J. R. Carli

Lettres américaines, Tome II

Lettres américaines, Tome IIpostBooksAtlanteansAtlantisPlatoGreat FloodEgyptBooks Atlanteans Atlantis Plato Great Flood Egypt.Atland âldland âtland flood Egupt A'ham Aigyptos

This page is the text of the copy I read for the review. The book is out of copyright, so the chapters below are the book’s own words in the order the text layer gives them. A word divided at the end of a line is joined. A repeated running head and a bare page number are left out. Where a plate or a map left only broken letters, that place is marked and not transcribed. I have not rewritten a sentence and I have not filled a gap. This file is Tome II only, letters XXIX to XLIX. Some letter numbers in the text layer are broken. The letter is still in the run of text. The findings are in Lettres américaines, Tome II.

The book card is here.

A plate or a map occupies this place in the scan. The text layer does not read it.

University of California • Berkeley

On trouve chc\ le même Libraire :

MÉMOIRES Philosophîques-, Historiques , Phy* «iQUESv concernant la Déjcouverte de rAmérique , Tes anciens Habitans, leurs Mœurs, leurs Ufages , leur Connexion avec les nouveaux ^Habiçans , leur Religion ancienne -& moderne , les produits “des trois Re’gnes de la Nature, & en particulier les Mines, leur Exploitation, leur immenfe produis, ignoré jufqu’ici : parDom Ulloa , Lieutenant-Général des Armées Navales d’Efpagne , Commandant au Pérou, &c. &c. i voL in-S^ , lo liv, ni, & liv. hr»

Dans lefquelles on examine rOriginC) TEtat Civil, Politique j Militaire Se Religieux, les Arts 5 rinduftrîe > les Sciences , les Mœurs , les Ufages des anciens Habitans de TAmérique; les grandes Epoques de la Nature,.l’ancienne Communication des deux Hémifphères ,& la dernière Révolution qui a fait difparoîtrô l’Atlantide : pour fervir de fuite auxMémoires DE D. Ulloa.

Par m. tE Comte J. R. CARLI, Préfident éméi-ite du Confeil Suprême d’Economif Publique , & Confeiller privé d’Etat deSa M. Impériaift 6c Royale. :/érec des Observations& Additions du Traducieun T O M E I I.

A BOSTON, Et fe trouve A PARIS, Chez Buisson, Libraire , rue Haute – Feuille ’ Hôtel de Coëtlofquet , N° lo.

^^ tdJM^. j : .$uf l’ancien émt -de tAmérique ,* &c^ – • -Pouf découvrir U càraU^re’^àngihàlSûnt Nation J • ” il faut’^vomfronttrUV Coutumes ’, Jt^‘ti’Jages prU thiiïp f ^i^uttc^cc^qu^ tient à la Actigion, Com.” parâifondçs Péruviens S* W^-’ Chinois^ relatif _ ^^fmcnc à ces (>Hl^f{^^r,ln^eutlfa du^ ^F^ef^J^; J,a „ MçfjnoU y de rEcriture À’Ia Chinù^ du temps de .:,j;‘Fou-Hi, 2953 av.ànl Mfj^iChrlft, Moï’S radir :”y^taux j communs 4<ins Xmi^& tautm *Comment ^ ‘^iHdriicûlièrèment pSé^&^nprijentàiït)n- deï prc” Jb Commencerai” cette Lettre’ parBiCÔMMENCERi.1” cette Léttte ’ par une ^réflexion’- très-piquaiîtô de ;

Payr: Voici comment >îl S^^Vte 5 àla^qûatri Se^ion de fa féconde ‘^Partie’d^ RecherihisfurUs Egyptiens & les Chi^ noii: «Quàrjd w^fiîppo.fe que deux Peuples M317557

» ont uhe origine conimline , alors 11 eft nécef- » faire d’examiner quel a été, chez eux 5 l’état » des Beaux-Arts n. H-mé paroît cependant fort difficile de retrouver les Beaux-Arts , à Torigine d’un Peuple. Ils ne paroîflent que chez des Nations (Jui pnt déjà une forme de Gouvernement Ciy4l;^#§ qu’une fpis,-,c,ç ^Gouvernement eft étâBIî , rarement les Indiyîdiis paffent, en certain nombre,^ dans d’aiitréfs- Contrées; à moins qxie/çùtiQ (oit pour fonder-des Colonies,comme ont fait lesTyriens, les Grecs, lesJR^omains, & d^,notre temps, tous les- Peuples de l’Europe.

Àinfi, lorfque nous recherchons des\épo(jues aritéirietires au Gouvernement Civil, c’eft-à-dire t:eflês dë’là*%ocÉtS^ïïàkurèlîè , fondée ïiirTegaiké dés Rapports 8rdès Tèiitebèfoirrs 5 là Sèulpture j rAfchited’urevJaPoéfie , l’Eloquence^‘^Scc. doiYéiïfc:êtïê^vp<:air*,noii;s d€$..pi>ints de vue tout à fait.indifF^rept^, ÇJefl\dç^c plutôt furIç ,ï:apport deS] C^ut^im^^*|des yfages,.de .la/;R,eligioii& des jpretniers veftig^es^de Gouvernement que nous Ûévbns hous driretéf : car c’èft-Ii ce qui conftitue proprement le caraâ’èfè’riâtionnal «de tour le«:P«èpte3i; ypitaire me payait~-avîHr ;raifon en tlifâïit’v ^ns {m:£rfgmQnsr/w ‘ÎIMei pag, 227 ; « Paw e;fl ,v:nzMahjSdya^’^-i^lfqtlU » pcnfi» ;&en ^otkt^ïïti;!^ lu-Jhiùîir.Iks^hû^miohs t> Philofophiquesm faitfasidgs jéfieséions iriduli p gcntcà^». Je laiffe dq côté les ^rreuÉs dans “-i. r,&;:MM

s tJ R L’AM E R IQU E. J lefquelles il lui reproche d’être tombé au fujet des,Chinois: cette difcufîion fortiroit de mon plan. Fixons-nous donc fur ce que THiftoire de la Chine nous préfente d’analogue à nos vues , pour raifonner fur Tancien état des Péruviens.

L’Empereur Hoang-ti , qui vivoit 261 1 ans avant notre Ere 5 fît bâtir le premier Temple : jufques là on avoit facrifié à Chang-ti , c efl-àdire à la Divinité (l) , en plain champ ou à découvert. ( Accordez-tnoi ces époques, pour le moment : nous reviendrons ailleurs fur la (i) On lira avec plàilir ce que M. de Paftoret a écrit fur les idées que les Chinois ont eues , de tout temps , de la Divinité 5 fur le Culte qu’ils lui ont rendu. Je ne pourrois que répéter fes détails , .qui font fort inftrudifs. Mais tous les Peuples ont’d’abord adoré, la Divinité en plain champ » c’eft-à-dire dans une portion de terrein deftinée au Dieu qu’on avoit adopté , ou à la figure fymbolique qui le repréfentoit. Ces terreins, confacrés au Dieu reçu , étoient appelles Temene chez les Grecs-~,”-& Templa chez les Latins.

C’étoit aufli le lieu des Affemblées publiques, d’où vient Texpreffion ex^Templo , «c fur le champ «, comme nous la rendons à la lettre.» pour marquer une chofe qui va fe faire , en conféquence d’une délibératioi; générale ou particulière. Lorfqu’on eut bâti des Temples , on aflîgna des parties de terreins , proportionnées aux dépenfes qu’exigeoic le Culte public. Voyez TayLor. Ces terreins furentnommés Pkthres ou Jugcrts. Oa confacra auffi , dans des circonstances particulières, des portioiis de terreins’, foit à des A ij

4 Lettres chronologie ). Ceft fous fon régne qu’on commença à faire des briques de terre , & à les employer pour conftruire des édifices quelconques , avec de la chaux ou du mortier Nous avons vu que les Péruviens ne bâtirent de Temples à leur Divinité Pachacamac , ou au Créateur de l’Univers, que fous le régne de rinca TupaC’Yupanqui. Cétoit donc un Rit reli^ gieux, à la Chine comme au Pérou, d’offrir des facrifîces à découvert , & fans Temple , fans même aucune représentation matérielle.

Le Culte quon rendoit à la Divinité , dans les deux Empires , difFéroit de celui qu’on rendoit au Soleil ou au Ciel , que les Chinois appellèrent’ Tien ^ & les Péruviens Ynti, Ynti^ Ynti correfpond à Chin-ti Hinti : Hinti aura auffi ^éfigné la Divinité comme chez les Chinois le mot Tien; Si i dans un fens figuré , comme nous prenons le mot Ciel dans ces expreiîions que le Ciel \oiis foit propice ; faffe (i) le Ciel ^ &c.

Divinités , foit à des Héros ; mais on les laiiToit fans culture : c^ëtoient des lieux inviolables. Voilà donc des terreins confacrés à laReligion dans nos Contiaens Payens, comme en Amérique. T. (i) De quelque manière qu’on envifage la Théologi» des Chinois, on eft £brcé de convenir qu’ils n’ont pas même l’idée de Spiritualité, Ils rendent un Culte à de prétendus Êtres fpirituels ,& n’en croyent pas. Ceft, difent l«« Savans de cet Empire , pour m^^tenir le Peuple dans^

sUH L*AM É R I Q U £. f On apperçoit les premières traces (i) de Gouvernement chez les Chinois , en remontant à Tan 2953 avant notre Ere, & fous le régne de Fou-hi, Ce fut lui qui porta les Loix relatives aux Mariages. Il commença à divifer le Peuple en- cent Claffes ou Familles , donnant à chacune un nom particulier. Enfuite il rendit le Mariage indiffoluble. Or nous favons qu’il n’y a encore à la Chine que cent noms de Familles, qu’on appelle Pé-y?/z^.

Mais c’efl à Hoang-ti qu’on attribue la conftitution plus détaillée du Gouvernement. Il forma les Villes, les Villages, & divifa les Provinces; diftribua le Peuple en fix Claffes l’ordre. Le Spinofifme eft le vrai Tyrtême de l’Etat. Ainfi fajfe le Ciel eft , chez eux , une exprefïion vuide de fens.

Les babitans de la Thébaïde adoroient i’Ether,. fous le ïiom de Cneph: &, pour en défîgner la légèreté , ils le irepréfentoient par une figure ailée. Il eft faux q^u’ils eu/ïent de la Divinité une autre idée que les Chinois. Cet Ethet difleminé dans toute la Nature , en faifoit l’ame , félon tous les Anciens. lablonski eft inconféquent. T, (i) Quoique j’eufle beaucoup d’obfervations à faire fur ce que. notre Auteur rapporte ici& dans la fuite de fe$ détails , relativement aux premières époques de la Chine, je me fuis impofé la loi de ne rien dire , laiffant au Ledeur la liberté d’en juger à fon gré. Le Chevalier d’Origny a pris un parti , en apparence , plus (tnÇé , mais qui n”apas été le plus général. M, Gufman eft à-peii-près d^ ^« fan ayis, T.

6 Lettres dans chaque lieu, & par Provinces. La première compfenoit huit Familles, & fut nommée Lin ; la deuxième en comprenoit vingt-quatre , fous le nom de Pong^ la troifiéme foixantedouze 5 fous celui de Z./; la quatrième , nommée Y^ trois -cents foixante ; la cinquième, Tou ^ trois mille fix-cents ; la fixième , Sse trente-fix mille. Les Provinces furent appellèes Tcheou , & chacune contenoit trente-fix mille Familles, Il établit par-tout des Commiffaires fubordonnés les uns aux autres ; de forte que celui de Lin dépendoit de celui de Pongy& ainfi des autres, en remontant par ordre jusqu’aux Tcheou , nom qui! donna aux Gouverneurs des Provinces, & qui ne dévoient rendre compte de leur adminiftration qu’à la Cour même, Ceft fous le régne de ces Empereur, félon quelque Lettré de cet Etat,que les Aftronomes obfervèrent le peu d’accord qu il y avoit entre Tannée folaire & Tannée lunaire, fur laquelle on s’étoit réglé jufqu alors; & qu’il falloit intercaler fept lunes, dans Tefpace de dix-neufannées folaires , pour corriger Terreur. Mais cette opinion auroit befoin de plus fortes preuves pour être admife. Il eft à remarquer qu’on attribue à Siling-chi , femme de cet Empereur , Tart de filer la foie , le coton , d’en faire des étoffes, des broderies,& deTavoir montré aux femmes de la Chine*

L’Empereur Uao ^ 2285 ans avant notre.Ere, régla Tordre ôc la nature des Tributs , qui con- Moient en fel, toiles , ku-pou^ plante dont on ignore Tufage, foieries , plomb , pierres précieu- {qs , vernis , perles , plumes , bois rares , argent , cuivre , dents d’éléphants , peaux , fer , acier , grains, &c. le tout proportionnément aux produits refpedlifs de chaque Province.

Obfervons en outre que le fer fut trouvé à la Chine fous l’Empereur Fou-hi ;& qu’on commença à en faire ufage (ous Chin-nong ^ 2748 ans avant notre Ere , par les foins du Gouverneur ^oz^^/2-7i^<;/2. On attribue l’invention de la monnoie à Hoang-ti, fous le régne duquel on fît quelques effais d’une écriture groffière , environ 261 1 ans avant notreEre. Jufqu à cette époque_^ & même après , les Chinois fe fervirent de cordelettes avec difFérens nœuds, & de diverfes couleurs, pour marquer les événemens de leur Empire, faire leurs comptes,& régler les rapports du temps.;On en reconnoît rufage,à la Chine, antérieurement à Fou-hi^ c’efl-à-dire 300a ans au moins avant Jéfus-Chrift.

Après avoir lu ce que nous-avons dit àe^ Péruviens& de leur ardre Civilene reconnoîtrat-on pas la plus grande conformité entr’eux& les Chinoise Les Souverains ont établie maintenu la même Religion dans les deux Empires.

Le Sacerdocey fut pareillement réuni,à la Soa- A iv

8 t E T t R E 8 veraîneté; ce qui les diftingue (i) de TEgypte Si du Mexique. Les Empereurs ont montré , au Pérou & à la Chine , à cultiver la terre ,& leurs femmes à filer , tifler , faire des habits. Ils fe difoient les uns & les autres fils du Soleil, & donnoient à leur Peuple l’exemple des travaux de la campagne, en conduifant eux-mêmes une charnie. Ils ont d’abord fuivi Tannée lunaire , au lieu que les Egyptiens & les Mexicains fuivoient Tannée folaire de trois -cents foixante jours. Les Fêtes les plus facrées fe célébroient 5 à la Chine comme au Pérou, aux Solftices& aux Equinoxes. Enfin on fe fervoit, dans Tun &. Tautre Empires , de ces cordelettes pour compter, conferver la mémoire des faits, des révolutions civiles & politiques, & dans le commerce familier , tandis qu’en Egypte & au Mexique on avoit adopté les fignes hiéroglyphiques.

Je ne comparerai pas Tordre que les deux Empires avoient admis dans la diflribution des Claffes , des Familles ; la fubordination des Offi- (j) On ne prenoit ordinairement les Rois, enEgypte, que dans la clafTe des Prêtres ou desMilitaires, Dans ce fécond cas, il falloit qu’il fût initié au Sacerdoce, en montant fur le trône. Les Egyptiens , qui étoient orginairement Ethiopiens, ont du conferver Tufage que ceUx-ci fuivirept toujours, T. ’ -i*—…—«.’^ v^ £-„…:. . /

cîers, fournis par dégrés à leurs Supérieurs ; lautorité des Gouverneurs ou Lieutenantstjénéraux , qui ne dévoient rendre compte quà la Cour. Quoique cet ordre frappe par fa conformité, on ne voit pas qu’il tienne néceffairement au caradère primitifd’un même Peuple.

Les circonftances , la réflexion & autres motifs pourroient l’avoir fait imaginer chez desPeuples qui n’auroient rien de commun à leur origine civile.La diflribution qu’Alfred (l)avoit faite en Angleterre s’en rapproche , à certains égards.La nature & la répartition des tributs ne doivent pas non plus être (2) confidérées comme un rapport entre les deux Peuples de la Chine & du Pérou.

S’il efl impoffible de découvrir l’époque certaine à laquelle les Péruviens auroient eu une origine commune avec les Chinois , ou les Egyptiens avec les Mexicains, il faut cependant convenir qu’il y a entre le Pérou & la ( I ) On a vu , dans une Note , qu’Alfred n’a fait qiïç fuivre les fyftêmes du Nord. T. (i) M. Carli a bien vu ici. Les tributs fe payoient auflî en nature à Rome, à Athènes, dans les premiers âges de ces Républiques. Il en étoit de même chez nous , fous les Rois de Ij première race , & même fous Charlemagne ; chacun devoit,en temps-de guerre’, fournir tant de lances, 4e cuiraffes, &c. comme au Pérou. T, *--- • – -»

jo Lettres Chine, comme entre Tancienne Egypte & le Mexique , la même analogie qu’on a remarquée entre les Scythes ou Tartares, & les Peuples de TAmérique Septentrionale ; & il n’y en a pas moins entre ceux de l’Amérique Méridionale & de l’Afrique.

Paw croit qu’on ne peut établir cette ana-logie que par l’état des Beaux -Arts : comme il avoit intention de tout dégrader, dans les anciens Empires , il lui étoit impoffible de retrouver aucun rapport entre les parties du globe. Mais fon principe étoit d’ailleurs trèsmal-fondé, comme je l’ai montré. La Condamine, Phllofophe plus inftruit, penfoit que le feul moyen de découvrir Torigine des Américains , étoit d’en comparer les Langues avec celles de nos Continens. Cette idée me paroît auflî jufte ,que ce projet impoffible à exécuter.

Quelle efl en effet , dans notre Hémifphère , la Langue qui fe foit confervée en totalité (i) & (i) M. le Brigant croit que le Breton , qu’il appelle tancien Celtique , a confervé dans un des cantons de l’Armorique, ce caradère primitif , à l’exclufion de toute autre Langue. Les morceaux qu’il a produits , à cet égard y font vraiment étonnans : je goûte fon fyftême, & je voudrois le voir démontré dans toutes fes parties. Mais il faudroit à M. le Brigant des fecours , de l’appui , qu’il attendra long-temps en._vain, dans wn liécle où les chofes vraiment utiles font celles qu’on lailfe de côté. Je ne ferai

SUR L’AmÉRIQU E. ÏI fans mélange ? Qui pourrame montrer commerut parloient les anciens Scythes , les Chinois , les Egyptiens, il y a quatre ou cinq mille ans?

Quand bien même nous le faurions , feroit-il fi facile de déterminer les différentes altérations qu’ont fubies les Langues de l’Amérique? La Condamine a obfervé plus de300 mères-Langues dans la feule traverfée qu’il a faite en Amérique. Les premiers Voyageurs en ont aufîi remarqué un plus grand nombre que dans notre Hémifphère. Gumilla , Tom, II y pag. 192, convient qu’il y a une multitude de Langues-mires parmi les Peuples de l’Orénoque , & une infinité à’Idiomes qui en font dérivés. Laiffons de côté les noms de ces Langues ou Patois étrangers. Plufieurs Nations , dont les Langues étoient aucune réflexion fur ce que dit l’Auteur, Ce feroit un fujet de trop longue difcuffion. Mais il ne préfente pas aflez exactement le texte de Gumilla. ceH y a, dit celui-ci, 93 une multitude de Langues , dont les unes font matrices 35 ou mères-Langues ; & , lorfqu*on entend une fois celles- » ci , on n’a pas de peine à entendre les autres jj. De deux /eules qu’il croit Langues-mères , il déduit onze autres Idiomes , & iîx de la Langue Caribe. Ainfî l’on peut favoir facilement dix-fept Idiomes ou Langues , quand on en fait trois. Les trois-cents Langues dont parle La Condamine , fe réduiroient , fans doute , à un petit nombre fi on les analyfoit. h’Ouvrage du dode Hervas me prouve, à çertaiti point , que je ne me trompe pas. T, . .

12 Lettres différentes entr’elles, ont occupé fucceffivement le Mexique. Il eftmême probable que, du temps de la Conquête, la Langue dominante de cet Empire , étoit le réfultat de pluiieurs autres.

On doit pen(er de même à l’égard du Pérou.

On s’occupoit fans ceffe à Cuzco de polir & de perfedionner la Langue : or qui fait combien elle a du fubir de changemens? 11 eu vrai que la Langue de Cuzco devoir être entendue daiis tout TEmpire ; mais les divers Peuples (i) confervoient la leur ; & il en fera réfulté un langage mixte , comme il efl: arrivé dans tous les pays où il se(ï formé difFérens dialeftes, C’eft ainii que la Langue Italienne , fi parfaite aujourd’hui, efl le. réfultat du Latin, du Lombard & d’autres Idiomes qui fe font délayés les uns dans les autres. Denys d’Halicarnaffe fait une réflexion qui peut fervir de régie dans cette difcufîion ; « C’efl qu’il efl àbfurde de dire 3> que les Habitants d’un même lieu n’auront » rien de commun dans leur Langue , s’ils font >> de même origine ». Il faut affûrément qu’il ( I ) l’Auteur a cependant dit préce’dsmment que les Peuples conquis apprenoicnt la Langue de la Capitale , pour éviter la qudificatîon odieufe cCEtrangers, Il y avoit donc une meilleure raifon à donner : c’eft que jamais le -Campagnard ne parle la Langue des grandes Villes. Le Payfan Romain avoit , félon les Provinces, un Langage autlii grofïîer que le Picard ou l’Auvergnat. T.

s u R l’AM è R I Q IJ E. 13 y ait des termes originaux , qu’on doit regarder comme autant de racines : mais comment les trouver ?

Hornîus a cru pouvoir retrouver en Amérique des indices de nos anciens Continens , par la voie des étymologies. Il y a vu les Phéniciens , les Carthaginois , les Maflagétes , les Mauritaniens , les Grecs , les Syriens, &c. : mais des conjedures auffi peu fondées (i), ne nous mènent pas à l’origine que nous cherchons Je pourroisyfurmon chemin ,vous ramaffer , parmi les Nations de ce vafte Continent , le mot omc pour homme, a^na pour ame, ara pour air, potia pour piclus\à}Lvci ( poitrine ) > pi pour pUy aya pour aycu-U , genali pour genouil^ mannatl pour mamma latin ( mamelle) , tonimeron pour tonnerre^ paune pour pain^ & pluiieurs autres ^ oii Ton voit certain rapport pour la lettre & pour le fens : mais où cela nous ménera-t-il (2) > ,,;, l – PII » I …!

I ,1 , Il i> iwmmmmJÊt^mmmémmmm^m V ;> i « il (i) J’ai fupprimé une grande page de mots Américains» •^dent Homius prétend donner les étymologies, prifes des anciennes Langues de notre Hémifphère. Ceux qui voudront s’araufer de ces détails , confukerdnt fon Ouvrage de Originibus Americanïs ^ i6$r. Il faut aéjceflairement lire fon texte, pour juger de la vérité p^‘,4© l’invraifem;- .blancc de fes réflexions-^ T. ^^’^^^ ‘ii’tii). L’Auteur placé icitme longue -Note > dans laquelle 1i paroît étonné que It^ mots kmUirdsi”àc<h. Langue

14 Lettres La Condamine dit encore , dans fon Mémoire de 1745 j que, pour conftater la conformité d’origine entre des Peuples , il faut , outre l’identité desmotsdans laLangue,l’identité du(i) (ens.

Je n’ai jamais vu le Vocabulaire qu’il avoit formé de certains nombre de termes ufités en Amérique. Je ne crois pas qu’il ait jamais été publié. Celui qu’il avoit envoyé de Quito a péri dans la traverfée avec les autres chofes qui y étoient jointes. 11 nous auroit peut être donné quelques lumières.

Mais je veux au moins vous préfenter quelque chofe de moi dans les réflexions fuivantes* Il eft certain que les termes qui ont d’abord fignifîé des chofes dont Tufage a été continué Italienne , fe retrouvent dans le Danois& les autres Idiomes du Nord. La DifTertation de Ihre de reliquiis Lingua Getica , 1758, fon gmnà Diâ!ionndire Suédois y VIndex ovt Vocabulaire que Lindenbrog a joint au Code des” Loix anciennes , celui des termes gothiques des anciennes Loix du Nord , de Loccenius , &: autres Ouvrages lui en auroient ,dpnnç la raifon^ Les Lombards étoient une branche des anciens Theutons , iflîis des Goths. T. t^i(ii) La’Condamine prouvôit par-là qu’il n’avoit pas de théorie exaâ:e des Langues. Voici un feul exemple bien -frappant. Large , €n François , fe dit d*une dimenlîon latérale ; en Efpagnol il fignifie long , en Anglois gros-, volu’ mneux : c^eft rçependant le mot latiù: largus : je’ laiffe ^ cQté fes. autres acceptions. T» -,^-

«UR l’Amérique. ij folt par goût , foit par befoin , dans les différentes générations , n’ont foufFert que peu de changemens.Or c eft avec ces termes que nous pouvons arriver au but qu envifageoit La Gon-damine. Ainfij> lorfque je trouve, à la Chine, le mot Chang’ù ^, au Pérou, Hin-tl ou Yntl^ pour défigner le Soleil , je dis qu’il y a un rapport bien dire£l entre ces deux expreffions; d’autant plus que Garcilaffo nous avertit que les Péruviens articuloient les (i) afpirées & les gutturales , de manière à ne pouvoir les repréfenter avec nos types littéraires^ L’Empereur Cham-hi donnoit à ce mot lé fens de Dieu; mais la Congrégation de la Propagande décida J^JRpme, en l’JQrj» qu’il ne défignoit que le Ciel matériel, • Platon dit , dans fon Pkiléèê;crqire le Dieu f à qui Ton attribuoit l’invention des lettres >> Zi de l’écriture^fenommoitrÂè/î^/ enEgypte *>.

Peut-être eft-ce le mêmenom que Tke-os enGrec, (&i Deus en Latin; On a interprété ce Theut par Hermès ou Mercure^ à qui Pon atmfeue aufG ,k;fîiême invention ,félon Rygin:^!^^IkMe 277, M^ •^ f(^) On ne j)>èlitl :fé /otmer l’idée dè^cette a(})iration gutturale , qu’en entendant parler un Breton’ où^‘un habitinç , des environs de Dieppe. T…; j--, ji^ f 1, ^ ; (2.) Hygin w. .donne/pas Mercure ‘j^oùr l’inventeur ziç^iitm^s, U 4û feuleifteat qu’il les porta {dmliJJ’e) en

i6 Lettres & toute TÀntiquité. Macrobe (i) prouve qiti Mercure& le Soleil n’étoient , chez les Anciens qu’un même Aftre, Theut, en Egypte, n a dom lignifié originairement que le Soleil. Les Mexi cains avoient l’idée de la Divinité; inais ils I confondoient avec celle du Soleil. Commen cela, me direz-vous ? Cefl: qu’ils appelloien le Soleil Theut , comme les Egyptiens. Le me “Ctf/Zi iignifiant /;2tfi/c>/z dans leur Langue, Thcu Calli etoit pour eux la Mai/on de Dieu (z). Le Betoies , félon Gumilla, T(3/7z. //. pag. 20y appellent Dieu Thcos , comme 1és Grecs. Mai obfervez ce qui fuit. Vous favçz. que les He breux appellent Dieu Ichova. Il me fembl ^que ce mot. fe retrouve dans celui de lohauna nom de la (j) Divinité , chez les ancîer ;

Egypte , où- Cadmus hs prit avec foi , pour Ii , tranfporter enGrlcê. Je parlerai, plus loin , de Theut q Mercure, T- Vnt*- .,; .; ,•.;..’.. . .i / -/ (i) £iir.’^/;t?i^;-k/Xi;L«iJ:^flftiî<ftii deMaCR& Cà .;bien intéreflantôs. /!f. • -> i\ /%\\yv:X^ rro v^^^,V^ir<t ^^r^^x) rA^«r , étant auflî le même que Theosy tnGnitc on peut traduire rexprefïîon Mexicaine Theut-CalU (prc ïioncez Cagli) par Theou-Calia ; ce qui , en Grec, fignifie à la lettre, Raifort de DieuMÇ^ rapport- a quelque cjioi (3) Il n’eft pas befoin deSippdfâf^^ùe lés %Q)ègno] •Bt entendu j(o/w«?ja pour hbovah* lao , /ap/^, ^tf^^ or {” ’:;^.^-ùi^. i^^% xzi ii’-yp :a^iiiiliiiii 5*v !•- .: Peuple

SUR l’AmèhiOue. Î7 Peuples qui habitoient l’île Hifpaniôla, lorfque les Efpagnols y arrivèrent : c’eft ce qu’aflure Pierre Martyr. Il eft d’ailleurs poflible que les Efpagnols , non accoutumés à la prononciation de ces Infulaires , ayent un peu modifié le mot > & nous rayent ainfi tranfmis défiguré ; carCu^co , ville, fut d’abord pour eux Hue/car ^ nom d’un Inca. Ils ont toujours dit Atabaliha pour Ata^’ hualpa ; ils ont donc pu entendre lohauna pour hhova* L’expreffion repféfentative de l’idée de pcrc ôc mère s’eft confervée la même , prefque chez tous les Peuples. JBba, Papa (^)Babba défigna le Père , chez les Orientaux ,comme chez les Grecs& les Romains. Marna ou Mamma défigna la Merc , enfuite XAïeule ^ chez les Grecs, & la défîgné Dieu , dans toutes les anciennes Langues de notre Hémifphère. La racine eft loh ou Hoh , être , exijler : on défignoit donc ainfi VEtre par excellence. T. ( I ) Gumilla croyoit que les mots Papa. , Papale fe trouvoient, par pur hazard, chez quelques Nations de l’Orénoque : il fe trompoic. Ce mot tient à l’origine de l’homme 5 de même que y^f/, père, Adad y Athay , Athot ^ Aihoas ^ Athys , Atti, Atta dans Homère, &, dans la verlîon Gotique d’Ulphilas , Atta UnfaVy Père de nous, pour Notre Père. On trouve auflî Ta , Tata , en vieux François Taïon pour Grand -Père. Tous ces noms on: déiîgné la Paternité ou l’origine. T.

i8 Lettres Mamelle , chez les Latins. Nous avons aufîi vu la même chofe chez les Américains.On appelloit un Prêtre au Mexique Papa, Mama étoit par excellence le nom de la Lune. La Condamine a reconnu ces exprefîions dans tout le cours de fon voyage fur la rivière des Amazones. Il obferve quen regardant même ces termes comme les articulations primitives que peuvent former les enfans à la mamelle ^ il reftera tou-jours à favoir : « Pourquoi dans toutes les Lan- » giies d’Amérique où ces mots fe rencontrent , » leur fignification s’eft confervée fans fe croifer? » par quel hazard, dans la Langue Omagua, M par exemple , au centre du Continent ou » dans quelqu autre pareille Langue , où les » mots de Papa & de Mama font en ufage , » neil-il pas arrivé que Papa fignifîât Mère, » & Mama Père ; mais qu on y obferve con- » fi:amment le contraire, comme dans les Lan- » gués de l’Orient & de l’Europe » ? On ne peut fe refufer à la jufieffe de cette obfervation. Elle fuffiroit même pour prouver qu’il y a eu quelque communication entre les Peuples des deux Hémifphères.

Si nous examinons aduellement les noms des premiers Héros dont THiftoire de TEgypte & celle de la Grèce font mention , fur-tout les noms de ceux qu on croyoit venus de TO-

s U R L’ AM Ê R I Q U E. TÇ céan , rAmérique nous fournira probablement quelques notions, & certains indices relatifs à nos vues. Le plus ancien eft cet Jtlas à qui Ton attribue Tinvention de la Sphère, Contentons-nous de fon nom pour le moment; nous reviendrons à fon perfonnage avec plus de détails. Nous voyons , à la même époque. Hercule Egyptien qui combat avec Antée.

Il y avoit , près de la province de Méchoacan , une ville qui fe nommoit Atlan. On voyoit auffi dans ce diftrid d’autres Villes dont le nom fe terminoit de même, telles que Guat-atlan^ hi-atUn^ Cin-atltin. Elles étoient toutes fituées jaTntre le pays de Méchoacan & Lélifco : les habitans fenommoient Atlantides,Une des quatre belles rues de Tlafcala conferve encore le nom de Tii-atlan (i). On appeloit Antée tout habitant des CordiUières , du nom de cette immenfe chaîne de montagnes qui traverfe toute l’Amérique. Ante étoit le quarante-troifiéme Nome de l’Egypte :

Antcopolis en avoit pris fa dénomination. Tanger ou Tingi , fur la côte Occidentale de l’Afrique , fut auffi la ville à^AntU : le pays (i) M. Clavigéro, Tom. l-‘pag, 151 , aflure que c’étoit 4’une Province d’Amérique, appellée A^tlan^ que fortoient les fept Nations qui, du temps des Chichimêches j^aCshrent dans le ^zys dAnahuac , appelle enfiiite le Mexique, Bij

2D LETTRES éiAnH eft même adiiellement un des pins délicieux de la cbtQ d’Afrique , près de la Guinée.

Ainfi nous avons, enAmérique , la grande chaîne des montagnes mentionnées, la côte d’Afrique, en face de celles de l’Amérique, &,en Egypte, la quarante-troifiéme Province , qui nous rappellent le nom ^Antc (i). Pourquoi n’y joindrions-nous pas [qs Antilles ?

L’Hiftoire ou la Tradition de tous les ^gQs nous apprend c\xUranus fut père ^Atlas, Mais Uranus ou IJran eft un nom qui s’eft confervé jufqu’à nos jours, en Amérique, comme en Ethiopie , oii Ton défigne , par ce mot , ce qui eft lumineux ^ perçant ^ élevé ^ embrâfé. Selon Gumilla , Uruana fignifie , en quelques Contrées de l’Amérique, la pointe civile d’une roche (2).

Je ne ne m’arrêterai pas à d’autres exemples.

Les Filles du Sang Royal , ou confidérées comme (i) L’Auteur auroit encore retrouvé ce nom dans les Anus , ancien Peuple qui habitoit au-delà du Danube 5 & dans Anîu , Roi des Scythes. T. (i) Or y Ar ont auflî défigné , dans notre Hémifphère, «ne Pointe aig’ùe : de-là Or montagne , ou Oros , en Grec.

Nombre de mots des anciennes Langues qui fîgnifient Percer i Ouvrir ont été appliqués à la lumière. Voilà pourquoi Apollon ou le Soleil a des Traits perçans , en Anglois Arrow ; VAurore ou un Trait d’Or ou perçant , ouvre les portes du Soleil , dajis les Poètes : de-là l’Orient. T.

îHiies du Soleil^ fenommoient , au Pérou , Pallas ou Pallades: mais, fi Jupiter n eu. que le Soleil y les Anciens Egyptiens& les Grecs n ont donc pas eu d’autre idée de la naiffance de Pallas , lorfqu^ils nous ont appris quelle étoit fon origine myftérieufe.

Les lies Canaries avoient probablement cette dénomination depuis très-long-temps, lorfque les Romains & les Grecs les ont connues fous ce nom : Pline en fait mention , Liv, FI, Ck* XXXII. Nous retrouvons le même mot dans Canar (i), Ville & Province de la domination des Incas, dont les Aftronomes Efpa^gnols & François allèrent viiiter les ruines. Nous connoiflbns les Guanches de TénérifFe ; THiftoire ne nous laiffe pas non plus ignorer lesGuanches^ à cent lieues du Paraguai. 11 y avoit aiiiîi les Anches^vo’idns du Pérou. Si je favois leChinois^ le Japonnois & Tancien langage du Pérou , je vous donnerois plus de détails fur les rapports des noms d’hommes ou de lieux, dans les cîeux Hémifpbères. Cependant rappeliez- vous que Je Soleil étoit Ckang-d Han-ti^ à la Chine,& tnti y au Pérou. Les éminences fe nommoient (i) L’Auteur devoit donc ajouter que C^w^r étok aufî^ un Promontoire (k la Mauritanie Tangitane. Les Canars , Feuple de l’Afrique , noot pas été inconnus. T..

2îir Lettres Khaka , chez les Péruviens : voilà pourquoi i^ombre de lieux fitués fur des montagnes préfentoient cette finale dans leur dénomination.

La montagne du fameux lac , qui fut le berceau de Manco-Capac,s’appelioit Titi-caka. Jiti fignifîe du plomb, & caka (i) une éminence , une protubérance ou montagne. Cétoit donc la montagne du Plomb. Mais , d’un autre côté ^ les Chinois difent chakia , & les Japonois chaka , lorsqu’ils veulent défigner une cmimnce. Voyez la Note du Tom.K de YHiJIolre Générale de la Chine , que j’ai déjà citée. Je ne me rappelle pas d’autresmots analogues parmi les anciensPeuples de nos deux Hémifphères : & je n ai pas aflez de patience pour en chercher. Je vous dirai feulement que , dans le Péruvien & le Chinois , on ne connoît pas (i) les Lettres B & D. On y fupplée par les lettres F & T. (i) Ce mot eft auflî Gothique dans ce fens de protubérance:, mafTe ronde. J’ofe même aflîirer qu’il n’y a pas de Langue plus analogue à l’ancien Gothique , que le Chinois pailé. Kaiy terre haute, en Egyptien 5 Ghe,tn Grec. T, (i) C*eft-à-dire , pour parler plus exadcment , que ces Peuples, n’ayant pas les articulations dont B & D font les fîgnes , ne peuvent pas avoir ces fîgnes ou” carad:ères qui les indiquent. L’Auteur parle ici abufîvemeht comme tous ceux qui ont raifonlié fur l’origine dul langage humain.

Mais les lettres alphabétiques ne font que les fîgnes qui

SUR l’AMERIQU E. 23 Maïs c’eft affez davoir faifi des indices de conformité dans les Ufages, les Coutumes, les Cultes Religieux , quelques origines de mots , entre les Peuples des der.xHémii’phères,pour paroître bien fondé à conclure quil y a eu , à des époques inconnues , quelque communication réciproque , des rapports dans les idées , dans la manière d’être même ; 81 que les Amé* ricains ne font pas des hommes nouveaux , mais ignorés avant la Conquête (i) des Efpagnols. , . -’^ Jufqu’à quel temps ont-ils donc été liés avec nous par certaine communication réciproque ?

P^r quel moyen cette liaifon a-t-ellé pu fubindiquent les puiflances articulatives , & les puifTances vo* cales , auffl différence’ ent/çlîes qu^eUes*^le font de ces fîgnes. Voilà pourquoi j’ofe aflurer qu’il n’y a aucune Nation dont l’alphal^et convienne au langage d’une autre.

Il ne faut donc pas dire : «.Telle langue ne connoît pas telle lettre , mais telle Natioii n’a jlas telle puiiTance articulative ou vocale , & conféquemment n’a pas tel figne alphabétique d’une autre w. Je ne puis m’étendre davantage fur cet article important , que perfonne n’a faifi comme il devoit l’être , fi l’on excepte l’Auteur Anglois de VAnatomie de la Langue Françaije , Ouvrage excellent. Voilà pourquoi toutes nos Grammaires ne font qu’un cahos. T. (1) Nous verrons , plus loin 3 qu’ils étoient connus àc$ Européens auparavant. T.

24 Lettres fifler , vu la vafte mer qui fépare ce Continent du nôtre ? Comment a-t-elle ceffé ? par quelle caufe ? Voilà , fans doute , des objets dignes de toutes les recherches dun Philofophe éclairé. Mais je n’ai ni le temps, ni affez de lumières pour me hazarder dans cette mer pleine d’écueils,& fans favoiroù arriver. Malgré cela, je vais faire quelques tentatives pour ne pas paroître avoir abufé de votre complaifance , & de Tefpoir que vous aviez dans mes efforts.

Pe là conformité des anciens Ufages^ des Coutumes^ de la Religion , il refaite que les Nations de tun & tautre Continens ont eu quelques relations ,cntfelles ^ à des époques trh’éloignées.De tAt^ lantidc _, fîtuée au milieu de tOcéan : Tradition confervée-i à cefujet^dans Vun & tautre Hémifphires, Connoijfances que les Anciens avoient de l’Amérique y de fes Iles : Foyagesfaits , dans It moyen âge ^ vers ces parties du Globe, Continent de rAmérique découvert par Colomb , avant que Vautres en aycnt parlé* Anciens Monumens de {Amérique, LesNations des detix Continens n’ont paspu avoirde relation entr’elles , qùavant Vufage du Fery de iEcriture & de la Monnoie, moyen-nant les Peuples intermédiaires ^ tels quétoimt les Atlantides. -^^^-^^ v-»‘est par la feule analogie des Ufages, des Coutumes, des Langues 8c àes Cultes que nous devons préfuraCr la réalité dune communication quelconque entre FAhcien& le Nouveau- Monde : nous avons fuivi cette marche. Mais’ il ne faut pas non plus oublier le fouvenir, qui

Z(S ’^ L E r T R E S s’eft confervé dans VunSi dans Tautre, de quelques grands événemens. Or vous connoiffez la Tradition qui paffa d’Egypte à Athènes ,& que Platon nous a tranfipife dans fon Tlmée, Je fais qu’on a regarde (i) comme une fable ce qu’il nous a dit de l’antique Atlantide. Mais oferonsnous dire que Platon foit un impofteur , ou qu’il n’ait pas au moins réfléchi fur cette Tradition ,,qu’il nous ej^pofe encore dans fon Oi- /i^5 avec, les plus grands détails. Platcxi donne toujours pour fable ce qui l’eft réellement.

Mais l’expédition des Atlantides , dont il nous parle‘“dans les deux Ouvrages cités , « Quoi- » quï’^fiàprtTtanu^ dit-îl^‘ej? (^z^ abfolumcnt vv\V\v>Ui. V^‘.4^S\K .VvTîi^ (l) Un homme, très-médiocre, a pre’tendu que le re’cit de Platon n’ëtoit qu*une allégorie relative au Gouvernemenr d’Athènes. G’eft’.re^Vcoa-v^r^‘dé ridicule ri^ué d’imaginer d&^^ràUfyftênie^g^:^^^^^ ,:,.,^^\ i^ \iv.^. (i) Doit-on dire, au côiitraire , qu’it eÛ , î^WoIuKient faux qu’il y ait eu une Ile plus grande que l’Afîe & la Libye ? Abram propofoJLt dans foQ Phare une le^Qn flut rendfoit’ fô^dëfcriptiôn de rîàron^diï de Critia^ plus vraifemblabiei’^ihfîV aHr1iea*-de»^4i’^e !,‘iim^Tfc ”;?/tt^^ rjjï^ , èc’laçtibye y. .il \ pro^ifeàa lisi , uiiï îk-^yhis^ grande queyçdUs’M. ¥ -^^^‘t4.ft%^rhft«’ à& ^‘j^ôi^iMais lespagnol Fevjo’ avoit^devancé M. Bailly

SUR L’AMERTÇUE. Vf Selon les détails que Solon difoit tenir d’un Prêtre Egyptien, « Il y avoit au-de-là d^s » colonnes d’Hercule une très-grande lie , plus » étendue que XAjîe& la Libye, Elle futnommée » Atlantide^Atlas , fils aîné de Neptune ; &^ » ce nom devint commun à la mer intermé^’ j> dialrc : Atlas eut un frère nommé Gadir : çes^ » Peuples envahirent notre Continent : Gadif » ^t la conquête des Iles voifines des colonnes »‘d’Hercule V & ce pays conquis ïat nommé » GadiriqtLc » , d’oii eft venu le nom de Gaditan,Uf\r ^’ /{ tjj> ’{•• , c>fi >frii.‘v.)^ij -4 i->*’^,îil ^>> Platon Hécrit eîifuite le \4fe”{)¥ys dès Atîan^ tides (i), en rapporte les Ufages effentiels;^ le Commerce j quelques Lc^ix* Mais il jïai^^it .’ ’ : ,; V..,- , -^-l-. -vtL i^L Nord, dans un local bien différent ,:,éc fans prendre le contre-pied dii^bon fens : Voyez lôn Difcours XV. 4. S^ÏIÎÇ èc IX. Tom. V. Théatr. Critit. Il a au moins pour lur certaine vraifemblance , à plufîeurs- égards : cependant l’Hiftoire de tous les temps connus^ ^Çpofe auflî jcçntre, l’enfemble de fes idées. Suivons notre Auteur. T. (i ) J’écris toujours les Atlantides avec l’Auteur , & non AtihnUr-^y^oiniât Mi Bafiily’;r^ai?‘îHul-à-pFàpicfe; a confondu ces deîix Peuples. Les Atlantes écoient : fixés dans l’Ethiopie , felqn Diodore Y It^ Atlantidfs étmnt 4 fOccident de l’Afrique; Proclus^ far leTîméf, écrit t€>iîj4ur5» AtUntins , en* parlant de ceux de Platon , & les diftingue par-là des Atlantes Ethiopiens : ceux- ci , dont parlent Héro-. dote, Mç’ia, Pline.,- dfifcendoient des Atlantides, T. ?r;}: •

2* Lettres qu a cet égard , les Prêtres Egyptiens oïit plus fuivi leur imagination que la vérité. Comme le refte du Crltias efl perdu, il faut (i) retourner au Tim&c. Platon y remarque que les Atlantides envahirent , d’un côté , ïAfrique jufqû a ïEgypte^ & de Tautre jufqua la Tyrrhénic : que les Peuples d’Athènes , defquels ceux de Sais fe difoient defcendus , chafsèrent enfin ces Atlantides , après une longue guerre.

Héfiode fait quelqu’allufion à cette guerre, dans fa Théogonie ^ r. 6o8. Il dit « qu’Atlas, fils de Japet & de Climéne , fille de l’Océan , s’étant réuni avec Menœtie , Prométhêe & Epiméthée , pour faire la guerre à Jupiter , fut condamné à porter le ciel , étant furfes pieds y à Voppofitc des Hefplrides , qui ont la voix aigiie.

Les Poètes appelloient Enfans de fOcéan^tous ceux qui 3^ par Tradition , étoient cenfés venus du coté de la mer. Or Héfiode , ayant vécu neuf-cents trente-^trois ans avant TEre vulgaire, on peut conclure que la Tradition de Texpé- (i) C’étok cependant au Cridas feul qu’il falloit s’en tenir , pour entendre Platon. Le Timée n’en préfente qu’ua fragn>eftt : c’eft ce mor<;eau dé|aché qui a induit en erreur kaAnciens & les Modenies, Strabon, qui croit le fait fans en fuivre les dimenfions , s’eft contenté de dire que VAtlanddi étoit plus grande qu’un Continent (Epeirou) , terme vague qui ne défigtie aucune limite,^T.. , – :—

dition des Atlamidcs eft très-ancienne,& quelle remonte au moins à mille ans avant le iiécle d’Augufte , ou à 700 ans avant Platon. Cette Tradition eft encore confirmée par la Fabk des Titans, hommes d’une ftature gigantefque, qui firent la guerre en Egypte : mais que les Grecs nous ont repréfentés comme la faifant à Jupiter. Clément d’Alexandrie crut qu’Atlas fut le premier qui conftruifit un vaiffeau pour s’expofer fur les flots. Stromat, Liv, L Dun autre côté _, les Européens retrouvèrent enAmérique uneTradition qui confirme cellede nos Contrées. Cortez écrivant à Charles V , lui parle de cette ancienneTradition du Mexique,& qu’il dit tenir de Montézuma lui -même. Selon cet Empereur, on croyoit, parmi les Mexicains, que plulieurs de leurs Ancêtres, s’étoient embarqués pour fe rendre vers TOrient. Montézuma, fuppofantmême que les Efpagnols étoient defcendus de ces Emigrans , les reçut conjme des Concitoyens,lespriant de fe regardercomme étant chez eux , dans leur ancienne Patrie. Herréra & Solis ont rapporté tout le difcours de Montézuma : nous en produirons ce pafTage : « Sachez quon n’ignore pas , chez nous , que le » grand Prince que vous fervez eil ifTu de notre » antique Qué^écoal (ou Quet-^alcoatl^, Seigneur » des fept Cavernes des Navatlaches , & Roi f> légitime de ces Nations qui ont fondé i’Em-

3Q Lettres » pire du Mexique. Nous vous difpenfons » même des preuves que vous pourriez en » donner. Une des Prophéties, dépofées dans » nos Annales, nous a indiqué quil fortit du » pays pour allerconquérir des terres en Orient, w promettant que , par la fuite dos temps , ceux » qui feroient iffus de lui, reviendroient cer- » tainement corriger les abus du Gouvernement » & les Loix ». Herréra dit en outre que les Empereurs du Mexique defcendoient d’un Prince venu de l’Orient, où ce Prince étoit même revenu. La Prophétie ne seu pas trouvée jufle; car, au lieu de voir leurs Loix réformées, les abus du Gouvernement corrigés , les Mexicains ont vu, en peu de t^mps , la fubverfion totale de l’Empire ,& rannéantillementprefque général de leur Nation.

Quoi qu’il en foit , nous retrouvons enEgypte, en Grèce une Tradition confiante , qui nous apprend qu’une Nation belliqueufe, venue du côté de l’Océan , fe jetta fur i’Efpagne , Tltalie , & une grande partie de l’Afrique. L’Amérique , d’un autre côté , nous rappelle le fouvenir d’une émigration , à la tête de laquelle étoit un grand Prince , qui vint pour faire la Conquête de plulieurs Etats dans notre Hémifphère.

Mais ,quand cela eft-il arrivé ? NosEuropéens , qui , par un orgueilcommun à tous les hommes » fe regardent camme le centre de tout , ont cru

SUR L*AMERIQUE. 3I pouvoir en rechercher & même en afîîgner répoqiie. Ils ont ofé dire comment les habitans de notre Hémifphère avoient pafle en Amérique. Ovîédo prétend prouver qu Atlante étoit Italien : que fon frère Hefpérus régna en Efpagne après Hercule , & en fut le douzième Roi, dont elle prit auiîi le nom. Ainfi les Rois d’Efpagne (ou d’Hefpérie) , ayant un droit légitime à la fucceffion d’Atlas ,comme fucceffeurs d’Hefpérus j^ fon frère , fe font rendu maîtres, avec juflice , du vafte Continent de TAmérique , qui étoit la Grande-Hefpérie ; czt c’eft-là quOviédo trouve les Hefpcrides ^ & non dans les Iles Fortunées , ou à l’Ouefl de l’Afrique.

Voilà donc comment Oviédo prouve fon opinion.

Grotius difoit que les Peuples du Nord de TAmérique font originaires de Norwége , & qu’ils pafsèrent dans cette partie du Nouveau- Monde par riflande , la Friflande _, la Groenlande, TEftotilande. Il adoptoit en ceci lopinion de Niccolo Zéno , qu il connut par \qs Lettres du Chevalier Zén&y lequel étant allé dans la Baltique, en 1380,011 il fit naufrage, y trouva dans les lies (peut-être les Orcades) un Prince nommé Zichini (1) , fous lequel il fit (i) Ce détail paroîtra obfcur. Mais je n’ai pas les Lettres du Chevdier Zéno , poi*r éçlsiircij: ce fait avec

yi Le T t r è s des découvertes en Groënlande ,& foutint une guerre contre le Roi de Norwége. Quant aux Peuples du Midi de l’Amérique , Grotius n héfite roriginal. Ramufio étant même infuffirant , voici quelques détails , pris de l’excellent Mémoire que M. Buachc préfenta à l’Académie des Siences , & qui fe trouve dans k Volume de 1784, ;7<i^. 437. « Dans la guerre qui n s’éleva entre leS Vénitiens èc les Génois, au fujet de ij l’île de Ténédos > Charles Zéni fut nommé Général de » l’armée Vénitienne. Il avoit deux frères , Nicolas ôc M Marc-Antoine. Nicolas, voyant la guerre finie, réfolut >î de connoître le monde & de voyager. Il fit équiper M un vaifleau à Ces frais , & pafla le détroit de Gibraltar» » dans le deflein de vifiter l’Angleterre & les Pays-Bas, >> Après avoir couru , durant quelques jours , au Nord , il » efluya une tempête qui le poufTa vers l’île de Frijlandey M & brifa fon vaifTeau fur la côte : ce Voyage fe fit en » i}8o. Cette Ile appartenoit au Roi de Norwége 5 mais M un Seigneur de ce Pays , nommé Zichini , venoit à’y » defcendre avec une armée, pour en faire la conquête.

M Ce Prince poffédoit les îles de PortLmd, fituées au 3» Sud , près de Friflande , & qui étoient les plus riches 9> 8c les plus peuplées du Pays. Il poifédoit auffi le Duché » de Sorandy Sec. 3,— Sur le bruit qui fe répandit bien-tôt, à l’arrivée M d’un vaifleau étranger dans cette Ile , Zichini accourut » au lieu où il étoit. Il parla Latin à Zéni 3 & , ayant « appris qu’il étoit Vénitien, il le tira des mains des M Habitans, qui fe difpofoient à lui faire un mauvais parti; » & le prit fous fa protedion, ainfi que tout l’équipage. 3» Pxecomioiffaivt enfuite fou mérite, & fes talens pour ( pas

fas à les faire defcendre des Chinois, des Ethiopiens & des Africains en général.

De Laet& Hornius , que nous avons pluiieurs 33 la Navigation , il ïe fit monter fur fes vaiffeaux , Se M recommanda à fon Général de ne rien faire fans fcii î>3 confeil, &c. 33 Nicolas Zéni, fe voyant ainfi retenu &: honoré pat «» Zichini, écrivit à Marc-Antoine, ion frère, devenir le 3î joindre. Celui-ci étant arrivé, Zichini parçit avec le» 33 deux 2éni, fur un flotte confldérabj^e , jpbur ^.îler atta^ »> quer riflande {îcs Schctlcind) qui eft iîtut-ê entre Frif- 30 lande & la Nôrwége, &c. — Nicolas Zéni étant palîé ea 5> Groenlande , ne peut y foutenir îa rigueur du climat 5 3» revient à Friflande , où il tombe malade , & meurt, è>cc. o-, — Son frère , Marc-Antoine fuccéde à Tes: dignités & 3» à fes richefles ; fe difpofe à palTer en Efiotiland ou w Terre de Labrador »’.

Voilà , dans cet extrait , ce qui concerne les deux frères !Zéni. Leur Carte , que M. Buache a publiée à la fuite d© fon Mémoire , nous préfente, au Nord de Friflande , un© île , nomme’e Duilo , qui fixe enfin le local de cette Thulà fi renommée chez les Anciens , & fi fouvent citée avec un pafiage de Sénéque. Mais cette Friflande , qu’on a crii fi long-temps fubmergée , comme le croit aufil M. Carli , reparoît enfin dans le Mémoire de M. Buache 5 & , vu li pofition & la conformité de plufieurs noms de lieux _, elle devient la vraie Fer-oé^ ou, comme nous parlons, l’îla deFcroc. Il a bien vu que fer- oc fignifioit (le de détroits j, des mots Oc’, île, &:/er,en Anglois aéluel /I^nV, détroit, palTao-ev En effet il ne faut que l’infpcislion de ces Iles^ Torn^ //. C

54 L ET T R E i& fois cités, ont entrevu des paflages d’Afie en Amérique : ce qui fait adluellement Tobjet des tentatives des Mofcovites. Ainii les Scythes , lesMogols, les Tartares, les Chinois auront pu s’y rendre , félon ces deux Ecrivains. Ils n ont pas vu plus de diincuké pour les Phéniciens, les Carthaginois , les Cananéens , qui auront pris leur route par la mer Atlantique. Acofta , pour voir la preuve de l’étymologie. Quand au mot oê ^ il eft commun à toutes les Langues anciennes , fous pluileurs formes , pour déiigner un efpace de terrein bornée foit par /es eaux ^ loit par des limites quelconques. On dit ai-Gobt ou ai-Copt-, terre ou île de Copt, ou JEgypte pour Pays de la Magie ; ei & ai , en Hébreu ; ei ou ein , en Iflandois ou en Gothique. Au pluriel Gothique , eiumi en Hébreu, eiim; en Iflandois , eier & oier. Les Langues du Nord préfentent auflî pour/Jrr ou. ferrie , le mot frith, d’où le “Lzxxa ffetum. FriJlandeQ: donc pour ferrie’s-land,^2iys ou terre de détroits.Après avoirdonné les détailsGéographiques, relatifs a fes,preuves, l’Auteur fait cette conclufion, qui mérite d’être lue , pas^. 451.— «« S’il paroît maintenant o5 démontré que l’île de Frijlande n’eft point fabuleufe ni •> {ubmergée, comme on l’avoir cru jufqu’à préfent, il s’en » fuit néceflairement que la Relation de Zéni n’eft point M un Roman, mais un monument précieux, d’où l’on M peut tirer des connoifTances utiles. On peut en conclure »> entre autres chofes, que le Nouveau-Groenland auroir ») été connu avant la découverte qui en a été faite par » les Danois 5 que l’Amérique auroit auflî été connue & •» habitée par des Européens , avant Chriftophe Golorab; »» (comme on le voit par le voyage que le Pilote de Frifland

s tJR l’Amérique. 3J Gnmlila & autres font defcendre les Américains de Cham , des Tartarcs , des Canha-* ginois , &c.

Quelque degré de probabilité qu’oii donné à ces tranfmigrations , de notre Hémiiphère en Amérique, il redera toujours à favoir comment CQS émigrans ont pu s’expofer ( i ) en plaine mer , avec de petites barques , fans favoir ou *> fit en Efiotiland ou Terre de Labrador ) ; que l’hiftoiré 33 des Colonies qu’on dit y avoir pafTé du pays de Galles» >» l’an II70, fous la conduite, de Madoc , un des fils 33 à’Owen-Guinetk , Roi de ce Pays, pourroit paroîtro iï afiez fondée 5 &: que la découverte de l’île d’/car, menà» tionnée dans la Relation des Zéni, mais qui nous eft 33 encore inconnue (315° longitude, 6^”^ latitude , fur leuf 33 Carte) pourroit être très-intérefTante , & fourniroit peut- 35 être de nouvelles lumières. Il réfukeroit encore de lit 33 Carte des Zéni , que la T/iulé des Anciens feroit plutôt •5 l’île de Frifland y autrement /‘^ro^, qu’aucun des autres 33 Pays auxquels on l’a rapportée fiicceifivement «. Tel efl l’éclairciilement que j’emprunte de ce grand Géographe ^ Jont nous verrons reparoître le nom avec gloire, dans lé cours de cet Ouvrage. T. ( I ) J’ai déjà dit ailleurs que Colorrib apperçut les débris d’un vailfeau fur les côtes d’une des lies de l’Amerîque, devant lefquelles, il palTa la première fois. Il n’étoit donc pas le premier Navigateur qui allât dans ces parages ?

Or combien de Navigateurs inconnus n’ont-ils pas pu être jettes de même, malgré eux, fur ces côtes ? En voici uri exemple qui prouvé tout. Gumilla, don: la boime-foi n’a jamais été foupçonuée > nous dit, Tom. Ih pag. 208 j

36 Lettres ils alloient ; & comment , fans le fecours de 1^ boiîffole, ils fe font déterminés à quitter un pays connu, fertile, comme pouvoient letre plulieurs Contrées de l’Afrique, de TEiirope ou de TAiie , par le feul défir d’en trouver un plus avantageux. La difficulté devient encore bien »» Que, s’etant trouvé, en 1731 , au mois de Décembre, »^ à Saint-Jofeph à’Oruna, fitué à douze lieues de l’em- 105 bouchure de l’Orénoque , il apprit qu’il y étoit arrivé »9 un bateau de T^nérifFe, mais chargé pour l’île de Palma, T» une des Canaries , comme le prouvoit le pafTe-port de • la Douane. Ce bateau , accueilli d’une tempête , fut a» abandonné à la fureur des flots , par les fix hommes •o qui le conduifoient. Ces gens , ayant confommé en •• plaine mer le peu de vivres qu’ils avoienc pour leur /M voyagé , qui devoir être bien plus court , furent réduits #» à ne fe foutenir qu’avec du vin. Ils abordèrent donc a> à Saint-Jofeph, épuifés, décharnés & n’attendant plus *> que la mort. Ce fait ayant été duement vérifié , dit »> Gumilla , qui pourra nier que cela n’ait pu arriver les »> fiécles palTés m ?— D. Ulloa , qui fait auffi peupler le Midi de l’Amérique par la même voie , auroit du citer ce pafTage, pour appuyer fes conjedures. Voyez fon dernier Mémoire, Quant au paflage des animaux (pour kquel quelques Théologiens Efpagnols ont fait intervenir les Anges ) , les détails de M. Carli en montrent la poffibilité. Ainfî ne prodiguons pas les Miracles : ils n’ont été que trop communs, au ^rand déshonneur des difFérens Cultes 5 malheuleufement la faine Philofopbie n’avoit pas encore éclairé k Thîologie. Feyjo a entrevu le vrai moyen. T.

plus grande, lorfqu on réfléchit que , dans tous les âges connus, ily a eu des homnies aflez peu frappés des révolutions des Planètes ,& de la Terre en particulier , pour foutenir qu il ny avoit pas d’Antipodes.

Accordons, ii Ton le veut, que le défir de la nouveauté ait pu déterminer plufieurs Individus à courir tous les rilques qu’ils ne prévoyoient pas, ont-ils donc amené avec eux àcs animaux, tant privés que fauvages, féroces comme des lions , des tigres , des ours , &c. ou des reptiles au moins aufîi redoutables par leur énorme groffeur & Tadivité de leurs poifons.

Ce font donc aufîi ces Aventuriers qui auront peuplé d’oifeaux, de toutes les efpéces, ces Continens éloignés , où le hazard les £t arriver? D’ailleurs, comme robferve très-fenfément Gumilla, nous favons qu’il fe trouve en Amérique des animaux , même fufceptibles de s’apprivoifer , & dont on ne connoît pas les epéces dans notre Hémifphère. Eil-il donc poffible de fe perfuader que ces Navigateurs ayent amené avec eux toutes ces efpéces, comme les viggognes, les alpaques, les Hamas , les tomincos , les fenfontes & autres, tant volatiles que quadrupèdes , dont il ne reftoit même pas l’idée en Europe. Gumilla ne trouve pas de réponfe à cette difficulté , à moins qu’on ne fuppofe le miracle dont il parle, Mais nous cher- C il]

3? Lettres chons les traces de la Nature. Les miracles font hors de la fphère de la Phyfique ; ainfi nous ne devons pas nous en occuper.

Huet rappelle ici les voyages des Phéni-» çiens& des Carthaginois , qui, lelon lui , auront pu y être jettes par les vents. Soit. 11 faut donc aufîi convenir qu’ils tranfportoient des’ferpens terribles , de vingt à trente pieds de long , avec leurs femmes& leurs enfans. Un homme fenfé fera-t-il de cet avis (i) ? S. Auguftin trouvoit lui-même une ahfurdué à fuppofer que quelques Individus aycmjamais pajfé de notre Hémifpherc (i) Le paflage des ferpens & des reptiles, qui devient très-facile à comprendre dans l’hypothèfe de M. Carli ^ s’explique de la manière la plus fimple, par un fait d’Hiftoire Naturelle , dont perfonne n’a parlé , que M. le ProfefTeur Hacquet , dans fa Lettre Italienne du Chevalier de Borne y & qui m’a e’té communiquée par M. d’Anfî’e de Villoiron 5 voici ce que j’y lis : « Outre les quadrupèdes 5s & les oifeaux qui changent de local, j’ai vu, avec fura? prife, des ferpens émigrans, qui traverfent le fleuve pour « paffer de la Sclavonie & du Sirmio en Servie. D’abord 93 je crus qu’ils alloient &: venoient d’un coté & de l’autre j M mais, dans le cours de notre voyage , je les vis toujours » aller au Levant, Les habitans m’ont affûré que_ leur » palTage fe faifoit tous les ans en Automne > & qu’au a» Printemps ces reptiles s’en retoumoient à leurs trous , » venant du bord de la Turquie fur le nôtre. Je leur en afi demandai la raifon. Ils me.donnèrent peut-être la vériî». table y favoii que |les brofl’^iliês 4^ U Turquie , ttac^.

Aîi’di’là de COcéan , de Civit. (i) Dei. Liv.

Je ne nie cependant pas que , dans Fantiqiiité comme dans les 2i^QS intermédiaires , oa ne fe foit hazardé affez loin fur TOcéan , & qu’on n’ait découvert plufieurs lies , qu’on ne retrouva plus , faute d’avoir la bouflble pour fe conduire. Ariftote , ou l’Auteur du Traité du.

Monde , Ch. III.,& Théophrafte nous racontent que, peu de temps avant eux , un vaiffeau Carthaginois , ayant pris le largue fur l’Océan , fut porté vers une Ile délicieufe , où une partie de l’équipage refta: & que ce vaiffeau, de retour à Carthage , ayant raconté cet événement , le Sénat en fît mettre à mort l’équipage reliant, afin que cette découverte ne fût pas publiée. Il eft plus vraife’mblable qu’on obligea ces Navigateurs à garder le fecret. On a déjà plufieurs fois cité Diodore de Sicile, Liv, Fy 9î plus ëpaifles & moins fréquentées ^ ces férpens pouvoient » y être plus tranquilles dans leurs retraites. L’efpéce que »» j’y ai remarquée eft le Coluber natrix de Linné » &c ».

Les terres dont M. Carli fuppore le rapprochement , favorifoient donc ce paflage d’Afrique , ou d’ailleurs , enAme* rique , bu peut-être d’Amérique en Afrique. T» • ( I ) L’Auteur devoir au moins dire , après Gumilla ^ m S. Auguftin préfumoit que les Iles avoient été peuplces » par des Navigateurs ^^de Civit, DâylÀv. XVL Ch. VL C iv

4Q Lettres. ^u fiijet de cette grande Ile que les Phénî-^ ciens découvrirent à une très-grande diflance delà Libye, vers TOccident. Elle abondoit , dit-il, en toutes fortes de produdions , &c.

Ariilote dit, pîufieurs fois, qu’il eft poiîible qu’il y ait, ati-de là de FOcéan, d’autres Iles , & des Continens d’une plus grande étendue que les nôtres, mais inconnus. Pline, Liv. VL Ch> XXXI. , nomme les îles Hefpérides, Gorgades, Atîantides,fituéestontes dansrOcéanAtlantique.

Il fe fonde fur les témoignages d’Ephore , d’Eudoxe, de Timofthène & autres. Il dit même, d’après Statius Sebofus , qu’il faut quarante jours de Navigation pour paffer des Gorgades aux Hefpérides. 11 faut ce temps là (i) pour pafTer à^s_ Canaries ou des Iles du Cap Verd , en Amérique. Le même, dans le Chapitre {mvànt ^ décrit les îles Canaries avec beaucoup de précifion 5 & les diftingue par des noms particuliers. La première eft Ombrions la deuxième Junonia, la troiliéme C<2/7r^ri^ , la quatrième Nl-^ varia , la cinquième Canaria, • ’ Eliendit, liv. ///.Ck.XFIÎL que Silène apprit à Midas que l’Europe , l’Aûe & la Libye étoient dans une Ile environnée par la mei: ; que le (i) On peut faire ce trajet en bien moins de temps ; fuais nous ne favons pas ce guc Pline défigne. T»

SUR l’Amer î q u e; 41 véritable Continent étoit au-de-là de TOcéan, e< Les hommes de ce Continent (l) font , dit-il , » d*iine plus haute flature que nous •^ vivent » plus longrtemps ;& il y a une grande quan-’ yy tité d’or & d’argent ». Il en nomme même la ville Machimos ;^ ajoute, fur le témoignage de Théopompe, que les habitans de ce Con» tinent pafsèrent autrefois dans notre Hémifphère. Virgile feint que c’eft de Tcxtrémité Occidentale qye Didon fait venir fa Magicienne ; & il y place les Hefpérides.

Oceani finem juxta fokmque cadentcm. Liv. IV.

Je ne rapporterai pas le paffage dans lequel Sénéque , le Tragique , prédit la découverte de nouveaux Pays : il efl trop connu ,&ne prouve rien.

C’eft donc dans ces Pays inconnus, que les Anciens plaçoient les antiques Hefpérides , la demeure des Bienheureux , l’Elyfée , fur les Traditions vagues qui s’en étoient confervées : (l) Le pafTage d’Elien , lu en. totalité, préfente des rapports ‘fi frappans entre le Mexique & le Pérou, qu’on céderoic prefque à l’illufion. J’indiquerai plus loin la fource de laTradition qu’il nous a confervée. Le Leâreur curieux le confultera. Si Elien,.âuJieu de Machimos, avoit écrit Machikos , on fe croiroit au Mexique y en lifant Ces détails. a, , fjt, font fouYeat confondus da^* l<:j Mgnufcrits, T..

42 Lettres Strabon , Tzetzès & autres en aflez grand nom-i bre, le prouvent. Nous ne devons (i) tenir aucun compte du voyage que fit Hannon le long des côtes d’Afrique. On peut tout au plus préfumer qu’il jetta l’ancre à quelques lies du Cap Verd , où il forgea cette fable de ficuvcs de fm^ de tambours y &c. dont il parle dans le Périple qui court fous fon nom , s’il n’a pas confondu ces phofphores marins , très-com- (i) Que Cafaubon, dans Tes favantes Rapfodies fuf Athénée , rejette comme une fable le Périple d’Hannon, c’eft ce qu’on peut lui pafler , vu le temps où il écrivoit j mais que M. Carli en parle de cette manière , aufTi bien que M. Gillies , dans Ton excellente Hiftoire de la, Grèce ^ peut-être félon l’idée de Dodwell , c’eft ce qui me paroit bien étrange. Je ne rappellerai pas ici les très-anciens Navigateurs qui avoient fait tout le tour de l’Afrique par mer , foit tn fortant de la Méditerranée pour aller dans l’Inde, foie pour pafTer de la mer Rouge dans la Méditerranée. Le Ledeur confultera le favant Mémoire que M. de Bougainville a placé dans ceux de l’Académie des Infcriptions , Tom. XXVL , les Notes de M. BroticrfurPline, Liv. V.

Ch. L & VHiJloire Générale des Voyages , Tom. IL pag, ^19 , in-^° y il verra qu’Hannon n*a pas conté de fables.

