom se présente on ne peut plus à propospourconfirmer le reste. 11 est composé de c/, si^ co ou su, la déchirure, et de tic, au centre (de ti-c6), devenu plus tard un suffixe exprimant la qualification et la forme adjective, identique avec notre îque; de là tous les suffixes en ique ou icus, connus en français comme en latin. Pource qui concerne les Cabires, je vous renvoie à ce que j’ai dit plus haut.
Afin de ne pas m’étendre plus longuement sur une matière dontje neveuxvous entretenirqu’en passant, et pour vous donner une simple idée de l’utilité des langues américaines, dans l’ordre de l’histoire et de la linguistique générales, je vais clore cette longue lettre avec quelques explications rapides, relatives aux principales divinités des cosmogonies phéniciennes et aux origines de l’alphabet. C’est ainsi que lao ou Yao, dontBunsen a fait la matière d’une note fort importante, n’est autre chose que le dieu mexicain Yao ou Yaotl^ le dieu de la guerre, sous certains aspects, la guerre môme, comme l’exprime son nom, ou plutôt « la voie, la surfacede l’eau », la vague
— 375 ^ furieuse, ainsi que j’ai eu le plaisir devous le démontrer plus haut, à propos du dieu TezcatUpoca. C’est Indra, cet « Indra au beau nez », dont il est si souvent question dans le Véda, etdont le nez apparaît toujours d’une longueur si démesurée, ainsi que sa lèvre inférieure, dans les peintures mexicaines. Tel est le sens de lao ou Yau, ainsi que l’écrit Clément d’Alexandrie, identique avec la-be^ selon l’orthographe samaritaine qui correspond ici à l’orthographe de la langue quichée, ia-be, marche ou voie de l’eau, comme ja-o en mexicain, lequel signifie encore la surface en marche.
Les herubim, phéniciens, kerubim en hébreu, appartiennent à la même langue : ils y expriment exactement le sens que leur donne la tradition sacrée de « flammes tournantes », et Bunsen a deviné juste en les identifiant avec des volcans, existantà l’ouest de la terre, que la puissance divine avait à jamais dérobée aux regards des hommes, en l’abîmant au fond des flots. C’étaient bien des volcans ; car her-ub-im, suivant la première orthographe, signifie « les tétons (les sommets) des tubes (ou volcans) enflammés », et ker-ub-im, « les sommets des volcans tournoyant. » Ces volcans. Monsieur, sont ceux de la Guadeloupe ou des autres petites Antilles, allumés à la suite de la catastrophe et dont les serpents de feu ou de fumée devinrent les premiers symboles parlants, les premiers signes de l’alphabet. Quetzal-Coatl, Tant, Hermès, Cadmus, tous hommes fameux, ces instituteurs de la civilisation etdes arts, cesinventeurs des lettres, ne font qu’un avec les petites Antillesoù les hommes reçurentleurs premiers enseignements, avec les grandesîlesoùcesenseignementsseperfectionnèrent,avant laséparationdesnations et des familles de nations. .
— 376 ~ C’est sur l’arête du grand serpent Gpactli, sur le dos du crocodile, c’est en CoUmacan, sur ce serpentement de pays ou sur ce pays serpenté, accidenté de montagnes, ainsi que le dit son nom, que les hommes apprirent à lire dans la nature et à rendre leurs pensées par des symboles. Voilà pourquoi l’invention des lettres de l’alphabet phénicien, suivant Philon (i), est mêlée avec l’idée du serpent, c ce reptile par ses mouvements étant le prototype des différentes for-mes M des caractères. A première vue, ces serpents expriment l’idée de l’eau, de la fumée ou du feu, serpentant tortueux à la surface de la terreou au firmament, tels que les peintures nous les montrent ; c’est ainsi que le signe du langage est rendu par une languette alternativement rouge, blanche ou jaune, suivant qu’elle exprime encore le feu, le gaz ou la flamme.Vouspouvez lesvoirfréquemmentfigurésainsi dans les documentsmexicains. Dans leMS. Troano et le Codex de Dresde, des espèces de plumes aux couleurs de terre d’ombre pâle,comme le feuillagedu w/jsqidtl (acacia mexicain), analogue à celui du sapin, sert àrendreencore l’idéedesgaz etdesvapeurs, et certains gaz sojit exprimés même avec les couleurs qui leur sont propres. L’abeille, ainsi que la fourmi, présente des traits analogues, et exprime en outre, comme celle-ci, le travail dans les mines d’or. Le grand instructeur des peuples, ce fut donc, je le répèto, la nature elle-même dans ses merveilles, et Ta-ut, « la terre dehors » ou Ta-aut, « la terre hors de l’eau, » Tet, « celui qui fait des signes ou « qui est sur le signe, > suivant la langue quichée, c’est lui, c’est la (1) Conf. BunseO; Egypl’s place in universal history, vol. IV, pag. 288.
— 311 — nature, dans ses éléments divers, qui inventa les arts dans les grottes creusées sous les grandes stèles, c’est-à-dire dans les montagnes des Antilles, aux nobles silhouettes, découpées en serpents. « Toutes ces » choses, continue Philon, au sujet des lettres phé- » niciennes(l), furent le résultat des doctrines de » Taaut, et achevèrent de former le philosophème » de la nature, tel qu’il est actuellement devant » nos yeux. Les lettres sont ces choses formées au » moyen de serpents. Lorsque ensuite ils bâtirent » des temples, ils leur assignèrent une place dans le » lieu saint, en instituant différentes cérémonies et » solennités en leur honneur, comme aux dieux su- » prêmes, anx régulateurs de l’univers. » S’appuyant sur ces données. Bunsen remarque que les formes courbées de différentes manières furent l’origine des premières lettres, ajoutant que chaque lettre est,enmême temps, l’initiale desnomsdes dieux renfermésdans le hiéroglyphe de la lettre. Movers se fonde sur les mêmes notions, pour prouver que les vingt-deux lettres de l’alphabet phénicien représentent, selon leur ordre, les vingt-deux principales divinités, ce que Bunsen combat pour différentes raisons. Sans vouloir établir, en ce moment, une comparaison complète entre les caractères phéniciens, hébreux ou égyptiens, et ceux du calendrier maya, conservé par Landa, j’ai raison toutefois de vous assurer que cette comparaison peut se faire aisément et que les caractères mayas donnent plus d’une fois l’explication des autres. C’est là seulement qu’on trouve les signes primordiaux, enseignés par Taaut, c’est-à-dire par la nature, au sortir des catastrophes (i) Philon., etc., ap. Bunsen, Egypt’s place, etc. pag. 289.
— 378 – du cataclysme. Les premiers sont les vingt signes des jours mayas ou mexicains: ils sont les symboles d’autant de phénomènes, identifiés d’abord avec les lieux où jls s’accomplirent, avec les montagnes, dont les arêtes se soulevèrent, semblables à des serpents, aux yeux des populations émerveillées, et dont chacune se personnifia ensuite avec chacun des vingt héros ou dieux que les traditions- mettent à la tète de la civilisation américaine. Les vingt-sept caractères de l’alphabet donnent des résultats analogues et se retrouvent en grande partie dans les signes des jours.
Je veux vous en citer quelques-.uns en exemple.
A^ où Bunsen découvre El et Adoni^ traduit par lui le Fort^ le SeigJieur^ le Puissant (1), est représenté dans mon alphabet par trois caractères différents. Le premier ^^ , que je vous ai fait connaître comme le signe C^ du Croissant, le Manik, légèrement modifié, vous offre à sa surface une tache noirequi paraîtôtre celle du volcan de la Lune, Metztli, et plus bas un autre signe plus considérablequeje crois être celui du grand volcan de Nanahuatl. Le caractère entier est donc le symbole de Quetzal-CoaU, de la terre engloutie sous les flots; il est par conséquent celui d’Osiris et àAdoni ou Adonis^ dont les femmes syriennes pleuraient lamort; toutefois, cequ’il a de particulier, c’est que la traduction du motAdont, d’après le groupe des langues mexico-guatémaliennes, offre diverses idées toutes en rapport avec l’idée principale, mais surtout avec le dieu ressuscité, la terre sortie de l’eau. A-don-iy a-dan-i, d’après l’antique haïtien, signifie « celui qui possède ou qui est le maître de la terre sèche de la vie; » A-ton-i^ en mexicain, « qui boit (1) Egypt’splace in universal hvstory, vol. IV, pag. 290 et suiv.
— 379 — la chaleur de l’eau; » et A-ton-i, en quiche, « l’Eau battant le Petit-Fils ou l’Embryon. » Ce petit-fils, cet embryon, c’est celui du grand Arbre, vous le savez déjà, c’est le volcan, reparaissant à la surface deseaux avec le véritable Seigneur des populations sauvées du naufrage, le véritable El, « celui qui sort en s’élevant à l’horizon », soleil ou volcan. C’est lui que vous retrouvez dans le second A de l’alphabet maya, assezmal reproduit par Landa f^^SPi > “^ais qui représenteune tête d’épervier, sym-W^ bole d’Horus ou de lavague, dont l’œil est précisément legrand volcan, environné des points qui indiquent les autres. Le troisièmeA enfin, dans l’alphabet maya, est une sorte de botte, jambe ou patte, qui paraît identique avec le signe donné pour le mois Tititl, dans la planche hiéroglyphique, reproduite, ainsi que je vous l’ai dit plus haut, par M. le général Doutrelaine (1). Le commentateur anonyme de ce monument curieux n’écrivait donc rien à tort, quoi qu’en disent nos Archives de la Commission, et tout ce qu’il a écrit, est la preuve qu’il était parfaitement initié aux antiques mystères de son pays. Cette jambe, en effet, est une patte de sarigue ou de lapin, hiéroglyphe de la terre engloutie, que notre honorable collègue a pris pour une bourse, d’après l’idée que semble en donner Sahagun. Tititl ou fiti-tl, «la vitalité dans le ventre, » c’est-à-dire la vitalité centrale, se rapportait à cette vitalité qui animalaterre, avant et aprèsle cataclysme, dont les eaux sont signifiées par la tête d’animal, chat, tigre ou chacal, qui surmonte la patte en question.
Le signe hébraïque, correspondant au caractère phé- (1) Rapport sur le MS. Mex. de la Coll. Boian, dans les Archives de la Comm. scient. duMexique, tom. III, pag. i27-128.
- 380 — nicien, d’aprèsBunsen, est Jleph, k, le taureau, figuré par une tête avec des cornes, symbole à la fois dlsis et d’Osiris, comme de la terre du Croissant.
Bj a, signe de Bêth-el, maison du Fort, s’interprér terait d’après le quiche, par c qui sort en déchirant sa voie « Bë-it-îl ou Bet-u-cl, « chemin de l’oiseau sortant », ou encore « chemin de ce qui sort en déchirant, en ouvrant, d’où het, déchirer, ouvrir violemment, identique avec le mexicain ;?e/. Dans l’alphabet maya il est exprimé par le signe /rrr» , qui vous présente la voie indiquée par deux vlSV lignes verticales et la trace du pied, symbole du feu montant d’en bas. /?, le n hébraïque qui fait Daleth ou Dagouy rendu par un poisson ou par une femme au corps de poisson, suivant les auteurs cités par Bunsen, exprime l’idée de la pêche et de l’agriculture, sans que ni les uns ni les autres parviennent à se rendre compte du fondement de ces idées. Mais il se découvre dans le sens que le groupe mexico-guatémalien lui assigne.Da ouDan, comme vous l’avez vu, c’estla terre sèche, le poisson qui apparaît sur l’eaucomme les îles après le cataclysme, identique avec le serpent Taauty c’est-à-dire avec ce groupe d’îles figuré comme un serpent cO , où l’agriculture et la pêche constituèrent immédiatement l’alimentation des nouveaux habitants. C’est là ce fameux Citlal-Xonecuilli des Mexicains, « le contourné ou le crochet de pointes sur la base des terres de la Déchirure» les sept étoiles du chariot, où Ma-Dan-Inô joue précisément le rôle de la déesse poisson, de la Derketo phénicienne, dont le nom, suivant la signification quichée, se rapporte encore à la prostitution la plus effrénée (Ter-que-to, qui suit l’anus du patient). Le d n’existant pas dans la langue maya, le t outh^ qui le remplace, se trouve
— 381 — exprimé par le signe ^j*. , qui est celui de la localitéqui s’élève.Quant p ^ au son Z?^ZeZ^ phénicien, la porte, il concerne- ^<û-/ rait ici la portedel’Océan ou de la terre, également signifiéepar les îles élevées, tellesqu’une barrière,entrel’un et l’autre élément. H^ rendu par Ha-t-el, le ténébreux, l’invisible, le Hadès, est entièrement d’accord avec le caractère^de l’alphabet maya; ha, l’eau; et avec le quiche Art, signifiant à la fois l’eau et la demeure, la maison ; t’el exprime l’action de sortir et tel est l’épaule, les reins. Ha-t-el serait ainsi le fond ou l’issue de l’eau, l’abîme, le Hadès où le Croissant est enseveli, leH étant représenté par le signe OC\ qui semble être un paquet prètàètreemporté. 1^3^ V, dont l’alphabet fait vu ou’yrt/7î,lamer, est si/^ représenté par un crochet conforme au second u maya gv ; signifiant un crochet!,un collier,une attache < en langue quichée, d’oùlepronompossessif,mon { et son. Remarquez d’ailleurs que vau, dans la même langue, et vah en maya ont également le sens d’accrocher, de clouer, d’attacher; vam, en outre, est « ma ou sa gloutonne, ma ou sagourmande, mon ou son araignée », c’est-àdirel’abîmedel’Océan,commeje l’ai expliqué ailleurs.
Le CouKh, 3, signe de Kabarow. Cahir, est identique avec le quiche et le maya, comme vous l’avez vu plus haut. Il estsymbolisédans l’alphabet deLanda par le caractère , sorte de Croissant, dentelé de sept pointes, E qu’on ne saurait rapporterqu’au nombre des sept ^ Cabiresouvolcans.ilestprobable qu’il représente, à la fois, le verbe substantif, être, identique dans la plupart des langues du groupe, primitif de cama ou camac, bouche en nahuatl, les îles étant comme la mâchoire du caïman Cipacili, la
— 382 — porte et la bouche dt) l’Océan. A son tour, la lettre Z, rendue par Lilith, en phénicien, c’est-à-dire la nuit, ou bien « ce qui s’étend tout autour », a pour correspondant en quiche //, s’étendre doucement comme un liquide, d’où lila, arroser, en langue maya. Dans cette langue, deux caractères différents indiquent la lettre /y le premier ressemble souvent à un animal couché, analogue à un lapin, sur lequel se montrent des traits, rappelant sans doute les volcans qui éclatèrent sur le grand lapin du Croissant. Le second est une image qui parfois ressemble au Tecpatl ou silex, signe dujetvolcanique ; mais d’autres fois il consiste en une simple ligne contournée, semblable à une fronde, tantôt fermée, tantôt ouverte et armée d’une pierre prête à être lancée; ailleurs, la fronde devient presque un serpent dont les mouvements rappellent tout ce que Philon dit de l’origine des caractères ^^30 • Cette fronde, exprimée par le mot ely est ^^53 1^ symbole de l’eau s’étendant autour des deux méditerranées américaines, en les creusant et devenant en dernier lieu l’un des deux vases dont il est question plus haut.
Pour terminer cet examen, déjà plus étendu queje n’eusse voulu le faire, je n’ajouterai plus que les deux lettresN et P, qui offrent un grand intérêt. La première qui vient se prononcer Nun^ poisson, a pour correspondant, dans le groupe mexico-guatémalien, le mot nun ou non qui signifie muet (tel le poisson) et pour signe le ^ , debout comme un serpent et qui paraît fort^ souvent identique avec l’C^rœwj.
Ainsiquejevous l’indique un peu plus haut, ce signe est celui de Colhua-can, c’est-à-dire « des Régions formant uneCourbe », ou des petites Antilles; sous cet aspect, il se rapporte donc directement aux poissons
— 383 — qui en étaient les images et qui avaient précisément pour divinité principale l’Aphrodite mexicaine, dont les attributs se retrouvent dans le nom de nan, de nen^ vulve, en nahuatl, comme dans les expressions nen et nin du quiche, allusives aux amours et à la lubricité. C’est surtout sous ce point de vue que la lettreN du groupe mexico-guatémalien correspond auxdeux autres noms, identifiés avec cette lettre par les commentateurs de l’alphabet )\iémciQn,Namaun eiN’hamah (Nahamah), Grâce et Aphrodite. En effet, le premier se traduirait du quiche par « le Premier Amour du phallus», ne-ma-un, le second par «la première demeure de la Puissance (jie-ha-mah), le centre, le nœudde la nation » {nak-amag) , ou bien « le Centre ou le Foyerobscènede la canne » {nah-amah). Ces interprétations, auxquellesjepourrais encore en ajouter d’autres analogues, répondent toutes, on ne peut mieux,commevous le voyez, augroupe des petites Antilles, mais surtout au massifvolcanique de Turu-Queira, où la religion de l’amour eut son berceau, à l’origine même du renouvellement du monde. Le signe qui représente le caractèreN dans l’alphabet maya a d’ailleursun rapport frappant avec le caractère phénicien h, à l’extrémité inférieure duquel on distingue même un petit cône, souvenir peut-être de l’île dont le volcan avait donné lieu à tant de mythes. J’observerai encore à ce sujet que ce hiéroglyphe, en tant que symbole de la vie, se personnifiait dans Quetzal-Coatl, le Serpent-Dressé, XUrœus, le symbole de la royauté chez les Egyptiens comme il l’était au Mexique, où vous le remarquerez plus d’une fois, formant la partie supérieure du bâton royal ou sacerdotal, semblable au haut de la crosse de nos évêques. De là le sens profond du
- 384 — mot quiche et maya nab, premier, principal, chef, sacré, saint, oint, bon, doux, enchanteur, merveilleux, nab, ce qui est en avant, aigu, qui domine, qui se montre au-dessus, nib, ce qui est précieux, brillant, jaunecommede l’or, pointu, qui s’élève et qui s’accumule, etc., tous sens qui vont parfaitement ensemble et où vous retrouvez l’origine de plus d’un mot égyptien. C’est qu’en effet tous s’appliquent on ne peut mieux à ce serpent d’îles et demontagnes,merveilleux dans leur apparition, le salut de tous, le berceau et la sourcede la vie, les premières terres en avant vers l’abîme, les dernières en venant de la terre ferme vers rOcéan.
La lettre P, dans Patah ou Ptâh, celui qui ouvre, est représentée en hébreu parune bouche ouverte s.
Dans le groupe des langues mexico-guatémaliennes, pa signifie « à, sur, dans, » avec le sens primitif de planter, ficher, etc., comme, par exemple, a-pa ou a-pan ^dansousur l’eau, mot,devenu l’eau seulement, en sanscrit. Enmaya,/?^^, c’est ouvrir, découvrir, déclarer, rendre clair et manifeste, d’où patah, « celui qui ouvre, qui déclare, » exactement comme en hébreu et en phénicien. En quiche, pat a un sens plus éloigné, mais analogue ; il veut dire étendre des lacs, prendre la bête fauve ou l’oiseau, le faire yo\T\ patah, imposer, déclarer un tribut; en nahuatl/7fl/, primitif inusité de patla, élargir, étendre, faire voir, etc., et de /7rt</rt/?/, voler, se manifester dans l’air. Dans Bun-sen, l’explication duP est suivie du senspeh, bouche (ouverte), dont l’analogue se retrouve dans le nahuatl pe, rompre pour sortir, d’où/7e^«ûf, vaincre, conquérir, renverser, commencer, et pe, venir, en quiche, opposé à be, aller. Toutes ces idées sont exprimées dans le maya, par le double pp ou le p explosif, re-
- 383— présenté par le signe rrp. , qui vous montre une tête sans œil, ou bien La 1 dont l’œil se trouve entre les deux lignes ^*^ verticales du centre, symbole du chemin qui s’ouvre par la force. Les lèvres, au contraire du signe hébraïque, sont fermées hermétiquement, pour montrer qu’ellesne s’ouvrirontque par la violence, comme l’exprime le son de la lettre/?/?^, soit que le Patak, l’ouvreur, désigne le feu, s’ouvrant un passage dans la terre, soit qu’il désigne lavague, rompant le sol ducontinent, soit lesdeux réunis dans la vapeur où Tezcatlipoca s’identifie avec le bûcher de Nanahuatl, Hercule avec Bacchus.
Ces exemples suffisent, je pense, pour vous faire comprendre toute l’importance étymologique et historique des langues du groupe mexico-guatémalien et la nécessité pour les savants d’en approfondir les origines. Car, s’il est vrai, ainsi que l’énonce Philon, que le serpent soit le Taautf le symbole primitif, le signe du premier alphabet, ce serpent, vous en avez l’explication complète dans les sept îles, berceaux de la civilisation etdes arts, dont l’ensemble donne l’image du premier Taaut, du premier serpent, de même que chacune a fourni l’élément d’un des hiéroglyphes primordiaux. J’ajouterai même ici une coïncidence qui n’est pas à dédaignerau milieu de tant d’autres témoignages, c’est que s’il est vrai, comme l’énonce Bun-sen (1), qu’après l’invention des premières lettres, trois autres auraient été ajoutées parÀram, eh bien !
Monsieur, ces trois pourraient bien être les hiéroglyphes des troisgrandes Antilles, survivant au naufrage; car c’estprécisémentvers les rivages où abordèrent en-suite lestribus émigrées deMadan-Inô, que setrouvait (1) EgypVsplace in universel history^ vol, IV, page277.
— 386 – la province portant le nom hébraïque ^‘Aram-Ana, € la Fleur d’Aram, » située au sud-ouest de Haïti (1). § 20. Bien qu’ayant une origine commune et un berceau commun, l’alphabet, de môme que la langue issue du cataclysme, paraît avoir suivi la marche de la religion et s’être scindé, dès son berceau, en deux brancheségalementopposées.Lescaractères,conservés par Landa, les signes nombreux contenus dans leManuscrit Troano, dans le Manuscrit Mexicain^ n** 2, de laBibliothèque impérialeet dans le Codex mexicainde Dresde, offrent bien certainement leséléments les plus anciens sur lesquels les autres alphabets furentfondés, en ce sens que c’est là seulement que se retrouvent les esquisses géographiquesqui leur ont servi de base. Les signesde l’écriture figurativedu Mexique, proprement dite, et les hiéroglyphes égyptiens sont ceux qui s’en rapprochent davantage. Au second rang viennent les caractères runiques, auxquels sont apparentés de fort près les caractères, dits cunéiformes, et dont les traces se retrouvent dans l’alphabet maya, plus complètement qu’on ne pourrait se l’imaginer, au premier abord. Toutes les notions que je possède me conduisent à conclure que ces deux écritures, c’est-àdire la runique et la cunéiforme, sont sœurs et qu’elles doivent, ainsi que les langues dont elles sont l’expression figurée, avoir suivi la même route, au sortir du berceau primitif. Rappelez-vous, je vous prie,que lagrande famille des Scythes, dont lesMèdes paraissent avoir été une branche considérable, tenaient pour un de leurs principaux symboles une flèche ou un épieu, celui-ci, signe du cône volcanique, (0 Petr. Martyr, de rébus Océan, decad. III, lib. vu, pag. 2S5.
— 387— qu’on retrouve dans le nom de Huilzil-Opochtli, cellelà signe du feu qui en éclatait. Tel l’épieu du Mars des Romains,au Quirinal ; telle la lance des Germains qui, ainsi que l’épieu, était tour à tour l’arme delà guerre, de la chasse ou du travail. C’est cette dernière idée qui se retrouve dans le nom d’JIj’per-Boréens donné simultanément aux Scythes, le mot bor, travail ou servage, homme du domaine dans lalanguehaïtienne, identifiant, ainsi que je vous l’ai déjà fait voir, la notion du travail des mines et des pierres précieuses, bor, trouer, percer, forer, en quiche, avec plusieurs régions septentrionales du monde européen, dont le nom se reconnaît encore aujourd’hui dans ceux de la Prusse(Borussia) etdeBrousse, enAsieMineure. Jbor, identique avec Jbarîs, le fameux prophète hyperboréen, signifie, dans la même langue, « le Maître ou le Seigneur des hommes du domaine. » Or, c’est là un nom auquel on peut rattacher, sous beaucoup de rapports, celui des Abares ou Avares, et par opposition celui des Boréens, Bar, Vor, Var, Barbar, Bur, en suivant l’idée qu’en donne M. d’Eckstein, dans son travail sur les Gares (1), qui auraient été tour à tour les rivaux, les maîtres et les esclaves des Boréens, prédécesseurs américains des Boréens d’Europe ou Hyper-Boréens dont Abor ou Abaris était la personnification par excellence. Geux-ci, de leur côté, auraient été les représentants primitifs de la grande famille scythique {scyih ou seth), adorateurs de la lumière, unie à la vague victorieuse dont Tonatiuh, nuance de Tezcatlipoca, était l’expression en Amérique, comme Apollon en Grèce, était lanuance d’Her- (1) Les Gares ou Cariens de l’Antiquilé, Extr.de la Revue Archéologique, ipart. II, § 13.