M. Carli eft viliblement dans Terreur fur le terme dut voyage d’Hannon.

Quant à ces fleuves de feu , Hannon ne les a certainement pas confondus avec ces infedes marins , fur lefquels M. Sparrman a dit des chofes très-iatéreiTant^es dam fon Voyage au Cap. T.

mnns fur ces côtes, ou ces effaims d’infccîes phofphori^ues,que Vianelio diChiozza découvrit le premier , & qu on fit obferver , en 1749 , à TAbbé Nollet , lofquil étoit à Vcnife. Je dirai , en paffant , que Nollet , de retour en France, communiqua ce phénomène à l’Académie 5comme l’ayant lui-même apperçu avant tout au tre, Diogène de Laëree dit poûtivement que l’Ecole de Pythagore regardoit la terre comme un fphéroïde , & qu’il y avoit des Antipodes qui marchoient fur la terre en nousf bppofant les pieds : Solin affure la même chofe. Cette opinion fi vraie ,& démontrée par robfervation , fît en quelque forte un Martyr dans la perfonne du célèbre Galilée , vidime de l’ignorance de la Cour de Rome & de la fuperflition des Reclus. La foudre du Vatican menaça même ceux qui enfeigneroient cette vérité fublime 3l qui prouve, plus que tout autre, la toute puifTance de l’Etre Suprême. La rotation de la terre fur fon axe & fon cours annuel , furent une dodrine particulière à Philolaiis , félon Plutarqtie ; mais Ariflote l’attribue ( i ) à Pythagore. (i) Cette théorie & autres de Pythagore ont été bien difcutées dans VOuvrage de M. Meiner, fauf quelques inadvertances qu’on doit peut-être moins lui reprocher qu’à Brucker qu’il’ fuivi faai l’examiner alTez. T,

~N 5f4 Lettres Pline, Llv. W//. , nous raconte un fait aîTer fingulier pour être rappelle ici : « Q. Metellus » Celer étant Proconful dans les Gaules , le » Roi des Suéves lui envoya , comme un rare » préfent, trois Indiens qui avoient été jettes » par la tempête dans un des Ports de cette » Nation Germanique ». Pomponius Mêla cite auîîî le n^ême fait, que Pline a rapporté fur le témoignage de Cornélius Népos. Ces prétendus Indiens étoient tout au plus deGroenlande^dont les habitans font une même race avec ceux de la Terre de Labrador, ou avec les Efquimaux; objets vraiment propres à caufer de la furprife aux Romains. Huet , qui fait mention de ce fait fingulier dans fon Hijioir^ du Commerce^ &c. penfe que ces Indiens pouvoient bien être àcs Lapons, que les vents avoient jettes fur les côtes de l’Allemagne : ce qui me paroit plu» probable.

On peut conje^liurer , avec affez de vraifemblance , qu oii a paffé des Contrées du Nord de TEurope , dans TAmérique Septentrionale , à des époques poflérieures. La Relation des Zéni, quoique mêlée de quelques détails fabuleux, donne lieu de croire que ces paitages ont eu lieu. Uexpédition que fit, en 1170, Madocjfils d’Owen Guyned , Prince de Galles, eft rappellée dans la ColUciion d’Hackluyt ^ îur le témoignage de Pavel j &, febn ces Tra-

s u R l’AM É R I Q u e; 4y Citions, (r) Madoc s’embarqua pour aller chercher de nouvelles Terres, 11 prit fa route vers rOueft, & arriva dans un Pays abondant en or & en toutes fortes de vivres. Il laifla centvingt hommes dans Tendroit oii il aborda, re-vint en Angleterre , s’embarqua de nouveau pour rejoindre fes gens : &,depuis, on n en a pas eu de nouvelles. Pawel cite pour preuve quatre vers Gallois, d’un nommé Marédich, mais qui vivoit en 1477.

Si le Privilège qu’on cite comme accordé , le 16 Mai 834, par Louis le Bon, à TEglife de Hambourg , n eft pas fuppofé , il y a lieu de croire que Ton connoiffoit alors quelques Iles du Nord , l’Iilande & le Groenland : ce qui donneroit un nouveau degré de vérité à la Relation du Voyage des frères Zéni. En effet les ( I ) J’ai donné des éclairciflemens ultérieurs fur ca Voyage de Madoc, à la fin des Mémoires de D. Ulloa, J’y ai cité aufli M. Reinold Forftex , au fujet desVoyages des Habitans du Nord , en Amérique. Mais je dois alTeT; d’égard à la Vérité , pour dire que, depuis, il m’a été communiqué des Mémoires, qui m’ont fait naître des fcrufuîes fur ks aflertions de M. Forfter , concernant ce qu’il appelle IVin’and& Helleland. Le Savant , qui s’occupe de ia Trdiuciio’: Françoife de M. Forfter , voudra bien profiter de cet avis, & lire la Differtation de M. Biœrner fur les Varéges de Ruffie , ou f^ Defcription de la SeandinavU, T.

46 L E t t îi È s ruines d’édifices qu’on a cru appercevoîr dans cette Contrée , femblent indiquer que les Européens y ont fait quelque féjour dans le moyen âge.

M. Mallet appuie auffi cette opinion par les détails qu’il fait dans fon Introdndion à VHiJimé de Danncmarck. 11 nous dit qu’un liécle après la découverte de l’iflande , un Seigneur Norwégien, nommé Torwald , ayant tué quelqu’un en duel , fe retira en lilande. Son fils , Eric , obligé de fuir pour une femblable raifon , s’y rendit aufii ; & l’un& l’autre s’embarquèrent , en 982 5 pour fe rendre plus loin. Ils arrivèrent dans un pays qu’ils nommèrent Groenland , c’efl-à-dire Terre- Vent , où ils établirent une Colonie Iflandoife. Son fils Léif, de retour en Norvège, ayant fait un rapport avantageux de cette Contrée^ le Roi Olaiis Trigucfon, qui avoir déjà reçu le Baptême , y envoya des Colons, qui fondèrent (l) la ville de Garde^^\{\x\tQ Alba. La Groenlande fut donc tributaire de (l) Ga^àe eft un mot Gothique qui fignifîe enceinte^ ville. Odin fit bâtir Afgarde y c’eft-à-dire fa Ville d’Jjïe, lorCqu’il revint de Scandinavie , oii il retourna en quittant Afgarde. C’eft de ce mot que vient , en ilulfie , Gorood ^ ou NowogO’Oody ou nouvelle Ville 5 & le mot cors , cortisy des Latins, court y en François, qu’on écrit mai i*n$ u T*

SUR l’AM É R I Q u e; 47 de la Norwége , jufqu’en 1348. Une pefte (i) , ou quelqu autre malheur , ruina la Colonie &la •Ville , de forte qu’on en perdit même les traces , jufqu’au temps où les Danois y firent de nouveaux Etabliffemens.

En 1446 , arriva cette grande inondation qui fubmergea trois-cents villages dans la (2) Frife feule. Cette inondation aura peut-être englouti quelques-unes des Iles dont il eft fait mention dans IqRécit des Zéno. Au refte nous ne pouvons plus voir comment on aurolt paffé de -là en Amérique. Ainii les Voyages (3) qu’on auroit (l) Cette épidémie fut nommée lu Pcjîe noire. L’Auteur ne devoit pas héfiter 5 car , vers le milieu du XlV*’ fîécle , elle dépeupla une grande partie des Contrées du Nord. T. (x) Rappeliez ici ce que j’ai produit de M. Buache : car il ne faut pas confondre cette Frife Cimbrique avec les îles de Feroé , ni avec la Frife Hollandoife, La Cimbrique eft dans le Duché de Schlefv/ig : elle fut fubmergée plusieurs fois , en partie. Il fembleroit que l’Auteuc voudroit parler de l’île Nordftrand , abforbée en 1^3 4» La Langue de ces Frifons diffère de celles de tous les Pays voifins. Néanmoins je la crois la même , pour le fond , que l’ancien Iflandois ou Gothique , & celle des Payfans du Nord de la Frife Hollandoife , avec lefquels j’ai fouvent parlé. T. (3) Les détails de M. Forfter nous fournî/fent de nouf«lle$ lumières. T.

g^8 Lettres pu faire de cette Contrée dans le Continent de TAmérique , ne font pas encore prouvés.

Les Efpagnols ,jaloux de la gloire de Colomb, qui découvrit l’Amérique, difent que cet homme célèbre avoit été inftruit de la réalité de cesvailes Contrées , par un Navigateur qui , faifant route .vers les Canaries, avoit été pouffé par la tempête furies côtes du Continent. Ils ont avancé que ce Navigateur étoit tantôt d’Andaloufie , tantôt ÛQ Bifcaie , tantôt Portugais : mais ils n’en ont jamais prouvé la réalité. Si , d’un autre côté , Ton confidère les difficultés qu’éprouva Colomb, lorsqu’il voulut perfuader à diiférens Souverains de le féconder dans (es vues , on conviendra que la gloire lui en eft due toute entière. En effet perfonne ne foupçonna pour lors que Colomb eût eu la moindre notice de l’Amérique.

Cependant voici des détails qui méritent attention. Il y a environ trente ans que je vis entre les mains du Procurator Fofcarini , qui fut enfuite Doge deVenife ,une Carte Géographique y rapportée à l’an 1436. On y voyoit une Ile marquée à la même pofition que Saint-Domingue. Le Moine Mauro femble auflî l’indiquer <lans fon grand Planifphcrc ^ qui eft de 1449, & confervé dans la Bibliothèque-de Saint-Michel de Murano. On me dit cependant que cette Caru Géographique eft aûuellement ^ je ne fais par

isuR l’AM JE RIque; 49 |)âr quel hazard, daas la Bibliothèque de Parme.

Maïs cette Carte de Parme fera peut-être une autre Carte Vénitienne. Quoi qu il en foit on a fait à Venife , dans lesXIV* & XV«= fiécles , des Carus & des Routiers qui indiquent les dernières Iles ée rOcéan , vers les cotes de TAmérique. Ces Cartes nauroient- elles pas été faites daprès la Tradition des antiques Hefpérides plutôt que (i) par la connoiffance réelle du local } Tous ces faits réunis nous prouvent au moins qu’il y a toujours eu quelque Tradition confiante d’un grand Continent au-de -là de l’Océan Atlantique. Or cette Tradition nous apprend auffi que des Peuples, venus de ces Contrées éloignées, fe font répandiis dans notre Hémifphère. C*eft-là ce Peuple dont le fouvenit confervé par les Prêtres Égyptiens ,nous a été tranfmis par Solon , dans le Critias & le Timée de Platon, de la manière la plus circonûanciée. Nous avons vu que cette même Tradition s’étoit confervée au Mexique.

Mais vous me prefferez peut-être de vou« marquer enfin l’époque à laquelle on peut fixer ,.. -^ —^ ,f (i ) Il faut avouer <jue notre Auteur fait ici uue rév flexion bien lïngulière , & contraire aux preuves qu1| apporte. Mais nous convaihquerons les plus incrédules k, k fia de cet Ouvrage , où je renYOÏQ le Ledeur. T, ‘Tome 11 D

50 L E T T R E S une communication réelle entre les’ Nations des difFérens Continens> Je vous réponds quelle me paroit fort reculée. Paw prétend , au contraire y que les Pays de l’Amérique font nouveaux fur la furface du Globe. Pour moi , je les crois libres des eaux ,& habités , de la plus ancienne date , par une Nation cultivée , mais qui fut , en partie ^ abforbée par TOcéa» , dans un âge bien poftérieur.

En effet Pline nous dit, Liv. FI. Ch.XXXIL avant tout autre Hiftorien connu , qu’on voyoit , de fon temps , des reftes d’édifices abandonnés (i) , dans les Canaries. On trouva pareillement , en Amérique , des reftes de grands édifices , ant^ieurs aux Nations qui Thabitoient.

Garcilaffo nous décrit , Liv. III. la vafte maffe du pays de Tihauanacu , maffe qui n eft qu’un mont fait de mains d’hommes , & de pierres les plus groffes , partagée en différens étages. Il dit (i) Les Guanches, anciens habitans de ces Iles, difènt <jue les l’île de TénérilFe étoit infiniment plus grande autrefois : qu’un tremblement de terre en fit crouler la plus grande paitie , & qu’une éruption volcanique éleva le Pic à la hauteur confldérable où il eft aduellement. Les Voyageui*s , qui ont vifité les lieux , conviennent tous de la réalité de ce volcan.Voyez , fur ces événemens , VHiJloire Générale des Voyages \t Fluide Ele^rique de Treflan , VAhigé françois des TranfaSi. PhUofophlques. Tom. I, T.

SUR L’AMÉRIQtJE. Jî qu’on en ignoroit Tufage dans le Pays. Ceft , félon moi , une ancienne pyramide. On a aufîi remarqué, d un autye côté , les (latues coloffales de deux énormes géans, faites en pierres, couvertes d’une draperie qui tombe jufqu à terre, & dont la tête porte une efpéce de bonnet , que le temps a fort endommagé.

On a vu , avec autant de furprife ,une longue & grofle muraille de grandes pierres , pluiieurs refies (i) d’édifices extraordinaires ,comme de (i) On voit, dans plufieùrs Contrées du Globe , de femblables reftes d’édifices étonnans par leur mafTe & leur forme. Il y en a de taillés dans le roc, & d’une immenfe étendue , comme dans l’Inde ; d’autres font faits de pierres , dont les dehors ont été recouverts d’une matière vraiment vitrifiée , comme dans les Iles du Nord de l’Angleterre > d’autres font de briques , couvertes en dehors d’une femblable matière , telles que celles que préfentoient autrefois plufieurs parties de la maiTe énorme duChâteau de Damartin, route de V^illers-Coteretz ; je les ai vues plufieurs fois dans ma jeunefTe, Mais il y en aufli de pierres confidérables , fuperpofées fans aucun mortier ni ciment 3 tels font les murs du Palais de Cayambé , en Amérique , ceux de ce vafta édifice de l’Agifimbe de Ptolomée ,& plufieurs autres dans le Monomotapa. Cette ‘Agifimbe a fans doute pris fon nom de Âï-Sem-Body Contrée du tombeau d’Hercule, nom de cet édifice , fur la porte duquel on voit des caradères fi antiques qu’on n’a jamais pu les expliquer. Il y a lieu de ccn-», jedurer que c’eft le tombeau du fameux Hercule Etryptien, qui s’appelloit Sem, Som , mot Egyptien, qui fignifiè

j2 Lettres vaftes porter ,des ftatues d’hommes^de femmeJ, d’une taille ordinaire ; les unes ayant un vaiJe en main , dautres aflifes ou debout , d’autres ayant un enfant à la mamelle, ou le tenant par la main. Mais, parmi ces refies d’antiquité, rien n étonna plus qu une maifon creufée dans une ( 1 ) feule roche énorme : ce qui paroît incroyable. Les habitans de ces Contrées-là difoient eux-mêmes que ces édifices avoient force» puijfanct ’, bo on boa. ^ bu ^ fignifie tombeau y dans la même Langue ; Aï fignifie Pays , Habitation , terre eirconfcrite , éminente. Cette obfetvation . que perfonne n’a faite , n’eft pas indifférente au fyflême 4é notre Auteur.

Les liabitans attribuent cet édifice au mauvais Principe , que nous appelions Diable, de Di-eUi, (Gothique Se Perfan ) Dieu ou Efprit méchant : car c’eft une fottife que de prendre ce mot dans le Grec, Au refle l’idée ide cts gens eft plus excufable que celk de Clément «l’Alexandrie, qui prétendoit dans fcs Stramâtes , Liv. I. , que la Philofophie des Grecs avoit été infpirée par le Diable , candis qu’il ramaffa tout ce qu’il put de paflages de ce« Philofoplies& des Poètes , dans Ton Liv. V, pour prouver la Trinité, Elle feroit plus réelle dans leSan-Pau du Tibet. T. (i) Les Sauvages qu’on vit à Londres, confidérant le Tafte édifice de Saint-Paul , pouvoient à peine fe perfuader qu’on eût creufé un pareil vaifTeau dans une feule roche.

Ils raifonnoient fans doute d’après ce qu’ails avoient va dans leur Pays. Hérodote fait aufTi mention d’édifices Monolithes, ou d’une feule pierre. VoyezM. Larcher, Tom, IL T,

SVR l’AM iR I QU E. 55 tté faits par des Strciers, en une feule auit ; & que les ftatues des femmes avoient été des femmes réelles, que leurs péchés avoient fait changer en pierres. Ces fables prouvent la haute antiquité de ces ouvrages , & en même temps que le merveilleux eft toujours , en quelqu© pays que ce foit , la reflburce de fignorance.

On peut joindre à ces reftes d’antiquiré , les pyramides du Mexique, celles du Jucatan^qui ne font certainement pas Touvrage (i) des Nations exiftantes au temps de la Conquête.

Voici enfin une obfervation qui nous tranfporte dans la plus haute antiquité, en même temps qu elle nous oblige de ne plus penfer aux voyages des Phéniciens , des Hébreux , des Chinois, &c. vers TAmérique. On a trouvé dans ce Continent & dans les Iles, Ôlqs (i) vignes • (i) Sans parlerde ce qu’on vient de voir fur l’Oiho. T. \ (z) L’exiftence de la vigne en Amérique, fur-tout dans la Floride, & en même temps l’ignorance de l’art de faire ‘du vin, ne feroient pas une preuve d’antiquité très-reculée.

Plufieurs Peuples de l’Afie viendroient à l’appui de ce qu^ je dis. Quant à la monnoie , à l’écriture & à rufage du fer , je pladerai ici , en courajit , quelques réflexions pour mettre le Ledeur , peu inftruit , en état de mieux juger des preuves que M. Carli déduira dans le cours de ces Lettres.

Ce qu’il dit ici de Tufage de là monnoie , fèmblèroit n© pas s’accorder avec ce qii^il rapporte du Mexique , ou quelques pièces de cuivre , de toile étoient une matière •ftpréfeittative de la valeur d^ chofe« achetées oQ, fi l’oa

j4 Lettres ctiargées de raifins , mais fans être cultivées ; & point de vin. On y connoiïToit des mines de fer ; cependant on n a trouvé chez ces Peuples aucun inftrument de ce métal , foit ancien foit nouveau. Ils employoient leur immenfe quantité d’or& d’argentà divers ouvrages,& n en faifoient aucune monnoie : ils nen avoient même pas Tidée. Enfin les Mexicains conferveut , échangées. L’antiquité dç la monnoie ne paroîtroit pas non plus fî reculée , fi l’on en croyoit Ariftote , qui , dp fon temps , la regardoit comme une invention aiTez nouvelle. Voyez le dode Commentaire de Taylor , fur Us •précieux Marbres Grecs de Sandwich, Ce Savant obfervè auffi que les Romains n’ont eu de monnoie (ou cuivre avec 4me figure) qu’après leiir guerrcicoûtre Pyrrhus, c’eft-à-dire trois-cents cinquante ans environ avant notre Ere.On voyoit même encore, du temos de Varroçi, dans la vieille Chapelle de Saturnej Une d[es anciennes balances qui fervoient à pefer le cuivre, as, deniers y qu’on donnoit en ^change.

Jl n’eft guères poflîble d’en fixer la date en Grèce, quoi qu’elle y paroifle plus ancienne. Quand on remonteroit à l’époque où les Phéniciens ont commencé à exploiter \t$ mines de Chypre & de Lemnos , ce ne feroit pas encore une ‘date fi éloignée : feize ou dix-fept fiécles avant J. G. ne font rien dans l’hypothèfe de notre Auteur. La monnoie d’or ou d’argent n’étoit pas encore connue , en Grèce , avant qi\e les Phocéens eufient pillé le Temple de Delphes : ce qui répandit dans toutes les Provinces une quantité prodigieuÇl de ces métaux. C’étpit même un luxe, du temps.de Philippe , p^re d’Alexandre , que de boire dans un gobelet de çmvr^* jphiUppe en ayant eu un à’or^ par bazard , le wti-

voient la mémoire des événemens par le moyen des Hiéroglyphes, & les Péruviens avec des Quïpos ou Corddcttes garnies de nœuds : mais on ny apperçut aucun indice decriture.

Je conclus donc de ces réflexions que , fi ces Peuples ont eu quelque – communication avec notre Hémifphère , ce fut avant la découverte du fer , rinvention de la monnoie , toit fons fon oreiller, quand il fe couchoit. C’efl: ce qui fait un grand préjugé contre les richcfTes, ou l’or & l’ai*- gent , qu’on a cru voir réfliier de la Colchide, de la Phrygie , de la Lydie en Grèce , par les canaux du Commerce , à des dates très-éloignées. Les JîcUs dont TAuteur;, parle |>lus loin, au Tujet d’Abraham, n’étoient pas non plus une monnoie proprement dite , mais un métal qui , quoique marqué d’une brebis, comme on a hazardé de le dire, ne fe prenoit qu’au poids ou au Jîc/e en Hébreu.

C’étoit donc un métal confidéré comme pure marchandife d’échange. Les JïcUs Samaritains qui nous rcftent ne font pas plus vrais que . la pièce où l’on voit la figure de Moyfe. Voyez h Dijfertation d’Olaiis Celfius fur TOrigine de la Langue Samaritains , & la Lettre de Saumaife À Colvius ; d’ailleurs ils ne prouveroient rien ici. T. rî: L’ufage du fer, fi l’on en croit M. Larcher , n« -rehionteroit qu’à 1537 ans avant notre Ere. Il a fuivi Clément d’Alexandrie : mais, malgré la fagacité de ce dode Académicien , on peut légitimement douter de cette époque.

Telle Nation ne connoiflbit que l’or & le cuivre , tandis qu’une autre, comme les Calybes, n’avoient que du fer.

On préfumera donc fans erreur , que le métal employé le premier , fut celui qu’on trouva le premier fous la forme D iv

yS X E T T R E ^ du vin & de récriture littéraire; &, paî: con-i féquent, à lepoque la plus reculée. En effet, fi quelque Peuplade de notre Hémifphère avoit paffé en Amérique , elle y auroit fans doute porté Tun ou Tautre de ces ufages ; & il feroit iiiiiiî:: métallique : or , le plus généralement , le cuivre réuni/Toit ces deux avantages. II eft fouvent à la fuperfîcie de la terre.

Mais le fer natif fe préfenre auffi quelquefois de même ou à peu de profondeur. Telle eft cette mafTé fmgulière dont fait mention M. Coxe dans fes Voyages au Nord, Tom. II. pag. 3^^. On a donc pu l’employer dans une Contrée en même temps qu’on fabriquoit le cuivre dans ime autre. Les tombeaux que j’ai cités le prouvent. Ainfi Ton ne peut fixer généralement aucune, date fur le premier emploi de ces métaux.-;:, v”;.-n • ::-;; •or;, j.îi;

L’écriture littéraire n’a pas d’époque’ plus certaine.* Nombre de Peuples l’ignoroient , tandis que d’autres peu «loignés d’eux en* faifoient ufage, Gengiskan ne put trouver un feul Secrétaire dans les trois corps de fonArmée, pas même chez ces Tofchoutes ou Tfchoudes » ce Peuple Aftroiiome de M.- Batilly , • &^qtti donna fon nom au fécond corps des troupes de :te Conquérant : il fut obligé d’en appeller deTIgur. Il les chargea même d’écrire l’iïï/?oi« ,& introduifit leurs caractères chez fes Sujets , par les confeils de fon xélé Miniftre Ze^to. Ce fut auffi l’époque de plusieurs grandes Ecoles dans ces Contrées , où Gengiskan appella les Savans de la Perfe & de l’Inde. Du temps de Diodore de Sicile, on écrivoit,‘comme à la Chine, par colonnes, dans la Taprobane; & cependant nombre de Peuples de l’Inde & du refte de l’Afie, ignoroient l’art d’écrire , oh les lettres. L’écriture littéraire paroît remontef

«irrlvé ce qu’on a vu depuis le temps de la Conquête, c’eft-à-dire des progrès rapides dans le changement des Arts& des inftrumens, fur-tout à regard du fer & de la monnoie. à plus de deux mille ans avant J. C. , chez les Ethiopiens ; mais la plupart des Peuples de l’Afrique l’ignoroient encore, lors des premières navigations des Européens. ’ Je ne fais pas ces réflexions pour diminuer l>utorité de notre Auteur , puifqu’il fe fixe uniquement fur les Chinois , mais pour prévenir les obje<^ions, ou les indudions trop générales qu’on pourroit produire, contre foh fyftême. T» J… ,^-, ,

Recherche de tepoque à laquelle les Peuples de rOcéan ontpu communiquer avec ceux de lAml” Tique & de notre Continent. Qiiipos ou Cordelettes en ufage à la Chine plus de trois mille Mns avant notre Ere. Preuves de la Chronologie Chinolfej établies ou confirmées par les Ohfer^ valions Aftronomiques. Ceji vers ces premières époques que Pufage de la Monnaie & de tEcrl^ ture fut introduit en Egypte. De la Chrono^ logie Egytienne. On prouve y contre Fréret y que la Période de trente-Jix mille cinq cents vingt-cinq ans , confignée dans lés Chroniques de tEgypte , indique vingt^cinq apparitions de Sirius» Nombre des Eclipfes enrtgifirées pdf les Prêtres de tEgypte; ce qui confirme^ à certainpoint ^ leur Chronologie. Les Ohfervations Agronomiquesfont la voie la plus certaine pour établir les époques de CHifioire. 3Evous avoueque je fuis fort embarraffé à vous déterminer Tépoque à laquelle notre ancien Hémifphère a eu quelque communication avec l’Amérique , ou av^c ks Iles. Il faudroit , pour

sun t’AMÉRIQUE. Ç9 parvenir à démêler ce terme li défiré , trouver de juftes rapports entre Fétat aduel du Globe , la ChronologLe & TAftronomie. Mais , pour réfléchir fur cet objet , j’aurois befoin de plus de loifir , de plus de connoiffances ; & » j*ofe vous le dire , de meilleure volonté que jç n’en ai. Néanmoins, ces Lettres n étant quun commerce familier de vous à moi , & qui ne me contraint pas à limer tout ce que je vous envoie , ni même à garder un ordre rigoureuit dans les détails de mes idées , jefpère que vous uferez d’indulgence à mon égard. Nos amis communs , à qui vous les lifez , ne feront > fans doute , pas plus exigeants. Ainfi je vous faits part de mes hypothèfes avec confiance.

Prenez-les comme le Roman de Fontenelle , fur la pluralité des Mondes ; & nos amis les prendront auffi de même. Vous y verrez iiéanmoins des réflexions affez interreflantes , à ce que je crois , pour mériter votre attention* Dabord je confidère que des milliers de fiécles ne font , devant Dieu , & en parallèle avec ÏÉternité , que comme le jour qui vient de paffer , tanquam dies quA prAterilt ; il n’y a pas d’inconféquence à fe former lldée d’un temps infiniment plus reculé que la première époqueque Scaliger , Pétau , Ufférius affignen^ aux Globes Céleftes qui nous fervent à marquer la durée ou le temps qui s’eft écoulé

tSb L E T r It E È depuis la Création , ou depuis le Déluge juP qu’à nous.

Moyfe nous a dit aufîî généralement que Dieu avoit d’abord ou autrefois , créé le Ciel & la Terre , fans nous dire quand , au monient qu’il écrivoit fa Cofmogonie. Voilà, fans doute, pourquoi S. Auguftin a dit e< Tavoue que j’i- » gnore combien il s’eft paffé de fiécles avant » que le Genre-Humain eut l’exiflence >u De Cm/. D« , Lib. XIII. Ch. XVI.

DesHommes , moins réfléchiflans que ce refpeâable Dodeur de TEglife , furent cependant allarmés lorfque M. de BufFon publia le Tome IV, du Supplément à fon Hijlolrc Naturelle. Il étoit très-vifible qu’il n’avoit eu intention que d’amufer les génies faits pour le fuivre , en leur offrant un Roman digne de fa célébrité;

En effet , dès qu’il prenoit l’effor dans fimmenfe étendue des Cieux , pourquoi n auroit-il pas fait un voyage de quarante mille^foixante-deux a.q^ fur le GJqbe ,,,cpnime il en pouvoir faire un de deux jours. 11 a trouvé des contradic^ leurs , m.ên?ç,jufqu€s dans l’Académie de Phi* ladelphie : on lui a,nié , cofpme à .Newton -, fon: jhypothèfe. .&. fes calculs fur le refroidif^ ’ fement des métaux^ Mais que nous importent & rhypothèfe & les calculs qu’il propofa , ou ceux qu’on lui objeda ? Les Egyptiens ne €omptoient-ils pas trente-fix mille çi«iq-cents

SUR l’AmériOui; €t vingt-cinq ans jufqu au régne de Neflanébo ?

Etoient-ils mieux fondés que les Phrygiens qui en comptoient vingt mille quatre-vingt-dix du temps d*Hérodote. Les Indiens ont encore porté leurs calculs plus loin ; ils comptoient des millions d’années , en commençant au premier des quatre âges , qui , félon leur Chronologie , étoient chacun d’un million fept-cents vingthuit mille ans.

Mais je fais que le mot (l) année n’étoit que Fexpreflion d’une révolution ou période quelconque, il eft prouvé qu’on a pris ce mot , chez des Peuples diiFérens , tantôt pour iîx mois , tantôt pour trois ; ou pour une lunaifon , & même pour une demie. Quelquefois même une année ne fignifîoit qu’un jour , (i) Année ne fignifîe qu’un cercle : de-là annulas, ua petit cercle ou anneau. Les Savans ont cru voir des années à*un jour, chez plufleurs anciens Peuples. M. Larcher affûre que ces années d’un jour ne fe font introduites , chez les Anciens, que d’après les idées des Juifs, qui vouloient concilier leur Chronologie avec celle des Nations étrangères ,& vice verfâ. II. eft certain que le mot Hébreu iamim , eft vague , & fignifie, à la lettre, des jours : mais je crois que M. Larcher s’eft trop avancé : l’Hiftoire eft contre fon affertion. M. Bailly, de fon côté , a cru voir, chez les Egyptiens , des années de trois mois : il falloit au moins ajouter lunaires. Il n’a pas fait affez d’attention au paiTage de Cenforinus , Ch. XIX. , fur lequel il fe fonde.

Ctnforinus , après avoir parlé de l’année lunaire des Arca-

6z Lettres ou une heure. Or , en rapprochant les calcult réifultans de ces diverfes notions , nous appercevrons bientôt , par les réfultats , des analogies furprenantes dans THiftoire de tous les Peuples.

M. Bailly a fait plufieurs de ces rapprochemens avec beaucoup de fuccès dans fon Hijloirc de Vancunnt JJlronomu, Il faut donc bien prendre garde deconfondre , lorfque nous rencontrons , dans les Auteurs , des dates de quelques milliers d’années y qui donneroient lieu de croire que le Déluge eft d*une date plus ancienne que celle qui eft vulgairement reçue : car le trop ou le trop peu ne prouve rien.

On neme refufera fansdoute pas de fuppofer, comme très-probable , qu’ily a , dans laNature, plus d’époques fenfibles que celles que lesMé • diens , dit que quelques-uns rapportentque cette année (^hunc annum trimejlrem) avoit été fixée, par Honis, à trois mois , &c. Cependant Lindenbrog a cité un afTez grand nombre d’autorités , pour prouver que Genforinus fe trompoit , & qu’il n’y eut , eh Egypte , aucune année ni de trois, ni même de deux mois. L’année fut d’abord d’un mois , en Egypte , dit Plutarque , & enfuite de quatre. H n’y a que trois faifons en Egypte. Diodore dit la même cliofe , & tous ceux que cite Lindenbrog le confirment : ibid. L’année folaire étoit même , félon M. Bailly, d^ufage en Egypte 1887 avant Jéfus-Chrift. J’ai cru cette remarque néceflaire à caufe de la rédu^ftion de la grande période 4ont il ta bientôt êtJ» pvlé, T,

stJR l’Amérique. 6} moires écrits nous en préfentent ; & que les intervalles des temps ont aufïi été plus longs qu’on ne le penfe communément. Je vous laiffe à déduire les conféquences de ce que S. Thomas oppofoit aux Payens. « Quidquid Ddus nunc vult quoi fiu^ ah oittrno voluit, Summ. Part, L Quétji, 4(5. Art^ L Voyez auffi fes objedions.

Cap. XXXV. du même Livre. Ce paflage me rappelle ce que difoit le Taffe , en parlant des jours de la création, « Déjà étoit arrivé le corn- )» mencement de ce qu’avoit arrêté de toute » éternité , Dieu , qui efl lui-même fans com- >> mencement & fans fin , &c. » Pour revenir à notre fujet , je dis donc que , s’il y a eu quelque communication entre ^& Peuples des deux Continens , elle doit avoir eu lieu avant l’invention de récriture littéraire, & avant Tufage du fer & de la monnoie. Or nous avons vu , dans \q.^ Lutrcs précédentes, que le fer ne fut en ufage à la Chine que fous Fou-hi , qui vivoit deux mille neuf-cents cinquante-trois ans avant notre Ere : lecritare & la monnoie font du régne de Hoangti , deux mille fix-cents onze ans avant la même Ere.

En outre , Fufage des Cordelettes remonte à trois mille ans avant J. C. c^eft-à-dire à une époque affez antérieure à Fowhh Ainfi l’on peut admettre que cette communication a du précéder notre Ëre , de trois mille ans.

$4 Lettrés 11 faut néanmoins convenir que la Chronô’* logie Chinoife eft fufceptible de plufieurs objedions ; fiir-tout lorfquVn obferve que les Chinois avoient configné dans leurs archives une date de trois millions foixante-fix mille ans , comme on le dit , d’après le Livre intitulé Jchun-t/iou-hod* On doit en dire autant des autres époques de Hoang-ya , qui montent à deux millions fept-cents foixante millâ ans ;& de celles du Livre Jchun^tjiom^yven-min^pao , qui nous rappellent trois millions deux-centg foixante-dix-neuf mille «ins : fans parler ici d’autres époques analogues. Néanmoins les tentatives heureufes qu’ont faites plufieurs habiles Aftronomes pour deviner ces calcub , & véri^ fier les obferrations Aftronomiques que les Chinois ont confignées dans leurs archives ^ ne permettent plus de douter d’aucune (i) époque.

On lit , par exemple , dans le Ckou-king (2) ^ que « fous Jchoung-Kang , le premier jour d« » lalune , à Téquinoxe d’Automne , feptheures » du matin , hors de la conftellation Ftiug ^ qui (i) En les rédujUknt à Ifiiu: vrai tenne, T, (z) L’Auteur veur, fans doute, parler ici de celle dont ij s’agit dans M. Bailly, Ajlfonomic Ancienne, Tom. ï. , pag. 3 5€ , & qui , félon le calcul du P. Gaubil , arriva , à c«tte longitude, le i> Oitob;f« ^i$i ^« graot Jéfus-

SUR t’AMÉiftlQGï. 6^ V> efl le Scorpion , il arriva une éclipfe dé » foleîl 5 qui n’ayant pas été prédite par les » Aftronomes Hi & Ho ^ ceux-ci furent mis à >> mort ». Or cette éclipfe calculée fur la latitude du pays , a vraiment du y arriver Tan 2159 avant J. C, Il fe trouve une autre obférvâtîôrt importante relative à un phénomène Aflronomiquô arrivé fous l’Empereur /câ^/^/ï – /i/b. Ce Prince^ fixant le calendrier , flatua que Tannée commenceroil au preniier jour du Printemps. «Or » il eftmarqué que -, cet^ année-là , cinq plané- » tes fe trôuvèreilt en eoTijortâ:ion le premier » jour de la première lune qui commençoit lé >^ Printemps , Sec. >f. Le Père Mailla , Jéfuite > â prouvé , dans fa réponfe à Frérét , ( LutAU, ) par le calcul le plus détaillé , que lâ Lune ^ Saturne , Jupiter , Mars & Mercure fe trouvoient en cohjoridiion dans un efpace de onze dégrés cinquante-huit minutes, cinquante-cinq fécondes , fur fept dégrés de latitude à fept heures & demie du foir , trois jours après là houvelle lune , lé 9 Février deux mille quatre- Chrift. Comme il n’y a pas de correcMon à ÏErratd âé de M. Carli ni dé M. Bailly , j’ai laifTé les nombres de l’année , tels qu’ils les donnent. Notre Autetlr lit aUffi i Ohu-King pour Chou^King , & Ichmng-Kang pouf ChotL* Kang, dans M. Bailly. Ti Tome //i M

66 Lettres cents foixante • un ans avant (i) notre Ëre>, Ces années déduites de calculs Aftronomiques , correfpondent aux époques de TAflronomie Chinoife.

Si donc rAftronomie avoit fait ces progrès à la Chine , tant d’années avant notre Ere , & que les Aftronomes y aient tenu leurs connoiffances de leurs ancêtres , comme ils le dilbient , il me femble qu’il eft prouvé que c’efl à des àgQS bien plus reculés qu il faut remonter pour appercevoir les premiers pas de TAflronomie confidérée dans fon enfonce , & antérieurement à la découverte du fer , à l’invention de la monnoie , & de l’écriture^ J’ai clairement démontré , dans la première ÎDiflertation du Tom. L de mon Ouvrage fur Us Monnaies que , du temps d’Abraham , c’eft-àdire deux mille Cent quarante ans avant notre Ere 5 la monnoie avoit cours en Afie & en Egypte. J’ai tâché de prouver dansma Lettre IIL fur la Théogonie d’Héiiode , que les Lettres étoient d’ufage en Egypte deux mille centfoixante-douze ans avant J, C. Pline préfumoit que tufa^c des Lettres remontoït a une époque qui (i) 11 faut encore conférer M. Bailly,/?^^. 345, ihïi» ïl y eft fait mention d’une conjoîidion autrement énoncée , en date du 18 Février 1449, Mais il paroît qu’il s’agit téeliemeut de la même. T.

‘sV’k l’Amérique, €y jfh perdùlt dans Cantiquité, « Apparu , dit-il y-dtar- » nus liicraruni ufus, Lib. VIL Chi LVI », Ce-pendant Pline n’étoit pas conduit à cette in-» dudion par fautorité d’Epigène ^ qui ne faifoit mention que de fept-cents vingt années d’cbfervations Agronomiques gravées fur des briques cuiteSk Bérofe & Critodème ^ qu’il cite aufîi ) ne parlent non-plus que de quatre-cenrs quatre-vingts années ( i ) d’obfervations : mais ( I ) L’Auteur à raifon de s’arrêter au Teul foupçoii d’altération ^ dans les nombres du texte de féline, & de n« pas adopter les idées de Bayle > que d’autres ont fu^vies* La diiFérence de quatre-cents quatrc-vingt à quatre-cents quatre-vingt-dix , n’efl: pas ce qui fait ici la difficulté. Il s’agit de favoir /î on doit lire quatre-cents quatre-vingt mille (ou quatre-cents quatre-vingt-dix mille), en fuppofanc que le nombre millénaire étoit autrefois dans Pline^ Da!é-^ champ , Hardouin & M. Brotier ne Tonc vu dans aucun Manufcrit de Pline» Bianchini, qui difcute ce pa/Tage contre Marsham , n’en parle pas. M. Bailly, plus heureux , dit t Le millénaire efi dans quelques Manufcrits de Pline : ce qui décide abfolument la quefiiôn , Tom. I. pag. 37^. M. Bailly devoit au moins , pour fon honneur , en citer un feul ; cdr on ne donne pas un démenti public à A^s gens tels que ceux que je cite , fans avoir fa preuve au bout de la plumci On peut excufer M. Bailly, dont l’érudition littéraire, fouvent très-fiiperfîcielle , ne lui a peut-être jamais fait allez fentir ce qu’on devoit à l’autorité des exemplaires i mais le feul qui m’étonne eft M. Brotier, qui introduit cette erreur dans fon Texte de Pline , en convenant qu’il Me l’a vue dans aucun Manufcrit* Hardouin, Bianchitii

^â L E t t il E ^ d habiles critiques ont préfumé que les nombre! ëtoient altérés dans ce dernier paffage. Ce qu il fur-tout, qui valoit au moins M. Bailly& M. Êrotier, s’en tiennent au texte, lans fuppofer les mille.

Voyons cnfuite (î léelleifient il doit y être. Le Bérole ^ont parle Pline fans qualification, peut être l’Aftronome CaMéen, qui pafTa dans l’île de Goôs, & y apporta avec lui fes Théories & fes Obfervations , ou Bérofe l’Hifto^ lien. Si c’eft TAflronOMie, la difficulté s’évanouit ; parce que Bérofe, de l’aveu même de M. Bailly, (^tant des premiers jfîéclcs de rAfttonomie , en Caldée , & bien antérieur à Épigène , devoir rapporter moins d’obfervations que lui.

Critodèmc, qui rapporte le même nombre d’années d’obfervations que ce Ëérofe, n’auroit fait que configner dans fon Hifloircy que nous n’avons plus, la tradition que Béïofe auroit introduite dans la Grèce. Or je défie M. Bailjy Zl m. Brotier de me proûvet que le paffage de Pline ne «eut pas le prendre dans et fens. Pline auroit donc raifoii de conclure que les lettrés étoient bien anciennes en Caldée, t)uifque les obfervations gravées, dont Bérofe& Critodème, après lui, auroient parlé, en faifoient remonter l’ufage, dans cette Ct)ntrée , à plus de deux mille ans avant,notre Ere. Nous trouverons ce nombre, en ajoutant aux mille neufcents trois ans de Caîifthène, les trois-cents vingt-quatre ans de l’époque d’Alexandre, félonM. B. , avant notre Ere : ce qui fera deux mille cent vingt-fept ans. Faut-il donc fuppofer des mille ^ tandis qu’on fe trouve d’accord , fans cette fuppofition ? Voyez Pline, liv. VU. Ch, LVl.

S’il s’agit de Bérofe l’Hiflorien , voyons les dates. Selon M. Bailly, Bérofe publia fon Bîjloire neuf ou dix ans après la prife de Babylone , Tome I.fa^. 467. Epigènes avoit étudié chez les Caldéens, com.meApollonius deMynde,

SUR l’A M i R I Q u E. 69 y a de plus important à rerxmrquer ici , c’efir que les Hiéroglyphes ont été la première écriville de ta Carie , {elon Sénéque , Quœjl. Natur, Liv. VII^ Ch. III. Je demande quand vivoit Epigènes ? M. Bailly die que c’étoit foixante ans après la ptife & le ravage d© Babylone, qui, trente- ne.ufans après la. Conquête , avoit ]^erdu jiifquà fon nom y pag. 374, Cette circonftance* fuppofe nécefTairement que les Sciences y, difparurent avant les Citoyens..A qud âge y avoit donc étudié Epigènes î Cette réflexion fit fentir à Bianchini qu’Epigènes devoît €tre d’une date bien antérieure à Alexandre,& tout homme fenfé, bien loin de le placer Toixante ans après, le dira comme lui. Voyons le raironnement de Pline, ce Son but^ 93 dit Bianchini , ( Hijîoire UnivcrfeUe) eft de prouver Tex- M trême antiquité des.Lettres. Or quelle feroit la- conclufion, » fî, après avoir dit Litterajfemper arbjtror AJfyrias fuijfe , 33 il fe contentoit de l’époque qu’il peut trouver dans la 30 fomme des années énoncées par Bérofe &; Critodème , »9 qu’il produit comme la moindre date ? Il faut donc a» qu’il fuppofè, de toute néceflité , Epigènes aune époque 33 antérieure au temps même de Phoronée*. Alors il peut 00 conclure légitimement :. ex quo appa’-et œternus litterarunt y ufus 33.. M. Bailly ,. qui. fait remonter , avec raifon „ rAftronomie des Caldéens à une époque très-éloignéè de notre Ere, trpijvera-t-il étrajage qu’Epigènes en rapporte fept – cents vmgt années des premières obfervations gra^- vées fut des bric^ues 5, ^. qui fervent; de bâfe au raifonnement de Pline?

Mais je lailfe encore de côté ce raifonnement concluanc de Bianchini , pour reprendre les fommes particulières.

D’abord Bianchini fuppofe , & il peut le faire , vu l’ex- |çç{ïipn équivoque de Pline , il ‘fuppofe, dis -je, qu« E iij

jOi h E r T R E a tiire des Egyptiens. Les Ethiopiens en avoieiit même l’ufage ayant eux. On a ûir-tout rappelle ces antiques fouurrains de la Thébaide , ou Bérofé 6c Critodème rapportent chacun quatre -centS: quatre-vingt-dix ans d’obférvations , ce qui feroit , avec les années d’Epigènes , mille fept-cents ans. Or ce nombre nous tranfporte au temps même de la réforme de i’Aftronomie Caldéçnne , qui eut lieu fèize ou dix-fept-cents ans avant notre Ere. Nous voilà donc d’accord , à cet égar-d , avec une circonftance bien importante. Ajoutons-y les trois-cents vingt-quatre d’Alexandre , nous aurons deux mille vingt-quatre ans , c’eft-à-dire cent ans de moins que dans la première fuppoiîtion. C’eft donc la même époque : car cent années , félon M. Bailly , ne font pas un objet important à des époques fi éloignées. Telle eft le raifonnement d’après lequel Pline concluoit, en ajoutant les an*- nées de fon âge, que ks lettres avoient une origine (i obfcure , qu’elles paroifïbient cterncUes^, En “vain alléguera-t-on les paiTages de Diodore & d« Cicéron , pour autorifer le millénaire dans les nombres de Piine. La première régie de critique & la plus certaine , €i1: d’expliquer un Auteur par lui-même, fans fôrtir de fon texte, toutes les fois qu’on peut le faire d’une manière fênfée. Le texte de Pline étant formel , & ne préfentant le nombre miUénairç dans aucun Manufcrit connu , quoiqu’en xlife M. Bailly , il ne faiit pas s’en écarter , dès qu’on y trc^uv-e vin fèns d’accord avec l’idée de l’Auteur ;&, fî on jie l’y trouvoit pas , il ne feroit pas permis , en faine critique , de le fùppofer , encore moins de l’introduire dans le texte fans manufcrit, comme l’a fait M.. .Brotier : ce qui eft inconeevaMe dans un hôm.me fî éclairé. J’avoue que €çft«? in^déiité a hkn diminué à mes yeux le mérite de fou’

5V R l’AM É R 1 Q U E. ft ces (l) Slrlnges pleines de caradères hiéroglyphiques , qu’on croyoit même antérieurs au Déhige d’Ogygès. Ammien MarcelHn ; Eufébe , le Syncelle difent que ce fut Touvrage de (2) Thoyth ou Mercure ; & quiis furent rétablis Pline. Comment le citer fans crainte ? Les Varîorum qu& cite M. Bailly, font des Editions trop méprifées des gens inftruit«, pour cjue j’y faiTe attention. Je dois dire ici que M. Gufmann , ProfeiTeur de Phyfique à Lemberg , admet aufli dans Tes Mémoires Hijîoriques & Mineralogiqiies fur l’Origine du Globe , le nombre millénaire^ C’eft la même erreur , car il ne cite aucun Manufcrit.

Ainfî je rejette pareillement Ton autorité , quoique d’ua plus grand poids pour moi que celle de M. Bailly. T. (i) Ceux qui voudront des’ détails fur ces Siringes o* Seringes , & les colonnes qu^on y plaçoit , confulreronc lablonski. Panth. Tom. II. Liv. V. pag 180. Il femble que ce mot n’a fignifié que Colonnes ^ Statues , Idoles: la verfîon Copte du Pentateuque , le met pour l’équivalent de l’Hébreu Matfeboth , qui ne défîgne que les Statues des Idolâtres». Mais la Tradition les a confondues avec les cavernes où elles étoient. T. (i) Le mot Toth ou Tath défîgne fihiplement le principe , Vorigine. Les colonnes de Toth n’étoient donc que les pierres fiir lefquelles on gravoit les origines des chojèsi ou les connoiffances qu’on acquéron , pour les tranfiiiettra à la Poftérité. M. Bailly auroit évité bien dès détails inconféquens , dans Ton Hîfloire de tjftronornie , s’il avoir eu la moindre teinture des Langues anciennes , ainfî fes erreurs font excufables. Ce mot s’eft même confervé dans la Langue Ethiopienne, où, dans la quatrième conju- E iv

fh Lettres ^près te Déluge par Agathodémon. Jambliquè croit qvi e Pythagore & Platon n’ont appris lesthéories myftérieufes des Egyptiens , que fur les colonnes où Tancien Hermès les avoit figugaifon , il forme , avec la lettre a caradériftique , le verbe. u4tathy qjii figiiifie ra/ige,r par erdre , mettre au net, &-c. ce qui n’eJft qu’une, idée fecondaire dérivée de l’ufage. de ces. colonnes. Une troisième idée a fait de Totkcune Idole , vu le, çelped qu’on avoit pour ces ancienS: rnonuiiaens.

Mais il eft auiR abfurde d’aller chercher un homme, réel dans ces colonnes , que Moyfe dans Toth , comme le. prétendent les Karaïtes Cabaliftiques de nos jours. J’en pgrle feulement en pafTant ; car ils ne méritent pas d’être, réfutés. Iai>lonski a trop bieu vu le mot TpM pour qu’oix s’écarte de fes preuves.Voyez foa Panthéon , Liv, V. Ch. V, J’ajouterai, feulement , pour nos Karaïtes , que le mot Mercure eft un mot que les Colonies du Nord ont poi:té en Italie. Mcrkar eft celui qui ifidique, qui déjïgne. Je ris, quand j^e yois cçs Dodeurs , à l’aide du mince Giraudau , 4ériver ce mot deMikra, qui iVeft d’aucune Langue du monde , quoiqu’ils prétendent le. prendre d^ Kara lire , en Hébi;eu 5 Mikra Ledeur. Mais, la Grammaire fe. refufe. abfolument à la formation de leur Mercure compofé.

Quant au mot Hermès , il eft purement ^Igyptien. C’eft celui d’un Roi d’Egypte , Ermais , qui fit la réforme de. l’année , Se la fixa à trois-cents foixante-cinq jours : mais , dans le cours de la période Sothiaque , elle reçoit les Jïx heures environ de furplus , çomrne je le montrerai. Il cornpletta donc l’année ; ce qui lui mérita le nom de Er-mch , fû^lfoint-Ht^in, Ces profonds Karaïtes pnt aulH biea rçaiîj

su 3^ l’Amérique; 73 rées par des Hiéroglyphes. Il ajoute qu’il étdidia lui-même ces colonnes. Voyez dans fon Ouvrage de Myficriis , &ç, comment il s’explique àcetégard. §. l..Ch.IÏ, fin dérivant le mot Menés de Noè. On leur a déjà dit cent fois que Mènes , Ofiris , &:c. ne défîgnoient d’abord que le SoleiL II falloic donc chercher ce mot dans l’Egyptien même : le voici. Meh-œis : par infertion ordinaire à cette Langue , dans ks compofçs., Meh-en-œis ; &, par un changement ou retranchement qui y eft aufïî ordinaire , devient Mencis , Menés : ce qui lignifie celui qui remplie le temps , comme Ofiris eft pour (Sis-iri , celui qui fait le temps j épithétes très-convenables au Soleil. Les Ethiopiens difoient Menés pour un homme délicat , fenfuel. Une colonne du Temple de Thébes portoit une imprécation contre mi Menés y c’eft-à-dire contre celui qui , au lieu de s’appliquer aux Sciences, fe livreroit à la fenfualité. Nos Hébraïfaos y ont trouvé Noé , qui régie les plaifirs de la table après le Déluge. Ih ont oublié le troifiéme Noé : cependaxic il avoit élevé un tas de pierre. Menés , dit-on , avoit éhvé une digue pour détourner les eaux du Nil : or Menés lîgniiîe repouffer , détourner. C’eft bien dommage qu’ils n’ayent pas vu Noè dans cette digue. Noè ou loneh étant le nom du Verfeau , daçs l’Orient , ils dévoient donc retrouver aufli ce Patriarche dans la Caldée , oii Dècal- Noè fignifioit , à la lettre ,‘l’urne du Verfeau ou du PLuteur. Les Grecs en ont fait; I&ur Deucalîon Scythe , fous lequel- ils ont placé uïv Déllige , oiibliant que ce Déluge arrive tous les ans,^^4ft/^ifon des pluies^, i^i?/ feroit, en outre, un marais ^fangeu:^ , telle qu’étoit l’Egypte, du l^mÇS ^ de Menés, quiJignifie ^uiE marais fangeux. T,

^4 Lettres Quoi qu’il en foit , il me fembîe qu’on peut {q fixer à une époque > antérieure de trois mille ans à notre Ere , pour retrouver la limplicité ûes obfervations Aftronomiques ,& les Hommes fans l’ufage du fer , de la moniioie & de récriture.

Je fais qu’on oppofe à cette époque celle au Déluge univerfel , qu’on fixe vulgairement a deux mille trois-cents vingt-neuf avant no-^ tre Ere. Mais Iç P- Mailla , Jéfuite , s’explique ainfi dans fa Lettre VI , qui précède ÏHi[ioir& de la Chine : c< Quelque abrégés qu’on veuille » les ( ces temps ) faire , ils iront beaucoup au- » deifus du Déluge univerlel : ainfi n’eil-il pas » évident que le fentiment de la Vuîgate fur » la Chronologie , quel qu’il foit , ne faiirôit » fe foutenir »?

En effet > il eft démontré qu’Abraham vivoit deux mille cent quarante ans avant l’Ere vulgaire : de fon temps rAfie , l’Afrique , l’Europe & l’Amérique étoienï très-peuplés. Il y- ^voit des Royaumes , des Gouvernemerts Civils ; le Commerce fe faifoit avec de la monnoie > qui ^. félon, Moyfe même ,./fe nommoit S’ick.. Nous voyons aufîl qu’Abraham fe trouva riche en troupeaux , en or & en argent , felori là Genlfey Ch,XIIL , lorfqueie Roi d’Egypte , que Moyfe nomme Pharabn ^ ^e(j^ rendu Sara à Abraham, après l’avoir retenue quelque temps j^

SUR l’AM É R T Q U E. 7f auprès de foi , la croyant fœur de celui dont elle étoit la femme, S. Auguftin remarque que du temps d’Abraham , il y avoit trois grands Royaumes , favoir à Sicionc ^ en Egypte , & €n Affyrie. Celui-ci étoit le plus puiflant de^ puis les conquêtes de Ninus fils de Bélus, Toute TAfie (i) , excepté Tlnde , lui étqit foumife.

La Cour d’Egypte étoit auffî très-brillante ; il y avoit des Loix généralement obfervées ; &: le fyftême du Gouvernement ne changea de face (2) , que du temps de Jofeph , deux cents ans après Abraham. Ce Patriarche-ci étoit aufîi contemporain du Roi d*Elam , qui fe fou-» mit la Caldée , le Pays de Sennaar , la Méfopotamie , la Syrie au midi de TEuphrate, Les Chinois , de leur côté , faifoient déjà des obfervations exades fur le cours des Planètes.

Or eft il pofîible qu’en trois o,u quatre fiécles qu’on fuppofe feulement , dii Déluge unive^fel ’ — •—^— , ; ,iLJ (i) Les Souverains de ce temps-là faifoient des ‘er-* curflons , mais laifToient aux Peuples leur libertié y fexoni tentant de quelque tribut , comme d’un hommage. T. (x) M. Larcher & d’autres, avant lui, ont remarqué que Jofeph avoit , en Miniftre tyrannique , profité de 1? misère du Peuple pour i’affervir à fon Souverain. Ce fuç fur-tout cette fervitude qui infpira tant de haine aus; “Egyptiens contre les Hébreux, T,

76 Lettres au temps d’Abraham , la Terre ait eu cett4 grande population ; que tant de Peuples diffé-* rens entr’eux par la Langue , les Ufages , le$ Loix , la Religion ayent eu le temps de for-» mer des Corps Civils , de vaftes Royaumes , & parvenir à ce degré de perfection dans les Arts , les Sciences ^ 1q Çomnxerce & la Légif-r tatîon.

D’ailleurs rappelions nqus robfervation de§; cinq Planètes que nous avons vues en con-» jjonàion deux mille quatre-cents foixante-ui^ ans avant notre Ere , & par conféquent cent trente-deux ans avant le Déluge de Noé , fixé à répoque vulgaire. Réfléchiffoji^ que , depuis cette obfervation , nous trouvons une fuite non interrompue d’autres obfervations AflronomU iques chez les Chinois ,& toutes d’accord avec leur Chronologie. 11 faut do^cen conclure que tette époque fatale du Déluge univerfel , re?, jnonte à une date bien antérieure.

Le P. Riccioli ( Chronolog, reform, Lib. VI,1 Gh. IL ) prouve que , félon le Texte des Septante , on doit fixer l’époque du Déluge à irok triille cinq -cens quarante – trois ans (i^ • ’ (1) J’ai attentivement comparé les Septante du Texte ^*Alexandrie & de Rome , & je n’y ai vu que quelque différence dans la manière d’exprimer les mêmes nombres, Ainfi Riccioli eft bien fondé fur la véracité du Tt^^.

Want notre Ere ; & il dit forttlellement que ce calcul éft plus vraifemblable (Jué celui de FHébreu. Ceft avec le Texte Grec qu’il trouve Grec. Son opinion éc celle de S. Auguftin s’accordent avec les Synchronifmes de toutes les Nations cultivéeSi J’ai mis par ordre toutes les époques que M. Bailly préfente dans Ton Hifloire de rAjlronomie y laiiTant même de (Coté celles qui m’ont paru douteufes , & j’ai vu, calcul fait , que routes les dates, fans exception, reviennent à celle de Riccioli , ou à trois mille quatre-cents ans , moyen terme. En vain nos Hébraïfahs veulent-ils tranfporter les débris de l’Arche d« Noé des montagnes de l’Arménie fur celles de la Thibaïde , pour trouver leurs époques dans une étymologie qUi fait pitié. Thébes n’a pas eu fon nom de Théba , nom de l’Arche , mais de Tlieb’-Ai, deux mots Egyptiens ou Ethiopiens , qui figniiîentPays de la Science , comme l’Egypte fupérieure fut nommée Ai-Gopt ou Ai-Copt , Pays de la Magie Où de la Science , ^syptus.

Magie n’étoit pas alors un terme odieux , comme il le fut lorfque parut le Poème fur les Pierres, attribué à Orphée , fouS l’Empereur Valens. Un Mag^ ou un Magicien étoit la même chofe j & l’on voit par les Magiciens <le l’Egypte, qui luttèrent contre Moyfe, combien l’Egypte méritoit le nom qu’on lui -avoit donné. Il fémble même que, fans la Puijfance Divine , Moyfe n’en auroit pas fu autant qu’eux. La Haute-Egypte peuplée , ne confifta long-temps que dans la feule ville de Thibes à cent portes , ou plutôt cent Peuplades , chez qui le dépôt àt% Sciences ou Thèbes s’étoit confervé. Thébab fignifie encore Hujourd^hui , en Abyflinie , [avoir , comprendre , cultiver Us Sciences. Les Grecs, qui ont toujours écrit T/iebai , ccmme %n nom pluriel, fous la forme de leur Langue, ont re-

y$ Lettres ïe moyen de concilier les obfervations des Chinois & des Caldéens. 11 y a donc entre le calcul de Riccioli & l’opinion générale , mille ligieufement confervé , à la lettre , l’origme du mot com-* j)ofé Egyptien : car l’Ethiopien& l’Egyptien ont e’té lamêm^ Langue. lablonski l’a bien vu. Il y eut enfuite une aflez grande différence.

C’eft dans cette Contrée que M. Bailly devoit chercher fon Peuple perdu , mais qui , heureufement , n’avoit pas liiCparu lors de la révolution du Globe. C’eft-là que s’étoient confervés ces Sères , mot Egyptien , qui fignifie Colonnes ; d’où le Pays fut nommé la Sériade ou le Pays des Colonnes (de Toth) ou Colonnes des Origines. On l’a àulïî appelle Pays Syringique pour Sènngique , dans le même fens. lablonski le prouve. C’eft être bien ignorant en Grammaire , que de déduire le mot Sériade de Xur-Juda t Syrie de Judée , félon nos Karaïtes. Sériade a pour nominatif Sérias, chez les Grecs, comme Hcllade a HeUas y Pays des Hellènes y autrement on pourroit déduireHellade de •Hell’Juda , qui n’auroit de fens qu’en Allemand , & fîgnifieroit Judée de l’Enfer* Voilà où mènent les dodes rêves de M. G. du Rocher , & de fes Karaïtes. M. Bailly n’a j>as été plus heureux en trouvant la Sériade en Afîe , dans le Pays des Seres , ou ce mot fîgnifîe jaune. Mais il peut confulter l’excellente DiJJertation Italienne de M.

Adam Fabroni , Académicien Apatijîe , fur VOrigine de ta Soie, à Piroufe , lyZz : il y reconnoîtra fon erreur.

Au refte il eft plus excufable que M. G. du Rocher ^ qni par-tout voit fon Peuple Juif. M. Bailly ne fait qui chercher , mais M. du Rocher détruit tout. Son Syllême me feroit croire que , comfne Ifaac Voflîus ^ il croit tout , horsU Bibk. T.

SUR L’AMÉRÎQUt. f$ ^ôux-cents quatorze ans de différence, S. Aiiguftin emploie deux Chapitres de fa Cité de Dieu {‘lib. XF, Ch. XIIL LiK XVIll. Ck^ XLIIL ) à differter contre l’interprétation ï>aîine de S. Jérôme , pour prouver que le Texte <ies Septante eft préférable. Mais il faut fur-tout remarquer que ce grand Dodeiir de ffiglife compte mille foixante-douze ans depuis le Déluge jufqu’au temps d’Abraham, après avoir examiné la différence qui fe trouve entre le calcul du Texte Grec & celui des Hébreux-.

Voyez fa Cité de Dieu Lib. XV. Ch, X. XïlL Lib. XVI. Ch. XI. Lib. XVIII. Ch. XLIIL Selon ce calcul , il y auroit une autre époque poiir le Déluge , favoir , trois mille deux cents douze ans depuis Noé jufqu’à J. C. Vous voyez donc que nous avons des époques différentes auxquelles on peut rapporter cette grande révQ>-. lution, La Chronologie des Caldéens , des Chinois & des Egyptiens , fera toujours un fujet de <lifcufîion entre les favans ;& peut-être ne s^accorderont-ils jamais pour établir un parallèle rigoureux (i) entre les époques affignées par ( I ) M. Gufmann a cependant eflayé d’en établir aaia» îl l’a fait , avec certain fuccès, fans s’écarter de Mojïès mais c’eft une autre tête que ççUes de nos HardouinHfeï Hébraïfans. T.

lô t E t T R E s les Obfervateurs de ces différentes nations J & celles que les Chronologilles ont admifei d’après la lettré de la Bible.

Il fe trouve dans le SynceHé un jpaflagè tiré des Chroniques Egyptiennes , par lequel il fembleroit qu’il fe feroit écoulé trcnte-fix mille cinq-ccnts vingt-cinq ans depuis le comménceiiient de là Moniarchie )ùfqu’à Neûanébo ^ quinze ans avant Alexandre-le-Girand. Fréret à préfenté une conjedlure ingénieufe fur ce paflage. Il remarqué doné que ce nombre étoit myftérieux en Egypte , comme oh le voit dans Clément d’Alexandrie & jamblique , lorfqu ils rapportent ^ félon la traditions des Egyptiens , que Mercure àvoit donné oit laiffé ce grand nombre de points de Dodririe. Cependant Manéton cité dans Jamblique , dit qtie ce nombre indiqué celui des Livres que Mercure avoit écrits. Fréret ajoute que félon le Syncelle , ce nombre indiquoit la nflltution du Zodiaque & le retour des Signes au même lieu reffectif. Ainfi ce paflage n’auroit été relatif qu’à la période ou révolution entière des fixes.

D’après cette hypothèfe , Fréret fiippofé qu’en prenant cent ans pour chaque degré du mouvement des fixes ^ & admettant , chez \qs Égyptiens , le Cercle divifé en trois-cents foixante-cinq parties $ comme chez les Chinois (^après la corredion du cours annuel du Soleil)

SUR l’Amérique. 8i les fix heures de retard nous donneront (i) vingt-cinq autres années ; & le tout fera trenteiix mille cinq-cents vingt-cinq ans , nombre indiqué par le Syncelle. Mais ce calcul efl faux de toute manière ; il fuffit d’obferver que la ( I ) M. Carli a raifon de dire que le calcul de Frerec cft infoutenable. M; Bailly, qui a très-bien difcuté cet article , Tom. I. pag. 404, remarque que l’idée du Syncelle appartenoit primitivement à Proclus , qui déterminoit à trente-fix mille cinq-cents vingt-cinq ans la révolution du mouvement des Fixes, Mais par quel principe les Egyptiens auroient-ils multiplié leur année Sothiaque de mille quatre-cents (oixante-uli ans par vingt-cinq, ou auroientils divifé le produit des deux par mille quatre-cents foixante-un , pour retrouver vingt-cinq , ou par vingt-cinq , pour retrouver mille quatre-cents foiicante-un ^ G’efl: ce que vraiment on ignore. Dodv/ell a fappofé que les Egyptiens croyoient que la Lune fe rencontroit , dans les mêmes rapports , avec le Soleil , tous les vingt-cinq ans de leur année vague , & qu’ainfî la même cliofe devoit arriver au bout de vingt-cinq fois mille quatre-cents foixante-un ans de cette même,année. M. Bailly a aufïî préfumé trèsfenrément que les Egyptiens pouvoient avoir pris ce nombre vingt-cinq pour multiplicateur , en conféquence d’une période lunaire fixée à ce nombre ; parce que la Lune recommence Ton cours au bout de vingt-cinq ans , à une heure près ou environ , au même jour & à la même heur© de l’année vague , ou de trois-cents foixante-cinq lours • ce qui revient au même. Se indiqueroit, félon lui, eue les Egyptiens , comme les autres Peuples , avoient tâché quoique fans fuccès, de concilier le mouvement du Soleil & de la Lune, & d’approprier à leur année vague., une Tome //, F

8i Lettres progreiïïon des fixes eft d’un degré en foixante» douze ans , non en cent ans : ce qui eft démontré.

Mais ce calcul mal fondé , d’un homme aufîi célèbre dans la Littérature, que dans TAftronomie , me fuggère une autre idée fur ce nombre période lunaire , qui n’appartînt qu’à eux. Cette id^e trèsingénieufe confirme celle de Dodwell. Voyez lablonski.

Panthéon. Tom. . Liv. IV. Ch. IL pag. i^j , & M.

L’ancienne Chronique Egyptienne comptoit ce même nombre de trente-fix mille cinq -cents vingt-cinq années, pour le régne du Soleil , &c. jufqu’à Nedanébo. Le Chevalier d’Origny dit , avec raifon , qu’il ne conçoit pas la durée d’un empire déterminée par une période. Néanmoins il ne voit pas d’abfurdité daus celle-ci. Se il en donne des raifons fort fenfées, Tom. II. pag. iz. M. Bailly a ingénieufement eflayé de réduire ce nombre à des années folaires, en prenant d’abord trente mille ans pour autant de révolutions de la Lune, à l’égard des Etoiles , ce qui les réduit, félon fon calcul, à deux mille deux-cents quarante-cinq ou quarante-flx ans. Par ce moyen , il trouve une analocrie fingulière entre ce nombre & les deux mille troiscents ans qu’on donnoit au Temple d’Hercule , du temps d’Hérodote. Les trente mille années des Phrygiens , prifes pour autant de révolutions fydérales de la Lune , rentrent aufli dans les mêmes rapports, pag. 198. Mais il refte encore fix mille cinq-cents vingt-cinq ans, dontM. Bailly ne fait aucun emploi. Quoi qu’il en foit, fon idée eft fort ineénieufe. MM. Marivets & Gouffier fe contentent de citer ces trente-fix mille cinq-cents vingt-cinq ans, comme

SUR l’Amérîquè* 8î de trente’Jix mille cinq-cents vingt -cinq. Il me femble qu’on pourroit également le rapporter à une autre période > fondée fur Texade ob-^ iervation des Aflres.

Nous favons que Tannée Sothiaque ou Caniculaire des Egyptiens commence à Tappaune révolution cofmique , admife par les Egyptiens ,’ Tom, IL Comme aucune de ces combinaifons ne réfout la difficulté , & que d’ailleurs nous ne pouvons fuppofer , avec connoifTanCe de caufe , que trois révolutions de la période Sothiaque de mille quatre-cents foixante-un ans , depuis Yipoque que nous aflîgne Cenforinus , c’eft-à-dire quatre mille deux-cents quarante-cinq ans avant notre Ere , en remontant depuis l’an cent trente-huit de Jéfus-Chrift , loin d’eu fuppofer vingt-cinq, ne pourroit-on pas préfumer, avec M. Bailly ; que les Egyptiens , depuis la ruine de leur Pays , conquis par les Perfes , qui détruifirenc ou enlevèrent toutes leurs Archives j avoient perdu le fens de cette période de trente-fix mille cinq-cents vingt-cinq ans ? Alors on y trouveroit peut-être un fens , en difant que les anciens Prêtres , voulant avoir une fuite à laquelle ils rapportaffent routes les divifions de leurs cycles , comme nous rapportons les nôtres à là période Julienne , avoient imaginé de multiplier l’annéeSothiaque de raille quatre-cents foixante-un ans, par leur cycle lunaire de vingt-cinq ans 5& que cela fe ^z à la réforme de leur Calendrier, lorfqu’ils combinèrent leur année civile avec l’année facrée , pour ne pas inurcaUr ; ce qui étoit un facrilége chez eux , félon Scaliger , Canons Jfagogiq. Liv* III. pag. 171. Quelque variation qu’on introduisît d^s les fyftçmçs Chronologiques , ils avoient, ^ Fij

$4 Lettres rition (i) de Siriiis , ou de la Canicule , au premier jour du mois que les Egyptiens appelloient Toth ; & que , tous les quatre ans j il y avoit un jour de manque à caufe des fix heures qui fe trouvoient de moins à leur année de trois cents foixante-cinq jours : de forte que Sirius ne reparoifToit au même jour de Toth , qu’au bout de mille quatre-cents foixante-une de ces années. (On célébroit Tannée de ce retour , par de grandes Fêtes ). Or vingt-cinq Cycles ou retours de cette période , font ju-far ce moyen , une fuite affez longue pour y rapporter tous leurs calculs , & corriger les erreurs. Cette conjecture, que je propofe, me paroît aufli bien fondée que toute autre: elle lève au moins toutes les difficultés. Les Prêtres poftérieurs, ayant donc perdu la vraie théorie de cette période , dont le fouvenir fubfiftoit , en firent , au liazard , l’application à la rucceflion de leurs Rois. L’Auteur de la Vieille Chronique me paroîtroit avoir même fuivi , en cela, les Prêtres de Memphis, fi les trois-cents trente Rois qu’ils comptoient depuis Menés, n’étoient pas réellement une fuite Chronologique. On verroij: dans ce nombre une période lunaire de douze mois, & chacun de vingt-fept jours & demi , compte rond. Les Prêtres , ayant perdu le fens de cette période-ci, en auroient fait la même application : ou ils cachèrent leur théorie à l’Hiftorien ous cette énigme qu’ils n’expliquoient pas aux Etrangers. T. (i) Je parlerai, plus loin, de la période Sotlûaque fi; a© Sinws. T.