- 388 – cule. Les Hyper-Boréens , esclaves d’abord de la race brune ou rouge, ensuite ses maîtres, mais en lutte continue avec elle, se retrouveraient, peut-être, en Europe et ensuite en Asie, dans la Diti que M. d’Eckstein présente comme le symbole de la race aryenne, par opposition h Aditi, l’Amërique méridionale, bien que Biti, TU ou J/V/, selon le quiche, paraisse identique avec Xpiyacoc, image du golfe du Mexique et de toutes les contrées de l’Amérique du Nord.
D’après des aperçus que l’ensemble de toutes ces traditions laisse entrevoir, les premiers Gares ne seraientque des métis, issusdu mélangedesraceséchappées au cataclysme sur les Antilles. Leur vie aventureuse et leurs expéditions lointaines sur la mer, leurs habitudes de piraterie, leurs mœurs désordonnées, s’expliqueraient alors, jusqu’àun certain point, parle fait de leur naissance. De là, peut-être encore, la disparition complète des Gares de l’antiquité, après avoir été, pendant plusieurs siècles, les maîtres de la Méditerranée. Quant auxBoréens, c’est par l’Amérique du Nord qu’ils durent gagner les contrées septentrionales de l’Europe, d’où les Hyper-Boréens s’étendirent sur les vastes régions, désignées depuis sous le nom de Scythie, à l’est jusqu’aux confins de l’Asie, etau Midi, jusqu’aux bouchesduDon^ Tan ou Tandis des anciens, d’où ils auraient occupé tous les contours de la mer Noire. Greuzer (1) avait déjà cru reconnaître qu’Abaris pouvait être un Druide du Nord et le pays des Hyper-Boréens les îles Hébrides; mais ce nom, ainsi que tous les noms attachés aux berceaux des différents peuples, avait suivi la marche des migrations antiques, et, de l’extrémité de la Floride il (I) Religions de l’Andqinlé, tom. II,i)ag. 237.
— 389 – avait fini par s’étendre à toutes les contrées septentrionalesdel’Europe. C’estde ces contrées que descendirentles Ole?i, portantle culte d’Apollon et à’Ilithya, Vllan-Cueiil et VIlama-TeciuU des Mexicains; c’est ce nom que vous retrouvez dans Vllma et VJlama- Rinen des traditions finnoises, avec l’histoire complète des volcans du cataclysme, symbolisés par les six œufs d’or, déposés dans le genou de la mère de l’onde (1).
D’accord avec toutes les données qui précèdent, Creuzer n’ajoute-t-il pas (2) que « les sept dieux de la semaine, dans la religion Scandinave primitive, sont aussi les sept éléments de l’écriture runique? Dans les sept lettres, décorées du nom d’Abaris et de Pythagore, cet axiome , dit-il encore , se rencontre : Que l’œil a de l’analogie avec le feu. » Qui ne reconnaîtrait là l’idée mexicainedel’œil humain, signifiantlecratère du volcan, figuré dans le signe Imix, l’œil du téton Qou de la mamelle de la langue maya, c’est-àdire l’ouverture du mamelon de la montagne? c’est ce signe, dans lequel on découvre encore les quatre flèches, symboles des quatre grandes Antilles, des quatre premiers volcans, allumés après le cataclysme ou des jets de feu du cratère principal, représenté en haut de ce hiéroglyphe, peut-être de toutes ces choses à la fois. Abaris parcourt la Grèce., porté sur une flèche, comme encore aujourd’hui dans les légendes de nos campagnes, la sorcière sur son manche à balai. 11 voyage dans les régions de l’air : c’est un inspiré qui rend des oracles, qui compose des chants de conjuration, d’expiation et d’initiation, comme Votan, chez les Tzendales, comme Quetzal- (1) La Kalevala, épopée nationale de la Finlande et des peuples finnois, etc. trad. de M. Léouzon-Leduc, tom. I, Paris, 1067, pag. 6-7. (2) Religions de l’Anliquilé, tom. II, pag. 268.
— 3’JO — Coail au Mexique, qui, ainsi qu’eux, compose une théogonie, etc. > D’un autre côté, « les runes sont en grande partie des flèches, des caractères en forme de flèches,continue Creuzer > , demômeque lescaractères cunéiformes, tous sont des flèches, lancées dans des directions diff’érentes. Voilà pourquoi le premier signe de l’année toltèque, dans le système des partisans de Tezcatlipoca, l’une des deux grandes fractions rivales de la religion antique, au lieu de Cé-Jcatl, une Canne, est Ce-Tecpatl, un Silex, un ferde lance,une flèche, un épieu, le symbole du feu A , de l’éruption volcanique,quevousretrouvez Km d’abord dans le signe Edznab, que je vous ai ^i^ fait connaître plus haut; ensuitedanslesignede lalettrea O^ (dz),la fronde ouverte, armée de trois flèches fl^7f\ ^” ^® troistraits, qui fontégalementallusion ^:^ à la fameuse marmite soutenue parles trois pierres du foyer domestique, puis enfin dans le caractère z ou ç, représenté par le signe ^J , où vous voyez trois pointes de flèches super v£/ posées au centre, mais dont l’idée première se rapporte au sifflement du gaz ou du feu sortant de la terre. « Les runes, suivant l’étymologie du nom, continue le savant allemand (1), les runes s’écoulent, s’échappent comme le temps. Elles sont pour ainsi dire la flèche de la parole, qui blesse et guérit à la fois, pareilleauxtraits, c’est-à-direauxrayonsensemblemeurtriers et salutaires du soleil, ou plutôt, comme le tecpatl, ce silex qui s’élance de la bouche du volcan, signifié parune tête humaine; elles symbolisent le feu, le gaz ou lafumée, le verbe de la terre, demômeque la parole, exprimée par le môme signe, est la flèche de (1) Religions de VAntiquitét tom. II, pag. 268.
- 391 – l’âmehumaine. «Le soleil,lui-même, ajoute Creuzer, le soleil, ce grand chronomètre, trace en caractères de feu , sous la voûte céleste, les types primitifs de l’écrituredurant les septjoursde la semaine. C’est par eux queleprêtredu soleil està la foisscribesacré etvoyant, c’est-à-dire prophète ; car, dans les sept éléments divins de l’écriture solaire ou planétaire, toutes choses sont révélées à ses yeux. Comme la flèche du soleil, la flèche de l’écriture, lumineuse aussi et prophétique, vole de peuple en peuple le long des fleuves, dans le cours de la durée, portant de toutes parts la doctrine, les prescriptions salutaires, les consolations et lavraie lumière. En un mot, Abaris voyageant sur sa flèche, estRuna, le voyant, le scribe, le prophète et le sauveur, mais en même temps l’écriture, véhicule de toutes les connaissances et le salut. Il figure dans la tradition des Grecs et dans celle des Germains à la fois, comme une rune parlante du culte antique de la lumière, selon la primitive croyance qui embrasse le Grèce et le Nord. » Abaris serait donc au fond, selon nous, une personnificationde l’écriture et de la doctrine qu’elle renferme, des bienfaits de cette doctrine et de la science ou sagesse, en général ; enfm, de la propagation de l’écriture et de la sagesse descendant des hauteurs du Caucase, pour éclairer les Grecs aussi bien que les Scythes. » Les idées exprimées dans cette longue citation, empruntée à l’illustre Allemand, ne paraissent pas avoir été entièrement partagées par son savant traducteur (1). Des découvertes récentes, le déchiffrement,entre autres, de l’inscriptionruniquedu lion, en marbre pentélique, du Pirée, transporté à Venise (2), (1) Guigniaut-Creuzer, Religions, etc., pag. 268, note 2. (2) Rafn, Imcriplion runique du Pirée, Copenhague, 1856.
— 392 – donneraient, toutefoks, raison à Crcuzcr. Il y a tout lieu de croire que cette inscription se rattachait à l’histoire des populations qui, sous le nogn générique de Scythes ou d’IIyper-Boréens, descendirent dans l’Asie Mineure et dans laGrèce aux époques pré-historiques et que les races, dites pélasgiques, étaient loin de leur être étrangères. Pourmoi, il me paraît hors de doute que les contours de la Méditerranée furent colonisés alternativement par des migrations atlantiques, les unes hyperboréennes , c’est-à-dire dont la marche avait pris une direction septentrionale, de l’ouest à l’est, les autres méridionales, ainsi que je l’ai intimé plus haut. §21 .Lesmigrationslcsplus considérablesmeparaissent, néanmoins, avoir été lespremières.Carienomdes Hyper-Boréens que je vous montrais, il y a un instant, dans celui de Brousse et des Prussiens, se retrouve avec l’idée du travail, mais, en particulier, de l’industrie métallurgique, dans une foule de noms, dont je m’étonne que les Allemands, d’ordinaire si sagacçs dans ce genre de recherches, n’aient pasencore fait l’objet de leurs études. Je veux parler d’abord du nom d’Imbramns que les Carcs donnaient à Mercure, selon Etienne de Byzance, et de celui d’ImbroSj l’assesseur mystique des Cabires. Le premier correspond entièrement au quiche im-bora-mux (mush ou mus) , signifiant les grains ou les pépites de l’eau forant les mamelons ou les mines, et le second au vocable im-bor-oz, souffle perçant les mamelons, etc. Si je consulte Hésiode , je découvre dans sa Théogoniej le nom de Boôvr/iç (boron-tetz) donné aux Cyclopes; vous le retrouvez dans celui des Bryges, <t>py-]fe;, OU Phrygiens (boruges), dont le pays, berceau
— 393 – des Cabires, suivant un grand nombre d’auteurs anciens, renfermait une ville d’A^rrupa, Astyra^ célèbre par ses mines d’or, ainsi que le pays d’Aztlan, d’où ils étaient partis originairement. Enfin , vous pouvez le voir et le décomposer dans tous les mots qui ont servi de glossaire au bronze et à l’airain, dails hrunia (borunia), pour Zor/crt, cuirasse , brunus (borunus), selon Ducange, brun, comme les hommes qui les premiers le travaillèrent; dans le TCupôiyo;, burrichus, le roux des Grecs, notre mot bourrique, brennen, brûler, en allemand, identique àupure?!, buiendu dialecte chol-maya; comme lebronnen flamand pour lasource,l’eau qui perce, qui fore, tous ayant, comme vous le voyez, un rapport direct avec le bor guiché et haïtien, avec l’île de Borriquen, Porto-Rico, d’où probablement s’éloignèrent les Boréens, au jour de la grande dispersion.
Donnez-vous la peine de rechercher toutes les notions qui concernent les Hyper-Boréens et les Scythes, étudiez-les sans parti pris et vous verrez quelle lumière puissante il en découlera sur le berceau des nations de l’Europe et de l’Asie. Les vieilles traditions de l’Orient sont remplies des mêmes souvenirs. Elles vous parlent d’une mer obscure, d’une région ténébreuse, où sont les îles Fortunées, où se trouve la fontaine de vie. Ce qui n’est pas moins remarquable, c’est ce qu’elles disent de l’île Sèche et du grand continent qui est au delà des montagnes de Caf{^). « La terre où nous sommes est environnée de l’Océan, » disaitausixième siècle le moine Gosmas (3), qui avait » longtemps voyagé en Asie. Mais au delà de cetOcéan (1) D’Eckstein, De quelques légendes brahmaniques, etc. pag. 311. (2) D’Herbelot, Bibliothèque Orientale, pag. 383-593. (3) Cosm. Indico-Pleust., in Coll. Patruni, tom. II, pag. 188.
- 39i – » est une autre tcrfe qui touche aux murs du ciel ; » c’est dans cette terre où l’homme a été créé, où fut » le paradis terrestre. Au temps du déluge, Noé fut » porté par l’arche dails la terreque sa postérité ha- » bite aujourd’hui (1). » Cette île iSècAe,ce continent, ce sont ces îles qui apparurent, après le cataclysme, c’est Ma-Dan-Inô, c’est le continent américain d’où les Boréens passèrent dans celui-ci, portant avec eux leurs dieux et les notions antiques de leur origine. Il y a tout lieu de croire que ce furent des essaims, détachés de ces grandes migrations septentrionales, qui laissèrent en Afrique ces monuments étranges dontM. Bourguigniat se proposed’écrire l’histoire.
Venus des vallées du Mississippi et de l’Ohio, on les suitjusqu’aux confins du Sahara, où lesarchéologues peuvent aller étudier ces môles immenses de terre et de pierre tassées, en forme de Croissant, de Serpents et d’autres animaux, dont la configuration, identique en Algérie, en Angleterre et aux Etats-Unis, serait à jamais restée une énigme insoluble, sans l’intelligence que les documents mexicains répandent sur l’histoire du monde entier. Ces signes gigantesques sont, Monsieur, des monuments commémoratifs du cataclysme dontje vous ai fait connaître les principaux épisodes.
Ce sontdessouvenirs de la terre antiquedu Croissant, ensevelie sous les eaux, aussi bien que de la terre Sèche et des îles étendues en Serpent ou en Scorpion, etc., à la surface des flots, à l’entrée de la mer des Antilles et du golfe du Mexique.
Ces monuments grossiers ne seraient pas autrement explicables. C’est aux mêmes souvenirs qu’il (1) On sait ^ue Colomb, écrivant à la reine Isabelle, s’imaginait également avoir trouvé le Paradis terrestre, en découvrant les terres du Para.
— 395 — faut remonter pour comprendre la construction des pyramides, en Egypte, aussi bien qu’en Amérique, ainsi que de tant d’autres monuments épars à la surfacedu globe. Que les Hykshos, à qui des égyptologues les attribuent, soiententrésen Egypte par l’est ou par l’ouest, il n’importe : ils n’avaient pas moins les Antilles pour berceau. On ne tardera pas à découvrir s’ils appartenaient aux essaims qui vinrent directement d’Amérique en Afrique, en passant , par le sud, des côtes du Brésil aux Canaries et à la Mauritanie; ou bien, s’ils faisaient partie de ceux qui descendirent par la Celtique et l’ibérie aux bords de la Méditerranée. Peut-être n’étaient-ils, après tout, que des groupes détachés des populations nomades qui, sous le nom de Scythes, de Mèdes ou de Bryges, conquirent tour à tour la plupart des royaumes de l’Asie.
Rappelez-vous, d’ailleurs, ce qu’en ditDiodore (1), et c’est un passage auquel les égyptologues n’ont pas fait suffisamment d’attention, que les successeurs des Scythes, « renommés parleur courage et leur habileté » stratégique, étendirent leurs conquêtes au delà du » Tanaïs jusqu’à la Thrace; et, portant leurs armes » sur un autre point, pénétrèrenten Egypte jusqu’au » Nil. » Comparez les traits de ces Scythes à ceux dont Brugsch a dit (2) que « le roi, les membres de sa » famille, les grands fonctionnaires, les guerriers, en- » fin toute la population de la nouvelle résidence (à j> Thèbes), ont presque l’aspect d’une race étran- » gère…, » et cherchez à reconnaître si ces derniers étaient issus d’une race libyenne ou d’une famille touranienne quelconque {touran, toulan, tulan, tollan). (1) Bibliol. hisl, lib. II, § xliii. (2) Histoire d’Egypte, etc., pag. 118.
— 396 — Quoi qu’il en soit, il est certain qu’en Egypte, comme en Grèce ou en Asie, les antiques rivalités de ces différents peuples, néessurd’autres rivages, se rallumèrent souvent, lorsque les nations issues de leurs colonies, se retrouvèrent en contact dans ces contrées ou dans les îles de la Méditerranée. Ce sont toutes ces migrations, entreprises dans des sens si divers, c’est ce contact où leurs idées politiques et religieuses se virent de nouveau en présence, ce sont les guerres qui en fu-rent la conséquence, ainsi que la fusion qui s’opéra, à diverses reprises, entre ces nations et leurs symboles religieux, qui seuls sont capables de jeter la lumière sur l’ère des Hykshos en Egypte et sur les établissements primitifs des Phéniciens; ce sont ces faits qui expliqueront à la fois les origines de la Grèce et de l’Italie, ainsi que les bouleversements dont ces régions furent le théâtre aux époques anté-historiques.
Lorsque les études savantes, partant d’un point de vue plus élevé, auront planté leur premier jalon aux lieux où l’histoire prit naissance, lorsque leshommesqui sont appelés à les diriger, abdiquant les idées étroites d’une routine, envieuse de tout progrès, oseront fixer franchement leurs yeux sur la lumière et parler sans arrière-pensée, alors cette lumière se fera tout àfait, elle éclatera partout. On comparera les symboles religieux des différents peuples de l’antiquité aux phénomènes qui présidèrent à leur berceau ; on étudiera les hiéroglyphes de toutes sortes qui servirent à en envelopper la signification primitive, et on finira par se rendre ainsicompte du dessein primordial des sociétés antiques, dont nous avons hérité la civilisation. On étudiera les chiffres mystérieux sur lesquels sont basés tant de systèmes politiques, astronomiques et religieux ; on étudiera le chiffre quatre identique
— 3t7 — avec la croix+ et avec le signe^ , hiéroglyphes l’un et l’autre du tremblement de^ terre et du cataclysme, d’où sortit lenouvel ordre de choses.On saura ainsi comment l’idée de mort et de résurrection s’y trouve attachée : on comprendra l’idée de lafondation primordiale par quatre, ainsi qu’à Babylone, celle de laRoma quadraia, semblable en tout au carrédu plan d’Izamal, et de Ti-Hoo, etc., où des quatre édifices principaux, monuments symboliques des quatre grandes îles, partaient quatre grandes rues coupant la cité en croix. De là, d’après un système religieux différent, le chiff’re sept, les sept tribus, les sept monts qui, dans plus d’une de ces cités quadriformes, remplaça l’idée première ; chiff’re sept, identique avec celui des petites Antilles, chiff’re sept des sept chefs toltèques, ou neuf des neufrois de Tollan, ou bien des neufchefs chichimèques, chiff’re dont le détail, peu important en apparence, est cependant d’un haut intérêt historique. Car c’est ce détail qui donnera raison de la plupart des énigmes archéologiques et religieuses : on y trouvera l’origine des incarnations des dieux indous, comme du nombre quatre et cinq des soleils mexicains.
On comprendra ainsi l’idée qui présida à la fondation des plus anciennes villes du monde, en Eu-rope, en Asie, comme en Amérique ; pourquoi les deux grandes pyramides de Téotihuacan, la Lune d’abord, ensuite le Soleil, pourquoi ce grand nombre de téocalli, parsemés dans sa vaste enceinte, et le but que s’étaient proposé ses fondateurs. On saura pourquoi lesdeuxjumeaux àRome sont figurés, allaités par une louve, frères et rivaux, dont l’un est tué par l’autre, et dont le dernier disparaît avec un coup de foudre ; commeen tant d’autreschoses, on y retrouvera le couple originel de Quetzal-Coatl et de Tezcatlipoca,
— 398 — nourris dans le corps de la grande louve du Croissant, symbolisé, à son tour, dans le mundus, ce monde par excellence, symbole sacré de la Lune, mond, né de l’abîme, la bouche, mund, mun-t, ruen^ nieiit-i, etc., l’englouti de l’Océan engloutisseur, comme le mundus dans la cave de l’équipement du mont Palatin, sous le siège primitifde l’établissement urbain (1). Car c’était là le mundus où les premiers habitants deRome, ainsi que les Mexicains, en souvenir de la fiction relative à l’ensevelissement de Xochitl, portaient, à une Certaine époquede l’année,une provision de tous les objets servant à l’usage domestique, auxquels ils ajoutaient une motte de la terre nationale et chérie.
Toutes ces choses. Monsieur, on ne tardera pas à les comprendre, et l’Allemagne, si sincère et si ardente dans ses investigations historiques, saisira, je n’en doute pas , avec empressement , le flambeau qu’un concours heureux de circonstances me permet de mettre, le premier, entre les mains du monde savant. Toutes ces choses, je le répète, s’éclairciront, en y mettant un peu de patience et de bonne volonté. « Que l’on suive la voie de la vraie critique historique (2), qui se rend compte de l’ensemble des faits dontje viens d’indiquer la nature, et de sa correspondance intime avec l’établissement géographique et la tradition des peuples ; que l’on sache réunir la perception la plus individuelle des fables ou des mythes à l’appréciation des institutions de la vie religieuse et domestique dechaque branche de peuple, sans brouter à perpétuité lamême feuille de la négation incré- (1) Momscn, Histoire Romaine, trad. de T. de Guerle, tom. I, pag. 61. (2) D’Eckstein, De quelques Légendes brahmaniques, etc., Oct. Nov. 1855^ pag. 31i.
— 399 – dule ou de l’affirmation superstitieuse sur l’arbre d’une science inféconde, et je ne doute pas de la lumière qui pourra en résulter pour l’histoire approximative d’une des plus primitives expansions de la vieille espèce humaine? » C’est en citant les paroles de l’illustre Danois, que j’ai interrogé si souvent durant mon travail, paroles dont la vérité et le sens profond n’échapperont à personne, que je termine cette longue lettre.
PIÈCES JUSTIFICATIVES N» 1 HISTOIREDELANATIONMEXICAINE MS. EM I.A1VGIJE R^AHUATL DE l’an 1576 PROLOGMJE Le manuscrit dont je présente ici les premières pages, provient de la Collection de Boturini ; il porte, dans son catalogue, le n° 14, § viii, où il suit immédiatement celui que j’ai intitulé le Codex Chimalpopoca.
Mais il appartient aujourd’hui àla précieuse collection de M. Aubin, qui le fit autographier, sans le publier en France, la plupart des exemplaires se trouvant en la possession de M. E. Geo. Squier à New-York, et de don Fernando Ramirez, de Mexico. Je tiens de M. Aubin celui que je possède. Ce manuscrit n’a jamais été traduit, que je sache, et si j’en ai choisi les premières pagescomme piècejustificative de mes Quatre Lettres surleMexique^ c’estque ces pagesrenferment,comme en un sommaire, à peu près toute l’histoire du cataclysme, et qu’elles sont comme l’abrégé du grand document que j’annonce ici au public. La duplicité du sens y est complète, ce dont le lecteur pourra s’assurer entièrement par lui-même. Lapremièretraduction quej’insère ici, à côté du texte, estcellequej’appellelerai/jjewc^o-y^w^on^Me, puisqu’elle n’est pas en réalité, commeon l’a pu croirejusqu’ici, l’histoire mexicaine,
— 402 — mais seulement qu*elle a été censée l’être. La difficulté, pourne pasdire l’impossibilité de rendre cette traductiond’une manière tout à fait grammaticale, estvisible; chacun pourra l’apprécier et voir en même temps les contradictions qu’elle renferme, preuve manifeste que ce n’était pas là l’histoire véritable, destinée auxhommes instruits, initiésaux mystères destemps antiques.
L’histoire véritable, c’est l’histoire géologique, celle de la seconde traduction, car là seulement l’ensemble s’enchaîne convenablement : tous les mots portent, et cequi, surtout, estremarquable, c’estque le vocable m, qui, si souvent, n’est qu’une particule d’élégance, dansle styleordinaire, làest toujoursà sa placecomme article ou pronom. La première contradiction et la plus flagrante, dans ce document, c’est celle qui a rapportaunombredes tribus,d’abord quatre et puis, trois lignes plus bas, au nombre de huit; c’est celle que je tiens surtout à signaler pour faire comprendre l’incohérence de ce document, pris dans le sens pseudo-historique. Ce que j’ai encore à signaler ici, c’est le mot diablo,diableoudémon,inséréparlerédacteurdecette pièce,etqueje laisse,n’yvoulantabsolumentrienchanger : mais il estévidentque le mot diablo remplaceun motscientifique,uneallusionàlapuissancevolcanique, peut-être à l’électricité, que les sages Mexicains connaissaient, mais qu’ils ne savaient comment définir pour l’ignorance espagnole. Il ne peut y être pour le mot teotl, dieu, puisque ce mot se retrouve ailleurs. iVS.Depuisquej’aiécritceslignes,M. CharlesSaintegéologiqueduManuscritMexicain et me donnerquel- Claire Deville,quiabienvouluexaminerma traduction ques notesintéressantes, a reconnu, effectivement, luimême dans le mot diablo, lapuissance énipiive.