SUR l’AM fe R î Q U E. SJ flement le nombre du Syncelle. Il fembîe donc qu’il n’indique pas le retour des Signes , mais celui de Sirius ; & que les Chroniques Egyptiennes ne préfentoient pas autre chofe.

Nous aurions p-ar conféquent, depuis Menés , jufqu’â quinze ans avant Alexandre , vingt-cinq Cycles de Sirius ou de mille quatre-cents foixante-ua ans , c’efl-à-dire trente-lix mille cinq-cents ving-cinq ans. Le Syncelle qui ne paroît pas s être apperçu que le nombre de mille quatre-cents foîxante-un étoit relatif à l’année Sothiaque ou Caniculaire , ajoute que « ces trente-fix mille cinq-cents vingt-cinq ans »^ répondent à mille quatre-cents foixante-un > yy multipliés par vingt-cinq, ce qui indique tt »’ retour fabuleux des Signes du Zodiaque » ; fans doute c’étoit un retour ; mais celui de Siirius. au premier jour de Totk,. . Je dirai , en paffant ^ que Fréret reproche ^. aumême endroit, quelque inexaâ:itude à Dio” gène de Laërce , parce que cet Hiftorien de la , Philofophie comptoit quarante-huit mille huitcents foixante-trois ans depuis Vulcain jufqu’â l’époque d’Alexandre. Mais il n’^a pas lu attentivement ce pafTage , qui fe ‘trouve dans la Préface de Diogène* Il y auroit apperçu la remarque la plus importante ; c’eft-à-dire le nombre des Eclipfes lunaires & folaires qui «nt eu lieu, pendant cet efpace. On obferva ,, F iii

86 Lettres dit Diogène , pendant cet intervalle trois cents foixante – treize Eclipfes de Soleil , & huitcents trente-deux de Lune.

Chérémon , le Stoïcien , cité par Porphyre , Lih, IF. rapporte , comme témoin oculaire , que les Prêtres de TEgypte étoient partagés en trois claffes ; dont la première étoit celle des Prêtres qui obfervoient les Cieux , & étudioient la Théologie : la deuxième , celle des Hifloriens qui confacroient , dans les Archives , les événemens Civils & Politiques : la troifiéme étoit compofée des Prêtres vêtus de longues (i) Robes ; & confacrés aux fondions Religieufes, Diodore de Sicile , Lib, L remarque particulièrement avec combien d*exa£^itude les Prêtres de Thébes& de TEgypte notoient les (2) Eclipfes de Lune. Il dit , en outre,qu ils avoient (i) Il eft cependant à propos de remarquer ici que les Prêtres de la haute 8c de la bafle Egypte , ëtoient diffé-« renunent vêtus , félon Içs .îj^pports du culte de chaque Divinité; & que les uns co^poient leurs cheveux très-court en rond 5 les autres étoient toujours rafés , &:c. ; ce qui p’eft pas indifférent d^ns l’étude des Monumens,&c. T. (i) Ajoutons ici le témoignage de Sénéque 5 car il eft important, Quefl, Natur. Lïv. VIL Ch. ïll. <^ Ct fut •>:> Eudoxe , dit-il , qui tranfporta d’Egypte en Grèce la^ » eonnoiflance du mouvement des cinq Aflus ; cependant » il ne dit rien des Comètes : d’où il jparoît que , chez les vi Egyptiçns, qui s’apj)liquoient ^yec Iç plus de foip à

une fuite non-interrompue d’obfervations Aftronomiques , depuis les âges les plus reculés , & qu ils y avoient noté les Tremblemens de Terre , les Déluges & les Comètes. Voyez Lib.L C/z. 50,& fur-tout Sl.Suppofons ici qu’ils ne notoient que les Eclipfes totales & biei> fenfibles pour eux» » confid^rer le Cieî, la partie des Comêtas avoit été négligée. » Enfuite Conon , lui qui fit fes recherches avec beaucoup- » d’attention , recueillit les Eclipfes de Soleil cjui avoient »> été obfcrvées par les Egyptieus : fcrvatas ak Egypûis jj.

M. Bailly , <jui n eft pas de cet avis , manque la penfée de Sénéque , en traduifant confirvées par les Egyptiens : car on ne peut pas fuppofer de mauvaife-foi dans fes procédés.^ Servare eft un terme confacré , en latin , pour obfervare i lorfqu’il s’agit de contempler le Ciel ou les Ajîres^ ou le» Météores , ou les Augures. Qu’il confulte le grand Dictionnaire de Rob. Etienne , Edit, de Londres ou de Bajle* Mais voici , dans Lucain , un palTage bien décifif. Il s’agit d’un homme qui<. obferve le Ciel , pour favoir par quel aftre il dirigera fa courfe. Gn y voit Jervare pour obfer’^ vare, & fervator ^our obfervator y Liv. VIII.., v. i6>> • .î ‘s\ :,‘Vn”; !

Q^ux fit menfura fecandi JEquûrl’y in Cœlo ; Syriam quo fydere fervetj Auc quotus in flaujlro Llbyam. béni dirîgat ignis».

DoHus ad hxc ftuur tacitLCetvâfOV Olympia M. Bailly n’entend-il donc pas le Latin } Sa. pr^ventiott’ ois» fon inadvertance prouve-t-elle q^e.Diodore & Sénéque e» ont trop dit , lorfqu’ils nous ont rapporté que les Egyp^ tiens cbrervoient fcrupuleufeinent- les eclipfes de Lune &x F i\r

È8 Lettres Voyons actuellement la remarque que fait Halley , d’après la Chronique Babylonienne de Bérofe , cité dans le SymdU, Ce grand Agronome y a donc apperçu que le Sarc Babylonien étoit une période de deux-cents vingt-trois mois lunaires : or c’eft juftement celle du retour des Eclipfes. Mais il eft confiant que deuxde Soleil ? Pourquoi donc citer les Anciens , fans les entendre ‘i M. Bailly devoit fe tromper ici moins qu’un autre, puifqu il eft Aftronome. Le paffage que je lui cite eft relatif à fa Science : ne l’a-t-il jamais lu \ Voyons fes raifonnemens. Je ne m’arrête pas à Conon : ce qui le concerne eft décidé 5 mais à Hipparque , non (^Hypparque) , & à Ptolomée , non (PtoUmée). Ils paroiflent avoir méprifé , dit M. Bailly , les obfervations Egyptiennes recueillies par Conon. Mais Marsham leur reprochoit aufïi leur filence, à l’égard des anciennes observations des Caldéens , & en concluoit faulTement que îes mille neuf-cents trois ans d’obfervations rapportées par Callifthène, étoient une fable. Bianchini l’a combattu jfenfément. Ainfl M. Bailly n’eft pas fondé à objeder que , fi les obfervations Egyptiennes avoient exifté , Hipparque & Ptolomée en auroient parlé. Leur filence, à l’égard de ces obfervations Caldéennes ^ prouve le faux de fa conclufion. J’ai déjà dit que Cambyfe avoit détruit ou emporté les Archives de l’Egypte. Il eft certain que les obfervations Aftronomiques dévoient s’y trouver , d’après le témoignage de Diodore, Conon, Sénéque.

Hipparque & Ptolomée ne pôuvoient donc plus fe fervir que de celles des Caldéens , qui avoient échappé à la ruine de Babylone. En outre, Bianchini obferve, en Aftro-

cents vingt-trois mois lunaires , notés pareillement dans Pline , Llh, IL Ch, XllL félon les meilleurs exemplaires , pour le retour des Eclipfes , font dix-huit années folaires , quinze jours & huit heures , félon le Comput Babylonien& TEgyptien : ils font auiîi dix-huit années lunaires , & fept mois (i). nome qui entend fa Science, qu’Hipparque & Ptolomée n’ont pas parlé des anciennes obfervations de la Caldée, parce que ces Aftronomes n’avoient befoin que de trois eclipfes voifines , obfervées à peu de mois de diftance , en fe proporant de déterminer les anomalies de la Lune : ce qu’ils ne pouvoient pas faire en- calculant & comparant des eclipfes plus éloignées. C’eft, ajoute-t-it, ce qu’on” démontre dans les Théorèmes Aftronomiques , Scc^ Hifloirc Univerfellc , pag. loo. Or Bianchini eft ici unhomme qu’on doit croire. Mais ce raifonnement eft-il défavorable aux Egyptiens? Si leurs obfervations exiftoient encore du temps de Ptolomée , on pourroit feulement en conclure que Ptolomée n’y trouva pas les condition^ ^^uifës pour fes vues 3 & qu’ainfl il n’en parla pas plus que des anciennes obfervations de la Caldée. Voilà , en bonne logique, tout ce qui doit remplacer le § XFIlI, pag. 410, de M, Bailly.- Son malheureux Peuple perdu le met/^oUiVent en contradidion avec la Vérité, Si une Note me.^gifrfiiettoit plus de. difcuflîon , j’entamerois auflî fon § jï”/^^, pour venger.

Ariftote 5 mais c’en eft affez.’ T. .^^^ (i) Il eft bon de remarquer ici que Halley donne aii.

Sare une durée bien différente de celle du Syncelle, qui- «flaya le premier de ramener la Chronologie Babylonienne & l’Egyptienne à celle des Hébreux : car , après avoir rap-

$ô Lettres Revenons maintenant au paffage de Diogèné âe Laërce. Il y compte huit-cents trente-deux Eclipses lunaires. Cette obfervation nous donneroit quinze mille onze années folaires , ou quinze mille.quatre-cents cinquante-une années lunaires. Ce qui nous feroit donc remonter à «ne époque infiniment plus éloignée. Mais ce nombre ne répond aucunement aux quarantehuit mille huit-cents foixante-trois ans énoncé^ par Piogène. Comme il n eft pas non plus diviiible parun nombre quelconque , qui puiffe donner pour quotient une période connue y il faut que le nombre àes Eclipfes de Lune ne les défign^ pas totales & arrivées (i) fous le porté que Berpfe àptine au Sare trois mille fîx-ceiits ans ^ au N^ra (Ix-cents, au Sojfo foixante , il ajoute que ces ^nçes n*étoient,j]ue, des jours ; 4*^011 il conclut que le Sdre ne fajit que ^e^f années, dix mois & demi: ce qui diffère beaucoup du calcul de Halley. ( Note de M. Carli. ) (i) M. Bailly a cru appercevoir une autre théorie dans les quarante-kuit mille huit-cents foixante-trois années que rapporte Diogène^ tîé Laërce. Réduifant cette fomme par les mêmes prihcî|(es – qu*il a fuivis pour réduire la période de trois mille fîx-cents cinquante-deux aimées, il trouve que ces années de Diogène indiquent la période de la durée du Monde jufqu’à Alexandre , c’eft-à-dire fix mille cent trente-huit ans , & que d’ailleurs les eclipfes dont iï. s’agit ont pu arriver en douze ou treize-cents ans. Il et* fait remonter l’époque à mille lîx-cents ans avant notra

même point du Ciel ; c eft ce qu’on peut encore prouver par le nombre trois- cents foixantetreize des Eclipfes folaires, Ainfi la feule conclufion que nous avons à tirer du récit de Diogène , eft que les Egyptiens marquoient , dès la plus haute antiquité v les Eclipfes de Lune & de Soleil : à moins qu’il n*ait voulu indiquer le Grand Jubilé des Fixes , réglé par la fuite à quarante-neuf mille ans , par (i) Ifaac Haiçin , comme on le voit dans la Chronologie réformée de Riccioli. Cetoit la grande année que plufieurs Ecrivains ont prife pour la révolution totale des Fixes. Or on a donné à cette grande année , tantôt vingt-trois Ere. Voyez Tom, L pag, 300 6* 410 de fon Hlftoîre de (Aflron(ymie, Ses calculs fort ingénieux ne font pa$ dénués de fondement. D’autres diront qu’il vaut mieux avouer qu’on ne fait rien , quand ou ne peut rien favoir 5 & que c’eft ici le cas. T. (i) Ifàac Hazan, célèbre Rabin de Séville & Aftro^ nome , qui travailla beaucoup aux Tables Jjlronomiques Alphojifienncs i par ordre d’AlphonfeX, %i de Caftille, Quant à la grande année dont parle l’Autçur-, il eft impofTible de rien dftjerminer fur fa vraie période. Ou confultera, fî l’on veut , le Mémoire de La Nauze , Acad. des Infcript. Toni, KXIIJ. Part, IL p. 81 , &;Cen^ forinus, Ch. XVIJJ. ; celui-ci eftmême plus inftruélif: on y joindra ce qu’indique Lindenbrog dans Ips Notes. Quelques Savants ont pris l’expreflîon de VkgiJe pour la copie

y2 Lettres mille fept – cents foixante ans , tantôt vingt- ^atre mille , tantôt vingt-cinq mille cinq-cents vingt ans. D’autres Font entendue de la conjondion du Soleil , de la Lune & des Planètes , comme l’indique Cicéron dans fon Livre IL De la nature, des Dieux, Virgile femble faire alluiion à cette grande Période , lod’qu il dit :

Magnus ab intégra fieclorum nafcitur ordo. ..Tous les Sages de la Grèce , qui ont préféré la vanité Nationnale à Famour de la Vérité , fe font autorifés de ces époques prefque illimitçes desEgyptiens.Platon afsûre que la guerre <les Atlanùdes remontoit à neuf mille ans avant Solon , fans doute parce que leur défaite étoit, félon le même Prêtre Egyptien _, une Vidoire glorieufe pour Athènes. Lorfqu’ii parle des anciennes Loix & des Monumens de FEgypte ^ il dit formellement : « Il s’en trouvera encore >> de plus ancienne date , que de dix mille ans; ou la tradition d^uh oraclîè de la Sibylle de Cùmes , concernant un Douvel ordre de chofes. D’autres n’y ont vu qu’une année folaire : cela peut être. Virgile feroit au moins plus «xcufable que Cle’ment d’Alexandrie qui cite la Sibylle avec les rêves d’Hyftafpe ou d’Hydafpe, pour prouver la venue du Meffie. On auroit peine à croire que ce dodle Grec eût donné dans nombre de rêveries femblables, ft on ne h. lifoit; Mais qui prouve trop, dit M, Guérin dH V^ochç.! , ne-prouve rien* T.

M tjuand je dis dix mille ans ( r ) , ce n’eft » pas par manière de parler ; c’eft bien la » vérité », Après ce court expofé de dates 9 plus ou moins anciennes , admifes par des Ecrivains Chrétiens & autres , je crois pouvoir regarder ici comme vrai ce que je n avois fait qu’indiquer ; & arsûrer que l’époque du Déluge univerfel , ou celles des Déluges particuliers , qu on admet fans balancer , font beaucoup plus anciennes que les Chronologiftes ne le difent ; & que, fi ce nombre confidérable d’années , fuppofé par les Egyptiens , les Caldéens ^ les Chinois , ne doit pas être admis comme une vérité démontrée , ces obfervations Aftronomiques font des preuves qu’on peut apporter pour fixer à des dates sûres les divers événemens dont l’Hiftoire fait mention. Or ces cvénemens font prefque méconnoiffables au- (i) Ces dix mille années que Platon donne comme une réalité , feront vraies ^ fi on les prend pour des périodes qu’il compte par trois mois. Elles fe réduiront à trois mille trois-cents & quelques années ; ou , fî elles ex- 4;édent dix mille, félon Platon, elles reviendront à trois mille quatre-cents environ : ce qui rentre dans le fynclironifme des Septante , & de toutes les Nations dont nous avons des époques certaines depuis la révolution da .Globe, Mais toutes ces réductions font-elles fondées } T,

94 Lettres joiiird’huî. La fable , la vanité , Tignorance , né les ont que trop altérés.

Telle eft la voie que doit fuivre celui qui veut fixer à des dates certaines les événemens qui remontent aux premiers âges des Habitans duGlobe.Cependant on ne rencontre pas toutes les obfervations Aftronomiques dont on poiirroit avoir befoin dans chaque ûéclQ ; ou Fignorance des Cycles ne permet pas de les rappeller à des époques réglées. C’eft fans doute ce qui me jette moi-même dans Tembarras , d’où d’autres fe tireront peut-être. J’effayerai cependant mes forces , faififfant tout ce quime donnera les lumières dont j’aurai befoin. Je vous laiffe.

LETTRE X X X I L ^//tf5 , frhe de Saturne , fils £Uranus ^ Roi dt CAtlantide ^fut le premier qui enfiigna CAjlr0^ nomie. Témoignages des anciens Ecrivains & des Critiques modernes. Hercule Egyptien apprit de lui cette Science, Tentatives de Fréret & ds.

M, Bailly pour déterminer tépoque d’Atlas avec Us témoignages de Manéthon , Dicéarque^ érodote , Diodore , &c. Preuves de Hincertitude eu de rinfuffîfancc des réductions que Fréret & M, Bailly ont faites des années indiquées par ces Ecrivains, Pour trouver tépoque des Atlan’ tides 9 il faut Sabord fixer torigine de rAfîro-’ nomie» Je vous ai parlé , dans ma dernière Lettre , d’anciennes époques appuyés fur des obfervations Aftronomiques ; j’en fuis fâché ; car ce n’eft qu’après vous l’avoir envoyée , que j’ai vu ce que j*avois à vous dire , & les calculs qu’il falloir faire. Je fens que je n’ai pas fatisfait la curioiité de nos amis , qui veulent qu’on leur démontre tout , & qui n’ont aucune indulgence pour ceux qui bazardent légèrementde difcuter un fujet fi important à tous égards.

ç6 Lettres Cependant , puifque nous avons fiippofé que répoqiie à laquelle les Peuples de POccident ont communiqué avec ceux de notre Hémifphère , doit fe trouver aux commencemens de TAflronomie , & antérieurement à Fufage du fer , de l’écriture & de la monnoie , c’efl-àdire trois mille ans avant notre Ere _, il faut montrer comment cette communication a pu fe faire.

Je m’arrête donc ici à une vérité hiftorique : ;*;‘c’eft le^paffage des Atlantides dans notre Continent. Je l’appelle Vérué hl[îonque , parce que les anciennes traditions s’accordent toutes pour nous prouver qu’il eft venu de l’Océan (i) un Peuple qui foumit une grande portion de l’Afrique , de l’Europe ^ Sr qu’on appella At^ iantidcs ; foit du nom du Pays d’où ils vinrent , foit de celui de leur Chef ( 2 ) Atlas. Ce (i) L’Auteur omet ici un fait bien important pour fes vues, mais qu’il a déjà cité : c’eft que, félon la tra;- dition confervée dans Clément d’Alexandrie , Stromat.

Liv. I. pag. 307. Edit. Paris , 1741 , Atlas fut le premier qui s’expofa en mer fur un vaifTeau. T. (i) Atlas eût probablement ce nom des montagnes qu’il h^bitoit avec fes Peuples. Les mers où notre Auteur trouve leur Contrée fubmergée, mais parfemée d’Iles qui * forment plulieurs chaînes de montagnes fubaquèes, prouvent que ce nom leur convenoit. Euftathe dit auffi que £hef,

Chef , défiguré par les Fables des Grecs , de-vint une Montagne , ou une chaîne de Monts en Afrique , vers l’Océan , & fut chargé de tout le Ciel qu’on lui mit fur le dos , comme nous le voyons dans Homère & Héfiode.

Les anciens critiques ont expliqué cette Fables des Grecs , en difant que cet Atlas étoit un Aflronome , qui porta le premier en Egypte la connoiflance de la Sphère & du mouvement des Planètes.

Cicéron en parle alnfi dans (es Tufculanes^ Xiv. V. « Atlas n auroit pas été chargé de fou- >> tenir le Ciel , li la connoilTance des Phé- »> noménes du Ciel n avoit donné lieu de faire » une Fable des obfervations Agronomiques >^.

JVitruve dit y^Liv, FL que « THiftoire nous re-Us Peuples fans nom, qui habitoient la chaîne de montagnes qui court un peu vers le Nord, de l’Eft à l’Oueft de l’Afrique , étoient connus fous le nom de la montagne {VAtUs) oii ils étoient retirés. Placés entre 4es ideuK Hémifplières , dans de femblables chaînes de moiitacTiies , ils furent fans doute particulièrement connus fous ce nom qui leur convenoit fi bien ; & ce nom , après la révolution du Globe, devint, par les circonftances, celui de tous les hommes qui avoient eu le bonheur d’échapper au défaftre , fur les cimes des montagnes. Voyez ia première Note de cet Ouvrage. On peut retrouver des Atlantes en plulîeurs Contrées ; mais le nom à’Atlantldes a été particulier à ceux de l’Ile donc il s’agit. T« Tome 11^ G /

98 Lettres » préfentc Atlas comme portant le Gel , parce ») que ce fat lui qui enieigna aux Hommes le » cours du Soleil , de la Lune ; le lever, le » coucher des Aflrerj ; les révolutions périodi- » ques du Monde , &c ». Virgile dit auffi qulopas chanta , ce qu’Atlas avoit enfeigné ; comme le cours Je Li Lune , les Ecllpfcs de Soleil y HArUure , Us Hyadespliivieuj^s ^ les deux Ourfes : … Docu’u ijucE Maximus Atlas … Errantcin Lunani , Solifque Libores , -Arâurum , j^luviafqiu Hyadas ,. gcminofque Triones» Pline dit qu’Anaximandre de Milet (i) enfeigna le premier Tobliquité du Zodiaque ; & ” ( I ) Linus enfeigna le premier aux Grecs le cours du Soleil & de la Lune , félon Diogène de Laërce : il y îoic^nit, fans doute, la théorie de l’Eclyptique : autrement il n’auroit rien ou prefque rien enfeigné. On a lieu de préfumer que le cours du Soleil fut connu en ‘Grèce , à une époque aiTez éloignée , lorfque quelques Celons Egyptiens allèrent s’y établir. Les premiers Jeux Olympiques , célébrés tous les quatre ans , rappellent une théorie que les Grecs avoient oubîi-ée. C’éroit la fin d’un cyle, au bout duquel on complettoit la révolution du Soleil ou de l’année , par l’addition d’un jour : ce qui fe faifoit avec des I-êtes publiques. Le luftre des Romains fuppofe aufli la même théorie , connue avant:

Kome proprement dite : mais on y perdit aufîi de vue le vrai fens de cette révolution quadriennale. Les courtes 4es chars, foit en Giéce, foit à Rome, tenoient, dans le

que Cléodrate eut la gloire cUavoir détcrmiae les confcellations ; mais il ajoute qu’Atlas avoit enfeigné la Sphère long-temps auparavant. Il la ût même connoître à (i) Hercule , en récompenfe de ce qu’il avoit pris la défenfe de (es principe, à des théories Aftronomiques. On en faifoic fept & douze. Les premières repréfentoient le cours des fept Planètes 5 les douze autres la révolution du Soleil dans l’Ecliptique, pendant l’efpace de douze mois. Rome avoit eu ces Jeux des Arcadiens. On y fuppléa enfuite aux facrifîces humaias par les Gladiateurs. Voyez Scaîiger fur Eiifébc. Les couleurs, qui d’abord étoient afHgnées aux difFérens aftérifmes, comme en Egypte, &: dan^ le cycle ou ficelé dés Mexicains, dcvlrrjit, à Rome, ce!u^ des Facftions du Cirque. De forte qu’oi re coinut plus \x raifon de ces ufages. S’il étoit vrai que les Mexicain? eufTent eu avec les Egyptiens des rapports aulîi directs qu’on peut le préfumer avant la révolution du Globe , on pourroit dire que le cycle quadriennal de Toxcoak^ dont parle de Bry ^ y étoit de la même époque qu’en Egypte ou dans l’Ethiopie , à laquelle une partie de>- Atlantides avoit. fait donner le nom à’Adande. Mais oa favoit, au Mexique, la raifon de cette Fête, mcme au temps de la Conquête ; & on l’ignoroit , à Rome , focs Domitien , à l’établiiTement des Agones capitolins , qu’on ne célébra que par imitation. Ovide lui-même ignoroic l’origine des anciens Agonalia. T. (i) n s’agit ici de Dfern ou Scm ou Chon, Hercule Ec^yprien , q’ue les Grecs confondent^ comme on le voie, avec leur fils d’Alcmèae , dont la date ell bien pg», ftérieure. T,

îoo Lettres Filles. Diodore de Sicile parle encore plus claïrement, Z/v. If^. « Hercule , dit-il , ayant apf» porté en Grèce la connoifîance de la Sphère , » mérita ainli la plus grande confidération; de 59 forte même qu’on publia qu il avoit déchargé » Atlas du fardeau de lUnivers ». Cet Hiftorien nous apprend , en outre , qu’Atlas étoit frère de Saturne , père d’Kefpérus , & fils d’Uranus , qui avoit , le premier , obfervé le cours du Soleil , de la Lune , & fait connoître la révolution périodique de l’année.

D’un autre côté , THiftorien Jofeph prétend que ce font les fils de Seth qui , les premiers , enfeignèrerît TAflronomie : qii’ayant appris d’Adam que le monde périroit par un Déluge , ou par le Feu -, ils avoient gravé leurs obfervations fur deux (i) colonnes , l’une de (i) Il fufïit de lire lablomki, Tom. //. , pour reconnbître l’erreur de Jofeph. Platon , Denys le Géographe , & en général tous les Anciens qui ont précédé Jofeph , accordent aux Egyptiens Tinvaition de l’Aflronomie.

Tous placent ces colonnes dans la Sériade où étaient ces fouterreins ou cavernes qui les contenoient. Le mot Taf/^ , que d’autres écrivoient Tfiot , a donné lieu à l’erreur , e« ce que le th fe prononçoit comme chez les Anglois ad:uels.

De forte que les uns écrivant Toth , les autres Thot ou That, Ceux-ci prononçoient Sot, 5af, Voilà ce qui en a impofé ;iux oreilles de Jofeph. Ce qui prouve cette méprife, c’eft Due Jofeph place ces colonnes dans la Sériade eii nous

SUR l’Amérique. ioI fcrîque cuite , Tautre de pierre ou de marbre , afin que la première refiftât au feu , Se la féconde à Teau. Huet penfe que ces colonnes, exiilèrent réellement , mais que les Anciens les confondirent avec celles de Mercure , & attribuèrent à l’Egypte ce qui appartenoit aux Juifs. EnoutreEufébe & Manéthon afsûrant que ces colonnes deMercure étoient dans la Sériadc , Huet en conclut que ce devoit être dans la Syrie. Il eft cependant bien plus probable quil s’agit , dans ces Ecrivains , du Fleuve (l) Sèrc , avons vu celle de Toth. Comme Manéthon les appel!» les origines d’Ermès , Huët eut bientôt trouvé dans Ja Cenè/e le Livre ou Regijlre des Générations , comme il. y trouvoit tous les Héros de la Grèce : de forte que.

Moyre,qui ne vit jamais la Sériade, cft devenue Tauth» ou Mercure l’Ethiopien, qui n’a jamais exifté que fous la plume d’Huet & de M. Bailly. Avec de pareils guides , M. Guériû du Rocher pouvoit-il manquer de trouver Moyfe dans Toth ? Mais le favant Murfina de Berlin , de Hebdomade Gentilium , &: Feyjo, ce judicieux Bénédidin, ont trop bien frondé les idées d’Huet de de nos Karaïres , pour que je m’y arrête.Voyez Feyjo , Theat. Critiq. Tom.- y. Difcurfo VIIL T. (i) Le fleuve Zair ou Ser n’eft pas inconnu. Sanfon le marque dans fon Afrique , in-^” 16^6. Il feroit mém» préfumer que ce fleuve , qui tombe dans le lac Zair , du, coié^ de Cafres , feroit le Nil. Seroit – ce là le mot donc on auroit fait Siris , qui , chez les Ethiopiens , étoit I9 nom du Nil “i Cela eft fort probable, O» «i donc*eu bisi^ G iij

to2 Lettres & de la contrée nommée Scriaque en Ethiopie \ où les colonnes de Mercure confervoient les Dogmes de la Théologie.

J avoue qulî cil bien difficile de fe former ridée des connoiffances Agronomiques des fils de Seth : au moins eft-il certain que le Peuple Hébreu les avoit oubliés , au point de n en plus jien retenir. Riccioli prouve que les Hébreux navoient aucune (i) méthode pour déterminer tort de chercher fî lo^ig” temps les fources du Nil.

M. Bailly a configné, dans fon Tom. I. , Hifloire AJlro* nom. pag, ^c)6 , la découverte des fources du Nil , faite par M. le Chevalier BrufT, voyageant en Ethiopie.

Ces fources ont un Culte & des Prêtres. J’obferverai une «erreur de M. Dupuis : c’eft que le Nil n’a pas eu ce nom comme il le dit, parce que nil fîgnifie noir; mais parce que fes eaux montent tous les ans. Nil ou Afcendant chaque année , eft la même chofe. Ce fleuve avoit, en Egypte , un autre nom relatif à Vabaijjement de fes eaux :. on l’appelloit alors Ph’ouron ou Defccndant, pour marquer cette circonfïance. Virgile a bien dit : Nigrâ facundat arcnâ. Ce nefl dope que $ie la couleur de ce limon qu’onr ^^ pu domier au mot Nil le iens de noir, chez les Etrangers j car ces eaux ne font pas telles. Quant à la 5ériade , je l’ai expliquée , oC je ne crois pas que ce Pays ait eu ce nom par une autre caufe que les colonnes. ^t*Auteur avoit probablement écrit Seringique , non Se^ rîaqiie. T… (i) Cette affercion, vraie en un fens, peut être fauffp 4aas li^^îjttrc. Il eft certain qu’on ne voit ni dans les Livras

SUR l’ A M É R I Q TJ E. 10} les nouvelles Lunes , & qu’ils étoient obligés de tenir des Obfervateurs Tur des lieux élevés, afin de remarquer la première apparition de ce Satellite de la Terre , Sz d’indiquer ainfi la Fête de ce jour.

En efiet croirons- nous que cette Nation connoiiToit l’Aflronomic , lorfqu’on lit dans fes Archives que le Soleil S: la Lune dominent fur toi.tes les Etoiles : que la Lune e(t plus de Moyfe , ni dans les Livres Hlflorlques , antérieurs à la ruine du premier Temple, aucune méthode bien claire, cjui pût fervir de régie à cet égard. Mais il n’efi: pas moins vrai que nous n’avons pas tous les Livres qui avoienc été écrits , c’iez les Juifs, à cetto. époque. D’ailleurs il fi’eft pas hors de vraifembîance que les Prêtres aycnt eu des méthodes qu’ils tenoient fecrétes , de peur qu’en répandant trop de théorie fur le cours des Aftres , les Juifs, fi enclins à l’Idoiâtrie , ne tombalTent dans l’erreur du Sabèifrne , dont toutes les Nations voifines étoient imbues.

C’eft peur- être pour cette raifon que Moyfe a rardé un /î profond fiîence à cet égard. Quoique les Prêtres fuffent à quoi s’en tenir , ils envoyoient des gens fur les montagnes pour obferver la nouvelle Lune : c’eft ce dont on ne peut douter : mais il efi: confiant que , lors du fécond Temple , ils avoient admis les théories d’Hipparque ^ qu’ils joignoicnt à cette pratique , & qu’ils régloient leurs mois lunaires auiu exafftement que de nos jou : Scalip-er leur rend judice en difanc : Utuiitur autan anno cjflîg.zt.‘f^ fimo & inge’iiofijjimo. Canoiu îfa^V^’ p-^^’ ^Sj. Les Prêtres, bien ccnvamcus qu’ils ne falloic pas choquer les G iy

*ro4 L T. r r K t i grande que les Etoiles , le Firmament {blîde i quil foutient les eaux fupérieures , & que les Etoiles y font fichées : que les nuées font àes canaux par lefquels les eaux forties d’un des réfervoirs duFirmament, fe répandent fur Terret que le troifiéme Ciel , où réfide la Divinité , efl au-deffus du Firmament , & fur Fabyme des eaux. Or , voilà les Notions que nous préfentent les Archivées de ce Peuple. Cen eft affûrément pas dans TAdronomie qu’ils ont puifé ces rêves par lefquels le Moine ( i ) Cofma préjugés du Peuple , laifsèrent fubfifter Tufage de régler la nouvelle Lune , al pi haraiah , c eft-à-dire par tintuition ^ lors même qu’ils eurent les méthodes les plus régulières. Voilà pourquoi, même aujourd’hui, il n’y a que les Juifs de la Paleftine qui foient difpenfés du fécond jour de Fête , à la nouvelle Lune. On fuppofe qu’ils peuvent toujours fe régler fur l’intuition, au lieu que les autres pafTent pour avoir lieu de douter du moment où la Lune fe dégage & reparoîr. Je ne m’arrête pas aur autres reproches de M. Carfi. Des expreflions figurées ne font pas des traits d’ignorance 5 & je fuis réellement furpris de fes réflexions. Au refte on peut voir Scaliger, iî)id. pag, il! 5 2-31 5 2.83 , T. (i) Les perfécutions que Galilée efTuya en foutenant le vrai fyftême Planétaire, fon emprifonnement font des circonftances qui prouvent combien les Reclus craignoient qu’on ne levât un coin du voile qui cachoit Ieur3 erreurs. T.

luR l’A ME R tQu E. 105 |)rêtenclôit convaincre d’erreur Copernic & Galilée.

Mais revenons aux Aftronomes. Atlas , Saturne , Hercule font les premiers que les anciens Critiques nous nomment comme tels.

M, Bailly , lui-même , dit avec confiance : «Nous » croirons donc qu’Uranus Se Atlas , Saturne , » Tes enfans font des perfonnages réels , qui » furent en même-temps les premiers Ailro- » nomes connus». Huct n’a vu dans Atlas & Hercule que des Perfonnages imaginaires de-venus les emblèmes de Moyfe & de Jofuc.

C’eft ainli quEumolpe , cité par Eufébe , ne voyoit quEnoch dans Atlas. Cependant lemême venoit de dire quAbraham avoit été le premier Aflronome ; qu’il avoit ( i ) enfeigné cetto.

Science aux Phéniciens&même aux Egyptiens.

Mais nous , qui n avens pas affez d’érudition pour Hébraïfer auiîi heureufement , nous fuivrons la commune opinion âes anciens Critiques ; & , laifiant à ceux qui aiment les méîamorphofes , le plaifir de nilufion , nous dirons (i) Abraham , dans fa vie nomade, pouvoir favoir «î’AiIronomie ce qu’en rav«nt nos Bergers , S: rien de plus.

L’Auteur prouvera plus loin qu’on a eu tore de fuppofer que la période de fix-cents ans , étoir connue des Patriarches Hébreux. MM. Marivets d: Goufiier fe font abufés à cec égara , Tom, IL , comme M. CafTini & It Baiily. T.

io6 Lettres qu Atlas fut le Souverain d’un vaile Pays a£luel-v lement fubmergé : que ce Souverain conquit une partie de l’Afrique , & TEgypte (i) , & apporta dans ces Contrées les principes de rAftronomie.

UKercule qui apprit cette Science d*Atlas , n efl pas THercule Grec , fils dg Jupiter & d’Alcmène. J’ai montré dans mon Ouvrage fur les Argonautes , combien on, pouvoit compter G Hercules (2) à diiférens àg^es» Hérodote voulut s’éclairc’r fur ce point hiilorique , tant en Egypte qu’à Tyr , où il y avoit un ancien” Temple d”Hercule. Il conclut de fes recherches que l’Hercule Egyptien étoit beaucoup plus ancien que les autres , &: qu on le comptoit le (i) M. Bailly convient aufTi de ce fait. Bianciiini ne Va. pas ignoré. T. (z) On ne peut de’terminer au jufte le nonabre des Hercules : chaque Pays a eu le fien. Mais Hercule étoit aulTi bon Médecin qu’Aftrohome. Cependant , bleflfé à la . cuiffe dans le premier combat qu’il eut à foutenir contre Hippocoon, il demeura boiteux; mais , recourant au Dieu de la Médecine , il fut guéri , & il lui confacra une ta[[e ou cotyU dans fon Temple , pour figurer l’articulation du fémur où étoit fa blefîiire. Comment nos Karaïtes ne trouvent-ils pas ici Jacob , qui fut blelTé au même endroit dojîs une L^irte } C’eft peut – être parce que Jacob refta boiteux. Voyez Vinck, yArmznu. Philologie, , pag^s 53 , 2U. T.

hiiîtiéme parmi les douze Rois à qui Ton donnoit le nom de Dieux, Selon lui cet Hercule vivoit dix-fept mille ans avant Amafis.

Diodore écrit VHiJloire des Atlantides avec plus de détails. Uranus , dit-il , Roi d’une grande Ile de rOcéan , fournit une très-giande partie de la Terre. Il apprit à fixer le cours de Tannée , la révolution du Soleil , & les mois Lunaires. Il eut 5 de fa femme Thca , un grand nombre d’enfans qu’on appella Titans. Ces Grecs firent d’Uranus le Cid , & de Titée la Terre.

Uranus & Titée eurent pour filles Bafdk & Rhla , nommée autrement Pandore : leurs fils furent Atlante & Saturne. Uranus étant ( l ) mort , Bafilée , fa fille aînée , s^empara de la Souveraineté de io^s Etats. Elle époufa/Zy/^^rVio,?, dont elle eût un fils, nommé Hllius ^ & une fille 5 connue fous le nom xle Miné ou de ^^’- Icne. Bafilée fut bientôt attaquée comme iifur-i patrice. \ (l) Dans une fubmerfion ou dèlaz- y félon la tradition ^ui conferva le fouvenir de la fabraerllon de l’Atlantide. Ce fait ne peut être relatif à Noe, puifqu’il échappa, feloa Moyfe, au Déluge univerfel, Cicéron, qui le rapporte , n’en voyoit pas la liaifon avec l’Hiftoire du Globe. Ladance place aufÏÏ , fans en favoir davantao-e , le tombeau d’Uranus dans VAtlantic, comme lifent chez lui les Savans, au ^ lieu de Julatie , c-ui ne, figniue rien.

10? C E T T R E s Il paroît que TEgypte échut en partage $ Hélius & à Séléne : car ce font les premiers Souverains Dieux , dont on fît enfuite le Soleil & la Lune^ chez les Grecs. Après la mort d’Hypérion , Atlas & Saturne partagèrent le Royaume. Le premier eut toutes les Contrées voiiines de TOcéan , & Saturne une grande partie de TAfrique, de l’Europe, de Tîtahe, &c, Diodore ajoute qu Atlas , qui, le premier, enfeigna la Sphère , eut fept filles , Maïa , Electre , Taygéte , Aftérope _, Mérope , Alcyone & Céléno. Elles épousèrent difFérens Princes , & devinrent la Touche de plufieurs Races , dont ks Individus méritèrent d’être appelles Dieux, Ceft aufîi pour cettQ raifon que nombre d’anciens Héros , tant Grecs que Barbares, fe firent gloire de defcendre àQS Atlantides. Enée fe vantoit d être parent d’Evandre , du côté d’Eledre & de Maïa : Virgile 5 Liv, VIÎL Ces filles , après leur mort , furent connues , au Ciel , fous le nom dq Pléiades.

Examinons à préfent à quelle année nous pouvons fixer lepoque d’Atlas ,& en quel état fe trouvoit TAflronomie , ou la connoiilance qu’on avoir alors des révolutions des Aflres.

Il faut avouer que M. Bailly a procédé de la manière la plus ingénieufepour accorder les calculs des diiTérens Ecrivains. U obferve d’abord

^ueManéthon établit enEgypte cent treize fiicceiîîons de Familles Royales, qui ont régné trois mille cinq-cents cinquante-cinq ans, depuis Menés jufquà la quinzième année qui a précédé répoque d’Alexandre ; c’efl-à-dire troiscents trente-un ans avant notre Ere. Or ces deux fommes réunies font trois mille neufcents un ans. Je ne fuivrai pas (i) fes autres combinaifons. Le Ledeur curieux les verra dans le premier Livre des Edairclffcmtns a rHiJloire de rancienne Aftronomie^ n^ XV111» En voici le réfultat félon les dates dont M, JBailly a fait la rédudion :

îio Lettres Ainii 5 Atlas étant û\s d’Uraniis^ & frtre de Saturne , on peut fixer à Tan trois mille huitcent quatre-vingt-dix avant notre Ere , Fépoque à laquelle il vivoit & enfeignoit la Sphère, Il faut convenir que voilà un accord bien furprenant entre les dates de ces anciens Ecrivains ; mais on ne doit pas moins admirer la fagacité avec laquelle M. Bailly en a fait la combinaifon , en prenant exprès la différence des années. ’ Néanmoins la réduction des années de Manéthon, d’Hérodote ^ de Diodore^eil due aux recherches de Fréret, qui effaya le premier de faire ce rapport des ditférens Ecrivains dans fon Ouvrage contre la Chrorzologic Réformée de.

Newton. Fréret avoit réduit les années de Manéthon à trois mille neuf- cents un ans , & celles d’Hérodotti à trois mille cinq-cents deux ans.

Comme il eil fort difficile de fe perfuader que TEgypte ait confervé des époques aufli reculées , telles que dix-fept mille ans, que les Prêtres comptoient entre Hercule & Amafis, on: ne me refufera pas, fans doute, la liberté de faire ici quelques remarques fur les réduQions de CQ^ nombres ; car elles me paroiiTent plus ingénieufes que vraies.

Hérodote dit quiî ié rendit à Memphis, à

SUR l’AM i RI QUE. III Héliopolis, à Thébes pour vérifier, avec les Prêtres, uniques dépolitaires des traditions , les Généalogies des Rois d’Egypte ; & que tous comptoient politivement trois-cents quaranteune générations d’hommes , depuis Menés premier Roi du régne des hommes , en Egypte , jufqu à Séthon , au temps duquel Sennachérib attaqua cet Empire. Mais les fragmens de Manéthon, que nous préfente Jofeph, prouvent que Ton comptoit trois-cents cinquante deux ans, à Memphis , jufqu’au moment où il écrivoit.

OrFréret, fuppofant qu Hérodote avoit compté jufqu’à lui , non des générations , mais troiscents quarante-un Rois, tâche de concilier , ^Manéthon & Hérodote, en ajoutant les onze Rois qui ont régné depuis le premier de ces deux Hiftoriens jufqu au fécond. Mais il eft évident qu Hérodote ne parle que de générations& non de R.ois ; que d’ailleurs il les comprend dans le temps écoulé depuis Mènes jufqu à Séthon,& non jufqu à lui. 11 en fait même le calcul. «Trois-cents générations, dit-il, font n cent dix mille ans ; car on compte trois gé- » nérafions par fiécles. Or quarante-une généra- » tions de plus font mille trois-cents quarante » ans : ainfi l’on compte onze mille trois-cents » quarante ans depuisMenésjufquàSéthon »,En admettant ce calcul, ily auroit donc douze mille cent dix ans, de Mériès à notre Ere, puifqu il faut

112 L ET TRES y comprendre les mille fept-cents folxante – dÎ3^ ans (i) qui fe font écoulés depuis Sennachérib jurqiia Jéfus Chriil.

Ce pafTage ne permet donc pas d’imaginer une rédiiûion dans les années d’Hérodote, foit en les prenant pour des mois y foit autrement ; parce que trois générations par fiécle font un compte jufle , mais uniquement relatif à des années folaires de trois-cents foixante – cinq jours,& non à des mois. Une génération répond à trente-trois ans environ , & non à deux ans & neuf mois, 11 vaut donc mieux douter du nombre des générations , comme en effet Hérodote en doutoit aufîi.

Cet Hiftorien joint à ces détails une obfervation aUronomique , dont les Prêtres lui firent part. « ils m’aflurèrent, dit-il (i), que,dans cette (i) Ce nombre de mille fept-cents foixante-dix ans , qui fe trouve dans le texue de notre Auteur , eft une erreur typographique, pour fept-cents foixante- dix ans: ainfi on ne doit pas la lui imputer, quoiqu’elle ne foit pas indiquée dans Con Errata. Il y auroit, fur toutes ces dates, nombre de difcuffions à faire ici : mais on ne pourroit que répéter ce que M. Larcher a préfenté dans fes excellentes Notes fur Hérodote, T. (i) M. Larcher a renoncé à l’explication de cette énigme , dans laquelle il n’a pu voir rien de réel , âc renvoyé à la folution de l’Abbé Bélanger , conflgnce dans U Chronique Egyptienne du Chevaliei: d’Origny, mais » longue

^ÛR l’Amérïquè. îij ^> longue fuite d’années (onze mille trois cents %> quarante ans) le Soleil s’étoit levé quatre is fois hors de fon lieu ordinaire ,& entr’autres *> deux fois oii il fe couche maintenant; & qu’il yi s’étoit couché deux fois à l’endroit où nous » voyons qu’il fe lève aujourd’hui w. Ce qur indique la révolution de l’écliptique.

Ce fut Eugène de Louville qui, en 1719, €‘iTaya de calculer la quantité de déclinaifon de l’écliptique, en examinant les obfervations aftro^ nomiques de Pithéas , Eratoilhène , Kîppatque ^ Ptolomée; &, en fuivant (es calculs jufqu’eii 171 j, il la trouva, cette année-là, de vingttrois dégrés vingt -huit fécondes vingt -quatre tierces. Ainfi ^ calcul fait , la déclinaifon efl , félon lui, d’une minute par fiécle : de forte qu’en fuppofant l’écliptique perpendiculaire à l’équatèur, il fe feroit écoulé, depuis ce temps- là j ilfqu’àAlexandre, quatre-cents deux mille neuf-^ cents cinquante années , eu faifant l’année Égyptienne ou Babylonieune de trois-certs foixante jours. Ce nombre ne s’éloigne que de •mille ans des quatre-centi trois mille que fans rapprouver. Voyez Chronique Egyptienne , Totn. ÎIj pag. 75 , & fuiv, M. Bailly, Tom. I. pag, 4075 proporé celle de M. Gibert , croniignte dans les Mémoi’es d^ Tii% youx , 17Cz 5 niais elle ne fatisfaic pas davantage. T« Jume lu H

114 Lettres Diodore clifoit s’être-écoulés avant ce Conquérant de la Perfe , depuis que les Caldéens avoient commencé à faire des obfervatrons ailrono- Riiques.

Louviî’e nentend pas cette déclinaifon ; comme û Ton devoit croire que Técliptique même s’approchât ou s’éloignât poiitivement de réquateur : il penfe/ au contraire, que c’efl: réquateur qui fait un angle, plus ou mois aigu, avec récliptique, à des intervalles difFérens.

Car il fuppofCj en outre, comme Copernic, tous les cercles mobiles ; c’eil: à-dire que le pôle de réquateur s’éloigne ou s’approche de celui de récliptique; de même que la rétrogradation de l’axe de la terre produit l’anticipation des points équinoxiaux. Louville trouve , en outre, par fon calcul, qu’il faudroit encore cent quarante mille ans pour que l’écliptique fût dans le plan de Téquateur, dont elle fe rapproche, yoyez /^ci, Lipf, 1719, J^iîn.

Ce calcul , quelque probable qu’il paroiiTe d’abord,ne peut plus fe foutenir , lorfqu’on lit les obfervatiofls de Godin & de Caffini ^ dans les Mémoires de CAcadémie des Sciences ^ ij7,^, Le premier prouve , en calculant le rapport avec le nœud des Planètes . que c’eft lecliptique, & non l’équateur , qui décline: le fécond montre que cette différence n efl: que ^une mi’i

suR t’AM Ë 11 î Q u ë; n ^ tM/f^, tro{is fécondes ^ en foixantc dix ans. Quelques Agronomes ont même prétendu proiivct que la déclinaifon ne varioit (i) jamais, quoique d’autres la croyent de deux fécondes pat fiécle.

Toutes ces obiervations nous convainquent qu il ne faut faire aucun cas Aqs traditions de TEgypte , relativement à la variation extraordinaire de récliptique.N’oublions cependant pas un paffage de Sophocle , cité par Strabon , Liv* Fil , & dans lequel ce Poète appelle l’Occident Cantique Jardin de Phébus, Nous ferons ailleurs quelques remarques à ce fujet.

Voyons feulement s’il efl pofTible de déterminer quelque chofe de vrai dans les générations qu’Hérodote préfente depuis Mènes jufqua Séthon. Mais comment réuiîir, puifqu Hérodote lui-même n’y ajoutoit pas foi. Il dit même ailleurs qu’on comptoit trois-cents trente Rois depuis Menés jufquà lui. Suppofé que ces Rois fuffent fuccefîifs , fi nous donnons , avec (t) Le ptoblême de la diminution de l’obliquité de récliptique , fe trouve bien préfenté par les Auteurs dé la Phyjîque du Monde , Tom. II. Part. IP pag. zo/ : on en confultera aufîi , la Part. I. pag. 171 , & fuiv. Il eft eifentiel de lire ces citations, pour fuivre les détails ultérieurs de M. Carli. T.

ii6 Lettres Nev/ton, dix – huit ans à chaque régne , noiii aurons cinq mille neuf- cents quarante ans, en multipliant trois-cents trente par dix- huit. j\joiitons à cette fomme quatre cents quatrevingts nns , qui fe font écoulés depuis Hérodote jufqu à notreEre,il en réfultera fix mille quatrecents vingt ans. Si , d’un autre côté, il faut prendre ces ilo-is comme Souverains de pluiieurs Dynafties (i) collatérales , la difficulté devient plus grande;& Ton ne peut plus rien déduire des années énoncées par Hérodote, ni des généra- ^tioas de Manéthon. Ainii ces deux Ecrivains ne ( I ) Le Chevalier d’Origny a tâché de prouver que cela étoit vrai. C’eft même tout le plan de fon Ouvrage, Mais , en voulant accorder la Chronologie Egyptienne avec le texte Hébreu de MoyTe , il a perdu de vue le point important : je veux dire les obrervations Àflronomiques qui démentent abrolument ce Tyilême ; Se cela e(k Ci vrai que Bianchini , qui fe voit foixé de placer les obfervations de la Chine au temps même de Sem , n’a pu fe difpenfet de remonter au^e-là du Déluge de Moyfe , félon le texte Hébreu , pour fixer la date d’une obfervation qu’il reconnoît pour confiante à cette époque. Comment ofer fuppofer des Obfervateurs à l’époque de Sem ^ & à la fortie de l’Arche , dans des pays où , félon le texte Hébreu , it n’y avoit pas un feul homme ? M. Gufmann a aufîî admis rhyphothèfe du même Synchronifme , quoiqu’avec plus de vraifemblance queM. d’Origny. Mais il pèche par le mêm§ défaut. T,

SUR l’Amérique. riy feoiTS apprennent plus rien fur l’époque du régne de Mènes, ni fur celle d’Hercule, compagnon d’Atlas.

Mais paffons à Diodore. Il nous apprend ^ Llv. L que quelques Prêtres Egyptiens comptoient plus de dix mille ans, & même d’autres prefque vingt- trois mille ans d’Ofiris à Alexandre- le -Grand. Il ajoute, peu après, que les Prêtres comptoient, du régne d’Héiius (le Soleil) à Alexandre , environ vingt-trois mille ans. Ce nombre d’années lui paroiffant incroyable , il fit les recherches nécefTaires,& découvrit endti que , félon plufieurs , on prenoit anciennement les lunaifons pour autant d’années ; qu’enfuite Tannée fut de quatre mois , félon les trois faifons de l’Egypte , où l’on comptoit feulement l’hiver, le printemps, l’été, Ceft au(îi ce que confirme Gaza, dans fon Traité des Mois ^ &c.

On dit qu’Horus fut Auteur de ces divifions, & que les Grecs en firent le nom d’HorosÇi’) , pour défigner l’année. Diodore dit ailleurs que les Prêtres d’Egypte donnoient dix-huit mille ans au régne des Dieux jufqu a Horus , fils d’Ofiris ; mais il ajoute que ce font des fables.

Selon le même^ le régne des hommes com- { 1 ) Les habitans du Nord difoient anciennement o^ pour le temps, T.

tî8 Lettres prenoit une fuite de quinze mille ans , depms Menés JLifqu à la cent quatre-vingtième Olympiade. Enfin les Prêtres Egyptiens comptoient jufqu’à Diodore, quatre-cents foixante-dix Rois, on huit mille quatre-cents Soixante ans.

Voilà tout ce que cet Hiftorien nous rapporte des époques de l’Egypte , dans fon premier Livre. Je ne vois pas, chez Diodore^ce que Fréret & M. Bailly après lui , font dire à cet Hiftorien , favoir qu il réduit toute la durée des régnes à quatre mille fept-cents ans, prenant , pour calculer les années ^une période de trois mois. Sans doute qu’ils ont vu ce qu’ils affûrent. J’avoue que je l’ai cherché en vain dans mon édition en deux vol. in-foL Amjlerdam^ 1745- 11 eft conftant (i) que, félon Diodore, les lunaifons étoient autant d’années , fous le régne desDieux ; que, dans le fécond âge, elles furent de quatre moïs^& non de trois. Mais les années, qui avoient même été ^um heure feulement , fous le régne de Vuicain, eurent douze mois fous les Rois mortels. Cétoit , fans doute, un compte bien difficile à retenir, que celui des heures , pour une révolution annuelle : mais il fc .

I II ! I I I I I . I. (i) J’abrège ici, pour éviter des détails peu imporrans^,” qu’on a dans d’autres paflages. T.

n’eft pas moins certain que le , nombre 772//- lénain (i)^na pu être introduit dans les calculs qu’après un très- long-temps ; car il fuppofe une Arithmétique déjà portée à un grand degré de perfection . Si nous joignons à robfcurité de tous ces diiiérens cycles , cette période de trente- fix mille {ix-cents vingt-cinq ans, dont nous avons parlé, d’après le Syncelle, il en rélulte clairement qu’il eil impoiïible de rapporter à à^s dates fixes la durée des époques que les Anciens nous préfentent, d’après les Mémoires de TEgypté ; & les réductions quelconques de Fréret & de M. Railly nont plus la bâfe néceflliire pour déterminer une époque auiïi importante que celle dVitlas.

Mais n’eft-il donc pas poiTible de la déterminer ? J’en doute: car je penfe que, de- (i) Je ne vois pas pourquoi les Egyptiens n’auroient pas connu le nombre millénaires, une époque très-éloicrnée, puifque tous leurs monumens le fappofeDt de la plus ancienne daté. Que les cycles ou les périodes des Egyptiens deviennent inutiles pour fixer diredement l’époque d’Atlas , cela peut être : mais cela ne fuppofe pas l’ifrnorance d*un calcul perfedionné. Je crois d’ailleurs qu’il c’a impofirale de fixer à quelles dates on a compté ou par heure i oupar jow/*, ou par lunaijon. Nous verrons bientôt qu’on comptoir par année folaire , à une époque trèsticignée de notî’e Ere. T.

120 L E t T R E S puis Atlas ou de fon temps , ou du temp^ d’Hercule, il eft arrivé fur le globe un bouleverfemeut qui a détruit les vrais morhumens qui auroient pu nous éclairer; & que la Poftérité n’a plus eu qu’une tradition vague & obfcure des faits & des événemens. qui ont donné lieu à des fables, à des dates fuppofées, par un motif d’orgueil , chez des Peuples qui vouloient pa-^ . roitre avoir les premiers régné & connu le$ Arts & les Sciences. Je ne renonce cependant^ fa5 encore à mes recherches^

SUR l’Amérique. lasf LETTRE XXXII L Continuation des recherches relatives a tlpoqut dAtlas & d’Hercule, Temps ou les Naiions dz rOcédn communiquèrent avec celles du ContV’ nent, La recherche des Cycles ne fnffit yas pour trouver Vorigine de tÂjïronomie, Du Cycle So^ thiaque de l’Egypte ; de celui de f^x-cents ans chei les Çaldêens ; des Chinois , &c. On ignore le commencement ou le point etou ils partirent ;^ ainji le temps eji indéterminé. Opinion de Bou^ langerfur Corigine des Cycles, Preuves de plufîturs Cycles (S’ , Périodes. ObfervationS Ajlfcnomiques du temps d^Atlas, Etoiles qui concouraient avec les Soljlices & les Equinoxes, Premières tenta— îives pour déduire^ par VApronomie ^ tépoque, dAtlas ^ laquelle remonte à quatre milleJix- cents ans avant notre Ere^, J^‘IMPOSSIBILITE oii nous fomcies , de réduire avec fondement les années des longues périodes de FAntiquité , eft affiirément un motif bien légitime pour fonpçonner la fidélité àQS rapports que les Hiftoriens nous ont faits de ces dates. pcioyables. Il ell cependant vrai que Piatoix,

^22 Lettres ” aiTûre poiitivement,comme une çhofe certaine^ que les Loix avoient été dix mille ans en vigueur dans l’Egypte, au moment qu’il écrivoir. 11 reconnoît au moins un intervalle bien vrai de neuf mille ans avant Solon, dans fon Critlas, Enfin nous voyons aufïi dans fon Timés lin efpace de neuf mille ans , depuis la guerre des Atlantides. Hérodote dit que , fi le fol de l’Egypte s’étoît (l) élevé en dix mille ans au point 011 il étoit de fon temps, il faut croire qu’il fe feroit élevé du double en vingt mille ans. Or ce raifonnement ne femble-t-il pas prouver qiie, parlant à ce fujet , d’années ioiaires de trois-cents foixante-cinq jours , ce font auffi de femblables années qu’il indique , lorfqu’il compte onze mille trois-cents quarante ans entre Mènes & Sennachérib , fur le témoignage des Prêtres. D’un autre côté les plus anciens Mémoires que l’Europe (2) avoir con^ fervésj du temps de Strabon_, étoient les vers ou Poëmes de la Bétique , dont les époques (i) M, Larcher a prouvé la pofTibilité de cette élévation du fol de l’Egypte , de la manière la plus évidente. Voyez fon Tom, II. pag, 168 j & fuiv. T. (i) L’Auteur a bien raifon de ne pas conclure , des fix mille ans environ de date dans la Eétique , que les Mémoires de. l’Egypte- n’étoient pas plus anciens. T.

femontoient à lix mille ans. Voyez Sîral>on , Z/V. ///.

Il ne faut donc pas procéder léf-èrcment ylorfquil s’agit d’eilirr.er la valeur du nombre /V^i/Zt’- naire des années. En effet Platon ajoiîte, dans fou Criiias ^ q.ii\ étoit arrivé pliilieiirs Déluges; ce qui eft confirmé par le témoignage de pi^fque toutes les Nations. Ainfi Li rédiittion aibitraire, que Fréret& M. Bailly ont prife pour bâfe des analogies qu’ils ont trouvées , eil dénuée de toute vraifemblance, quelque ingénieufe qu elle foit.

Ce feroit peut-être ici le lieu de réfuter ce que Nev»rton dit fur Tépoque d’Atlas , qu’il fixe feulement à deux générations plus loin que la guerre de Troie. Ce que j’ai dit de certain ou de douteux, fufHt pour prouver le contraire. lî y auroit moins d’incertitude à s’arrêter aux cycles , & à les examiner comme ont fait les Ecrivains mentionnés. Je ne parle pas des cycles àes Perfans , des Caldéens , Aqs Chinois ou des Grecs. Je laiffe auffi à d’autres le foin d’examiner fi celui de Méton , qui eft de dix-neuf ans^ a quelque rapport au Sare, qui eil de deuxcents vingt’ trois mois lunaires^ pour le retour des éclipfes ; ou fi le cycle d’CSnopide ^ qui eft de folxantc am moins un ^ fe rapporte à un autre de foixante ans ^ adopté par les Caldéens, &

124 Lettres dont Ellen particulièrement nous a fait mention^ Uiji. Liv. X.

Ainfi commençons par rEgypte,qiii eft notre objet principal.On y avoit fixé le premier jour de rnnnée au ibiilice d’été , c’efl-à-dire au lever héiiaque de Sirius : c’efl: ce que nous voyons dans Ptolomée& dansCenforinus , ^^Du NataL Ch, Xf’^llî ^ pag. 130, Edit, Lindmhrog, Celuici nous dit, en outre, que le premier jour de Tannée étoit le premier du mois Toth, Or Tannée n’étant que de trois-cents foixante-cinq jours , il y avoir environ fix heures de moins que dans Tannée Solaire régulière : ainfi tous les quatre ans il y avoit un jour de manque» Sirius , pour cette raifon , ne pouvoir plus reparcitre que le fécond jour de Toth , & ne revenoit à Ion premier point qu au bout de mille quatre-cents foixante de nos années ou mille quatre- cents foixante-une années Egyp-^ tiennes.

Je ferai cependant ici une réflexion : c’eil que les faifons étant fixes, comme on ne faifoit pas d’intercaîation , les mois dévoient fuivre un ordre inverfe. Je m’explique : fuppofé qu à la première année du cyle , Sirius apparut le premier jour de Toth ^ il devoir, cent vingt ans après , apparoitre le premier du mois Taon ; & ainfijtous les cent vingt ansaies mois chan*

geoiônt relativement à Tappantion de Sirius. 11 réfulte que , la première année , le premier jour de Toth répondoit au 23 Juillet; & que, cent vingt ans après, c’écoit le premier du mois Taofî qui répondoit à ce jour de Juillet , &:

Toth alloit ainfi repréfenter Juin, Mai, Avril, &c. : on ne doit donc pas s’étonner, (i Ton voit dans Ptolomée les obfervations relatives au Soleil , marquées à des temps différens dans le mois Toth , tantôt dans le Taureau , tantôt dans le Bélier, dans les PoilOfons , &c. Faute d’avoir fait attention à ces circonftances, plufieurs Savans fe font donné beaucoup de peine , mais inutilement, pour trouver quelque correfpondance entre les mois Egyptiens , qui fbnt variables,& les nôtres, que nous avons toujours £xes. Les mois Egyptiens ne revenoient à leur premier point, qu’après la période Sothiaque de mille quatre-cents foixante ans : c’eil ce que n a pas apperçu Nicolas Avérani , dans fa Dljjcrtation fur Us mois Egyptiens, Cétoit là ce grand cycle que les Egyptiens obfervoient re-li^ieufement. On Fappelloit Sothiaque de So^ this , qui , dans leur Langue , figniiîoit Chien ou Canis ^ &, de-là (l), Canicule^ On recom- (i) J’ai dit antërietirement que je parîerois de la pt^hode Sothiaque. M. Dupuis eft ici en <iéfauc comme M. Carli , 5c les autres , fur l’étymoiogie de ce mot. labloiisid eft le feul

A plate or a map occupies this place in the scan. The text layer does not read it.

tiÈ 1 É t ï k É s ”’ combien de fois c-e cycle avoit pu côrtîmeiicrf & finir. Si l’on en compte feulement fix avant ï’ëpoqoe de celui que marque Cenforinus, oïl aîira huit mille fept-cents folxante ans(t). Ajou* tons-y mille trois-cents vingt-deux ans dit ixemier cycle qui a précédé notre Ere, nous avoit commeniçé la première année de ce cycle. Mais ces mille quatre-cents foixante ans tgaloient réellement le même nombre de nos années , parce que la période , comptée par I© cours des mois vagues, donnoit mille quatre-cents foixanteune années de trois-cents fpixante-cinq jours. M. Dupuia venae bien les Egyptiens des outrages que M. Bailly lent a faits.

Nous avons déjà parlé des cinq jours épagoméncs , oa ajoutés à l’année par Mercure, après la partie qu’il gagna ^ félon Plutatvjue, à îa DéefTe Rhéa. Fréret &, après lui» M. Bailly ont cru qu© c’étoit à l’année lunaire. Leur idéa feroit vraie par le calcul : elle eft faufle par le fait ; cac c’étoit aux cinq derniers jours de l’année vague de troiycents fcixante-cinq jours , qu’on célébroit les Fêtes des Dieux, à qui ces cinq jours avoient été confacrés. J’ajputeraî que les Égyptiens n’inteçcaièrent réellement que quand ils furent fournis aux Ëomains.

L’étendue d’une note ne me permet pas de parler ici ‘de’ plufieurs circpnftances très^intérelTantes , & relatives à cette période Sothiaque, que VHérodote anonyme& ignorant du Peuple Hébreu trouve dans une régule de trois* Il eft incroyable combien cet hommî eft fuperfîciel dans tout fon Ouvrage j ou plutôt c’eft le comble de l’extravagancei.

Voilà.tout ce que je puis dire de ce Karatie, T. j(i.) Eu multipliant .14^0 par fix* T^T”^ – aurons

«VR l’Amériqve; 129 feurons dix mille qiicjtre-vingt-deux ans. Oc Platon vivoit deux-cents quatre-vingts ans environ avant notre Ere ; voilà donc les neuf à dix mille ans qu’il donnait à Tétabliflenient dQs Loix en Egypte, Le cycle des Afiatiques, qui probablement Tut commun aux Caldéens, fe trouve indiqué dans un paffage de Jofeph, 11 étoit de fix-cents ans. Cafîini efl le premier desModernes quiyait fait attention. Ils Tappelloient la grande année.

Les Caldéens le défignoient fous le nom de Néros (i), félon quelques Ecrivains. Cette période étoit celle de la conjondiondu Soleil& de la Lune. Caffini a produit ce cycle comme une des plus belles découvertes de l’AitronomieJ En effet, fuppofons le mois lunaire de vingtneuf jours douze heures quarante-quatre miw nutes trois fécondes ,nous trouverons que deuxxents dix-neuf mille cent quarante fix jours & demi , font fept mille quatre-cents vingt-un mois Lunaires, qui nous donnent fix-cents années Solaires, de trois-cents foixante-cinq jours cinq heures cinquante -une minutes cinquante- lix fécondes. (i) Néros , période de dix fji<: foixanre ou (îx- cents ans. La période de foixante s’appelloit Sojfos, Le Sarom, légale fixNéros ou ûx-ceats^ multiplié far ûx^zz: 5,^qo,,Tj Tome II, I

^jo Lettres M. BaJlly obferve que Bérofe , Manéthon*;

Hécatée cités dans Jofeph , rappellent cette période. Mais je dirai feulement ici, en pafiant,que j’ai des doutes bien fondés fur l’origine de cette période de fix – cents ans , qu’on attribue aux Caldéens. Je dirai plus loin quelle cft mon opinion.

L’année Solaire aftuelle ne s’accorde cependant pas , à la rigueur , avec celle que fuppofe cette période. Elle eft plus courte ;& M. Bailly en fixe la différence à un jour quatre heures quarante minutes trois fécondes. La raifon qu’oit peut en donner eft que Tannée étoit plus longue de cette quantité, lorfqu’on détermina cette période, parce que la terre parcouroic un orbite plus vafte.

Quoi qu’il en foit , il eft probable que la période de trois mille fix-cents ans a eu cette période de fix-cents pour origine, de même que le grand cycle de vingt-quatre mille ans : peut-être même celui de trcnte-fix mille correfpond-il à trois mille fix cents (î,6oo), multiplié par foixante. Cette période de foixante ans eft plus familière à la Chine. On en réunit trois pour faire un cycle ou van : cependant le grand ‘yan eft un cycle de dix mille ans (io,ooo). Les Chinois en comptoient huit mille huit-cents foixante -trois, chacun de dix mille ans, à la fin de l’Egire 847,c’eft-à-dire Tan 1444 de notre

SUR l*Amériqve; 131 £re* Aînfi leurs années monteroient à hiût millions, huit-cents foixante-trois mille; mais laifîbns-là tous les cycles , puifqu ils nont pas pour principe une époque certaine,& quil eft impofîibie d’en affigner une.

Cette époque eft d’autant plus difficile à établir avec certitude, que toutes les périodes Semblent remonter à une origine commune : or cette origine a été la crainte, qui dura longtemps chez les Peuples; (témoins (l) d^s grandes révolutions du globe, & dont le fouvenir fe perpétua dans des âges poftérieurs. L’attente de quelque nouvelle révolution ût jnoter jufquau moindre intervalle qu*on pouvoit déterminer par le cours de la Lune ou du Soleil. Cet aflre fe couchoit ; mais étoit-il bien sûr qu’il reparoîtroit. La Lune paroiffoit, difparoifToit en préfentant difFérens afpedts : n’étoit-ce pas une irrégularité , le figne avant-coureur d’une catallrophe } Ainfi les hommes, tantôt en proie aux plus terribles craintes, tantôt livrés à la joie , lorfq.ue leur efpoir fe ranimoit , notèrent ces difFérens phénomènes , pour fe raiïïirer ou pour attendre le moment où ils alloient peut-, être périr. (i) J’étends un peu les idées de l’Auteur entre les deuiç ni

t^i t E t t R E f Une heure , une demi-journée ,une journeefî îintervalie du lever au coucher du Soleil , ou de fon lever à fon apparition fuivante , ou d’un coucher au coucher fuivant, cehii de fon plus haut point d’élévation au même point le jour fuivant ; tous ces intervalles, dis-je, furent enfuite autant de périodes , que Tun ou Tautre dQS Peuples échappés à la mort , adopta , pour régler le cours de (qs travaux & du temps.

Le cours de laLune& (es phafes préfentoîent lin cycle affez facile à faifir. Un intervalle de vingt-fept à vingt-huit jours, indiquoit deux extrêmes , plus fouvent renouvelles que le cours du Soleil ; & les deux extrêmes furent bientôt remarqués & notés comme une période régulière. Mais rincertitude où Ton fut d’abord fur le temps vrai du cours de la Lune , qu’on n’apperçoit guères que le fécond jour qu’elle s’eft dégagée , le fît auiïï régler à vingt-fept jours huit heures , vingt-fept jours&demi, Se à vingt-huit).

Les hommes, ayant donc adopté d’abord le cours de la Lune comme le plus court , préféra-^ blement à celui du Soleil, obfervèrent fur-tout la nouvelle Lune , qui devenoit un fujet d’allégrefïe ,parce qu’elle ranimoit l’efpoir :«Sonnez 99 de la trompette , nous dit le Pfalmiûe, le jour H notable de votre folemnité ». L’Eccléiiailc jippelle auffi la Lune le^gne de la Fête, Ç’eft^fans dQytç^au nombre dç$ fept jouri.