- 403 – HISTOIRE MEXICAINE BOUBZJB TRABUCnOSr Nican ycuiliuhtica yn itla- C’est ici le commencement tolloynompa huallaqueynMe- des histoires (1)de l’arrivée des xica in itocayocan Aztlanrca Mexicains, du lieunomméAza-nepantla yn ompa valleva- tlan (2) : c’est par le milieu de que ca nauh calpoltin : auh l’eau qu’ils se mirent en cheynic valla macevaya acaltica ; min par ici (3), étant quatre yn qui val-temaya ynim acxo- tribus (4) : et en venant ils rayauh,ynoncanytocayocanQui- maient (5) dans des bateaux; nevayan-Oztotl, oncan ca yn ils plaçaient, en venant, leurs (1) Ycuiliuh-ii-ca, traduit par, commencement, àHcuilia, applicatif d’icMî, délier, dérouler, développer. Le sens dirait plus littéralement : sont déroulant les histoires, etc , ca, étant ici le verbe être sous forme de préposition. TlaloUo, pluriel de tlatollotl^ histoire; le i, qui précède, estun pronom possessifpluriel. (2) Azllan, nom attribué par les traditions à la région qu’on croyait avoir été le berceau primitifdes Mexicains et que longtemps j’ai cru indiquer l’Asie. Dans cette période, rien n’implique absolument que les Mexicains viennent d’Aztlan ou bien s’ils arrivent à Aztlan, la préposition ompa, qui indique simplement le mouvement de ou à, étant un composé de om, l’étendue, le lointain, et de pa, à, sur,etc.,ompo,disant plutôtqu’on arrive de ou qu’on va loin,comme en français, au loin, au large. (3) Vallehua, se mettre en chemin vers le lieu où est celui qui {)arle, composé de val ou huai, vers ce lieu, par ici, et de e/i«a,lever e pied, s’envoler, etc. (Comparez le val et aval, français). (4) Etant quatre, ca nauh, deux vocables qui réunis signifient toute autre chose, mais où j’ai cherché vainement un sens différent qui pût s’accorder avec le reste du récit pseudo-historique ; cela ne devient possible qu’avec la seconde traduction : la contradiction de quatre tribus reste donc. (5) Ils ramaient, macevaya, verbe à l’imparfait, de maceva ou macehua, traduit, d’ordinaire, par danser, faire pénitence, etc., mais nulle part par le mot ramer que j’adopte ici. Ils ne dansaient certainement pas dans leurs bateaux, en voyageant. Voilà pourquoi j’ai décomposé lemot ; ma, signifie la main, le bras et ceua ou cehua,unir ou entrelacer, ce, un, étant le radical. Dans le travail des rameurs, les bras vont à l’unisson et semblent s’entrelacer, d’où le sens du verbe ramer que j’ai pris.
— 404 — oncan quizque chicuey calpol- cabanes sur pilotis (1), au lieu lin. nommé la GroUe de Quinevayan (2); c’est là que vinrent à sortir les huit tribus (3).
C*est ici le développement des masses mises en fusion (4) par le feu ; elles vinrent des (lieux) issus du Croissant (5), de l’endroit appelé : Au milieu des va- (i) Ici se présente une des plus grandes difficultés du texte, pris dans son sens ordinaire : c’est la traduction du mot acxoyauh, composé d’acxoyaU, avec le signe uh posEcssif. Molina ne le donne que dans d’autres composés et sans explication propre : mais Hernandez (Hist. nal.) dit que c’est un arbre d’une essence absolument semblable à notre sapin, acxoyall, seu abiete. Ceci ne répond encore à rien dans la phrase : car, que les Mexicains plaçassent ou baignassent, lemaya, leurs sapins, n’explique rien, à moins que l’auteur anonyme n’ait voulu dire qu’ils plaçaient leurs jfl;)irjj pour leurs bateaux à l’endroit désigné; maisjamais cemot n’est pris ailleurspour une embarcation. Dans mon embarras, j’ai analysé acxoyall et j’y ai trouvé, ce qui remue ou vient, ayant le pied dans l’eau, ac-ao-yall; me souvenant enmême temps des habitationslacustres, les premières bâties par les Mexicains, j’ai adopté la traduction ci-jointe, les pilotis étant des choses ayant le pied ou la base xo (sho) dans l’eau. Le lecteur peut observer ici que dans le mot xo (sho), pied ou base, qui fait xoc ou xoclli (shoctli), se trouvent tous les mots anglais identiquesou analogues, shod, shoe, shoot, shot, seuil, scuille, etc. (2) Ce lieu n’est désicné nulle part d’une manière particulière. On en verra l’explication plus loin. (3) On le voit, plus haut, les Mexicains forment quatre tribus, ici ils en font huit; la contradiction ne disparait que dans la traduction suivante. (4)La différence de cette traduction à 1 autre consiste surtoutdans le moli-tlalollo, des histoires, qu’il faut lire ici t-</‘a/o//o,pour i-tla-alollo, la première syllabe (la, primitif de tlalla, le feu ; alollo, d’atolloil, vient aatolli, nom ordinaire d’une bouillie faite de farine de maïs ou de manioc, mais dont le sens réel s’applique à toute espèce de matière épaisse, liquide et bouillante, le mot exprimant précisément l’effet du bouillonnement, atoUoll, dans les bulles de la pâte qui se gonfle par la force du feu, sans exprimer en aucune façon la composition de la matière bouillante, i’eut-être faudrait-il lire encore i-tlaiollo, le commencement des (choses) remplies de courbes de feu, ou de la terre se gonflant par le feu, etc. Tous ces sens, d’ailleurs^ sont identiques au fond. (5) Issu du Croissant, tel est le sens que présente radicalement le mot Mexico, de me, radical de mell, dont je donne les étymologies à la Lettre deuxième, page 70; ùe xi, radical d’un grand nombre de mots et qui a le sens de sortir, de pousser hors d’autre chose; et de ca, verbe être, forme substantive, etc., ce qui est, ce qui s’est fait ou placé. Les Mexicains sont donc les issus du Croissant, qui ont
— 40o — peurs (1); car c’est au milieu de l’eau que les assises poussées par le feu (2) vinrent à se soulever par ici, sans être bien épaisses (3). Et en venant elles consopoussë du Croissant enseveli sous les eaux, ce sont les petites Antilles qui lui ont succédé. (1) Azllan, composé d’az, dont je donne les ëtymologies diverses à la page 3H , et de tlan, les dents, les bords, pour tan et lan, la terre, le lieu, mais devenu la préposition entre, parmi, au milieu de, etc.
Azllan est donc l’Orcus, ce lieu d’où les gaz s’échappaient et d’où se soulevèrent les petites Antilles. (2) Voici encore un vocable qui m’a présenté, d’abord, de grandes dïf&cvMés. Calpollin, dans le langage ordinaire, serait le pluriel de calpolli ou calpuUi, casa ô sala grande, barrio, dit Molina, maison, grande salle ou quartier d’une ville, c’est-à-dire tribu. 11 convient donc d’analyser ce mot, eu entier, au singulier comme au pluriel. Si cal, primitif ordinaire de calli, est la maison, c’est d’abord la chaleur, comme je l’ai fait voir, page 205; de là les vocables latins calor^ etc.; puUi, radical, pul, identique avec pol, en mexicain : il se compose de pu, po, la vapeur, la fumée, de la même langue ; le canal par où ces vapeurs se dégagent, en quiche; et de ol, ul, venir, rouler. Pol etpul expriment donc ce qui va et vient avec la fumée ou la vapeur ; en mexicain, tout ce qui monte et s’abaisse, qui exhale ou absorbe, d’où tous les verbes qui en sont dérivés dans le groupe mexico-guatémalien, d’où lepuM anglais, puh^re, latin, powh’e, français, etc., bul, boule, bouillir, bouillonner, etc. ; car lepou le & s’échangent constamment à l’origine deslangues. PttZ/î estdonccequi remue,enmontant et descendant comme tout ce qui va avec le calorique, cal-puUi. Observons, seulement, que ce vocable se présente au pluriel, calpoUin ; le pluriel existe réellement ici, mais deux lignes plus loin, le texte dit encore calpoUin, pour chaque tribu ou chaque verbe en particulier : c’est cette anomalie, si contraire aux règles de la bonne grammaire, en mexicain, qui m’a fait voir que calpoUin devait signifier autre chose que tribu et que tin n’était pas, dans ce cas, une marque de pluriel. Si je cherche à m’expliquer tin, d’après Molina, je ne le découvre nulle part, au premier abord : mais en y regardant de près, il se montre dans le mot timal, et ses composés, où il a le sens de chose gonûée, qui ensuite se perce comme un abcès, etc.; mais il est lui-même composé de tin et de mal : le premier vient des autres langues du groupe et s’analyse par ti-in ou li-en, chose ou lieu renfermé, chose ou lieu caché, comme l’humeur dans un abcès, comme le feu dans la terre. Voilà pourquoi le quiche l’a gardé dans tinamitl, mur, enceinte, lieu fortifié et le mexicain dans tenamiU ou tename, qui ont lamême signification, le tin ou le <en, faisant dans ces mots l’oflice de pierre ou d’assise de pierres, d’où j’ai tiré le mot couche ou assise qui paraît bien être ici le véritable sens de tin dans calpoUin, assise, poussée par la chaleur. (3) Sans être bien épaisses ou en couches peu épaisses, tel est le sens que présente le vocable canauh, qui signifie être quatre dans l’autre traduction, ca-nauh.Cest le passé du verbe canava, ni-tla,dit Molina, adelgazar tablas à piedras anchas, ô laloça quando la hazen;
— 406 — lidaient leurs masses (1), au moyen de la chaleur de reau(2); elles établissaient, en venant, leurs bases étenduesdans l’eau (3), à l’endroit appelé la Grotte de la Terre depuis Soulevée (4), aux lieux mûmes où surgirent les huit assises poussées par la chaleur.
IniccencalpoltinVexotzinca, La première Iribu (est celle) inic on calpoltin Chalca; ini- desHuexotzincas (5), la seconde qu’e calpoltln Xochimilca, inic tribu des Chalcas (6); la troinauh calpoltinCuitlavaca; inic sièmetribudesXochimilcas(7), amincir, dégager des parties étrangères de grandes planches ou des pierres, ou la poterie quand on la fait. Le sens de la phrase est donc que les couches se soulevèrent ayant peu d’épaisseur et dégagées des matières qui ne leurétaient pas propres. (1) Elles consolidaient leurs masses, macevaya, que j’ai expliqué plus haut, note (5), mais qui s’applique on ne peut mieux ici dans le sens que je lui donne. Ma-ce-vaya dit littéralement, bras-unis faisaient ; or les bras des couches terrestres sont leurs parties extérieures qui peuvônt se toucher et s’unir, et s’unir c’est se consolider, se faire masse et compacte, deux mots exactement mexicains, macéra étant précisément le mot masser, comme le mot mastic,qui existe dans le ya-maztic du nahuatl, etc., etc. (2) Au moyen de la chaleur de l’eau, a-cal-ti-ca, vocable qui réuni comme plus haut, signifie, dans le langage ordinaire^ dansou àcause du bateau , du canot, aralli. (3) Etablissait, temaya, littéralement maniaient les pierres, les posaient, te-ma-^a. Leurs bases étendues dans l’eau ou s’étendant dans l’eau, ac-xo-yauh. Conf. note (1), page 404. (4) A l’endroit de la Terre depuis ou ensuite soulevée, quîn-eva-yan ; il n’y a pas d’autre moyen de traduire ce vocable, quin, après, ensuite, eva ou ehua, lever le pied, partir, se soulever, s’envoler; yan,\t lieu où la chose se fait. (5) Vexolzinca, habitants de Iluexotzinco, lieu du cratère de la Grande-Base, nom du volcan de la Soufrière à la Guadeloupe, transféré par les émigrés mexicains au Popocatcpell, au pied duquel s’éleva la ville de Iluexotzinco, l’une des puissantes cités aristocratiques du plateau de Cholollan, dit le plateau Aztèque par les modernes. (6) Chalca, habitants de Chalco, lieu du calcaire, nom d’une des couches de l’île delà Guadeloupe, puis d’une ville et d’un Etat puissant, situé auxbords du lac du môme nom et autour de Popocatepetl, à l’entrée sud-est de la grande vallée d’Anahuac. (7) Xochimilca, habitants de Xochimilco, lieu où l’on sème tout en bas de la Base, nom de la terre végétale et fertile où l’on ensemençait, m’il, qu’on retourne, d’où le mot mil ou milli, champ, terre ensemencée, et sans doute aussi le latin milium, notre mil et mil-
— 407 – macuil calpoltin Mallinalca , i- la quatrième tribu des Cuitlanic chicuacen calpoltin Chichi- vacas (1); la cinquième tribu meca, inic chicon calpoltin Te- (est celle) des Mallinalcas (2); paneca ; inic chicue calpoltin la sixième tribu des Chichime- Matlatzinca. Yn oncan onocayn cas (3) ; la septième tribu des Colhuacanoncanchaneque cat- Tepanecas(4); lahuitièmetribu ca, ynic hual-panoque in Az- des Matlatzincas (5). C’est là tlan. qu’elles étaient établies (6) en Colhuacan (7); elles en étaient les habitants, depuis qu’ellesy avaient débarqué,venant d’Aztlan.
La première assise poussée par -la chaleur est celle kl, etc. Xochimilco, était une cité considérable, sur le lac du même nom, près de Mexico. (1) Cuillavaca, habitants de Cuillakuac, Dans celui qui a les Excréments, de cuillall, excrément, déjection de l’homme ou de l’animal, mais que le chroniste mexicain applique ici aux déjections du volcan voisin de la Grande-Base, dont le cratère, tain, était considéré conime l’anus delà montagne; de là le nom de ieo-cuitlatl, excréments divins, donné aux métaux précieiix, l’or avec l’adjectif jaune, l’argent avec l’adjectif blanc. Cuitlahuac était une ville importante de la yallée, aujourd’hui une bourgade du nom de Tlahuac, située à la jonction des deux lacs de Chaïco et de Xochimilco. (2) Mallinalca, habitants de Malinalco, ville et province importante duroyaume de Michoacan, à 20 lieues S. S. 0. de Mexico. Malinal est le nom commun de la liane, ou des cordes tordues,etc. Voir plus bas, note (5), page 408, pour son étymologie. (3) Chichimecà, Chichimèques, nom donné aux anciens habitants des provinces septentrionales du Mexique jusqu’à la vallée d’Anahuac. Voir pour son étymologie, la Lettre deuxième, page H2 et suiv. Le royaume d’Acolhuacan, dont Huexotla, d’abord, et Tezcoco ensuite furent les capitales, portait le nom de chichimèque. (4) Te’paneca, ou Tepanèques, nom donné aux populations dont Azcapotzaleo et ensuite Tlacopan, Tacuba, furent tour à tour les capitales dans la vallée. Voir pour l’étymologie, la note (7J, page suiv. (5) Matlatzinca, ou Matlatzincas, nom des habitants de la province de Mallatzinco, dont Tolocan, aujourd’hui Toluca, était la cité principale. Voir page 408, note (8), pour l’étymologie de ce nom. (6) Etablies, onoca, qui veut plutôt dire étendu, du verbe 07ioc identique avec \ejacere latin. (7) Colhuacan, Lieu courbé, de ce qui est en courbe, de col, chose courbe, faisant coloa, colhua ou culhua, nom appliqué plus tard dans le sens d’ancêtre, parce que du Colhuacan primitif, des îles de la Courbe, vinrent les émigrés qui civilisèrent les habitants de la vallée d’Anahuac.
— 408 – dont est (formé) le cratère de la Grande-Base (1) ; la seconde assise est le calcaire (^) ; la troisième assise est (ce dont se compose) la terre végétale sous la base (3) ; la quatrième assise est formée de sécrétions volcaniques (4); la cinquième assise est celle des (pierres) tordues (comme des) lianes (5) ; la sixième assise est celle des mottes gazeuses ou fumerolles (6) ; la septième assise est celle des cailloux roulés sur la roche ou le solide (7) ; la huitième assise poussée par la chaleur du feu est celle du cratère du Filet (8). Elles (1) Huezotzinca, c’est-à-dire Ce qui est le volcan ou le cratère de grande base, hue-xo-tzin-ca. (2) Chalca, Ce qui est le calcaire ; c’est l’examen de tous les vocables mexicains, commençant en chai, qui m’a fait découvrir le sens exact de ce mot ; il se trouve surtout dans chal-chi-huiU, le jade, littéralement ce qui est sorti du fond du calcaire. (3) L’ét^mologie du mot Xochimilca se trouve plus haut page 406 ; j’ajouterai seulement que ce nom signiQe dans le langage ordinaire, ceux qui cultivent des fleurs, de xochiil, fleur, littéralement, ce qui vit sous la base, soit que ce nom s’applique au feu ou à la terre entraînée par le feu sous les flots, comparée à une fleur, à cause de sa beauté et de sa fertilité, soit qu’il désigne la région fertile et fleurie qui environne encore aujourd’hui le volcan de la Grande-Base, la Soufrière. (4) Je renvoie pour ce nom à la note (1), plus haut, page 407. (5) Des pierres tordues comme des lianes, ou bien comme des cordes, mallalzinca, du verbe malina, tordre, qui fait malinal, liane ou corde. Ou bien plus littéralement de choses tournées, percée à jour, de mal,, primitif de mamali,, percer, tarauder, et de nal, de part en part, tout autour. (6) J’ai expliqué plus haut, Lellre deuxième, page U2, le sens de Chichimeca qui correspond à des boursouflures souterrainesd’où se dégagent des vapeurs de toute espèce; ce sont probablement des fumerolles. (7) Cailloux roulés sur la roche, te-pa-ne-ca, littéralement ce qui est mêlé ensemble sur la pierre ; ou bien (e-pan-e-ca, c’est-à-dire avec des petites pierres sur la roclie ou le solide, c, pour ell, le haricot, frijol, étant pris souvent dans le sens d’une petite pierre sur une surface, etc. Les deux sens dumot (epaneca s’accordent,d’ailleurs, avec l’interprétation qu’a bien voulu me donner M. Sainte-Claire Dcville. Conf. plus bas, page 427, n” 3. (8) Du Cratère du Filet, Mallalzinca, de Mallall, le filet, les mailles, le sens paraissant s’appliquer à la forme intérieure du cratère, représenté dans les hiéroglyphes comme un filet.
— 409 — étaient là formant des lits (1) aux lieux qui sont en Courbe (2) étaient depuis qu’elles étaient montées, venant du centre des vapeurs (3).
Oncan quin vallan-ti-quizque Comme elles étaient sur le yn Colhuacan, yn o-quim itta- point d’arriver, par ici en Colque inchaneque,niman o-qu’il- huacan (4),lesapercevant,ceux huique yn Azteca : To-Tecui- qui y demeuraient dirent aux yovane, can am-mo-huica, ma Aztèques (5) :NospuissantsSeit’amech to viquilican? Niman gneurs (6), où allez-vous eno-qu’itoque in Azteca : Canin seml)le (7), que nous puissions t’amech vicazque? Niman o- vousaccompagner? Aussitôtles qu’itoque in chicue calpoltin : Aztèques leur répondirent ; En Came, To -Tecuiyovane , ca quel endroit vous accompagnet’amech to-viquilizque . Auh ni- rions-nous?Puis les huittribus man qu’itoque in Azteca : Ca- leur dirent : Mais non , Nos ye-qualli, ma t’amech t’o-vi- puissants Seigneurs, car c’est quiiican in Colhuacan. nous quivous accompagnerons.
Et les Aztèques alors leur di- (1) Formant des lits, ou se revêtant d’argile. Le mot chaneque, qui Frennent demeure, qui font leur lit ou se revêtent d’argile, cha étant argile cuite, la poterie, dans son sens originel. Ces différentes lectures peuvent également s’appliquer ici. (2) Avant d’apparaître à la surface de l’eau, les couches poussées par la chaleur, sont censées s’habituer, se faire dans cette courbe où elles ne tarderont pas d’apparaître. (3) Voir plus haut, note (1), page 405. (4) L’obscurité règne constamment dans le récit interprété, selon la première manière: plus haut les tribus sont déjà arrivées à Colhuacan ; ici elles vont arriver, bien qu’on puisse également interpréter la phrase dans le sens qu’elles venaient d’arriver. (5) Azteca, c’est-à-dire habitants d’Aztlan. La confusion continue ici. On pourrait aussi bien traduire que ce sont les tribus qui en voyantceux qui demeuraient là, dirent aux Aztèques, etc. (6) To-Tecuiyohuane, titre inconnu ailleurs, que je n’ai jamais vu qu’ici; c’est le vocatif de to-tecuiyohua, qui possède la puissance ou la royauté, la seigneurie signifiée par tecuiyotl; mais il fallait cette tournure, à cause de la seconde traduction. (7) Huica {ni’ie), verbe qui signifie suivre, accompagner, et avec ni ila, porter ; il ne se trouve pas comme verbe réfléchi, mo-huica^ dans Molina; je l’ai traduit quelque peu différemment à cause de cela; mais l’explication de ces anomalies se trouve dans la seconde interprétation.
— 410 — renl : C’est fort bien, nous vous suivons donc en Colhuacan (1).
Comme elles étaient sur le point de se produire au dehors (2), aux lieux qui se forment en Courbe, trouvant là ceux qui revêtent l’argile, elles disent à ceux qui étaientétendusdans lavapeur(3) : vousqui tenez le centre de notre enveloppe (4), à quel endroit vous levez-vous (5), que nous puissions monter avec vous?
Alors ceux qui étaient étendus dans la vapeur répondirent : Est-ce l’endroit où nous vous porterons (6)?
Aussitôt les huit assises poussées par la chaleur, di-rent : Mais non, ô vous qui tenez le centre de notre enveloppe, puisque c’est nous qui devons vous suivre dans notre voie (7). Alors ceux qui étaient étendus dans la vapeur dirent : Voilà l’amalgame terminé (8), (1) Encore une de ces choses embarrassantes, comme toutes ces phrases énigmatiques des Védas, mais qui s’expliquent avec la seconde manière. Déjà ils sont arrivés deuï fois à Colhuacan et voici qu’ils se préparent seulement à y aller. (2) Se produire au dehors, hual-anli-quiza, littéralement sortir, pousser en avant par ici. Comparez anti ou an-fi, contre ou vers un lieu, avec le grec àvrl, (3) Les puissances de la nature parlent ici les unes avec les autres, non, sans doute, que les auteurs de ces récits aient eu l’intention de dramatiser ces faits, mais uniquement pour mieux les envelopper des voiles de la fiction pseudo-historique. Quant au mot Aztcca, on ne peut guère l’interpréter autrement ici : il paraît bien évident qu’il indique les assises de soulèvement elles-mômes encore envelopf)ées des vapeurs qui les soulèvent. Voir pour ce nom et son étymoogie, Letlre qualrième, page 311. (4) C’est bien le sens qu’il faut donner aux vocables to-tecuiyouane, se lisant ici t’o-le-cui-yo-hua-ne, littéralement, vous, ou toi tenant le centre enveloppant notre voie. (5) Voir plus haut, note (7), page 409. , (6) Ou bien: A quel endroit nous (mômes) vous accompagneronsnous? (7) Le lecteur peut voir encore mieux ici que celte conversation n’est introduite que pour permettre de dérober l’histoire vraie sous une fiction. (8) Voilà l’amalgame terminé, ca-ye-qvallî, traduit d’ordinaire, Ear: Voilà qui est bien, c’est fort bien. Mais qualli, qui a le sens de ien, de bon, est un participe passé de qua, manger, mastiquer.
— 4H – voyonsque nous montions l’incendie du fond du Croissant de Teau (1) aux Lieux formés en Courbe.
Quin oncan qui vallan-ti- C’est donc là qu’ils vinrent quizque in Diabh,yn o-qui-mo- à sortir bientôt aprës, portant teotiaya in Vitzillopochtli yn en avant le Diable (2) Vitzillovallaque ce cihuatl ytoca Chi- pochtli (3)qu’ils avaient adopté malma, ompa qui hual-huica- pour leur dieu; ils accompaque in Aztlan nauhcan val- gnaient, en venant d’Aztlan, quiztiaque ynic val-nenenque. une femme, nommée Chimalma (4); de quatre endroits ils sortaient (5), lorsqu’ils s’avançaient, en voyageant par ici.
C’est en ces lieux qu’ils commencent à se soulever, portant le diable en avant (6) : aussitôt que la vitalité joindre les mâchoires, coa, doubler, qui, au fond, a la même signification: en sorte que ce qui est bon, c’est ce qui est mangé, broyé, avalé, englouti, comme le Croissant, comme Osiris, le seul bon, dans l’abîme, etc. (1) Que nous montions l’incendie, to, embrasement qui signifie aussi nous réfléchi et encore, en le scindant, notre voie t’o, pour to-o. Du fond duCroissant de l’eau,ou de la source de l’eau, amech, qui signifie vous, mais qui, scindé à son tour, a-me-ch pour a-me-chi, vient à dire, du plus bas du croissant de l’eau, bien que me, le croissant, puisse signifier le départ originel, la source, mot d’où vient meya, couler, raanar la fuente, dit Molina; mais le sens reste identique. (2) Diablo, le diable, l’électricité, la puissance de’Ia nature. M. Charles Sainte Claire-Deville y découvre la force éruptive. (3) Vilzillopochlli ou Huilzil-Opochili, le colibri Gaucher, dieu de la guerre et la divinité principale à Mexico. (4) Chimalma, Main du Bouclier ou bien Qui prend le bouclier, nom qui est presque toujours écrit Chimalman, Qui étend le bouclier, mais dont la nécessité d’une double interprétation oblige à varier l’orthographe. (o) De quatre endroits ou de quatre quartiers différents d’une même ville, selon le sens de nauhcan. (6) Ce commencement de phrase diffère fort peu de celui de l’alinéa précédent. Dans le premier il y a: Oncan quin huallan-ti-quizque et dans le second : quin oncan qui huallan-ti-quizque ; mais la localisation du mot quin ensuite ou tout à l’heure, placé avant ou après oncan, là, en ce lieu, énonce en réalité une différence assez marquée, selon Carochi {Arte de la lengua Mexicana, etc. pag. 95, verso) ; d’ailleurs, dans le premier cas, le verbe est neutre; dans le second, avec qui, il est devenu actif.
— 412 — de la fumée de la voie, formant le cône (1), a consolidé son terrain (2), ils s’avancent, ils poussent, en venant d’entre les gaz , la puissance qui ouvre une déchirure (3), appelée Celle qui saisit le Bouclier (4). En quatre endroits différents (o), ils se soulevaient et se fortifiaientmutuellement en venant (6).
Ce Tecpatl xihuiti yn valle- En l’annéeUn silex (7), ils se vaque in Colhiiacan : navintin mettent en chemin à Colhuayn qui val mamaque yn Diablo can (8) : ils sont quatre portant y ce tlacatl i-toca Qiiauh-Co- sur leurs épaules le Diable (9), vatl, ynic omeApanecall, yni- le premier, nommé Quauh-Ck)- qu’ey i-toca Tezca-Covacatl, vatl, le second Apanecatl, le ynic nahui ytoca Chimalman. troisième, nommé Tezca-Govacatl, le quatrième, nommé Chimalman (10). (1) La vitalité de la fumée de la voie, formant le cône, c’est UuilziU Opochtli qui nous donne cette longue phrase, vitz, l’épieu, le cône, à cause de sa forme, il, tourner, o, la voie, ce qui est visible à la cime de ce cône, poch, la fumée, lli, ce qui viviûe ou anime, la vitalité du volcan qui pousse et excite la fumée, la puissance volcanique, peut* être l’électricité. (2) Consolidé son terrain, mo-teotiaya, traduit plus haut, adopté pour leur dieu, selon la grammaire. Mais leolia, faire dieu, déiGcr, dit aussi faire voie de pierre, pétrifier, donc consolider sa surface, mo pour soi, pour lui-même. (3) Puissance qui a ouvert une déchirure, ce-ci-hiia-ll, autrement une femme. Voir pour l’étymologie Lettre quatrième, page 261 . (4) Chi-mal-ma, Celle qui saisit le bouclier, mais littéralement.
Main qui tourne du fond. Voir Lettre deuxième, page 121. (5) S’agit-il de quatre îles différentes qui auraient dû apparaître ou de quatre lieux différents de la même lie ? (6) C’està peu près le sens que parait offrir ici val-nenenque. (7) C’est toujours en Tannée Ce-Tccpatl, un silex, symbole du feu des volcans, que les annales mexicaines désignent comme celle de la fin de lempire des Tchèques et le prélude de la puissance des Mexicains. (8) Ici ils se mettenten chemin à Colhuacan, comment et pourquoi ou vers quel endroit, le texte ne le dit pas. Confusion toujours et incertitude. C’était l’histoire pour le peuple! on en fait encore comme cela de nos jours. (0) Quatre est toujours le nombre de ceux qui sont chargés de la divinité. (lOJ Leursnoms sont Quauh-Covail, Serpent de l’Arbre; Apanecatl,
— 413 — Ils font, en montant des entrailles (de la terre) le mouvement d’une boule noire tranchante (1) : ils se soulèvent à quatre , en venant aux Lieux formés en Courbe, et portent le Diable sur leurs épaules (2).
L’un est une montagne appelée l’Agitation dans le sol du Croissant (3); le second est le Mouvement qui se fait par le souffle à la surface de l’Eau (4); le troisième est appelé la Vie qui est double sur le Miroir (5); le quatrième est appelé Qui étend le Bouclier (6).
In o-acico in quavitl y-tzin- Lorsqu’ils furent arrivésaux Vent à la surface de l’Eau ; Tezca-Covacatl, Celui (jui vend le Miroir ou l’Homme double du Miroir; et Chimalman, Qui étend le Bouclier. (1) La différence du sens dans cette phrase est fort remarquable.
Elle provient surtout de ce qu’au lieu du substantif xihuill, herbe, année ou turquoise, il y a xihuiti, verbe qui signifie devenir herbe ou année, expression peu ordinaire, à propos des années, dans les documents. Ceverbe, toutefois, dans son acception radicale, a le sens de poussercomme l’herbe, de sortir des entrailles de la terre, lequel s’applique aumot tec-patl. C’est là le silex, dans sa signification commune, mais tec-paU se compose de tec, primitif de tequi, couper, et depatl, i^rimhif de palîani, rouler, dont le radical est pa, sur, autour, qui fait encorepd ou palli, terre noire, couleur noire, médecine, pilule, identique avec la palla italienne , le bal, tourner, du quiche, balle, ballon, etc., balon étant lui-même unmot haïtien, ayant absolument le même sens qu’en français. Le lecpatl est donc le feu roulant avec la fumée commeune boule pour monter au cratère. (2) En portant le diable, c’est-à-dire l’électricité dans ses diverses manifestations; car l’une se découvre dans la puissance volcanique, l’autre dans le souffle répandu sur l’Océan, l’autre dans la vague qui s’ouvreun passage, en formant la mer des Caraïbes. (3) Une montagne, ce tlacall, unhomme ou plutôt un qui vit d’eau et de feu : il est appelé l’Agitation dans le sol, quauh, l’arbre, le sol du Croissant, composé de co et d’à, l’eau de vase, faisant coa, ce qui est double, ce qui renfermait les deux puissances vitales comme le Croissant, ce qui portait des cornes comme un croissant, quauh ou plutôt quahuitl, ce qui remue en sortant de l’eau de vase, ayant à la fois ces diverses significations. (4) C’est là le sens étymologique d’apan-écatl. (o) Sens de lezca-cova-cail, où l’on pourrait, entre autres, trouver encore celui de la canne maîtresse (volcan), c’est-à-diresur le miroir, la surface de la mer, etc. (6) Qui étend le bouclier, ou plus étymologiquement qui étend ce qui s’est creusé d’en bas ou de l’abîme, chi-mal-man.
— 4U – tla, niman oncan o-rao-tlalli- extrémitésde l’Arbre (1^, ils s’y que:cencatoraavacin quavitl; établirent aussitôt : l’Arbre niman oncan con-tlallique yn grossitdémesurément; alors ils tlalmomoztli,ypanquillalliquc y fondèrent la pyramide en in Diablo. Yn o-con-llallique, terre (2),au sommet de laquelle niman con-cuique ynim ihtac : ils colloquèrent le Diable (3). auh niman-ye tla-quazquia, yn Dès qu’ils l’eurent placé, ils niman yn-pam poztec yn qua- prirent aussitôt leur repas (4) : vitl ; niman yc qui cauhque yn et voilà quecomme ils allaient qui quaya; cenca buecauhtica commencer à manger (5), le in toloUo-ti-catca. Auh niman tronc de l’Arbre craqua ; là-desyc quin notz in Diablo quim sus ils laissèrent ce qu’ils manilhui : Xi quin navatican yn geaient; après avoir existé fort amechvicayncMcuecalpoltin; longtemps, il succombait à la li quim ilhuican ca amo t’iaz- chaleur (6). Et aussitôt le Diaque, çannican ti-to-cuepazque. ble les appelant, leur dit : Avi- Yn o-quim ilhuique, cehca tla- sez les huit tribus de vous ac- (i) On pourrait dire aussi, Aumilieu des racines de l’Arbre; mais l’un n’a pas plus de sens que l’autre. (2) Pyramide en terre, momozlli ou mumuztli, donnant exactement l’idéedu téocalli, à pans droits, chez les uns, à pans inclinés, chez les autres. Mumulzli qui est presqu’identique, signifie la graisse brillante de la marmite, allusion sans doute à la lave qui, sur la grande marmite de l’Océan, érigea la première pyramide^ en soulevant la première montagne avec son cratère. (5) Selon le sens ordinaire, cela veut dire guMIs placèrent la statue du dieu dans l’édicule au sommet du téocalli, comme on le voit dans quelques peintures. (4) Ihtac que je traduis ici par repas, n’est pas une interprétation bien rigoureuse. Tel qu’il est orthographié, il n’existe pas dans le vocabulaire de Molina; mais il est probable qu’il est ici pour tWac, passé de illa, trouver, voir, regarder de loin, etc.; ce qui viendrait a dire que la phrase entière aie sens de prendre leur point de mire, pour une chose ou une autre, pour se reposer, pour manger, d’où la traduction de repas, puisqu’ils mangent. (a) Commencer à manger, tia-quazquia pour tla-qiiaz-nequia^ selon l’interprétation vulgaire. (6) Phrase difficile, à cause du mot ioioîlo, qu’on ne trouve pas, redoublement ici de tolloll qu’on ne trouve pas davantage, mais qui doit avoir le sens de courbe, inclinaison, d’après ce que j’ai expliqué plus haut, leWre deuxième, pag. 119. Mais, selon la règle,donnée par Carochi (Arle delà long. Mex. pag. 54 rfc/o), des mots terminant en ô, toUo, signifierait ici une chose remplie de courbes, où il y en a beau-coup, et si l’on traduit le <o, précédent par chaleur, embrasement, on a des courbes, des lieux courbés tout plein de feu, etc., ou courbés, ou courbant sous la chaleur.
— 41o — ocoxque yn yehuantin in chi- compagner; dites-leurquenous eue calpoltin; yn o-quin nava- ne partirons point, mais qu’ici tique,nimano-qu’itoqueinchi- même nous nous transformecue calpoltin :To-Tecuiyovane, rons (1). Dès qu’ils le leur eucampan t’iazque, ca t’amech to- rent dit, ces huit tribus s’affliviquilia? Niman occeppa o- gèrentbeaucoup ;etaprèsqu’ils quim-ilhuique : Ca amo, ca ça les eurent avisées, les huit tri-an yazque. bus dirent aussitôt : Nos puissants Seigneurs, où donc ironsnous,quenous ayonsl’honneur de vousaccompagner (2). Alors ils leur dirent de nouveau :
Mais non, car c’est vous seulement qui partirez Dès que les feux du cratère furent arrivés au sol du Croissant (3), ils s’y fixèrent. Le sol du Croissant s’étant gonflé démesurément (4), ils érigent un cône de terre et dessus ils élèvent le Diable (5). Ils en érigent encore deux autres (6), puis ils prennent leur élan (7) . Etcommela lave bouillonnaitdoublement (8) , (1) Cette phrase encore est confuse et contradictoire. (2) Viquilia, selon le sens vulgaire, est ici le révérentiel du verbe vica, accompagner, etc.; de là le mot honneur de la traduction. (3) II y a toujours de l’ambiguïté, bien que moins que dans la première version : le sens dit aussi bien : le feu du cratère, tzin-(la, est arrivé au sol du croissant, quahuill, que : le croissant a saisi, atteint le feu du cratère. (4) Tomahuac, gonflé et grossi, comme4’arbre dont il est question dans le Popol-Vuh, où les deux frères sont changés en singes. Conf.
Lettre troisième, pag. 231. C’est le soulèvement de la terre qui commence à se produire. (5) La première montagne où les puissances telluriques manifestent leur action. (6) Ils en érigent encore deux autres ; c’est le sens que donnent les mots yn oc-on tlallique, ainsi lus, oc-on, encore deux, traduction non moins exacte que l’autre. (7) C’est la seule bonne version que je trouve pour ynim ihtac qu’on peut encore mieux lire dans ce sens yni mihtac ou mittac. (8) Je fonde cette version principalement sur le mot zquia qui est ici jiour izquia^ verbe qu’on ne trouve pointdansMolina,dans sa simplicité, mais dont les racines existent identiques dans le mot « Iz-
- 416 — voilà que la masse continentale du Croissant (1) éclata violemment (2) : à l’instantmôme, ils laissèrent aller(3) ce qu’il broyait, (le Croissant) ayant existé fort longtemps, succombait à l’intensité (4) de l’embrasement (qui le minait). Et là-dessus, voilàque leDiable les réunit, en leur disant : Avisez ceux qui (sont) au fond de la Courbe de l’eau (5) de monter avec les huit assises, poussées par la chaleur, retournez-les sur ellesmêmes (6); car nous ne nous en irons pas, seulement ici nous nous transformerons. Dès qu’ils les eurent retournées, les mêmes couches (7) des huit assises, poussées par la chaleur, répandirentune grandequantité de résine enflammée (8) : dès qu’ils leur eurent qui-all^ bebida de maïs tostado y molido, dit Molina^ boisson de maïs grillé et moulu ensuite. Jzqui est donc le maïs grillé et réduit en poudre ; or le maïs étant une image commune pour la flamme et le feu, s’accorde on ne peut mieux avec lia, le feu, olqtta, broyer, doubler dans les mâchoires, etc. ; de là la traduction que je fais ici de ce verbe tla-quazqtiia que je ne vois guère moyen d’interpréter différemment. (1) Ynpam^ le tronc, et comme c’est le tronc d’une terre aussi vaste que la moitié de l’Amérique, je traduis par masse continentale, pour être plus clair. (2) C’est l’éruption du sol qui se déchire. (3) Cette phrase parait être une allusion à la lave qu’il laisse aller, c’est-à-dire couler de toutes parts. (4) C’est le même sens que j’ai expliqué plus haut, note (6), p. 414. (5) Qui sont au fond delà Courbe de l’eau, yn a-me-ch, pour yn ame-chi, sens analytique d’amec/i qui ailleurs signifie vous, régime. (6) C’est le sens que me parait avoir ici ilhiiican, du \cibe ilhui^ parler, dire, dans sa signification vulgaire, mais qui signifie radicalement, venir tournant : de là le nom du ciel, ilhuicail, qui a plutôt le sensde l’horizon, celuiqui vient retournant, de la racine il. Il est bien évident qu’i//mi a ici un sens géologique pour lequel apparemment il y a une expression plus complète en français. (7) Les mêmescouches yn yehuan-tin. Voir plus haut, note (2), pour l’explication de tin; page 405. (8) Exactement le sens de tla-ocox-que pour tla-oco-ox-que, verbe composé de lia, feu, oco, primitif d’ocot^, le pin à résine si abondant en Amérique, et ox, racine d’oxif/, la térébenthine; participe passé en mêmetempsdu verbe oya, répandre, couler au large; que est lamarque du pluriel. Il est à remarquer ici que les terres ensevelies sous lamer des Caraïbes continuent à émettre une grande quantité de résine en-
— 417 — permisdes’en aller, les huit assises,pousséesparla chaleur, dirent : vous qui tenez le centre de notre enveloppe (1) où donc irons-nous, puisque nous vous portons à notre surface (2)? Mais aussitôt ils répondirent pour la seconde fois : C’est votre affaire (3), car c’est vous seulement qui partirez.
Nican ic at-to-val-peuhque Là-dessus les huit tribus ouyn chicue calpoltin ,ompa quini vrirentde ce côté-ci notreroute oncauhque yn quahuitl y-tzin- par eau (4), laissant derrière tlan, huecauh-ticaompacatca : elles les extrémités de l’Arçatepan yn o-hual-peuhque, yn bre (5) où, durant longtemps, otlica ympan o-acico yn tla- elles étaient restées : ensuite, tlaca-tecolo Vey-Comitl ytlan dès qu’elles eurent commencé huehuetzloque, yvan cequintin à venir,dans leur chemin, elles Mizquitl y-tzintlan huehuetz- rencontrèrent à sa surface (6) core actuellement. C’est à ce mélange de résines enflammées, dont il est question ici, que la fable fait allusion dans l’antiquité grecque^ en parlant des Héliades, dont les larmes se changèrent en électre, à la mortde Phaéton, leur frère, qui avait été tué, en conduisant imprudemment lechar du soleil, son père. Phaéton est un volcan quimeurt et les Héliades sont les îles nouvelles , dont les yeux, c’est-à-dire les sources produisent Yélscire^ identique probablement avec le succin.
Le nom d’elecior qu’on donne au soleil, est haïtien; il signifie « une chose céleste, sortant à l’état laiteux et se coagulant », el-ec-tor. Le Codex Chimalpopoca est rempli de détails à ce sujet. Remarquons d’ailleurs, qu’en mexicain tla-ocoxque, ils répandirent de la résine bouillante ou enflammée, signifie dans le langage vulgaire, ils pleurèrent, ils versèrent des larmes. (1) Conf. plus haut, note (4), page 410. (2) To, Vo, notre voie, notre lieu, notre surface; vîquilia, de révcrenciel qu’il est, de l’autre manière, devient applicatif, dans cette version. (3) Ca àmo, mais non, ou bien ca am-o, c’est votre voie , votre lieu, votre aflaire. (4) Notre route par eau, ai-t’o^ oubienencore at, par eau, to, nous, les huit tribus, commençâmes à venir, etc. (5) Plus haut, il y a quahuitl y tzintîa, au milieu des racines de l’arbre, tla, dans la version vraie indiquant le feu du cratère. Ici il y a y-tzin-tlan, ayant à peu près le même sens, dans la version ordinaire, dans, entre, etc., comme aussi pour l’autre ; car tlan ne peut jamais signifier le feu, mais les bords de quelque chose, etc. (6) Phrase ambiguë j on ne sait si ce sont les tribus ou bien les génies qui doivent être sujets du verbe acico et du verbe précédent.
— 4i8 – loque ; yehuantin in quin to- des génies ténébreux qui (1) cayotia Mimixcoa, yn ce tlacall étaient étendus aux bords de la y-toca Xiuhneltiin, ynic orne Grande-Marmite (2), avec d’auy-toca Mimitzin , yniqu’ey in très qui étaient étendus de leur civatl yn veltiuh. Occeppa on- long aux extrémités de l’Acacan o-quin notz in Diablo in cia(3); c’étaientceux qu’ensuite Huitzillopochtli quim ilhui : on surnomma les Mixcoas (4), Les mots ym-pan à leur surface ne sont pas moins embarrassants dans celte version. (1) Génies ténébreux, tlailacalecolo, d’ordinaire traduit par le mot diabloou demonio, en espagnol.Ce vocable vient de llaca-lecololl, homtne-hibou ; mais tecololl, ce qui remue la voie ou la surface courbe de la pierre, indique un volcan prôt à s’ouvrir, tla-ca, à cause du feu.
De là la version de, mamelons de pierre brûlante, que je donne plus loin pour Ualla-ca-tecolo. {2) Aux bords de la Grande-Marmite, phrase mystérieuse et qui eût été à jamais incompréhensible, sans la découverteque j’ai faite de la duplicité dans le sens des mots et des hiéroglypties. Cette grande marmite est représentée d’ordinaire parun cactusen forme de grosse boule, la bisnaga, qu’Emory classe sous lenom de cactus mammUariaj voisine du A’. Vivijtara, etc. Conf. Notes on a mililaryReconnaissance , etc., pag. 135. 11 est bien évident que cette image faisait allusion au sexe et à la fécondité de la femme; elle était aussi le symbole mystérieux de la mer des Caraïbes, regardée comme le sexe de Xmucané ou d’Ilzpapalotl, comme aussi du volcan de la Soufrière dans lequel s’élève l’autre cratère de soulèvement, auquel la légende paraît appliquer le nom de Mimitzin. (.3) Mizquill, l’acacia véritable des anciens, dit Hernandez, « verissima antiquorum acacia, » bien que ce ne soit pas l’arbre appelé vulgairement de ce nom parmi nous. C’estun arbre à feuilles légères comme des plumes d’oiseaux, donnant la gomme dite arabique, et c’est de sa forme et de ce produit que lui est venue son importance.
Car c’est l’arbre qu’on voit si souvent représenté, dans les peintures, comme l’image des gaz et des vapeurs, la gomme, à son tour, étant celle des laves et des déjections enflammées des volcans. La présence du mizquUl danscette histoire, l’importancedonnée à l’acacia chez les anciens, seraient inexplicables autrement : tout le mystère qui s’y rattache vient du symbole qu’il représentait. Ajoutons que l’étymolo^ie de son nom, a son importance également à cet égard. Si la première syllabe iniz, primitif de inizlli, lion, rappelle encore un des hiéroglyphes de l’antique Croissant, dans l’ensemble du nom analysé, m’izqui-ll, on retrouve, « le mouvement, la vie de ce qui s’est broyé, produit avec la vapeur. » Ainsi, si les bords ou les dents de la Grande-.Marmilesont les petites Antilles de la Courbe, les bords ou les dents de l’extrémité de l’acacia sont l’ensemble du fameux massif de la Soufrière, comparé ici à l’Acacia, aux feuilles dentelées et légères, à cause de ses vapeurs de toute espèce et surtout de ses fumerolles. (4) Mimixcoa, redoublement et pluriel de MixcoaU,\e serpent nébu-
— 419 — Xi quim on anacan yn VeyCo dont un homme, appelé Xiuhmitl yn tlan, cate yehuantin neltzin, le second appelé Miyac-achto tequitizque. mitzin (1), en troisième lieu la femme, leur sœur (2). En cet endroit, le Diable. Huitzillopochtli les convoqua de nouveau et leur dit : Saisissez-vous des • bords de la Grande-Marmite, car ce sont eux qui tout d’abord travailleront (3).
Là-dessus, les huit assises de soulèvement commencentà pousseren avantavec lachaleurdel’eau (4) , laissant en arrière les bords des cratères du Croissant (5), où elles avaient été durant longtemps (6); mais ensuite (7), dès qu’elles se furent poussées en avant, et que dans leur voie elles eurent gagné leur place (8), leurs mamelons de pierre brûlante s’étenleux, dans son sens ordinaire ; c’est un nom appliqué à une sorte de tourbillon de nuages, io/nacfo,phénomène assezcommun au Mexique. (1) Xiuhnel et Mimich, deux héros de la légende fabuleuse du Mexique qui y jouent un grand rôle et dont l’histoire se trouve, avec tousses détails, dans le Codex Chimalpopoca. (2) La sœur ainée, huelliuh, n’est par nommée ici, l’expression de son nom eût dérangé la version suivante. (3) Le lecteur peut voir que l’ensemble de tout ce récit devient de plus en plus confus et inintelligible; je comprends que M. Aubin ait reculé si souvent devant la publication de la traduction qu’il aurait pu en faire. Tout cela ne se comprend que dans la version vraie, cehe qui concerne le cataclysme. (4) At-to-hual-peuhque, me paraît bien rendu par cette version, at, pour atl, eau, to, la chaleur, le bouillonnement, huai, en avant, ou par ici, peuhque, de peua, commencer, se lever, se mettre en che-min, avec le sens de pousser vivement, etc. (5) En arrière, c’est-à-dire, au fond de l’Océan ; ce sont les antiques cratères éteints de la terre ensevelie. (6) C’est-à-dire après avoir été longtemps attachées au Croiis^ant dont ces couches de terre soulevées faisaient partie. (7) Mais ensuite, çatepan, vocable qui, dans son analyse, peut signifier encore, mais en arrière, et mieux, mais sur la roche, sur la pierre, sur le sol, ca-te-pan. (8) Ym-pan, leur place, leur ligne, leur ordre, etc.