Sur L^AMlniQTjr: ijl comprîf dans chaque phafe de la Lune, qui! faut rapporter cette idée fuperditieule , qui fit regarder le nombre fept comme myfiàieux ou facrc , jufques dans les moindres circpnftances^ Ceft ainfi que , dans Virgile, Liv, Vy 85 ,.u» ferpent fortant de fa retraite Septem ingens gyros^ feptena voîumina traxit, ^ l’on en tira un bon augure. Peut-être efl-ce à ce préjugé nationnal des Hébreux qu’il faut rapporter la fanélifîeation du Sûl>a£ (1) ou fep** tiéme jour; car Sabat^ en Hébreu, fignifie/è/^r» (i) L*^Auteur fe trompe. Le nombre fept s’exprime, en Hébreu, par Sebah; mais Sebat ou Sabat figniiîe cejjeryfc repofer. Le mot Sebah ne défîgne , même à la lettre, qu» compléter , parfain ;& ceft le feul fens que Moyfe attache à ce mot, lorfqu’il dit que Dieu cefla d’opérer le feptiéme jour , c^eft-à-dire le four auquel il eut complété fon Ouvrage, Moyfe s’eft-il réglé fur le nombre fept de la premier© phafe Lunaire , pour marquer l’ordre de la Création ?

Cela paroît fort probable. lî n’a fuivi , dans cette théorie ^^, que les idées cycliques reçues chez les. Hébreux 5 ajoutant îe repos de Dieu comme un motif plus capable de maintenir fon Peuple dans robfervation de chaque feptiém© jour : ce qu*^aucune Nation ne fît quatre fois par mois..

JLes Grecs confacrèrent le quitriime de chaque mois à Mer--- cure, &: le /^/jriémf àApollonvmais il n’y eutchez euxaucun «rdre fepténaire, ni dans leurs Rits ni dans la fuite àti •Jours de leurs mois. Jofeph , Clément d’Alexandrie ,toujours fiiYîuit y mais toujours fuperftitieux »& d’autres femblèrene

134 Lettres Les foîxante – dix femaines de Daniel , leiT foixante-dix-fept générations de Lamech, les fept femaines , à compter depuis qu on mettoit la faucille dans la moifîbn, les fept jours de la Pâque,le repos des terres marqué la feptiéme année, le pardon des injures commandé nonindiquer le contraire , même chez toutes les Nations. Ld do£tc Murflna réfute folidement cette opinion (kns fa précieufe Difïêrtation de Hebdomade Genti/ium y dont M, Bailly auroit pu profiter, pour éviter quelques erreurs à difFérens égards. Le feptiéme jour ne devint cycliquej.à Rome , ou hebdomadaire , que très-tard. Horace fe moque du refpeâ: que les Juifs avoient pour ce jour. Les Peuples de l’Europe ne comptèrent par femaines que plus de quatrecents ans après l’époque du Chriftianifme j& l’on ne voit pas cette diftinûion de femaines au-de-Ià de cette époque chez les Peuples de l’Afie. Elle eut {on origine a Alexandrie d’Egypte, fous les Ptolomées, qui admirent les Juifs dans cette ville. En joignant à Murflna les Difïertations qu’indique Simon dans fon Lexique Hébreu, Edit» 1771 , & le Livre Grec, afTez rare, intitulé Theologoumcna Arith-’ metices j irt-4*^ , on aura tout ce qu’on peut défîret fur îe nombre fept. Macrobe n’a pas vu exactement les anciennes théories relatives à cet objet. Hippocrate paroît avoir accordé beaucoup d’influence au nombre fcpténaire des jours dans les maladie*. Ses théories, fouvent prouvées par l’expérience, montrent qu’il ne faut pas rejetter tout ce qu’ont dit les Anciens fur les effets que produit la Lune «lans Tatmofphére j effets qui fe font plus ou moins fentir, félon fes Phafeç, à tous les corps organifés.A cet égard^ les Egyptiens avoient bien conju leur liîs, T«

SUR l’Ameriqui; i3f feulement fept fois , mais foixante-dix-fept fois fept fois 5 font encore des idées cycliques. On peut y rapporter le nombre fept des années clymatériques , le feptiéme jour, devenu litur-^ gique chez les Romains , & autres circonflances qui ont été développées ounotées par lenombra fept , qui , félon Macrobe , eft plus fécond que les nombres mâles ou impairs , & que les nombres féminins ou pairs. S. Auguftin cite le nombre fept , comme fîgnifiant génération , & le nombre ternaire comme déûgnant la Trinité.

Le nombre fept a fans doute donné lieu aux rêves de ces Vifionnaires qui prédirent la £11^ du monde, à Tépoque de la grande femaine de fept mille ans. Cétoit ce jour terrible que la Sibylle avoir marqué ,& dont on adopta même la prédidion dans la Profe du Dies inz , où lorv chante encore les mots :

Tefle Davidcum Sybdlâ^ Boulanger remarque que le Bréviaire de Paris ne préfente plus cette exprcfHon : mais eUe n’en fubfifte pas moins dans leRomaln\ tant on fut perfuadé de la vérité des prédirions attribuée», à cete Prophéteffe. Virgile femble auiS y faire^ allufion dans ce vers:

I7ltim(i Cumai vcnit jam carminîs atati- Il eft donc probable que cette attente d^une révolution funefte,foit déluge, foit bouleverfumentduGlobe^foit tout autre malheur,fixa le©

tt^6 L Ë t T II E f Peuples fur des jours périodic^es, qui devinrent des Fêtes réitérées chaque femaine ou tous les mois , aux nouvelles Lunes, ou au premier jour des périodes annuelles. Les folflices d’été , d’hiver, les équinoxes de printemps , d’automne , qui indiquoient les changeraens des fàifons , furent fur-totit remarquables félon les différentes Contrées où ces changemens deveïioient plus fenfiblcs» Mais , fi les différens cycles , qui ont réfulté -de la crainte ou de la fuperilition , ont fait diftinguer les jours comme heureux ou malheureux,& ont perpétué la frayeur par le retour des éclipfes , les apparitions des comètes ; d’ua autre côté, ces circonftances ont donné lieu, diredement ou indireflement , à des observations aftrortomiques, qui nous auroient peutêtre été d’un grand fecours^fi elles avoient paiTé jufqu’à nous. Elles nous auroient procuré des dates,moyennant lefquellesnous aurions pu déterminer les époques de la plus haute antiquité : telle eft celle des Atlantides , que nous avons inutilement cherchéejufqu ici,avec toutes les hypothèfes , plus ou moins douteufes , des Chronologilles modernes.

Newton , ce vafte génie , fait , comme DeCcartes , pour embraffer toute la Nature , a bien fenti qu’il falloit recourir aux obfervations agronomiques pour fixer la Chronologie : mais, çq

SUR l’AMÉ RI Qui; Ï37 ctabllffant même toutes les Loix du fyftême planétaire , il fut affez peu attentif pour donner à fa Chronologie une bâfe ruineufe qui ne put en foutenir Tédifice. Le P. Souciet , Fréret , deux hommes également recommandabies par leur fagacité,rétendue de leurs lumières,attaquèrent, avec autant de force que de fuccès , Thypothèfe de Newton. Leurs calculs aftronomiques, & la comparaifon des difFérens tycles de plusieurs Nations , ont démontré fes erreurs. J’ai auffi difcuté dans le Liv. Il de mon Ouvrage fur les Argonautes^ le fondement fur lequel s’appuyoit Newton , pour établir lobfervarion de Chiron; & j’ai fait connoître la caufe de fa -méprife.

Mais quelles font les obfervations qu on peut avoir faites du temps d’Atlas & d’Hercule. II femble que c’eft peu de choCe que d’avoir enfei- ^né la Sphère : cependant il faut que la théorie ait eu certain développemenr. Atlas doit avoir montré quel étoit le cours annuel du Soleil, la révolution menftruelle de la Lune,& même les points des folilices (l) & des équinoxes, 11 femble néanmoins que les Pléiades & les ^ ^ . , ^ (i) L’Aftronomie, dit M. Bailly , n étoit, à fa naifiance , que la théorie de la Sphère & du mouvement jourfialier , Tom. I. pag, 187. La comioiflancc de la Sphère fwppofc ^uel<iue diofe de plu5. T.

Hyades avoîent été obfervées dès ce temps-lài En effet les traditions de TAntiquité nous apprennent que fept des filles d’Atlas furent reconnues pour les Pléiades , & les cinq autres pour les Hyades. Voyez Hygin. fab. 192. On les plaça entre les cornes du Taureau. Les Hyades étoient Phœfyla , Ambrojtc , Coronis yEudon & Polyxo. On connoiffoit les Pléiades fous les noms de Maïa^ EUclrCy Tayget , JJlcropc ^ Méropc y Alcyonc & Cclœno, Si \qs Hyades & les Pléiades ont été reconnues de FAntiquité pour les filles d’Atlas , il eft naturel de préfumer que ces conflellations avoient été obfervées dès ce temps-là, Virgile parlant du régne de Jupiter comme de la première époque de TAgriculure , ajoute :

Navîtd tum Jîeilis numéros , 6» nominafecit , P/eiadaSy Hyadas claramque Lycaonis Ar&on, Plus bas, il nomme Eoœ Atlantidcs^l^s^lëizà^^ &: les Hyades.

Diodore de Sicile dit <\xCHefperus , fils d’Atlas ^ étant fur une très-haute montagne , fut enlevé par le vent ; ce qui donna lieu de croire qu’il avoit été tranfporté au Ciel ,& placé dans l’aftre qui depuis a porté fon nom. Cette tradition jnontre au moins que la planète de Vénus avoit été obfervée à la même époque que le% Pléiades.

SVX L’AMiRIQVi; 139 . l>es obfervations de tous les Peuples ayant , en général ,tendu à fixer les points des folflices & des équinoxcs , il faut croire quon y met-toit le plus grand intérêt. Doit-on le chercher (félon les théories de Boulanger, qui font aflez vraifemblables à cet égard) dans Fattente d’une nouvelle cataftrophe du Globe , ou dans un pur motif de curiofité ? Quoi qu il en foit , les anciennes Nations fe font toutes occupées de cet objets de même que de prévoir les éclipfes de Lune & de Soleil. « QuHitckong aille à fEil , difoit TEmpereur >» Yao , 2357 avant notre Ere; quil examine f> foigneufement quelle étoile précède Téqui- » noxe du Printemps : qu Hl^chou aille au Midi, M & obferve celle qui eil au point du folilice » d été : qn Ho-tchong examine à l’Occident celle » qui eft par Féquinoxe d’automne : enfin « <}iHo-chouohiciVQ^ au Nord, celle du folftice » d*hiver. Bifi, Gén, Cliln, Tom. I. pag. 46 ».

Cet ordre fut pon6hiellement exécuté. Ces Obfervateurs trouvèrent que Tétoile Nias étoit à l’équinoxe du printemps;^o au folftice d’été ;

Hia à l’équinoxe d’automne ; enfin Mao au foltice d’hiver.

Il feroit bien avantageux de favoîr quelles font les étoiles dont les noms correfpondfoient chez nous à ces dénominations chinoifes , pour établir enfuite un calcul fur leur pofitioM

54* t E T T RÉ i aâiielle & relative aux points cardinaux , afiti d’arriver , en rétrogradant , à une époque certaine» Mais je n ai pas les Données fuffifantes : d’ailleurs je renonce à la gloire de cette découverte ^ n’en ayant ni le temps ni la volonté.

Cependant, les Pléiades& les Hyades ayant été les premières conftellations fur lefquelles les hommes jettèrent leurs regards pour en déduire des conféquences relatives à certains cycles, il eft naturel de croire que ce fut en obferVant auffi les rapports où elles fe trouvoient avec les points cardinaux. On lit dans Héfiode que Ton commence à s’occuper des travaux pour les femailles, lorfque les Pléiades fe couchent le matin au lever du Soleil;& qu’au contraire , on commence la moiffon lorsqu’elles fe lèvent avec le Soleil : ce qui indique le commencement de Tété. Cétoit là ce qu*on appelloit Vannée rurale, Fréret, M.Bailly s’occupent ici de calculs avec Pétau : mais tous les raifonnemens fe réduifent à ce qui fuit. La luifante des (i) Pléiades étoit, en 1750 , à cin- (i) Maïa» Mao chez les Chinois. Voyez M» Dupuis» Origln. Conflell. pag. 66. Il eft important de confulter ici le même, pa.g. 9— 1 1. Je note feulement que les Pléiadet fe couchent, au matin, le premier jour de Novembre^ ^ ^‘elle& fe Ux^at hélid^uemeac eo Mû, T(^

* «uR l’Amériqu*.^ 141 %iante-cmq dégrés cinquante-cinq minutes de longitude ; fi donc on fuppofe qu’elle fe foit trouvée à dix dégrés , autemps de réquinoxe,il falloit qu elle fût au vingtième degré des Poif-’ fons : or foixante-cinq dégrés cinquante-cinq minutes nous donnent quatre mille fept-cents quarante-fix ans : ii Ton en fouftrait mille feptcents cinquante , il refte deux mille neuf-cents quatre – vingt-feize années , antérieures à l’Ere vulgaire.

On a remarqué dans Job , Ch, XXXVIIl^ un paflage qui indique cette conflellation , qui y efl appellée (l) Kimah, M. Bailly , d’accord (i) Ce mot Hébreu & Arabe fe rencontre dans Job ^ CL IX. V. 9. & Ch XXXVÎIL V. 31. Les autorités qu© <ite €n note M. Bailly, Tom, /. j>a^, 478 , femblent en-fixer le fens. Schultens, dont le fufFrage feul décideroic peut-être laqueflion, ne s’éloigne pas du fentiment de Hydtf’^” 4ans fesNotes : cependant il aime mieux, non obftant HydCj». s’en tenir , dans fa verfion aux termes de fyàus calidum,^ comme indiquant le renouvellement de la Nature. Le terme oHginal peut réellement défigner un aftérifme conglomère, en Arabe& enPerfan : mais il eft aufli analogue à une autre racine qui défigne la chaleur^ la prQduélion. Ainfi je conclus, avec lui , qu’il eft impoflîble de rien prononcer de pofitif d’après ces palTages. La Langue de Job a eu le temps de. changer le fens des mots depuis plus de quatre mille ans, 5C’ M. Niébur ne l’ignoroit pas. D’ailleurs ce terme a été pris ians un fens bien différent par deux Savans d’un rang aufSt liUfogué^ foui; ^ui U ^ ^éiigaé un§ çométÇf t^UfS fiiTomi

[142 Lettres avecGoguet conjeQiire en faveur des Pléiades?

En effet Sébaftien Mander traduit fans balancer : « Lieras tu les fuaves influences des Pléiades ? 5> oiî relâcheras-tu la forcé attradive d’Oriori ? w ou fi tu peux faire fortir Manaroth à fon » temps , ou conduire Ardure avec fes fils »# Les Auteurs précédens rendent le mot hébreu Kefl^ qui fe trouve dans Job, par le Scorpion: mais Munfter l’appelle Orion. En effet > comme les Pléiades répandent une douce influence fut la terre , de même il paroît que le texte oppofe , par un fens contraire , une conflellation ayant une force attradive qui amène le mauvais temps : or c’eft la rtiauvaife influence quon attribuoit kOrion, Virgile a dit, Liv. I :

Cumfubito affargens fluêla nîmbofus Orion, – Voilà pourquoiOrion avoit une épée à la main.

Ifefiaudroient rnême plus tôt la diiEculté. Voyez i’EJfai de Bêcher fur la ThécuU Aflronomique de Job ; & Heyn , Dif^ fertatîon fur le Déluge caufé par une <:ométe , ou fou’ Trahi des Comètes. Ces autorités l’emportent affûrémenc fur Goguet ^ M. Bailly , fans même excepter Munfter.

Le mot kefil, qui û^niûeJîupeur , a été appliqué à Orion,’ comme figne de l’hiver 5 à la Petite Ourfe ; à l’Etoile Polaire t ainfi ce mot devient aufïî incertain ou auflî vague dans Job^ M. Carli n’en aVoit pas moins raifon de citer ce paifage,, d’après les idées reçues 5 mais elles font fans fondement» L’importance de l’époque m’oblige de dire ta Vérité, Og . taettra ionc à ce palfage’ l’intérêt ^tfon voudra*T^

Sî, d*uii autre côté, on préfume que le paffage de Job indique Téquinoxe du printemps , Tâge de Job remonteroit à trois mille ans avant Jéfus-Chrift.

Quoi qu’il en foit,comme les Pléiades annonçoient Féquinoxe voifin du printemps ,par leur lever du matin , demême elles indiquoient celui d’automne , lorfqu’elles fe couchoient au lever <lu Soleil. La belle étoile des Kyaàes AUéi^aran , pouvoit fe trouver, comme elley étoit en effet, à Téquinoxe du printemps; Antans ou le Cœur du Scorpion étoit à celui d’automne ^ Rlgulus au folftice d’été ; &Phomalhaut à celui d’hiver.

Si les Aftronomes Chinois , que l’Empereur Yao envoya aux quatre points de l’horizon y comme je l’ai dit , obfervèrent ces étoiles , il cil pofîible que ce foient elles qu’on voit nommées dans le Zend-Aysfla^ fous le même point de vue. Mais ces étoiles , en faifant le calcul fur la polition de 1750, relativement à leur vraie co-incidence au point des éiquînoxes & des folftices , doivent avoir changé de foixantefix dégrés : ce qui donne environ quatre mille fept-cents cinquante années. Otons ~ en mille fept-cents cinquante , Tobfervation auroit été faite , trois mille ans avant J. C.

Toute l’Antiquité attribue à Atlas deux obfer^ vations importantes , déguifées par la Fable. La première, qu’il enicignah théorie des Pléïa4€S

1144 Lettres & des Hyades, comme deux points effentlels d’Aflronomie : la féconde , qu il inventa & fit une Sphère armillaire. Or faire une Sphère & tracer le Zodiaque ( i ) font la même chofe.

Mais tracer le Zodiaque fuppofe en même temps la conféquence qui doit en réfulter , favoir la divifion de (qs parties, relatives aux faifons de Tannée,aux points dQs équinoxes& des folftices ; car c’eft à ces difFérens points que commencent ou finiffcnt chaque faifon. Le commencement de Tannée ayant été d’abord ûxé au printemps ^ le point de iequinoxe fut aufîi regardé comme le point de départ du Zodiaque. Atlas enfeigna donc cette divifion & ce premier point du Zodiaque, qui devenoit celui de Tannée. Si on Tappella Phe (2) des Pléiades , c’eft parce qu’il (i) Le mot Maiiarothy du palTage précédent de Job , « Aiiflî été pris pour leZodiaque. Mais ce mot eft encore d’une iio-nification trop vague pour préfenter ce fens. Le mot radical Cignï^Q ,couronner y ceindre. La forme pluriel otk ^ due à la Mafore , peut aufïi être une terminaifon féminine finculière, outh. Ce qui rend le fens indéterminé. Je verroisclutôt la Foie LaBéc , que toute autre chofe , dans le terme Hébreu , ou , en effet , on peut? voir tout mouvement , touta figure circulaire. C’eft faril fondement que Goguet Se M. Bailly trouvent ici, pofitivement le Zodiaque y (^loi*^ que Schukens panche pour cet avis. T. (i) Seroit-rce à fe$ enfans, établis dans l’Ethiopie, {c« «vu» reconnoît aùffi M, Bailly) que l’Egypte ai^oit été appriÇ

apprît à obferver & à fixer Téquinoxe par le moyen de ces étoiles.

Mais comment les Pléiades pouvoient- elles annoncer le printemps par leur lever héliaque « fans fe trouver au moins à dix-huit dégrés*& demi desPoifîbns?Comment d’ailleurs lesHyades indiquoient-elles Féquinoxe, fans être au moins au vîngt-neuyiéme degré du même figne ? Or ces conftellations ne fe font trouvées à cette pofition que quatre mille huit-cents foixantedix-neuf ans avant le moment oii j’écris ceci : cette époque feroit donc antérieure de trois mille ans à notre Ere. Si, d’un autre côté, féquinoxe concouroit avec les Hyades , ou avec le dernier degré du Taureau , favoir Us Cornes , il eft certain que cela ne pouvoit avoir lieu que quatre mille fix-cents ans avant J. C. ou environ.

Nous voyons cette obfervation rappellée dans; un beau vers des Géorgiqius de Virgile. Il dit qu’il faut femer l’orge & le lin au folftice d’été , Libra diefomnique pares ubi fecerit horas. Liv. I. v. io8« Mais il prefcrit , vers 217 , du même, Liv, /,’ redevable de Ton Calendrier ? Cela paroît très – vraifemblable. Les Grecs & les autres peuples avoient doac mal IJùû la tradition de fa théorie. T*

‘Î4Ô L S T T R E 5 de femer le millet , & de planter les fèves âu printemps :

Candidus auratis aperit cîim (,i) cornîhns arînutn Taurus,& udverfo cedens Canis occidit ajiro.

Le coucher de Sirius,au lever desHyades, indique un temps bien antérieur à Virgile : car , à l’époque de la vie de ce Poète , la Balance correfpondoît au Bélier, comme aujourd’hui, & non au Taureau. On pourroit croire que Virgile eût voulu indiquer, par ce vers , le coucher héliaque de Sirius : mais ceci n’arrive quà la fin d’Avril, & ne répond plus à l’équinoxe.

Le commencement du printemps ne répondroit pas non plus à l’ouverture de Tannée indiquée dans ce vers par les cornes du Taureau. Lorsque l’œil duTaureau concouroit avec l’équinoxe du printemps^ ce n’étoit pas la conftellation de la Balance, mais le cœur du Scorpion, qui correfpondoit à celui d’automne. En fiippofant donc que réquinoxe du printemps ait concouru avec le dernier degré du Taureau & avec les cornes , ce ne peut avoir été que 4600^ ans avant J. C, ( I ) Ce vers , qui a caufé beaucoup de débats littéraires , eft relatif, non au temps de Virgile , mais au fyflêrae dçs anciens Eœotiens Or c’eft Héfiodc que Virgile fuit ici , comme dans la plupart de Tes autres théories, yoyez Scaliger , Bmçnd, Tempor* Liv. L T.

ilJR t’ÀMERiQÙË; Î4f Lôrfqii*une fois le Zodiaque eut été divifé ^n quatre J^arties , (avoir au point des équirio:^es & des folftices , dn a facilemetit pu lé fubdivifer erl douze, comme en Egypte, félon Kiacrobe, ou en vingt – quatre , comme à la Chine. Macrobe nous détaille comment lesEgyp^ tiens s’y foiit pris aVec lé clepfydre, Somn, Scip^ Liv. t. D’après ces opérations on détermina Ja i-évolution annuelle du Soleil , celle des mois Lunaires , la divifion des femaines , confor* hiément aux phafcs de la Lune , enfin l’accord dli cours de l’année avec celui du Soleil. igii

\i4S Lettres LETTRE XXXI y. ‘£rai de l’JJIronomle en Amérique ^ correfpondant aux Ohfervallons primitives du concours des PUïades & des Hyadcs avec les points équlnoxiaux , &c. Conformité des dénominations des Aflres dans Us deux Hémlfphlres, Année an- . cienne , dlvlfée en trois-Cents foixante jours.

Correction uniforme des cinq jours épagoménes ou ajoutés y au Mexique à en Egypte, Coréelion de tannée Sydèrale , par Us lix heures ajoutées aux trois-cents foixante-cinq jours , tant au Mexique ^parU cycU de cinquante-deux ans & treize jours , ^z^’^/z Egypte ypar lapériode ’ Sothlaque de mille quatre-cents foixante ans.

Virgile, faifant mention des inftruclions qu’avoit données Atlas , ne pouvoit donc nous les mieux préïenter que dans ce paffage : ..,.,.» Errantem Lunam , SoUfqae labores Aréiuramy pluviajaue Uyadas ^ geminojque Trlones^ En effet les premières notions de TAflronomie , déjà réduite en une efpéce de fyflême , ont été bornées à mefurer la période Lunaire, celle du vSoleil ; à çonnoitre les points folilitiaux &

ivfi t’AM i R I Q V ë: 149 êquînoxiaiix ; aux divifions du Zodiaque ; à robfervation des Pléiades ,de Vénus , de l’Ours, & de quelques autres Conflellations ou Planètes.

Cétoient aufîi les connoiffances qu^en avoient les Américains , au temps de la découverte de leur Continent , comme je vous l’ai dit dans une de ces Lettres, Ils connoifToient les Hyades, & les appelloient Tapyra-Kaxouba , c’eft-à-dire Tête ou Mâchoire de Taureau^ Les Péruviens avoient dédié un Temple aux Pléiades , quih connoiîToient fous le nom de Coylur, Ce nom Péruvien donné aux Pléiades, qui indiquoient le printemps, eft fingulièrement curieux, Nou» avons donné, dans notre Hémifphère, le nom de Colure à deux cercles de la Sphère ,& qui la partagent précifément d’un pôle à Tautre , aux points du Cancer & du Capricorne^ du Bélier &: de la Balance, On n’a jamais pu deviner rétymologie de notre mot Colure. Achilles Tatius dit que cela fignifie Sans (i) queue ^ parce que ces cercles fe dérobent en allant vers le pôle Antarûîque. Perfonne n’en a donné une (i) Pai long-temps cherche, mais en vain, à déterminer l’origine du mot Grec colure. Proclus , dans fa Sphère y n’.eft pas plus heureux qu Achilles Tatius ; & Macrob» n’apprend rien. Ces cercles ayant déterminé .les quatre premières divifions du Globe , j’ai cru entrevoir le Coiis dat K iii

rljfO! Lettres ineilleiire raifon. Macrobe trouve Tongine éo ce mot dans la « converfion imparfaite de ces. >> cercles » , quitus nomcn (içdît imj^erfeciq ço/Z’k Les Peuples de TOréncque , comme nousi Tavons déjà dit , fur le témoignage de Gumilla ^ ConnoiiToient très-bien les Pkïadcs ,& leur donnent le nom à’Ucafu, Elles leur fervent encore à régler le cours de Tannée, qu’ils commencent lorfqu elles fe lèvent à TOrient » au coucher du Soleil. Le mot l/cofu mérite (i) d’être noté, La copftellation de FOu^s n étoit pas ignorée des Peuples de Panuco , ni dans FAmérique Septentrionale. On lui donnoit un nom qui, fignifîe Ours , copime chez nous. Je vous ai détaillé comment les Péruviens s’y prenoient pour déterminer les points des équinoxçs & dés follHces. N’y a-t-il donc pas quelque chofe de bien étonnant dans cet accçrd , prefque gclierai , entre l’Ancien & le Nouveau-Monde ?

Mais nous voyons ce même accord à l’égardj 4es mois & des années. En effet les Péruviens; régloient les moi^ fur la Lune, & l’anriée p^i: çt mot dans pre , prononcé oure , dlvifion , pqrûon ^ &c kol on koul, aflre & globe. Ces mots font du Norçl, K anciens. Lç Grçc conti^n; beaucoup de mots iLi^a^pg^es, I ceux du Nord. T. (i) Je ne vois rîeu de curieux dans ce mot. T»^

èVR l’Amérique; rjr le retour du Soleil , aux points des folftices & des équinoxes: les Mexicains, au contraire, faiibient leur année (i) de trois-cents ibixante jours , & y ajoutoient les cinq ^pagoménes , ou d’addition ,comme les Egyptiens.

Newton affûre , dans fa Chronologie Réformée i que Tannée étoit anciennement compofée de trois-cents foixante jours, & lunijolaïrc. Il croit aufîi qu elle a continué , en Egypte , jufqu’au temps d’Ofiris. Fréret le contredit, mais ians prouver fon fentiment. Je penle que Newton a la Vérité de fon côté. Les cinq jours quon ajoutoit à trois-cents foixante,indiquent claire-ment quils ont été ajoutés lorfqu’on eut appereu qu’ils manquoient pour compléter Tannée Solaire. En conféquence on peut affûret que Tannée a été dabord de trois-cents foixante jours, comme le Zodiaque, l’Equateur & les autres cercles de la Sphère, ont été divifés en trois-cents foixante dégrés. Les Egyptiens , ait moins les habitans deThébes , ayant été avertis de leur erreur par (2) Theut ou Mercure^ comme le dit Strabon divisèrent aufli le Zodiaque en trois-cents foixante-cinq parties. Dio* (i)Nous verrons que cette année étoic aufîî compléta ^ue la nôtre , Se la même que celle de TEgypte. T». (t) C’eft-à-dire p^ rOhfcrvation. T.

k$i Lettres dore nous dit même qu’on le £t fur le grand cercle (i) d’Ofimandué. Mais cette divilion ne fut pas long-temps conrervée,& Ton reprit la période de trois cents foixante -(i) jours.

Tout {emble nous le perfuader. Diodore affûre qu’il y avoit dans Acaut^ au-de-ià du Nil , vers la Libye , & à cent vingt flades de Memphis , un grand vaiffeau dans lequel troiscents’ foixante Prêtres verfoient , chacun à leur tour , plein un vafe d’eau du Nil : ce qui fait bien le nombre de trois- cents foixante jours» Cétoit Tannée religieufe proprement dite. Le même Hiftorien raconte qu il y avoit dans une île du Nil, entre TEgypte & TEthiopie^ un Temple dédié à Ofiris , oii Ton voyoit auiîi , rangés par ordre, trois-cents foixante vafes , dont chaque Prêtre rempliffoit un de lait , tous les jours. Hérodote dit pofitivement que les Egyptiens partagèrent d’abora l’année en douze mois de trente jours ;& qu’ils en ajoutèrent cinq autres, après en avoir découvert la néceffité par les obfervations Agronomiques. Ariftote remarque, dans un paffage cité par Gaza, que la cinquième partie de Tannée eft de foixante- (i) Le Chevalier <î’Origny a dit fur ce cercle des chofes iijui méritent d’être lues. T. (z) Cela eft-il bien vrai l

SUR L’AMiRlQUE. 153 8ouze jours.Or foixante-doiize eft le cinquième de trois-cent foixante. Weidler a même prétendu prouver ^ par des paffages de la Genèfe , Ck, FIL de Ch, FIIL , que c’étoit le cours des années antidiluviennes, Voyez fon Hijloirc de rAjîronomie^ Ch. II, n° VI. Il s’appuie aufTi du témoignage de Plutarque & de Diogène de Laërce. Pétau a voulu prouver que Tannée de trois-cents foixante jours étoit lunaire : mais ce nombre, pris félon les révolutions aftuelles de la Lune & du Soleil, s’écarte plus de Tannée Lunaire que de Tannée Solaire , prefque de douze heures. D’ailleurs on ne peut nier que les Antidiluviens de la Gcn^fi ne fifTent leur année Solaire précifément de trois-cents foixante jours, puifqu ils la divifoient en douze mois de trente jours. L’année des Perfes & des Grecs étoit la même. En effet , lorfque les Egyptiens firent leur année de trois-cents foixante-cinq jours, les Grecs , dit Strabon , ignoroient abfolument cette correâion , comme bien d’autres chofes..

La révolution annuelle ayant donc été de trois-cents foixante jours , dans les deuxHémifphères, on ne peut pas dire que ce fût par une erreur de calcul, 11 efl évident que les premiers hommes, n’ayant eu, pour obferver les difFérens points du Soleil à Thorizon, qu’une.montagne , un arbre ou peut-être une tour, ou tout autre corps greffier , interpofé entre i’obferva-

l’)4 C E T T R E !^ teiir & rhorizon , ne purent exaflement déterminer le même point oii ils avoient fixé le Soleil auparavant; & que leurs réfultats furent aiTez long-temps incertains.A plus forte raifon ne faifirent-ils que fort tard Tintervalle des cinq jours qu il fallut ajouter aux trois-cents foixante^ qu^ils avoient admis pour le cours de Tannée.

Mais j 11 la période de trois-cents foixante jours a été généralement adoptée pour le cours réel du Soleil, ne peut-on pas foupçonner , avec \Veidler , que Tannée Solaire étoit vraiment bornée à ce terme;& que la force de projedion s’eft accrue dans le globe de la terre , en conféquence de la révolution qu’elle aura éprouvée ? ce qui aura diminué la force attraQive que le Soleil exerçoit fur notre globe ,& aura fait parcourir à celui ci une ellipfe,dont Torbite exige aQuellement cinq jours & environ fix heures de plus chaque année. De-là, fans doute, aurolt réfulté Taddition néceffaire des cinq jours, & Tintercalation du biffextile, tous les quatre ans.

Nous devons nous rappeller ici qu’il y eut très-long-temps en Egypte , trois manières de compter Tannée j ce qui donna lieu , i” à Tannéey^cr^’^ (l) oufacerdotale ,h plus ancienne ( I ) Voilà une des circonflances auxquelles n^a pas faie atçentiQn Iç do<^,e Hérodote du Pt^u^k Btbrauy lorfc^u’y^

svR l’Amérique; ijï 3es trois; car les iifages religieux le confervent plus que tout autre , foit par raifon , foit par fuperftitipn: l^ à Tannéç çiviU;^ à Tannée çjironomique^ L’année facrée futconftamment de trois cents ibixante jours ; Tannée civile fut de trois-cents foixante-cinq jours, après la correâ:ion : enfin trouvoit 1^ période Sothiaque d^ns une équation fcfwlare» Les Egyptiens confervoient donc , dans cette période , le cours de leur année Solaire primordiale , la corrcélion des cinq jours ëpagomcnes , & fe régloienr , en outre , fur le vrai cours du Soleil. Quelque ^évolution qu’il arrivât , Ci l’Egypte y échappoit, ils avoient, dans une feule période, trois fuites , à la faveur defqueUçs ils pouvoient fe retrouver à toutes les dates , & re^ponter au-de-là du terme des révolutions. Une fouftradion ou une addition leui’ fuffifoir. Dès que ces combinaifons font certaines, il eft ^vident- qu’ils ont du les faire. Ainfi le Prêtre confervois fon année primitive , en lailTanc courir les mois dans toutes les fàifons , & en fuivant une année aftïonomîque fans intercaler* D’un auti’-e coté , le Peuple ne voyoit aucun dérangement à l’ordre civil 5 parce que le retard de fix heures , four chaque commencement d’année , ramenoit toujours les travaux dans les fài{bns convenables Sç régulières. Eft-ce donc dans une r^gle de trois qu’on trouve ces combinaifons? Sans doute il eft aifé de devinei? cette régie dans cet ordre 5 mais, il falloic le tr^juver. Voilà donc le favoir de ce profond Karaïtf l Je lui laiiTe à devinée d’autres rapports tj^n lîioins intéi^éfians. Ce que j’ai die îintérieurementj ^ cetçe nc.|;e 4iYçlopf€Ri; [^ ixmk dç».

Ij6 t E T T R E # on y ajoilta fix heures. Telles font les pérîodel que nous préfente Cenforinus , à cet égard , Ch. Xnil. Cette remarque eft importante;& Je vous prie dy faire attention : parce que j’efpère vous montrer , dans les Lettres fuivantes , que notre Globe a fubi une révolution qui a changé la pofition de fon axe >& Ta forcé de parcourir une ellipfed’une plus grande étendue.

On peut dire la même chofe à Tégard de Tannée Lunaire. En effet, s’il eft confiant que les plus anciens Peuples connus fixoient à fept jours chaque phafe de la Lune , terme auquel ils établirent le jour de Fête , on doit convenir que le mois lunaire étoit jufte de vingt-huit jours.

Ainii douze lunaifons ne faifoient que troiscents trente-fix jours : û l’ony ajoute quatorze jours , d’une demi – lunaifon , Ton aura troiscents cinquante jours. Fréret prouve que le terme de fept jours, affigné à chaque phafe lunaire , eft plus ancien que Moyfe > qui fandifîa le feptiéme jour,& partagea le mois en quatre femaines. Ainii Fannée lunaire étoit limitée à trois-cents trente-fix jours, comme je viens de le dire.

Nous voyons , en effet , la Pâque indiquée au quatorze du mois dans le douzième Chapitre de VExode ,& dans le premier Chapitre cTEfdras^ Ce jour y efl nommé la phafe de la Lune^ . « Jcfias fit la Pâque dans Jérufalem^auSeigneur j

SUR l’AME RI QUE. l^J’ *> & il immola la Phafe, le quatorze de la Lune 55 du premier mois ».

Ceft aufîi pour cette raifon que les Hébreux (i) & les Grecs donnoient au mois le même nom qu’à la Lune. Les premiers Tappelloient laréah ^ les fécond Mène, Néanmoins Fréret prétend que Tannée lunaire étoitde trois’cents cinquante jours,chez lesAnciens,& qu’on y ajouta,par correé^ion,cinq jours épagoménes. Mais cette combinaifon ne paroit pas heureufe : car trois-cents cinquante-cinq jours excédent d’un jour, prefque entier, la révolution lunaire. La phafe du feptiéme jour, auquel on célébroit la Fête , indique quou croyoit que la phafe avoit lieu ce jour-là : autrement la Fête auroit été le huitième. La période lunaire n étoit pas exaclem,ent de vingthuit jours , mais de vingt -fept & quelques heures , ainii le calcul (2) de Fréret devient encore plus incertain. (i) C’eft-à-dire que laréah fîgnifioit Lune & Mois, comme Mène , chez les Grecs. T. (i) Cenforinus nous apprehd qiie Numa , ou Tarquin » faifant l’amiée de douze mois , la régla à trois- cents /bixante-cinq jours, quoique la Lune parojiTe achever fbn cours en trois-cents cinquante-quatre jours. Mais il obferve en même temps que ce fut, per imprudendam , l^ ianorawce , ou par préjugé en faveur du nombrs impaîf^^

î5$ L É t t R fe s Après avoir obrervé cette unitofmité dans \éà connoiiîances aftronomiques des anciens Egyp-* tiens & des Américains , Voyons les correûions qui ont été faites pour déterminer précifément la révolution des Planètes* Nous avons déjà dit pkifieurs fois que les Égyptiens commenÇoierît leur année facrée à l’apparition de Sirius , au premier jour de Toth : nous avons encore remarqué que , comme il teftoit environ fix heures , après les trois-cents foixante^cinq jours de Tannée corrigée , il eri téfultoit la diiTérence d’un jour , tous les quatre ans ; di que les Egyptiens , ne faifant pas d’intercaîations ^ avoient admis une périoda de mille quatre cents foixante ans, pour retrouver le lever de Sirius au premier jour de Toth* Voilà donc quel étoit le cycle des Egyptiens; au bout duquel il le trouyoit troiî>-cents foi-^ xanfe cinq jours , ou une année de refîe , qui , ajouté à la période > la déterminoit à mill0 quatre-cents foixante-un ans* Les Mexicains fuivoient une marche toutd dilTérentCi Leur grand cycle j ou fiécle, étoit de cinquante -deux ans, partagés en quatre indictions, de treize années chacune. Arrivés à la fin qu aimoient les Pythagoriciens, je crois plutôt le pr’emieiv Voyez Ceriforlnus, Ch. XX Se XI , a. h ûa i ce «^ui Kâi i’fr^ur de Fréret îiCfez fîngulière, T*

*uft l’AMi Ri que; 1519 3u cycle, ils ajoutoient treize jours, qu’ils con* facroient à la pénitence (i) & au jeûne : après quoi ils recammençoient le cycle. Quelques Ecrivains Tout regardé comme un cycle civil; pour moi je le crois agronomique & imaginé (l) Nous avons vu que cette idée tenoit à celle dei anciens Egyptiens. Les détails que préfente M. Carli nié- Htent d’autant plus d’attention qu’il paroît n’avoir pas afTei fenti les rapports eifentiels , & l’ordre du cycle des Mexicains, j Il voit, au premier coup-d’œil , que dix-huit mois à& Vingt jours donnent une année de trois -cents foixantô Jours : cela eft bien fenlible. On y trouve le mêm«- nombre qu’avec douze mois de trente jours. Voilà donc, au Mex’iciiie y la première armée Solaire de nos Continens, Bc non Lunaire. Mais calculons avec le cycle, ou fiécle^ Mexicain de cinquante-deux ansj nous aurons avec trois— cents foixante jours , multipliés par cinquante-deux , dixliuit mille Tept^cents vingt jours, qui, divifés par trente (ou un mois) , donnent fix-cents vingt-quatre rpois. Ceuxci divifés par douze (ou un an) , donnent cinquante-deux ans. Les Hiftoriens , Carréri fur-tout, obfervent qu’on ajoutoit treize jours à la fin du cycle , pour corriger le biiTextile. En effet treize jours , multipliés par vingt-quatre heures, donnent trois-cents douze heures, qui, divifées par cinquante-deux , donnent (ix heures pour chaque année , dont nous faifons un jour, au bout de quatre ans. Nous n’avons encore que des années de trois -cents foixante jours fix heures : ce qui tient de la première & de U troifiéme forme de l’année. Ce réfultat prouve donc , “fens ^voir befoia de témoignage quelconque , que l’année

i6o Lettres pour corriger l’extrême différence de l’année folaire.

Nous avons auffi vu quils’ avoient des mois de vingt jours ,& qu’ils en comptoient dix-huit par an. Leur ancienne année étoit de trois-cents foixante-cinq jours , ou rintermédiaire , qui fut l’année civile de l’Egypte , a ntcelTairement été connueau Mexique. Ici l’Hiftoire s’accorde avec la Raifon : elle nous rend les cinq jours fous le nom de Nenontcmi, qu’on ajoutoit à chaque année , depuis la réforme qu’exigea le cours du Soleil. Carréri prétendmême que ces jours avoient été liés avec la fuite de l’année , de manière à ne plus paroître accell’oires. On le çonfultera fur ces calculs.

Jufqu’ici tout eft clair pour M. Carli 3 mais il ne peut comprendre ce qu’ajoute Carréri 5 favoir que , tous les quatre ans , l’année retardoit d’un jour. L’analogie que j’apperçois entre ce cycle & la période Egyptienne , quoique plus longue , lève la difficulté. Nous avons vu que les Egyptiens avoient en horreur l’intercalation , & flifoient ferment de ne jamais la mettre en ufage. En conféquence ils avoient une année vague ^ où les (îx heures paroifloienc négligées , relativement au cours des mois , mais qui réellement ne l’étoient pas, puifque, tou^ les ans, ils commençoient leur année fix heures plus tard , au lever de la canicule. Les Mexicains , dont toutes les théories tiennent à celles de TEgypte, n’étant pas obligés de fe régler fur le lever de cet aftre , négligèrent abfolument ces fîr heures j tous les ans , ne voulant pas non plus intercaler , quoiqu’ils célébrafTent le luftîe quadriennal, comme toutes les anciennes Nations. Ainll tous les quatre ans l’année dçYoit perdre u» jour ; ce qui leur donaoit tr^iie fois un donQ %.

SUR L*AM i R I QU E. î6i donc de trois-cents foixante jours,comme chez tous les anciens Peuples.

Ils ajoutoient, à la fin de Tannée , cinq jours épagoménes, après l’expiration defquels ils recommençoient l’année fuivante. Telle efl la j jour au bout de cinquante -deux ans , de trois – cents foixante jours chaque , non compris ces trei:^e Nenontemî ,” qui faifoient la corredion de l’année primitive. Je conclus aufïï que M. l’Abbé Clavigéro , Tom. Il ^ s’eft trompé lorfqu’il a dit que U retard d’un jour , dont parle Carréri, n’eft relatif qu’à notre Calendrier, Se non au Calendrier Mexicain : il eft évident que ce retard y étoic réel. Il fait une autre obfervation plus importante ; c’efl; que les Toltéches , Peuples, dit-il, plus anciens que les Mexicains , ( cela eft-il prouvé ? ) corrigeoient le biffextile par l’addition d’un jour, tous les quatre ans, plus de cent ans avant notre Ere ; mais que les Mexicains , ne voulant pas, faire tomber deux Fêtes le même jour , imaginèrent <le tranfporter le biffextile en une fuite de treize jours , à la fin du cycle. LeChevalierBoturini devient ici fon garaqt.

On peut douter de cette fuppofition. Quant à ce que l’Auteur cite de Fréret & de Boulanger, il a raifon de rejetter leur fuppofition, dont il eft impoiîible d’appercevoir la moindre preuve. Voilà donc auMexique, comme en. Egypte , l’année facrée , de trois-cents foixante jours, rânnée civile de trois-cents foixante-cinq jours, & l’année vague en apparence , mais réellement aftronomique. ” Les réflexions que fait M. Garli , fur les rapports du cours de la Lune , font , on ne peut plus ingénieufes ,& prouvent fa fagacité. Cependant je bazarderai une conje<^ure fur les neufjours des Fêtes célébrées ^ tous leç Tom& 11^ h

î6i Lettres première corredion que firent les Mexicains i ïorfqiuls eurent apperçu que la révolution du Soleil excédoit le nombre des trois-cents foixante jours qu ils avoient comptés Jufqu alors; la révolution du Soleil étant devenue plus longue, par une caufe quelconque.

Mais leurs Aftronomes apperçurent enfin une autre irrégularité : les trois-cents foixanté-cinq jours ne fufiîroient pas : la révolution folaire Texcédoit de fix heures ou un peu moins : de quatre ans. Je les crois relatifs à l’époque où l’année Solaire 8c Lunaire furent réformées, & probablement en même temps : en effet on ne pouvoit guères s’occuper de l’une qu’on ne fongeât à l’autre. Les Mexicains qui , comme nombre de Peuples , avoient d’abord déterminé l’année Lunaire à trois-cents cinquante jours , (ou à vingthuit jours Si. demi ^ par mois ) s’étant apperçu de l’erreur, la déterminèrent de quatre jours plus longue. On £t donc cette addition en même temps qu’on ajouta les cinq jours Nenontemi à l’année Solaire5&, tous les quatre ans, on célébra la mémoire de cette addition , pendant un Jubild. de neuf jours , dont les cinq premiers étoient peut-être confacrés au Soleil , les quatre autres à la Lune. Ainfî nous faurions.par cette conjeârure, à quel terme étoit auiïî fixé {9- cours de la Lune , à la réforme du Calendrier de ce Peuple.

Je crois cette idée au moins aulîî bien fondée que celle de M. Carli. J’évitemême tout ce qui Tembarafle. Quoi qu’il en foit on eft forcé de convenir que ces Peuples n’étoient pas ces Barbares que MM. Pav/^ Bailly & autres ont yu ea Amérique , fans fortir de leur cabinet. T.

SUR l’Amérique. i6^ forte qii*au bout de quatre ans, il en réfultoit une différence d’un jour. Les Egyptiens avoient évité Terreur qui en auroit été la conféquence , en admettant leur grande période foîhiaquê ou caniculaire de mille quatre-cents foixante un ans.

Les Mexicains , perfuadés de la réalité de ce furplus de fix heures par an , imaginèrent leur cycle de cinquante-deux îmnés, auxquelles ils ajoutèrent les treize jours confacrés à la pénitence& à la prière. Enfuite ils recommençoient leur cycle.

La preuve de cette combinaifon efl bien fenfible. Multiplions cinquante-deux ans par fix, nombre des heures excédentes de chacune des cinquante-deux années , nous aurons trois-cents douze heures , qui , divifées par vingt-quatre, nous donnent les treize jours épagomënes,pu ajoutés à la fin du grand cycle.

Carréri nous rapporte une autre ciconflance qui mérite attention. Selon lui , les Mexicains commençant leur année au dix Avril , le recommençoient le neuf, après les quatre années fuivantes, rétrogradant ainfi d’un jour tous les quatre ans, jufquà la fin du cycle de cinquantedeux ans , aubout duquel ils ajoutoient les’treize jours épagoménes , confacrés à leurs Fêtes lugubres & à la pénitence, pour recommencer le fiécle au 4ïx Avril,

^4 Lettres II me femble qu’il y a ici une véritable contradidion : car, félon cette combinaifon , Tannée qui fuivoit les quatre premières , auroit du commencer le onie & non le neuf, Ainfi , tous les quatre ans, il devoit fe trouver un jour de furplus à Tannée : par conféquent la correction des treize jours épagoménes devenoit inutile à la fin du cycle de cinquante-deux ans.

Si, d’un autre côté, nous admettons la rétrocefîion d’un jour, tous les quatre ans, la différence de l’année fvdérale auroit été double au telme du cycle , c’eil-à-dire de vingt- fix jours.

Mais la corre6lion des treize jours étant certaine , puifque tous les Hiftoriens la confirment , & Carréri fe trouvant le feul qui nous parle de la rétroceffion d’un jour, tous les quatre ans, je foupçonnebeaucoup que Carréri s’efl trompé.

Ainfi nous ne devons faire attention qu’à Tingénieufe corre£lion des treize jours qui ramenoit exaftement chaque grand cycle au même point.

Mais je ne fais comment Carréri a rapporté le commencement de l’année Mexicaine au dix Avril : car les Mexicains ayant dix-huit mois , & nous feulement douze , il manque fix dénominations pour être , des deux côtés , dans un juile rapport. Il a peut-être commencé à comp-

SUR l’Am é r I q u e: ï6j ter depuis Janvier jufqu’à l’équinoxe du printemps. Mais cette fuppofition prouveroit le contraire. Car nous trouverions quatre-vingts jours , ou deux mois vingt jours , de notre côté ; ce qui feroit quatre mois Mexicains.

L’année a toujours commencé avec le premier du mois j ainfi je ne doute pas que les Mexicains n ayent de même commencé la leur avec le mois , à Téquinoxe du printemps. La rétrogradation d’un jour tous les quatre ans , n exifta donc pas , ou ce fut une autre chofe que n’a pu comprendre Carréri , dans un temps déjà fi éloigné de l’époque à laquelle cette Nation avoit difparu fous le glaive des Efpagnols.

Boulanger dit, dans {on Antiquité dévoilée ^ Tom. m, pag, 21 , & d’après Frèret , que les Mexicains avoient trouvé le moyen de corriger le biffextile, en multipliant treize jours par mille quatre-cents foixante , & que de-là il leur ré^ fultoit le nombre de cinquante-deux années ,’ de trois-cents foixante-cinq yours chacune; ce qui formoit leur cycle , en y ajoutait treize autres jours : de forte que la corre6î:ion fe trouvoit d’accord avec le nombre mille quatrecents foixante-un,expreflion du cycle caniculaire des Egyptiens ou de leur année fydérale- Je ne fais fi les Mexicains ont réellement Liij

i66 Lettres fuivi cette marche : mais Boulanger ne parle pas de la rétrogradation mentionnée dans Carréri.

Quoi qu’il en foit ces Peuples obfervèrent qu’il falloit ajouter cinq jours aux trois-cents Soixante ,pour completter Tannée;& qu’au bout de quatre ans le Soleil étoit en retard d’un jour; c’eil-à’dire de fix heures environ tous les ans : ce qui faifoit une période de» treize jpurs en cinquante-deux ans. Or voilà les treize jours de pénitence & de prières, qui terminoient le cycle.

Mais, puifque les obfervations agronomiques des Mexicains nous ont paru dignes de notre attention, permettez-moi quelques réflexionsfur leurs mois de vingt jours. Outre le but qu’ils avoient eu de faire toujours tomber les jours de marché le trois , le huit , le treize & le dixhuit de chaque mois, c’eft-à-dire à la diilance de cinq jours , comme nous l’avons déjà vu , ils ont peut-être eu aufîî l’intention de corriger plus facilement le cours annuel de la Lune. Il îi’eft pas probable qu’ils ayent apporté tant de foin à calculer la période annuelle du Soleil , & qu’ils ayent négligé celle de la Lune. Le nombre de vingt-neuf jours huit heures, étant celui qui approche le plus d’une lunaifon , nous avons , en prenant ce nombre 5, trois-cents cin-

s U R l’A M E R 1 Q U E: I67 l5nante-deiix(i) jours pour douze lunaifons. Or ce nombre de jours approche plus de la véritable période que celui de trois- cents cinquante adopté par d’autres Nations» Néanmoins il y a «ne erreur de deux ^ours huit heures quarantehuit minutes trente-fix fécondes,félon notre calcul aduel. Or cette erreur fait, tous les quatre ans, neufjours onze heures feize minutes vingtquatre fécondes. Si , d’un autre côté , nous obfervons qu’on a fixé jufqu’à notre temps même la période annuelle de la Lune à trois-cents cinquante-quatre jours fix heures , nous trouverons qu’en prenant la fomme de deux jours lix heures, par an, pendant quatre ans, nous aurons neuf jours juite. Ne feroit ce donc pas pour cette raifon que les Mexicains faifoient , tous les quatre ans , des Fêtes qui duroient neuf jours ? Voilà ce dont perfonne n’a. jamais pa deviner la raifon. Ainfi ne blâmons pas Acofta d’avoir regardé ces Fêtes comme un Jubilé, Malgré cela, les Hiftoriens ne nous apprennent pas fi les Mexicains célébroient ces Fêtes après quatre années lunaires ou quarante-huit lunaifons. Nous ignorons même s’ils fixoient l’année^ (i) Multipliez 19 jours par rx , vous- aurez 5^48 jours,; nutltipliez 8 heures paru, vous aurez ^^ heures, oife 4 jours ; or 34.S 6c ^zz jjirxpurs. T,

^[68 Lettres lunaire à trois-cents cinquante-deux jours,& Iq$ lunaifoias à vingt neuf jours huit heures. Qaêf^ qu’il en foit, deHorne, Carréri& plufieurs autres Hiftoriens ont fu que les Mexicains ajoutoient cinq jours aux trois-cent» foixante; ils nous ont décrit les Fêtes des^feé?-^ jours à la fin. des périodes de quatre Éùtiêhs , & celles des treize jours , après le cycle de cinquantedeux ans.

QuelquesEcrivains ont penfé qu’elles avoient pour objet la Religion , d’autres la fuperftition , d’autres enfin la correction & l’ordre de l’année ailronomique. Mais, de quelque manière qu’on envifage ces procédés, on eft forcé d’avouer que ces Américains , loin d’être des Barbares , des Ignorans &c , pour ainfi dire , plus bas que l’homme , avoient des connoiflances aftronomiques qui les relèvent infiniment. En effet quel Peuple , dansnotre Hémifphère , avoit plus exactement réglé fon Calendrier fur le cours du Soleil & de la Lune? Ne voit-on pas qu’ils avoient ^xè leur attention jufqu’aux moindres détails relatifs aux révolutions périodiques de ces deux flambeaux de notre fyflême? Ils connoiffoient plufieurs conflellations , leur avoient donné les mêmes noms que nous ; ils avoient obfervé les Pléiades & les Hyades , pour déterminer les points des équinoxes : c’efl bien peu

SUR l’AM É R ï Q U E. 169 ifle chofe, me dira-t-on que ces connoiffances aftronomiques ; mais combien de Nations n en favoient pas tant en Europe , à Fépoque feule de la Conquête > Au reile leurs calculs étoient fondés fur des obfervations & des traditions qui remontent à plus de trois mille ans avant notre (i) Ere.

Tel fut 1 état de Tancienne Aftronomie dans Tune & l’autre Hémifphères. Nous y avons vu les UJages y les Rits Religieux , VEcriture Hilro” glyphique , les Quipos & autres circonfîances nous préfenter une conformité frappante. 11 feroit peut-être même démontré que les Langues (i) VEdition Italienne placç ici cette Note , qui, fans doute, devoit être ailleurs : «M. l’Abbe Clavigéro, Tom. IL •p pag. 64. , voit , avec furprife , que les mois Mexicains » ne répondoienc pas aux lunaifons : cependant il dit que Dî le mot Metitii fignifioit Lune & Mois. Ainfi il croit •s ^ue les Mexicains avoient deux fortes de mois 3 1° des »3 mois Religieux ; ^° des mois Aflronomiques. On voie •» l’image du Soleil & de la Lune au centre de la figure »5 qu’il nous donne, comme le tableau de l’année, diftinguée •par vingt repréfentations m, .> Un ancien Calendrier Egyptien , publie par Bianchinî , repréfente le Soleil par une tête d’iiomme, avec une couronne rayonnée, & la Lune par une tête de femme, avec un croiiTant , au centre. La diftindion des mois , dont parle M. Clavigéro , feroit ^alogue aux théories de l’Egypte.T.

170 Lettres y ont les mots primitifs communs , fi quelque^ Savans ,également verfés dans les Langues principales des deux Continens , en avoient fait une analyfe exade , pour parvenir à une comparaifon fondée fur des principes. Quelques noms d’anciens Héros ou des Perfonnages les plus renommés fe font trouvés les mêmes, de l’un & de Fautre côté du Globe. Croirons-nous , après cela , qu’il n’y ait pas eu de communication entre les deux Hémifphères? Mais comment fe feroit-elle établie, en les fuppofant toujours féparées par de vafles mers ? Voilà le point effentiel qu’il s’agit d*examiner à préfent. Il mérite l’attention de tout homme dégagé de préjugés. Ainii je vais, bien ou mal, vous préfenter mes idées. Vous y attacherez l’intérêt que vous jugerez à propos.

LETTRE XXXV

Récapitulation des Obfcrvallons précédentes, Com^ ment les Américains , avant la découverte du Fer y de l’Ecriture & de la Monnole , ont- ils pu communiquer avec notre Hémîfphère ? Ily avoit probablement dans l’Océan Atlantique un grand Continent que la mer a fulmergé , mais dont les Peuples pouvoient communiquer tant avec ^Afrique & l^Europe , quayec ^Amérique aBuelle. Objecîions» J. OUTE S les obfervatJons que nous ^vons faites jufquà préfent , femblent nous prouver qu’il y a plus de cinq mille ans qu’on s’eft occupé des procédés néceffaires pour fixer les points des équinoxes & àQ^ folfticés , & déterminer précifément le cours du Soleil & de la Lune. Ce dut être, comme nous l’avons vu , avant l’ufage du fer, de l’écriture & de la monnoie. La période Solaire fut alors fixée à trois’Cents foixante jours, celle de la Lune à trois-cents trente-fix ; chaque lunaifon partagée en quatre phafes de fept jours , ce qui donnoit un mois de vingt- huit jours; & les feptiémes

iji Lettres jours furent confacrés à la (i) Religion. Cefl d’après ces diviiions qu’on eut la première idée d*un cercle auquel on aiîigna trois- cents foixante dégrés. La Sphère ne tarda pas à être inventée. On y forma les cercles qu’on fuppofoit décrits par les corps célefles , qui fembloient rouler autour de la terre; & celle-ci fut placée au centre , conformément aux apparences. Nous parlons même comme fi nous Vy fuppoiions encore.

Mais toute l’Antiquité fe réunit pour nous attefter que c’eft Atlas qui donna les premières inftrudions fur TAftronomie ,& qu’il la fît conlîoitre à Hercule. Cet Hercule efl TEgyptien; celui qui combattit contre Antée , ou contre les Peuples qui portoient ce nom. Atlas étoity félon la tradition , un Prince puifTant qui con-quit une grande partie de l’Afrique , en même temps que fon frère Saturne fe rendoit maître d’une partie de l’Europe ,& particulièrement de l’Italie. Enfin Atlas vint en Afrique par l’Océan, où il y avoit une île plus grande que l’Afie & l’Afrique : on l’appelloit Atlantide ; elle fut enfuite abforbée par la mer.

Nous avons vu, en outre, que les Américains s’accordoient avec les Egyptiens & les (i) Nous avons vu que cela iVétoit pas général, à beau/^ coup près. T^

SUR l’AM ÉR I Q U E. I75 autres anciens Peuples de notre Hémirphère, fur les obfervations aflronomiques primitives , telles que la pofitiori des Hyades, des Pléiades, les points des folftices & des équinoxes, la période annuelle du Soleil & de la Lune.

Mais les corredions de Tannée fydérale nous ont paru faites j au Mexique , fur des combin.aifons différentes de celles de (i) TEgypte : en effet les Mexicains faifoient leur correction après un cycle de cinquante-deux ans , en y ajoutant treize Jours épagoménes. Les Egyptiens , au contraire , négligeoient l’erreur de ûx heures environ, pendant tout le cours de la période fothiaque , ou de mille quatre-cents foixante ans.

Je crois donc pouvoir conclure de ce différent procédé , que les Peuples ûqs deux Continens ne communiquoient plus entr’eux au temps des correftions qu’ils firent à leur année folaire , comme ils avoient fait lorfque leur (i) Sans doute elles diiféroient , tant par la lono-ueiir <]ne par le fupplément du bifTextile 5 mais le principe & les rapports en étoient les mêmes. Nous avons vu que les Egyptiens ne négligeoient Terreur des ilx heures qu’en apparence, relativement aux mois vagues. Le lever de la canicule fut la vraie caufe des différences : mais je ne doute pas que les deux périodes ne fuient dues à une des ijeux Nations ifTue de l’autre. T.

174 L E T T R E 5 année étoît de trois-cents foixante jours chez le? uns & les autres ;& qu’au lieu de fer, ils employoient des couteaux de pierre tranchante , des hiéroglyphes & des cordelettes au lieu d’écriture , & lorfqu’ils buvoient , au lieu de vin, le fluide fermenté que nous appelions généralement bierre. De forte , qu’à cette époque primitive , tout ce qui fe pratiquoit en Amérique étoit conforme aux anciens Ufages de notre Hémifphère.

Nous avons rappelle une ancienne tradition Américaine, qui nous apprend que des Peuples de rOrient font venus dans le Nouveau-Monde , à une époque qu on ne peut afîigner , & que réciproquement , des Peuples de l’Amérique ont quitté ce Continent pour pafTer en Orient.

Les Conducteurs des anciens Peuples font venus, des extrémités de l’Océan dans notre Hémifphère; en ont aufîi été des Divinités. C’eft peutêtre pour cette raifon quHomère appelloit l’Océan le Père des Dieux, Orphée (l) le chante auffi comme Père des hommes, 11 eft inutile de nous arrêter ici à l’opinion (i) Orphée ou Or-phe , c’eft-à-dire , en Egyptien, yî/^ d^Orus ou Orus , chez les Grecs , étoit Egyptien ’, ou ce fut un nom figuré , analogue aux théories de l’Egypte , & dont on a fait un perfonnage réel. Ce dernier fentimenC’ femble être indiqué par l’Harpocrate Egyptien, qui le voiç«

de pliifieiirs Ecrivains qui ont cru appercevoîr en Amérique des traces de différentes Colonies, forties de notre Hémifphère à des dates plus ou moins éloignées. Uanalogie de quelques mots, de quelques ufages ne font pas des preuves fuffifantes. Il falloit faire attention aux points elGTentiels , qui font Tufage du fer , de récriture & de la monnoie. Cet ufage n’exiftoit pas en Amérique. Nous y avons trouvé, au contraire , des hiéroglyphes , des quipos , des obfervations aflronomiqaes , antérieures à cet ufage , & qui remontent à une époque de plus de cinq mille ans ; c’efl-à-dire antérieure à celle que le texte Hébreu donne au Déluge univerfel : mais le P. Riccioli a très-bien fenti l’importance du texte des Septantes.

Paw n’a pas calculé ces obfervations : le cycle des Mexicains étoit une combinaifon au-deffus de fa portée : il femble même qu’il ne Tait pas regardé. Il a mieux aimé prendre le contrepied du bon fens,& altérer en tout la Vérité, lorfqu’il. a parlé des ufages de ces Peuples: entouré d’animaux, comme la fable repréfente- Orphée, D’ailleurs toute la tradition rappelle Orphe’e en Eo-ypte.

A la rigueur , ce ne feroit qu’un Egyptien qui auroit paffé en Grèce , oii il auroit même introduit les Myftères d’Ifis , la même que Cérès. La tradition que cite l’AuteUr pourjfC4t doue av«ir quelque fondement. T.

176 Lettres ^ fon intention n’étoit que de les dégrader : îl né poiivoit donc mieux faire. Cependant il n^ jamais dit ce qu’il penfoit de la communication que d’autres croyoient avoir eu lieu entre les deux Continents. 11 combat, par de fortes raifons , l’opinion de ceux qui ont fait voyager les Phéniciens , les Chinois , les Tartares en Amérique , mais on ne voit pas ce qu’il en penfoit lui-même. Il convient de certaine conformité dans des ufages , des coutumes , qu’il ne rapportenéanmoinspastoujours fidèlement. Mais Pav/ a peut-être fenti qu’il étoit plus facile pour lui de détruire que de bâtir;& moins dangereux de combattre le fentiment d’autrui que d’en propofer un.

Nous fommes toujours en attendant la Dé-’ monjîraùon que M. le Comte de BufFon nous promife , fur la Manière dont Us MoUcuUs de notre Globe font parvenues à tOrganïfaùon ^ <^fur-tout à rAnimalité qui leur a. donné un mou-’ vement fpontanè & progrej/if.Comme cette grande queftion refle encore indécife dans fon portefeuille, nous en préviendrons la folution en ”difant que les Américains ont eu la même ori- . giné que tous les hommes; c’efl-à-dire qu’ils ne font pas fortis de terre comme des champignons , félon l’opinion des Corinthiens ; ni de ’ dents;„de ferpent , comme les Bœotiens ; ni de fourmis ,comme les Myrmidons. Voyons à quel

SUR L^AMiRI^UE. I77 flégfé nous pourrons approcher de la Vérité ou de la vraifemblance.

Comme il n’efl: pas poffible que les anciens Peuples de 1Amérique ayent paffé dans notre Hémifphère , en fuppofant leur Continent féparé du nôtre , tel qu il l’eft aduellement , par une vafte mer, je préfume que le bafïin qui forme cette barrière s’y efl introduit par quelque grande révolution ;& que c’eft celle dont la mémoire s’étoit confervée dans les Archives de TEgypte. Il y auroit donc eu entre l’Amérique & notre Continent, une terre de très-grande étendue.

Les Iles que la mer baigne dans cet intervalle, font certainement des cimes de montagnes qui en furpaffent le niveau (1). Ainii j’y conçois facilement un vafte pays, comme exiftant, ily a peut-être plus de fix mille ans ;& qui , en partant des îles ^Alvarcs & de Trijlan de Cougne^ comprenoitUs Picos , les îles de Martin deFa^ ,de Sainte-Hélène , celle de la Grande-Afcenfion , les îles de Saint – Matthieu ,’ les Canaries & lest Kçores, Ce Continent auroit été plus grand que l’Afrique & une grande partie de l’Europe , (i) Voyez la Carte ci-jointe, entre l’Afrique & les côtes du Bréfil. L’Aut«ui donne , plus loin , d’autres détails. T.

<Ï78 L E t T R É § prifes enfemble : car il auroit eu quatre-vlftgf* dégrés de latitude, moitié Auftrale , moitié Septentrionale. Or cet efpace na pas moins de 4,800 milles mannes , à fbixante par degré.

Celapoféjje dis que les Peuples de ce grand Continent confînoient autant à l’Afrique & à l’Europe 5qu’à l’Amérique, fi nous en exceptons .un petit efpace de mer, que nous pouvons fuppofer de chaque côté , puifque les Anciens nous le repréfentent comme une île immenfe , au tour de laquelle on voyoit quelques autres petites îles. C’eft ainii que nous comprendrons encore plus facilement , par la fuite, comment les Peuples que les Anciens ont appelle Atlantides 5 ont en partie paiTc en Afrique& en Eu-rope ,où ils ont apporté les connoiflances aflro- Kiiques& différens ufagcs , qui s’y font plus ou tnoins confervés : nous les voyons aufîi facile-ment retourner en Amérique par la même voie; ’& nous expliquer enfin l’énigme de cette ana-logie que nous avons apperçue entre les connoiflances des deux Hémifphères.

Je fens d’avance la force de toutes \qs ob* ;e£î:ions que vous allez) me faire.Vous me direz: . i^ nombre d’Ecrivains ont traité de fable le .récit de Platon ; 2® il faudroit , pour prouver la réalité du local de cet ancien Pays , qu’on eût fondé l’Océan ,& connu les différens fonds qu’il peut avoir ^ de manière à ctre en état à^

su it VAM JE R 1 u E. ‘ty^ déterminer la continuation des montagnes fub* Utiergées, dont quelques éminences font les îles intermédiaires: 3^en fuppofant la mer affez baffe pour laiffer à fec ce vafte efpace du Globe, le grand baflîn qui forme la Méditerrannée ,celui de la mer Adriatique , peut-être même celui de la Baltique& autres , auroient pareillement du être fans eau : 4** la face du Globe auroit changé en grande partie ; & nous ne trouverions aucune raifon phyfique qui nous autorisât à placer ailleurs le volume énorme des eaux adueilement exiftantes dans ces différentes mers : 5^ il faudroit aiîigner la caufe phyfique d’une Il grande révolution, d’un fi énorme boùleverfement 5 indépendamment du Déluge univcrfd ; car cette terrible cataflrophe fuppofe qu’il fe-roit reflé, de Tun & de l’autre côté de cette vafte mer, quelques races d’hommes, chez lefquels le fouvenir des temps antérieurs & les connoiffances primitives ont été confervées.

Voilà, fans déguifement, les objedions les plus fenfées qu’on peut faire contre l’exiffence de l’ancienne Atlanndei L’Afie fourniroit peutêtre encore d’autres difficultés. Comment d’ailleurs cette hypothèfe établiroit-elle une communication entre la Chine &: le Pérou, féparés par une mer encore plus étendue? Permettezmoi de réfléchir fur ces différens articles : je m’expliquerai à l’Ordinaire prochain.

LETTRE XXXVI

Examen préliminaire des Objections, Expofé de VAtlantide décrite par Platon. Traditions anciennes qui le confirment, A-t-elle pu exijîer ?

A’t-elle été engloutie par la mer ? Idée de Cofmologie. Premier état de notre Hémifphhre, La mer furpajfa toutes les\montagnes. Second état; celui des Volcans : il eut lieu lorfque les eaux de la mer abandonnèrent les terreins quelles avoient couverts. On ne peut déterminer tétendue des terreins que la mer avoit abforbés^& ce quelle en abandonna Sabord, \jÉcLARoNs-nous OuvertementPirrhonîens, & nions tout fans raifon , ou convenons , malgré nous , que ce qu’on appelle Foi humaine , ne peut avoir pour bâfe que le témoignage combiné des Ecrivains de l’Antiquité , qui étoient de deux mille ans plus près que nous des faits qu’ils nous racontent. J’avoue , fans difficulté , que XHifioirc Ancienne eft remplie de confuiion , de fables % de faits couverts d’un voile fi épais , que la crédulité y trouve toujours de quoi fe fatisfaire : aufîi n’a-t-on pas manqué de profiter de ces avantages pour en impofer à

SUR’ l’Amérique. i8r la Poftérité. Il feroit , fans doute , bien honteux pour nous aujourd’hui , avec une û grande mafle de connoiflances , de nous en laiffer irapofer , & de ne pas pouvoir démêler le vrai du faux , que cette Eifioin nous préfente prefque à chaque page. Mais gardons-nous de ces doutes » mal-fondés , qui ne font que le partage de Fignorance. L’homme inftruit fait douter jufqu a ce qu’il ait examiné: cependant la Vérité a toujours lin certain caradère qu’il n’eft pas fi difficile de faiiir , pour peu qu’on joigne Fattention à des connoifTances bien réfléchies. Le plus fouvent même ce n’eft pas la Vérité qui fe cache , mais Tune ou l’autre hypothèfe qui nous la mafque.

Je demanderai donc, à préfent, s’il efl fi difficile de diflinguer de fimples Ecrivains qui ont voulu flatter , de ces Philofophes qui n’ont cherché que laVérité ; qui ont fait profeffion de la dire. Confondrons-nous des Mythologiftes avec les Hifloriens qui n’ont rien omis pour s’inftruire ; & l’homme fage , qui parle fans intérêt, fans hypothèfe, fans prévention, qui nous afTûre pofitivement que ce qu’il dit efl vrai, fera-t il digne de notre mépris ? Tout ce que nous ne comprendrons pas doit-il être rejette, parce que nous n’avons pas affez de lumières fur les lieux , les temps , les perfonnages ou les chofes dont il s’agit ? Juflifîons alors l’ignorance d’avoir perfécuté les Savans, les Sages M iij

tSz L E T T R E S^ que l’amour feul de la Vérité guidoit. Apprôitvons les eiiiiemis qui accufoient Ariilote , Galilée , Delcartes & autres Grands-Hommes , à qui la Société doit la inaffe de fes lumières» Tranrportons-aous à deux milie ans dans Tavenir; & difons que les révolutions civiles, politiques ou phyfiques de nos jours, font des fables imaginées par des efpnts frivoles.

Mais revenons à Platon. Diftinguons d’abord, 4ans ’ les Ecrit* de ce Philofophe , ce qui eft ou pure fpéculation , ou littérature , ou critique, ou hiflorique ; enfuite confidérons fort Difiours fur rAtlantide. Il eft facile de diftinguer cet Ecrit de tous les autres ; car il ne leur reffemble en rien : d’ailleurs ce n’eft pas fon Ouvrage : il le tenoit de Solon ; & nous ne voyons pas pourquoi il ne feroit pas croyable dans cette affertion. Les amis à qui il le préfente n’étoient pas de ces gens qu’il étoit li facile de tromper : on n’auroit pas manqué de réclamer contre l’impoûure. Si nous réfléchiffons, après cela, fur le caradère & la marche de cet Ecrit , nous appercevrons , fans peine , que Solon ne peut pas l’avoir imaginé. Solon l’attribue à un Prêtre de Sais > qui reproche à Solon lui-même & aux autres Grecs àHêtre encore enfuntSy c’efi: à-dire peu éclairés, en comparaifon des Egyptiens. Solon étoit cependant un des hommes les plus inÀruits de la Grèce ;& , de

SUR L-AM É R iQV E. iSj fon temps , elle ne manquoit pas d’hommes éclairés : mais le nom de Solon feul efFaçoit tout ce qu elle avoit de plus grand. Dans des fiécles plus reculés on îauroit mis au rang des Dieux. Le caradère des perfonnages & celui de TEcrit ne nous permettent donc pas de regarder cette Hijioirc derAtlantide, comme une fable.

Souvenez-vous de la tradition que FAntiquité a toujours confervée, relativement à une terre habitée au-de-là de l’Océan ;& difons à préfent quelque chofe de plus particulier concernant l’Atlantide. Nous avons vu , dans la Lettre précédente , qu’en joignant , par des terres , les cimes à^s montagnes que forment les îles répandues j comme je l’ai dit , dans l’efpace de quatre-vingts dégrés , nous avons formé une île que j’appellerai ïAtlantide^ iituée entre notre Continent & celui de l’Amérique.

Or, voici la defcription qu’en fait Platon : « L’Ile étoit vis-à-vis l’embouchure qu’on dif- » tingue , chez vous , par le nom de Colonnes M d’Hercule, Cette île étoit plus grande que la » Libye & l’Afie , prifes enfemble. On paffoit » de cette île à d’autres îles,& de celles-ci au » Continent oppofe. … La puifTance à^s Rois » qui dominoient dans cette ile Atlantide fut » très-grande. Elle s’étendoit aufîi fur beaucoup ’^ de petites îles contiglles, & fur une grande M iv

i?4 Lettres » partie du Continent. Ces Peuples , ayant fait » irruption dans nos (7<?/2/r^W,conquirent laLibye » & l’Europe , jufqu a la Tyrrhénie ».

Si Platon- avoit eu fous les yeux une Mappemonde qui repréfentât l’Océan, avec les bords oppofés des deux Continens , auroitil jamais mieux défigné TAtlantrde ? N’eil-ce pas là ce Pays fi riche en or , que les traditions ont tou-jours placé au-de-là de l’Océan? Faut- il aller chercher ailleurs l’origine de la fable des Pommes d’Or du Jardin des Hefpéridcs ^Jîtué à Vextrémité occidentale de la mer ? Le témoignage unanime de tant d’Ecrivains , qui fuppofoient des Pays • habités au-de-là de l’Océan Atlantique , maintenu pendant tant de iiécles , jufqu à la découverte de l’Amérique^ n’efl-il pas fuffifant pour nous perfuader qu’il étoit refté un monument authentique des anciennes révolutions du Globe , dans le Pays le plus éclairé , le plus cultivé de la terre, je veux dire l’Egypte.

Lucien même, au miUeu de toutes iç,s plaifanteries,’ ne feint-il pas, dans fon Eifloire véritable , qui n’eft que badinage , qu’il a traverfé l’Océan , & s’eil: trouvé dans un grand Con-_^ tinent. Strabon,£iv. //, a regardé comme une chofe très – probable le récit que Platon fait de l’Atlantide. Cependant il refufe d’ajouter foi à tout ce qu’Hérodote écrit fur le voyage que les Phéniciens ont fait autour de l’Afrique. Il

SUR l’Amérique. i8f ne croit pas davantage ce quHéraclide du Pont raconte d’un Mage qui , félon lui , fit le même tour. Il regarde comme une impofture ce qu’Eudoxe (i) de Cyzique dit de fa courfe dans l’Inde , étant parti de la mer Rouge; & de fon retour le long de TAfrique pour fe rendre en Efpagne. Mais il refpede Platon.

Le point effentiel efl de favoir fi cette île immenfe a réellement pu exifl:er ; car , û la chofe a été pofiible^ la tradition rappellée par le Prêtre Egyptien , acquiert un degré de vérité, qui lui donne la force d’une démonfiration^géométrique. On voit en même temps s’évanouir toutes les objedions, qui n’ont de fondement que dans une incrédulité aveugle , & dans Fétat aduel du Globe, Mais qui pourra me montrer quel étoit , ou quel a du être l’état primitif de ce Globe , qui eil moins qu’un point dans l’Univers? Combien le fois il a changé de forme , de centre & de points cardinaux. Je me rappelle ici un des plus beaux pafîages des Anciens. Ceâ Ovide 5ui nous lève un coin du voile : ^ T^idi ego quoi fuerat quondam foUdlJJîma uUus EJJefmum : vidi faélas ex aquore terras : (l) Les doutes que Strabon a eus fur ces diffézQa$ T<yages , ont paru aflez finguliers de nos jours^ T,

:tS$ Lettres £i procul â pelago concha jacuêre marina y.

Et vêtus inventa eft in montibus anchora fummlsl Quodque fuit campus , vallem decurfus aquarum Fecit ; & eluvie rrtons ejt deduBus in aquor, 44 J’ai vu que ce qui étoit auparavant une terre » très-folide s’étoit changé en mer : j’ai vu n des Pays découverts par la retraite de la mer : » des conques marines ont été abandonnées 9> loin des mers : on a trouvé une vieille ancre » dans le fein des monts les plus hauts. Ce » qui avoit été une plaine eft devenu vallée H par lecoulement des eaux; & les montagnes , » entraînées par les flots , ont été portées dans » la mer : Métamarph. Liv, XV. ».

Ce font des vérités qu’on ne pcuvoît produire dans les fiécles d’ignorance, que comme autant de blafphêmes. Malheur à celui qui les auroit foutenues , même avec les preuves que nous en avons aujourd’hui. Mais Thiftoire du Globe ne pouvant fe connoître qu’en examinant les phénomènes qu’il nous préfente j nous avons enfin fentî que la Vérité devoit remporter fur le Préjugé. Des Phyiiciens, infatigables dans leurs recherches , fe font même cxpofés aux plus grands dangers, pour tire: notre fiécle de la léthargie des âges précéden*.

Ils nous ont fait connoître la ftrudure des chaînes immenfes de montagnes , q”i coureit de l’une à l’autre extrémité du Globe \ ils noîSi

SUR l’Amérique. ïSy ont mis fous les yeux les différentes couches des terres , leur nature , leur caractère , leur lîtuation refpedive ; & enfin les preuves les plus évidentes d’une Antiquité qui fe perd dans la nuit des temps. Non, le Globe nefl plus ce quil a d’abord été; il a peut-être changé de formes des milliers de fois;& il en changera encore après nous. L’eau , le feu l’ont vifiblement travaillé dans plufieurs de (es plus vaftes parties. Des effervefcences , des fuiions , des inondations , des tremblemens de terre , des volcans en ont hauffé , baiffé , déchiré , emporté , précipité tantôt une partie , tantôt l’autre ; & l’homme , fi fier de fon féjour , oii il n’a pas horreur de répandre le fang de fon femblable, pour un coin de terre qu’il nefl pas sûr de pofleder un infiant , femble n’y être que comme un être pafTager , voltigeant de roche en roche , pour fe fauver fur les débris I Homme , orgueilleux de tes titres & de ta puifTance , voilà ta demeure ; voilà cette motte de terre que tu prétends affujettir en répandant la terreur , tandis qu’un ver de terre paroît avoir une exiflence plus afTûrée que la tienne ! Mais fuivons ces révolutions.

Il faut avoir bien peu de connoifTances, & une bien fotte préfomption pour ne voir, dans l’état aduel du Globe , qu’une révolution qui nauroit été opéréçque par unDéluge uniyerfeL

igS Lettres AJfûnr^& raifonnef fur des principes , font deUîf chofes bien différentes. La mer a été fur les montagnes ; tout le prouve : mais que les marques qu’elle y a laiffées de fon féjour foient TefFet dune fubmeriion générale , qui n a duré que peu de temps, un an tout au plus, félon la tradition des Hébreux ; c eft ce que dément formellement l’expérience : au moins avons-nous mille raifons de croire le contraire , fans nier la vérité de ce fait , qui n eft qu une des révolutions du Globe. D’ailleurs Moïfe nous préfente lui-même une objedion qui tranche la difficulté. La colombe que Noé lâcha, pour s’afTûrer de la retraite des eaux, lui apporta enfin une branche d’olivier. Les arbres n avoient donc pas été déracinés par la révolution de fou Déluge. A plus forte raifon , la furface duGlobe n’avoit-elle pas été changée jufquà des profondeurs énormes. On fuppofera peut être ici lin olivier produit par miracle : j’avoue qu’avec ào-s miracles, on peut tout fuppofer; rnais l’Ecriture ne parlant pas d’olivier produit par miracle ^ je dis qu’il n’y a qu’un fot qui puifTe le fuppofer. C’eft la feule réponfe qu’on peut faire ici , encore par pure complaifance. Je demandois un jour à vm Francifcain de Naples, pourquoi leur Patron ne faifoit plus de miracles en Italie? C’efl, me dit-il fagement , parce qu’il en a trop fait. Mais fuivons.

SUR l’Amérique; t^^ Les coquillages marins qui fe trouvent par-tout , jufques dans le cœur des roches les plus dures,commeFontremarquéSténon^^‘^oodward, Ray , Scheuzer , font preuve de Tantiquité la plus reculée. Hérodote en avoit obfervé fur les hautes montagnes de TEgypte; & , pour ne pas laifTer d’équivoque j il dit « qu’il en fuintoit en- » core un fuc muriatique , qui altéroit même » les pierres où il s’en trouvoit dans les pyra- » mides ». La montagne voiiine de Memphis lui ayant paru contenir du fable , il en conclut que la mer s’étoit élevée au-deffus des montagnes. Straton , Xanthe de Lydie , Eratolthène crurent aufli que la mer avoit occupé des plaines oii ils virent des pierres qui reffembloient à difFérens coquillages marins , comme nous le rapporte Strabon.

Les corps marins, qu’on tire de la terre > font de fiécles difFérens. On doit , fans contredit , regarder comme les plus anciens ceux qui font bitumineux (i),minéralifés, pétrifiés ou réunis è des matières calcaires , à des fchites argil- (i) Plufieurs faits contrediroietit cette aflertion de l’Auteur , quoiqu’à certains égards ,, il puiife avoir raifon ; mais, fur ce fait comme fur tous ceux qui fuivent, relativement à l’état aftuel du Globe , je renvoyé aux nombreux Ouvrages de Phyfique , de Minéralogie , d’Hiftoici J^i^turelle , que »ous avons aduelleraent. T.

ipo L É t r K E s ” kiix, limoneux, &c. fur de très – hautes mon* tagnes: fur-tout lorfquils font d’efpéces qu’on ne retrouve plus dans nos mers , comme les Cornes d’Ammon^ les BéUmnites ^ les Gryphius ^ \qs Térébratules (l) & autres qui fe trouvent dans le vade Océan. Voilà certainement les plus anciens ; & nous ne les avons que foiïiles dans nos Contrées. On doit regarder comme d’une époque poftérieure , ceux qui fe rencontrent dans ’ les collines , les montagnes moins élevées , corapofées de gravier calcinable & de fable vitrifiable ,& par couches. Ces corps marins font mieux confervés & plus entiers : nos mers en fourniffent.

Les hauts monts àes Alpes , partie de la chaîne immenfe qui fe prolonge fur tout le Globe,& qu’on peut appeller Monts primitifs ^ ont à leur cime une croûte calcaire , & préfentent à^s couches horifontales & inclinées de fchite argilleux , ou de l’ardoize , du granit ; ce qui femble indiquer que la mer ne (2) les a point couvertes. Les plus hauts monts de . (i) Voyez Linné, Syflem. Natur., pag. 701, 703 , jfiif. 1751. Voyez, fur les Bélemnites , les détails du Millionnaire des Animaux. T. • (x) Cela eft encore incertain. Quant au granit , il fe fctcie & fe décompofe , avec le laps du temps , fe tranffçrmft en toute s’atTtï fmm > comme ta«tçs les autres

SUR l’ÂMéRlOUE.V 19*^ gtânît ne montrent aucun dépôt matin. Quel*- iques monts calcaires,& peut-être même tous^ ont leur noyau de granit.

L’immenfe quantité de coquillages & de “zoophytes fitués horizontalement ou parcouches inclinées , foit dans les montagnes , foit dans les vallées ,& mêlés avec difFérens lits de fable ou d’argile , prouvent donc bien clairement que la mer a féjourné fur cette partie du Globe, oii elle a dépofé , peu à-peu ,fes propres produdions, à mefure quelle fe retiroit. Nous obfervons de femblables dépôts dans nos mers; & Ton en tire différentes parties de couches égales à celles qu’on rencontre fur terre , dans les montagnes & les vallées. Ce ne font pas feulement des coquillages de différentes efpéces, des poiffbns pétrifiés , mais des plantes marines, qui exigent beaucoup de temps pour arriver â certaine hauteur.

Quant aux dépôts de coquilles que la mer a laiffées fur terre, on fait quelle prodigieufe quantité Réaumur en trouva dans laTouraine, pofées en couche horizontale. Dalibard , ayant fubftances terreufes. Ce ne font que des cr/flallifations cjue la Nature fait & défait, félon les agens qu’elle employé , & qu elle maintient dans uae adion continuelle^ Ainfi le granit n’a plus aujourd’hui, parmi les exads Mia«ralogiftes ou Phyficiens , le droit de priorité. T%

^j^z Lettres fait creufer dans les terreins de Marly-la-Ville ; y remarqua les Phénomènes les plus curieux , relativement à ces difFérens dépôts ; ôc M. de Buffon nous en a donné le réfultat. Le récit eft trop intéreffant pour ne pas trouver place ici. «A treize pieds , il trouva de la terre ,& >f enfuite un fable calcinable ou du gravier. » A cinq pieds , plus avant , c*étoit une marne >» dure , faifant efFervefcence avec Teau-forte. » A quatre pieds , au-deffous , il y avoit une » pierre marneufe ; enfuite de la marne en » poudre , fuivie d’un fable très-fin, d’une cou- » che de marne dans de la terre ,& d’une autre » de marne dure , après cela du gravier. Pouf- » faut plus avant , à travers des lits alcerna- » tifs de fable , de gravier& de marne , il ren- » contra, à quarante-fept pieds, un fable très- » jfîn , vitrifîable , mêlé de coquilles marines , y> qui confervoient encore leur couleur& leur » émail naturel ; cette couche giffoit fur du » gravier. Au – deffous fe préfenta de la marne >> en pierre , eufuite de la marne en poudre , ^ étendue fur de la pierre dure , foutenue par » une couche de fable,mêlé de coquilles, fur- » tout d’huîtres , de fpondyles , non pétrifiées. » Or cette couche étoit à la profondeur de » foixante pieds. Enfin on creufa à cent un n pieds, &, après cinq couches de fable, mêlé » de

SUR l’AM fe R I QU E. 195 W de mêmes coquillages, on rencontra de petits » cailloux fluviatiles,& du fable ».

Il fuit bien certainement de cette obfervation que ces cailloux fluviatiles qui fe font trouvés à l’endroit le plus bas , y ont été roulés fur une fuperfîcie qui n étoit couverte que par une eau de rivière , qui couloit là. Mais les couches de fable , de marne , de coquilles , d’huîtres , n’ont pu y être apportées qu’à uns époque poilérieure. Ainfi la mer y a féjourné après la rivière (l).

Si les Phyficiens faifoient de femblables recherches fur les différentes parties du Globe,on y appercevroit certainement les fignes des mêmes révolutions. Nous en avons des preuves en Italie, dans le Vicentin , le Véronois , où l’on tire Si fouvent de terre des corps marins , foit connus dans nos mers , foit abfolument étrangers , & dont les animaux ne vivent que dans l’Océan , comme le Limaçon de la Chine , le Buccin d’ivoire de Perfe , les PatelUtcs coniques , qu’on ne voit qu’au détroit de Magellan , & tant d’autres que chacun a lieu d’obferver (i) Cette obfervation précieufc nous indique donc une révolution dont il ne refte pas de date , & qui a du être générale en Europe. La mer a donc occupé nos Contrées fur lefquelles avoienc coulé des rivières. Mgii quand “i T.

194 Lettres dans les Mufées de FUniverlité de Padoue J on à Vérone , chez le Comte Canofîa, Voici l’ordre félon lequel ces corps ont étédépofés.Lescorpsétrangers qui fetrouvent dans les montagnes de troifiéme ordre , font à la bâfe ; mais les indigènes, plus haut& fur les premiers.

Les monts calcaires ne préfentent aucun de ces corps indigènes, fur-tout des poiffons, qui ayent pu appartenir à nos Contrées. Ceux qui font particuliers à TOcéan, font les feuls qui fe trouvent fur les lieux les plus élevés.

Les os de Baleine qu’on trouve en diverfes parties de l’Europe > ceux qu’on a trouvés en creufant à^Rome , font d’autres preuves évidentes du féjour de la mer dans nos Contrées.

Je citerois- encore les coquillages qu’on a rencontrés dans le Monte Mario, Kircher , qui nous a donné les figures de plulieurs poiffons fofîîles, a cru réfoudre la difficulté ,en difant que c’étoit une fuite des grandes eaux de fleuves débordés. , Ce raifonnement n’efl applicable quaux poiffons de rivière. Mais les coquillages marins , les poiffons de l’Océan , les baleines n’y ont pas été le dépôt des fleuves oii ils ne vivent pas.

Si l’on fouilloit , avec un œil affez inftruit , il eft certain qu’on pourroit déterminer & niefurer,pour ainfi dire, les changemens alternatifs de notre planète. Au moins pouvonsuous avancer, avec affQz de certitude, que

SUR l’Amérique. tpj toute la fuperficie aduellement découverte , a été deux fois fubmergée par la mer : c eft ce dont rinfpedion des marbres,& des couches des montagnes ne nous permettent pas de douter. A la première époque , l’Océan s’éleva au-deffus des monts calcaires , y dépofa les Cornes d’Ammon & les autres Zoophytes qui lui appartiennent. A la féconde , ce fut une irruption , comme forcée , que ût TOcéan fur la furperfîcie de notre Hémifphère, qui avoit été abandonnée par les eaux de la première fubmeriion. La féconde ne s’éleva pas au-de-là dQs collines & des monts du troiiiéme ordre; cil les coquillages,& les poifTons , dépofés dans les couches-qui couvrirent les anciensZoophytes, ou délaiffés çà & là, fe trouvent à préfent bien confervés & intadls.

La hauteur apparente des montagnes n eft pas un objet qui arrête le Naturalifte inflruit : car trois mille (l) perches environ, que porte la hauteur de la plus haute mont-îgne fur le diamètre de la terre , lequel eft de trois mille lieues à-peu-près, correfpond à une perche fur une lieue , ou à un pied fur deux mille deux-cents pieds : ce qui efl une très-petite élévation. En outre, fi Ton confidére que la ( I ) C’eft l’exprefTion de 1*Auteur : Péniche tre miU cîrca, T.

ipô Lettres différence des dimi^diamitrcs du Globe ‘eft de un dètix-anis trcnu-unièmc entre celai qui paiTe par les pôles& celui de Féquateur, à caufe de l^‘applatiffement du pôle , nous verrons que les eaux qui font fous Téquateur ibnt élevées de dix-huit milles plus haut que celles qui font fous les pôles;& que coniéquemment elles furpaffent de plufieurs milUs les cimes les plus hautes du Globe (i). Ainfi un fimple changement dans la pofition de l’axe de la terre , peut -avoir jette toutes les eaux de TOcéan fur nos Contrées, laiffant à fec autant d’efpace du côté du pôle Antarûique , à la première époque dont j’ai parlé.

Les plus grands Géomètres ont prouvé qu’en (l) L’Auteur renvoyé ici fon ami à la CofniDgraphie «le l’Abbé Frifîj Zii’. //, Pan. //j mais il n’en rapporte pas le PafTage. Je ne l’ai pas fous la main. 11 s’agii , dans ce PafTage , du calcul ingénieux c|ue ce favant Abbé a fait fur douze mefures des arcs du méridien , prifes à difFérens points du Globe , pour établir , par le*; dimenfions prifes entre Tornéa & Kittis ^ la différence des axes de la terre.

Quant à l’eftimation de la difFérence qu’il y a entre l’axe de la terre , palTant par les pôles , & le diamètre de réquateur , elle eft de feize lieues , de deux mille deuxcents quatre-vingt-trois toifes , dont Taxe eft plus court, félon M. de Marivetz : ainfi la différence eft, pour le demi-axe , huit lieues, dont le demi-diamétre de l’équateur le furpalTe. Phyfîque du Monde, Tom, II. pag, yi ^ Part. I, Il n y en auroit que fix , félon fon DiHionnalre. T^

SUR t’AM ê R I Q U E. 197 fiippofant Taxe de la terre dans fa pofition aduelîe, & en outre le mouvement diurne & annuel du Globe conforme aux îoix de gravité, il eu de toute impofîibilité qu’il arrive fur le Globe des changemens afîez confidérabîes pour que ]a iner , qui maintient fon équilibre avec ce mouvement , puifîe jamais s’élever à la hauteur des montagnes , & fubmerger les parties redées à fec , fauf quelques inondations particulières qui fortent du fyllême général.

Mais les eaux de la mer ont fubmergé nos Contrées; elles y ont féjourné ; elles fe font retirées. N’eft-il pas naturel d’en conclure que Taxe de la terre a été dans une diredion tranfverfale, de forte que les pôles fe préfentoient de l’Orient à TOccident aduel, ou à peu de diflance près,& l’équateurle long du méridien?

Dans cette fuppofition, qui n’a rien que de très-vraifemblable, la figure de la terre dut changer ; le noyau de la terre fut forcé ; les eaux s’élevèrent avec violence fous féquateur; & nous voyons auiïi-tôt la mer , où les obfervations phyiiques nous prouvent qu’elle a longtemps demeuré.

Si d’ailleurs nous imaginons qu’une (l)comète, ( I ) Cette idée du choc d’une comète ii’eft pas d étrange que des efprits fuperfîciels pourroient le croire.

Elle s’cft maintenue , juf(|u’à nos jours , en Amérique ^ N iij

ipS Lettres par exemple , ait donné une fecoiiffe à la tend au s’y foit appefantie , de forte que Taxe de la terre ait fait avec lequateur aduel un angle de quinze ou vingt dégrés , alors l’Océan , ou la grande mer , devoit abandonner fon ancien lit , le laiiTer à fec , & aller fubmerger une autre partie du Globe , vu d’ailleurs rapplatiffement des pôles, & l’élévation de Téquateur.

Si Ton peut , indépendamment de la pofition différente de Taxe, imaginer une raifon phyfique par laquelle on expliqueroit les alternatives des révolutions de la mer, qui tantôt a couvert une partie de la terre, tantôt une autre , jufqu’à la hauteur extraordinaire où nous voyons qu’elle s’étoit élevée, & dépofa ces amas prodigieux de corps marins en couches; parallèles , ( conféquemment par un laps de temps confidérable,) je ferai certainement le premier à l’admettre & à faire valoir la découverte. Mais , fi cette raifon , qui doit au moins avoir tous les dégrés poffibles de vraifemblance , & être unique , ne peut fe trouver , nous n’ayons plus que la pofition ( I ) différente de Taxe , pour expliquer ces grandes révolutions:carnous ne devonspasfortir comme la caufe d’jinerévolution que les Sauvages craignent encore. Il en fera parlé plus loin. T. (i) Les grandes périodes de la Nature, telles que de célèbres Phyfîciens les fuppofent de nos jours , ne fatisfont même pas à la difficulté j car nous verrons, par lu

sU R l’A M i R I Q U E; 199 destermesde laPhyfiqiie.Quellepeutdoncavoir été la caufe de ce changement? Il eft certain que la force de projedion perfévérant toujours la même ,& Fattradion du Soleil demeurant tou-jours dans les mêmes termes, il eft impofîible que ce changement foit arrivé. Donc il a fallu un choc , ou la prefîion d’un corps étranger qui ait ainfi forcé le globe à changer de position. Sénéque avoit bien fenti la force de cette réflexion , lorfqu il difoit : «Non Jinc concujjîone. » mundi tanta mutaiïo eJi.Quxik. Nat. Liv IIL » 27. Un Ji grand changement n arrive pas fans » un choc du Globe ».

Je me contente ici de ces principes , laiflant à d’autres à differter fur cette époque à laquelle exundahat aqua , & optricbat lerram^comme parle S. Ambroife , Hexam. Liv, L C. VIlL II me fufîit , pour le préfent, d’avoir montré que la mer a couvert y pendant nombre de fiécles, la partie que nous habitons. Occupons-nous deseffets que la mer a du produire en fe retirant, à la fuite d’une nouvelle pofition de l’axe , & voyons quelle aété la furface de la terre, que la mer a laiffée chargée de corps marins ,& expofée à Tadion de l’air.

On imaginera facilement que la partie nou-tradition , que la révolution doit avoir été fubite , t<£ moins très-prompte^ T.

20b Lettres Tellement découverte , n’étant plus preffée par une maiTe énorme de fluide, Tair interne s’y eft raréfié, & que la chaleur (i) centrale fufcita un mouvement inteflin dans routes les iubflances fermentefcibles que la terre enfermoit. Que pouvoit-il d’abord en réfulter , que des émanations délétères, peflilentielles , des crifes internes & terribles , réfultantes du conflit â’Qs matières hétérogènes entr’elles5& devenues libres dans leur développement & leur aûion ; enfin des tremblemens de terre, annoncés par les mugifTemens du Globe , des éruptions volcaniques , & des protubérances plus ou moins élevées, en raifon de la force qui foulevoit la furface des terreins.

Les observations exaftes qu’on a faites fur les , montagnes du fécondordre,&,en particulier,fur la chaîne des Apennins, nous montrent affez manifeflement les effets de ces éruptions volcaniques. Nous voyons que ces monts font , en grande partie, fortis du fein de la terre, à la fuite d’une effervefcence interne , & qu’ils ont été long -temps des bouches de volcans. La (i) L’Auteur n’eft pas le feul qui regarde la retraite des eaux de la mer comme la caufe ôccafionnelle des volcans dont on voit l’exiftence confbtée dans u’i fî grand nombre des parties du Globe. Les bornes d’uîse note ne me permettent pas de m’y arrêter. T*

SUR L’Am É R î Q U E. 10 1 ï^feiive de leur exiftence , reconnue dans prefque toute TEurope , en Afrique , en Amérique , dans une grande partie de TAfie; les colonnes, les prilmes,les (i) bafaltes, les fchites & tant d’autres conciétions & pierres volcaniques , qui nous indiquent une ébullition interne & fyftématique , plutôt qu’une effervefcence , une éruclanon partielle &: une afcenlion locale , font les preuves d’un très-long féjour des mers fur les terres qu’elles ont abandonnées. Mais, d’un autre côté, les preuves coudantes que les montagnes nous fourniflent du féjour de la mer , démontrent auffi la caufe néceflaire des volcans.

En efFet la plupart àes volcans qui fubfiftent encore de nos jours, font ou près de la mer, ou dans des terreins baignés , de tous côtésr, par les eaux, comme THécla , en Iflande ; le Paraura, dans l’île de Java; le Gannapi , dans celle de Bandane;le Balaluano, dans celle de Sumatra, & autres dans les Moluques , les îles du Japon , les Philippines, l’île de Papoys , auKamtfchatca, (i) On voit, au Nord de l’EcoiTe , des îles entières doat le terrain n’eft foutenu que fur des colonnes naturelles de Bafalte. Cependant d’habiles Phyfîciens ont penfé que les Bafaltes n’étoient pas un produit du feu, Adkuc jub judice Us efi, T,

i02 Lettre s en Sicile , aux îles de Lipari, enfin le Véfuvcjr en (i) Italie.

Toutes ces montagnes , & autres que je ne nomme pas, prouvent que j’ai avancé, avec faifon , que les terreins abandonnés par la mer font en conféquence fujets à des fermentations , des effervefcences internes , & ainfi aux différens phénomènes que nous préfente la furface de la terre , comme des lacs qui paroiffent ici , difparoiffent là, des monts qui s’élèvent, d’autres qui s’afïaiffent,& quelquefoismême fubitement, àes îles qui fortent du fein des mers, & fubiiftent plus ou moins de temps , des folfatares ou dépôts fulfureux , des fecouffes de tremblement de terre, des éruûations volcaniques , &c. &c.

Quel horrible afpedl: devoit préfenter alors cette partie du Globe ! Combien n’a-til pas fallu de liécles pour que la terre fe folidifiât, fe purgeât ; pour que les plantes devinffent l’effet de la végétation, que les fleuves prifTent tin cours déterminé ; enfin pour que la furface découverte devînt habitable ! Nous ignorerons toujours la date de tant de volcans éteints. En effet Cume étoit une des plus anciennes villes de l’Italie , félon Strabon ’^ cependant le mont ( I > L’auteur auroit pu citer ceux des îles du Sud , dont il eft parlé dans le Voyage de Marion, T.

s U R l’AM i R I Q V E. 203 fur lequel elle eft bâtie , ne préfente qu’une jnafle compofée de débris , de cendres , de concrétions volcaniques,comme leMonteNuovo^ qui s’éleva de terre en 1538,& autres montagnes du Royaume de Naples. Ceft des mêmes matières que font formés les monts de la Romagne,duBolonois , de laTofcane, duPiémont, des environs de Plaifance , de Padoue , de Vicence , de Vérone , &c. M. Strange affûre avoir fait cinq-cents de nos milles en Auvergne & dans le Vélay,voyageant toujours fur des laves volcaniques ;& qu’il remarqua plulieurs villes bâties fur des bafaltes, qui occupent, dans ces Contrées j une grande étendue de pays.

M. Defmarets en a préfenté de plus grands détails à l’Académie des Sciences , en 1774* Or quel ancien Ecrivain a parlé de fembîables volcans ? 11 faut donc convenir que leur exiflence Se leur état d’adivité fe perd dans les âges innombrables du Globe. Or , en fubfiftant plufieurs fiécles , ils ont du , proportionnément à leur différente énergie, changer la furface de la terre. Les eaux , qui fe font écoulées des montagnes , ont auffi contribué à l’irrégularité des terreins que nous voyons coupés par des collines & de profondes vallées. Telle eil: Torigine de cette confuiion qui fe remarque, pour ainfi dire , à chaque pas , Ôc qui jette les Naturaliftes dans l’incertitude oii ils fe trouvent.

104 Lettres relativement aux époques qu’on peut donner à ces révolutions. J’en ai dit affcz pour mon but , fans être obligé d’examiner ici leurs difcuffionsi Ainfi contentons-nous du coup-d’œil que nous pouvons jetter fur les époques que la Nature femble nous indiquer elle-même.

Le premier état de notre Hémifphère fut donc celui du féjour de Teau, & le fécond, celui des volcans. Ce font peut-être ces deux états qui ont donné lieu à deux fyflêmes : le premier eft celui de Thaïes (i), qui regardoit leau comme le principe de toutes chofes. Il a eu_, de nos jours , plufieurs partifans. Bourguet fur-tOut en a pris la défenfe. Le fécond a reparu dans l’hypothéfe d’Heraclite & de (2) Pythagore , qui difoient que le feu âvoit donné ( I ) C’eft aufll celui de Moïfe Se des Biahmes. Si l’on compare même avec attention VHiJîoire de la Création ^ telle qu’elle eft détaillée dans le Shafler , avec celle de Moïfe, on voit que l’un & l’autre Hiftoriens ont puifé dans les mêmes originaux. Moïfe a feulement mis l’ordre des jours conformément aux idées cycliques des pays qu’il habitoit. Il ne feroit pas étonnant qu’il eût eu les mêmes Mémoires que ceux qui étoient dans l’Inde. Il cite des Livrés exiftans avant lui , & la Ville des Archives ou Cariath-Sèpkery comme une ville très-connue , de Ton tems , chez les Cananéens. On croit même que les Livres qu’il cite exiftent encore dans la Tartarie. T. (z) Ils tenoient cette théorie de l’Egypte, où l’on

s ifR VAm4 R ïQ U Ê. 20$ îîaîffance à toute la Nature. Léibnitz & M. de Buffon ont différemment préfenté cette opinion.

Mais qui pourroit afîigner jufquà quelles limites la mer fe retira au commencement des temps : quel efl” le terme auquel fes flots impétueux dévoient fe brifer fans pafTer outre?

Hic conieres fiuaus tuos ,& non procèdes ampliàs.

Job) XXXVIII. La Méditerrannée aurcit-elle été laiffée , à cette époque , au milieu de nos Contrées? L’Océan Atlantique, qui nous fépare de l’autre Hémifphère , feroit-il de la même date? Adieu. croyoit aufÏÏ que le monde fîniroit par le feu. Les Brahmes le difent aufli ; mais ils fuppofent que ce fera par le choc ii’unc coméce très-embrâfte. T.

Zç6 t^ TRES LETTRE XXVI L Les mers Atlantique & Mcdmrrannée font Vcffet d’une nouvelle révolution du Globe» Traditions de tAntiquité à ce fujet^ fur-tout à tégard de la fuhmerfion qui fuivit la rupture des terres , qui Téunifjoient tAfrique & CEurope au détroit d^ Gibraltar ^ du temps ^Hercule» Idée Topogra^ phique de l’efpacefubmergépar la Méditerrannée^ depuis le Détroitjufqu à Clflrie & la mer Noire^ avant cette fubmerfion.

VORTIS , à qui nous devons des détails intéreffans fur les iles de Cherfo & diOfero^ parle avec beaucoup de favoir & d’exaQitude des os foiîiles, qui forment une continuation de lits de (l) marbres dans ces îles & dans plulieurs autres, le long des côtes de la Damaltie. 11 y remarque des fignes indubitables du féjour ( I ) Un Phyficicn a cependant regardé les marbres comme un produit des volcans. Mais l’idée des volcans a été de nos jours un peu trop généralifée. Convenons plutôt que nous ne pouvons pas tout expliquer , & que les moindres phénomènes nous en impofent, comme les ^cripcioas Abyfent tous les jours nos Académiciens. £29

Me deux mers qui ont couvert ces lieux à différentes époques ,& affure , avec confiance , que la Méditerrannée & le Golfe de Venife font une mer nouvelle. Les preuves qu’il en donne font évidentes : ainfi je ne m’y arrêterai pas. D’ailleurs vous avez fon Ouvrage. J^ajouterai que c’efl le fentiment aftuel de tous les Orydographes (i),& des Naturaliftes , tels que Ferber , Guettard , Strange , Hardouin & autres Phyiiciens modernes qui ont examiné la ftructure des collines , des montagnes , & les différent âges des Zoophytes marins qui y font enfermés.

Si donc la Méditerrannée & la mer Adriatique font d’une époque plus récente fur la furface du Globe , il s’en fuit néceffairement que le premier état de notre Hémifphère étoit celui de leau ,1e fécond celui des volcans , enfin que le troiliéme eft celui d’une terre defféchée & habitée ; de forte que les parties qui fe trouvent aûuellement divifées fe trouvoient réunies. Je ne répéterai pas pourpreuve ce que fifFet comment déduire de l’effet des volcans un phénomène aufïl furpr6iant que celui-ci , je veux dire le marbre ployant & élajlique , qui fe conferve, à Rome, dans le Palais des Princes Borghèfe. Voyez Fortis , fur les îlw lie Cherzo & Ofero, pag. 148 , J^dit, de Veiùfe. T. (i) Ceux qui écrivent fur ks Fojfdes, T.

io8 Lettres i’ai dit des archives q^e la Nature nous préfentei dans les marbres , les fables , les coquillages , les poiffons pétrifiés dans les collines & les montagnes.

Il y a cependant pluiîeurs volcans qui n ont pas totalement çefTé. Plufieurs parties du Globe nous en préfentent qui produifent , de temps en temps , quelque nouveau mont , une ile , &c. ; comme on vit s’élever le Monte Nuovo y dont je vous ai parlé ; Fîle qui efl vis-à vis deSantorini.

Les Anciens nous ont aufîi laiffé quelques-détails fur de femblables monts ou îles qui ont paru & difparu foit avant eux, foit de leur temps.

On confultera Strabon , Liv. L & Pline , Ziv. //. du LXXXVUL Il s’écoula nombre de fiécles après ces trois états de notre Hémifphère. La terre eut i^s habitans ,& fe couvrit de cette nombreufe population dont les traditions de l’Egypte nous ont confervé le fouvenir. Ce fut alors qu’arriva une quatrième révolution, partielle à la vérité, mais qui ne fut pas moins défaftreufe pour les Contrées qui en furent englouties. Cette révolution fépara l’Europe & l’Afrique , en jettant rOcéan Atlantique entre ces deux parties de la terre. Les flots qui s’y précipitèrent paroiffent avoir d’abord occupé un plus grand efpace que celui qui les borne actuellement , foit dans ce vafte baffin , foit dans la Méditerranée ^

SUR L’AM É R î Q tJ E. îOp raiiée , la mer Adriatique, la mer Egée; & avoir charié , avec eux, de nouveaux Zoophytes , qui fe trouvent dans les collines & les vallées les plus proches de la mer , & qui , pour cette raifon , font mieux confervés que ceux des montagnes.Tel fut le cinquième état, dans lequel la terre fubfifte actuellement , depuis cette irruption de l’Océan.

Mais où étoit le Genre-Humain lorfque TOcéan couvroit TEurope , TAfie Se l’Afrique ?

Malgré les calculs qu on a faits fur la proportion des eaux de pluies, de rivières, comparées à celles qui s’évaporent de la mer , on n a pas encore pu décider fi les unes & les autres font dans un rapport exad : on préfume au moins que les rivières portent en huit fiécles à la mer autant d’eau qu’il en faudroit pour former un autre Océan. Si donc levaporation Tépuifoit en huit iiécles ^& que l’eau des rivières & des pluies remplît les vaftes baffins des mers, le volume des eaux fe trouveroit. toujours le même ,fauf la quantité qui feroit fuppofée (i) fe convertir en terre.

Il eft d’ailleurs prouvé que la mer ne couvre,’ à peu près, que la moitié de la fuperfîcie du Globe : c’eft pourquoi , û nous fuppofons que (i) Grand problême, & qui fera encore long-temps Signé \ T.

2IO Lettres la mer fubmergea autrefois notre Hémirphère ; il femble que , d’un autre côté , IHémifphère oppofé de l’Amérique ,& les terres qui couvrent à préfent la mer Pacifique, doivent avoir été à fec, & le féjour de la Nature animée fur cette furface du Globe. En effet TOcéan peut bien avoir changé de local , félon la variation de Taxe de la terre ; mais il eft impofîible qu’il en couvre toute la fuperfîcie : car il faudroit un volume d’eau trois fois plus confidérable que ce-lui que nous (i) y voyons ; or où chercher les deux tiers qui nous manqueroient dans cette hypothéfe ^ & comment , enfuite , les réduire à la quantité a6luelle» La partiela plus élevée de notre Continent eft affûrément la Tartarie. Voilà aufîi pourquoi les Scythes fe donnoient pour les plus anciens Peuples de la terre. Cependant le Pic de TénériiFe eft plus haut que la Tartarie , félon les Aftronomes modernes. Or c’eft le point le plus élevé de notre Hémifphère. La Condamine rapporte 5 dans le Journal dcfon Voyage , que le Plan de Quito furpaffe les cimes des Pyrénées & le Pic de Ténériffe ; qu’en outre le Chimboraco , ( I ) Ceux qui ont fuppofé une pareille fubmerfion n’ont pas réfléchi que la maiTe énorme qu’auroit eue la terre , l’auroit fait crouler hors de Ton orbite. Que feroi:; ’ lalors devenu le fyftême planétaire 1 T,

SUR L’Am IriQUE. 211 montagne des Cordillières , s’élève , fur ce Plan > à mille fept-cents vingt toifes environ, ou dix mille trois-cents vingt pieds de France : de forte que voilà une troifiéme éminence qui furpafle le Pic deTénérifFe,& s’élève à trois mille deuxcents vingt toifes au-deffus du niveau de la mer.

Si le Genre-Humain fe conferva fur les lieux . les plus élevés du Globe, lorfque la mer avoit pour baffin l’Europe,une grande partie de TAfie, & de l’Afrique , on préfume aufîi-tôt où l’homme a du trouver fa retraite. Mais on n’a pas découvert de corps marins , ni de (i) coquilles pétrifiés fur les hautes cimes des Cordillières.

Les Naturalises conviennent qu’on ne voit aucun ligne de volcan , ni de corps marins fur les plus hautes cimes de TAfrique, ni à laTable du Cap de Bonne-Efpérance.

Mais combien s’efl-il pafle de {iécîes depuis que la mer a quitté cet Hémifphère, pour fubmerger les terres du pôleAutarcique,&depuis que les volcans ont commencé leurs éruc- (i) J’ai obfervé, far les Mémoires de D. VUosl , que ce fut une erreur. Cependant Terreur n’eft relative qu’aux monts fur lefquels fe font trouvés Bouguer & La Con-damine : car il eft confiant qu’ils n’ont pas monté juf. qu’aux plus hautes cimes du fécond étage des Cordillières, Ain(i l’Auteur poufrc^it avoir raifon à cet égard. T,

111 Lettres tations ? Par-tout on apperçoit des volcans éteînt« : mais depuis quand le iont-ils? Quelle date trouve-t-on dans les plus anciennes traditions du Globe ? D’ailleurs combien de temps oatils été embrâfés? On croit que de tous ceux qui ont fubfifté en Italie, le Véfuve ,(1 le plus moderne,& quil n’a commencé à faire éruption que fous Titus (i). On fait que le célèbre Pline périt dans cette terrible explofion , près de Pompéia. Son neveu nous en donne les détails dans une Lettre- qu il écrivit à Tacite.

Mais les fouilles qu’on a faites à Herculanum & à Pompéia ont prouvé que les éruptions du Véfuve étoient bien plus aucie.mes ^ puifquon a remarqué , dans ces anciennes villes y des rues entières pavées avec de la lave même du Vé* fuve. On a trouvé jufqifà cinq couches de laves, réparées les unes des autres par autant de couches [de terre 5 en fouillant au tour de Portici.

Le Chanoine Récupéro de Catane a calculé quelle pouvoir être l’antiquité de plufieurs couches de laves de TEtna; & en a conclu que la date des plus anciennes fe perdoit dans des iîécles innombrables ,& qu’aucune Chronologie, ttmmmm i i l—— . i i i i i (i) Il fuffifoit de lire Dlodore , pdur voir la faufTeté cîe cette époque. Il nomme , de fon temps , le Véfuve comme un volcan très- ancien. Or Diodore vivoit fous Jules- 4;éfar. T.

SUR l’Amérique. iîj félon nos différens fyflêmes , ne pouvoit déterminer.

Vous favez que je trouvai àes ftalà£lites dans Taqueduc que je découvris en 1750 , à TAmphitéâtre de Pola ; & que ces concrétions n avoient quun pi^d de long, fur trois pouces de diamètre _, dans Tefpace de mille cinq-cents ans.

Vous-vous fouvenez 5 en outre, que j’ai vu la grotte qui eil fur la cime du mont Servolo , oii Ton trouve plufieurs colonnes de ftalac^ites , de la hauteur de vingt à vingt-deux pieds, fur deux ou trois de diamètre. Ot^ ccztcris paribus ^ & , fuppofant même la différence qui peut réfulter delà différence même des lieux,& de la quantité d’eau de neige quiytombe, il en réfulte lin calcul que je n’ai pas le courage de vous préfenter (i).

Quoi qu’il en foit , laiffons de côté le premier & le fécond état de notre Hémifphère, & obfervons feulement , avec Fortis , que la Méditerranée & le golfe Adriatique font une met nouvelle. Il a plu à Fortis de me contredire fur ce que j’ai dit de l’arrivée des Argonautes (i) Quoique M. Carli puiiTe avoir raifon ici, je trouve «ju’il a bien fait de ne pas achever le calcul. Ces concrétions calcaires fe font plus ou moins vite, proportionn(^ment à l’ouverture par où fe iîlcre l’eau , & félon la quantité <îe la matière calcaire que l’eau tient en difTelutio23. T, O iij

i2T4 Lettres – en Iftrîe, & même de leur voyage; îl a pris im peu trop de plaifir à critiquer Vitaliano Donati ; je lui rends néanmoins juftice à Tégard de cette mer nouvelle , qui a fubmergé une partie des terreins defféchés.

Mais les indunions que nous pouvons tirer des obfervations phyfiques , ne feroient- elles pas appuyées par quelque tradition ancienne, chez Tun ou l’autre Peuple ) Vous conviendrez , avec moi, que s’il a échappé quelque Peuple aux cataftrophes dont nous avons parlé , ce Peuple a néceffairement du en eonferver un fouvenir , que les âges fuivants ont obfcurci , tant qu’il vous plaira , mais qu’ils n’ont pu totalement éteindre. Une irruption imprévue de la merjla fubmerfion de tant de milliers d’habitans , de vaftes pays engloutis font des événemens qui ne s’effacent pas aifément de la mémoire des hommes qui ont échappé à de femblables défaftres. C’eft donc ce qu’il nous faut difcuter.

Nous avons déjà vu que l’Egypte avoit conservé le fouvenir de la fubmeriion d’une grande lie qu’on appelloit Atlantide ,& fituée au milieu de l’Océan. Ne trouverions-nous pas maintenant de femblables traditions dans l’Antiquité , concernant rirruption que l’Océan fît par le détroit de Gibraltar; & à quelle époque on pourroit la rapporter ?

Or Platon , qui nous rappelle les Archives de TEgypte dans fon Cridas , ajoute que la Grèce s etendoit autrefois jufquau (i) Po& au Lixus, Prefque toute cette étendue de pays étoit une plaine , qui n ofFroit que quelques montagnes : il nous dit encore que dans Tefpace de neuf mille ans qui s’étoient écoulés depuis Tépoque des Atlantides , il étoit arrivé plufieurs déluges qui firent changer de face à l’ancien Continent.

Lorfque Servius aiîïïroit que les Aoncs^ ou anciens Bczonens , étoient originaires du lieu oii eil à préfentVenife ^ il faifoit alluiion au temps où la Grèce & Tltalie nétoient pas encore féparées par la mer. Strabon difoit que le Pont^ Eiixin étoit un vrai lac qui s’étoit forme àQS eaux qui s’y jettent par nombre de fleuves,& quenfuite il avoit fait une éruption dans la Propontide. 11 ajoute que TOcéan , qui étoit arrêté par les terreins qui joignoient TEurope & l’Afrique , avoit enfin rompu cette barrière , & s’étoit jette fur nos Contrées. Voyez Stra-bon, Z/v. /. Ceftaufîi ce que rappelleV. Flacus, dans fon Poème des Argonautes , Z/V. /• «e Ncc enim tune Molus iUis « Reéior eraty Libycz cum rumperec advenu Calpen (i) L’Auteur devoit traduire Eridan, fauf à dire que c*étoit ici le Po. Il y a eu plufieurs Eridans chez les Anciens j &: c’eft le terme de Platon. T, O iv

‘2i6 Lettres 09 Oceanus ; cîim flens ficulos anotrid fines 33 Perdent, & mediis intrarent montibus unda.

Comme la tradition rapportoit cette cataitrophe au temps d’Hercule , la Fable a voulti que cet événement iiit l’ouvrage de ces Héros.

Diodore de Sicile le dit même pofitivement , Llv, IV, Pline confirme cette même tradition, Liv. IIL Procm : «Hercule rompit cette digue, » la mer s’y précipita & changea la face de la » Nature ». Le Tajfe a préfenté ces traditions dans fon XV^ Chant.

Il y avoit donc une ancienne tradition, qui nous apprend que TEurope tenoit (i) autrefois à l’Afrique, & que l’Océan étoit arrêté au détroit de Gibraltar , coirime on le voit aufîi dans Solin. Selon cette ancienne opinion , TAfie , l’Afrique &: l’Europe communiquoient enfemble par les points mêmes des mers qui les ont féparées. Juilin parle aufîi de cet ancien état de la terre. Mais Sénéque nous a décrit la cataftrophe même. Qnafi, Natur, Liv, IlL 27. ^ Les hommes, dit-il, fe fauvèrent, avec leurs (i) L’J-Iiiloire fait mention de chevaux fauvat;es qui paiToient très-anciennement d’Afrique en Efpagne. Ils ne purent pafTer que fur des terres continues, ou qui n’étoient peut-être feparées que par une eau facile à traverfer. Je pourrois citer nombre d’exemples de chevaux fauvages dont ont parlé les Anciens. T.

*> femmes& leurs enfans , fur les lieux les plus » hauts , chaflant devant eux leurs troupeaux… » Tout commerce , tout paffage fut interrompu » entre ces infortunés , qui reftèrent les uns d’un i> côté , les autres de l’autre L’onde couvrit » tous les lieux inclinés; & les malheureux » reftes du Genre-Humain s’attachoient aux » cimes les plus élevées , pour s’arracher à la » mort… . Voilà Tépoque de ces îles , qui ne » font que la pointe des monts qui augmentent » le nombre des Cyclades ».

Permettez à préfcnt que je vous mette fous les yeux l’état de l’Europe, avant cette cataftrophe : au moins comme je puis le concevoir.

Commençons par nos Contrées de Tltalie.

Vous favez que depuis la pointe (i) qui a le nom de Salvori^]u(qiiVAi bord oppoCé du Frioul, il y a une chaîne de monts fubmergés, où la mer a peu de profondeur ; & nous diions qu’on n’a paffé le Golfe qu’après avoir franchi ce trajet. De-là je concîuds que l’Iilrie ^ le Frioul étoient unis de ce côté là ,& ne falfoient qu’un Continent. Le petit nombre de fleuves qui (ont au tour de ce baiTm acluel , tels que le LiConzo , le Timave> le Rifano, &c. , étant plus élevés (i) Ces détails imporcans doivent être fuivis avec un© Carw. L’Auteur indique celle de M, Roben de Vaugcndy, ITîO, T,

2i8 Lettres que les collines fubmergées , durent s’y jetter & y fuivre leur cours ; &, rencontrant enfuite les eaux d’un plus grand nombre de fleuves , tels que la Livenza , le Tagliamento , le Piave , le Sile , la Brenta , TAdige , le Pô , & de l’autre partie oppofée , le Quetto , TArfa & Tancien Iflro, avec les autres de la Liburnie, ils auront formé un grand lac ,comme fe font formés tous ces grands amas d’eau, fitués de même entre des montagnes , où les eaux dQS pluies, des neiges & des fleuves viennent fe réunir à un centre commun.

Ayez, je vous prie , fous les yeux une Cane qui vous préfente Tun & l’autre bord de la mer Adriatique. Obfervez comment la mer s^efl pouffée entre la pointe d’Otrante & la Vaîlona ou Canina , ou même la pointe de Glofla & le val d’Orfo , en s’infmuant dans les montagnes dont elle a intercepté la continuation , pour former enfuite ces îles nombreufes de la Daîmatie & du Quarnaro. Vous verrez, par la pofition de ces iles & les éroiions que la mer a faites dans fon cours , de quel côté fes eaux fe poi-toient.

Figurez-vous à préfent que le détroit de Gibraltar n’a pas été ouvert , & que l’Océan Atlantique, plus haut certainement que la Méditerranée , ned pas dans le baffm qu’il a rempli; ne vous femblera-t-il pas auffi-tot

âppercevoir que le Continent étoit joint ,aux îles de la Dalmatie & de Hilrie. Ne faififfezvous pas, au coup-d’œil, la prolongation des montagnes qui font en Italie, tant du côté de la terre d’Otrante , que de celui de Saint-Antoine , en Capitanatejlefquelles fe portent, à travers la mer Adriatique , jufques dans laDalmatie? Il faut néceffairement avoir fous les yeux une Carte Marine pour bien remarquer cette chaîne de monts giffans par le travers , & qui formoierft im des bords du lac indiqué. Vous verrez que 3 depuis la Capitanate jufquà Curzola, il régne une chaîne de montagnes , dont les cimes , plus hautes que le niveau de la mer, forment les îles êHAgojîin – Grande , Augiiftini , Jgojla , Ca^^LO , Ca:j^ia , le banc de Pclagofa , Pclagofa , Clilanofa , Caparuynommées autrefois les UesdeDiomêde, &c.

Or la mer n’a que douze ou quatorze pieds de profondeur entre ces îles & le continent de Manfrédonie , ville principale de la Capitanate.^ Liffu , BoiTo , Saint-André , Pomo auront fait , avec Liéfma , une autre chaîne correfpondante.

C’eft peut-être entre ces montagnes que couloient autrefois les fleuves qu’on voit fur les bords oppofés de la Dalmatie &: de l’Italie.

Peut être même y avoit-il au lac fupérieur un canal de décharge, qui, réuni aux autres fleuves, portoit j avec eux, fes eaux au-de-là du détroit

2Z0 Lettres d*Otrante , dans quelqu autre lac ou mer {em-^ blable au Pont-Euxin , ou à la mer Cafpienne.

Si nous paffons , en defcendant 9 du côté de Cérigo , & , de-là , dans FArchipel , n*appercevons-nous pas aufîi-tôt que les îles de Corfou , de Paxu j Antipaxu , Sainte-Maure , Cefalonie, Zante font toutes dans la même direûion, compofées d’une même matière, & ont par conféquent formé autrefois une feule chaîne de monts , qui fe trouvoient réunis par les autres collines , ou les îlots intermédiaires de Mégalonifi , Téaki , Curfolari ,&c. à Toppofite du continent de FEpire & de la Morée ? (Voyez bien la Carte ) ; Pourrez-vous nier que Crète , ou Candie , n’ait été unie par Capo -Spada , avec Cérigotte , & Cérigo à la pointe oppofée de Saint-Angélo de Morée ; & , moyennant le cap Saint-Sidéro _, avec l’île de Cafo & de Scarpamo ?

Mais , fi les îles de Scarpanto , Stazida , Saint-Jean , Stampalie , Amorgo , Mazia _, Miconie , Tine , Andro ne font qu’une continuation de Négrepont ( l’ancienne Eutéc)& font une ligne qui , moyennant un très-grand nombre de petites îles , devoit , d’un côté , appartenir au continent de la Grèce , du Péloponnèfe , à Vile de Crète , & formoit , de l’autre , une parallèle avec les îles qui font en face , favoir celles de Rhodes , Calminç, Léto , Lipfo , Patmos , Nica-

SUR l’AM i R 1 Q Û É. lit TÎa 5 Scîo 5 lies qui tenoient au continent àQ TAfie, il paroît auffi qu’il y avoit, au milieu de tous Ces monts, un canal ou grand fleuve qui , fortant , comme une décharge , de la mec Noire , & réuniflant tous les fleuves qui couloient dans ce trajet , alloit enfin fe jetter dans le grand baffin, vers l’Afrique. De cette manière les Cyclades appartenoient à l’Europe ,& les Sporades à TAfie : elles ne devinrent iles que depuis l’irruption de la mer extérieure.

Je m’imagine donc qu’il y avoit là un grand lac,tel que le Pont-Euxin ou la mer Cafpknm; & que ce lac étoit formé par les eaux du grand fleuve qui fortoit de la Grèce , par celles du Nil& d’autres fleuves de l’Afie. Chypre pouvoit facilement appartenir à i’Afie , au cap Anemur, Guillaume de l’Ifle comptoit trente-cinq fleuves dans cette étendue , prefque circulaire,de I’Afie.

Cefl ce que vous verrez dans fa Carte de 1726, publiée par fon frère Nicolas. Il comprenoit parmi ces fleuves le Nil & l’Oronte. Ainfl la réunion de leurs eaux fufflfoit pour former un lac très-vafle ou mer interne , fi l’on y comprend le grand canal des eaux qui s’y jettoient de l’Italie , comme je vous l’ai montré. lettons les yeux vers l’Occident,nous appercevrons bientôt que la Sicile ( i ) étoit unie (j) M, Mario Guvaacci de Vgltçrre , à^%ki (^i Ori-

HZ Lettres à l’Italie, comme tous les Anciens l’ont prétendu ; que , de Tautre côté , Hle Panteléria la joignoit au cap Bon de TAfrique , & par le moyen des îles de Malte, Linofa, Lampédufe, Kerkéni , au Cupoadia , appartenant aufîî au Royaume de Tunis. En outre la Corfe & la Sardaigne, qui fuivent la dire^lion du cap Corfe, ayant du former un même Continent avec la Tofcane, par le moyen (i) de Tîle Capraïa, de laGorgone , d’Elba , s’uniflbient , fans doute , aufli au cap Serrât de l’Afrique , par le cap méridional (Tavolaro) de la Sardaigne.

Nous voyons donc à (ec un pays iramenfe, qui comprend les îles Majorque , Minorque , Ivica , &c. & qui , en même temps , nous repréfente la communication direde de l’Europe avec l’Afrique , avant que l’Océan eût furmonté le détroit aduel de Gibraltar.

Mais ce neft pas là le feul avantage de cette découverte : nous entrevoyons , aufîi les caufes de diverfes traditions que le temps avoit couvertes de ténèbres. Nous favons , par exemple, d’où eft venue cette prétendue fable gines SItalie ,& le Prince de Torremueza , dans la Préface de fes Infcriptions de Sicile , prouvent que la Sicile tenoic autrefois à l’Italie. (i) C’eft la Caprafia de Varron, à ce que je crois. Il y a eu deux autres îles nommées Caprafia. T.

SUR l’ÀM fe R IQ U E. 223 ^ui fait joindre les eaux de TAlphée à celles de la fontaine Aréthufe , deux rivières de la Grèce qui alloient fe mêler en Sicile, parce que c’étoit , vraifemblablement , le cours de leurs eaux , lorfque la mer n avoit pas encore féparé ces Contrées , 5tc.

Nous avons encore une autre preuve de la Jondlioa de lltalie avec l’Afrique, dans cette quantité d’os d’éléphants (l) qu’on trouve au centre des collines de la Tofcane : la continuation des terres leur ouvroit un libre paflage;

Sf ils pouvoient vivre dans l’un ou l’autre de ces deux climats. On n’a pas fait de recherches en Sicile Se dans les autres îles , au fujet des os de ces gros animaux. Peut-être en découvriroiton , fi l’on en prenoit la peine. Voilà donc comment VHîJioirc Naturelle nous donneroit l’hifloire la plus exa^le des divers états de notre Planète. Ainli je penfe que tel étoit Tafpeâ: de la Nature , avant la dernière inondation. Outre les preuves phyliques,nous avons le témoignage des traditions , & les archives des anciens Peuples. Donc nous pouvons conclure, avec Pline, que VOcéan enleva, la Sicile à l^Italie ^ Chypre à la Syrie ^ VEuhèe à la Béotie^ Atlante & Macrls à CEuhée , Bcfîique à la Bithynie , Leucojie au ‘Promontoire des Syrcnes , &c, Liv. IL Ch. 88. (i) Plufleurs Ecrivains Italiens font mention de ces dents fofliles ; ou confulrera aulïi Fgrcis, T»

2Z4 Lettres LETTRE XXXVII L îdê& topographique du fond de tOcéan Atlantique, & qui Indique ^exifience réelle de fAtlantide , avant la révolution & la grande irruption de la mer. Les Peuples de cette île pouvaient communlqueravecVAfrique&VEurope , de même qu’avec îAmérique y & propager les connoiffances avant la découverte du fer , de récriture & de la mon-’ noie. De-la vient tanalogie quife trouvoit entre les Ufages des Mexicains & des Egyptiens» Rapports quant eus les PéruvFens avec les Chinois, Examen de la pofition effeàive de tAjic & de rAmérique , à rOrient, Pline réunit , depuis le a. LXXXFIII jufquau XCI! de fou deuxième Livre, tous les pays qu il dit avoir été engloutis par la mer ; & , après avoir parlé de la féparation des îles de Sicile, de Chypre, d’Eubée , &c. il ajoute que VOcéan fubmergea aufji les terres quiforment aciuellement le vafie bafjin de la mer Atlantique, Il nomme enfuite Hélice , Bura dans le golfe de Corinthe , une grande partie de Tîle de Cée , & tout ce qui manque à l’Italie , à la Béotie^ à Ekujinep Si

Si donc l’Atlantide fut fubmergée en même temps que TOcéan , élevé à une hauteur con* fidérable , s’introduiiit dans nos Contrées , on ne peut douter quelle exiftât, lorfque les terreins compris entre Gibraltar& la Sorie ,& entre l’Afrique &: ritalie,fe trouvoient à fec,àrexception de quelques lacs, qui dévoient néceffairement recevoir les eaux de plufieurs fleuves qui s’y rendoient de tous les environs , & qui font aduellement devenus les endroits les plus proffonds de la Méditerranée.

Mais vous me demanderez peut-être fi l’on apperçoit dans le baiîin de la mer Atlantique , comme dans la Méditerranée & le golfe de Venife, des indices de pays fubmergés , vu quil ne fuffitpas d’avoir l’idéede quelque île ancienne dans l’Océan , pour prouver tout ce que Platon nous a raconté fur la vafle Atlantide, Soyons d’accord enun point, pour un infiant, & fuppofons d’abord que la mer baifTe toutà-coup , à la hauteur de cinq-cents braffes , dans le baflin de la Méditerranée. Confidérez enfuite ce que font cinq-cents braffes , en comparaifon de dix-huit (i) milles d’élévation, du demi-dia- (i) Le diamètre de l’equateur terreftre efl:, feîon MM. de Marivetz & Gouiïîer ;, de deux mille huit-cents fbixante -^ quatorze lieues deux feptiémes , de deux mille Jeux-cents quatre-vingt-trois tçifes chacune : ainiî le dejoi* Tomç II P

ii6 Lettres métré de la terre fous l’équatenr, comme Je vous l’ai dit dans une des Lettres précédentes : vous appercevezjfur le champ, la furface qu occupent aduellement la mer Adriatique& la mer Egée, telle que je vous Tai reprefentée, & conformément à l’idée que les Anciens avoient de letat antérieur de tous ces terreins fubmergés.

La même chofe aura lieu dans TOcéan Atlantique, il nous y fuppofons fix -cents brafTes d’eau de moins..Dès Vinfiiant, nous voyons paroître une immenfe étendue de pays , qui mérite affûrément bien d’être regardé comme celui des Atlantides.

Je conviens qu’on n’a pas fondé tous les fonds de la mer Atlantique , de manière à pouvoir en déduire tout ce que nous aurions défiré ; néanmoins différens Navigateurs ont affez reconnude fonds dans cette mer pour nous donner lieu d’avancer quelque chofe de certain.

Les travaux précieux de Buache (i) nous ont diamètre efl: de mille quatre-cents trente-fept lieiïes, fîx-cents cinquante-deux toifes, un pied huit pouces, &c. Le diamètre pris par l’axe , d’un pôle à l’autre, eft de deux mille huitcents cinquante huit lieues , deux cihquiémes- : ainfî le demi-axe fera de mille quatre-cents vingt-neuf lieues , neuf-cents quatorze toifes , &c. T. ( I ) M. Buache préfentant des détails qu’il eft important de lire, pour avoir une plus ample connoiiTance

Î5ÙR l’Amérique. lij faît connoître le plan horizontal du fond de rOcéan Atlantique, depuis Rio-Grandc ou les Bajfcs de Saint-Rock^ en Amérique, jufqu’au cap Tagrin de l’Afrique ^ fur une ligne qui coupe Féquateur à un angle de trente-cinq dégrés environ. 11 a dreifé une Cane très-exade ^ & avec tous les éclairciiTemens poflibles, pour repré* fenter la coupe horizontale & perpendiculaire des îles , des bas fonds de cet efpace , .& Ta préfentée à TAcadémie des Sciences* Caffini Si le Fuochi furent nommés pour examiner ce travail dans toutes fes parties. Ils Tapprouvèrent , & l’Académie confirma leur Rapport pat un Décret , fous la fignature de Fontcnelie» Cette Carte nous repréfente donc la continuation des Cordillières jufqu’à Tile de Noronha^ Cette île n’eft que la cime d’une montagne, dont on a fondé les environs dans une étendue de neuf mille pieds ; on n’a trouvé que deux cents braifes dans fes vallées. Il y a quelques du local général ou’particulier , ^oiic il s’agit , je reiivoid le Ledeur aux Mémoires de l*Académie des Sciences , qu’il feroit inutile d’extraire. Voyez années 1745, pa<r. 7^5 ï750> P^g- Ï51 > ^75^^P^g- ii7> fiifl-h ^ ibid. Mém. pag. ^99 i p^g’ 4i<^j Carte ’, I753. On aura/ dans les détails de cet habile Géographe , les piTuves de tout ce que M. Carli avance. Suivez la Carte > à la £n de c« volume, T.

‘228 LETTREE petites Mes contiguës, ceîies des Ourfes , des Foux , des Rats. Plus loin la profondeur eft inconnue. L’Amérique s’étendoit donc anciennement jufques-là.

Du côté de l’Afrique, les grandes Baffes ^ les Bancs du cap Tagrin & le cap Sainte-Anne démontrent Tancien prolongement de ce Continent. On voit, plus au Nord, le cap Blanc fe joindre aux îles de Saint-Nicolas, de Sainte- Lucie , de Saint-Jacques , de Feu , de Saint-Antoine , à la Brava , &c. enfin aux iles du cap Verd ^ auquel elles appartiennent. Dans Tintervalle de ce prolongement , il y a différentes petites lies 5 des bancs de fable qui occupent ime efpace de quatorze dégrés ou huit-cents quarante milles (i) marines. Or elles ont toutes été fondées ;& leurs bas-fonds prouvent qu’en fuppo^ant la mer baiffée de cinq-cents braffes , & même moins, ils y auroit des terreins immenfes découverts. Si Ton conlidère enfuite ces îles comme jointes à celles de Los Ahrolhos^ elles fuivoient une diredion oblique qui coupoit réquateur fur un angle de trente dégrés environ, & qui continuoit par les îles de l’Afcenfion , de Saint-Matthieu , de Sainte-Hélène, d’un bout; &, de l’autre, peut-être jufqu’aux Bermudes. (l) A foixante milles par dt’grés. T.

Tel eft donc l’efpace immenfe de terreins qu’on recouvreroit, en fuppofant TOcéan baiffé de cinq-cents bralTes, favoir dans un prolongement de cinq mille milles (i) fur une largeur huit-cents quarante milles environ.

En fuppofant ces terreins & le baffin de la Méditerranée libres des eaux qui les couvrent, on voit que les vafles fleuves qui coulent , tant du coié de l’Afrique que de l’Amérique, dévoient y avoir formé de grands lacs , qui fe déchargeoient dans la mer Autarcique , & qui faifoient une île du vafle terrein dont il s’agit , comme le fuppofoient les traditions de l’ancienne Egypte.

En admettant ces fuppofitions , fondées fur l’état même des lieux , nous appercevons facilement que les Peuples qui les habitoient , pouvoient paiTer en Afrique, en Europe, y étendre leurs conquêtes, dominer, d’un côré, jufqu*à l’Egypte, &, de l’autre, jufqu’à l’Efpagne & la Tyrrhénie , fans trouver plus de difficulté pour aller en Amérique, & en revenir à leur gré.

En effet Platon nous dit que les Atlantides dominoient , en partie , fur le grand Continent qui étoit en face de l’autre côté : or ce ne peut être que l’Amérique. (i) Ce qui donne quatre-vingt-trois degrés un tiers y^ félon le calcul de l’Auteur. T.

Ijo Lettres Voilà donc comment on peut réaîlfer , fans la moindre contradidion , toutes les traditions de TEgypte & de la Grèce , & faire arriver de l’Océan ces premiers Dieux qui régnèrent en Afrique. Nous connoiffons le Royaume de cet Atlas qui enfeigna TAftronomie , le cours de Tannée lunaire. L’antiquité de ces traditions s’accorde avec celles des Peuples de la Bétique, qui font les Autocktkoncs ou premiers habitans de TEfpagne. Elles font enfuite confirmées par les Archives qui rappelloient aux Mexicains , que leurs Ancêtres étoient venus de rOrîent,&y avoient repaffé : mais fur«tout par la conformité des connoifTances Aftronomiques , les HiéroglypheSj les Coutumes, les Ufages qui avoient ime origine commune ,& qui furent portés en Egypte par ces mêmes Peuples.