-r- 420 — dirent, en s’élevant (1) aux bords du Grand-Bassin (2), et d’autres stigmates (3) s’étendirent, en se grandissant, entre les volcans de l’Acacia (4) ; ce sont les mômesstigmates (5) qui furent surnommés depuis les serpentsnébuleux (6), dont une montagne, appelée le Cratère du Foie sortant des Entrailles (7); le second. (1) Conf. ponr tlatla-ca-tecolo, mamelons, etc., la note (1). page 118; s’étendaient en s’ëlevant, huehuetzloque, verbe composé que Molina ne donne point; il vient de huehue, redoublement de hue ou huey, grand, de Iz, pour Hz ou Izi, qui peut signifler deux choses fort diverses, et de loque, pluriel de loc, ce qui est étendu de son long. Si la racine de f2 est Izi, le sens est jaillir, saillir, venir d’en bas avec le gaz; si c’est ilz^ il s’agit probablement de la glace {is, ice, glace dans nos langues germaniques), qui couvrait la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique, comme le lecteur l’a vu dans le cours de la Lettre quatrième; le sens de huehue-Iz-toque serait ainsi^que les couches se placèrent sous la glace, en grandissant. (2) Cequin-tin, pluriel ordinaire de cequin,autre ; mais tin ici est un vocable séparé; donc d’autres stigmates, d’autres couches ou lieux composes de pierre, etc. A la rigueur, on pourrait peut-être encore traduire cc-quin-tin, par des « couches-ensulte-de-çlace, ce, radical de cell, étant la glace, encore mieux que itz qui n’est que l’eau glacée, très-froide. (3) Voir pour mizquitl la note ci-dessus (3), page 418. (4) Le Grand-Bassin, huey-comitl, la Grande-Marmite, est un symbole du grand cratère, contenant le cratère de soulèvement, comme il peut l’être de la mer des Caraïbes. (5) Yehuan-lin, pluriel de yehuan ; mais tin,comme dans cequintin, a ici un sens particulier. Je le rends par stigmate, bien qu’ailleurs je l’appelle couche, car c’est l’un et l’autre; ce sont des assises solides, soulevées par la chaleur, qui stigmatisent lasurface de l’Océan. (6) Serpents nébuleux, conf. page 418, note (4). Mimixcoa, toutefois, signifie analytiquement ici, « tau de l’orbite desyeux qui s’élève ou qui s’élance,» ou bien al’liau qui s’élance de l’orbitedeson œil,» mi-m’ix-co-a ; c’est le nom donné aux nombreuses fumerolles du massif de la Soufrière,identiques probablement avec les Quatre cents Chichimèques, ou les innombrables mamelons fumants, dont les pitons principaux sont appelés les chefs. L’œil, sous tous ses points de vue, soit l’œil ouvert dans l’Océan, l’œil ou le cratère du volcan, qui s’ouvre ou qui se ferme,joue un grand rôle dans toute cette mythologie,où il devient lecteis de la femme, l’œil rempli d’eau, source de la fécondité humaine ou terrestre, souvent symbolisée dans un œil ouv^, avec la paupière d’en bas, gonflée de gouttelettes qui expriment l’eau ou la pluie. Le cratère en feu, c’est l’homme, le prince, le dieu fécondateur ; le cratère éteint et rempli d’eau, c’est la femme féconde et fécondée. (7) Xiuh-neirtzin, le Seigneur véritable de la Turquoise, de l’Herbe ou de l’Année, voilà tous les sens apparents de ce nom. Mais si tsin^
— 421 — appelé leCratère qui lance des Fusées (1); le troisième étant ce qui est sur l’eau de la Déchirure qui s’étend considérablement (2). Là le Diable qui vit dans la fumée de la cime du cône leur dit (3) : Saisissez les bords du Grand-Bassin ; car ce sont ces mêmes stigmates qui abreuveront la pierre brûlante de la lave avec leur eau.
Auh ca niman oncan o- Et comme aussitôt en cet quin cuepilli ynin toca yn endroit illeurrestitualeurnom Azteca o-quim-ilhui : In aux Aztèques, il leur dit :Auaxcan aocmo amo – toca yn jourd’hui, ce n’est plus là votre am Azteca, ye am Mexica. nom , vous autres les Aztè- Oncan o-quin nacaz-potoni- ques (1), mais vous êtes Mexiest l’anus ou le cratère, nel, composé de ne et à’el, signifle le foie mêlé, mélangé, xiuh, sorti du ventre ou des entrailles de la terre; ce foie mêlé ou mélangé ne peut caractériser ici quedes déjections volcaniques dont nel était probablement l’expression géologique çn mexicain. C’est undes deux grands mornes de la Guadeloupe. (1) Mimitzin, le Seigneur qui lance des Flèches, ou plutôt leCratère qui lance des flèches ou qui s’élève en pic, les deux sens pouvant s’admettre. Xiuhnellzin et Mimitzin sont les deux principaux pitons de la Soufrière; les renseignements que mefournit le Codex Chimalpopocane me laissent aucun doute à cetégard. J’ai tout lieu de croire, d’après le même document, que Mimitzin qui continue à vivre longtemps est le grand pic de la Soufrière, et que Xiuhneltzi7i est celui, dit de la Citerne, d’après la carte de M. Ch. Sainte-Claire Deville,son cœur ou son foie, son intérieur ayant été mangé par une femme, selon le document cité, c’est-à-dire ayant été rempli d’eau. (2) Comme la sœur, huel-tiuh, celui ou celle qui s’étend beaucoup; ci-vatl, qui a la déchirure, est avec lesdeux frères, etcomme sonnom indique une fente, une déchirure^ tout à fait voisine de ces deux mornes, je suis porté à croire que c’est le ravin dit de la Grande- Fente, au même massif de la Soufrière, dont il est question dans le Rapport de M. Sainte-Claire Deville, inséré dans les Archives de la Commission scientifique du Mexique, tom. II, pag. 100. (3) La puissance volcanique qui parle : le mot diablo, ainsi que je l’ai fait connaître plus haut, étant une interpolation espagnole, les conquérants de l’époque ne voulant admettre, même scientifiquement, que la puissance de Dieu ou bien celle du diable, bien que ce soit, après tout, la puissance divine”en tous lieux. Mais comment dire aux Espagnols que Dieu était dans la fumée ! Le rédacteur mexicain inséra donc diablo dans son texte pour leur satisfaction. (4) Ce texte est formel contre le nom d’Aztèque, employé si fré-
— 422 — que ynic o-qui-cuique ynin toca yn Mexica : yvan en-can o-quim macac yn mill yvan llahuilolli yva chitatli, yn lie yn aco yauh. Huel qui mina y Mexica ompa quiçaco in Cuextecall -y-Chocayan yvan yn Cohuatl-y-Ca-mac ypan yn Orne Calli xihuitl. Oncan ceppa ynpan mo’lpi yn xihuill yn Cohuatly-Camac , Cohua-Tepetl icpac-huetz in lle-quahuitl ypaa yn Orne Acall xihuitl. cains. C’est là qu’ils s’ornèrenl les oreilles deplumes (2), aprës qu’ils eurent pris leur nom de Mexicains : là également il leur donna la flèche et les poudres brillantes (3), le réseau avec tout ce qui s’élève en l’air (4), Les Mexicainstiraientdonc fort bien , lorsqu’ils arrivèrent à Cuextecall-y-Chocayan, ainsi qu’à Cohuatl-y-Camac (5), en l’annéeDeux Maisons. Là, pour la première fois, se fit la ligature des années (6), à Coliuatly-Camac, et l’on alluma le feu sacré à la cime du mont Coquemmenl pour désigner les Mexicains ou les autres populations du Mexique; car, en prenant le récit, tel qu’il est dans la version pseudo-historique^ il est évident qu’avant de sortir de Colhuacan, ils ne portaient plus le nom d’Aztèques. (1) Polonia, ni-tla, dit Molina, poner a otro bizma con pluma me-nuda sobre la trementina, o emplumar a otro, c’est-à-dire mettre à autrui un emplâtre composé du duvet des oiseaux sur de la térébenthine ou couvrir quelqu’un de plumes. Ici le verbe paraît impersonnel, po^oni, qui a le sens de sentir mauvais; mais évidemment c’est le premier qu’il faut prendre pour la première version, nacazpotonique, ils se couvrirent les oreilles de plumes, etc., tandis que pour la seconde version, les deux sens à la fois conviennent; voir plus loin la note à la suite de son texte. (2)Poudres brillantes, traduction exacte ici, je crois,pour Wa/iuiT/t qui est la clarté et Téclat que l’on donnait aux chefs mexicains, en leur frottant le corps de poudres fines, rouge, jaune et noire, symboles du feu, de la flamme et de la fumée, au jour do leur couronnement. J’observerai, d’ailleurs,que llahuilolli, léclat, signifie radicalement, ce qui retournedu feu. (3) Le réseau, chitatli, pour porter tous les projectiles qu’on lance en l’air, aco, en haut, àxivn, pierre à aiguiser, en grec et en latin, comme letecpatl, symbole du volcan qui s’élève, àxr,, pointe, etc. (4) On a vainement cherché où étaient ces lieux célèbres dans les annales mexicaines. La seconde version montrera que ce sont encore des désignations particulières à la Guadeloupe. (5)Le vocable mo’lpi, de mo-ilpia, se lier, s’attacher, ou plutôt xiuh-molpilia, exprimait l’idée du cycle mexicain de cinquante-deux ans.
Et comme aussitôt en ces lieux, il leur rendit leur place, à ceux) qui avaient été posés dans la Vapeur il leur dit : Ce n’est plus votre nom d’être ceux qui sont étendus dans la Vapeur, puisque vous êtes les Issus du Croissant (3). C’est là qu’ils revêtirent les cônes inférieurs de cendres et de vapeurs (4), après qu’ils eurent pris leur place, comme les IssusduCroissant ; làégalement il leurdonna l’éruption et l’éclat (5) , ainsi que cequi remue le sol d’en bas (6), le feu et tout ce qui s’élève dans l’air. Aussi les lancèrent-ils bien loin, ces Issus du Croissant, lorsqu’ils vinrent à se faire une issue à l’endroit où gémit celui qui étend sa nuque sur la mâchoire du serpent (7), à la cime du {i)Cohuatepec, Sur le mont du serpent, célèbre par la naissancedu dieu Huitzilopochtli et le commencement de la chronologie mexicaine. (2) Avec l’année Ome-Acall, Beux-Ca.rmes,nom emprunté auxDeux- Pitonsdu massifde la Soufrière. C’est la première du cycle mexicain.
Si ce chitfre peut être considéré comme une date absolue, il signifierait que ce fut à la vingt-septième année après la catastrophe, qui datait de Ce-Tecpall, un silex, que les volcans se seraient rallumés. (3) La puissance volcanique qui avait fait crouler les terres du Croissant dans l’abîme, rend leur place à ceux qui en sont les Issus, Mexica, c’est-à-dire aux terres qui remontèrent avec le massif de la Soufrière. (4) Nacaz-potonique, conf. la note (4), page 422. Nacaz, primitif de nacaztli, l’oreille. Ce sont leurs oreilles qu’ils couvrent de térébenthine et de plumes, ou de duvet; or les oreilles des deux chefs (caput), ce sont les pitons inférieurs qui se couvrent de déjections et qui exhalent leurs vapeurs. (5) L’éruption, mitl, ce qui s’élance en tournant, la flèche, dans le langage ordinaire. L’éclat, ilahuiloUi, ce qui vient du feu, etc. Conf. ci-dessus, note (2), page 422. (6) Ce qui remue le sol d’en bas, chilatli, dans le langage ordinaire, le réseau qui, d’ailleurs, ainsi que me l’a observé M. Sainte-Claire Deville, peut faire allusion à ce réseau de pitons qui environne le massif principal. Mais dans son sens analytique chi-la-tli, c’est « ce qui vit, s’agite dans le sol au plus profond, » ou bien « ce qui remue l’eau en brûlant, etc., » chit-a-tli, (7) L’endroit de celui qui gémit ou qui pleure, celui de lanuque,
- 424 — morne des Deux Chaleurs (l), c’est là que pour la première fois (2), sur cette cime, la puissance volcanique se concentra (3) dans la mâchoire du serpent, au sommet du mont qui domine le vase (4) et que le feu, éclata en l’an Deux-Cannes.
Cuex-leca-tl, la vie, la puissance étendue à la nuque, à la courbe, tchoc-a-yan, son endroitoù l’eau frappe et gémit; sur la mâchoiredu serpent, cette mâchoire de Cipaclli, de toutes ces îles qui sont les dents de sa mâchoire, de la gueule ouverte de l’abîme, toujours prête à engloutir. Tout cela, on le voit, s’applique à la courbe des petites Antilles où laGuadeloupe, avec ses deux grands pitons,joua un si grand rôle. (1) Ypan in Ome-Calli xihuitly dans l’année deux maisons ou bien sur la cime, ypan ; du morne , xihuitl, c’es’.-à-dire de ce qui est issu du centre. Ome-Calli, des deux chaleurs, etc. (2) Ceppa, pour la première fois, signiûe aussi, avec ce qui est inerte, ce qui s’est fait un par le froid, ou bien, la glace. (3)Se concentra, se ceignit, ino’lpi, c’est encore le sens de ce mot dont les autres significations sont expliquées ci-dessus. (4) Qui domine le vase, qui s’élève dans un autre cratère, sens de co-/ïua, qui pourrait à la rigueur s’interpréter encore par double, ce qui serait « sur la Montagne-Double, » toutes idées qui s’accordent, on ne peut mieux,avec celles qui concernent le massifde la Soufrière.
PIÈCE JUSTIFICATIVE, N° 2 L’éminent membre de l’Académie des Sciences, M. Charles Sainte-Claire Deville, à qui j’ai communiqué la double traduction du Manuscrit Mexicain de Van 1576, a bien vouluen prendre connaissance etme fournir quelques notes à ce sujet. Bien que n’étant, comme il l’écrit dans sa lettre ci-jointe, que d’un caractère tout à fait interprétatif et nullement positif, ces notes n’en sont pas moins un témoignage éclatant en faveur du sens géologique que présentent les histoires mexicaines dont les pages précédentes ne sont qu’un court exemple. Le Codex Chimalpopoca, dont j’achève la double interprétation, donnera les preuves les plus complètes de ce système extraordinaire, en apportant des détails tellement circonstanciés, qu’il sera impossible de méconnaître que les Mexicains ou leurs prédécesseurs avaient écrit, il y a plus de six mille ans, l’histoire géologique la.plus complète du cataclysme qui abîma la moitié du continent américain. Cette portion du continent, désignée sous lenom de Metztli ou du Croissant , est la terre d’où sont issues les petites Antilles, dont la grande courbe est encore souvent comparée à un autre Croissant. En reproduisant les notes, avec la lettre que l’illustre académicien a bien voulu m’adresser, je ne saurais
— 426 — trop lui témoigner ici ma gratitude pour le service qu’ilme rend, en mettant le public à môme de comprendre immédiatement l’importance réelle des documents dont je donne une idée, dans mes Quatre Lettres, sous le double aspect de l’archéologie et de la géologie. {Lettre de M, Charles Sainte-Claire Devilk.) Ce 9 mai 1858.
Monsieur ethonoré collègue, J’ai lu avec le plus vif intérêt le singulier et très-remarquable document que vous avez extraitdes livres mexicains.
J’ai cherché, ainsique vous m’en avez témoigné le désir, comment on pourrait expliquer par les laits et les lieux l’interprétation géologique que vous faites de ce document, en l’appliquant à la chaîne volcanique des Antilles, et je vous remets sous ce pli les quelques réûexions que m’a suggérées celte comparaison.
Je n’ai pas besoin, d’ailleurs, d’insister sur le caractère tout à fait interprétatif ai nullement positif de mes remarques, que je vous livre, sans aucune prétention à y voir la vérité absolue.
Veuillez agréer. Monsieur et honoré collègue , l’assurance de mes sentiments de hauteconsidérationet de sincère dévouement.
Jeme tiendrai à votre disposition si vous désiriez avoir encore un entretien à ce sujet.
OBSERVATIOSS DE M. CHMES SMNTE-CLAIRE DEÏllLE 1, En admettant le sens géologique proposé par M. Brasseur de Bourbourg, les deux premiers paragraphes ou alinéas semblent indiquer la composition des assises qui, formées d’à-
— 427— bordau fond de la mer, devaient être soulevées par lapuissance volcanique, désignée ici sous lenom de Diablo. 2. Le Croissant représente bien la courbe des petites Antilles : les huit assises, soulevées plus tard par le feu, se déposaient au milieu de l’eau, s’y consolidaientau moyen de la chaleur de l’eau, et dans un endroit appelé : au milieu des vapeurs. Ces derniers mots semblent indiquer (ce qui est d’ailleurs à peu près nécessaire) que la mer des Antilles , au moment où son fond se couvrait des masses éruptives sous-marines qui forment la plus grande partie du relief actuel des îles, était un immense estuaire d’oii se dégageaient des masses considérables de vapeurs (1), 3. Quant à l’énumération des huit assises ou formations soulevées par le feu, on peut reconnaître , dans la grande base^ les roches volcaniques anciennes (souvent décomposées et réduites à l’état argileux) sur lesquelles reposent les calcaires, qui for-ment, en effet, la seconde assise; dans les cailloux roulés^ les énormes couches de conglomératsqui constituent la masse principale des roches des Antilles; dans les, sécrétions volcaniques^ les laves et autres matériaux d’éruption : dans les choses percées à jour les pierres ponces (ou, d’après une autre interprétation de M. Brasseur de Bourbourg, dans les choses tordues comme des lianes, les laves tressées qui affectent si souvent la forme de cordages enroulés) ; enfin dans le cratère du Filet retourné, qui forme la dernière assise, le cône de la Soufrière qui est entouré, comme par un vase ou un filet conique renversé par son cratère de soulèvement. — Un Pic, entouré de son cratère de soulèvement, que M. Léopold deBuch comparait gracieusement à un fruit mûr qui brise son enveloppe, peut aussi soutenir la comparaison d’un tout autre genre, que propose le texte mexicain. (Voy. la dernière partie de la note 6, page 420. Serpent nébuleux, etc… féconde et fécondée.) 4. Les paragraphes suivants semblent raconter les soulèvements de toutes ces assises par les forces volcaniques, résidant dans les roches qui étaient dans la vapeur et tenaient le centre de Fenveloppe, et faisant monter l’incendie du fond du Croissant de l’eau aux lieux formés en courbes, c’est-à-dire déterminant la (1) Comparez ces paroles à ce que je crois entrevoir de la mer des Antilles, dans ma Letire Quatrième, page 329.
— 428 — sortie des diverses îles qui s’arrondissent en courbe ou en croissant. 5. On voit très-bien, dans les quatrième et cinquième alinéas, les phases diverses de l’éruption. Les roches (comme celles du Monte-Nuovo, en 1538, ou comme celles de Santorin, en ce moment même) commencent à se soulever, poussant, au milieu des gaz, la puissance qui ouvre une déchirure. Quatre points d’éruption se déclarent ainsi, et projettent des entrailles de la terre une boule noire, flocons de vapeur et de cendres. 6. Le sol du Croissant s’agite par des tremblements de terre: du milieu de l’eauou du miroir^ s’élancent avec force et pardeux orifices des colonnes de gaz , et des laves venues éten bas ou de Vabîme (Voy. notes 5 et 6, page 413) s’étendentcomme un vaste bouclier. 7. Mais le sol du Croissant s’étant gonflé démesurément , les feux du cratère se sont dégagés des eaux de la mer, ils ont érigé un cône (la Soufrière) et leDiabb {les forces éruptives) s’établissent à son sommet. A ce moment, une partie des huit assises qui s’étaient élevées avec les roches en fusion s’en détachent, et retournent sur elles-mêmes. En vain, la cohésion tend à les retenir adhérentes aux roches qui restent soulevées et qu’elles portaient, en partie, à leur surface : elles retombent dans l’abîme, et de l’immense faille qui se produit s’élève une grande quantité de résine enflammée, 8. Voilà donc les bords du Croissant dessinés : leurs mamelons de pierre brûlante s’étendent en s’élevant , aux bords du Grand Bassin ; d’autres laves qui se solidifient par le refroidissement (couches-ensuite-de-glace : voy. pag. 420, note 2) s’étendent en grandissant entre les volcans et les soutenant les uns par les autres (1). 9. Ces montagnes brûlantes, suivant le conseil du Diablo, saisissent les bords du Grand Bassin, le long duquel elles s’établissent, reléguant plusloin et vers l’Est, les autres assises soulevées, et surtout les couches calcaires. (1) Si l’on admettait, avec M. Brasseur de Bourbourg, que ce récit s’applique plus particulièrement à la Guadeloupe, le Cratère du Foie sortant des entrailles pourrait représenter les Pitons des deux mamelles, qui sont composés d’une roche vitreuse, sortie visqueuse , et aux pieds desquels ont coulé des laves modernes; \e Cratère qui lance des Fusées, serait la Citerne, qui est un cône de scories très-récent, et du pied duquel sont sorties les laves de Cantamerle et de la grande anse : et le cratère de la Déchirure serait la Soufrière.
— 429 — 10. Maintenantqu’on ne peut plus les dire étendues dans la vapeur, car elles sont sorties des mers, elles sont les issus du Croissant^ elles revêtirontles cônes inférieurs de cendres etdevapeur : elles auront Péruptionet l’éclat^cequi remue le sol d’en bas, par les tremblements de terre, comme aussi le feu et tout ce qui s’élève en l’air. De volcans sous-marins, elles seront devenues des” volcans aériens, et le plus actif sera le Pic central qui domine le vase ou son cratère desoulèvement.
PIÈCE JUSTIFICATIVE, W 5 Vendredi, 8 mai dernier.
Au moment où j’achevais de corriger les épreuves des pages mexicaines qui précèdent, pièce justificative /2° 1 , je reçus de Bruxelles une lettre deM. Georges Catlin, le voyageur américain, dont le nom est suffisamment connu. Il venait seulement d’apprendre mon retour du Mexique et m’écrivait pour me féliciter d’être arrivé en bonne santé à Paris. Sa lettre m’entretenait surtout de son insuccès pour la vente de sa collection, offerte au Louvre sous les auspices de M. Mérimée. M. Catlin ensuite me parle de ses propres voyages et des remarques qu’il a faites sur les monuments du Yucatan. Ces remarques sont trèsimportantes sous le double rapport de l’histoire et de la géologie, et le lecteur comprendra , en les lisant, que rien ne pouvait m’arriver plus à propos. M. Catlin ignorait mon retour et ne sait que depuis ma réponse, datée du samedi 9 mai, de quoi je m’occupe en ce moment. La coïncidence est donc aussi singulière qu’intéressante. Je transcris ici le paragraphe en entier de ses observations, tel qu’il est dans sa lettre, pour que le lecteur soit à même de l’apprécier. « I was but five days in Merida (the capital of Yucatan) and » Uxmal, thirteen, years since and of course I learned and
— 432 – » saw but little. A major Delovanwhom Imet there showedme a » collection of relies of Ihc class above menlioned, galhered at » Copan and clherplaces,ofpcrsonalornaments,ofdishes, vases, » etc., in the sort of terra cotla, and weapons and staluet- » tes in stone, bronzeand coppc’r,whichinterestedmemore than » the ruins of édifices. Thèse, y believe, he presented or sold to » some institution in Philadelphia. In my short stay, how- » ever.Ilearned from the sea-sand (nol mind sand), everywhere » mixed wilh fragmenlary coral, andcovering the ruins and the )» whole peninsula, like the whole range of the lasser Antilles, » that it has been submerged since those monuments were built, » and has since risen and is still rising from the Océan. And » additional évidences of those facts are that ruins are disco- » vered extending into the sea, and that the fort, which was » built to prolect the harbour (is it at Compeachy orat Sisal?), » has been decided useless, as there is no longer reason for » vessels to come wilhin range of ilsguns. » I hâve visited most of the lesser Antilles and in ail those » whose summits were not submerged in the subsidence, the » depths to which they subsided, and consequently the height » to which they hâve again risen, are easily determined by tests » which I bave been able to apply. » Ainsi, d’après les observations de Catlin, le Yucatan aurait été sous l’eau, depuis que les monuments qui s’y trouvent ont été construits. Voilà donc ce qui expliquerait la dernière des trois grandes catastrophes que cette péninsule a subies, suivant les traditions des indigènes, conservées par le D"" Sanchez Aguilar, cité par Cogolludo {Hist. de Yucatan, lib. IV, cap. 5), et à laquelle ils donnaient le nom de Hun- Vecil, qu’ils traduisent par « Anegacion de Arboles, > l’inondation des arbres. De quel intérêt serait donc une exploration sérieuse du Yucatan, sous le double point de vue de l’archéologie et de la géologie!…
M. Cathn a publié dernièrement à Londres deux petits ouvrages également curieux à étudier sous ce
— 433 — rapport. Le premier, 0-kee-pa, a religious ceremony and other customs oj the Mandans (Triibner and Go.), est le détail des cérémonies commémorant les quatre jours du cataclysme, dont mes Quatre Lettres sont l’exposé. Je l’ai reçu malheureusement lorsquemon livre était en entier imprimé ; autrement j’enauraiscertainement parlé. Qu’on lise surtout dans le petit ouvrage de Gatlin le foUum reservatum, et qu’on le compare aux explications que je donne, Lettre troisième, pages 470-471, suivies de la cérémonie de la procession du phallus de Bacchus, àMendès, en Egypte, selon Hérodote, et l’on verra si tout cela n’est pas absolument identique. Le second des ouvrages de Gatlinquejerecommande, Last Rambles amongst the Indians oj the Rocky Mountains and the Andes (Sampson Low, son, etc.), contient des détails de traditions et de soulèvements également curieux.
PIÈGE JUSTIFICATIVE, N° 4 CHANTS ANCIENS DES INDIENS DES ÉTATS-UNIS (Extrait de l’ouvrageintitulé : THE AMERICAN NATIOxNS^ or outlines of their gênerai history, ancient and modern\ etc. by C. S. Rafinesque, Philadelphia, 1836, first volume, pag. 122 et suiv,) Having oblainecI,tlirough the lateD^ Ward of Indiana, some oftheoriginal Wallam-Olum (painted records) of IheLinapi Iribe ofWapaham or White River, the Iranslalion w ill be givcn of the songs annexed to each : which form a kind of connected annals of the nation. In the illustrations of Ihis history, will be figured Ihe original glyphs or symbols (1), andthe original songs, with aliterai translationword for word. This will furnish a great addition to our knowledge of American graphies and philology; but hère the annals are chiefly interesting historically. I hâve translated, however, ail the historical and geographical names, so as to affordbetter due to the whole. \Ve knew by ail the wTiterswho bave had friendly intercourse with the tribes of North America, that they did possess, and perhaps keep yet, historical and traditional records of events, by hieroglyphs or symbols, on wood, bark, skins, in stringed wampuns, etc.; but none had been published in the original form. This shall be the first attempt. Lederer saw 200 years ago in Carolina, wheels of60 rays,recording events of600 ycars.
Humboldt has mentioned the glyphical symbols of the Hurons on wood, seen by the Jesuits. Heckewelder saw the Olumapi or painted sticks of the Linapis, but didnot describe Ihem; be merely translated some of their traditional taies : which agrée, in the main, with thèse historical songs; yet the songs appear mère (1) The glvplis or symbols, liere alluded lo, are allogclher wantiiig in tlie original book of M’ Raffinesque, from which this was borrowed.
- 43C – abridgmcnts of more ccpious annals,on Ihe bases oî Ihe traditions. The Ninniwas or Chipiwas, the Oltowas, the Sakis and Shawanis, etc., ail Linapi tribes, bave such painlcd taies and annals, callcd Neobagun (maie tool) by the former. Tanner bas flgured some of thèse pictured songs or Neobagun, in bis inlercsting Narrative. Loskiel bas stated thatthe Linapis had complète généalogies, with symbols expressing the deeds of each king. Boalty in 176G saw records 370 years old.
Out ofIheso materials and olhers keptby the Ozages, Cowelas, Tzulukis, Panis, etc., might be formed or restored a pcculiar graphie System of North America, différent from the Mexican System; and probably once imported from Asia : \shere it may be compared with the graphie symbols of the Kuriles, Yakuts, Roriaks, etc., indicated by Humboldt, but which are unknown to me. Meanlime I shall give materials for such researches in my illustrations. The symbols, w-hen met alone, were inexp’icable ; but byobtainingthe words orverses (since Iheymust commonly be sung), we may acquire enough to lead on furlher enquiries. The most obvions peculiarity of this System, is that each symbol applies to a verse or many words; as if the ideas were amalgamated in the compound syslem : yet they may of-len beanalyzed, and the éléments ascertained or conjectured,by their répétition.
Thèse historical songs of the Linapi, are known to but few individuals, and must be learned with much labor. Those oblained, consist of 3 ancient songs relaling their traditions previous to their arrivai in America (2), written in 25, 16 and 20 symbols, altogether 60. They are very curious, but destitute of chronology. The secondséries relates to America; itiscomprised in 7 songs, 4 of 16 verses of4words,and 3of20 versesof3 words.
It begins at the arrivai in America; and is conlinued without hardly any interruption till the arrivai of the European colonists, towards 1600. As 96 successive kings or chiefs are mentioned except ten that are nameless, it is susceptible of being reduced toa chronology of 96générations, forming32 centuries, and reaching back to 1600 years before our era. But the whole is very (1) I do not agrce wiih the autbor as to those Indians ever coming^ from Asia; ihc original siock muslbe merely american. (3) I suppose that nianv of iliose tiibcs did not conie toAmmca, but left one part of ihc coniineut for auoihcr, viz. the souih for the north.
— 437 — meagre, a simple catalogue of rulers, willi a few {lecds : yet il is equal lo llie Mexican annals of llie same kind. A last song, which lias neilher symbols nor words, consisting in a mère translation, ends tlie whole, and includes some few original détails on the period from 1600 to 1820.
The ortliography of Ihe Linapi names isreduccd lo tlie Spanish and French pronunciation^ except sh as in English, u as in French, îv as hou.
If any one is inclined to doubt this historical account, tiie concurrent testimonies of Loskiel and Heckewelder are my corroborant proofs. The words of Loskiel are thèse : « The Delaware keep genea’ogies, wilh the character of eacli » man, ifwise, rich, renowned, or a mighty warrior. They use » hiei’oglijpks on wood, trees and stones, to give caution, infor- » mation,communicateevents,achieveraenls, keeprecords.Some » time the hero has at bis feet, men, beads or weapons. They » bave also paintings onskins of deeds, bunts, feats, etc. 1. SONG.—Tue Création, etc. .
At first Ihere was nolhing but sea water on the top of the land. Aki. 2. There was much water, and much fog over the land, and therewas also Kiantitowit , the God-Creator. 3. And this God-Creator was the first being (Saye-tvis)^ an eternal being and invisible although every where. 4. It was hewho causedmuch water, much land, much cloud, much heaven. 5. It was he who caused the sun, the moon and the stars. 6. And ail thèse he caused to move well. 7. By bis action, it blew hard, it cleared up, and the deep water ran olF. 8. It looks bright, and islands stood there. — Menai: {i). 9. It was then, when again the God-Creator made the maker of spirits.—Manito-Manitoak. 10. And also the first beings Owiniwak, and also the angels Angelatawiwak{^}, and also the soûls Chichankicak, ail them he made. (1) Compare Ihis name wilh that ofMen in my previous Lettre Deuxième. (2) I doubt the exaclness of this Word, angela-tawiwak, which I bclieve to be a biblical interpolatioa of the translater. 28’^
— 438 — 4 1 . And .nfUnvards lie’mnde Ihc man-being Tin-wis, anceslor ofIhe man. 12. He gave bim Ihc first motbcr Netamigaho, mother of the first beings Owini. 13. And fishes he gave hini, turllos he gave him, bcasts he gave him, birds he gave him. 44. But there was a bad .«piril Mah’mani, who caused Ihebad beings ùlalcowini, black snakes Nakotcak, and monslers or large reptiles Amanga7nek{). lo. And caused also flics, and caused also gnats. iG. Ail Ihe beings wcre thon friendsand stood there. 47. Thou being Knvis, good God Wunand (thèse are 2 Gods) and Ihe good maker or spirits were such. 48. With the Jins Nijini, the first men, and the first mother, their wives, which were Pairies Nantinetvak. 49. The first food of the Jins and Pairies was a fat fruit Gatiamin. 20. AU were willingly pleased, ail were easy-thinking, and ail were well-happified. 21. But after a while a snake-priest Poivnko, brings on earth secretly the snake worship Initako, of the god of the snakes Wakon. 22. And there came wickedness, crime , and unhappiness. 23. And bad weather was coming , dislemper was coming with death was coming. 24. AUlhis happened very long ago, at the first land IVetamaki, beyondthe grcat océan Kitahikan (2). 2. SONG.—Tue Plood, etc. 4 . There was long ago a powerful snake Maskanako, when the men bad become bad beings Makotvini. 2. This slrong snake had hocome the foe of the Jins, and Ihcy bocame Iroubled, hating each olher. 3. Bolh were flghting, both were spoillng, bolh were never peaceful. (1) Compare thèse words willi llie ubove mcnlioned niexkan traditions. (2) I suppose tbis Océan lo hâve l)een the soulhern sca of ilie Cresccnl, where now exisls thcmouth ofihc Amazon.
— 439 – 4. And lliey were fighting, least man Mattapeioi wilh dead-keeper Nihanlowit. 5. And the strong snake readily resolved to destroy or fight llie beings and the men. 6. The dark snake he brought, Ihe monstcr (Amanyam) he brought, snake-rushing, water he brought (!). 7. Muchwater is rushing, much go to hills, much penetrate, much destroying. 8. Meantime at Tula. at that island (2), Nana-Bush (the great hare Nana) became the ancestor of beings and men (3 . 9. Being born creeping, he is ready to movc and dwell at Tula. 10. The beings and men {Owini and Linowi) ail go forth from the flood creeping in shallow water , or swimming afloat, asking which is the way to the turtle back Tulapin (this verse like raany others is in rhymes, and mètre of 9 words of 3 syllables. 1 1 .
Bat there were many monsters (Amanyameck) in the way, and some men were devoured by them. 12. But the daughter of a spirit,helpedthem in a boat,saying come, come, they were coming and were helped. The name of theboalorraftis Mokol{A). 13. Nanabush, Nanabush, became the grandfather of ail, the grandfather of the beings, the grandfather of the men, and the grandfather of the turtles. (This is the beginning of a hymn lo Nanabush, inrhymes, lasting for 4 verses.) 14. The men were there, the turtle there, they were turtling altogether (5). [Tulapewi are the turtle men.) 15. He was frightened, he the turtle, he was praying, he the turtle, let it be to make well. 16. Water running off, it is drying, in the plains and the (1) The name of lliis snake-rusliing water is wery inleresling : he mnst be ideniical wi’.hlhe myth ofTescar/ipoca, under Ihe nameof rao«<,\vho brought water and opened ihe Caribbœan sea. Aman, qiiite a niexican naine, meaas, the Extending the Water, and Yam remindsthe Am, iheDevourer of ihe abysa. (2) Hore again wehave anolher very interesting name, Tula. (3)Nana-Bushreminds of Nanahuatl,who \Nas ihe volcano of the great hare, Tochtli, one of the names of ihe Crescent. (4) ilokol, another name of inlcrest. Compare wiih Môk, of whichi spoke, relating tolhe grand-mother Xmukané. (5) The turtling people may be the islands coming ont from the occan, according to the sensé of the foUowing verses.
— 440 – mounlains, al llic patli of (bc cave, elsewhere wenl Ihe |»o\vcrful action orinolion. 3. SOXG.— Fate AiT::ii tuk FloO!). .
AfLcr Ihc flood, Ihe manly raen Lenajjcwi, witb Ihe manly turlle beings, dwelt close logether at the cave house, and dwellingof Talli{{). 2. It freezes wa? Ihere, it snows was Ihere, it is cold was lliere. 3. To possess mild coldncss and mucb gamc, they go lo Ibe norlberly plain (2),‘lo hunt caltle tbey go. 4. To be strong and to be rich the corners divided into tillers and huniers. Wik/nc/iik ^ Eloivt-chik. 5. The most strong, the mostgood, the mosl holy, Ihe hunters Ihey are.
C. And the hunters spread themselve?,becoming northerlings, casterlings, soutberlings, westerlings. Lotcaniwi, Wapaniun\ Shatvaniwi Wimheniwi. 7. Tlius thewhitccounlry ZMwona/ii, north of the turllecountry (3), bccamc the hunting country of the turlling true men. 8. Mcantime ail the snakes werc afraid in their buts, and the snake priest Nakopoica said to ail, let us go. 9. Easterlythcygo forth at snakeland Akhokinkyand theywent away earncstly grieving. dO. Thus cscaping by going so far, and by Irembling the burnt land Lusasaki is torn and is broken from the snake fortified land (4). Akomenaki. \. Doing frec, baving no trouble, the northerlings ail go ont, soparating at the land of snow, Winiaken. 12. The fish rcsort to the shorcs of the gaping sea, whcre tarried the fathers of White Eaglc and Whiîe Wolf. Woplaneiva, Waptumewi, 43. \‘hile our fathers were ahvays boating and navigating, (1) Talli, the dried land, ta, or ihe islanda. (2) They leavo ihe southcrn counlriss covercd wilh icc, whclher ihc islands cr ihe ncw-risen monlains of Mexico. (3) Exaclly going lo Ihc plains o! the United Slales. (4) Is Ihis not again an allusion lo Ihc luin oflhc land of the Crosccnl ? So il looks altogcihcr.
— 441 — lliey saw in the east Ihal the snakelandwets biighland wealUiy. (Hère Legins a fine poelical rliyming narrative.) 14. The hcad-beaver Wihlamok, and the big-bird Kicholen, wcro saying to ail, let us go to the snake Island Akomen. 15. By going with us, we shall annihilate ail the snaking pcople, Wemaken.
IQ. Having ail agreed, the norlhcrlings and easterlings, went over the water ofthe frozen sea to possess the land. 17. It was wonderful when they ail went over the smooth deep water of the frozen sea, at the gap of snake sea in the groat océan. 18. They were ten thousand in the dark, who ail go forlh in a single night in the dark, to the snake Island of the eastern land Wapanaki in Ihe Duk, by walking ail the people.— Olini. 19. They were the manly north, the manly east, the manly south; with manly eagle, manly beaver, manly wolf ; with manly hunter, manly priest, manly rich ; with manly wife, manly daughter, manly dog (12 worda ail homophonous rhymes). 20. Ail coming there, they tarry at Firland Shinaking.
But the western men doubtful of the passage, preferred to romain at the old turtle land.
Thus end thèse interesting and positive ancien! traditions, by a fine poem on the passage to America over theice; the Shawanis bave a similar poem : the Illinois had also one, and almost every Linnpi tribc. They are perbaps lost; but this being at last rescued, will préserve the memory for ever. Now begin the second séries of songs, in a différent style, seldom rhyming, but made metrical by an equal number of words in each verse, 4- in the 4 first, which carry the tribe till their conquest of the Talegas; but only 3 in the 31ater poems on the subséquent history. Thus thèse songs diminish in détails as they advance ; but they are mère abridgment of better annalsnowprobably lost.
Numbers shall be annexed to each successive king or ruler, so as to compute the générations.
- U2 — 1. SONG.— Aï SUINAKI TILL TUE 10 KiNGS OR CiVIL WaRS. .
Long ago, Ihe falhers ofmcn wcrc Ihcn al Shinaki or Fir-land. 2. The patb leader was {heVilûlaEn^lc [Wapaneletva 1), who leads thein ail Ihere. 3. The snake island was a big land, a fine land, and was expiercd by Ihem. 4. The friondly soûls, the hunling soûls, Ihe moving soûls, in assembly mcet. 5. AU say to him, Beauliful-IIead {Kolawil 2) bc Ibou king Ihere. 6. The snakes are coming, thou killest some, lo snake hill let Ihcm ail ago. 7. Ail Ihe snakes were quiteweak, and concealing Ibemselve» at the Bear hill. 8. Afler Kolawil, White-Owl {Wapagokhos 3) was king al the Firland. 9. Afler him Ihere True Maker [lanotowi 4) was king, and nierry Ihings he did. 10. Afler hira Ihere Chilili (o Snow-Blrd) was king, who says let usgosouth. 11. To sprcad the falhers ofmen Wokenapi^ and lo be able lo possess much more. 12. South hegoes the Snow-Bird, but easthe goes IheBeaverhe Tamakwi. (Hère is the séparation of the Dinnis.) 13. A bcautiful land was the soulh land, the big Firland and Ihe shoreland Shabiyaki. i. But the eastern land was a fish land, and a lake land, and a caille land. 15. Afler Chilili, the Great Warrior {Ayamck 6) was king, when ail the tribes were at war. 16. There was war wilh the robbing-men, snaking men, blacking men, slrong men. Chikonapi, Akhonapi\ Ayakatapi, Assinapi, Thus ends the Drsl song wilh civil strife and great wars, dividingsome tribes probably.
- -443 – 2. SOXG. — From THE 10 K:ngs till the Missouri, etc. 17. After Ayamok came ten kings in whose lime there was much warfare soulh and east. 18. After them Languncloivi (Peaceful-lie, 17 king] \sas king at Ihebeautiful limà. Akolaking ^ and there was peace. 19. After such Tasukamend (Never-Bad, 18) was king, and he was a good or just man. 20. After such was king Pemahoîend (Ever-Beloved, 19) who did much good. 21. King afterwards was Matemik (Town-Builder,20)who built many towns, and afterwards the Holygoes Pilsohalin^ 21. 22^Ring afterwards was Gunokeni (Long-^yhile-Fatherly, 22, who ruledlong) and afierwards the BigTeeth Mangipatik^ 23. 23. King afterwards was Olumapi (24, Manly-Recorder or Bundler) who caused many writings. 24. King afterwards was Takivachi (2o,who Shivers wilh Cold) who wentSouth to the corn land Minihakiny. . 2o. King afterwardswasHuminiend (26, Corn-Eater)who plan-ted much corn there. 26. King afterwards was Alkosahit (27, Preserving-Keeper)who had aroyalsoûl and was very useful. 27. King afterwards was Shiiuapi (28, Salt-Man)and afterwards Dry-he PèreAzt’o/iwî, 29. 28. There was no raining, and no corn grew, cast he goes far from the sea. 29. Over hollow mountain Okgonunk, at last to eat he went at a fine plain Kalokwammg of the cattle land. 30. After Penkivomvicame Wekivochella (30, Much-Weary) after Such-the-StifF. [Chingalsuwi^ 31). .
After such was Kwitikivund (32, Reprover) who was disliked, and someunwilling to obey. 32. Being angry some moved easterly, and secretly went far Gif. 3. SONG.—From the Missouri to the Mississipi, etc. 33. But the wise did tarry, and Wakaholend (33, the Beloved ) was made king. 34. It was at the Yellow River Wisawana^ where Ihere was much corn, large meadows, and again were built towns.
— 444 – 35. AU being friends Tamanend (34, Affuble-like-a Bea\ t-r) b«; came king and was alone Ihe lirsl. 36. Such Tamanend was Ihe very best, and ail Ihe men came to him. 37. Afiersuch good J/asA-aws/siV (35, Strong-Buffaloe) was king and chieflain or leader. 38. Machigokhos (36, Big-Owl) was king, Wapkicholen (37, Wljilc-Crane) was king. 39. Wingenund (38, Mindful) was king and ponliff, who made many festivals. 40. Lapawin (Whilened, 39) was king Wallama (40, Puinted) was king. 41. Wuptiicapit (il, While-Ghicken) was king, again Ihcrc is war norlh andsoulh . 42. By Ihe wise in assembly Tamaskan (Slrong-Wolf, 42) was made king. 43. He was able to war on ail and he killed Ihe Strong-Stone Maskajisini. 44. Messissmvi (43, Whole-he) was king and made waron Ihe snake beings Akowini. 45. ChitanwuUt (44, Strong-and-Good) waskingand madewar on Ihe norlhern foes Loivanuski.
ÂQ.Alûkuwi (45, Lean-he) was king and made war on Ihe Father-Snake, Towakon. 47. Opekasit (46, East-Looking) wasking,being sad al the warfare. 48. To the sunrise he said let us go, and they are many who togelher go east. 4. SONG.—CONQUEST OF THE TaLEGAS, ETC. 49. The flsh river Nemasipi separated the land, and being lazy they tarry there. 50. Yagawanend (47, Hul-Maker) was king, and the Tallegeivi (There-Found) possessing the east. 51. Chitanitis (48, Strong-Friend ) was king, and he desires therich land of the east. 52. To the east some did pass, but the head of the Talegas, TalegawilYxW^à. some ofIhem. 53. Thenofone mind, allsay, warfare, warfure.
— 4iS — 5i. The friends of the norlh Ihe Talamatan (who are not like Ihe Talligew’i, the Hurons) were coming to go altogether united. 55. Kinehepond (46, Sharp Looking) was king, and leader, over Ihe river against foes. 56. Much was Ihere possessed by them, and much spoiling and killing of the Talegas. 57. Simokhasuwi (50, SlirringAbout) was king, but he found the Talegas too slrong in the war. 58. Tenchekensit (51,Opening Path) wasking, andmanytowns were given up tohim. 59. Paganchihilla (52, Greit Fulfiller) was king, and ail the Talegaswent away to the south. 60. H/xttanwulaton (53, He has Possession) was king, and ail the people were well pleased. 61. South ofthelakes they settle the counoil flre and the friends Talamatan north of the lakes. 62. But theywere not always friends andwere conspiringwhen Gunitakan (54, LongMild) was king. 63. Linnhoulamen (55, Man of Trulh) was king, and made war on the Talamatan. 6-4. Shakagapeivi (56, Just and Upright) was king, and the Talamatan were trembling.
SECOND SEBKES OB IHODEBIV HISTORT. 1. SONG.— AtTHE TULEGA LAND. 1. Ail were peaceful long ago there at the Talega land Taiegaking. 2. Tamaganend {^1, Beave Leader) was king at theWhite River orWabash Wapalaneng. 3. Wapushuwi (58, White Linx) was king and planted much corn. 4. Wulichinik (59, Well Hardy) was king and the people increased. 5. Lekhihitin (60, Writer Writing) was king and paintedmany books Wallamolumin. 6. Kolachuisen (61, Pretty Blue Bird) was king, at the place of much fruit Makeliming (near Cincinati) .
— 440 – 7. Pematulli (G2, Constant Thcre) was king and bad many lowns. 8. Pepom.ihemen (63, Paddicr Up) was king of many rivers andStreams. 9. Tankawon (64, LilUe Cloud) was king, whilc many went away. 10. The Nentegos and Ihe Shawanis wcnt lo Ihc soulb lands. il. Kichitamak (65, Big Beavcr) was king at Ihe while lick Wapahoning. 12. The heavenly prophel Onowutok went lo Ihc west. 13. The westhe visited, Ihe forsaken land and Ihe western southerlings. 14. Pawanami (67, Rich Water Turtle) was king at èhc Ohio River Talegana/i. 15. Lokivelend (68 walker) was king, and had much warfare. 16. Again wilh ihe falher snake Toivaho^ again with the stony snake Sinako, again wilh norlh snake Lowako. 17. Mokolmokom (69, the Grandfalher of Ihe Boals) was king and went snaking in boats. 18. Winelowich (70, Snow Hunier) was king and went to the north land of the Esquimaux Lowushkis. i^.Linkwekinuk^ii, Sharp Loaker) wasking and went to the Alleghany Mountains Talegachukang. 20. Wapalawikwan (72, East Setller) was king and went east oflheTalega-land. 2. SONG.— At the EastTia firstWhiteMan comes. 21. This land of the east, was a large land Amangakiy and a long land Amigaki. 22. This land had no snakes, butwas a rich land, and many good Ihings were found there. 23. Gtkenapalat (13, Great Warrior) was king near the north. 24. Hanaholend (74, Stream Loving) was king al the branching stream or Susquehanna Saskwihanang. 25. Gattawisi (75, Becoming Fat) was king at the sassafras land Winaki, 26. Ail the huniers reach Ihe sait sea of the sun Gishikshapipek, which was again a big sea. 27. Makhiaivip (76, Red Arrow) was king at the tide water.