Dès que TOcéan fe fût retiré de notre Hémirphère qu il couvroit au premier état indiqué par les archives même de la terre, & que les volcans, qui cefsèrent en grande partie y eurent laiffé à fec la furface qui devint habitable y il s’établit, fans doute , une communication entre les Peuples de FAtlantide, notre Continent & celui de TAmérique , avant la découverte du fer, rinvention de l’écriture & de la monnoie, c’e(l-à-dire à wnQ époque de plus de trois mille ans avant notre Ere, Cette époque efl, en qï^qî^ d’accord avec le texte àts Septante 3 les obfer-

vatioiis agronomiques ,& les traditions qui concernent Hercule , à l’âge duquel on rapporte la fubmerlion qui fépara les parties du Globe. Ceft par cesrapprochemensqu’onparvientà expliquer pourquoi les Navigateurs qui ont découvert les Canaries & les autres îles à TOueft de l’Afrique furent fi embarraffés. Frappés des rapports qu’ils apperçurent entre les ufages des habitans &: ceux de l’ancienne Egypte, fur tout ce qui concernoit la confervation des cadavres , ils ne furent trop qu’en penfer. Cependant les faits montroient l’analogie des deux Peuples ; & la cave de Ténériffe, oii Ton trouve nombre de momies/ refpeûées par les Indigènes comme les corps des plus anciens Guanchcs ^ ne permettoit pas à’Qn douter.

Je m’attends à une obje^lion de votre part.

Suppofé 5 me direz -vous, que les Atiantides ayent propagé en Egypte, en Efpagne, en Italie 5 en Amérique même ,leurs connoiiTances , leurs ufages, comment pourrons-nous voir la raifon de cette analogie qu’on a remarquée entre les Péruviens & les Chinois , féparés les uns Aqs autres par une mer encore plus vade.

J’avoue que la mer Pacii^que , qui fe trouve dans cet intervalle , fait une barrière qui devoir empêcher la moindre communication. Tâchons P iv

âji L È t t li É îiî Cependant de lever cette (i) difficulté. Obfef-» Vons d’abord que les Chinois n’ont jamais eit de communication avec les Egyptiens; au moins les Ecrivains les plus éclairés de nos jours , fans excepter Paw , qui s’accorde ici avec les autres , tiennent unanimement à cette opinion, Enfuite cherchons l’origine desChinois chez les Scythes^ qui fe font fixés quelque temps en Sibérie, pays le plus élevé de notre Continent. Nous verrons ces Scythes en defcendre, apporter avec eux la Religion,TAflronomie aux Caldéens,aux Perfes, aux Chinois ^ aux Brahmes & aux Tartares (2) du Tibet.

Paw obferve fenfément , Tom, II. , que les Indiensvont en pèlerinage à laPagode du Grand-Lama, & jufqu’à Sélinga , en Sibérie. Ce pèlerinage indique affûrément le pays d’où ils font venus ; & M. Gentil le confirme dans les Mémoires de rAcadémie des Sciences , I773. M. Bailly (i) Le Bhaguat~Geeta ^ommïoit une objedion qui augtnenteroit encore la difficulté , au moins en apparence , li l’on croyoit ce Livre aufli ancien qu’on nous le dit. Deux pafTages perfuâderoient qu’on n avoit , il y a plus de quatre mille ans, dans l’Inde, aucune connoiiTance ni de l’Amérique , ni d’une tradition qui en fupposât l’exiflence , non plus que de l’Atlantide. L’Auteur de ce Livre ne défîgne la terre que comme divifée en trois parties ,pag 30. &c. T. (i) Sans m’ariêtef à ce que dit l’Auteur concernant les Tarcarçs, &c. j’afTûrerai que le pèlerinage dés Indiens

%VK l’Amérique. 233 & auiïi démontré , avec beaucoup de fagacité , dans fon Jjlronomu Ancienne, Lh, IL & III* la propagation des Peupies Méridionnaux de TAfic,& particulièrement l’origine des Chinois, qu il fait venir des Scythes du Nord , dont les Peuples fe font étendus depuis le quarante-neuvième degré, oii étoitfituée la ville de Sélinginfkoi, jnCqu’au foixante-dix-neuviéme degré. Les obfervations agronomiques, les cycles, les fables mêmes lui fourniiTent des argumens fi décilifs , que fes détails deviennent des démonftrations.

Pourmoi je penfe , qu il ne faut pas remonter jufqu’au foixante-dix-neuviéme degré. Je crois quen prenant le terme du pèlerinage au lac Baïkal, c’eflà-dire à Sélinginskoi , nous devons reconnoître lespays de Jacutzkoi, Otchotkoi,& conféquemment le Kamtchatka,pour Tancienne demeure desScythes, desChinois, des Japonnois & des Indiens qui fe font rapprochés du midi , à la fuite de diverfes révolutions. Ceil ainfi que à la Pagode du grand Lama , ne montre pas plus le pays originaire des Indiens, que les pèlerinages des Européens aux Tombeaux des Apôtres, à Saint-Jacques , au Saint- Sépulcre ne prouvent que ces Européens font tous ou Romains, ou Efpagnols, ou Juifs d’origine : le pèlerinage <le la Mecque fuppoferoit donc aulli que tous les Maliométans en font originaires. On verra dans l’Ouvracre de M. 5ciiérer des inftrudions plus diredes fur le palTage iles Aiîatiques en Amérique. 11 faut le lire. T.,

134 Lettres toutes les anciennes Jîations fe font réciproquement repduiTées les unes les autres, & ont changé de demeure. Peut-être ont -elles été j^3rcées de le faire à la fuite de quelque fléau , ou d’un bouleverfement arrivé dans leur Contrée ; pour trouver ainû ailleurs le moyen de fubfifler.

Il ne s’agit donc que d’^examiner û le paffage d’Afie enAmérique étoit praticable,& lesmoyens quavoient,pour le faire, les Peuples que nous pouvons regarder comme les Ancêtres des Péruviens _, comme ils Tétoient des Chinois & des Indiens , & , peut-être même , des Celtes.

Une Carte Géographique (ij va nous montrer îa fituation a£luelle des lieux , c’eil- à dire les bords de TAfie à FOrient , & ceux de TAmérique à FOccident, Je ne vous rappellerai pas les voyages que les Chinois ont faits depuis Tan 458 de notre (i) Voyez à la fin de ce Volume. J’ai cm ne devoir rien changer à cette Carte , quoique nous en ayons eu de meilleures depuis , & des détails plus circonftanciés fur CCS Contrées ; mais il falloit fuivre celle de l’Auteur, On verra le FoufTang dont il s’agit fur la Mapemondc de M.« Moithey 5 1785, vers le cinquante -cinquième degré Nord-Oaeft , route de Delille , &c. Mais le Mémoire que M. de Guignes a écrit , Acad, Infcr. T. 28 , fur le pafTage des Chinois, Zc leur Commerce en Amérique ^ prouve que, dès le V’^ ûécle , elle leur étoit connue. T.

Ere 5 le long des côtes du Japon , de Jeflb , du KamtCchatca , même jufquen Amérique, à Pendroit quils nommèrent Foujfangy & où les Ruffes ont peut-être débarqué en 1741. Ce Fouflang paroît fe terminer en une pointe qui donne entrée à la mer, qu’on appelle Mer de rOueJI , dont les bordsOrientaux communiquent au Canada. Je m’auroriferai encore moins des RelddoTis du Baron de la Hontan , de du Praz& de M. de Guignes , quoiqu’elles donnent lieu de conjedurer que les Chinois, ou au moins ceux de Jeflb , paflTent fur des barques en Amérique, pour trafiquer avec quelques Peuples du Nord de ce Continent j^eîs que les Moofembek, lesTahugloukc , les Oman , les Pan , lesSiu , &c.

Peuplesqui paroiflentformer des Sociétés Civiles bien réglées. En effet de Laët rapporte que les Efpagnols , conduits par Antoine d’Efpéio , en 1 583 5 pour aller à la découverte du Nouveau- Mexique, trouvèrent, près de Cibola,des gens dont les uns leur dirent qu’à quinze journées plus loin 5 il y avoir une mer près de laquelle habitoiefit êits Peuples riches en or , habits , vivres , &c. > ..

Le P. Charlevoix nous raconte un fait qui fut pris pour une fable , comme ce que je viens de dire. Voyez les Tome III & ^de {onjournaly publiés en 1744. Le Jéfuite Grillon , ayant fini les Miflions du Canada , paiTa à celle de la

1^6 L E T T R F s Chine. Voyageant par la Tartane , II fit îa rencontre d’une femme Hurone, qu’il avoit connue au Canada ,& lui demanda comment elle étoit venue de fi loin. Elle lui répondit qu’ayant été prife en guerre, elle; avoit été amenée à travers différentes Nations , julqu’â Fendroit où il la rencontroit. 11 raconte un autre fait femblable , d’une femme Efpagnole qui, ayant été prife auffi , fut conduite de pays en pays, & mariée à lin Tartare , qui l’emmena avec lui à la Chine, Toutes les Nations de l’Europe ont tenté de découvrir une route qui leur abrégeât le voyage de la Chine , en les difpenfant de faire le tout’ de l’Afrique. RobertThorn,1vlarchand deBiiftol, propofa 5 fous Henri VIIÏ, en 1 527 , de côtoyer l’Afie par la mer du Nord. On fît, fous Philippe II & Philippe m , des tentatives pour trouver un paffage en Amérique , par le Nord, & à la baie de Hudfon. Colomb, Vefpnce , Chabot eurent toujours ce projet, pour aller, difoient-ils, par ces mers, aux iks des E/>icenes. Les François trouvèrent,par le Canada, une étendue de pays , qu’ils fuivirent pendant trois-cents lieues , & dont on ignoroit d’abord la largeur. Les tentatives des François , encouragés par les indudions de Guillaume de Lifle , & par la protedion de M. de Maurepas, firent reconnoître fix Etabliffemens , dont le dernier eu juilement à troiis-cents lieues du lac fupé-

Sur l’am e r I q u e. ^37 tîeiif. On foupçonna que le fleuve Pofcoyac communiquoit avec un autre qui , fur le rapport des Sauvages , fe décharge dans la baie de Hudfon, comme le fleuve Pafcoyac va tomber dans la mer de TOueû. Cqs fleuves femblent prouver qu’il y a une communication entre la mer de FEft & celle de TOuefl , du côté de TAfie. M. Raynal eft perfuadé qu’on peut pafîer de la baie de Hudfon dans cette mer oppo.fée; & indique mêoie la pofition & le lieu où doit fe trouver la communication.

On a marqué ce prolongement de TAmérique 5 vers FAfie , fur les anciennes Carus Ita- Ucnnes, On y voit un détroit nommé Dkroii dAnian. Les Nations commerçantes ont prouvé que l’Amérique fe rapproche réellement plus ou moins de l’Afie : de forte que ces obfervations donnent tous les dégrés de probabilité aux paffagcs que les Peuples ont pu faire d’un Continent à l’autre.

Les deux célèbres Géographes François, de Lifle & Buache , ont pris des peines incroyables pour dreffer des Carus fur toutes les Relations des voyages qu’on avoit faits pendant deuxcents ans. Elles font confirmées, de jour en jour, par le^ nouvelles découvertes des Rufîes. Ccr pendant elles préfentent quelques erreurs , mais qui étoient alors inévitables.

M. Gréen ne donne pas plus de vingt quatre

3t3S Lettres lieues (l) de largeur au détroit qui fépare YAûe de l’Amérique. Il eu. juflement fous le cercle polaire ,& contient quelques îles dans fon milieu, L’Impératrice de Rufîîe a aufli porté (qs vues de ce côté-là; & poiTéde différentes îles d’où Ton amena quelques hommes& des femmes à Pétersbourg, en 1777. Les RufTes en tirent beaucoup de pelleteries,& ne laiffent pas tranfpirer s’ils paffent en Amérique.

Les glaces que les fleuves de la Sibérie portent dans la mer Glaciale , ferment , pendant ufîe grande partie de l’année , le pafTage du détroit d’Anian. Quoi qu’il en foit on eft perfuadé qu’il y a un pafTage certain de TAfie à ces îles , & de ces îles au Continent de l’Amérique. Voilà fur-tout pourquoi les vaifTeaux de l’Europe n’ont jamais pu trouver ce pafTage libre ; quoique M. le B. de G… , de Konifberg reproche aux RufTes de ne pas l’avoir franchi par leur peu d’expérience dans la marine. Sa Lettre y datée du J Janvier l’JJl^ fe trouve ctaris le Supplément au Voyage de M, de Bougalnville , fait par MM. Bankcr & Solander» Il prouve qu’il n’a pas été impraticable pour d’autres , S: , même , que le trajet n’en efl pas difncile ^ ce qui efl afTez furprenant.

M. Conflantin-Jean Phipps n’avoit pas encore un ’ n I II . Il (i) Il n’a pas fept lieues. Voyez M. Scherer, T,

^TjR l’Amérïqvê; 139 îaît le voyage qu’il entreprit par ordre du Roi d’Angleterre , en 1773 , & qui fut publié en 1775 , //z-4®. 11 partit le 7 Mai, ôc fe trouva, le premier Juillet j à foixante-dix-huit dégrés treize minutes de latitude. Deux jours après, il Tencontra un vaifleau de Groenlande qui Tavertit que les glaces commençoient déjà. Il arriva le vingt Août à quatre-vingts dégrés douze minutes de latitude, paffa le Spitzberg jufqua File de U TabU & les fept îles. Après avoir coura à travers à^s glaces énormes , il tenta inutile-ment de paffer pendant mille trois-cents mlllis de route. Il trouva tout fermé , & courut le plus grand rifque d’être arrêté au milieu de ces glaces. Heureufement il s’en ’ tira. Ces détails fuÊifent pour montrer combien il eft difficile de paffer ce détroit.

Il eft prouvé par tous les voyages qu’on à faits du Kamtfchatca au Japon , qu’il y a une fuite d’iles nombreufes nommées KuriliskL Etienne Krafchnicoff fut un de ceux qui alla , par ordre de l’Impératrice Anne, lever la Caru de la Sibérie, depuis le Kamtcliatca jurqu’aii Japon & jufqu’à l’Amérique» Il préfenta foa Mémoin à l’Académie de Pétersbourg, On le réunit à celui de Steller , & on les publia , en François & en Anglois, en 1771. Ceft de ce Mémoire que je me fers pour vous indiquer nonfeulement la continuation des îles du Japoa

240 Lettres jiifqu’au Kamtchatca,mais même îa sûreté avec? laquelle on peut faire ce voyage.

Les ProfefTeurs Ruffes mentionnés aflïïrent qu’ils ont trouvé entr’autres chofes au Kamtchaîca des ouvrages en fer du Japon, qu’on y nomme Schifs : d’où vient le nom de Schîfman , qu’on y donne aux Japonnois. Tom. IL pag. 120.

Les Voyageurs attellent auiîi que la Terre de la Compagnie n’eft pas loin de Jcffo ^ ni celleci de la terre des Puchochotek, qui fut découverte , par les Ruffes , en 1741. Or l’île de Bering fe trouve entre cette terre-ci & le Kamtchatca -, de forte que , ii la terre àes Puchochotek eil la pointe du Continent de l’Amérique , comme on le préfume , rien n’eil plus facile que de paffer d’Afie en Amérique.

Si donc les Chinois & les Japonnois avoient leur première demeure en Sibérie ,comme nous l’avons vu , & qu’ils en ayent été chaiîes par des Peuples plus Septentrionaux & Orientaux , leur paffage en Amérique ne préfente rien d’impofîible , même dans l’état a6luel du Globe.

Repouffés par d’autres Peuples fauvages , ils auront gagné j peu-à-peu, les parties les plus Méridionnales du Pérou.

Le voyage que les Efpagnols firent en 1777, en Californie jufqu’au foixante-cinquiéme dégré de latitude , nous a donné de nouveaux éçlairciffçmçns {\x plufieurs Nations. Ils y ont trouvé

trouvé des habitans d’un facile accès , & hu-mains. En fuivant la même direction, on pourra découvrir la vraie poûtion & le prolongement de l’Amérique de ce côté là. Ainii attendons de nouveaux éclairciflemens & des notices plus certaines, fur-tout du célèbre (l) Cook. Nous verrons jufquoii fe confirmeront les conjectures que nous avons fur le Pafîage du Détroit d’Anian. (i) Le Leâreur peut à préfent confulter ce Voyas^e , il Verra à quoi fe réduifent plufieurs conjedures de M. Carli.

J’obferverai ici que le Tradudeûr Allemand a eu tort de corriger la Carte de notre Auteur fur les nouvelles découvertes de Cook. C’étoit le moyen de rendre les détails de ces Lettres inintelligibles. Il falloit lai/Ter au Ledeur à faire lui-même cette corredion , en comparant cette Carte avec celle de Cook. On peut aufïî confulter l’excellente Carte que M. le Clerc a fait graver dans fou Hijloire de Rufte, T. •: —.: .

Vc la mer Pacifique & de la mer des Indes, On prouve quelle ejî en grande partie nouvelle comme la mer Atlantique & la Méditerranée. Preuves de cette ajjcttion : <£otc ton parvient à expll” quer roriginc commune de plujieurs Nations de l*Amérique & de celles de notre Hémifphhe^ Une aujji grande inondation doit être arrivée du temps dHercule, JNousavonsvu qu’il n’eft pas impoiîîble de coriacevoir qu’en fiippofant lesChinois fixés anciennement en Sibérie , ils ayent paffé en Amérique , comme d’autres Peuples Tartares ou Scythes ;& que ceux-ci y ayent porté cesUfages’, ces mêmes Mœurs , qui femblent rapprocher de ii près ces deux Continensvers les partiesSeptentrionnales.

Mais ces émigrations deviennent encore plus vraifemblables, lorfquon réfléchit que ces Contrées ont auffi été en partie fubmergées par l’inondation qui a couvert l’Atlantide & le baffin de la Méditerrannée. lettons les yeux fur les îles de FAfrique , de TAiie , de l’Amérique,& nous ferons bientôt convaincus de la réalité de la cataflrophe que

la grande mer y produifit. Obfervons la pofîtion de Java , Sumatra , Bornéo »Célébès & tout ce qu’on appelle Archipel de Tlnde, avec la fuite des Philippines, des iles Luçons, & niez, fi vous pouvez, quelles ayent, comme Tile Formofe , appartenu au Continent de l’Afie.

C’eil ainfi que la Nouvelle-Bretagne fe trouve jointe au Japon , moyennant les îles Mariannes.

Il y a une fuite d’îles qui , en partant de la Nouvelle-Bretagne , fe partagent en deux ramifications, dont l’une, au-deiîus de Féquateur , va jufqu’au Nouveau-Mexique, & à la pointe de la Californie; Tautre, au-deflbus de l’équateur, va joindre la Nouvelle-Zélande ,& de-îà le Chili. LaNouvelle-Hollande peut même avoir appartenu à l’Afrique, avec file de Madagafcar & les autres îles, favoir celles de Bourbon, d’Amfterdam, de Ramiros, &c. M. Buache préfenta à l’Académie des Sciences, en 1744, une Carte -qui indiquoit les montagnes fubaqitées;& ï c’eft particulièrement à fes travaux , que nous i}. fommesredevablesdeconnoîtrelamerAtlantique, les autres parties de la mer des Indes ,& celles I de la mer Pacifique, jufqu’au Détroit d’Anian. r Cette fuite incroyable de montagnes indique le vade Continent qui fut abforbé par la mer;& fe la pofition des Continens aduels prouve de ^” quel côté cette mer s’cft jettée fur les terres inondées.

Ii44 Lettres En effet nous voyons que ces Continens fe prefentent tous en angle aigu vers le pôle Antarûique. On apperçoit la même forme aux golfes les plus refferrés & fupérieurs , tels que la Californie , le Kamtchatca , Céilan , Commorin , & 5 de Fautre côté, dans la mer Atlantique, la Floride, le Banc-de-Terre-Neuve, la Groenlânde, &c. Cette position des terres fuffit pour montrer , comme on le voit par les fleuves , quel a été le cours de la mer. La preuve devient encore plus feniîble dans la mer Atlantique, fi Ton confidère que les angles rentrans correfpondent aux angles faillans , entre les deux bords oppofés de l’Amérique & de l’Afrique.

Obfervez, en outre, tous les golfes que la jner a formés de ce côté – là , lorsqu’elle sq(ï jettée dans ces terres , comme la mer Vermeille à la Californie; ceux du Kamtchatca , de Corée, de Pékin, de Tunkin , deMartaban , de Bengale , de Gambaie , le golfe Perfique , la mer Rouge , & vous verrez que tous font dirigés vers le pôle Antardlique ,comme les Promontoires des Continens. ’ Les voyages des derniers Navigateurs , teh que AVallis , Bougainville , Charteret , Cook nous donnent encore les plus fortes preuves dans les parallèles qu’ils nous préfentent des Langues de plufieurs îles qu’on avoit ignorées avant eux. Or ces parallèles nous découvrent

SUR L’A M é R I Q U É. 245 Tongine commune des habitans , féparés aujourd’hui par des intervalles immenfes & depuis nombre de fiécles. Les îles Taïti , Bclabola , Maure, Ulietea , Huaheine & autres font au milieu de la mer Pacifique , à quatre mille huitcents (i) milles de l’Amérique, &à cinq mille quatre-cents (2) milles de TAfie. Qui pourra fe perfuader que les habitans des deux Continens loient allés, par mer _, y habiter à une fi grande diftance , fans avoir de vaiffeaux convenables pour de pareilles routes , & fans le fecours de la boufTole ? Il y a environ deux- cents Soixante ans que les Européens navigent dans la mer Pacifique ,& cependant ces lies avoient été inconnues jufqu’en 1768. Mais fuivons.

Cook a totalement découvert la Nouvelle- Zélande. Il avoit prisavec luiun Taïtlen^ qui s’étoit ofFert de l’accompagner. Cethomme fe nommoit Tu’pia. Il étoit de l’Ordre Sacerdotal , & conrioKToit parfaitement tous les Rits Religieux de Ta’îti. A peine fut-il à la Nouvelle-Zélande , qu’il s’apperçut qu’on y parloit fa Langue , & qu’on y fuivoif la “même Religion , excepté quelques principes& certaines cérémonies, fur Icfquelles il cITaya de les inflruire ,comme Miffionnaire. Or la Nouvelle-Zélande fe trouve à r (i) Oa quatre-vingt degrés. T. ^ (i) Ou quatre-vûigt-dix degrés. T.

24^ Lettres deux mille cinq-cents quatre-vingt$ fi) milles de ces îles. Les Peuples de ces deux pays n’ont que àes canots ou de petites barques qu’on ne peut comparer à nos vaiffeaux : ainfi Ton ne fe perfuadera jamais qu’ils ayent ufé de ce moyen pour franchir, furies flots, cet efpace immenfe; & qu’ils ayent eu, par cette voie, quelque communication entr’eux. Ils n’ont donc jamais pafîé d’un pays à l’autre par mer.

Mais permettez-moi de vous mettre fous les yeux une liile de quelques mots de la Nouvelle-Zélande & de Taïti. Le fens en efî- le même ,& la refTemblance des mots fi frappante , qu’il eft impofîible de nier que ce foit un même idiome. …

Mots Franpis , Zèlandoîs , Taïtîen, Capitaine^ Eraeete , Earcé.

Femme^ Wahine, luahine* Front ^ Erai, Erai.

Joues y Paparinga, Paparea^ Ne^ j Ahew , Ahew, Tête , Eupo , Eupo, Bouche y Hangutu, Utu.

Doigt y Maticàra, Mancow. ^i) Ou <juarante-trois degrés. T,

248 Lettres que altération; ainfi je ne ferai aucun commentaire à cet égard. Mais Fidentité de ceux que nous voyons ici, ne devient-elle pas une preuve plus forte que toutes les démonflrations Phyfiques & Mathématiques? Or depuis quand ces terres ont^-elies été féparées ? Par quelle révolution > Sans doute elle fut générale dans ces efpaces immenfes du Sud. Il n’en eft pas moins certain que les habitans formoient lin même Peuple à leur origine, & qu’ils dévoient occuper une grande étendue de pays» en y comprenant les îles dernièrement découvertes.La Nouvelle-Hollande , au contraire , qui , félon les mefures exaâ:es de Cook, n’eft qu’à fept’Cents quatre-vingts milles environ (1) de la Nouvelle-Zélande, a un langage bien différent ; ce qui prouve que les Peuples ne font pas de la même origine que ceux dont nous venons de parler. On , dit par exemple , Buma pour homme ; Bonjon pour /iC|; ; ToolpoQr[ Toulpour ) pour nombril , meul pour œil y noms qui n’approchent en rien des précédens. dont parle ^otre Auteur , à des intervalles (i e’Ioignées.

Il a fallu une révolution générale. On verra dans Je$ Voyages de Cook, en François, une Table beaucoup plus nombreufe de mots pris des Langues des îles ou defcendit cet immortel Navigateur. T. a ^(i) Ou treize dégrés. T,

On voit donc , par ce parallèle , qu il y a probablement eu un Continent non interrompu entre la Nouvelle Zélande &Taïtl; 3c qu’au contraire la Nouvelle-Zélande & la Nouvelle- Hollande ont été réparées, avant la fubmerfion, par un bras de mer ou un golfe qui empêclioit toute communication entr’elles. En eÔet , on ne trouve aucune île entre ces deux dernières terres ; & Ton navige continuellement fur une mer très-profonde. Mais les Voyageurs ont trouvé plufieurs îles au-defliis de la Nouvelle- Zélande , qui paroiffent à différens intervalles en continuant jufqua Taïti. Telles font Rotterdam , Amfterdam , Middelbourg , &c. , Ceci femble donc montrer qu’il y avoit , avant la fubmerfion, une chaîne de Monts & de Terreins , moyennant lefquels les Peuples de Taïti & ceux de la Nouvelle – Zélande avoient une liaifon dire61:e.

Cook a auffi fait quelques Recueils de mots des îles de Java, de Malacca , du Prince, de Madagafcar , & nous fait connoître la conformité des termes radicaux du langage qui leur étoit commun autrefois ; mais qui , par la fuite des temps,& le mélange de différentes Nations, eft devenu un peu différent.

Mais on voit, dans ces Vocabulaires’, une chofe digne de remarque , c’eft que le mot maca ou- ’ mate ftgnifie tiur dans toutes ces

i^o Lettres langues 5 excepté à la Nouvelle-Zélande & à Taïti, ou il défigne (i) l’œil. Quoi qu’il en foit, ces îles , qui forment un groupe û conlidérable dans cette mer , femblent avoir eu le même berceau que l’Afrique & TAfie; comme on peut Taffûrer à Tégard de la Nouvelle-Zélande , de Taïti ,& de plufieurs autres îles circonvoifines.

Pour revenir à notre fujet ; qui auroit jamais préfumé , avant ces dix dernières années-ci, que la Nouvelle-Zélande devoit , ily ades milliers de fiécles , appartenir à un pays qui en eft éloigné de deux mille cinq -cents quatre-vingt milles & fitué au milieu de la mer Pacifique ? On eût , fans doute , pafTé pour un Vifionnaire. Buaclie , qui a préfenté la prolongation des montsfuhaquls 5 en a vu la diredion vers Taïti : mais jamais perfonne n’a pu s’imaginer que ces Peuples , féparés par une fi vafte mer , fuflent fortis d’une même fouche , d’autant plus qu’il nexiftoit aucun monument, ni chez les uns , ni chez les autres , qui leur fît préfuraer la moindre liaifon avec d’autres Peuples.

Mais voici une même langue aux deux extrémités de ce vafte efpace , une même Religion , quoiqu’altérées l’une & l’autre par le laps du ^temps , de même qu’il s’étoit introduit des (i) Voyez une des N©tes précédeates. T.

changemens dans les Ufages , les Coutumes , rOrdre Civil : car les Taïtiens font une Société fondée fur des Loix, fuivent le fyftême féodal, comme les Peuples de rindoftan ; tandis que ceux de la Nouvelle-Zélande font anthropophages.

Si Ton réfléchit mûrement fur un fait auffi lumineux , fera-t-on furpris que les Peuples de FAfie ayent pu communiquer avec ceux de TAmérique qui en eil: voifme ; qu’ils fe foient, tour-à-tour , conquis , mêlés , confondus ; enfin qu’ils ayent tous, plus ou moins, confervé, pendant û long-temps , quelque chofe d’analogue dans les Ufages, les Coutumes, la Religion & la Langue ?

Cette idée paroîtra donc encore mieux fondée , fi Ton réfléchit que , les Taïtiens & les Zélandois n ont jamais pu communiquer entre eux par mer, ni fournir, par cette voie, aucune preuve d’affinité ; & qu il eil au/îi démontré , tant par les ohfervations Phyiiques de Buache, que par celles de Cook, de Banks & Solander; en outre, partout ce que nous avons dit jufqu’ici , que ce vafiie trajet fe trouvoit auparavant à fec , comme le bafîin de la mer Atlantique & la Méditerranée. Ainû nous préfumerons , avec raifon , que les Peuples de Taïti, de la Nouvelle-Zélande, de même que lesTartares, les Chiaais,d\ine part,& de laufre^

ayi Lettres les Mexicains & les Peuples du midi ont pu gaffer les uns chez les autres,par la voie des pays kîtermédiaires ,& fe répandre ainfi , en plus ou moins, grand nombre, dans différentes parties de TAfie , de l’Europe , de TAfrique & de lAmérique.

Le Holiandois Roggéwin aborda, en 1721, à «ne île qu’il crut lîtuée à cent lieues de Callao, & à la même diflance du Chili ; cette petite île qu’il détermine à 27 dégrés 6 minutes de latitude Sud , avoit , félon lui , 14 heues de circonférence , & environ trois mille Habitans. Mais il y a ici une chofe bien étonnante à remarquer ; ce font des ftatues colofîales de pierre auxquelles ce Peuple , félon lui , rendoit certains hommages , comme à des idoles. En Ï770 , Philippe Gonzalès mouilla à cette même lie. Il confirme ce que nous venons de rap-porter de ces ftatues , & affure même qu il y en avoit de la hauteur de vingt empans. Ceft, fdon lui , nie di Davis, Cooky defcendit en 1774 5 & ne put jamais comprendre comment ces Peuples ont érigé (i) ces coloffes au miheu de la mer Pacifique , n ayant ni (i) Voilà une des obfervations les plus importantes. <îe cet Ouvrage. Les circonftances relatives aux premières découvertes de cette île , font afTez curieufes pour mériter d*être connues. On confultera donc le Mémoire du célébra

échelks , ni arts , ni même aucune carrière de pierres.

Cette lie eft celle dePdques,Cookh marque à 27 dégrés, 5 minutes , 30 fécondes, 5 tierces dç latitude auflrale,& à 109 dégrés, 46 minutes, 20 fécondes de longitude,du méridien deGréenwich, Ilen donne le plan& préfente le deiîin des ftatues^ On doit fe rappeller , ici , qu’on trouva de femblables ftatues au Pérou ;-& que celles de File de Pâques ont aufli de grandes oreilles , comme celles de ce Royaume. Les Habitans de Tile ont Iqs oreilles allongées , comme les Péruviens aimoient à les avoir, y faifant de grands trous, pour y attacher de longs pendans. D’ailleurs la langue de ces Infulaires eu. la même que celle de Taïti; d*oii Cook conclut, avec raifon , que les uns & les autres qnt une mêmie origine , & que la Langue eu. prefque la mêane dans toutes les îles, depuis la Nouvelle-Zélande jufqu’à celle de Pâques , mais qu’elle fe rapproche plus du même idiome , dans ces deux dernières.

Ce célèbre Navigateury remarqua, en outre, des refies d’édifices qui avoient été très-bien conilruits en belles pierres de taille , telles que Afti-oname M. Alexandre Guy Pingre, fur les lieux oà l’on pouvoir obferver le pafTage de Vénus fur le difqae duSoiéil, le 3 Avril ijô^jpag. ^8, & fuiv. T.

2^4 Lettres celles des édifices du Pérou. Or ces ouvrages n’ont aiïïirément pas été faits par le Peuple qui habite actuellement cette île , puifqu’on n’y a trouvé aucun inftrument de fer. Ces flatues ne font pas des objets de culte ; mais , félon ces gens , des repréfentations de leurs anciens Princes Jréekée,Cette île eft à deux mille quatrecents (l) milles de Taïti , à quatre mille cinqcents (2) milles de la Nouvelle-Zélande ,& à plus de neuf-cents (3) millâs du Continent de l’Amérique. Les barques , ou canots , des habitans ne peuvent contenir plus de quatre hommes. Ils ne font donc jamais venus par mer dans leur île , éloignée de toute habitation , à des diflances fi confidérables. Ils donnent à l’homme ou au Père le nom de Papa^ comme en Amérique. En fuppofant donc un vafte efpace de terres, des monts , des vallées , des carrières , on voit comment des Peuples plus cultivés, mais qui ont été fubmergés, firent ces ftatues,les élevèrent fur la cime des montagnes , tant de cette île que des autres 5&comment ilsrépandirent une même Langue à la didance de quatre-cents cinquante milles. En effet les Chinois favent, par une trèsancienne& confiante tradition , que la mer enw – ’ ’ «r- ’ ’ • . > •mu .Li 1 . (i) Ou quarante dégrés. T. (z) Ou foixaiiîe-quinze dégre’s, T, (5) Ou quinze dégrés. T,

SUR l’Amérique; 25c gloutJt , il y a long-temps , un pays immenfe , dans ces parties fubmergées.

Mais il faut encore remarquer ici que Finondation de ces pays-là doit avoir précédé celle du baffin de la mer Atlantique & de la Méditerranée, En voici la raifon. Les coraux font petits dans ces deux derniers baffins , fort avant (ous les eaux ; au lieu que , dans les mers du Sud , toutes les îles font environnées d’écueils immenfes , formés par les coraux , qui s’élèvent jufquà la furface de la mer, & la furpaffent même de quinze pieds & davantage , malgré {oïi extrême (l) profondeur.

Il eil difficile de fe perfuader , fms preuves hiftoriques, que des Peuples, fixés à l’extrémité d’un Continent, fe foient divifés de manière qu’une partie foit allée demeurer à une diflance confidérable , laifTant dans Tintervalie d’autres Nations qui s’y font établies. Cepen* dant ce fait n’efl pas incroyable. On a retrouvé dans le Tibet les mots radicaux de la (2) Lan-gue Suédoife, & ceux de la Laague Celtique parmi les Scythes» On. fait qu’il exiile du côté (1) Obfervation importante. T. (2) La favante Préface du grand DWionnam Suédois de Ihre , & la Note de Fornis (dans fon Ouvi:age fur Les îles Cherfo & Ofero » pag, 44, ù fuiv. SJit, ItaL m-4”} jetteront du jour fur cet article, T.

2j6 Lettres du Tirol , une Peuplade dont la Langue n’efl entendue ni des Italiens , ni des Allemands. Un homme curieux, qui fe trouvoit de la fuite du Roi de Dannemarck paffa par cet endroit ,& fut extrêmement furpris d y entendre parler la Langue Danoife des anciens Cimbres. En effet la vallée que ce Peuple habite , fe nomme encore aujourd’hui (i) Val-Cimhra : ceU un reile de ces anciens Cimbres défaits parMarius. Après cette défaite , ceux qui échappèrent au carnage fe retirèrent dans ces montagnes , ily a plus de dix-huit-cents ans.

Si donc le Dannemarck& cetteVallée avoient échappé à une inondation qui eût couvert le refle de l’Europe ,& qu’on eût alors ignoré Tart de la navigation, feroit-il abfurde de préfumer que ces Peuples euffent eu une origine commune , faifant autrefois une même Nation , quoique difFérens entr’eux par les U{ageSy les Coutumes & la Religion ?

Nous favons qu’il y a dans la Valachie , dans (i) Le nom eft prefGjue d^cifif. Cependant on a préfumé , avec affez de fondement , que cette Peuplade étoit un refte des troupes Allemandes qui pafsèrent en Italie du temps des Fadibns des Welfes &c des Gibelins^ dont j’ai parlé. L’Allemaild de ce temps-là tenoit beaucoup de la Langue Frauque , tiès-aHalogue au Suédois 6’ au Danois, T. le

SUR L’AMERIQUE. 257’ le Bgnnat deTemefwar& la Romaniè , des Peuplades qui fe difent Romaines, Leur Langue eft différente de celles des Turcs, des Hongrois, àQS lllyriens , . au milieu defquelles elles fe trouvent enclavées. Or cette Langue eft pref* que ridiôme Latin» Les Italiens & ces Peuplades s’entendent ”^ très-bien é Peut-on nier que ce font des reftes de ces anciennes Colo-» nies que les Romains avoient établies dans la Dacie ou la Hongrie ?

On voit , en Groënlande , des Peuples qui ont toute la phyfionomie des Efquimaux , les mêmes Ufages. Or comment fe trouvent – ils dans ces deux Contrées? Ils font féparés par le détroit deHudfon , la grande baie de BafHn , &c.

Quelques Ecrivains ont préfumé qu ilsy étoient pafTés par mer : ce qui paroît prefque ( i ) impofîîble. Si , au contraire , nous obfervons attentivement que la pointe de Groënlande eft dirigée vers le banc deTerre-Neuve; que celuici efl tourné vers Tiie de même nom , & celle-ci vers le cap Breton , nous verrons que tout cet efpace appartenoit autrefois au Continent où font juflement les Efquimaux. (i) Si Ton Gonfulte la Carte de M. Buache, que j’ai citée au commencement de ce Volume , on verra que ce^a n’étoit pas fi impofîîble. Cela ne diminue en rien la force des raifoionemens de M. Carli. Voyez aufïîM. Schoxer. T.

ij8 Lettres De Hoorn a cru appercevoir , en AmériqueJ les races des Huns , des Tu^s, des Finlandois, des Norvégiens , &c. Grotius a été du même avis. Cependant on les a traités (i) de Vilionuaires. Mais , fi nous réfléchiffons que TAn* gleterre , l’Irlande ne faifoient autrefois qu’un même Continent , (2) avec la France , comme M. Buache le démontre, par les couches & l’identité des terres, par les bas-fonds des détroits qui les féparent j la continuatioi^ des montagnes , fans en excepter même toutes les îles de la Baltique, nous croirons , fans peine, que les Peuples de ces Contrées -là ont pu paffer , autrefois , les uns chez les autres , fans être obligés de recourir à des barques.

Croira-t-on , par exemple , que le Danne- (i) Il n’eftpas de gens fî tranchans que les Ignorans. T. (z) Voici un fait qui prouve que la mer a gagné peu-à-peu fur ces côtes. Jules Céfar , paflant en Angleterre, aroit fait bâtir un fort fur les côtes de notre Continent , en face de Cette île. On voyoit encore , au commencement de ce fiécle les reftes de ce fort , à la retraite des marées.

On y alloit fans rifque de la côte de la Hollande. Or ces reftes font à plus d’une lieue au-de-là des côtes , jufqu’auxquelles la mer arrive aduellement. Certainement Céfar ne l’avoit pas fait- élever dans la mer. Voilà ce qu’on m’a alTûré en Hollande , dans la maifon même oii Je fameux Spinofa vivoit en Sage , donnant l’exemple de i;oiii«.$ lç& vertus qui fooc le vrgi citoyen, T«

StJÉ L*Amérique, 159 marck, la Suéde , la Norwége n’étolent pas , autrefois , un même Continent ? Ces deux der-^ nières étoient , fans doute ^ jointes de même avec nie de Bornholm , celle de Riigen St la Poméranie, Obfervez , d’un autre côté , la pofition des Orcades , des îles de Féroé Si d’iflande , qiii font û voiiines de Groënlande ; fuppofez , enfuite , que la mer y foit plus baffe de cinq – cents braffes & même moins , vous verrez aufli-tôt un vaile terrein, coupé* il eft vrai , par quelques lacs , formés par les fleuves des bords oppofés; mais ce terrein réuniroit,comme autrefois , tout le Nord de FAmé-’ tique avec l’Europe. . Zimmermann^p,6ij\* Il nefl donc pas étonnant quon ait trouvé ^ au Nord de l’Amérique , tant de Nations dont les Moeurs , les IJÇ^^QS , la Religion forment un fi grand contrafte , mais qui, en même tems, fe rapprochent des Peuples de liotre Hémifphère. Les rapports en font fi frappans , qu’ils ne peuvent venir que d’une même origine* Ceux qui ont nié ces diverfes tranfmigratiens , fe font fondés fur les grandes difficulté* que ce fyftême leur préfentoit. La Navigation étoit un art abfolument ignoré : on n’avoit que des canots faits , ou d’un feul tronc d’arbre, ou de peaux d’animaux ; ou , fi l’on le veut , même quelques balfes : mais ces moyens font infuffifans , pour concevoir la Rij

x6o Lettres poifibilité de ces paiïages. Voilà ce qu’on a objedé avec rairoii ; & ceux qui ont prétendu le contraire , n avoient pas aïïez réfléchi fur la poffibilité du fait. Car il ne s’agit pas ici de quelques barques jettées , fi Ton veut, à des des diilances immenfcs. 11 faut réfléchir que ce font des reftes d’anciennes Nations , dont les monumens prouvent certains arts , une civiliCation ignorée des Peuples chez lefquels exiflent ces monumens. Il faut, en outre, fe demander comment ces émigrans décidés , ou forcés par les hazards à quitter leur féjour pour en aller chercher un autre , ont pu emmener avec eux des animaux féroces , & ennemis naturels de l’homme autant que de la brute.

En accordant , au contraire , ce dont toute la Nature nous fournit les preuves , que le globe a été fubmergé dans la plus grande partie de fa furface , toute difficulté ceffe. On voit paroître , difparoître diflerens Continens j d’autres terreins plus élevés braver Finondation à leurs cimes ,& les reftes de ces infortunées Nations fe fauver fur ces éminences, ou paffer dans de nouvelles terres , félon la rapidité avec laquelle ces révolutions des mers fe font faites. Les animaux reptiles ou quadrupèdes ont pu fuivre encore plus facilement la même marche. Voila comment un pays ,

SUR l’AM E R I QU E. lÈI un Continent s’eil trouvé peuplé des reftes d’une Nation dont une autre partie s’eft vue féparée à un intervalle plus ou moins éloigné ; comme il eil arrivé à la Nouvelle -Zé«* lande , à Taïti , à Tîle de Pâques & aux autres îles du Sud.

On a obje£lé qu’il y avoit , en Amérique, des animaux dont on ne voyoit pas les analogues en Europe ; comme des chevaux , des bœufs 5 des Hamas , des alpaques , des vigognes & nombre d’efpéces d’oifeaux , 8z:c _, &c : mais nous avons, en Europe, le renne du Nord qui n’eft pas en Amérique : trouve -t-on dans le Nord le dromadaire , le chameau , le rhinocéros & nombre d’autres efpéces de TAfie& de l’Afrtque , quon ne voit pas non plus en Europe, La différence des animaux ne forme donc pas un argument bien fondé. Cependant on a vu > & Ton voit tous les jours , en Amérique , des tigres , des lions , des ours , des cerfs , des linges, les efpéces analogues de nos lièvres, lapins, cailles, perdrix, pigeons, poules , ôcc D’ailleurs je crois qu’on feroit bien fondé à prétendre qu’il y avoit une efpéce de bœuf& des (i) chevaux en Amérique.. Toutes ces (i) On a nié l’cxiftence des chex’.aux ea Amérique,, avant la découverte de Colomb* 1^‘Auteur a iiaiCon de rappeller ce fait,^ & de tenir pout l’affirmative. T^./., R ïï’i ”

2.62 Lettres efpéces , il eft vrai , avoient été un peu changées , quant à la forme : mais pluiieurs étoient beaucoup (l) plus belles que celles de nos Continens , quoique les mêmes.

Les grandes dents & ces os énormes qu’on a trouvés au Nord de l’Amérique, dans le -Canada ,& même dans l’Amérique Méridionale , paffent pour être des débris d’EIéphans & d’un autre plus grand animal inconnu. Ces débris méritent fur-tout notre attention; car ils viennent à l’appui de notre (2) hypothèfe. Mais on a aufli remarqué de femblables débris en Sibérie.

Voilà donc au moins une grande efpéce d’anir mal , commune aux deux Hemifphères , à une époque inconnue : ce qui prouve la mutuelle correfpondance des deux Continens, mais , en tnêmç temps,une révolution tant d*un côté que de l’autre ; révolution qui fubmergea les terreins intermédiaires ,& une partie de ceux qui font aôuellement à (ec. (i) J’invite le Leâeur à fuivre les de’tails de la DiJ^ fertation. que D. Pernetty a publiée à Èerlin , fur l’extrême fertilité du fol de l’Amérique, fur la fécondité & la longue vie des habitans de plufieurs vaftes Contrées , fur la force étonnante & la rapidité de la végétation , &c. T. {%) M. de Marivetz prétend expliquer cette énigme par les grandes périodes de la Nature ou du mouvement du Globe , voyez fon Tom. IIy Phyfiq. du Monde. Mai§ «s amas d’os , comme je l’ai déjà dit , fuppofent une révolution fabite & non périodi^uç. T.

Le Ghevalier Sloan nous fait obferver que ces dents ^ ces grands os fe trouvent auffi en Tranfîlvanie, enHongrie, en Irlande, en France & ailleurs. Le Général Marfilli dit que ce font des reftes des éléphans que les Romains avoient inenés dans ces Contrées. Mais les Romains n avoient pas d*éléphans dans leurs armées audelà dNs Alpes. Ils auroient encore moins laiffé enfevelir ces dents, qui étoient d’un grand prix à Rome : Dcndum ingens pntïum , dit Pline , I/V.

VIII. Ch, XL Au contraire les Romains cherchoient par-tout ces dents foffiles , Idzm Uvm XXXVI £h. IV.

Les Philofophes ont beaucoup differté fui! ces os & ces dents d’animaux, qui ne vivent pas dans les paysdu Nord,&ne produifentmême que dans la zone Torride. Je ferai ailleurs quelques réflexions ultérieures à ce fujet. J’obferverai,en attendant,que ces os ne font pas ifolés fous terre , mais entaffés en grandes mafles ; ce qui leur a fait donner le nom de Montagnes des, Géans. On s’imagina la première fois qu’on ea découvrit , que ces os appartenoient à une race particulière d’hommes , non à des animaux. En outre ils font de différentes groffeur& grandeur; c’eft-à-dire d’animaux de différens âges. On les troiive même quelquefois confondus pêle-mêle avec des os de baleine, de vache marine &. d’autres, cétacis ou monfins marins. Or ces débrij^

164 Lettres indiquent clairement une cataflrophe affez fubite.

Si donc , comme il eu. démontré , la Méditerranée efl: une mer nouvelle , & û d’ailleurs l’ouverture du Détroit de Gibraltar, &c l’irruption de rOcéan fur l’Atlantide , font des faits atteftés par la tradition confiante de tous les Anciens, & qui s’eft perpétuée de génération en génération ; fi en outre les obfervations des Philofophes Géographes de nos jours,& les découvertes faites par les Navigateurs les plus éclairés , dans la mer Pacifique , confpirent à prouver la vérité de cette cataflrophe, je ne vois pas qu’il y ait de l’inconféquence à foutenir que les terres actuellement inondées ayent été découvertes, ily a des milliers de fiécles,& quelles ayent eu leurs habitans. « ^// refie^àxt » Juftin,^ les parties qui fe trouvent divifées fur ^ le Globe ont été unies autrefois , il efl bien » prouvé quec’efl une révolutionextraordinaire w qui a jette les mers fur une ii vafle étendue » dç pays , & qui fit périr les hommes qui s’y » trouvoientrépandus.Heureux ceux qui étoient » alors le plus près des éminençes qui forment » aujourd’hui les îles I » Vidi ego quod fuerat ^uondàm folidijjîma tellus 9» Ejpe fretum’y vidifaBas ex aquore tétras, OTide,

Cette grande Inondation na pas été la conjl^ qucncc du Déluge univcrfeL Opinion d’un Auteur anonymefur ce Déluge, On prouve encore que rInondation arrivée du temps d’Hercule , ne doit pas être confondue avec le Déluge uni” verfel.

J’aurois peut-être du réunir un plus grand appareil d’érudition à cette foule d’obfervations que les Naturalises ont faites,pourvous expofer lancien afpeâ: de notre Hémifphère, & vous préfenter 5 avec des preuves convaincantes , tout ce que je viens de vous raconter concernant le long féjour que l’Océan a fait fur les plus hautes montagnes ; & fur le fécond état que j’ai dit avoir été celui des volcans, lorfque la mer fe retira : enfin j’aurois du parler avec précifion & plus en détail , de l’état où fe trouvoit notre Hémifphère , lorfqu’elle fut abandonnée par les eaux ; ce qui m’auroit donné lieu de répandre par-tout une érudition capable d’en impofer : après quoi , j’aurois , fur le même ton , raconté quelle fut l’irruption de l’Océan , lorfqu’il vint , ^vec moins de . vio-r

166 L Ê T T R ÎE 8 lence , inonder une partie de nos terreins qu’il avoit laiffés à fec.

Mais à quoi bon ce brillant appareil ? Je ne vois que trop de luxe , à cet égard, parmi les Littérateurs de notre âge. Loin de chercher à diminuer la maffe énorme des Livres , dont on n’a même prefque pas le temps de connoître les titres , on fe livre à des difcuffions fans nombre , qui font gémir la preffe , fans en faire fortir le moindre trait de lumière. Quel homme fenfé peut fe réfoudre à commencer la leâure de ces immenfes Collerions Académiques , répandues aujourd’hui par toute l’Europe : malgré nous ne font- elles pas condamnées à Foubli?

Si nous en exceptons un très-petit nombre do Bons Mémoires , qui ferviront de bâfes aux vérités que la Poftérité découvrira , vous avouerez que lé refte eft bien peu de chofe ,& qu il vaut infiniment mieux fe borner à très-peu de Livres, que de fe fatiguer à parcourir même ces nombreux Volumes , qui fourmillent de redites & de contradidions. Ainfi n’attendez de moi que l’érudition que Je crois indifpenfable* Vous favez de quelle manière J’ai commencé ces Lettres ou ce Poème , fi vous voulez l’appeller ainfi. Je n’envifageois que vous & nos amis. Je ne prétends ni m’ériger ici en Dp6ieurr ni décider avec ce ton bourfoufflé de nos prétendus Savais : je vous expofe mes penfées

SUR t’Amérique. 167 telles qu’elles fe préfentent fous ma plume , fans autre intérêt que celui de m’amufer , & fins m’inquiéter fi elles font accueillies oa rejettées par cette foule immenfe d’êtres bipèdes que je me foucie fort peu de connoîtrc, fur-tout parmi ceux qui écrivent toujours une lifte de titres pompeux avant leur nom.

Eh! mon ami, fi leur nom avoit quelque réalité, feroient-ils jaloux de ces titres; &, s’il en a réellement, ces titres y ajoutent-ils quelque mérite. Cicéron , qui étoit de toutes les Académies , qui en a difcuté tous les dogmes , les fyftêmes , s’appelloit M. Tulllus, J’aime le laconifme de ceux qui foufcrivent cic plujieurs AceL” demies ; mais je regrette allez fouvent qu’ils nç foient pas de celle du Bon-Sens, Vous ne douter cependant pas que je ne fâche diftinguer un homme d’un autre ; & que , dans cette foule obfcure de gens décorés du titre d’une Société Savante, je n’apperçoive çà & là l’homme qui mérite mon efiime ; mais rari nanus in gurgkc vafio, Ainfi ne tenons à aucune opinion; adop* tons une hypothèfe pour nous entretenir ^ lorfque nous croyons l’avoir trouvée la plus probable ; & déreftons fur-tout cette morgue qui dégrade aujourd’hui la plupart des Savans de l’Europe.

Vous me demanderez peut-être fiU dernière lubmerfion qui engloutit l’Atlaatidç, k Médi;

268 Lettres terranée & une partie des Indes Orientales, fiit une conféquence du Déluge Univerfei. Je vous réponds franchement que non. La raifon m’en paroît évidente. La Genèfe nous apprend qu’au dixième mois on commença à voir les cimes des montagnes ; que , fept jours après , Noé ayant lâché la Colombe , celle-ci apporta une branche d’olivier. Qu enfuite Noé , voyant que les eaux étoient defféchées fur la terre , Çfeptima & vigcjima die menjîs arefacia cjl urra) fortit de l’Arche avec fa femme ,- fa famille & tous les êtres vivans qui étoient avec lui. . Nous avons déjàvu , par ce même détail , que les eaux n’avoient pas fait périr les végétaux , puifque les oliviers demeurèrent intads , de forte que la colombe en rapporta une branche.

En outre ce récit fuppofe que les eaux s’étoient totalement retirées , pour fe rendre au lieu d’oii elles étoient venues ; que la terre reprit promptement fa première form.e extérieure ;& fut bientôt en état de faire végéter toutes les plantes. Si , au contraire , après l’inondation dont je parle, Feau n’a pas quitté les terreirts qu’elle avoir engloutis , il eft clair qu’elle n’a pas été une conféquence du Déluge (i) Univerfei. (i) Nous avons vu que le balancement de l’axe fuififoit |our tout expliquer, Aiafi, fans s’écarter du texte des

Si, d’un autre côté, nombre de Peuples ont été fubmergés en même temps que l’Atlantide, dans les quatre parties du Globe , il n eft pas moins évident qu’il en a aufîi échappé çà & là un certain nombre, dans les pays les plus élevés, particulièrement fur les cimes des monts qui forment aujourd’hui les îles des vaftes mers dont nous avons parlé , ,& qui ont confervé la mémoire de ce terrible événement. Or ces Peuples échappés au danger prouvent que cette inondation ne doit pas être confondue avec le Déluge Univerfel.

Platon afTure très-pofitivement , d après les traditions de l’Egypte , qu’il étoit arrivé plufieurs fubmerfions ou déluges pendant l’efpace de neuf mille ans. Tous les Hifloriens & tous les Chronologiftes admettent au moins deux Déluges, l’un du temps (l) d’Ogygès , l’autre du temps de Ducalion. Or nous avons la date de quelques Déluges femblables en Europe. Il y eut plus de trois-cents villes & Septante , on voit que le récit de Moyfe pourroit biea être la tradition de la cataftrophe doht il s’agit. T. (i) On voit , dans les Mémoires de l’Académie des Infiriptions , Tom. XXIII , pag. 1x9, un Mémoire de Fréret fur les Déluges d’Ogygès & de Deucalion. II eft jFacile de décider qu’il s’eft trompé fur l’un & fur l’autre.

LeDéluge de Deucalion eft une chimère ; je le prouveraLT,

SPfO L Ë T t Ë È s villages de fubmergés fubitrmerit en Frîfe et en Zélande , en 1436. On voit encore , aujourd’hui , dans ces eaux où les vaifleaux paf” fent aduellement j les reftes dei tours (i) & des clochers de pîufieurs paroiffes. Il périt alors plus de cent mille Habitans. On fait qu’il ny a que Tart ,& la grande vigilance des Hollandois , qui les garantit d’être engloutis par là mer. Combien d’efpace occuperoit-dle donc, fi elle rompoit leurs digues? Combien laifleroitelle ailleurs de pays à découvert ? M. de BufFon rapporte d’autres exemples de fubmeriions partiailières, quon peut regarder comme autant de déluges arrivés dans les pays qui en ont été abforbés. Eufébe remarque que la Syrie en a effuyé deux; on en Compte un en Sibérie en 1095 > ^^^^^ autres dans la Frife : favoir en 1164 , 1218 , 1530; une partie de l’Angleterre en effuya un en 1604 , dans lequel il périt un nombre infini d’hommes (2) & tfanimaux.

J’ai , fur mon bureau , un Ouvrage anonyme en cinq volumes , dont le titre ell : Quand ( I ) J’ai pafTé plufieurs fois fur un vaifTeau dans ces terreins fubmergés : l’Auteur dit vrai. T. (x) On peut aufTi regarder comme un déluge paîtiel Vinondation qu’Euftathe rappelle comroe’arrivée ea Afîe’^ j^yisa-le fur X?#«:y^. T.

SUR l’Amério^e* 271 &commtnt L’Amérique a-t-dle étépeuplée , &c» Pa^ fe moque de cet Ouvrage comme écrit par un Théologien, 11 eft poffible que TAtiteur foit un Théologien : mais s’en fuit-il que l’Ouvrage foit à fouler aux pieds ? L’Auteur , je Tavoue , a voulu faire Thomme inftruit ;& s’eft engagé dans une queftion fort fcabreufe. Il eft vrai que le dofte Ifaac Voffius a foutenu la même opinioo , de mundi 4state. Néanmoins je crois qu il feroiï impoffible de prouver , contre le texte de laGe^ /2è/è,que le Déluge dont ily eft fait mention,n ait pas détruit toute créature vivante fur la terre; & que conféquemment les habitans du Globe^ foient tous égalemenr anti-Diluviens. Il y auroic plufieurs raifons qui nous porteroient à croire le texte de Moyfe : quelques-unes font même fpécjM|ifes« Les- termes qu’emploie FAuteur,au Chap,VI\ y. 6. 7 , font bien précis. Dieu ayant regret d’avoir créé l’homme dit : « J’exterminerai fur n la terre les hommes que j’ai créés ,& tout^ » les bêtes ». On lit , r. 13, ces paroles adret* fées à Noé, «La fin de toute chair eft arrivée..,, » je la détruirai avec la terre.— v. 17. Je ferai » venir un déluge d’eaux fur la terre.— v. xi^ ^> 21, 23 j Et tome chair qui fe mouvoit eie* w pira & fut exterminée, &c. w Mais l’Auteur de l’Ouvrage dont je vien^& parler , examine , dans la fecx^nde Partie^du pr©*

272 Lettres mier Livre , toutes les raifons qu’on allègue ert faveur de Tuniverfalité du Déluge, & prétend en démontrer rimpoffibilité phyiique. Il convient , Tom, V. pag. 211, que toutes les parties de la terre fe font véritablement reffenties du Déluge de Noé ; cependant il nie qu elles ayent été toutes fubmergées, & que tout le Genre- Humain ait péri , à la réierve de la famille de Noé» Outre les raifons phyfiques, & les preuves tirées de THiftoire , il difcute les différents textes deMoyfe , félon l’Hébreu , le Samaritain& les Septante ; on ne peut nier qu il ne faffe de fingulières réflexions. Mais , en venant au fait ^ il prouve, par pluiieurs pafTages parallèles & frappans , que la Langue Hébraïque efl fouvent hyperbolique. 11 efl dit, par exemple, au Ch, IX ^ V, 6 de rExode yC[UQ tous les bejîiaux des Egyptiens moururent , tandis qu’on voit le contraire dans lemême Chapitre^^Chap, XIILv. i j.

Cet Auteur cite un affez grand nombre d autres Paflages tirés des Prophètes , pour prouver le ftyle hyperbolique du Vieux & du Nouveau Tejiament, Mais ne mettons pas la faulx dans la moifTon d’autrui : vous n êtes pas plus Théologien que moi : ainii laifTons cet Ecrivain aux prifes avec ceux que fes opinions intéreiTent pour le oui ou pour le non. Avouons de bonne foi notre ignorance ,

SUR L ‘AM É R I Q U £. 273 Ignorance , & notre peu de pénétration fur la pofîibilité d’un fait contradidoire avec le fyftême de la Nature , & cependant atteflé de la manière la plus formelle. Vous fentez qu’il fallut une fuite étonnante de miracles , pour envelopper tout le Globe d’une maffe deau qui égaloit plufieurs fois fon volume , fub- ,merger nos Antipodes en même temps que nous ; pour amener d’ailleurs tous les animaux de l’Amérique , de l’Afie , de l’Afrique, de l’Europe dans l’Arche, Non , de pareils opérations ne fe font (i) pas fans les plus grands miracles ; il faut même convenir , avec le P. Gumilla ,& un des Pères de l’Eglife , que Dieu employa le miniftère des Anges pour conduire ces ani-maux au lieu qui leur étoit defliné , ou il faut tout nier formellement. Mais vous voyez .que cela eft afluré de la manière la plus for- . (i) Il efi: évident que ces faits ne peuvent être crus fans reconnoître l’autorité de la révélation. Cependant , en faifant abjUradion de toute révélation , feroit-il contradidoire que le Grand Etre, qui préfide à l’ordre de i’Univers , ait produit une telle révolution , fans rien déranger dans le refte du fyftême univerfel ? Je ne le crois pas : mais c’eft une de ces queftions qui n’intérefTent en rien notre bonheur , & qu’il vaut mieux laifler de côté.

Nous ne Tentons que trop que nous ne fommes pas nés pour tout comprendre. Suivons les fyftêmes admis : nous n’en ferons pas de meilleurs pour notre civilifâtion. T.

274 Lettres melle. Ne cherchons pas de diflindion , ni à difciiter les Textes : qui dit tout , n excepte rien. Ainfi vous auriez aufîi mauvaife grâce que moi de vouloir examiner. N’ayons pas de différend avec les Juifs Rabbiniftes ou Karaïtes: tout eft rétabli : parlons en Phyiiciens , & amufons-nous de nos rêves.

Je vous rappellerai ici que , dans toutes les parties du Globe , il y a eu des Nations ou des Peuples qui fe difoient (i) Autochthoncs ^ c^eft-à-dire produits originairement parle terrein même de leur habitation,& non venus d’ailleurs.

Les Athéniens ne reconnoiiToient d’autre origine que leur propre pays , félon Strabon & Thucydide ; Pelafge les avoit tirés des bois oii ils menoient une vie fauvage. Les Arcadiens fe difoient plus anciens que la (2) Lime. Les Scythes (l) Ce mot grec a eu deux fens, comme le montre Suidas. 1° Celui que préfente notre Auteur 5 %^ iX a défîgné une Nation qui a occupé , la première , un pays où il B’y avoit perfonne. L’orgueil nationnal a fait préférer le premier , au moins généralement. T. (i) Ou Profélmes. M. Gufmann explique bien ce mot, d’après plufieurs anciens Grecs. Endymion , Arcadien , fut le premier , dit – on , qui s’occupa de la Théorie de la Lune , & ^^%^^ l’année fur Ton cours , tandis que les autres Grecs navoient encore aucune période annuelle déterminée : ce qui s’accorde avec le Scholiafte d’Ariftophane & Cearorlnus, que M. Gufmaiin ne cite pas. T.

stJR l’Amérique, 175 ne vouloient pas non plus être defcendus d’aucune autre Nation que d’eux mêmes* Les Peuples de la plus Haute -Ethiopie avoient la même prétention. Ceux de la Bétique faifoient remonter leur origine à ûx mille ans, du temps de Strabon.

Nous retrouvons à-peu-près les mêmes prétentions en Amérique. Les Incas defcendoient du Soleil. Les Caribes fe difoient iafeule Nation du Monde : tous les autres Peuples _, félon eux, n’étoient que leurs eiclaves : ( les Tartares avoient cette idée orgueilleule d’eux-mêmes) les Achaques , au contraire , faifoient defcendre d’un tigre la Nation des Caribes. Les Otomaques fe croyoient iilus de trois pierres mifes Tune fur l’autre. De femblables pierres avoient pro-duit les Mapoies. Les Salives étoient fortis de Terre; les Achaques de troncs d’arbres, comme ^ les premiers Italiens :

Genfque yirâm truncis &> duro rohore nata , Comme parle Virgile. Les Corinthiens voyoient leurs Ancêtres dans des champignons :

Cerpora. vulgârunt pluvialibus édita fungis , dit Ovide.

Nous avons du P. Bardetti un Ouvrage fous ce titre: D^spremiers Habitans de l’Italie, Il elt fâcheux qu’il n’ait pas fuivi fa première idée : car il femjîle qu’il s’étoit d’abord propofé S ij

276 Lettres de montrer que les Italiens ne defcendcient non plus daucune autre Nation.

Mais il ne faut pas perdre de vue que nous parlons des temps correfpondans à l’inondation de TAtlantide,& à Télévation de la mer : la terre étoit alors habitée : l’Egypte, la Grèce, l’Italie avoient leurs Peuples particuliers. Pline dit que les (i) Umbrïtns^ Nation la plus ancienne de ritaîie ) avoient eu ce nom , parce qu ils avoient échappé à Tinondation que les pluies avoient caufée fur la terre. Aurélius Viclor raconte que, félon quelques Ecrivains, les terres ayant été couvertes d’un déluge, certain nombre des hatepr.s fe fauva fur les montagnes. Aprèsy avoir demeuré quelque temps , ces fugitifs defcendirent enfin de ces cïmts dans la plaine : ce qui leur fit donner le nom&aborigènes par les Grecs qui vinrent en Italie. On voit quil prend ce mot d’0rc>5 ou Oroï^ grec , qui fignifie montagne.

Parmi ce grand nombre de Gens Lettrés, qui ont eu chacun leur opinion particulière à ce TiijetV^ncun na penfé aux Atlantides , qui ont dominé les premiers en Italie avant l’inondation , comme Tatteftent Platon & Diodore de Sicile.

Cependant ils conviennent tous que Saturne y a régné. Un pas de plus leur auroit fait re- (i) I7mhrij comme Imbri à’itnher, pluie avec tem* pête. T.

SUR l’A M É R I Q U E.’ ’ tonnokre Saturne pour le frère cFAtlas, & fAs d’Uranus, Roi de l’Atlantide. Virgi^’=’ dit que les Aborigènes, nés de plantes, Favcient précédé en Italie : cependant il n^ ‘is donne Saturne pour premier Roi de cette Contrée :

Prhnus ab czthcrco yenit Saturnus Oïympo.

Je vous ai déjà indiqué un Paffage de Juflin, relativement à l’Antiquité des Scythes. Cet Hiftorien nous rapporte le raifonnement par lequel ils vouloient prouver qu*ils étoient plus anciens que les Egyptiens. Ils avoient , fans doute , bien diflingué les deux états du Globe , celui des eaux & celui des volcans; d’où il étoit réfulté deux opinions qui partagèrent les Ecoles de la Grèce , comme nous l’avons vu. Voici ce que difoient les Scythes : « Au » reile^fi toutes les parties du Globe ont formé » un tout fans aucune féparation , foit que » feau ait. généralement couvert les terres au » commencement des chofes , foit quelles » ayent été en proie au feu comme au prin- » cipe de toutes chofes , les Scythes , dans » ces deux cas , font plus anciens que les » Egyptiens ». Ce raifonnement étoit fondé fur la hauteur des terreins de la Scythic. En fuppofant donc que les eaux eulTent couvert toute la terre , leur Pays devoit en avoir été libre le premier : fi le feu avoit dévoré tout S iij

278 Lettres pour reproduire tout, la Scythîe devoît s’être refroidie la première (1). Les Scythes étoient donc régardés comme plus anciens.

Hérodotenousraconte Fhiftoriette dedeux enfansquePfammétique fit élever fans qu ils eufTent la moindre communication cntr’euXjS: fans qu’on leur parlât. Ce Prince vouloit favoir û les entans parleroient fans avoir jamais entendu un feu! mot , & quel feroit leur idiome. La première parole qu’ils articulèrent fut Beccos ou (2) Bek^ en ôtant la finale grecque. On chercha , chez différentes Nations , fi ce terme fe trouvoit avec une fignification vulgaire ; & Ton recon-nut qu’il fignifioit du Pain chez les Phrygiens: (i) On voit que les Scythes rairoiinoient mieux qu’un célèbre Phyfîcien , à cet égard. T» (i) M. Larcher a bien démontré l’ineptie du raifon-. nement de Pfammétique. Les enfans avoient dit Bekt parce que c’eft le cri de la chèvre : leurs oreilles n’ayant jamais été frappées que de ce fon , lorfque les chèvres les allaitoient , ils dirent Bek. M. Larcher oublie de remarquer que Buk ou Bik fîgnifîe même aduellement une chèvre dans nos Provinces & dans le Nord. Les voyelles ou fons e y i Ce confondent partout 5 & Platon dit qu’en ne les diftinguoit à Athènes que dans la bouche des femmes puriftes. Les Anglois font auflî i de ee. Il eft cependant vrai que Bek pouvoit fîgnifîer du pain , en Phiygie. C’eft encore le gothique week du pain. Becker, Backer défîgne un Boulanger, dans le Nord. Voyez Stuckius, antiquités Çonvivaks. De-là eft fenue l’erreur du Roi d’Egypte, T«

de-là , Pfammétique conclut que cette Nation étoit plus ancienne que les Egyptiens , qui cependant fe vantoient d’avoir été le premier Peuple de la terre.

Laiffons à chaque Peuple (es prétentions à la plus haute antiquité : mais convenez que toutes ces anciennes Nations remontent à des époques extrêmement éloignées. Ainfi concluons , de tous ces détails > que Tinondation dont je parle ici n’a été que particulière.

Car elle n’a couvert que les Pays plats & les collines les moins élevées des quatre parties du Globe. Les montagnes , les lieux même un peu plus hauts n’en n’ont pas fouiFert : c’eft là que fe retirèrent les reftes des Nations que l’eau n’engloutit pas totalement. Le balancement de la mer dura , fans doute , quelque temps ; & ce ne fut qu’après cette fluduation violente que ces gens , un peu raffiirés , osèrent defcendre dans les plaines , à mefure que les terreins fe defféchèrent , & perfévérètent enfin dans Vétat où nous les voyons aujourd’hui.

Le Genre-Humain s^étant donc ainfi multiplié dans les différentes parties du Globe , chaque Nation s’imagina être la plus ancienne , perfuadée que les autres avoient été englouties dans cette horrible fubmeriion. De-là, ces traditions bizarres fur l’origine de tous ces Peuples.

28o Lettres Nous avons reconnu les mêmes opinions, à ce fujet , dans les deux Hémilphères. Le Péruvien , le Mexicain ne raifonnent pas mieux fur leurs Ancêtres que les anciens Habitans de nos Contrées. Par – tout ce font des fables , des récits extravagants : ici les hommes font nés des montagnes, parce que les premiers Habitans s’y font réfugiés : là ils font nés des pierres, parce que ce font des roches qui les ont fauves du danger : ailleurs ils font fortis de terre , parce que , retirés dans des trous , des cavernes , fur Tune ou l’autre éminence , ils en fortirent après que les eaux eurent repris leur équilibre. Les arbres ont aufîi produit des Peuples , parce que les reftes infortunés de telle ou telle Contrée avoient bravé le danger fur des arbres que la mer épargna. Voilà comment chaque Peuple retrouva fon origine dans des liécles poftérieurs. Les Fêtes lugubres ou joyeufes qui fe célébrèrent en mémoire de cet événement, furent variées en conféquence de ces opinions.