— 447 — 28. Wolomenap {n, IIoUow Man) was king at Ihe strong fall8(of Trenlon) Maskekitong . 29. The Wapanand (Ensters) and Ihe Tvmeivand (walfers or Mohigans) norlh-eastlheygo. 30. Wulitpallat (78, Good Figliter) was king and set against Ihe norlh. .
TheMahongwi (lickers or Iroquois) and the Pungelika (the lynx like or Eries) were ail trembling there. 32. Again Tamenend (79, Beaver II) was king there, and with ail he made peace. 33. And ail became friendly, and ail became uniled, with this great ruling king. 34. Kichitamak (80, Great Beaver) was king and remains at the sassafras land or Pennsylvania. 37. Wapahakey (81 , White Bodyj was king and went to the sea shore on Jersey, Sheyabi. 38. Elangomel (82, Friendly to AU) was king and much good was done. 39. Pifenumen (83, Mistaker) was king, and saw some one corn from somewhere. 40. At this time from the east sea was coming a whiter Wapsi. 3. SONG.— TlLL THE ARRIVAI OF COLONIES. 41. Makelomush (84, Much Honored) was king and made ail happy. 42. Wialakeningiis (85, Well Praised) was king and became a warrior of the south. 43. He must make war on the Cheroki Snakes, Otaliwakoand on the Coweta Snakes, Akoivetako. 44. Wapagamoshki (86, White Otter) was king and visited the west land ofTalega. 45. Wapashum (87, White Big Horn) was king and visited the westland of Talega. 46. There hefound the Illinois Hiliniki, the Shawanis Shawonikij and the Conoys Konomki. 47. Nitispayat (88,Friendly Corner) wasking, andhe wenl to the big lakes.
- *48 — 49. And he visited ail tlie beaver-cliildren or Miamis and ail thefriends or allies. 49. Pakimitzin (89,Cranl)crry Eater) was king, and made alliance wilh Ihe Ottowas, Tawa. 50. Lowaponskan (90, North Walker) was king, and he visited Ihe noisy place or Niagara Ganshowenik. 51. Tashaivinto (91, At leisure ijalherer) was king and he visited Ihe sea shores. 52. Then Ihe offspring, in three desiring, Ihree to be, and they became Ihe Turtle tribe, Ihe Wolf Iribe, and the Turkey tribe. Unamini^ Minsimini, Chikimim\ 54. Fpallahehand[9^, Failer) was king, in the war with the Afahongwi^ wherein he fails. 54. Langomuivi (93, Friendly-he) wasking and the Mahongwi werefrightened. 55. VFan<7omenc?(94, Saluted) waskingyonder between, 56. The Cherokis Otaliivi and Wasiotowi (those of the Otali) and Watiotomts were his foes. 57. Wapachikis (95, White Crab) was king and looking at the sea. 59. At this time north and south the Wapayachik came, the white or easlern moving soûls. 60. They were friendly, and came in big bird-ships, who are they?
Thus end thèse poetical annals, so curiousand so plain, when properly understood and translated.
Lettre Première
§ { . Entrée en matière. Combien le public est, en général, peu instruit de ce qui regarde l’histoire américaine. Opposition systématique aux études américaines. Insuffisance des matériaux pour ces études. L’expédition scientifique du Mexique. Les voyageurs et leurs travaux. Ce que le temps leur fera produire. Nécessité de connaître les études américaines pourjuger ceux qui s’en occupent. Page 1. § 2. Du sanscrit et des langues dites indo-européennes. Opinion de M. Oppert à ce sujet. Proportion de l’élément sanscrit que ce savant trouve dans le latin et le grec. Proportion des mots des langues du groupe mexico-guatémalien dans les langues de l’Europe, etc.
Ce que sont les racines sanscrites. D’Orient en Occident. L’histoire géologique du bassin du golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes.
Page 7. § 3. Lés premières idées de l’auteur concernant la duplicité du sens dans les textes mexicains. Mention très-honorable accordée à ses deux ouvrages sur la langue Quichée par l’Académie des Inscriptions, à propos du prix de M. de Volney. Le CodexChimalpopoca.
Ce que c’est que ce document. L’apparence et la réalité de ce qu’il contient. Le Teo-Amoxtli, suivant Ixtlilxochitl. Ce livre fameux, perdu en apparence, se retrouve dans un grand nombre de documents mexicains. Page 15. § 4. Les égyptologues n’ont pas encore lu le sens véritable du livre des Morts. Laideur et difformité des images dans les livres mexicains. Raison de cette laideur. La perfection des symboles, dans l’art, une des causes de l’anthropomorphisme des Grecs.
Le Codex Chimalpopoca contient sous des voiles pseudo-historiques tout le Teo-Amoxtli. Intérêt que ce document présente sous son double aspect. Page 21. § 5. Ce que le Codex Chimalpopoca présentait à l’auteur, avant la découverte du sens caché. Les mythes mexicains identiques avec
— 450 — ceux de l’ancien monde.‘Où se trouve le berceau de la civilisation.
Obstacles systématiques d’une certaine science aux efforts de lauteur. Il a suivi la même marche que Bopp et autres. Il ne cède pas à l’opposition. Difficultés dans les Védas. Page 23. § 6. Moyens qui ont servi à l’auteur pour arriver à comprendre la duplicité du sens dans les textes mexicains. Comparaison des traditions et des langues du groupe mexico-guatémalien. M. Rillieuxégyptologue. Ses découvertes dans le livre-des Morts. L’alphabet maya de Landa et le Manuscrit Troano. Signes mayas identiques avec d’autres en Egj’pte. La traduction du Codex Chimalpopoca par l’auteur, lui ouvre les yeux. Le miroir de Quelzal-Coatl et le miroir de Zagreus.
Origine de la maxime : Connais-toi toi-même. Le voile mythique tombe. Eurêka. Page 3 1 . § 7. Toltèques, Chichimèques, Aztèques, puissances telluriques.
Les sept tribus nahuallacas. Le ‘Teo-Amoxtli est une histoire géologique. Les espérances de l’auteur se réalisent au delà de ses souhaits. Ce qu’il cherchait dans les documents mexicains, il y a quatre ans. Ce qu’il disait de ceux qu’il connaissait alors. Le grand arbre enflammé des peintures de la collection de Kingsborough. Le Quahuitl-Icacan. La rupture du grand arbre, le sang de l’Ezquahuitl, sont les images de la rupture du continent américain et des volcans qui y éclatèrent. Le Hom et le cyprès pyramidal. Page 39.
Lettre Deuxième
§ 1 . L’auteur a-t-il réussi, avec sa première lettre, à exciter la curiosité des savants? L’Okeanos, le fleuve du couchant, dans Homère. Le baron d’Eckstein et ses idées sur une vieille Asie chamitique. Les Ethiopiens de l’Orient et les Ethiopiens de l’Occident, qui ils sont, selon Homère. Pourquoi les classiques ne le suivent pas jusqu’au bout. Nécessité de dépouiller les vieux préjugés de l’école. Les Ethiopiens de l’Occident sont les Américains. Les Qrecs ne se trompaient pas, en faisant sortir les dieux de l’Océan qui est au Couchant. Etymologies du mot Océan. Page 49. § 2. Osiris juge et roi de l’Orcus, comment et pourquoi? Osiris est la clef de tous les mystères antiques. Identique avec Mictlan- Tecutli. Il est le Soma de la poésie védique. Le Surya du Véda et l’océan Atlantique. La traversée de l’Océan. Les dieux de l’Orcus et la grotte souterraine. Souffle chamitique, fondement des traditions de la mythologie antique. Pourquoi l’Egypte cède le pas à la vieille Amérique. Les Aryas doivent aux Chamites toute leur civilisation, toutes leurs traditions. Ces traditions demeurées entières aux lieux
— 451 – de leur berceau, l’Amérique. Idées du baron d’Eckstein au sujet des traditions chamites et aryas. Page oi. § 3. Les Védas ne résolvent point les problèmes des races et des traditions. La clef en est dans les hiéroglyphes mexicains. Le baron d’Eckstein est celui de tous les savants modernes qui s’en est approché davantage. Le foyer de l’Orcus, fondement du foyer domestique, de la cité et de la tribu. Quel en est le hiéroglyphe. Aryas et Sémites en ont emprunté l’idée aux chamites. Les phénomènes de la nature, au temps du cataclysme, expliquent seuls l’origine des hiéroglyphes et des mythes. La forme topographique du continent englouti sous les flots de l’Atlantique est le hiéroglyphe primitif et la source des premiers mythes. Quelle était la forme de ce continent.
Tau, Croissant ou Demi-Lune. ExplicationduTau et du Miroirmystique d’Hermès. Page 60, § 4. L’image topographique du continent englouti se retrouve dans le signe maya, Manik, et dans la première lettre de l’alphabet maya. Metztli, lune ou jambe, est son nom en mexicain. Origine du mythe Luna-Lunus des anciens. Idée géologique de la terre engloutie par un écrivain qui n’y croyait pas. Une terre considérable a existé, selon les découvertes de la science moderne, entre notre continent et l’Amérique. Etymologies diverses du nom de Metztli. Son identité avec le Men maya et le Men des Grecs. Men, mesure du temps et de l’espace. L’Acatl des Mexicains, l’Ahau des Quiches et le Yoni-Lin-gam des Indous s’y rattachent. Le Mensis du latin en dérive et se rapporte, comme le reste, à la forme topographique de la terre engloutie. Page 66. § 5. Vagues notions qu’avait Hérodote de l’Amérique. La connaissance des hiéroglyphes mexicains les élucide. Jusqu’à quel point la noblesse mexicaine, au temps de la conquête, en était instruite, ainsi que du double sens des idées qu’ils renferment. Impossibilités matérielles que présentel’histoire mexicaine, telle qu’on la lit d’ordinaire. Longévités extraordinaires de certains rois. Leur explication.
Les relations du prince indigène Ixtlilxochitl. Les nobles mexicains se moquent de lui, d’après son aveu. Leurs contes sont symboliques, par conséquent fort vrais au fond. Ce qu’ils signifient. Comment on apprenait aux enfants à garder la mémoire des choses passées. Sahagun soupçonne les mystères contenus dans les chants antiques, sans en pénétrer le sens. Ce que les Espagnols en eussent pensé.
Page 74. § 6, Ixtlilxochitl ignora toujours la véritable histoire de son pays. Origine des Toltèques, selon ses relations. Confusion et obscurité dans ses écrits. Leurs contradictions apparentes seulement. Les Toltèques et les Chichimèques, selon cet écrivain. Luttes et migrations. Leurs résultats. Fondation de Tollan, capitale des Toltèques.
Ses rois. Topiltzin, dernier monarque de Tollan. Ses qualités et ses
- 452 – vices. Ck)rpuplion de la monarchie. Présages de sa ruine. Tollan envahi par les rois de la mer. Ceux-ci se retirent avec les richesses de Topiltïin. Sécheresse et famine. Retour des princes ennemis. Derniers efforts des Toltèques. Leur défaite. Ruine et destruction de Tollan. Page 82. § 7. Différences notables entre les diverses histoires des Toltèques.
Tout y est allégorique. Tollan, symbole de la terre engloutie sous les flots. Topiltzin, son dernier roi, symbole du dernier volcan. Mélange des faits historiques et moraux avec les phénomènes de la nature des temps anciens, en Asie, en Europe, en Afrique comme en Amérique. Duplicité énigmalique du sens caché sous les hiéroglyphes égyptiens, suivant les écrivains anciens. Le passage de Clément d’Alexandrie à ce sujet. Les égyptologues modernes, successeurs des philosophes de l’école d’Alexandrie, jugés par Macrobe.
Identité des hiéroglyphes, quant à la duplicité de leur signification dans les deux mondes. Composition des hiéroglyphes et des mythes.
Allégories et fictions auxquelles ils donnaient lieu. Raison de leurs dissemblances. Variété de leurs images et de leurs explications.
Comment ces hiéroglyphes et ces mythes, ainsi que leurs expositions, sont demeurés plus clairs et plus compréhensibles en Amérique.
Ballets, drames mouvants, gestes et accentuation des chants. Respect que les indigènes de l’Amérique ont conservé pour les dépositaires des traditions antiques. Identité de leur signification sur tout le continent. Page 87. § 8. Le nom de Tollan, Tulan, Tula, etc., se retrouve en diverses contrées. Identité des légendes brahmaniques et des histoires toltèques. Comparaison entre Tollan et le Manthanam. Le dragon à sept têtes, symbole du foyer sous-marin de la mer des Caraïbes et avec les sept volcansdu Croissant. L’hydre de Lerne. Mythes divers, identiques dans les deux mondes, suivant le baron d’Eckstein. Coutumes religieuses fondées sur les mômes traditions. Le mont Mérou, enlacé dans les replis du serpent Shécha. Latortue sortant de l’épaule de Dimivan. Mérou, identique avec Men et Metztli.En quels lieux existe véritablement le Mérou. Page 97. § 9. La géographie mythologique de l’Inde reculant toujours vers l’ouest ou le nord-est et l’Océan. L’Océan a constamment arrêté les mythologues et les historiens. Les Atlantes, suivant Humboldt. Les Gorgones et le lac Triton, dans Diodore. Conclusion de Humboldt relativement aux mythes de l’ancienne limite occidentale du monde.
Existence d’un ancien continent enseveli dans l’Atlantique, constatée par la géologie. Erreur de Bunsen. Les Chichimèques. Où étaient les cités d’Amaquemé et de Huehué-Tlapallan, données comme leurs capitales dans les Relations. Étymologies de ces deux noms. Ce qu’étaient les Chichimèques primitivement. Etymologie du nom de Chichimèque. Ce qu’en dit la géologie. Page 105.
— 453 – § 10. Classification des Chichimèques-Toltèques et des Chichimèques-Nonohualcas. Les Mixcoas ou chefs des Chichimèques, identifiés avec les Maruts du Véda. Identité des Chichimèques et des Telchines des Grecs. Neuf chefs chichimèques et neuf Telchines.
Etymologie radicalement mexicaine du mot Telchin. Ce qu’étaient les Telchines, selon la symbolique de Creuzer. Leur caractère, alternativement bon ou mauvais, représente des puissances telluriques comme les Chichimèques. S’identifient avec les Cabires, comme les Chichimèques avec les Toltèques. Les Telchines, meurtriers d’Apis, comment. Pourquoi ils s’en vont de Rhodes. Page 113. § ^^. Etymologies diverses du nom de ToUan. C’est un mythe né du hiéroglyphe. D’où est venu le nom de Tolteca ou Toltèques.
Images qu’en donnent les documents d’origine mexicaine. Les Toltèques creusant la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique. Comment les Chichimèques s’identifientavec les Cyclopes. Sept chefs des Toltèques et sept Cabires. Etymologie de Cabirim, par la langue quichée.Le Tlatoani, chef ou roi en langue nahuatl. Etymologie de ce mot. Signification profonde qu’il renferme. Sens du verbe Tlatoa, parler. Etymologie et sens profond du mot Mie, mort. Chiffre septhuit, chiffre des dieux principaux, créés à Téotihuacan. Etymologie de ce nom. A quoi il s’applique. Page 118. § 12. Chiffres mystiques divers, 7-8, 4, 9, 12, 13, etc. Leur signification en rapport direct avec les phénomènes divers du cataclysme. Les sept volcans, sept-huit, et les sept-huit grands dieux.
Les quatre. Les deux, faisant un, origined ela dualité divine. Matérialité originelle de tous les dieux. Atabeira, le sec sur l’eau, la terre du refuge, première idée de l’Être suprême à Haïti. Les sept Grottes, les sept petites Antilles sontles sept premiers dieux. Mythe de Xolotl et de Nopaltzin. Les Chichimeca et Tenayocan où sont-ils?
Les Tolteca, leur situation en tant que localités, ainsi que des Chichimeca. Ce qu’est et ce que signifie Colhuacan. Les religions et les dieux, nés de l’abîme. Xolotl, volcan à deux cratères. De quellemanière ces phénomènes se sont spiritualisés. Le Comitl et le Comal, lamarmite et la tourtière, symbolesdu cataclysme.Le foyer,imagedu premier téocalli, origine du premier calendrier rituel. Chiffres mystiques divers. Science astronomique et géométrique qui en découle.
Les Toltèques, premiers civilisateurs des peuples. Page 125. § 13. Image d’un lapin dans un vase, symbole du continent englouti. Autres symboles qui s’y rapportent. Vivant ou mort, quelle est sa signification? Identifié avec le sarigue, le chacal, la taupe, etc.
Types divers de la terre abîmée sous les flots. Animal mystérieux dans le Codex mexicain de Dresde et dans le Manuscrit Troano.
Identique avec le taureau de Mithra et le taureau Nandi. Signification absolue de ces animaux. Identique avec le mythe de Zagreus et Apis tué par les Cabires. Etymologies diverses deTochtli, leLapin
— 454 – et des noms qui s’y rapportent. Ces étymologies pourraient-elles se rapporter à l’origine du langage? Richesse des vocables monosyllabiques dans le groupe mexico-guatémalien. Les faces humaines, dans l’écriture hiéroglyphique, sont des silhouettes de montagnes.
Etymologie du motOch, d’où l’Océan comme de Og. Page 134. § 14. La faculté des signes chez les créateurs du langage se retrouve encore chez les Américains. Puissance originelle des langues américaines. Sensibilité remarquable chez les aborigènes du continent occidental. Identité d’Isis avec Oxomoco au Mexique. La Gloutonne. Le sarigue en est l’image. Etymologies de Tlaquatzin, de To-zan, de Balam, etc. Mythe de l’union de Poséidon avec Demeter.
Son explication par lesnoms mexicains. Fable d’Erysichton et autres qui se comprennent par lesdocuments du Mexique. Apiz-Teotl, dieu de la Gloutonnerie au Mexique. Son identité avec l’Apis égyptien.
Etymologies diverses de ce nom curieux. Identique avec le Vorace Indra du Véda. C’est toujours l’Océan engloulisseur et la terre engloutie. Page 142.
Lettre Troisième
§ 1 . Les dernières catastrophes des Antilles rappellent celles du cataclysme. Analogie du caractère des habitants de l’Amérique espagnole avec celui du sol de leur pays. Respect pour l’autorité, en particulier pour l’autorité royale chez les indigènes. Son originetoute terrestre. Le volcan fut le premier dieu et le type du premier roi.
Nanahuatl, type du premier holocauste. Quetzal-Coatl, type du premier prêtre dans les religions de l’antiquité profane. Leur rapport avec la terre engloutie. Deux religions rivalesau berceau des nations.
Les dieux morts sont- ils ceux de la première religion? Les dieux vivants adorés dans les îles qui servirent d’asile aux naufragés du cataclysme. Origines des cultes d’Atys, d’Osiris, de Quetzal-Coatl et de Tezcatlipoca. Rivalités entre les cultes divers dès le commencement.
Page 152. § 2. Rapports intimes entre Nanahuatl, Quetzal-Coatl et Tetzcatlipoca. La terre comparée à un corps malade. Le volcan sous-marin symbolisé dans lechancredeNanahuatl le syphilitique. Situation topographique du foyer sous-marin. Etymologies diverses du nom deNanahuatl. Légende de Nanahuatl et de Metzlli, selon Sahagun. Leur sacrifice. Les dieux rangés autour du bûcher, attendent que le soleil sorte et se mette en marche. Xololl, le dieu au double pied, cherche à en échapper. Ses métamorphoses. Explication du mythe de Nanahuatl. Page 157. § 3. Le mythe de Quetzal-Coatl. Etymologies diverses de ce nom.
— 45b — Puissance cosmique universelle. Type de l’humilité et de la continence. Ses titres divers, comme terre, comme feu , comme volcan, comme air. Identifié avec Topiltzin. Avec Nanahuatl et le Ninyah de la légende védique. Avec l’Eros indien. Avec Ce Acatl, fils de Mixcoatl. Ses transformations. Légende de Quetzal-Coatl et de Tezcatlipoca. Celui-ci lui présente la coupe de pulqué. Orgie de QuetzalCoatl. Signification de ces fictions. Ce que signifie la^ procession du phallus de Bacchus en Egypte, racontée par Hérodote. Page 163 (1). § 4. Le mythe de Zagreus identique avec celui de Quetzal-Coatl, l’un fils de Proserpine, l’autre deChimalman. Cequesignifie lemythe de Proserpine et de Zagreus. De quoi ils sont les symboles. Le mythe de Tezcatlipoca. Noms divers de cette divinité, ses attributs. Etymologies de ces noms. L’eau et la vague de l’Océan vaporisées sur le cratère de Nanahuatl. Onen retrouve le symbole dans la mortdeHun- Ahpu et deXbalanqué. Comment Tezcatlipocadevient Tonatiuh et le soleil. Explication du mythe. Tezcatlipoca identifié avec les ténèbres et l’abîme. Pourquoi appelé le Vermeil. Son identification avec Totec, le dieu de l’Ecorchement. Signification de ce mythe barbare. Xipe- Totec et l’usage de scalper les captifs. Son origine. Idées symboliques qu’on y rattachait. Identique avec l’écorchement de Marsyas, etc. Page 171. § o. Quetzal-Coatl et Tetzcatlipoca, comparés à deux arbres. Tonaca-Tecutli, placé entre les deux. Phthaet Phra. Parallèle avec les dieux védiques, Agni, Ahi et Indra. Les oiseaux du bûcher de Quetzal-Coatl. Origine du Phénix égyptien. Le Hiranya-Pakscha et l’oiseau Simourgh. Le Fong-hoang chinois. Tous se rapportent au volcan américain. Portrait du Phénix, selon Hérodote. L’Ara de Tiaguanaco. Le colibri de Huitzil-Opochtli à Mexico. Tous identiques les uns avec les autres. Page 180. § 6. LeHom des mythologies antiques, Oum, Om, An, etc., identiques avec le Hom quiche et mexicain. La parole de Brahma. Trois puissances en une. Identiques avec le Hom-E-Yocan mexicain. La légende indoue et la légende mexicaine comparées. Analyse de Hom et de ses étymologies diverses. Le Hom des Perses. L’Ezquahuitl et le Xochitl-Icacan. Osiris, Ormuzd et Mictlan-Tecutli, Chantico.
Comparaison du Hom avec certains vocables modernes. L’Ahuehuetl ou cyprès pyramidal de Tezcuco et de Chapoltepec, Son rôle dans le déluge. Page 187. § 7. Symboles du cyprès pyramidalenAmérique. Les deux grands arbres de la mythologie mexicaine. Traditions diverses de l’Asie à ce sujet. La plupart des noms mystiques de l’antiquité, intelligibles seulement par les traditions et les langues du Mexique. (1)Erratvm.— Dans le texte, page 163, il y a une erreur ; il faut § 3 au lieu de § 5.
— 456 — Le cyprès, cupressus et kopher, etc., comparés au copei et au hobi américain. Etymologies decesvocables, complètes dans les langues du groupe mexico-guatémalien. Les myrobolaniers, arbres du soleil et de la lune, adorés par Alexandre. Les myrobolaniers de Haïti. Mythes d’Atys et de Cybèle. L’arbre fait son Entrée. Ce que ces mots signifiaient. Identique avec le Xocotli-Huetzi à Mexico. Ce que signifie l’Qchpaniztli avec ses symboles, dans le MS. Boban.
Fêtes du moisQuechoUi. LeBambou et le Colibri deHuitzil-Opochtli.
LeQuauhxicalco. Fêtes du mois Panquetzaliztli,identiquesavec celles du mois d’Athys, chez les Egyptiens. Page 194. § 8. Allusions dans le Véda à la forme du Croissant. Samba, fils de Krishna, identique avec Nanahuatl le syphilitique. Nanahuatl, type de l’holocauste expiatoire. Indices de deux races ou de deux religions difl’érentes, en présence, à la suite du cataclysme. Noirs et Blancs dans le Popol-Vuh. Examen du symbole du Yoni-Lingam.
Son identité avec l’Acatl mexicain. Type du premier Téocalli. Symbole de l’Ahau, union du màlc et de la femelle dans le titre des Rois. Pourquoi Agni est comparé à un bambou. La poésie du Yoni- Lingam dans rinde.Variantesde l’Ahau,Yoni-Lingam desMayas,etc.
Etymologies diverses à ce sujet. Ahau et Yoni-Lingam identiques avec Topiltzin. Page 202. § 9. Prototypes de Bacchus et de Dionysus, sortant de la cuisse de Jupiter. Le Flamboyant et le Libérateur. Ses cornes et les flambeaux de la Ménade. Etymologies diverses de Luna. Signification de l’idée du Soleil-Loup chez les Grecs. Rapports de Bacchus et d’Apollon. L’âne de Silène et l’âne du Véda se trouvent expliqués simultanément. Qu’est-ce que Bacchus sous ses aspects divers?
Image du Yoni-Lingam d’après M. Mûller. Encore le Hom. Etymologies du nom de Bacchus, en quiche. Signification des jouets de ce dieu. Le Tecpatl mexicain, le Tihax quiche et l’Eznab maya. La croix du Nahui-OUin-Tonatiuh, signe de l’écliptique dans l’Artémis d’Ephèseet à Mexico. Elle se retrouve dans le MS. Boban. Signe de plus. Page 209. § iO. Le glaive de Chrysaor. Le fourreau de l’épée de Persée et l’origine de Mycènes, absolument américains. Etymologies grecques et quichées de ce nom. Mythe d’Hercule tout entier dans celui de Tezcatlipoca. Am, Amen et Hammon. L’Ezmun phénicien. Huitzil- Opochtli dans les mains de Tlacahuepan. Extension du culte d’Hercule transporté d’Amérique en Europe, etc. Etymologies diverses du nom de Melkarth dans les langues du groupe mexicain. Ce qu’était le trépied d’Apollon. Page 217. § H . Signification du mythe des Cercopes. Les singes, symboles des montagnes soulevées et redescendues dans la mer des Caraïbes.
Légende des deux Frères, changés en singes. Leurs aïeux, Xpiyacoc et Xmucané. Ceux-ci sont les symboles de l’Amérique septentrionale
— 457 — et de l’Amérique méridionale. Identiques avec Cipactonal et Oxomoco, avec Ilan-Cueitl et Ilama-Tecutli. Signification de ces noms.
Tona et son symbole ayant deux masques. Ce que signifie le Modius de Cybèle. Etymologie mexicaine d’Artémis. Le volcan un et sept.
Sens profond de la légende quichée. Ce qu’était le symbole de Xbakiyalo ou les Os-Attachés. Hum-Batz et Hun-Ghouen, les deux Frères changés en singes. Etymologie de Hun-Batz. Là se trouve celle du double Baal des Syriens, etc. Page 222. § 12. Etymologie du nom de Hun-Chouen. Sous le sens de leurs noms, les deux frères cachent le récit d’un soulèvement transitoire dans lamer des Caraïbes. Les deux frères, véritables Toltèques. Explication du mythe de Xquiq, recevant la salive de Hunhun-Ahpu.
Les deux frères grimpant sur l’arbre qui grossit et s’élève. L’enclume de l’Océan. Signification du grossissement de l’arbre et des singes dansant devant leur aïeule. Le travail de l’abeille dans la ruche symbolise le travail des feux souterrains. Signes divers dans le calendrier maya qui y ont rapport. Explication et étjmologie de ces signes. Page 229. § 13. Xmucané, l’aïeule par excellence, identique avec Atit, l’Aditi des Védas. Signification de ces noms. Leurs étymologies. Invocation à Aditi comme terre, dans le Véda. Mère des Adityahs, comment. Indra et Vritra, identiques avec Tezcatlipoca et Nanahuatl.
Invocation à Agni. Autres sens dans Atit. Signification du rite et du mot rite, si commun dans les Védas. Son origine absolue. Pourquoi attribué à lia, fille de Manou. Les Racines I et Ri de la langue haïtienne. Amrityu, la Vorace. La Badavà et ses noms, tous américains dans leur signification intime. Du rite et des deux holocaustes de beurre clarifié. Leur sens profond. Les Cercopes d’Hercule et l’île Rouge. Les Pithécuses et les Arimes, tous noms empruntés aux langues du groupe mexicain, ainsi que les mythes qu’ils expriment. Le nom d’Arya n’appartient pas à l’Asie. Identique avec celui des Eyeri de Boriquen. Mut, la déesse égyptienne. D’où vient ce nom. C’est la terre américaine. Ixchel et Junon. La Courbe des îles issue des eaux.
Lettre Quatrième
§ 1. Eurêka. Fin du cataclysme. Apparition des grandes et petites Antilles. Récit du cataclysme selon la tradition haïtienne. laia et Gaia. Dimivan Caracol. Etymologie de ce nom. La racine Di à quelle langue appartient-elle? Le premier volcan à la suite du cataclysme. Samana, Bayamo, Yaqui, Soraya et autres noms divers, dans les traditions du Mexique et de Haïti. Soraya, nom de l’île de
— 4S8 – Cuba, est identique avec la Surya du Véda. C’est le pays du soleil couchant. Page 245. § 2. Les danses des deux frères Hun-Ahpu et Xbalanqué. Double interprétation du texte qui s’y rapporte. Les grandes et les petites Antilles. L’île de Boriquen. IIun-Ahpu mis en pièces par son frère.
L«s débris du corps de Quetzal-Goall, figurés dans la manducation des morceaux du corps divin, dans l’anthropophagie religieuse.
Temples de Quetzal-Goatl et de Busiris. Signification de la mort d’Hercule en ce Heu. Ce que signifie le mythe de Cacus. Les cailles dont l’odeur ressuscite Hercule. Idées géologiques cachées sous ces symboles. Quetzal-Coatl aux enfers. Les cailles du Codex chimalpopoca. Etymologie du mot caille, en grec. Page 250. § 3. Apparition des petites Antilles, signifiées dans les dieux sauvés du naufrage. L’écorce trouée de la terre et la peau de la vache du Véda. Image de l’océan terrestre et de l’océan céleste. Séparation du ciel et de la terre, autrefois unis. Partage des dieux en deux chœurs. Le firmament soutenu par les dieux Agni et Indra.
Signification de la calebasse dans les symboles quiches. Ce que c’est quele Tecpatl des Mexicains. Le typede l’idéephilosophiquedeKneph et de Phtha. Agni, germe caché des eaux, signifié par le germe de la calebasse. La calebasse fendue et puis ouverte. L’œuf de Brahma.
Oxomoco, l’Egreneuse, se retrouve dans Citlallin-Icué, image de la Voie Lactée. Origine de ce nom. C’est l’océan couvert de ses îles; étymologies diverses de Citlallin, de Clhuatl, etc. Citli, le Lièvre ou l’Aïeule, autre nom d’Oxomoco. Etymologies proposées pour le nom d’Osiris. Page 255. § 4. Xmucané, mère des dieux morts et des dieux vivants. Les quatregrandsdieuxdes mythologies antiques. Oxomocoet Cipactonal.
Lesquatresignesdesindictions. Siriuset Anupu se retrouveraient dans l’île de Boriquen. Le miroir mystique à deux faces présente deux visages de femmes. La Diota, signe du vase à deux anses. Ce que ce signe représente. Images d’Isis et de Nephthys, de Xmucané et de Xpiyacoc, de Citlallin-Icué et de Citlalla-Tonal, les deux Amériques.
Idées fécondes dans la courbedu vocable II. Signification mystérieuse de la forme en fer-à-cheval. Tôtes diverses et symboles y attachés.
L’image de la fronde. Le Vase, origine de la Lyre d’Apollon. Le Syrinx de Pan. Le sistre égyptien, selon Plutarque, ce qu’il signifie.
La Vina des Maruts, Phtha et les Pataikoi. Page 263. § 5. Enigmes diverses proposées dans les Védas. Le harnachement du cheval du sacrifice. Le char à une roue et à trois essieux. Signification de ces mythes. Identité de ce char avec la constellation du Chariot dans l’Inde et au Mexique. Le Colotli ou Scorpion, identique avec la grande Courbe des petites Antilles. Ce que c’était que la Grande-Ourse. Signification du mythe de Typhon, vaincu par Horus et délivré parlsis. Typhon, identique avec le Cipactli mexicain. Ety-
- 459 — mologie du nom de Souk. Ce que représentait le signe Cipactli. Sa concordance avec Cé-Acatl, une canne. Cé-Cipactli, le premier jour du calendrier. Variantes de ce nom. Leur signification. Signe fortuné comme l’était naguère Typhon. Page 272. § 6. Ce-Tecpatl signe de la première année mexicaine. Identification de Quetzal-Coatl avec Cé-Acatl et de celui-ci avec Tlahuiz-Cal-pan-Tecutli. Celui-ci est identique avec la Glace. Etymologies mexicaines de ce mot. Quel rôle la glace joue dans la mythologie antique et sa raison d’être. Grande avalanche de glaces sur la mer des Antilles et le golfe du Mexique, à la suite du cataclysme. D’où ces glaces pouvaient venir. Détails qu’on trouve à ce sujet dans lePopol-Vuh.
Itzpapalotl, identifiée avec l’Ile de Turu-Quiera, recouverte de glace.
Comment elle s’identifie avec Tlahuiz-Calpan-Tecutli. Le manteau d’Itzpapalotl à Rabinal. Symbole de la vie couvant sous les eaux glacées. Quetzal-Coatl-Chalchihuitl et Chalchiuhlicué. La glace fondante personnifiée dans le dieu Itztla-Coliuhqui. La déesse Toci et le chaperon de Centeotl, le Dieu-Un. Itzpapalotl, prototype de Junon.
Pourquoi celle-ci est appelée Fluonia. Ses surnoms divers. Le manteau de Junon, Junon-Héré identique avec Itzpapalotl-ïtztla-Coliubqui. Attributs de Junon et d’Itzpapalotl. Les Ixcuinamés. Identification de Tlaçol-Teotl avec l’étoile du matin et la Vénus antique. Etymologie de son nom. Elle s’identifie avec Xochitl et Xochi-Quetzal.
Page 278. § 7. Ichpochtli, la Vierge mexicaine, identique avec Xochitl. Sa descente au fond des flots et sa sortie. Pourquoi elle est Tepeyolotl.
Signification de ces divers symboles. Aphrodite, engendrée du sang d’Ouranos et de l’écume de l’Océan, comment. C’est la personnification de l’île de la Guadeloupe, la première des petites Antilles.
Son nom de Turu-Queira, le Berceau du monde céleste. Crudité des symboles mexicains. Xocotzin, le Cratère de la Base. Idées de Fabrégat et de Sahagun par rapport à ces diverses images. L’Aprodite mâle et barbue adorée à Chypre. Ce qu’elle signifiait. Le cône d’Astarté àPaphos et les bonnets coniques des dieux. Leur signification.
Symboles poétiques d’Hésiode, tous arrivés de l’Amérique. Ce que signifie Vénus persécutant ses trois sœurs, filles de Gingras. Les trois sœurs de la Vénus mexicaine. Leurs noms et leur signification. Allusions aux phénomènes naturels d’abord, puis aux coutumes des petites Antilles. Huitzil-Opochtli symbolise la puissance volcanique dans le massif de la Soufrière. Les sœurs de Vénus désignent des locaUtés spéciales à la Guadeloupe. Page 286. § 8. Sous quelles images les puissances telluriques étaient symbolisées à Haïti. Les grottes de Caci-Ba-Xagua et d’Ama-Iaona.
Les hommes métamorphosés. Gua-Ho-Xona emmène les femmes à Madan-Ino. La femme de l’Océan et le guanin. Légende d’Hercule surpris dans le pays des Scythes, suivant Hérodote. Sa signification.
Etymologie du nom des Scythes. Identification des diverses localités.
- 460 – L’hyperboréen Ulen. Analogie entre la tradition d’Hérodote et la tradition haïtienne.Gomment la plupartdesnoms de la légende haïtienne s’identifient avec la Guadeloupe. Gomment se sont faites ces identifications. Lebeau Cobo, le Nara, la retraitedu cacique haïtien, setrouve dans la même île. Son nom deRib-Eroz-I, ou la vie de l’Amourdans les êtres vivants. Toutes les traditions, tous les chants antiques aux Etats-Unis racontent l’histoire du cataclysme. Page 293. § 9. Dans les peintures mexicaines se retrouvent les hiéroglyphes et images d’une foule de traditions diverses. Les Tirthas indoues, le Nara aux Antilles. Etymologies des noms des sœurs de Tlaçol-Teotl.
Idée antique du foyer souterrain de l’Orcus, née aux Antilles. L’Hécate souterraine et Ixcuina. Les Amazones de Ma-Dan-Ino. Souvenirs qui s’en retrouvent dans Hérodote. Tradition des lapins nourris au fond d’une grotte par les femmes. G’est le type des chiens de l’Hécate souterraine. Ana~Gacuxa et Shambarah. Néritès, Neréus, Nar, Ner, Aner, etc. D’où viennent étymologiquement ces mots. Le Nara de la Guadeloupe. Le massif du volcan de la Soufrière et ses images diverses. Là est l’Ushi-Nara, l’Atlas du Mont. Les constellations célestes, filles de l’Océan aux Antilles seulement. Page 299. § 10. La catastrophe Atlantique doit être la base des études nou’ velles. De làdate l’histoire chez tous les peuples. Moyens de reconstituer cette histoire, en comparant entre elles les traditions et les anciens chants de toutes les nations. Origine de la métallurgie. Elles sont aux Antilles, à la Guadeloupe et à Haïti. Le guanin, alliage naturel, de quoi il se compose. Les hommes sans femmes, suivant la légende haïtienne. Ce que ce mythe signifiait. En rapport avec la découverte de l’or. InririCahuvael. Quetzal-Coatl au Tonacatepetl. Les fourmis, symboles du feu, de l’or et des soulèvements volcaniques.
Etymologie d’Az et autres noms qui s’y rapportent. Ge qu’était Aztlan. Ge nom identique avec l’Aztam duVéda. Ge que signifiaient les Griffons gardiens de l’or. Les Arimaspes à l’œil unique. Le fleuve Hylée, identique avec l’Ulua et le Guluades Mexicains. Migration des Scythes, parquels pays elle eut lieu. Monuments qu’ils laissèrent sur leur passage. Où étaient situées la première Scythie et la première Hyper-Borée. La Scandinavie, premier berceau de l’âge de bronze et de la Métallurgie sur le continent européen avant l’Asie. Page 306. § 11. LeGriffonetl’oiseaudelacroixdePalenqué.Geque signifie le nomdesArimaspes. LesHyper-Boréens. LeurorigineauxAntilles. Leur nom se retrouve dans celui d’Albe-Bora et de ses fils. Etymologies haïtiennes de Bor et de Bora. Vocables latins qui en sont dérivés.
La Guadeloupe, berceau primitif de la métallurgie. Ce que pouvaient être l’Orichalque, l’Electre et le Succin. Les alliagesenseignés par la nature. Aussi anciens que la civilisation. Ge en quoi Millin avait raison. Ce qu’on sait quand on ne sait que le grec et le latin. Utilité à retirer des poètes latins et grecs, comparés aux traditions araéri-
— 461 — caines. Homère et la Bible. L’incendie des bois enseigne l’usage des métaux. Telchiaes, Corybantes, Cabires et Dactyles. Page 314. § 12. Les Dactyles. Etymologie quichée de leur nom. Son analogie avec le Dan des traditions du Popol-Vuh et Man-Dan-Ino. La nymphe Anchialé et les Dactyles. Ceux-ci sont identiques avec les Caracols haïtiens. Noms des principaux Dactyles. Leur etymologie américaine. Le crime des femmes de Lemnos expliqué. De Sydik.
Son etymologie. Corybantes et Curetés; ce que signifie leur danse.
La fiction d’OEdipe et du Sphynx, identique avec celle de Xolotl.
Etude à faire des langues du groupe mexico-guatémalien. Facilité qu’elles offriront pour la linguistique et l’histoire des origines en général. Les grandes Antilles. Cuba etibueras. Page 321. § 13, Les petites Antilles, identiques avec Chicom-Oztoc ou les Sept-Grottes des traditions mexicaines. Condition de la mer nouvelle vers les Antilles, aux premiersjours qui suivirent le cataclysme.
Iles flottantes et Chinampas. Les populations dans le froid et le besoin. Elles se groupent au mont Pixab, suivant les Quiches. Tohil leurdonnedufeu. Ré-apparition dusoleil. Les chefs quiches. L’Airyana Vaego et les traditions qui s’y rapportent. Le nom des Aryas, non le peuple, venait des Antilles. Traditions des Lénapis, analogues à celles du Vendidad. Comment elles pourraient s’expliquer. Brièveté des notions dans les chants antiques. Accord des récits du Livre des Morts avec ceux du Codex Chimalpopoca. Hacavitz, nom du premier Téocalli et de la première ville, dans le Popol Vuh. Ma-Dan-Ino, la Martinique. Les tribus de Dan. Les Danaïdes et les Danavahs.
Xelhua et Phaleg. CholoUan, Aztlan et Assur. Première migration desYaquiou Mexicains de Ma-Dan-Ino à l’île de Haïti. Traces antiques de leurs établissements dans cette île. Page 329. § 14. Les Yaqui, probablement les premiers civilisateurs de Haïti. Prototypes des quatre Oaunès, des Matzyahs, etc. Ils sont les premiers Taut ou Thoth. D’où pourrait venir ce nom. Etymologies diverses. Premières rivalités. Premières guerres. Leur origine religieuse. Les premiers civilisateurs imposent le travail des mines.
Idées des premières rivalités religieuses. Quetzal-Coatl et Tezcatlipopa. Sacrifices humains. Gynécocratie. Amours obscènes. Religion des marchands et des filles de joie dans les Antilles. Origine des Gares. Etymologies de leur nom. Ils se répandent dans le monde en-tier. Page 339. § 13. Les Caracols, premiers Gares. Sortis de Colhuacan, des lieux de la- Courbe. Divers noms issus de celui-ci. Dimivan-Car-Acol.
Autres etymologies du nom de Gara. Les dieux Makares. Lieux où ils se rencontrent dans l’ancien monde. Identité du Makar et de Cipactli. C’est l’arête des Petites Antilles. Souvenirs des Macares en Amérique. Le sanctuaire de Fur-Atena. Ce qu’il était. Richesses an-
— 462 – tiques de la côte de Sainte-Marthe dans l’Amérique méridionale.
Encore le nom des dieux Macares à l’embouchure de tous les grands fleuves américains. Page 346. § 16. Migrations des Gares. Leurs établissements dans la Méditerranée. Migrations par la voie du Sud, des bouches de l’Orénoque aux côtes de la Mauritanie. Migrations hyperboréennes. La civilisation se répand dans le monde entier. Réflexions du baron d’Eckstein sur le caractère étranger qu’elle porte partout avec elle. Son berceau véritable. Lepremier foyer, le premier autel et le premier temple. Les dessins de la céramique, inspirés par le contournement des laves. La montagne modèle du premier palais. Le volcan type du premier Téocalli. Signification de la Pyramide. Le foyer souterrain du Nouveau Mexique. La nature première maîtresse de l’architecture. LesDolmen et les Menhir. Monuments laissés par les peuples sur leur passage.
Pyramides diverses en mémoire des volcans et du soulèvement des montagnes. L’ornementation des palais cherchée dans la cristallisation. Page 352. § 17. Kusch, le Mexico primitif, ou nombril de la terre. Idées qui s’y rapportent. Les dieux Stèles. Héraclès et Atlas. Etymologies diverses. Voyelles, bases du langage, selon Birch. Ce qu’elles représentent dans le groupe quiché-guatémalien. Combinaisons de la lettre A, I et U avec diverses consonnes. Leur richesse et leur variété dans la composition des vocables mexicains et quiches. Faculté extraordinaire d’analyse dans les langues de ce groupe. Nécessité d’étudier ces langues au point de vue de l’histoire et de la linguistique. Défaut de vocabulaires. Page 359. § 18. Eloignement de la technologie sacrée des langues de l’Asie de leur source originelle. Qu’il faut retourner d’Orient en Occident, pour en retrouver le berceau. En Europe et en Afrique d’abord, en Amérique ensuite. Signification des noms, Mot et Mokh des histoires phéniciennes. Omorôka et Oxomoco. Etymologie et signification de ces noms. Etymologie du nom des Zophézanim. Ce qu’ils étaient.
Oulom et Kadmon. Etymologie de ces noms en quiche. Kazeh, Lebanon. Syrien et Thabor. Avec quoi ils s’identifient. Les deux colonnes de l’Hercule phénicien. Etymologie et signification de Hamunim. Khusor l’Artiste. Etymologie quichée de son nom. Idée du travail qui s’y rattache. Tubal et les vocables qui en dérivent. Le lao phénicien, identique avec le Yao et le Yaotl mexicain. Le labesamaritain et le Yabe quiche. Etymologie et identification des Kérubim.
Page 366. § 19. Le Serpent, emblème des caractèresde l’alphabet phénicien.
Comment et pourquoi. Signes du langage de la vie ou de la vapeur, identiques en mexicain. L’abeille comme la fourmi, signe des gaz souterrains et du travail des mines. Taout et ses doctrines, “suivant Philon. Les lettres de l’alphabet formées au moyen de serpents. Ini-
- 463 — tiales du nom des dieux. Les vingt signes des jours mayas et mexi cains. Aleph identique avec Adoni, selon Bunsen. Ce qu’il est dan l’Alphabet et d’après l’étymologie mayas. El, en quiche. Le signe du mois mexicain Tititl. Etymologie et signification de Bethel. Gomment le Daleth s’interprète en quiche. Rôle de la déesse poisson dans l’alphabet. Halel expliqué dans le groupe mexicain, identification de divers autres caractères. Lilith, laNuit et la Fronde.
Le Nun et le Nahamah. Sens divers de ces noms. L’Urœus et le signe de Colhuacan. Nab, Neb et Nib. Significations diverses de ces mots. Le caractère P et le Phtha, de Patah. Etymologies diverses du groupe mexico-guatémalien. La Fleur d’Aram. Page 372. § 20. Origine commune des divers alphabets. Leur séparation dès le berceau. L’alphabet maya est le plus ancien. Il a donné naissance à l’égyptien. Caractères runiques et caractères cunéiformes nés à côté l’un de l’autre, au berceau commun. Hyper-Boréens, origine ou nom des Prussiens. Ce qu’ils furent dans les commencements. Caractère des Cares. Pays que les Hyper-Boréens occupèrent en Europe et en Asie. Olen et lima, noms américains. Abaris selon Creuzer. Législateurcomme Quetzal-Coatl. La flèche, symbole de l’alphabet runique.
Commentée symbole s’explique dans les choses américaines. Voyages d’Abaris sur la flèche. Ce qu’ils signifient. Inscription runique du Pirée. Colonisation des bords de la Méditerranée. Page 386. § 21. Migrations hyperboréennes. Noms divers qui s’y rapportent.
Imbramus et Imbros. Les Bryges ou Phrygiens. Origine du mot bronze. Antiques souvenirs des Hyper-Boréens et des Scythes. Notions géographiques sur l’île Sèche. Cosmas Indico-Pleustes. Monuments laissés par les grandes migrations américaines dans les vallées du Mississippi et de l’Ohio, en Angleterre et en Algérie. L’histoire de ces monuments sera écrite prochainement. Comment le récit du cataclysme du Croissant explique leur existence et leurs formes. D’où, vinrent les Hyksos. Les Scythes conquérants de l’Egypte selon Diodore. Sont-ils identiques avec les rois étrangers de Thèbes? La Méditerranée est le grand théâtre des rivalités des races diverses issues des Américains. Confusion de leurs symboles religieux. Ce que l’étude de ces migrations enseignera. L’idée symbolique des villes antiques en quatre quartiers. La Roma quadrata. Les sept collines et les sept tribus. Les jumeaux fondateurs de Rome; de quoi ils étaient les symboles. Le Mundus du mont Palatin. Sa signification. Nécessité de comparer toutes les histoires, sans parti pris, pour que la science devienne féconde. Page 392.
Pièces justificatives, n° 1. Page 401. — n° 2. — 423. — n» 3. — 431. — n° 4. — 435.
Saiot-CIood. — Imprimerie de M»e V* Belin.


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