M. Bailiy , qui a traité avec beaucoup d’érudition la partie de FAftronomie anti-Diluvienne , nous fait connoitre, à cette époque, Torigine & la combinaifon des difFérens cycles, la conftrudion de la Sphère , les obfervations aflronomiques qu’on ayoit déjà faites , & même la manière de calculer les é.clipfes.

Or ces connoiffances , abfoliiment ignorées du temps de Noé , ou plutôt les Théories du Ciel qu’on y avoit prifes en un fens tout oppofé à la Vérité , prouvent démonftrativement que la révolution , dont je parle , n’efl pas un effet du déluge , mais une nouvelle catailrophe que les Archives de FEgypte & de la Grèce rapportent , avec raifon , au temps d’Hercule ; que la cataftrophe ne fe fit fentir qu’à une partie du Globe ; & qu’ainfi l’époque du Déliige-Univerfel doit être infiniment plus éloignée que ne le penfent les Chronologiftes.

Les Septante & S.-Auguftin font favorables à mon opinion , comme nous l’avons vu : & Riccioli , qu’on n accufera pas d’irréligion , l’a dit & prouvé de la manière la plus évidente.

En e^Qt , que font mille & même deux ou trois mille ans, ou , fi l’on veut , dix mille, en comparaifon de la durée que nous préfente ridée de l’Eternité ? Pour moi plus je crois le monde ancien , mieux j’apperçois la PuifTance & la Majefté de TÊtre-Suprême. Je me figure, avec un plaifir mêlé de refped , tous ces Globes roulants depuis des millions d’années, qui ne font qu’un point devant Dieu. Je vois notre Planète fubir toutes les modifications de la matière ; & cependant y conferver , malgré fes cataftrophes , des Etres vivans capables de louçr le Dieu qui les y maintient depuis tant

28z Lettres de fiécles ; & je voudrois que mon idée fut la Vérité même. Mais ne nous perdons pas dans ces efpaces immenfes du temps , dont TArithmétique même y quoiqu infinie , ne peut nous déterminer les extrêmes. Que fera-ce donc fi nous-nous arrêtons à Tidée d’un Dieu qui n’a jamais du refter dans l’inertie ? Si fa volonté efl un ade pofitif , & qu’il ait voulu créer ce monde _, comme le fait le prouve , cette volonté eft-elle plus divifible que l’effence de Dieu même ? Et Dieu a-t-il pu envifager le temps dans un point féparé de fon Eternité ? Mais c’en eft affez. Vous me feriez de jufles reproches , fi , n’ayant pas même voulu difcuter les raifons de l’Auteur dont je vous ^i parlé , j’allois moi-même propofer des difficultés auxquelles ni vous* ni moi nous ne trouverions de réponfe , que par de nouvelles difficultés. Tenons nous en donc à l’époque de notre Atlantide, & fuivons notre Poëme :

PiBorihus atque Poetis Quidlihet audendi femper fuit œqua potefias» (i) Le Ledeur trouvera , à la iin de ces Lettres , un long Supplément, que l’Auteur a fait pour celle-ci, dans fa dernière Edition , fur les Aborigènes ou premiers Hahitans de tltaiit, T.

Fêtes des Peuples en mémoire des Déluges & des Inondations, Hydrophories , Fêtes & Cérémonies publiques du Phal & de CŒuf, Déluge de Deu^ calion & d’Ogygès. Deux Deucilions : celui de la Gréct hien pojlérieur : il riy eut aucun Déluge de fon temps. Déluge d’Ogygès du temps de Phoronée^fils d’Inachus, Deux Inachws, Equivoque des Chronologiftes fur ^intervalle quily eut entre le premier & le fécond, Lancien Inachus fut contemporain £Atlas. Llnondation arrivée du temps ^Hercule correfpondit à tépoque <^Ogygès ^ & fut le Déluge appelle ^‘Ogygès. , Tentatives pour fixer tépoque de cette Inonda-’ tion. Les ObfervatioiisA[ironomiques & Diodore nous donnent quatre mille ans avant notre Ere, Preuves ultérieures quifixent le Déluge d^Qgygès à quatre mille ans avant notre Ere, Vous me reprocherez , probablement , de vous avoir parlé de plufiegrs chofes fans vous avoir donné les éclairciffemens néceffaires.

Pourquoi ces fêtes , ces cérémonies lugubre^i ou joyeufes que nous appercevons chez toutes les anciennes Nations , foit pour rap-

^84 Lettres pelier le fouvenir des différentes inondations; ^oit pour célébrer le renouvellement de la terre ?

La Fête des Hydrophories eu. certainement la plus ancienne qui ait été inftituée en mémoire de l’inondation du Globe. Boulanger a traité ce fujet avec (i) beaucoup de favoir , dans fon Antiquité dévoilée. Les Athéniens portoient en pompe , le premier jour du mois Anteftérion , qui répondoit à Mars, Teaii qu’on jettoit en grande cérémonie dans un goufre ,_près du Temple de Jupiter Olympien.

On croyoit que les eaux du déluge s’étoient écoulées par ce trou , après avoir inondé TAttique, du temps de Deucalion. Les Eginétes faifoient la même chofe au commencement du printemps , à la célébration des jeux qui étoient confacrés à Apollon. Lucien nous a raconté tout ce qui fe faifoit en Syrie , où Ton verfoit de même une quantité prodigieufe d’eau dans un femblable goufre , près du Temple de la Déeiîe ; parce qu’on y avoit la même opinion fur la retraite àes eaux du déluge.

Mais , pour indiquer quel avoit du être l’état ÙQS hommes , lors de cette inondation , il étoit d’ufage , en Syrie ,qu’un homme fe tînt , pendant fept jours, fur un des deux Priapes III , , ^ (i) Je fuis d’un feiitiment bien oppofé. T.

t[in avoient trois-cents empans de haut , & qu’on difoit avoir été érigés par Bacchus, félon Lucien, en face du Temple même. Boulanger, qui n*a pas connu la figure de ces mcTnumens , les appelle des Colonnes , & trouve une grande analogie entre les cérémonies , les Fêtes de la Déeffe de Syrie ,& celle que les Hébreux célébroient à Jérufalem. La Fête des Hydrophories étoit donc , pour lui , celle des Tabernacles , plutôt que la mémoire de îa fortie d’Egypte. Mais il me femble qu à Tégard de la commémoration des eaux , il faut plutôt rappeller ici la Fontaine de Siloé , qui étoit en vénération chez les Hébreux , & où Ton puifoit avec un vafe l’eau qu’on verfoit au pied de rAutel des Holocauftes : cérémonie qui fe faifoit avec une joie incroyable. ”’ ’ Quoi quil en foit , la Fête des Hydrophories étoit prefque générale dans rAneien-Monde.

Cétoit la commémoration de la grande cataftrophe que la mer y avoit produite. Horus Apollo nous apprend que cette i.nnondàtion Te repréfentoit en Egypte avec trois vafes ou urnes. Je ne citerai pas la Mefîenie , la ville d’Itome , la Perfe , TArménie , le Pégu , la Chine , le Japon où cette Fête étoit connue, Tajouterai feulement que , fi – la Fête- des Torches, confacrée à Cérès & a Ofiris-, eft relative à cet objet , nb«s’ retrouvons^lé

iS6 L È T t il E s même iifâge en Sicile comme en Egypte & BÎlleurs.

On découvrit 5 en 1696 ^ iirt fuperbe vafe antique dans le territoire de Rome. Ce vafe^ qui repréfentoit le déluge d’Ogigès , ou de Deucalion , tomba dans les mains de Ficoroni : plufieurs perfonnes fembloient s’y être fauvées des eaux du déluge , de même que plufieurs couples d’animaux, & dans un vaifTeau. Bianchini la fait graver , & en a donné quelques détails. La repréfentation s’accorde parfaitement avec le récit qu’on lit dans la Déejfe de Syrie de Lucien. Si ce vafe & toutes fes parties ont fervi à la célébration des Hydrophories , on doit convenir qu’on ne pouvoit mieux repréfenter cette folemnité , qui rappelloit , en quelques endroits , la cataftrophe d’un déluge , le renouvellement de la Nature & de toutes les générations de l’homme & de 1^ brute. 4’ ; ^ ..Mais , il la Fête des Hydrophories étoit , en général , un jour de trifteffe & de mortification , puisqu’elle rappelloit le plus trifle des événemens , celles qui fe célébroient jen mémoire du renouvellement de la Nature, infpiroient l’allégreffe : on s’y livroit même à une efpéee <le fureur. On fe figure aifément de quelle manière on repréfentoit la reproduôion des Etres animés , lorfqu’on fe rap-

SUR l’Am i r I q u e, 287 pelle Tufage du Phallus dans les Fêtes de Bacchus. Ce fut donc la forme de la partie virile qui en devint le fymbole ; & ce fymbole ne tarda pa*s à être un objet de vénération. On y joignoit , même dans l’Inde , la figure de la partie féminine , fous le nom de Lingam, Nous avons retrouvé le même fymbole en Amérique , particulièrement dans la Province de Panuco.

On y ajoutoit encore la figure d’un œuf dans les orgies. Macrobe , après avoir difcuté cette queftion, favoir fiTœuf eft avant la poule, ou la poule avant l’œuf, ajoute en l’honneur de l’œuf : Confidui^ ceux qui font initiés aux myftères de Bacchus , dans lefquels ( l ) Hoc vénérations ovum coUtur, Achilles Tatius nous rapporte les diverfes opinions que les Philofophes ont eues fur la figure de la terre , que les uns faifoient conique 9 les autres fphérique ou ovale , & dit que cette dernière paroît la plus vraifemblable à ceux qui font initiés dans les cérémonies Orphiques.

Le Serpent , & le Dieu Cnef , avoient en Egypte un œuf à la bouche. Bianchini &:

Vaillant ont rapporté des médailles d’Héliogabale & de Trébonianus Gallus , fur le revers (i) L’Auteur auroit pu préfenter le texte de Macrobe plus ex^deoient. Satun, Liv, VIL Ch. XVL T.

288 Lettres defquelles on voit un œuf, au tour duquel un ferpent fait plufieurs circonvolutions. Ces médailles font deTyr.Les DamesRomaines avoient au col un Phallus ; & , dans les Fêtes de Cérès , elles portoient un œuf en procefîion. Varron , qui raconte ce fait , penfoit aufîi que la terre avoit la forme d’un œuf, parce qu’elle devoit repréfenter une faculté perpétuelle d’engendrer.

Tout repréfentoit ou la formation de rhomme , oii la reproduftion : mais la cérémonie la plus antique regardoit la production: voilà pourquoi la Fête des (Eufs étoit accompagnée de la plus grande allégreiTe. On mettoit fur le bout des bornes du Cirque, autant d’œufs ou (i) de figures d’œufs qu’il falloir faire de courfes ; & , à chaque courfe finie , on en Otoit un. On croyoit , à la Chine , qu’une vache avoit donné un coup de pied à un œuf d’où les créatures étoient alors forties.

Nous ne voyons cependant pas que l’Amérique ait eu le fymbole de l’œuf, tandis qu’elle avoit eonfervé tant d’Ufages , de Coutumes, de Cérémonies d’une date antérieure à la fubmeriio.n. On n’y a pas non plus apperçu aucune notice qui pût faire foupçonner qu’on (i) On verra d’autres détails & les figures relatives dans Biaechini. T. y

SUR L’AM E R I Q U È. 289 y connût les quatre Planètes, Mercure, Mars^ Jupiter , Saturne , quoique robfervation des Pléyàdes , des Hyades , de TOurs , de VénuSj la détermination des Sôlftices , des Equinoxes ayent été comnkunes aux deux Hémifi^hères.

Ceft donc une preuve que les Planètes n’eurent leurs noms que dans un âge poftérieur , &: que le fymbole de Tœuf ne fut connu qu après Tinondation qui divifa les deux Continens, & non du temps de la première génération des habitans de Tune & l’autre Hémif^ phères.

Vous-vôus rappellerez ^ fans doute , avec raifon, nos œufs de Pâque , à cette ancienne cérémonie* Toute l’Europe les connoît ; mais lesi Peuples qui ne fuivent pas nos théories religieufes , ne font pas urte moindre fête du jour oii chacun envoie des œufs peints & même dorés avec beaucoup d’art, à (es amis* C’efî: ainfi que le pratiquent les Perfes & d’autres Nations de l’Inde ou de l’Afie. Nous les béniffons chez nous : on éh fait enfuite un jeu, dans lequel celui qui caffe fon œuf en le frappant contre celui d’un autre , le perd ,& eil obligé de le lui donner. Ceft peut-être à cette ancienne idée qu’il faut rapporter cette expreflîon dont nous-nous fervons quand une fîlle fe range parmi les femmes fans mari : Elle a cajfé fon œuf^ difons^nous. Mais en voilà affeï Tome 11, T

ipo Lettres^ fur cescérémonies établiesenmémoirede Tinondation , & de la reprodudion des hommes , qui naquirent de ceux qui s’étoient fauves furies montagnes au temps de ce cataclyfme.

Vous me demanderez peut-être fi je penfe que cette fubmerfion de TAtlantide foit celle que les Grecs ont nommée le Déluge de Deucalion ou d’Ogygh^ & que quelques Ecrivains placent à des époques différentes de celui de Noé , ou dont plufieiirs autres ne font qu’une même cataftrophe. La queftion feroit bientôt décidée fi je vous difois oui ; & j’aurois alors pour moi tous les Chronologifles : mais je penfe que le fujet mérite d*être un peu mieux examiné ; car il faut faire accorder Tétat phyfique de la terre avec THiftoire , fans quoi toute l’Hif* toire n eft qu’un Roman^ Lucien fait mention de deux Deucalions , Tun Scythe, Tautre né en Grèce même. Cet Auteur ingénieux nous montre , par (qs détails, qu’il croit que c’efl fous le premier Deucalion que le Déluge eft arrivé. Mais , comme nous ne favons rien de ce Deucalion, difons quelque chofe du fécond, fous lequel d’autres placent le Déluge arrivé du temps du premier.

Il paroît , félon Diodore , Liv. IV^ que le Déluge , arrivé fous ce fécond Deucalion , jemonteroit à trois fiéçles avant la guerre ou la prife de Troie. Comptons trois générations par

SUR L’AMiRIQUE. IÇt fiécle , nous aurons, plus ou moins, 330 ans.

Ceft à quoi fe réduit aufïi le calcul de Clément d’Alexandrie. Clément dit, en outre, que le Déluge d’Ogygès arriva fous Phoronée , fuccefleur dlnachus. Mais fuivons d’abord celui de Deucalion.

Vous favez que les marbres de Paros ont été gravés 263 ans avant notre ère ,& qu’ils comprennent les principales époques de la Grèce.

Or cesmarbres portent :Depuis que (i) Deucalion régna en Lycoric , pr^s du mont Parnaj^e , Cccrops régnant à Athhnes ^ M. CCCX, (^ou I310) ans.

Ajoutons-y deux-cents foixante-trois ans, nous aurons 1573 ans.

Mais, il le Déluge de ce Deucalion arriva Fan 330 environ, avant la prife de Troie, & que cette ville ait été priie 1208 ans avant J. C. , comme Je lai prouvé dans le fécond Livre de mon Ouvrage fur Us Argonautes , il en réfulte une date de 1538 ans, antérieure à notre ère, & poftérieure de 35 ans à celle que Clément admet. Mais j’obferve que ces marbres marquent M. CCCXVIIL (1318)^/2^, depuis (2) la mort de Cécrops. Ainii Deucalion ayant vécu en même temps, il femble qu’on peut (i) Epoque II. de ces. marbres. T. (1) Epoque I. ibid. T,

ICI Lettres mettre le Déluge quelques années plus haut, & concilier ainfi lepoqùe de Clément avec celle des marbres.

Au refle le Globe étant habité par-tout , à Tune ou à l’autre époque , qui ne diffèrent que très-peu, & rhiiloire des Peuples de ce tempslà n étant pas une énigme abfolument ipipénétrable, on peut , avec Orofuis& Eufébe, placer ce Déluge à la cinquantième année de Moyfe.

Ainfi ce ne peut être qu une fubmerfion partielle de quelques cantons de la Grèce, La mer étoit alors dans (es bafîins. Cette inondation n’aura donc englouti que quelques îles , ou Tune ou l’autre partie du Continent , comme nous avons vu pareille cataflrophe dans les bas pays de la Syrie, & ailleurs. Juflin nous dit en effet qu’une inondation lubmergea feulement une grande partie de la Grèce.Oroiius croit que ce fut feulement la Theflalie. Les marbres de Paros n en font aucune mention.

D’ailleurs Hérodote , qui aflïire formellement que la Nation Hellanique (c’eft-à-dire les Athéniens) n’a jamais changé de local, ayant habité la Phtiotide du temps même de Deucalion; &, fous Dorus, fils d’Hellen , le pays fitué entre les monts Ofla & Olympe , prouve que cette fubmerfion ne fut que particulière? ou n’arriva même peut-être pas. Car il paroît très-probable que les Grecs 3 qui attribuoient

à leur Nation p^fque toutes les révolutions & les inventions des autres Peuples & àes autres Régions éloignées, placèrent chez eux, à répoque de leur Deucalicn, ce qui étbît arrivé 5 long – temps auparavant, fous un Deucalion Scythe , dont Lucien a rappelle la mémoire. Rien de plus croyable que cela. L’inondation de l’Océan eft, fans contredit, antérieure de beaucoup à l’époque du Deucalion Grec.

Mais voyons le Déluge d’Ogygès.

Le Déluge d’Ogygès arriva fous Phoronée, fils d’inachus , félon tous les Ecrivains. On le place ordinairement 220 ans avant celui du Deucalion Grec. Mais il eft bon d’obferver qu’il y aeu plufieursInachus,comme plufieurs Jupiter, Mercure, (i) Hercule, Deucalion, &c.

Hygin nomme pofitivement Inachus, père àlo , fils de Triope & d’Oréafide , Faù. 145. Ge Triope étoit fils de Pirante , fils d’Argus. Il rappelle ailleurs un Inachus , fils,de l’Océan , lequel eut Phoronée de fa propre fœur.

Cette dénomination dejils de COcian indique affez fon antiquité. Car tous les anciens Conquérans ou Brigands , qui fondirent fur l’Afrique^, la Grèce , & qu’on nomma Dieux %u. Héros , (i) lablonski convient que l’Hercule Egyptien étoit bisa antérieur au f^jour d^s Ifraëlites en Egypte. T. ^

294 Lettres furent autant de fils de l’Océan. Nous avons vu auffi que les Atlantides ont été regardés comme iffus de l’Océan, parce quils étoient venus de ce côté là.

L’époque de ce Déluge ne peut donc fe rap-porter au temps du fécond Inachus , bifaïeul de Danalis , mais au temps du premier , qui étoit père de Phoronée. Apollodore & Paufanias s’accordent avec ce fentiment.Inachus paiTa d’Egypte en Grèce ; & Phoronée fut le premier qui y régna, félon Pline, Paufanias St les Mythologiftes.

Cefl fous Phoronée qu’arriva le Déluge d’Ogygès , qui régnoit dans les parties Septentrionales de la Grèce. Eufébe dit , d’après Africain , qu’Ogygès vivoit 1020 ans avant Tinflitution des Olympiades.

Les Olympiades ou les Jeux Olympiques furent inftitués , on diroit mieux (l) récablis ^ 408 ans après la prife de Troie , félon les meilleurs Chronologiftes. Troye ayant été prife I20§ ans avant notre ère, il faut donc placer le rétabliffement des Jeux Olympiques 800 ans avant J. C. Mais le Déluge d’Ogygès précéda ce rétabliffement de i020ans;fon Déluge arriva donc 1820 ans avant J. C., ce qui n’eft pas d’accord avec la vérité de l’Hiftoire. M. Bailly, (i) Par Chora^bi^s, yj6 ans avatot notre ère. T.

SUR l’Am é r I q u e. 295 qui confond le premier Inachus avec le fécond, Aftron, Ane. pag, 372 , place Phoronée à Tan 1937 avant J. C. Pétaw, par une femblable méprife , fixe le Déluge d’Ogygès à Fan 1796, difant que Phoronée étoit fils dlnachus , & Inachus père d’Io; ce qui eft faux, au rapport de toute l’Antiquité ; puifque le père d’Io efl le fécond Inachus. Bianchini Ta invinciblement prouvé , pag, 494 de fon Hijloire UniverfeLle, Ainfî nous pouvons regarder comme erronées \qs dates que d autresEcrivains ont admifes. Banier dit Fan 1793 ; Shukford , 1764 ; Lenglet , 1831; Newton, 1080, avant notre ère.

Mais le Deucalion Grec ayant vécu 1 573 ans avant J. C. , il faut donc néceffairement fuppofer que l’Ogygès , qui vivoit 2J3 ou 223 ans avant ce Deucalion , efl un fécond Ogygès,& non celui qui vécut du temps de Phoronée, fils d’Inachus. Ainfi nous pouvons établir comme une époque certaine , que Phoronée étoît contemporain d’Hercule ; c’efl-à-dire qu il vivoit dans un temps proche de Tâge d’Atlas & d^ Saturne.

Si donc Phoronée vécut dans ce temps-là, & que d’ailleurs l’irruption que l’Océan fit fur l’Atlantide remonte au temps d’Hercule Egyptien, comme je l’ai déjà dit, il me femble bien démontré que c’eil cette même inondation que les Anciens ont appelle le Déluge ^Ogygès.

296 Lettres Lage de Deucalion Scythe répondroit peutêtre même à ce temps -là. Conféquemment il XI eu pas hors de vraifemblance que les Anciens ont confondu les temps, multiplié les événemens , en les fuppofant arrivés en Grèce , aux époques quil a plu de leur alîigner, faute d’être mieux inftruits.

Nous avons admis que Tâge d’Hercule& cette inondation pouvoit remonter à plus de 3000 ans avant notre ère : Diodore de Sicile affûre même que THefcule Egyptien avoit précédé l’Hercule Grec de dix mille ans. En réduifant ces années de quatre mois aux nôtres , nous trouverons 3333 ans : ce qui n’excède pas de beaucoup notre calcul. Il eft vrai qu*en admettant que FHercule Grec vivoit 1360 ans avant J. C. 5 l’Hercule Egyptien, fous lequel arriva l’inondatioil de même date quOgygès , auroit vécu l’an 4693 ans avant notre çre. Si d’ailleurs on admet, avec M. Bailly , qu’Atlas& Hercule fixèrent, de leur temps, au premier degré des Gémeaux l’équinoxe du printemps, cetteépoque remonteroit à 4600 ans avant notre ère ; de la même manière que remonte auffi, à cette^ année ou environ, le concours des Cornes du Taureau & des Hyades : pofition à laquelle commençoit Tannée dans les fiécles les plus reculés de l’Antiquité > félon les obfervations ^ftronomiques. Or ces obfervaitionS’ font dç§

SUR £*A M E R I Q U E. 297 bâfes qu’il eft impofïible de renverfer. L’autorité de Diodore eft donc ici confirmée par l’afpedl même du Ciel.

Pline avance , fur Fautorité d’Eudoxe& d’Ariftote, queZoroaftre vivoit 6000 ans avant la mort de Platon, & 5000 ans avant la guerre deTroye, félon Hermippus, qui recueillit deux millions de (i) vers de Zoroaftre. En réduifant ces années àune efpace de fix mois chacune ,comme Tobferve Gaza, cet ancien Zoroaftre auroit vécu 3348 ans avant notre ère, félon Ariftote & Eudoxe, ou 3708, félon Hermippus : car Platon mourut 308 ans avant J. C. & Troye fut prife 1208 ans avant cette dernière époque. Ulric Brecht (2) fait l’ancien Zoroaftre contemporain de Ninus ; mais Albert Men fixe encore différemment lage de ce Roi de Babylone : ainfi nous ne voyons pas comment on peut concilier ces opinions , ni ce que nous pourrions en conclure , relativement à notre fyftême.

Newton nous préfente quelque chofe de plus diredî:. II affûre qu’à 1époque de Chiron , c’eft-à-dire du temps de l’expédition des Argonautes , Téquinoxe cqncouroit avec le quinzième degré de la conftèllation du Bélier; donc (i) Ou des lignes: mais Pline paroît n’en avoir riea cm , liv. ///. a. I. T. (a) Voyez M. Bailly, J. /. pag. 358. T.

298 Lettres il s’étoît écoulé 3240 ans depuis le coffcours des Hyades jufqu’au temps de Chiron. Or, fi nous joignons cette fomme à celle de 1275 ans y qui s’écoulèrent entre Chiron ou cette expédition, & notre ère, nous aurons 4515 ans.

Il réfulteroit donc de ce calcul , que je n’ofe cependant pas garantir,que leDéluge d’Ogygès, ou rinondation de TOcéan , feroit arrivé plus de 4000 ans avant J. C. , s il eft vrai que ce fut du temps d*Hercule , contemporain d’Atlas , comme nous Tavons prouvé. Mais cet Hercule vivoit auffi du temps dlnachus , père de Phoronée. Je remarquerai , en outre , que le Rabbin Salomon parle d’une très-ancienne fubmerfion de rOcéan. Schonleben , qui le cite , la fixe à Tan 3Î73 avant notre ère. Voyez CarnioL Antiq, Tom. /. Part, II, pag, 9, Fréret cite, dans (qs Nouvelles Ohfervations contre Newton , des Livres Egyptiens d’une affez ancienne date , & que Murtady dit avoir lus.

Selon cesMonumens , le Déluge arriva lorfque le Soleil étoit au premier degré du Bélier , & que Régulus fe trouvoit dans le colure des Solftices. Mais cette obfervation me paroit erronée. Régulus étoit, en 1689, au vingt-cinquième degré , 3 1 minutes , 20 fécondes du Lion, ce qui fait une différence de 55 dégrés, 31 minutes, 20 fécondes: c’efl-à-dire

SUR L*AMèRIQUE. 299 3997(1) ans environ. Si nous en ôtons 1689, il reilera 2308 ans avant notre ère. Cette époque répond à 642 ans après Fou-hi , temps où nous avons à la Chine , fans interruption , la fuite de toute Thiftoire , celle de toutes les obfervations aftronomiques & des éclipfes. Ce qui luffit pour prouver le faux de Fobfervation rapporté d’après les Livres Egyptiens que cite Murtady dans fes Merveilles del’Egypte. D’ailleurs ce Déluge ne feroit arrivé que cent cinquante ans avant Abraham.

En outre remarquons que le Temple d’Hercule avoit été bâti , à Tyr , 23CO ans avant Hérodote, comme il le dit lui-même; parconféquent 2780 ans avant J. C. Or ce Temple auroit précédé le Déluge de Moyfe de 472 ans.

Mais , dans ce temps-là , tout le Globe étoit habité. Il faut donc , ou que Fobfervation que produit Murtady foit fauffe , ou qu’il l’ait mal entendue.

Simplicius nous apprend , dans fon Commentaire fur le Traité du Ciel , attribuée à Ariftote , & d’aprèsPorphyre, que Califthène , qui accompagnoit Alexandre-le-Grand , envoya au Philofophe Ariilote des obfervations aftronomi- ( I ) Multipliant par 71 atis , pour la progreflîon à% chaque degré des lixei^ T*

300 Lettres ques 5 faites à Babylone pendant refpace de 1903 ans , ayant qu Alexandre entrât dans cette ville. Or ce Conquérant ny entra que 331 ans avant J. C. Donc ces obfervations cornmençoient l’an 2234 avant notre ère : ce qui fait une autre preuve contre robfervation de Régulus , produite par Fréret.

Il eft donc à préfumer que Murtady a voulu partir de cette obfervation pour fe régler fur le calcul de la Vulgate , & fuivre l’époque que la plupart des Chronologiftes afîignent au Déluge Univerfel. Mais le P. Riccioli , S. Auguftin ont bien fenti quil falloit la reculer avec les Septante, pour concilier THiftoire avec rAftronomie : autrement , on confondra , avec les Modernes , l’époque du déluge & l’inondation d’Ogygès ; deux iévolutions qui font ce-pendant bien différentes. En effet la mer fe retira après le Déluge ; mais elle refta fur les terrains qu elle avoir abforbés à l’époque d’Ogygès 5 au moins après le balancement dts eaux? qui reprirent enfin leur équilibre. Les parties hautes du Globe furent épargnées à cette dernière fubmerfion : les hommes , les animaux particuliers à chaque climat furent en partie confervés ; tout périt , au contraire , dans les eaux du Déluge,à quelqu époque qu’on le fixe.

On retrouve , après Ogygès , les Ufages , \qs Coutumes , les Traditions , les Cultes , les

Quîpos, les Hiéroglyphes , les Jeux, la Divifion de l’année , les Obfervations des Solftices & des Eqiiinoxes , les Mois Lunaires , les Cycles 5 les noms des Aftres , les racines des mots des Langues primitives , comme dans l’âge précédent , foit dans le Continent , foit dans les îles formées par des cimes affez hautes pour braver la furie des flots qui fe répandoient.

Ces réflexions nous autorifetoient peut-être à conclure que le Déluge d’Ogygès eu. le même que celui qui , félon les Syriens , arriva du temps duDeucahonScythe,& qu’on peutplacer, dans Tordre de la Chronologie, à 4000 ans avant notre ère. Cette concluiion feroit fondée fur ringénieufe remarque de M, Bailly ,/?^^. 13 1, concernant les trois (i) Theut^ Hermès ou Mer^ cure : car ces trois mots ne délignent qu’un même homme. Le plus ancien qui , félon Manéthon, le Syncelle , Ammien Marcellin & d*autres , vécut avant l’inondation , inventa \qs Hiéroglyphes, & ^t des obfervations aftrono- (i) Je dois obferver ici ce que j*ai oublié ailleurs :

Theut & Thot diffèrent. Le premier vient de TA^fW, fouffle, vent fubtil. Le fécond de Tho , origine , commencement.

On a aufli écrit Taaut & Thaat , dans ce derniet fens.

Mais il eft faux qu’il y ait eu trois Thot ou trois Hermès , quoiqu’eij puifle dire M. Bailly, T.

^02 Lettres iniques. Le fécond obferva Tétoile (quon appelle) l’œil du Taureau dans le vin^t’Jixiémc (l) degré des Poiffons ; ce qui remonte à 3362 ans avant notre ère. Le troifiéme doit avoir vécu 1846 ans avant J. C. Le premier de ces Mercures fut nommé Trlfmégiftc ou trois fois très Grand. Ceft à lui qu*on attribue un Ouvrage imprimé , fous le titre de (2) Pimandn.

Le P. Roflelli Ta commenté, ou plutôt enfeveli dans fix volumes in-folio. Cette rapfodie paroît avoir été faite à la première époque du Chriftianifme. Peut-être même eft-ce l’Ouvrage dun nommé Hermès > que S. Paul falue dans fa Lettre aux Romains.

Ainfi je ne fais trop comment établir , d’après M. Bailly (/‘^o’. 133 ; 3 J8 ) , que l’inondation arriva 3948 ou 3993 ans avant notre ère, félon laChronologie desBabyloniens. Elle place, 2473 ^^^ avant J. C, Evechoiis, qui vécut neuf fars & demi après l’inondation. Or neuf fars & demi , à cent foixante ans chacun , font 1520 ans. En les ajoutant à 2473 ’ ”^”^ avons 3993. Mais tout ce que nous avons dit jufquici femble prouver que cette inondation eft différente du Déluge univerfel. (i) M. Carli devoit avertir que cette obfervation eft douteufe. Voyez M. Bailly. Tom, L T. ( 1 ) Pimandre , Ouvrage d’uu fourbe. T.

LETTRE XLII

Preuves pkyjiques relativement au même fujeu Tra* dition cCun ancien Incendie du Globe , & du. même dge que tInondation de la mer. La cauft de cet événement a pu être tapproche £une Cor méte, Syfiême de Wiflon à ce fujet. Réflexions rapides fur la Théorie des Comètes, Leurs Or— bites connues, La pojjibilité de leur approche prés du Globe terrejire. Effets qui peuvent en réfultcr^ La Comète de I759 paroit être celle qui caufa. cette révolution^ 401J ^^s avant notre ère y & qui fépara les deux Continens, Preuves déduites des anciennes Traditions, L’Année étoit auparct^ vant de 360 jours. Récapitulation & Conclu^ fions,.

I L y a bientôt dix mois & demi que voi^ avez la patience de lire tout ce que Je vous envoie à chaque pofte , même avec précipitation , concernant l’état ancien de TAmérique.

Loin de vous ennuyer de mes détails , vous me preffez toujours avec plus d’inftance ; vous voulez, en outre, que je vous expofe toutes mes idées , ou mes fonges , fur le^ différentes

304 L E t T R E s révolutions de notre petite Planète, afin de vous lïiettre plus à portée de juger de ce que je puis découvrir de’probable fur les Traditions de l’Egypte,& fur le Paffage des Atlantides en Afrique, en Europe , en Amérique. Mais vous exigez encore davantage : il faut que je vous préfente tous ces faits, vrais ou probables, dans un ordre Chronologique qui s’accorde avec les époques réfultantes des obfervations Agronomiques , de la Cofmogonie & de THifloire de toutes les Nations.

Je vais donc achever la tâche que vous m’impofez , & vous fatisfaire , autant que je le puis, fi vous me difpenfez d’entrer dans la moindre difcufîion qui reffemble à ces querelles Littéraires , d’où fort fi rarement la Vérité. Je ne m’aflreindrai pas non plus à cette ftiarche févère , qui feroit peut-être avantageufe & même néceffaire , pour concilier un point aufîi délicat avec la Phyfique & l’Aflronomie , qui femblent naturellement s’y refufer.

Rappelions-nous feulement ici , pour principe , que la grande fubmerfion qui partagea prefque totalement la furface du Globe en quatre Continens , arriva du temps de l’Hercule Egyptien ou de Phoronée , fils du premier Inachus ; & que nous en a^^ns conclu que le Déluge d’Ogygès ne fut que cette fubmerfion , dont l’époque ^ confondue dans tes âges

SUR L’AMiRÎQUË; JOJ Iges poftérieurs avec celle du fécond Inachiis» indiiifit tous les Chronologiftes en erreur. Ce Déluge peut doric être fixé , avec aflez de probabilité , à Tan 4000 ans avant notre ère ; & ce fut une /Cataftrophe bien différenfe du Déluge Univerfel > qui doit par conféquent l’avoir précédé ; comme nous l’avons affez claire-ment indiqué.

Il neft pas difficile de fe former Tidée du flux de la mer qui fe portoit d’un pôle à l’âutrô dans la direftion du Méridien : on voit , auffitôt , le^ eaux s’élever à une hauteur confidé* rable dans nos Contrées, au point même de couvrir prefque totalement les cimes de l’Italie ; fubmerger l’Egypte , la Grèce > la Paleiline ; & , de l’autre côté du Globe , la Chine , le Pégu jusqu’aux chaînes des montagnes. On conçoit auffi facilement que ce mouvement des eaîix , ayant pris une diredion régulière en fe balançant , pour fuivre enfin le mou^ vement & la figure de la terre , la mafTe des flots fe porta d’Orient en Occident , comme nous le voyons aduellement ^ fur les terreins de l’Amérique , laifTant à {ec de vaftês Contrées , en Italie , en Egypte , en Grèce , en Afie; mais , gagnant, d’un autre côté , fur les terres du Japon de JefTo , le bailîn de la mer Pacifique , autant qu*elle perdoit dans les parties occidentales de l’Amérique.

3o6 Lettres Ceft aînfi qu’on apperçoit l’orîgîne de cette nouvelle mer , dont lesNaturaliftes,& en particulier Fortis , ont très-bien vu le féjour fur nos Contrées. Nous favons enfuite pourquoi les niipntagnes,les collines 5 telles que celles du Véronnois , du Vicentin, nous préfentent les phénomènes dont nous avons parlé : c^eû-àdire des corps marins aux profondeurs les plus confidérables , comme autant de preuves fenfibles de la réfidence des mers ; des produits volcaniques , qui atteflent le fécond état, qui fut celui des volcans j enfin des corps marins qui indiquent , fur la plus haute partie des monts & des collines de troifiéme ordre , la révolution que fit le Déluge d’Ogygès. 11 y a 5 près de la tour del Qiùmo , une colline, taillée à pic, fur la route qui va de Rome à Laurette. La partie inférieure, jufqua fept pieds & demi de haut , eil formée d*un fable mêlé de coquillages marins. Au-delTus , & jufqu à la hauteur de feize pieds , on apperçoit un tufvolcanique , mêlé de pierre ponce.

DefTus gît une couche de fable & de coquillages , à la hauteur de deux pieds & demi : enfin s’élève, jufqu à quatre vingt pieds, un (i) Tuffa , un Pépérino tendre & à^s pierres pon- *—. ,. ” . ,. (i) Le TuffcL ne fait pas preuve ici. Sa nature eft conteftée. M. Gufman prouve cjiie le Pépérino eft une ficrre. cornée. On diroit peut-être mieux qu’il le devient. T.

SUR t’AM i R î Q U Ê. 307 tes. Qu’elle autre preuve plus évidente peuton demander des révolutions auxquelles le Globe eÙ. expofé ? Lifez les Champs PklégréenS du Chevalier Hamilton 5 le Véfuve vous y montrera les mêmes phénomènes.

Voilà donc pourquoi les hommes ^ defeendus des montagnes dans les pays bas que la mer avoit abandonnés, Te virent obligés de creufer des foffes , des canaux pour faire écouler les eaux qui y refloient. C’efl: ce qu’on faifoit encore à la Chine , fous Fou- kl & Yao ^ & en Egypte , fous les premiers Rois. Hérodote , quî remarque que tous les terreins y étoient é^iféchés, de fon temps, & bien confolidés, dit que tout reffembloit à un marécage , du temps de Menés , excepté la province de Thébes : nous apprenons aufîi de Juftin que ces marais formoient Tentrée de FEgypte, îorfque les Scythes vinrent Fattaquer la première fois.

Combien de temps Fltalie ne fut-elle pas couverte de marais ? Denys d’Halicarnaffe rapporte qu (Enotrus , fils de Lycaon , étant venu pour y habiter avec une Colonie , trouva le pays défert , inculte ,& fut obligé de chercher une habitation fur les montagnes. Les marais qui fubfiftoient encore du temps d’Annibal, au-deffus de Plaifance , dans la partie Septentrionnale de ritalie, firent perdre un œil à ce grand Capitaine obligé de s’y arrêter plufieurs jours. y ij

3ô8 Lettres Mais par quelle révolution phyriqiie nn û grand mal a-t-ii pu arriver? Je nen lais vraiment rien , bien loin d’en pouvoir démontrer géométriquement la première caufe.

Newton cite , dans fa Chronologie réformée , un Pafî^ge d’Origène (contre Celfe Liv, ^.), par lequel il eft à préiumer que les Egyptiens fiiifoient une Fête en commémoration d’une cataftrophe générale dont. le feu du Ciel fur la caufe. Ceft , fans doute, cette révolution que les Poètes nous ont peinte dans Yaccident de Phaéton, Les Egyptiens Font figuré par Temblême du (i) Phénix qui renaiffoit de fes cendres.

Je ne fais ce que vouloient dire cesArcadiens qui prétendoient être plus anciens que la Lune.

Les Phrygiens avoient la même préfomption.

Il eft sûr que ces idées tiennent à la caufe phyfique de quelques phénomènes que nous ignorons. Seroit-ce une Comète qui , s’étant trop approchée de la terre , y auroit d’abord caufé une chaleur exceiîive , & Tincendie de plufieurs grandes forêts : mais qwi , ayant enfuite heurté ou preiTé la terre , auroit changé la direction de fon axe , à une époque dont il ne refle pas de fouvenir ? (i) Le Phénix nétoit pas l’emblème d’un tel événenement. Voyez ïablouski. T.

SUR L*AM E R I QU É. 3O9 L’idée d’un Déluge de feu & d’un Déluge d’eau a été celle de tous les Peuples. C’efl pourquoi les enfans de Seth, fi nous en (l) croyons Jofeph , coniignèrent leurs Obfervations aftronomiques fur des briques & des pierres, perfuadés que , s’il arrivoit un Déluge de feu , les briques fe conferveroient , ou s’il en arrivoit un d’eau, k marbre ou la pierre en braveroit les effets, Horus Apoilo nous préfente l’Hiéroglyplie (1) d’un Lion fur la tête duquel un homme approche une grande torche ardente. Le Lion fe baifTe fous cette torche , & rencontre un lac d’eau , en baiiTant la tête* Cette idée du feu & de l’eau , rappelle donc ce que les hommes craignoient : or xctte crainte femble rappeller aufîi la tradition d’un événement dont on avoit confervé le fouvenir. Il feroit afTûrément bien fingulier que les indices manifeftes d’une inondation de la mer ayent fuggéré l’idée d’un Déluge de feu.

Il fulïït de confidérer cette quantité prodigleufe de charbon (3) foiïile [lahouilU) qu’on trouve dans (î) C’efi: un des contes dont cet Hiftorien fourmille. T. (i) Cet emblème étoit relatifà l’inondation de l’Egypte’, fous le figne du Lion ou duVerfeau iiiTcrfe de cetEmpire.T. (3) L’Auteur a raifon , jufqu’à l’époque de Macquer.

Mais voyez M. Fourcroy ^ Chymit, Tom. lUypag. 441 2c pag. 4^i. Bergmann , Manuel Minéral. §.XXll^ &ç. T, V iij

310 L E T T R E S lin û grand nombre de Contrées, pour être perfiiadé que le Globe a effuyé , dans plufieurs de {qs parties , une inondation & un incendie prefque à la même époque. On a cru que le charbon de terre appartenoit au régne minéral : mais les expériences chymiques ont prouvé que les minéraux ne contiennent pas la moindre partie de Thuile fi abondante dans ce charbon. Ainû on le rapporte au régne végétal. Vous pouvez confulter , à cet égard , le DiciLonnaire de Macquer , & la Chymk de Spielmann.

En z^et les lits de ce charbon fe trouvent toujours parallèles à Fhorizon ; & les arbres qu’on y voit brûlés & couchés tous également, dans de long trajets , avec les troncs , les racines , du côté des mers , indiquent aflez le flux de eaux qui les engloutirent lorfquils étoient à peine brûlés.

Or ceci me conduit à une obfervation de Clément d’Alexandrie. Selon lui , Sténélas , qui paffa pour être le père de Cycnus , Roi des Liguriens , vivoit du temps de Tincendie de Phaéton , & du Déluge de Deucalion. Ces deux événemens font ainfi du même âge ; auinoins cela eil-il fuppofé. Mais eft-ce à un incendie qu’il faut (i) rapporter le Culte à\ ( I ) Non , l’Auteur n’a pas befoiii de cette preuve précaire, T.

feu facré, admis chez prefque tous lès Peuples > & qui devint perpétuel. La Loi des Juifs le prefcrivoit formellement , comme on le voit \ dans le Lévitiquc^ Ch. VI. f.iiSi 13. Nous avons parlé du £eM quon renouvelloit tous les ans au Pérou , comme à Rome , où le feu facré étoit auiîl perpétuel. Nous avons aufîi vu le but des Hydrophorles , qui certainement avoient un rapport dired à Tune ou Tautre catailrophe produite par les eaux.

En réuniffant donc à ces dbfervations les fables de TAntiquité , il n’efr pas abfurde de croire que l’incendie & Tinondation quelles ont figurés ayent été l’efFet iimultané d’une comète qui choqua la terre & Tcnflamma.

L’hypothèfe de Whidon ne vous eil pas inconnue ; ainii je ne m’arrêterai pas à vous Fexpofer. Les conféquences furent , félon lui , im changement dans Torbite d’e la terre qui décrivit une ellipfe , au lieu d’un cercle parfait quelle faifoit auparavant au tour du Soleil.

L’année fut allongée de dix jours , une heure, trente minutes ; & le Déluge arriva par l’élévation du flux& reflux qui monta jufqu’à huit de nos milles. Une quantité prodigieufe de vapeurs tomba de cette comète fur la terre , & augmenta l’inondation. Telles font , à-peu-près, les conféquences qu’il déduit de fon hypothèfe.

Arrêtons-nous y quelques indans.

312 Lettres Nous avons dit , dans une des Lettres précédentes , qu’on trouvoit des dents & des o$ d’éléphants de différens âges , en Sibérie , en Tranfilvanie , en France & ailleurs ; ce qui femble prouver que ces animaux vivoient autrefois dans ces Contrées ,& s’y reproduifoient.

Mais cet animal ne fe trouvant aujourdliui que dans des climats très-chauds, il faudroit donc fuppofer que Taxe de la terre (i) ne fit, autrefois, qu’un angle de 15 a 20 dégrés avec Véquateur aftuel ; & qu’ainfi les climats froids où ces débris d’éléphans fe rencontrent , même en grande quantité , fuffent des Pays trèschauds ; on peut fuppofer aufîi que Técliptique fe trouvoit fur le plan de TéqUateur , & que le Globe faifoit fa révolution annuelle dans une ellipfe , dont le grand axe étoit moindre : par conféquent il devoit moins s’éloigner du Soleil; de forte que les parties du Globe étoient éclairées& échauffées avec affez d’égalité , proportionnément à leur latitude refpedive.

Mais ce ne font pas feulement les débris de ces animaux qu’on a trouvés dans ces climats où ils ne peuvent vivre ; on y a aufli découvert les grandes feuilles des plantes des Indes. Celles que de Jufîieu apperçut aux en- .r——— ’ ’ ’* (i) Voyez Phyfiijue du Monde , Tom. L Mais voyez ^ fur VIndinaifon de iEcUpùque , Tom. IL Part. IL pa^ 107 ; ce Paffage eft important ici. T,

5UR l’Amérique; 3ijf virons de S. Chaiimont , dans le Lyonnois, appartiennent à rindoftan & aux Canaries. Ce favant Botanifte a fait graver les feuilles de ÏArbrc-Trijle (i) quil trouva pétrifiées, comme celles que Léibnitz produifit des cantons de Brunfwich & de Mansfeld. Voilà , difoit de Fontenelle , de nouvelles efpéces de Médailles^Ouvrez , à ce fujet , les Mémoires de l’Académie des Sciences y année 17IO (^HiJIoire^, & vous devinerez , û vous le pouvez , comment ces végétaux des Indes ont été tranfportés en Allemagne & en France.

Quant aux animaux , M. de BufFon admet une hypothèfe qui femble diamétralement oppofée à leur deftrudion. En effet , û le Globe s’étoit refroidi peu-à-peu , il feroit naturel de penfer quils auroient auffi gagnée peu-à-peu,les Contrées du Midi ; & que tous n auroient pas péri en même temps. Mais les Mémoires d& tAcadémie des Sciences ^ ‘7^7 > ^745 5 1762^ (i) C’eft le Pariaticu de l’Inde. Voyez M. Adanfon, Famille des Plantes, Torn. II. pag. zz^. On l’appelîe arbre trijlc , parce que fes fleurs, femblables à celles du jafmin , &: très-odorantes la nuit , fe ferment au Sohil levant , pour s’ouvrir le foir. L’arbre eft de la hauteur d’un olivier, ayant la feuille analogue à celle du prunier, félon Garcia , «^ui le dit particulier à la Contrée de Goa, .Clufius préfente un autre arbre trl/Ie , dont le phénomène «ft abfolumeac inverfe. T.-

314 Lettres nous apprennent que la quantité des os & dea dents d’éléphans eil (i) confidénble.

Ides , AmbafTadeur du Czar Pierre , en Chine , dit , dans les mêmes Mémoires , 1727 , que , félon les habitans des Pays les plus cultivés de la Sibérie , cette Contrée étoie plus chaude dans les anciens temps , & que les éléphans y vivoient ; mais que la température y chan-gea depuis une fubmerfion. Les Frères Scheutzer avoient la même opinion. Vuxi (Jean-Jacques), préfente, dans fon Herbier du Déluge^ une plante particulière à Tînde trouvée enSaxe,& pétrifiée 5 confirmant ainii cette idée , fans fe douter , néanmoins , de la différente poiition de Taxe.

Mais comment ces plantes pouvoient-eîles végéter dans ces climats ? Les éléphans y vivoient -ils dans une atmofphère aulli chaude que celle qui leur efl néceffaire ? Il faut donc croire que le Canada , la Sibérie , la France , la Hongrie Ô:c. étoient vraiment fous la Zone Torride , en tout ou en partie. Alors Taxe de la terre ne faifoit , comme je Tai dit , qu’un angle de 15 à 20 dégrés avec 1equateur aduel. Parconféquent le Soleil devoit paroître en Egypte, fe lever d’un côté oppofé , comme le fuppofent (i) Voyez M. Pallas, Hifi. des Découv* Tom, I. pag. 6, €4, 505 5 Tom. IL pag, 54.

les anciennes traditions de ce vafte Pays ; & les Continens pouvoient fe trouver réunis.

Si , d’un autre coté , nous fuppofons feulement récliptique fur le plan de Téquateur, & que le Globe de la terre fît fa révolution en parcourant une ellipfe dont Taxe fût moins allongé 5 ce qui donneroit une année plus courte, puifque la terre feroit plus près du Soleil, nous aurions 5 fur-le-champ , un ordre de chofes plus régulier ,& conilamment les mêmes faifons_, félon les latitudes refpedives, enfin cet âge d’or, dont le fouvenir s’eft perpétué d’âge en âge ,& a fourni aux Poètes des tableaux fi riants, fi délicieux ,& û propres à échauffer leur imagination & la nôtre.

Remarquez que les Anciens rapportoient ce temps heureux au fiécle de Saturne. Depuis fon régne, le Monde alla de mal en pis. Hercule parut immédiatement après. Or c’efl à fon époque, que les traditions& les obfervations phyfiques & agronomiques fixent une des cataflrophes de la Nature, & une révolution pofitive du Globe. Si donc le fyflême de la terre fut tel, du temps de Saturne, & qu’il foit furvenu un changement dans la pofition de Taxe & de récliptique, de manière que Tannée, qui nétoit que de 360 jours, ait été allongée, iî efl naturel de conclure que cette révolution ne s’efi opérée que par une fecouiTe des plus

3i6 Lettres violentes qu’éprouva le Globe , & qui changea auffi la température des climats , la direction des mers. Mais ce choc , quel corps a pu le faire , fi ce n’eil: une comète.

Les fentimens ont été partagés parmi les Anciens & les Modernes fur la nature des comètes. Panétius, Héraclide , Ariftote , les Stoïciens, fur -tout, & d’un autre côté Galilée, Kepler, Hévélius, Dominique Caflini les ont regardées comme des météores. Mais les Caldéens , Sénéque lui môme ^ qui rapporte leur fentiment , croyoient que c etoient des corps opaques qui avoient un mouvement& un cours réguliers. Les Pythagoriciens penfoient auifi de itiême. Jourdain (i) Bruno de Noie , foutint publiquement cette opinion , & le fyfîême des tourbillons, des monades , de Toptimifme , le mouvement de la terre , avant Defcartes & Leibnitz. Placit, Liv. IIL Les comètes ont toujours été un fujet de frayeur , même chez les anciens Peuples, qui les regardoient comme des corps qui fuivoient tme marche régulière , d’où elles ne pouvoient . --- I .. I ^^ (i) Célcbre Dominicain : homme prodigieux pour foa fîécle , & dans les Ecrits duquel on trouve toutes les opinions ^ae les plus grands Philorophes ont produites depuis lui jufqu’à nos jours. Quant au fentiment des Caldéens , il faut convenir que nous l’ignorons. Voyez Séneq. Quttfi* Natar. Liv, VîL Ch, UL T.

SUR l’Ameriqxje. 317 |>as s’écarter. Je ne vous rapporterai pas tout ce qu on a écrit à ce fujet , lorfquoa les a vues 011 avec une queue plus ou moins longue ou fans queue ; ou plus ou moins brillantes , ou de différentes formes ; ni le nombre qu’on croit en connoi::e. Il étoit réiervé au célèbre Newton de démontrer que les comètes étoient de vraies planètes. Il calcula même la chaleur que celle de 1680 devoit avoir contra^é en approchant du Soleil. 11 crut que, fi ce corps eût paffè plus près de la terre , il Yeût embrâfée fur le champ. M. de la Lande préfume que , fi une comète s’approchoit de la terre, à la diftance de treize mille lieues, elle feroit monter les eaux de la mer à douze mille pieds , & les lanceroit fur les plus hautes montagnes du Continent , laifTant à fec les parties qui en font aduellcment couvertes. Ces accidens feroient donc plus ou moins confidèrables, à proportion que la comète feroit denfe& ’ groffe , comparée avec la maife & le volume de la terre, & félon qu’elle s’en approcheroit.

Les Aftronomes ont déterminé à 575 ans environ la révolution totale de la comète de 1680. En fuppofant donc dix révolutions, nous aurions, 5750 ans, d’où fouftrayant 1680 ans , qui fe font écoulés depuis J. C. , nous aurons 4070 ans avant notre ère. Or noug avons vu que toute THilloire s’accorde à Akqc

3l8 1 E T T R E s à ce terme environ le Déluge d’Ogygès. On peut donc préfumer que cette comète , ren* contrant alors la terre vers le lieu de fon orbite , extrêmement près de nous , par un changement quelconque dans Tordre de fon fyftême^ opéra, comme le foupçonnoit Whiflon, «ne révolution de Taxe de la terre ; embrâfa le Globe ,& bouleverfa toutes les mers. Haîley dit lui-même que , fi la comète de 1680 avoit eu la même longitude que la terre , il. feroit arrivé la plus horrible catailrophe fur notre Globe. Je laiflfe aux Agronomes à prouver fes théories: il me fufHt de vous montrer qu’elles s’accordent parfaitement avec mes idées.

En rcganlant , comme (i) démontré, ce que ces habiles Obfervateurs fuppofent, d’après leurs calculs , je dis que ce qui n’eil pas arrivé en 16S0, étoit au moins très-poilible , & quil n’y a rien d’abfurde à préfumer que la cataftrophe eut lieu dix révolutions avant la dernière qu’acheva cette comète ; c’efl-à-dire il y a environ ^ooo ans, Halley, Maupertuis , Grégori & autres ont indiqué les conféquences qui auroient pu réfulter des différens dégrés où .ce corps fe feroit approché de la (i) Voyez , contre le cours régulier des comètes, de^ raifons bien ditcuties dans la Phyjiq. du Monde. Tom, IL

strn l’Amérique; 319 terre. La comète & la terre fe feroient froiffees & brifées; ou la cciiséte , abforbant la terre , en auroit fait fon latellite. La terre , déplacée de fon centre , feroit peut-être même devenue comète. «Le moindre de ces mouve- » mens , dit de IManpertuis , n iroit à rien » rncins qu’à changer la fituation de J’axe , & » àes pôles de la terre. Telle partie du Globe » qui _, auparavant étoit vers Féquateur , fe » trouveroit , après un tel événement , vers les » pôles ; & telle qui ètoit vers les pôles , fe » trouveroit vers Téquateur », Alors le Soleil fe léveroit à la partie oppofée, c’eft-â-dire à l’Occident aduel. L*extrême chaleur que la comète auroit jettéé fur la terre , en auroit fait périr tous les êtres animés & les végétaux ; & la queue de ce corps imraenfe auroit confidérablement augmenté le volume des eaux, outre Finondation qui auroit été la fuite néccfTaire , foit de la différente fituation de l’axe, foit de TattraiPiion.

Telle feroit donc la catadrophe que notre petit Globe auroit efruyè,4000 ans avant J. C., s’il ètoit démontré que cette comète eût rencontré la terre fur fa route. Les plus habiles Calculateurs préfument que la comète de 1680 ne peut s’approcher de la terre à treize ou quinze mille lieues. Confidérons les périodes & h marche de celle de 1705 , dont Halley prédit

^lo Lettres le rétour, à quelques mois près,& qui reparut en 1759. Comptons foixante-feize de Ces révo** lutions , nous trouverons quelques années de plus que 4000 ans avant notre ère: or le nœud de cette comète fe trouva avoir devancé de deux dégrés& demi , par la force attra6live que Saturne & Jupiter exercèrent fur le corps de cette comète ; Tattradion du Soleil fut ii foible , à cette énorme diftance, que la moindre aûion des planètes fe ût feniir fur la comète avec plus d’énergie , influa fur le moment de fon retour & fur la forme de fon orbite.

Mais la forme de cet orbitejetant fufceptible V de Tune ou l’autre altération, ne peut-on pas fuppofer , avec toute vraifembiance , qu’il fur-vint une plus grande déviation dans cet orbite, il y a 4000 ans environ , & qu’il en réfulta les révolutions que toute l’Antiquité attefte , quoique plus ou moins obfcurément , félon le fouvenir que les différens Peuples en ont confervé ?

L’incendie univerfel , arrivé du temps d’Hercule , eil un événement reconnu pour indubitable : l’inondation ne l’ell: pas moins/Mais le témoignage le plus important eft celui de l’Egypte , dont les traditions nous apprennent que le Soleil avoit changé fon cours; & qu’il fe levoit à notre Occident. Hérodote & Sophocle , cité par Strabon , nous l’atteftent.

SUR l’Amérique. 3x1 D’autres citent Platon, Pomponius Mêla, Diogène de Laërce , pour appuyer cette opinion ; “mais je n’y trouve pas de quoi m’autorifer à cet (i) égard. Quoi qu’il en foit, nous devons regarder, comme une fuppofition bien étonnante chez les Anciens, ce changement du cours du Soleil quils ont réellement cru, quelque étrange que parut ce phénomène. Or il eu abfolument impoflible que cela foit arrivé , fi la terre n*a pas été expofée au voifinage trop près d’une comète que nous avons vu concourir avec 1époque de cet événement.

Permettez-moi une autre réflexion. Diodore de Sicile dit qu Oiiris fut tué & déchiré par {on frère Typhon -, mais qu’Ifiv ^ fœur & femme d’Oliris, le vengea : cependant liis, n’ayant pu retrouver les parties viriles de fon mari,inftitua[ la Fête du Phallus, confidéré comme indice de la reprodudion. Obfervons que cet événement s’eft paffé du temps d’Hercule; & que c’eft à cette époque même qu Hérodote place l’inondation.

Vous favez que toute l’Antiquité prenoit Oiiris pour le Soleil , & Ifis pour la Lune. Oe quel fera leTyphon qui fit de û grands ravages du temps d’Hercule? PHne, Liv. II. Ch. XXF, ( I ) Je n’y comiois rien d’analoguç que dans la V^ic d’Epicure. T.

321 Lettres fait une remarque trèsâmportante pour notre fujet. Il nous apprend que le premier Roi d’Egypte donna le nom de Typhon à la comète effrayante qui parut fous fon régne. Voilà donc la vraie cauie du mal reconnue dans THiftoire , & confirmée par la Mythologie des Grecs. Le Tartare, félon Hygin , produifit Typhon , figure mon{lrueufe,qui provoqua Jupiter ( c*eft-à-dire le Soleil) , prétendant lui enlever Tempire. Jupiter le foudroya , & le jetta fous le monc^ Etna, dont ce monftre entretient encore le volcan.

Tout nous prouve donc qu’un corps étranger s’eft approché du Soleil , & vint enfuite embrâfernotreGlobe,& le bouleverfer. Eudoxe rappelle encore la même époque , en difant , dans(i) Athénée, qu Hercule fut tué parTyphon.

Or c’efl , comme nous l’avons vu , du temps d’Hercule que la mer couvrit l’Atlantide. Voilà pourquoi les Egyptiens avoient en horreur, non feulement le nom de Typhon , mais même (i) Hercule ou le Soleil , tué par l’Hiver ou Typhon , revient au foldice d’ëré , ramène ‘le temps di?. paffage des cailles , qui femblent fuivre fa marche. Voilà la fable & le fens. Quant aux difFérens noms Egi’ptiens analogues à l’Hiver ou aux autres circonftances particulières àTyphon, \ oyez lablonski. Ce mot , défîgnant la tempête , trouvera fcn explication par les terribles catadrophes que préftnte PrevOil, Hï^., Gmér. des Voyages. Tom. 11. pag i^ji, T.

la mer , & ne marqiioient aucun repeft pour Neptune.

Les îles du Japon font expofées à de fréquentes tempêtes qui renverfent les maifons , les arbres , & y pouffent les flots à une hauteur fi confidérable , qu ils femblent près d’engloutir toute la terre. Devinez comment ils appellent ces Ouragans ? Typhon. Il y en eut un Il violent,en 16 13, que, de mémoired’hommes, on n’en avoit vu un femblable. Cocks , qui fe trouvoit à Firand , où Saris Tavoit laifTé pour diriger les opérations mercantiles de la Compagnie qu’il venoit d’y établir , nous en donne la defcription:Un Ouragan ^ dit-il, quon appelle Typhon dans ces mers , &c.

Avons-nous donc la preuve hiftorique qu’il ait paru une comète à l’époque d’Ogygès , & à laquelle on puiiTe attribuer une fi grande révolution? S. Auguflin rapporte, dans fa Cité de Dieu^ un Paffage de Varron , ( Liv, Xlh Ch.

Fîll!) qui nous apprend que, du temps d’Ogygès , il parut au Ciel (i) un phénomène étonnant (i) M. Gufmann,qui croit que le Déluge <l’Ogygès eft celui de Noé, cite auflî Caftor , Adrafte , Dion , fur ce phénoméme effrayant ; & penfe que le Déluge peut bien avoir eu pour caufe une comète. Il rappelle aulîî la tradition Phénicienne, qui fuppofoit une étoile tombée du ciel à cette époque, T.

234 L E T T R E f {^portmtuni) qui fît changer lafpeâ: & le cour* ^Hefpcrus ou de la planète de Vénus. Varron cite 5 à ce fujet, Adraile d^ Cyzique & Dion :

Or quel phénomène étonnant pouvoit-ce être <]u’une comète ?

Rapprochons quelques traits de la plus ancienne Mythologie. Saturne étoit fils d’Uranus, Or, félon Pezron , Vranus’ eft le même que U’rm 5 nom qui, divifé en Tes deux élémens Ur& £72, nous rappelle le mot Homme & Cid, Aind Ur-en fignifie Hommc-céUJlc : c’efl le fens de ces deux mots Celtiques. Voilà donc comment Saturne devint fils du Ciel. Mais Uran ou Uruan a prefquc le mcrae fens en Amérique & eft Ethiopie. La Fable ajoute que Saturne châtia le Ciel , & jetta les tefticules dans la mer : ce qui donna naifTance à Venus Aphrodifie, Les Egyptiens difent aufîi , qu’entre les maux que fit Typhon , il coupa les parties viriles à Oiiris , & les jcîta dans le Nil, de forte quiiis ne put les retrouver.

Kygin parle d’une autre Vénus Syrienne, {^Fah, 197) & la fût naître d’un œuf tombé du Ciel dans l’Euphrate. Ce fut la Dk(f& de Syrie ^ dont on fit bnfuke Cybéle , ou la Terre, confidérée comme mère de tout être vivant.

Ces caftrations indiquent afïïirément une Nature mutilée , altérée , bouleverfée, La mer 6c les fleuves , ou les parties viriles , furent jettéc*

font le fymbole de rinondation qui produifit cette cataftrophe. L’âge de Saturne , d’ifis , de Cybéle fixe auiîi Tépoque de cette fubmerlion , c’eft-à-dire d’Hercule & d’Ogygès. Enfin CQs parties viriles jettées dans la mer , Tceuf tombé dans TEuphrate , & qui donnèrent naiffance aux deux Vénus , l’inflitution de la Fête du Phallus , confacrée en Egypte , & celle des Priapes , établie en l’honneur de la Déeffe de Syrie, les Fêtes de l’Œuf, des Hydrophories , &c , &c. la Fable de Pirrha , & de Prométhée Régénérateur font bien certainement autant d’emblèmes de la reprodudion àQs êtres animés , après cette grande cataftrophe & ce défailre général.

Nous admettrons, peut-être avec difficulté, parmi les moindres changemens , que cette comète a opérés, fur le Globe, un plus grand éloignement du Soleil , & une différence dans l’écliptique. Pour moi, fi Ton admet le principe, je ne vois pas pourquoi l’on fe refuferoit aux con{équences,qui deviennent très-po/Tibles, Je m’imagine même que c’efl la vraie caufe de l’augmentation , non de dix jours , mais de cinq jours & quelques heures de plus dans la longueur de l’année fydérale. Voyez les preuves que Weidier a données pour décider que l’année n’étoit que de trois-cents foixante jours avant le Déluge ; prétendant que c’ed cette X ii).

ii6 Lettres inondation qui Ta allongée de cinq joiifS, fix heures environ. Les anciennes Autorités , ^que Newton produit dans fa Chronologie , femblent nous donner lieu de conclure que le cours de la Lune s’accordoit avec celui du Soleil , & fe réduifoit auffi à trois-cents foixante jours, partagés en douze Lunaifons, ou mois de trente jours.

Si Taxe de l’orbite de la terre a été prolongé par cette révolution , & que conféquemment le Globe ait été forcé d’employer ces cinq jours & ûx heures de plus, pour achever fa période annuelle, il pourroit bien arriver que la terre fe rapprochât aufîi du Soleil , & n’employât plus que trois-cents foixante jours juile, pour parcourir fon orbite. En effet Tannée Solaire n’efl plus a£tuellement que de trois-cents foixantecinq jours*, cinq heures , quarante-huit minutes , quarante – huit fécondes. Euler penfoit aufîi , diaprés les obfervations de Walter, que l’orbite delà terre alloit en diminuant. Rappeliez-vous ce que j’ai dit, à cet égard , dans une des Lettres précédentes, oii j’ai cité Newton. Joignez à ceci la diminution fenfible de la déclinaifon de l’écliptique , qui fe rapproche du plan de lequateur , & tend probablement à fe rétablir au point où elle étoit lorfque la Nature, toujours belle , toujours riante , & pleine de vigueur , fuggéra aux heureuse mortels ces images en-

rUR l’Amérique. 327 tlianterefles,dont le fouvenir s’eft perpétué dans la defcription du fiécle d’Or. Fer crat ’ œur^ num , &c,,dit un Poëte. Toute autre idée neftelle pas renfermée dans ces trois mots : Le printemps étolt éternel. Mais il efl également vrai que Torbite de la Lune diminue. Heureufe Poilérité qui reverra ces beaux jours !

Je ne puis m’empêcher de vous dire quelques mots de l’Ouvrage que M. du Séjour a publié , en 177 j , fur les Comètes ; d’autant plus qu’il a furpafle, par fa précilîon , fa clarté& la folidité de (qs raifonnemens, tous ceux qui ont écrit fur cette maftère. Son but eâ de rafTûrer-fur les craintes qu’on pourroit avoir à l’avenir du nouveau choc d’une comète. 11 réduit la probailité à ;.’.M. de la Lande l’avoit réduite à Il faut avouer que ces calculs éloignent fxngulièrement la poffibilité de l’événement. Les combinaifons d’un terne fur quatre-vingt-dix numéros , prouvent que la probabilité eil de 7~8^- Cependant il fe gagne des ternes ;& , dans ces derniers iix mois , mes domeiliques en ont gagné deux , peu importants, il eft vrai.

D’ailleurs il eft même impoUible de fuppofer q^iel corps peut fe rencontrer dans les orbites immenfes & incalculables des comètes , & les détourner de leur cours ; de forte que les comètes peuvent apparoître fubitement , comme 1 expérience le prouve , couper Torbite de la

5^8 t E T T R £ !t terre, & s*en approcher même, lorfqu’on y peiife le moins , bien loin de toujours fe prêter à nos calculs dans leur marche. M. du Séjour prouve ,11 eu. vrai, qu’une comète qui napprocheroit la terre que de treize mille lieues, n’en prolongeroit Torbite que de deux jours , dix heures S^feiie minutes y dansl’efpace d’une année ; mais ce calcul {“uppofe une comète d’une maile égale à celle de la terre : ce qu’il eft fort difficile de déterminer , par l’apparition de ces corps, pour ne pas dire impofîible. D’ailleurs ime comète ne pourroit pas retenir une chaleur mille fois (i) plus grande que le fer rouge, après avoir paffé près du Soleil, fans avoir une denfité infiniment plus grande que la terre.

Ajoutons que le phénomène , tant du change-"" ment de Taxe, que de Taccroiffement de l’orbite, eft plus ou moins fenfible , à proportion de la maffe du corps qui s’approche de nous.

Au reile il me fuffit que tout cela foit pofTible, pour conclure que la réalité du fait ne répugne pas ,& qu’il puiile être fuppofé à l’époque que j’ai marquée. Or nous avons vu que la tradition de tous les âges nous rappelle (i) Cette chaleur des comètes eft bien précaire en phy{î(]ue. Mais il faut des chimères aux Savans. Chaque iîécle a les fîem.es. On les quitte quand on fe croit une raUcn plus mure. T.

SUR L’AMERI<2U2. 320 les indices d’un tel événement.D un autre côté, la Phylique nous démontrant qu’on ne peut rendre raifon de ces indices que par un changement furvenu dans la fituation de l’axe de la terre ,& que ce changement ne peut avoir été produit que par le choc d’un corps étranger, il me lemble que la concluiion la phis naturelle doit être : Donc uns. coméu a prodiùt la dernière révolution de notre Globe, Il efl vrai que la comète & la terre n’ont pu fe trouver au point de coïncidence , plus de deux heures, trente-deux minutes , deux fécondes. Mais, à mefure que la com.éte approche de la terre, {qs effets doivent devenir trèsfenfibles , avant même qu’elle foit au point de la plus petite diilance. Or ces effets font la chaleur 5 l’élévation de la mer, le volume d’eau qui fe décharge en plus ou moins grande quantité de fa queue 5 ou félon la forme que peut avoir la comète. Mais, {qs effets étant gradués, les Peuples les plus proches des hauteurs, ont peut-être eu le temps de’fe fauver fur les plus hautes éminences , & dans les antres qui s’y trouvoient , pour fe dérober au défalire. C’eil ainfi que les habitans du Kamtchatca gagnent les cimes des montagnes lorfqu’il fe fait fentir quelques tremblemens de terre , ou que la mer s’élève plus qu’à l’ordinaire : or ces phénomènes ^ont affez fréquens chez eux. Cet exemple nous

330 Lettres montre donc comment il a pu fe fauver quefque partie du Genre-Humain dans l’une & l’autre Hémifphère ; & par quelle voie le fouvenir quoiqu’obfcur , de l’ancien état de la terre , des défaftres qu’elle a effuyés , les Coutumes , les Ufages , les Idées Religienfes ont pu fe conferver & paffer à la Poftérité.

Avant que cette comète opérât une li grande révolution , il n’y avoit peut-être pas tant d’eau fur la terre ; & cette eau flottoit prolDablement aux pôles feuls. On peut auffi fuppofer que le Soleil fe levoit d’un côté oppofé,&que l’axe de la terre étoit autrement fitué, de forte que le Globe , parcourant une orbite moins étendue , achevoit fon cours en trois-cents foixante jours.

La fable de Mercure , qui gagne la foixantedixiéme partie de chaque jour , & en fait cinq Jours , qu’il ajoute à la fin de l’année , pour favorifer l’accouchement de Rhéa,mdique bien clairement la corredion qu’on fit à l’année, après l’âge de Saturne , d’Atlas & d’Hercule ; c’eil-à-dire après^la fubmerfion de l’Atlantide.

Avant cette catailrophe, les parties aduelles du Globe pouvoient ne faire qu’un tout , une unité , comme parle Juftin. Ainfi les habitans de l’Atlantide paiToient librement en Europe, en Afrique, en Amérique. Les Scythes, hs Chinois & les autres Nations avoient également toutes les voies ouvertes, pour aller d’une

extrémité du Globe à l’autre. Les Atlantides , plus inftruits que les autres Peuples , ont ainû répandu leurs connoiflances dans nos Contrées, comme THifloire ou les Traditions confiantes de rAntiquité le diient d’Uranus & d’Atlas.

Mais ils n’ont pu faire de conquête dans notre Hémifphère , fans avoir des combats à foutenir contre les Peuples de l’Afrique & de TEurope : de -là ces traditions des guerres des Atiantides, des Antées , noms qui fe font perpétués en Amérique & en Afrique ; 81 que les Poètes ont célébrés fous celui de Titam. Cefl ainfi que nous retrouvons l’origine de ces fables , de ces faits merveilleux , & Quidquid Grcccïa rnendax Audet in hijlorïa Comme il n’y a rien que de vraifemblable à fuppofer que l’écliptique fe trouvoit alors dans le plan même de Féquateur, & que la terre, plus proche du Soleil , achevoit fa révolution annuelle en trois-cents foixante jours , l’ordre de notre fyllême étoit plus régulier, plus uniforme dans toutes {qs parties , les climats moins diiïérens , les faifons plus coudantes,& la Nature toujours belle, toujours riante : tel fut, fans doute , l’état du Globe fous Saturne , qui vit cet âge fi regretté de la Poilérité , fi vanté ; âge dans lequel les hommes jouiffôient d^xxa

53i Lettres bonheur permanent ,& navoient qu’à tendre la main pour recevoir des dons que la terre leur oiFroit avec prodigalité. On ne connoiffoit pas encore le fer , ni la monnoie , dont la valeur imaginaire mit ce fer homicide en aÛion , en devenant Tunique objet de la cupidité :

Aureus hanc vltam in terris Saturnus agebat, Uorbite de la Lune moins étendue retenoit ce fatellite plus près de la terre. En effet nous voyons, par la tradition anti -Diluvienne , que les phafes étoient marquées au feptiéme jour; de forte que la pleine Lune etoit le quatorze.

En fuppofant le cours du Soleil achevé en trois-cents ibixante jours , chaque phafe Lunaire auroit été une révolution de (ix jours , vingtdeux heures ; de forte que le feptiéme jour , fête où Ton célébroit la nouvelle phafe ( en accordant que Fécliptique fut fur le plan de réquateur ), pouvoit-être celui auquel la Lune repiéfentoit,à quatre heures après-midi, le point de la nouvelle phafe.

La grande catailrophe ayant eniin produit tout fon effet , & les eaux s’étant remifes en équilibre, en fe balançant avec le mouvement réfultant de la nouvelle forme de la terre , les reftes épars des diverfes Nations repeuplèrent les différentes Contrées , & confervèrent , dans Tune& l’autre Hémifphères, le fouvenir de Fan-

SUR L*AM É R I Q U E. $^f tien état des chofes. Ces hommes apprirent à leursdefcendans que leSoleil terminoit fa coiirfe en trois-cents foixante jours; que la période Lunaire étoit de vingt-fept jours , feize heures, huit minutes , trois fécondes & onze douzièmes de fécondes. Elles perpétuèrent les Ufages , les Cultes, les Langues primitives qu’on reconnoît dans les différentes branches qui s’en font détachées. Enfin les Peuples un peu plus civilifés inventèrent les Quipos ou Corddaus ^ & les ^/Vroglyphes pour confacrer les faits hiftoriques y ou pour compter, régler les différens rapports de Tordre civil. Ceft ainfi qu’on fuppléa , pendant nombre de liécles , à l’écriture littéraire : on but une liqueur fpiritueufe , analogue à nos bierres, au lieu de vin : des cailloux tranchans tinrent lieu de couteaux ; enfin le cuivre feul , ou mêlé d’or , fut la matière des inilrumens &: des armes , jufqu’à la découverte du fer , qui étoit encore ignoré en Amérique , au temps de la Conquête.

Ces inventions n’ayant été faites que trois mille ans avant notre ère,comme je l’ai prouvé, il faut donc tenir pour certain que \qs différens Peuples des deux Hémifphères n’ont pu avoir entr’eux une libre communication , que dans un âge antérieur même à ces trois mille ans; mais les obfervations aflronomiques, ayant autrefois fixé le cours des Pléiades & d$ç

334 Lettres Hyades avec Téquinoxe du printemps, nous rappellent une date de 4600 ans avant J. C.

Ceft donc alors que les Peuples des diverfes parties du Globe communiquoient entr’eux ^ puifque tous, fans exception, dans le Nouveau- Monde comme dans Tancien, s’accordent fur cette obfervation aftronomique , qui met toutes les obje£l:ons au néant.

Ainfi la cataftrophe qui fubmergea l’Atlantide & pluficurs autres parties du Globe , doit être fixée entre les deux époques de 4600 ans & de 3000 avant notre ère. Mais le Déluge d’Ogygès arriva fous Phoronée, fils du premier Inacluis , qui vivoit du temps d’Hercule, c*eilà-dire 4000 ans avant J. C. Cefl donc à cette date qu’on peut placer la révolution qui fépara les deux Hémifphères , & plufieurs îles dans les vaftes étendues àes mers, où elles ont été découvertes depuis peu.

Voilà donc la date de cette comète, qui a fait , depuis, foixante-feize révolutions jufqu’en i’7j9,ou ce Typon,qui a élevé la mer à fixccnts braffes, qui a dévaflé TEgypte & même une grande partie du Globe , en féparant les deux Continens : c*eft ce même Typhon que les Poètes nous ont repréfenté fous Temblême de Phâëton qui incendioit la terre, tandis que, d’un autre côté> ily répandoit un Déluge, fans lequel il n’y feroit pas relié un habitant.

Sî,après toutes ces réflexions , vous perfiilez à croire,commeM. du Séjour, que le danger que nous pourrions craindre d’une comète, foit un infiniment petit du fécond ordre , & qu ainfi aucun de ces corps , connu ou inconnu , ne peut fenfiblement nuire à Tordre de notre fyfflême , il faudra conclure que le Globe de la terre a toujours fubiifté dans le même état depuis la création, quelle que ibit l’étendue des fix jours de Moyfe, foit de milliers, foit de millions d’années , foit de vingt-quatre heures. Mais, en même temps il ne faut plus ouvrir le fein de la terre , ou ne plus jetter les yeux fur les témoins qu elle renferme. La mer n’aura plus occupé long-temps les plus hautes montagnes de notre Hémifphère , pour y dépofer ces^couches immenfes de corps marins , ces os , ces reiles de poifîbns énormes qu’on y trouve entaffés en maffes confidérables. On regardera un crocodile trouvé à cinq-cents pieds en terre comme un jeu bizarre de la Nature : les végétaux des Indes pétrifiés dans nos climats, feront un pur effet d’une vertu plailique, dont la Nature dirige les opérations félon fes caprices.

Des couches de coquillages marins, dépofés fur des laves volcaniques , feront aufîi les produits du feu ; & les volcans auront flratifié à leur gré plufieurs fois ces couches, en les entremêlant les unes fur les autres ayec la plus fage

336 LETTRES eombinaifon. On aura recours à toutes fortel^ de raifons anti-phy(iques, pour prouver que hs éléphants pouvoient vivre en Allemagne, en Sibérie , en France , & y iaiffer leur dents , leurs os , tantôt fur terre , tantôt à des profondeurs confidérables. Car nous avons vu que le Déluge de Noé na pu produire ces phénomènes, puifque les végétaux n’en avoient même pas affez foufFert pour périr. N’oubliez pas que la colombe lui apporta une branche d’olivier, fymbole de la paix faite entre le Créateur 3i les Créatures qu’il avoit épargnées.

Où Tavoit-elle arrachée? fans doute à un arbre qui étoit relié fur pied, Moyfe ne nous difant pas que la terre ait éprouvé aucune convuliion interne , aucun déchirement , quoique plusieurs Poètes Tayent imaginé , nous ne devons pas le fappofer : ainfi les eaux du Déluge n’ont pu porter aucun corps marins à des profondeurs aufîi confidérables que celles auxquelles on les trouve , fur-tout entre plufieurs couches de laves volcaniques. Enfin il faudra accumuler abfurdités fur abfurdités, pour expHquer les traditions confiantes de toute l’Antiquité, traditions conformes aux obfervatîons aflronomiques & aux phénomènes que le Globe nous préfente , comme autant de conféquences diredes des faits que ces traditions nous rappellent* Je

s u k’ l’Am i R I Q u E. 537 Je vois bien qu en fuppofant un tremblement de terre , la partie de l’Océan Atlantique qui a couvert Tîle dont parle Platon, a pu s’introduire dans ce vafte efpace, à la fuite d’un déchirement ou d’une réparation locale; & que la mer j y affluant avec une énorme mafle d’eau, a forcé le détroit de Gibraltar,& couvert tout. le baflin de la Méditerranée. Mais ce phénomène particulier n’explique pas tous ceux dont nous venons de parler; & les traditions , conformes à l’état du Globe , nous préfentent quelque chofe de bien plus confidérable. . ^ 1 ^ D’ailleurs je vois, dans la fuppoiition de ce’ phénomène 5 la Géométrie en contradiction avec la Phyfique. La première me montre une immutabilité abfolue dans Tordre du fyftême ; l’autre me fuppofe une élévation confidérable des eaux qui fe font jettées fur notre Hémifphère.

Mais cette irruption des eaux , de quelque manière qu’on la confidère, n a pu être opérée que par un changement total de pofition dans Taxe de la terre. Ainfi ou le phénomène efl faux , ou la Géométrie, toujours infaillible, n^efl plus vraie. ’” Mais comment Taxe a-t-il changé de fituation ? comment l’écliptique a-t-elle décliné ^ fi Ton ne fuppofe pas le choc d’un corps qui ait augmenté & varié en même temps la force de projedion > Or quel autre CQrps peut-on fup* TomtIL ’ Y

338 Lettres pofer qu’une comète > Il femble donc auflî qu’on ne puiffe réduire au calcul tous les élémens des orbites cométaires ,& qu’ils font variables, même dans celles que nous connoiffons ,comme Ta prouvé la comète de 1759^ Mais je n’infifterai pas davantage fur ce fujet.

Il me faudroit plu^ de temps pour en difcuter toutes les parties en détail. J’avoue que je n’ai ni le loifir , ni la patience requife, ni même affez de connoiflances pour cet examen. Ainfi je laifle à d’autres à réfoudre les difficultés qu’on peut déduire , fur-tout de la différente pofition des fignes céleftes , lorfque Taxe de la terre fe trouvoit autrement fitué , & Téclip* tique dans le plan de Téquateur. .: Content d’avoir employé quelques heures à Ces Lettres qui ont fait mon amufement & celui dé nos amis , je n’ambitionne rien de plus.

Je vous ai propofé une hypothèfe , fur laquelle j’ai «fait les raifonnemens qui m’ont paru les plus probables. Ceft , fi vous le voulez , un Poëme en profe.Sunt gemi/2<efomniportœ^ &c, dit Virgile. C’eft à vous de juger par laquelle de ces deux portes mes idées font forties. Nous parlerons de ÏHijloirc de Robcrtfon à l’ordinaire prochain.

LETTRE XLIIL

Rijîcxions Critiquesfur 2’Hiftoire de rAmérique de M. Rohcrtfon, JNous fommes redevables d’une Hifioirc de rAmérique au célèbre Auteur de la Fie dt Charles V. robferverai feulement, au fujet de la Vie de cetEmpereur,que Tilluflre Robertfon a omis des faits intéreffans, dont il auroit trouvé une partie dans Grégorio Led , qui , fans doute , méritoit d’être au moins examiné. Mais il eft inutile de donner des avis après coup.

Robertfon nous indique , dans la Préface de fon Hifloire de CAmérique y les monumens dont il s’efl fervi , & regarde comme un précieux dépôt le Recueil de Ramujio. Mais j’ai tout lieu de croire qu’il n’en a pas eu la meilleure Edition.

Il eft même affez rare qu’on la trouve complette. Robertfon commence par les Voyages maritimes des Egyptiens , des Phéniciens, des Hébreux , qui alloient , par la mer Rouge , à Tharfis & à Ophir, qui, félon lui, étoient des Ports de l’Inde ou de l’Afrique. Je vous ai déjà prévenu , dans une de mes Lettres , qyxOphir ou Offir étoit le nom des mines d’or dans l’île de Sumatra , non celui d’un lieu quelconque.

340 Lettres De-Ià il paffe aux Voyages des Carthaginois, des Grecs, en y comprenant ceux qu’on ût par ordre d’Alexandre ^lorfquil fe trouvoit dan$ rinde ; & à ceux des Romains. 11 s’arrête a prouver combien les Anciens favoient imparfaitement la Géographie ; foutenant , entr’autres erreurs , que la Zone Torride n’étoit pas habitable. Il cite Geminus^ pour appuyer ce qu’il avance : mais il n’obferve pas ce que cet ancien Ecrivain rapporte de Polybe , qui avoit fait un Ouvrage à ce fujet. On voit ,par ce fragment , que la ZoneTorride paffoit alors pour être plus habitable dans fon milieu qu’à fes extrémités^ où les chaleurs étoient infiniment plus confidérables. J*ai fait ufage de ce PafTage dans ce que j’ai écrit fur fe Géographie des Anciens : il eft étonnant que Robertfon , qui citeGéminus, n’y ait pas vu ce que cet Ecrivain rapporte de Polybe. Ne l’a-t-il donc pas lu ? Je le croirois.

Il paffe au moyen âge, parle du Commerce & des connoiflances qui fe confervèrent chez les Arabes; arrive au temps des Croifades, & les regarde comme Toccaiion qui ût naître , chez les Italiens , le défit d’aller par mer découvrir de nouveaux pays. Les Voyages de Marc-Paul de Venife , de Jean de Mandeviîle déterminèrent enfuite les autres Nations à de femblables courfes, fur-tout lorfqu’on eut le tnoyen de fe cpaduire en mer par Tufage de

SUR L’AMERIQUE» Î4I la Boiiffole (i),dont Flavio Goia d’Àihatfi pàfle pour être Finventeur.

Les Efpagnols découvrirent enfuite les îles Canaries, même avant 1344. Mais Robertfon nous donne du Commerce des Italiens & de leurs vaiffeaux une trop légère idée. Si mon Ouvrage fur les Monnaies de tItalie lui étoit parvenu , il aurôit trouvé , dans leTom, IIIydQSi détails fuffifans pour donner plus d’étendue à fes idées & concevoir les ehofes plus en grand.

Il auroit aufîi vu qu’en T459, le Moine Mauro conipofa fon grand Flanifphhe ^ (2) par ordre de la Cour de Portugal ,& que le Cap de Bonne- Efpérance , appelle pour lors Cap-de-Diab , Tile de Madaoafcar & les Indes étoient des lieux (i) Les vers de Guyot ,<îe Provins , qui vivoit Tant tioo , & nommé la BoiUTole Marinette , prouvent qu« jGoia ou Gia n’en fut pas l’inventeur en 1301. Je laiiTe de côté M, Fabroni, Académicien jépatifie’, le P. Bartoli, Hiftorien de la Société des Jéfuites , M. Schérer 8c nombre d’autres , pour croire , avec Prevoft , que ce font les Européens qui ont montré aux Chinois l’ufage de la Bouf^ /ble fur mer. Voyez , Tom» L , fon Introdu3iori, pag» 5 (i) Les détails que M. de Murs a donnés fur-Béîiaiav & fur fes Voyages , méritent d’être rappelles ici. On y voit la preuve que M. Otto & Robertfon n’ont pas été affez inftruits fur lé compte dé ce célèbre Navigateuï Nurembergeois , & uon Portugais. T.

342 Lettres très-connus des Italiens. Les Notices qui accompagnent chaque feuillet de ce Planifphïn donnent lieu de préfumer que ce cap fut découvert par un navire Indien. Ceft AlphonfeIV,Roi de Portugal , qui fit les frais de ce précieux Planifphlrc. Mauro (i) l’acheva le 20 OQobre 1459 > comme l’indiquent les Regitres des dépenfes du Monaflère de S.-Michel de Murano, à Venife , où il eft confervé, Robertfon fe feroit convaincu que ce font les détails de ce Planîfphlrc Italien qui ont encouragé les Portugais à réitérer leurs tentatives fur les côtes d’Afrique , pour trouver la foute de llnde. En effet on lit dans le Voyage d’JIvareiy que Ramufio a publié, Tom, L pag. 361 , que D. Emmanuel, Roi de Portugal, en 1487, Ht donner à Pierre Cavigliàno , & à Alphonfe de Paiva une Carte pour naviger^ copiée fur une Mappemonde^ qui devoit les diriger fur les côtes d’Afrique. Or il eft conftant que ce ne pouyoit être que la Mappemonde de Mauro.

L’Auteur pafle auxVoyages de mer que firent les Portugais en 1412, fous Jean I. , le long des côtes de l’Afrique. Ils découvrent Porto-Santo 9 les îles Madère, du Cap-Verd , & enfin le Cap de Bonne-Efpérance , par le moyen de ^111. llfM—.M—M—. I m I M il II————Il _ i ’ (i) Voyez, à la fin de ces Lettres y celle de M. d’AnlTe de Villoifon. T.

Bartholomée Diaz. Les Portugais le doublent en 1498 , fous la conduite deGamaj ils arrivent à la côte de Malabar,fondentGoa,y établiffent un Commerce immenfe dans Tlnde, & fatal à toute l’Italie , qui le faifoit par la mer Rouge & l’Egypte. Ici finit le premier Liv» du Tom. /.

Le fécond I/vre nous préfente de grands détails fur Chriftophe Colomb, fur les projets qu’il avoit d’aller découvrir des pays au-delà de l’Océan ; projet qu’il communiqua inutilement aux Génois, aux Portugais. L’Efpagne s’y refufa auffi pendant plufieurs années. Enfin , après nombre d’inflances réitérées & de refus , Colomb obtint de Ferdinand & d’Ifabelle de partir en qualité d’Amiral &Vice-Roi perpétuel des Terres quil^ découvriroit. Il mit donc à la voile, avec trois vaifTeaux , le 3 1 Août 1492. – ’ vri; » L’Auteur nous détaille les découverte^ de ce hardi Navigateur Italien ; fcoi fécond & fon troiiiéme Voyages ; les perfécutions , les injuflices qu’il efTuya, les révoltes de fa nouvelle Colonie, l’ingratitude de la Cour, les découvertes qu’il fît fur le Continent même de l’Amérique , avant Vefpuce, {qs difgraces ,& fa mort , qui arriva le 20 Mai l jo6. Colomb étoit âgé de cinquante-neuf ans. Telles font les matières que l’Auteur traite dans {on Tom. /» Vous y verrez une Note fort exa£le , relative-ment aux Navigateurs qu’on foppofe avoir dé- Y iv

344 Lettres couvert l’Aménque avant Colomb. 11 parle auffi du Voyage de Madoc. J’y ai vu, avec fatisfaûion , le foupçon que l’Auteur a eu du paffage des Norvégiens à la terre de Labrador. Je croyois qu’ils n’avoient pafTé qu’en Groenland.

Mais, félon Robertfon, il ne refte aucun mo- ’ nument des Colonies qu’ils pourroient y avoir établies. .,. : -v.^d^^^t .; ,^ ^ , :

L’Auteur détaille, dans fon fécond Volume y les Révolutions particulières de la Colonie de de Saint-Domingue , Tefclavage auquel ces malheureux Indiens furent condamnés , la barbarie atroce & deflruûive des Efpagnols ; la perfidie du Gouverneur Ovando, qui, fous prétexte de recevoir chez lui le Cacique Anacoana, le fit prifonnier, ordonna d’égorger tous fes fujets, dans le moment oii ils lui donnoient des fêtes & des divertiffemens ; la mort de la femme de cet infortuné Cacique :.cruautés qui feront à jamais l’opprobre des Efpagnols en particulier, & celui de l’humanité en général’.; – :;:; – r . L’Auteur obferve qu’à l’arrivée des Efpagnols cette île avoit un million d’habitans ,& que , quinze ans après , il ne s’en trouvoit pas foixante mille. Paw a calculé la population de l’Amérique, d’après celle qui fe trouvoit vingt à trente ans après les conquêtes : mais ce feul exemple démentit fes calculs. La mort d’un* Cacique qui s’étoit fauve à Cuba , eft un autre

preuve affligeante de la férocité des Conqiiérans. Ce Cacique commandoit une partie des fujets de cette île, après avoir échappé à la boucherie de Saint-Domingue. Il tomba dans les mains des Efpagnols qui,après lavoir vaincu, le condamnèrent à être brûlé vif, accoutumés aux divertiffemens de leursAuto-da^Fé, Un Mifiionnaire lui promet le Paradis , pour Te^gager à fe faire Chrétien. «Y a-t-il des Efpagnols » » dit -il à ce \k>ine?— Oui, répond celui-ci i >f mais les bons feulement.—Le meilleur n en » vaut rien , réplique le Cacique;& je ne veux » pas aller où je pourrois en rencontrer un » feul ».

L’AuteurpafTe aux autres conquêtes ,aux effuiions continuelles de fang , dont les Efpagnols marquoient tous leurs pas, & que Fhumain Las Cafas a fi pathétiquement expofées. LeVoyagé de Grigialva , la découverte du Yucatan , du Mexique terminent le troifiéme Livre.

Le quatrième Livre traite de l’étendue de l’Amérique, des climats, des montagnes , des lacs , des Peuples , de leurs Ufager» & de là différence qu’il y a entre les autres Nations & celles des Mexicains & des Péruviens ; enfin l’Auteur arrive à la grande quefiion : « Comment VAmérique a-t^elle été peuplée » .-^ J’avoue que l’Auteur s’efl trop refîerré ici. La difcnfîion fe réduit àconclure que l’Amérique

346 Lettres n’a été peuplée par aucune Nation cîvilifée parce qu’on n’y connoiflbit pas Tufage du fer ; & que TAmérique , étant contiglie à l’Afie & à l’Europe , vers le Nord , les Tartares d’une part , & les Norwégiens de l’autre , ont pu y pénétrer par TAfie & la Groenlande,& y pro-pager Tefpéce humaine. Ce raifonnement paroîtra,fans doute, bien fmgulier. Mais il eft étonnant que l’Auteur n’ait même fait aucune réflexion fur les diverfes mères-Langues, dont le nombre paroît affez conlidérable en Amérique : ce qui indique certainement des origines bien différentes. Il ne s’occupe pas non plus des diverfes Coutumes , des Rits Religieux , des Hiéroglyphes du Mexique , des Quipos du Pérou , des Connoiflances Agronomiques , des Cycles , ufages dont nous ne voyons les analogues dans l’ancienne Egypte & à la Chine.

Mais n’eft-il pas auffi étrange que l’Auteur foutienne que l’Amérique n’avoit jamais été découverte avant Colomb ,tandis qu’ily fait paffer les Norwégiens (i) qui avoient l’ufage du fer? ( I ) Les anciens Ouvrages découverts depuis peu fur rOhio, & fur Icfquels on vient d’avoir tout nouvellement de plus amples détails , prouvent que cette Contrée fut habitée par un Peuple tout différent des Sauvages a^uels : mais on n’y a pas «découvert du fer. Il y ea

SUR l’AmérïOue. 347 Comment ne Tauroient-ils pas introduit avec eux ? Mais, s’ils ont paffé en Amérique, à quelle date, & comment? L’Auteur devoit s’occuper de ces recherches. Je les ai faites dans ces Lettres.

Nous ne voyons donc rien de folide ,rien d’aflez réfléchi dans ces détails deRobertfon , rien enfin qui fatisfaffe un efprit qui demande quelque probabilité, s’il ne peut favoir la Vérité.

L’Auteur s’arrête auffî trop fur le cara£lèré & la foibleffe (i) des Peuples Sauvages de ce Continent ,comme s’il n’y avoit de tels individus qu’en Amérique ;& il oublie , pour faire fa cour à Paw , que prefque toute l’Afrique, une partie de l’Afie & de l’Europe , nous en préfentent encote tant d’exemples. 11 avoit cependant indiqué , dans le Livre précédent, la valeur des Peuples du Darien,du Yucatan, de la Floride , qui ont maffacré tant d’Efpagnols. Il aflîire, dans ce même Livre , qu’on ne vit aucun Américain eftropié , contrefait ; que tout le monde admira lafymmétrie ^ la perficiion de leurfigure; quils font exempts de touus les maladies qui affligent les Nations civilifées. Enfin il emploie un article . \ a cependant une mine au Nord de l’Améri^e , fekm , les détails précieuXr de Steller. Le Bre^l en : feurniroit au/Ti. T. (i) Il fuffit d’oppofcri Robertfon les détails àt^ï>,f3g^ net7 5c de Léry. T.’ /l t :,‘;inr

54? Lettres entier pour prouver leur courage dans toutes Icf occajions qui demandent des efforts extraordinaires^ quils attaquent tennemi avec une bravoure qui leur fait méprifer tous Les dangers & la mort même. Il prouve, en outre , contre Paw, que la confiance & rintrépidité avec laquelle ils fouffrent les tour^ mena les plus cruels ^ nefi pas^ che^^ eux ^ un effet de foibleffe & dinftnjîbillté ^ mais d!un viffenti» mentdhonneur , d!une magnanimité héroïque , à la-’ quelle, les Nations civilifées riont encorepu parvenir avec le fecours de la Philofophie. Comment ac* corder cette contradidion ?

Je crois que TAuteur trouvera des adverfaires , relativement à la couleur des Nègres qu’il déduit (i) uniquement de Tinfluence du climat, comme M. de BufFon. On fait que les Familles Portugaifes , établies depuis long-temps à Angola & à Sierra-Liona , c’eft-à-dire dans le vrai pays des Nègres, ont toujours confervé leur couleur blanche naturelle. Les Voyageurs ont trouvé dans, les îles de la mer Pacifique, des Peuples abfolument Nègres,& les uns avec les cheveux crépus , ou plutôt une efpéce de laine , les autres avec des cheveux longs , aii (i) J’ai foutenu le fentiment de M. de BufFon, dans mes Additions aux Mémoires ‘de D. Ulloa. M. Schérer .entre” dans de grands détails à ce fujet, mais la plupart inutiles. T.

tîillieu d’autres îles dont les habitants font blancs ou prefque blancs. Il paroît auffi qu’on feroit plus fondé à croire que les Albinos ne font pas une clafle à part, s’il eft vrai qu’ils foient incapables de produire.Quant aux Patagons 5 TAuteur doute de leur exiflence avec Paw ; mais il ne donne aucune raifon de plus pour autorifer fon opinion. Ainû mes preuves fubliftent dans toute leur force.

Nous ne voyons non plus rien de nouveau ni d’intéreflant dans cette Hifloïre , concernant les bornes très -étroites des facultés intellectuelles; l’état focial ou domcftique; l’humiliante condition des femmes; la chaiïe,la pêche; le défaut d’Agrigulture ; les propriétés ; la ibrme des petites Communautés; l’égalité , l’indépendance de toutes les Nations Sauvages de l’Amérique. Le Sauvage eft le même dans toutes les parties du Globe. Enfin ce que nous dit FAuteur fur la guerre , les armes de ces Peuples , eft connu de tout le monde.

Il paffe , dans fon Tom, III ^ aux Conquêtes que les Efpagnols firent dans le Continent. Vélafquez ou Vélafco , Gouverneur de Cuba, envoie Cortèz avec des vaiflkaux & àQs troupes.

Cortèz devient ingrat, fe fait déclarer Chef de l’entreprife par la Colonie qu’il établit,s’informe de l’état du Mexique, par le moyen de fon Indienne Marine ;, qu’il avoit eue du Cacique de

3fo Lettres Tabafco. Il a {es premières conférences avec les Gouverneurs de ces Contrées , Pilpatoé & Teutilé ; fait alliance avec les Indiens de Zampaola , forme une ligue avec tous les Caciques ennemis de Montézuma ; détruit fa propre flotte > pour ôter à fes foldats tout efpoir de i:etour , attaque les Tlafcalans , fait alliance avec eux; paffe à Mexico, oii il eft bien çeçu de Montézuma.

La defcription qu’il fait des Temples & des Tours 5 eft tirée de la Lettre de Bernard Diaz , Compagnon de Cortèz ,& nous donne une idée de grandeur& de richeffes peu communes. Il retrace, avec beaucoup d’exaQitude, tout ce qui s’eft paffé à Mexico (& que vous avez vu dans une de mes Lettres ) jufqu au moment où Cortèz quitta cette ville pour venir l’attaquer, & en faire la Conquête , tant avec (es troupes qu avec (qs Alliés. L’auteur donne au Conquérant quatre-vingt-lix Cavaliers, huit-cents feize fantaffins, avec un train de trois pièces de campagne ; cent cinquante ou deux-cents mille hommes de troupes auxiliaires, tantôt plus, tantôt moins nombreuses , félon les marches qu’il avoit à faire. Nous voyons, avec plaifir, Fexaûitude de Robertfon dans ce qu’il nous dit des attaques , de l’intrépidité des Mexicains , qui ne font plus ici ces Sauvages foibles & pufillanimes , que l’Auteur nous a préfenté&

dans (es premiers Livres : tant la Vérité fait fe faire fentir. Mais il oublie le fait desTlafcalans , dont je vous ai parlé dans la defcription du Siège de Mexico ,& qui auroit couvert de gloire nos plus braves Capitaines. Le butin fut peu coniidérable à la prife de la ville , l’Empereur ayant fait jetter dans le lac, comme je vous Fai dit, toutes les richeffes des Temples, des Palais& de la Ville.

De-là il vient à la découverte du détroit de Magellan (l) , ainfi nommé du Capitaine . qui y pafTa le premier en IJ19. Enfuite il nous expofe Tatrocité avec laquelle on traita l’Empereur du Mexique , pour favoir de lui ce qu’étoient devenus les tréfors que Cortèz ne trouvoit pas dans la Ville ,& la barbarie dont on ufa dans toutes les Provinces de l’Empire.

Les particularités qui regardent Cortèz à fon retour en Efpagne, terminent cet article.

La Conquête du Pérou, les difficultés que Pifarre trouva pour y rentrer, le Siège de Puna, qui dura iix mois ; l’arrivée de Pifarre à Caxamalca ; le projet horrible qu’il forme d’affaffiner Atahualpa , le fait de l’odieux Moine (x) M. de Murs a bien vengé l’honneur de Magellan, à qui l’on vouloit ôter la gloire d*avoir , le premier des Modernes coQ&tt$ « £tançhi le détroit qui porte fou nom, T* vïi-i . *^

352 Lettres Yalverde , le carnage desPéruviens : la prifon, le fupplice 5 auifi barbarequ injufte ,deTEmpereur ; le riche butin, la haine d’Almagro& de Pifarre , les armes reprifes par les Péruviens qui afîiégent les Efpagnols; enfin le pillage général font le fujet du fixiéme& dernier Livre du Tom, III, Mais je ne fais comment TAuteur a été affez peu attentif pour dire que l’Empereur Huana- Capac^ contre Us Loïx fondamentales de la Monàrchle , gui défendaient de fouiller le Sang Royal par des Mariages étrangers ^ époufa lafille du Roi de Quito , dont il tut Atahualpa. Les Incas pou- Voient prendre autant de femmes qu’il leur plaifoit , outre leurs propres fœurs. Mais celles qui n’étoient pas du Sang Royal ne devenoient pas Coya , c’eil-à-dire Impératrices. Leurs fils né pouvoiént fuccéder à la Couronne, étant déclarés bâtards dès leur naiffance. Ce fut le fujet de la guerre qui s’alluma entre Huefcar, Héritier légitime , & Atahualpa , qui prétendit fuccéder au Trône de Quito , foit par la dernière volonté de fon pè-re , ou par le feul droit qu’il s’arrogeoit. Vous favez qu’Huefcar fiit battu & fait prifonnier. Mais paffons au Tom, IF^ iJ Cette Partie devient plus intéreflante pour nous, en ce que l’Auteur y examine les Inftitutions , les Ufages des Mexicains & des Péruviens. Voici ce que j’y ai trouvé de plus pu de moins que ce que je vous ai détaillé. ’ ’ Je

Je vois , avec une fiirprile étrange ,‘que FAuteur exclut cesIndiens du nombre desNanons civi’ lifées,pRr la feuic raifon qu’on \ie connoiflbit pas chez eux Tufage des métaux utiles;& qu on n’y voyoit pas d’animaux fauvages,domptés par l’induftrie del’homme. Il convient cependantque les Mexicains avoient différentes efpéces d’animaux apprivoifés , entr’autres des Dindons , & les Pé-» ruviens des Llamas. Mais les détails oridnaux de Ramufio dévoient lui montrer, s’il les avoit lus, que Montézuma avoit une Ménagerie dans laquelle il tenoit enfermés des tigres , des Hons , des chats fauvages, des aigles , des autours. Oc voilà les indices que l’Auteur demandoit pour preuves de civiliiation. Les Péruviens avoient auffi apprivoifé les LIamas , les vigognes , les alpaques & autres animaux utiles, qui étoient même devenus domediques , quoique naturellement fauvages & habitans des bois , où Ton en voit encore des bandes au Pérou.

Robertfon ne fait remonter qu’au treizième fiécle la Nation qui dominoit au Mexique, au temps de la Conquête, & la croit venue de la Californie ; tandis qu’il eft indubitable qu’elle étoit venue de la Province d’Aztlan , & après lés fix Nations qui y avoient demeuré. Il parle des Hiéroglyphescomme particuliers aux Mexi» cains : mais nous avons vu le contraire. Il y Tome II. Z

554 Lettres voit le droit de propriété foncière & mobîliaire, comme chez toutes les Nations de TEiirope. Quoiqu’il ne croie pas tout ce que les Efpagnols ont dit de la grandeur des Villes , il avoue cependant qull y avoit des Filks confidérahUs^ à telles quon en volt che:^ Us Nations cultivées. Je vous laifTe à concilier cette contradidion. Il tient pour indubitable ce qu’on a raconté de la multiplicité à^s Arts ,même de luxe 5 du Commerce qui fe faifoit aux marchés publics. Sont-ce donc là ù&s Peuples barbares?

La différence des Clafîes de la Société , des Rangs ; les Serfs de la Glèbe , femblables à ceux de notre Syftême Féodal ; les Efclaves qui en formoient le plus bas étage , font Tobjet de (qs détails. Il y voit les Nobles pofleder d’amples territoires , & diftingués entr’eux par difFérens titres honorifiques. Quelques-uns de ces titres paffoient aux enfans mâles avec les terres ; d’autres étoient attachés aux emplois. L’Empereur avoit la fouveraine puifTance. f’ Voilà donc , w dit-il, comment îa didindion des Rangs étoit a> établie avec une fubcrdination régulière». La Loi défendoit au Peuple d’être habillé comme les Nobles ,& marquok la mife & l’étiquette.

Enfin la Conftitution. du Me\ iquc lui paroît avoir été le tableau du Gouvernement Féodal ^ de la manùre la plus rigoureufe. Que lui manquoit-ii donc pour être mis au nombre àQS Etats civi-

SUR l’AM i R I Q U E. 3 5 ^ lifés , on des Sociétés telles que les nôtres ?

Monréziima devient Defpote , mécontente îa Nobleffe 5 dont il annéantit les droits, fe rend odieux par ce pouvoir abfolu ; & le Parti des Mécontens favorife Cortès. « Selon les Loix » fondamentales de TEmpire , le Prince n avoit » qu*une autorité limitée ,& n’étoit Souverain » qu’avec la Nation. La puiffance fuprême ne » réfultoit que du concours de la volonté des » Nobles dont TEmpereur étoit uniquement le » Chef: rien ne pouvoit être décidé dans les » affaires importantes fans le confentement d’un » Confeil, compofé des premiers Nobles qui > repréfentoient la Nation ». Ceft ce qui retidoit la Couronne éledive. Tout noble avoir droit d’y prétendre. Ce droit fut reflreint , comme en Allemagne, aux feuls Eledeurs, qui étoient au nombre de fix. Mais Montézuma fe prépara fa ruine (i) en abforbant toute l’autorité.

Robertfon décrit enfuite la magnificence des Souverains du Mexique, parle cies Tributs , i/tc bon ordre du Gouvernement , non -^feulement dans les points ejfentiels^ pour la félicité d’une Société bien réglée , mais même dans plujicurs points (i) Rome ne fut jamais fi foible que fous les Tyrans qui y avoient uTurpé Vautocratie (jui fit fa ruine; T.

356 Lettres relatifs aux Ouvrarcs publics , au bon ordre , à leL commodité des Citoyens, Il apporte, pour preuve, la fituation de Mexico , bâtie au milieu de Teau , les aqueducs , les rues pavées de briques , rétabliîTement des Poiles. Quant ai:x Ouvrages de l’Art , il ne les trouve imparfaits, que comparés avec ceux de Londres ou de Madrid.

Les Hiéroglyphes des Mexicains méritent ici fon attention. Il en produit un exemple, dont Foriginal fe conferve à Vienne. Mais c’efl un Ouvrage trop moderne pour être cité, & qu’on ne peut regarder comme fait de la main ôqs anciens Mexicains, je.vous en ai parlé dans uuç Lettre, L’Auteur s’arrête fur la fupputation à<^s temps , la corredion àQS cinq jours qu’on ajoutoit à l’année. Je fuis fâché de dire qu’il ua pas apperçu le point le plus important du Calendrier Mexicain ; car il ne dit rien de la corredion exacte qu’on faifoit à Tannée, en ajoutant les iix heures, par le moyen des treize jours qui fuivoient le cycle de cinquante-deux ans.

Je vous en ai fait voir Tordre , en le comparant avec Tannée fothiaque des Egyptiens. Après ces combinaifons étonnantes , moyennant lefquelles les Mexicains réduifoient leur année au cours précis du Soleil , croyez*vous qu’on puiffe les mettre au nombre des Peuples barbares > • Robertfon, malgré ces preuves de génies»

SUR l’Amêrïque; 357 ^îme ftiieux faire fa cour à Paw, s’arrêter à la privation de la Monnoie, à Tignorance de TAgricultiire (mais qu’il veut bien ne pas connoître chez cette Nation), aux chemins, aux maifons du Peuple. Néanmoins il veut qu’on regarde les Rda-ions de Cortez & des autres Ecrivains, du temps de la Conquête , comme indubitables; parce que ^ dit-il, Conci & les nutres ne ,pou%oknt mentir à la face de leurs tnnemis , qui n’auroiznt pas tarde à découvrir tim-» pojîure. Mais nous avons vu , plus haut, que Ro^ bertfon ne veut pas croire la totalité de ces Relations originales. Encore une fois , accordezle avec lui-même ; ou concluez, avec moi, qu’il ne favcit trop ce qu’il avoit à,dire; ou qu’il n’a pas eu le courage d’abandonner Pa\ï^, avec qui il voit toujours les Mexicains barbares jufques dans leurs Hiéroglyphes. Mais ces figures, faites rapidement au pinceau , & par lefquelles il ne s’agifîoit que de déiigner telles ou telles idées , étoient plus que fufRfantes pour les repréfenter, d’après les conventions connues par Fufage. Qu’on jette les yeux fur les Kiéroglyphes de l’Egypte, combien n’y verra-t-on pas de figures beaucoup plus groflières que celles du Mexique ? Quelle plus belle combinaifon que celle de leur grand cycle ?

L’article des Ii\ftitutions , des Loix , de l’ordre Civil & Politique du Pérou , eft abfo- Z iij

^^8 LÊtTRËS lument faux dans notre Auteur, Je ne m’arrête pas à Fantiquité de la Nation : chacun peut penfer, à cet égard ,comme il voudra* L’Auteur obierve que le fondement de l’Ordre Civil étoit la Religion ; mais il neft pas vrai que les Incas avoient une puiffance illimitée. L’efprit de la Religion y étoit la douceur & la paix.

Robertfon , ignorant que Pachacamac , fîgnifioit le Créateur du Monde ou de l’Univers , nie qu’on eût , au Pérou , aucune idée de la Divinité, ou un termç pour Fexprimer. 11 a fenfément remarqué que le Gouvernement étoit modéré; que les Conquêtes ne tendoient qu’au bonheur des vaincus en les civilifaht : mais il fe trompe > lorfque, parlant qIqs Loix relatives à la propriété, il avance qu’on ne pofledoit es fonds de terre que pour une année : ce Iqui n’eft ni vrai , ni même probable. Il penfe qu’il y avoit une claffe d’Efclaves qui ne s’appercevoient pas de leur état , & que là fervitude à laquelle ils étoient {ujQts pendant quelque temps , les acquittoit des tributs qu’ils avoient à payer.

Selon lui ^ les Arts étoient plus perfeÛionnés au Pérou qu’au Mexique, & les terres mieux cultivées.Ony connoiiToit l’Art du nivellement, & de la conduite des eaux dans des canaux :\es édifices étoient folides, les grands chemins bien faits, & les ponts, dont le fieur Paw a fait

im filjet de rifée , lui paroiflent dignes d’éloge.

Je ne fais pourquoi l’Auteur ignore que le* Profeflions y étoient héréditaires ; comment U n’a pas apperçu , dans les détails des monivmens originaux , renchaînement de toutes les parties du fyftême civil & politique: fyftême qui prévenoit les belbins de chaque individu ^ & ne lui laiflbit défirer rien de ce qui lui étoit néceffaire. Enfin Robetfon n’a rien vu de toi^t ce que j’ai recueilli & combiné fur les notions éparfes que m’ont fournies les Auteurs originaux. Ces notions m’ont préfenté le tableau du plus beau Gouvernement , du feul même qui ait jamais été en vigueur fur le Globe, pour le bonheur desfujets, encore plus que pour celui du Souverain; à moins qu’un Souverain ne fafle vraiment fon bonheur de celui de fes fujets : en pareil cas, il eft le premier heureux.

Mais le premier heureux, en ce fens , n’a jamais exifté qu’auPérou. Il n’eft donc pas étonnantque Robertfon, ayant voulu méconnaître ou ignoré cette bâfe du Gouvernement Péruvien , ait conclu qu’on ne pouvoit regarder cet Etat comme celui d’une Nation civilifée, quoiqu’il y ait vu des Arts encore plus perfeâ:ionnés que ceux du Mexique,de beaux édifices, de grands chemins, qui fubfiflent encore en plufieurs Provinces, Z iv

^60 L 1Ê t t R Ê s maigre la pareffe ou plutôt Tinértie des prO^ priétaires aftuels.

L’Auteur termine fon feptiéme Livre par les détails relatifs à la Californie , aw Chili , & auX autres Etabliflemens Efpagnols.

Le huitième & dernier Livre traite du Gouvernement intérieur des Colonies Efpagnoles, de la deftruction des Nations Indiennes, qui montent cependant encore à deux millions d’Individus 5 en comprenant celles du Pérou & du Mexique. L’état aduel des chofes eft bien expofé , &c. , &c.

LETTRE XLIV

^u P. Gregorio Fontana , Profiteur des Ecoles Pies^ dans tUnivcrfitl de Pavk ,fur CHypothèfi prcftntk dans ces Lettres.

Vous avez la complàifance de me parler à.^% Lettres Américaines^ & vous êtes étonné que je ne les faffe paj, imprimer, j’ai attendu jufqu’à ce momerit de loifir pour vous en donner la raifon. Mais en même temps j’ofe me promettre de votre honnêteté, quelques écîalrciiremens fur les doutes qui m’empêchent encore de pubher zt^ Lettres, Ceft le fruit d’une correfpondance familière avec un ami qui eut aiTez d’empire fur moi, pour m’engager à reprendre plu*- iieurs fois la pkime ,& me faire écrire vraiment un Livre fur une fuite de m.atières intéreil’antes , mais qui d’abord n’étoient qu’un fujet d’amufement pour lui & pour m.oi.

Si je ne confidérois même que la partie Hidorique , j’oferois efpérer du Public un accueil favorable; car j’y airafiemblé nombre de Notices importantes, & je les ai combinées de manière à préfenter , pour la première fois, le tableau le plus vrai , le plus exa£l: qu’on ait jamais vu du grand Continent de l’Amérique , tant à l’égard

J6i Lettres du caraâère des Habitans que des Ufages , des Rits Religieux,des Arts& des connoiffances de ces Nations que la barbarie & l’avarice des Européens ont prefque totalement détruites.

Il me femble que l’analogie qu’il y a entre les anciens Peuples de ce Continent & ceux du nôtre, eil une chofe démontrée. En effet, je fais voir les rapports les plus direds entre les Mexicains & les Egyptiens ; entre les PéjTUviens & les Chinois ; entre le Nord de l’Amérique , les Scythes& les Tartares : de forte qu’on peut conclure , avec confiance , qu’il y eut une communication direde de l’un à l’autre Hémifphère , un commerce réciproque , mais avant la découverte du fer , de l’écriture littéraire & de la monnoie.

D’un autre côté,lorfqu’on veut en rechercher l’époque ,& lui affigner une place dans l’ordre des nos Chronologies , on n’apperçoit plus qu’une hypothéfe, qui ne fe rapporte à aucune date connue. On n’avance que d’écueils en écueils;les objedions fe multiplient àchaque pason fentce qui pourroit, ce quimême devroit être, & Ton apperçoit à peine ce qui efl ou ce qui a pu être. Les opinions nées de la prévention , de l’efprit de parti, du fanatifme, de l’ignorance, de l’intérêt particulier,de l’orgueil jettent fur la Vérité un voile dont on ofe à peine lever le coin, fans entendre crier à l’erreur, à l’iriieli-

SUR l’Amériqiîe* 363 gîofîj à l’héréfie: comme ii Thiftoire des coquillages, des pétrifications, des volcans, les plantes de rinde trouvées en Europe , intéreiToient ou les vrais ou les faux fyftême^ religieux duGlobe, Un Aflronome , qui fe plaît à calculer les obrer-^ Viîtions aftronomiques de iix à fept mille ans, ou qui croit de bonne foi la période de trente-* iix mille ans desEgyptiens , parce que cet efpace de temps lui fcmble un point devant laDivinité, dont il admire ,avec reipeâ: , laMajefté fuprême; un Naturaiiile, qui apperçoit,en ouvrant la terre, les preuves évidentes de cinq ou fix révolutions de la mer fur notre Globe , qui aime à voir pirouetter la terre d’une pôle à Fantre , pour expliquer cinq ou fix couches de coquillages , giflantes entre autant de couches de laves ; un Botanifte , qui fuppofe un printemps perpétuel dans les climats du Nord , pour y voir végéter les plantes du Midi quil y retrouve, avec des amas prodigieux d’offemens énormes d’animaux qui aont pu vivre que dans des pays trèschauds , que font , dis-je, ces Philofophes& leurs obfervations aux Dogmes de la Religion , à fa Morale , au bonheur ou au malheur de laSociété?

En quoi ces fpéculaîions la troublent- elles ?

Je parle à un des hommes les plus éclairés de l’Europe , à un de ceux qui font le plus perfuadés de la puiffance du Créateur,& qui fait que plus l’homme efl éclairé, plus il affure fon

^^4 Lettres bonheur. Cependant la plupart des hommes J aiment mieux craindre , que de connoître;mieux ramper avec le vermilffeau, que de s’élever jufqu’à tous les dégrés convenables de la Puiflance fuprême ; mieux juger fans connoître , que de douter pour examiner la quelHon dont il s’agit.

Ces prétendus Sages ne font que trop fréquens ; vous le favez. iMais un homme inflruit peut- il toujours braver ces préjugés , & ne pas foufcrire au jugement de la multitude? // dou chercher la VcriU G* la dire.

Pour revenir à Fhypothéfe dont je me fuis amufé dans ces Lettres ^\q vois également , parmi les Mathématiciens, des efprits décidés à fou- . tenir qu’il exifte dans notre fyileme, un ordre immuable, inaltérable, & conféquemment contraire à cette hypothéfe fur laquelle j’établis Tancienne communication des deux Continens.

Voilà donc le nœud gordien pour lequel j ai re-cours à votre fagacité & à vos lumières, qui, dans ce cas-ci, peuvent me tenir lieu de celles de tout autre.

Je vais donc vous expofer les raifons qui femblent me perfuader que cet ordre immuable e{t une chimère dans notre fyflême ; & que ces Loix n ont de réalité que dans le cerveau de ceux qui les imaginent. J’avance d’abord ,comme une vérité incontellable , que la matière efl dans une viciifitude continuelle , gardant à peine un

mftant fa même forme. Voyons toutes les conféquences de cette vérité.

Perfonne ne doute aujourd’hui qu’il n’y ait en Europe des montagnes calcaires, d’un côté; de Tautre, des montagnes de granit , de ichite: qu’on trouve dans les monts calcaires des coquillages marins empâtes , & amaffés en une quantité qui fuppofe une époque des plus anciennes. Ainii ces monts étant formés (i) par les dépôts de la mer , il faut , de toute néceflité , que la mer ait long-temps féjourné fur ces ,|îeux-là. Notre Hémifphère habitée a donc fervi de lit à la mer.

Cette mer s’en etl retirée , Ta laifTée à fec : mais, en même temps , qWq y avoit dépofé une couche limoneufe _, qui , expofée aux rayons du Soleil , devoït entrer en fermentation ou, fi vous le voulez , en effervefcence , produire .«ne forte d’ébullition. Ce mouvement d’e^erv.efcence , augm^enté par la raréfadion de l’air interne devenu plus libre , aura été fuivî de chaleur dans les parties minérales 6c inflammables, d’où il fera auffi réfulté des tremblemens de terre, des protubérances, des monts ^ des lacs & des volcans. i ’ On doit donc trouver prefque par-tout àts (i) On verra dans la Chymie de M. Fourcroy ^ Ij î:t{lri<^ion <ju*il faut faire ici. Tom.-L, pag, 410. T.

3f66 Lettres veftiges de volcans éteints , fi ce fut le fécond état (le notre Globe. Or cela eft vrai ; il y a peu de Contrées (i) où il n’y en ait. Vous favez , auffi bien que moi, que M. Démareft a trouvé , en Auvergne, dans l’efpace de plus de trois mïlUs quarrécs , les indices les plus manifestes de volcans, tous contigus, des laves, àes bafaltes.

Les mêmes indices, fe font préfentés en Saxe , dans la Luface , en Bohême , à Cologne jufqu’à CafTel , à Cobîentz , le long du Rhin , & ailleurs.

Nous voyons la même chofe dans les monts & les vallées de Padoue , deVicence , de Véro:ne, dans TApennin _, la Romagne, le Royaume de Napîes. Vous en avez les preuves dans Forfis, Feftari, Ferber, Baldaffari, Hamilton,&c.

Or ces volcans font antérieurs à THiftoire , même aux Traditions des temps obfcurs & de la Fable: de forte qu’on efl forcé de les rappelier à une date antérieure à toutes les époques imaginables. La Tradition & THiftoire s’accordent fur un état poilerieur,& nous apprennent que le Globe étoit alors peuplé , & les quatre parties du Globe contigiies ; qu’il y avoit un grand Continent ,& une île nommée Atlantide , d’où vinrent les Atlantides & les Titans , qui fe rendirent maîtres de fEfpagne * avancèrent en Italie , jufques dans la Tyrrhénie , d’un côté, & de l’autre, jufqu’en Egypte ; -qu’Atlas , côn- (i) VoyezM. de BufFon , Minéraux^‘Tom If^, in-4^. T.

SUR l’AM É R I QU E, ^&J duûeuf de ces Peuples , apprit à mefurer le cours du Soleil , celui de la Lune ; comment il falloJt obferver les Pléiades , les Hyades , la planète de Vénus & les autres ; qu il mon-tra la Sphère à Hercule TEgyptien , qui précéda de beaucoup l’Hercule Grec. Voilà pourquoi les Pléiades & les Hyades pafsèrent pour {qs filles , & Hefpérus pour fon fils. Il ne faut donc plus être furpris de voir Hercule décharger Atlas du poids de IXJnivers.

Ceft à CQt âge que la terre éprouva une nouvelle révolution , ou une fecoufle qui fit revenir la mer fur nous , fubmergea l’Atlantide , força le pafTage de Gibraltar , inonda ritalie , TEgypte , la Grèce , une partie de FAfie , de l’Europe j de l’Amérique , forma Jes îles du Nord , laifTa , fur les hautes mofitagnes , les refies du genre-humain qu elle épargna. Après un balancement, qui dut fubfiflei . pendant certain temps , la mer reprit fon équilibre avec le noyau du Globe, quitta un grand efpace des terreins qu’elle avoir fiibitement inondés , & fuivit le Globe dans fa révolution diurne. Peu à peu ces redes à^s anciennes Nations défcendirent dans les plai- ’ nés , & produifirent les Peuples répandus actuellement fur les deux Hémifphères.

Mais , en quittant une partie des terreins qu elle avoit couverts , la mer y laiiTa des

368 Lettres dépôts qui font encore très-fcnfibles de nos Jours. Tels font ces poiffons pétrifiés , ces coquillages qu’on rencontre fi fouvent dans les vallées& les collines ,& qui atteilent une époque poflérieure à celles des volcafis & des monts Cakaires, Or il ne refte aucun doute fur cette inondation , prouvée d’abord par les détails du Critias de Platon ^ enfuite par le Déluge d*Ogygès , qui eft beaucoup plus ancien que les Chronologiftes ne le difent , & de la même époque qu’Hercule , TEgyptien , fuccefTeur d’Atlas, C’eu à cet Hercule que les traditions Mythologiques , ou la véritable Hiftoire de ces temps obfcurs, attribuent l’ouverture du Détroit de Gibraltar ,& l’irruption de l’Océan fur nos terreins. S. Auguftin dit aufîi que ce Déluge arriva du,temps de Minerve; or elle étoit du même fiécle qu Hercule.

En ertet on place ce Déluge à l’époque de phoronée , fîis dlnachus: mais le père d’Io fut un inachus, fils de Tnope , neveu d’Argus, En conféquence on a fixé l’époque de ce Déluge à 1790 ans avant notre ère; tandis qu’il devoit être rapporté au temps du plus ancien Phoronée , fils de fInachus qui avoït l’Océan pour père, félon Hygin ; c’ell-à-dire que cet Inachus étoit de la Nation des Atlantides ,& nommé

îiommé Fils de l’Océan^ parce qu’il étoit venu en Afrique de ce côté là.

Si donc les anciennes Archives de rÊgypté , les5 traditions même de la Fable s’accordent avec les obi’ervations phyliques & les caractères que nous lifons dans le grand Livre de la Nature ^ ]Q ne vois pas comment on peut foutenir cette immutabilité , cet ordre inaltérable dans le fyllême de notre Globe» Ces dents , ces os d’éiéphans entaîTés pèlenicle avec des débris &c. , ces refies de monflres marins , & ces feuilles de plantes exotiques , ou des Indes , que Léibnitz , Scheutzer , de Juiiicu nous rappellent comme exiftantes parmi les foffiles étrangers , trouvés dans nos climats , nous prouvent , en outre , deux chofes: l*^ Que les climats où fe trouvent toutes ces médailles ùqs anciens temps:, dévoient jouir des chaleurs de la Zône- Torride , ou ati moins d’une chaleur fufïi’» fante pour y vivre , y végéter ; chaleur qui n eft plus celle de la Sibérie , de l’Allemagne , de la France où ces débris exillent, 2”^ Que la mer a noyé ces animaux parmi lefquels elle a laifîe çà & là , en fe retirant , les monftres marins qui s’y rencontrent.

Or fuppo(era-t-on , avec la moindre vraifemblance , que la mer puiffe s’élever à cette Tome IL A a

pu Lettres îiauteur , tantôt dans une Hémifphère , tantôt dans Tautre , & prefque iubitemeot , fans îidmettre , en même temps , que Taxe de la terre a chnngé de fituation ï Mais ce changement eil-ii natureliement pofïîble , félon les Loix du fyftêfne planétaire , fi Voa ne fuppofe au{fi un corps afîez puiffant pour heurter la terre & y produire cette révolution ?

Voilà donc la première queftion que je fou-^ mets à votre examen.

Je m’arrête enfuite à un autre phénomène qui doir être de la même date que cette catailropbe : je veux dire le prolongement dé Tannée Solaire. Le confentement unanime de tous les anciens Peuples connus prouvent déîDonftratîVclient que Tannée Solaire étoit de 360 Jours, Ils y ajoutèrent enfuite cinq jours & environ, fix heures. Or , li ces Peuples avoient vu Tannée Solaire exiger d’abord cette addition , pourquoi fe feroient ils arrêtés au nombre de 360 jours , dont ils dévoient bientôt reconnoitre Terreur , puifque le Soleil, à la lin de ce terme, ne reparoiûbit pas au niême point de Thorizon , après la révolution -de Tannée fuppofée complette ? Il étoit poiTible qu’une feule ou peut-être à^ux Nations^ fe trompaient ; mais toutes, fans cxçept^ermême les Mexicains 3 s’étant accordées

SUR t’kuiRlQV t.. 37t fur le nombre de 360 jours , il ùiit néceffairsment craire que cétoit la vraie mefure de la période folaire.

Nous favoho à quelle époque Tannée Sur ’ laire fut fixét^ à 360 jours. Ce fut lorfqu A.- tlas imagina la Sphère dont il diyifa les cercles en 360 parties, conformément au pliéno- . mène périodique du cours du Soleil. Pourquoi les auroit-il divlies en un nombre qui ne fe fiit pas accordé avec la Vérité ?

Le Déluge d’Ogygès arriva après l’âge d’Atlas. Selon Pline , ce Déluge changea Fafpeâl de la Nature , Liv. IIL ïiercule , p^i de fon temps, la mer, força le Détroit de Gibraltar, les climats changèrent , & Tannée fe trouva plus longue de cinq jours & fix henVes en^. viron.

Ne\vton remarque aufîi que , félon |a tra« âition” de tous les Peuples , Tannée étoit limitée à 360 jours ; nombre qui fut auffi , confervé en Egypte , & confacré à Tannée ïleligieufe , même lorsqu’on vit qu il falloir ajouter les 5 jours.& 6 heures épagoménes? à la période annuelle. Ceft cç que nous apprend ,, Diodore , en parlant des 360 Prêtres d’AI caut , à 120 ftades de Memphis , & des 360 vafes du Temple d’Ofiris , lefquels Correfpondoient aux cérémonies journalières& aux opé- ^Aai/

372 Lettres rations d’une année entière. “Weidler a même prétendu , dans fon H’ftoire di l Ajhonomïc , que tel étoit aufîi le cours • du Soleil avant le Déluge; quoique Pétau loutienne que le nombre de 360 jours étoit celui de la période annuelle de la Lune , & non du Soleil.

Il fembîe que Tannée Lunaire ait auiîi été prolongée : car la traditicn la plus ancienne £xe les phafes de la Lune à fept jours. Ainfi fa période menftruelle étoit de vingt-huit jours jufte; nombre admis par toute la terre.

Mais , fi la force centripète , qui fait tendre la terre vers le Soleil, ell: en raifon compofée de la raifon direde fimple des rayons , & de la raifon inverfe doublée des temps périodiques , je ne coiiçois pas comment les temps périodiques fe font prolongés fans aucune diminution deia force avec laquelle la terre eil pouffée vers le centre du Soleil. Cette diminution n a pas pu arriver fubitement. II eft donc plus probable que notre planète a reçu une plus grande force de projuiïU^xw vertu ‘de laquelle les aires fe font agrandies , & le diamètre de Torbite de la terre ell devenu plus long : de forte que le Globe terreflie a du employer 365 jours & fix heures environ, pour parcourir fon orbite.

Voilà donc ma féconde queition, & elle fe : «. K

SUR l’AM É R I Q U E: 373 réduit à favoir fi ce phénomène a pu arriver^ en fuppofant uns. augmentation dans la force de pro* jsclile ? ”-’ —^ – La troifîéme queflicn fe préfente fur lê champ : favoir fi cette augmentation peut être h rifiiltat du choc de tune ou tautre comète ?

Vous connoifiez parfeîitement le fyilême de Ayhidon. Je ne fuis pas de fon avis , ni pour fes calculs, ni pour {^s indudions. Mais, s’il ell indubitable que le Globe ait éprouvé une révolution qui ait changé les climats , fubmergé une Hémifphère-, qui auparavant étoit à fec ; prolongé le cours de la période folaire ; & que , d’un autre côté , un telle révolution foit impofîîble 5 félon Tordre a6luel de notre fyilême , au moins félon les Loix que nous y appercevons, il faut donc que le Globe ait reçu un choc ou une impuliion qui ait augmenté la force de projeftile, allongé Taxe, &c. Or je ne vois qu’une comète capable de produire cette catastrophe, en approchant trop près de la terre.

Les calculs de M. du Séjour ne paroifTent pas démontrer Fimpoilibilité d’un pareil événement, II y a un grand nombre de comètes donc on ne pourra jamais calculer les orbites elliptiques.

En outre, les élémens en font variables, comme le prouve la comète de 1759. L’attradlion de Jupiter & de Saturne en retardèrent le retour ,’ A a iij

374 Lettres cle ûX’Cents onze jours. Ainii. nous ignorons abfolument fi , parmi ce grand nombre de coméfes, dont les orbites nous font inconnues, il ny en a pas une à laqu^^lle nous puifiion.‘ï» avec vérité j attribuer la catailrophe dont il s’agit.

Maupertuis n’héfite pas de dire , dgns fa Di£er» tauon fur les Çoméuj, que la terre pourroit être écrafée par un de ces corps, ou entraînée pour en devenir le fafeliiîe.

M. du Séjour réduit la poiîibilité à rrrrro ’ ^ fuppoie, en outre, qu’une comète égale à notre Globe n’en prolcngeroit l’orbite que de deux jours , dix heures , en s’apppochant de nous à la diflance de treize mille lieues. Mais fi la comète étoit plus groiTe 5 quel en feroit donc TefFet?

Ne peut -il pas arriver quune comète, dix & & vingt fois plus groiTe que la terre, s’en approche , quoiqu’à une plus grande dlûance ?

Je demande encore quel en feroit reiiet ? Sans doute quil eil: incalculable, ou plutôt qu’elle rèduiroit la terre en poudre , ou Tabforberoit totalement.

Les grands Calculateurs s’inquiètent peu des événemens phyfiques & des combinaifons ou des traditions des Peuples;&,crun autre côté, les Critiques, qui s’arrêtent à ces traditions& les difcutent ^ font rarement Calculateurs. Je voudrois que fes uns & les autres fe tro^uvaffent

réunis. Leur concours ménetoit peut-être à quelque vraifemblance , s’il ne iervoit pas à découvrir la Vérité. Mais, comme je l’ai dit , on aime mieux fe contenter d’obferver les chofe.^ par un feiil côté ; on s’exeice refprit à des fyilêmes, & Jamais on ne lailit qu’une partie ÔQS rapports, parce qu’on ne prend pas la peine de les examiner tous, ou plutôt on ne fe met pas en état de les examiner.

La crainte quinfpirent les comètes tient <t une date trop ancienne pour ne pas croire qu’elle foit fondée fur quelque catailrophe , que Tun ou l’autre de ces corps a produite. Les guerres de Typhon contre Ofiris, le défaike de l’Egypte ,& la catailrophe du Globe indiquent néceflairement un corps célede qui s’approcha du Soleil, nommé OJiris ^ &c enfuite de la terre.

Or Pline nous dit , Liv. IL CL XXF\ que les Egyptiens appelloient une Comète Typhon : & nous favons, que dans les mers des Indes , on appelle encore Typhon les ouragans & les tempêtes horribles qu’on y efTuie de temps à autre.

La chute de Phaéton ; l’effroi , les prédirions d’un déluge, d’un incendie univerfel; les Fêtes cycliques à^s différentes phafes de’ la Lune, nombre d’autres uiages & de traditions nous prouvent affez la trifle révolution qu’a pu produire une comète dont nous ignorons le cours j – A a iv

3j6 Lettres & fur lequel le calcul ne peut nous donner de lumières. . : ; ; . -y^n^. ; •^’ ”^ En outre, je ne faurois perdre de vue deux circonilances frappantes. Savoir la tradition confiante du Déluge d’Ogygès , & celle de la comète qui apparut lors de cet événement. Ceft à S. Auguftin que nous devons cette connoiffance. Varron la lui avoit tranfmife , d’après Adrafte de Cyzique & Dion de Naples. Voyez (ic Civil. Dei. Liv. XXI. Ch. VllL Fréret fixe le Déluge d’Ogygès à 1796 ans avant notre ère : mais c’efl: une erreur manifefle.

S. Auguilin lui-même afïïire que ce Déluge arriva du temps de Minerve & d’Hercule. Les Grecs multiplièrent , à diverfes époques , les noms célèbres de leurs Dieux ou de leurs Héros : de-là cette confufion qui seik. répandue dans THifloire des premiers temps connus. Ils £rent donc deux Ogygès, comme deux Deucalions ; & ils marquèrent un Déluge fous le Deucalion Grec , tandis qu il arriva fous le Deucalion Scythe. En efïet nous voyons , par \qs marbres de Paros , gravés 26 \ avant notre ère , qu’il ny eut point de Déluge fous le Deucalion Grec, dont Tâge eft marqué à 13 10 ans avant J. G. Le Déluge du Deucalion Scythe peut fe rapporter à Tâge de Phoronée : c’efl celui qui inonda la Syrie , félon Lucien ; mais

Lucien peut n’avoir parlé que d une inondation, confidérée comme particulière à cette Contrée, tandis qu’elle s’étendit infiniment plus loin.

Ainfi les deux Déluges, celui d’Ogygès, & celui du Deucalion Scythe feroient le même : ce qui eft plus que probable.

Il n’eft pas aufîi facile de déterminer la date de cette catailrophe. Je dis d’abord que, félon Diodore de Sicile , FHercule Egyptien précéda le Grec de dix mille ans. En faifant ces années de quatre mois 5 nous verrons qu’il a vécu 3333 ans avant celui-ci. Mais fi l’Hercule Grec a précédé notre ère de 1360 ans, il s’en fuit, félon le calcul deDiodore, que l’Egyptien vivoit 4690 ans avant J. C.

Si , d’un autre côté , les Hyades & les Cornes du Taureau concouroient avec le temps de l’équinoxe ,& que l’équinoxe ,comme l’obferve M. Bailly, ait été fixé par Atlas, au premier degré des Gémeaux , cette époque remonteroit à 4600 ans avant J. C. , en fuppofant Fctat adiiel des condellations:

Quoi qu’il en foit de ces époques, que j’ai fuffifamment traitées dans mes Lettres, il me paroît bien démontré que la féparation des Continens a précédé de beaucoup l’ufage du fer, de l’écriture & celui de la monnoie. Mais ces inventions étant antérieures de trois mille

578 Lettres ans à notre ère, comme on Ta prouvé dans VHiJioire de, la Chine ^ il fout néceflai/ement conclure que le calcul de Diodore^ (e rapportant aux obfervations agronomiques, ne peut être faux ou fabuleux* La dernière demande fur laquelle je vous prie de m’éclairer, fe réd\nt à ceci : Suppofi quune Comète, , changeant U Jituaùon de, taxe y ait communiqué à notre Globe une force projectile , qui ait allongé taxe de fon orbite , <S’ par confé* quent prolongé la révolution annuelle du SoUil de cinq jours y Jix heures environ ^ peut -il arriver que cetteforce diminue peu-à-peu y & que le Globe fe rapproche infnfiblement du SoUil , aiL point que le cours de l’année fevicrme à fon ancienne période de 360 jours ?

Il eft certain qu’après la grande cataftrophe on compta 365 jours & environ 6 heures ; & que les Égyptiens , pour faire la correction de cesfix heures excédentes,formèrent leur cycle fothiaque de 1461 ans, après leiquels Sirius reparoifToit le premier du mois T/iot ; & que les Mexicains admettoient 13 jours hors de nombre après la révolution de leur cycle de 52 ans , pour faire une corre£lion analogue , qui devenoit nécefTaire. Or , fl la période folaire avoit été pour lôrs en Egypte , telle qu elle eft aujourd’hui , il y auroit eu

SUR L’AMiRIQlJE. 375^ une erreur de onie Jours environ, à la fia de chaque cycle. Les Prêtres n’auroient pas manqué d’obvier à cette anticipation; & Pythagorc , qui apprit d’eux le mouvement de la terre , c’eil à dire la plus exaQe Ailronomie , ne Fauroit pas non plus ignoré.

Or la révolution annuelle de la terre , qui étoit de, 365 jours , 6 hsures , à cette époque , alla en décroiffant. Du temps d’Kipparque , elle étoit déjà revenue à 365 jours, 5 heures, 55 minutes, 12 fécondes. Mais elle ed encore plus courte de nos jours ; c’eflà-dire de 365 jours, 5 heures, 48 minutes, o«{c^ dont^icmes. Il femble donc que notre planète le ‘rapproche du Soleil. Ce feroit en vain quon accuferoit Hipparque d’inexaditude : car le calcul qu il a fait de la période lunaire eil extrêmement exad , & ne diiîère des réfultats de nos obfervations , que dev quelques fradions de fécondes. Ceft pourquoi les Agronomes en concluent l’accélération du mouvement de la Lune ; c’eil-à-dire la diminution du diamètre de fon orbite.

Or je demande s’il nen feroit pas de même à regard de la terre ? Vous favez que M, Baiily propofa la queflion, en 1773, dans un Mémoire qu’il préfenta à l’Académie Ôlqs Sciences.

Permettez moi à préfent un corollaire. Si.

380 Lettres ce phénomène,commun à la terre& à laLune; fe trouvoit également vrai à l’égard de Técliptique , dont robliqnité va en diminuant , de Taveu de tous les Agronomes, ne peut-on pas préfumer, avec raifon , que Técliptique tend à revenir au point où elle fe trouvoit autrefois , ceft’ à-dire fur le plan même de lequateur?

En convenant donc que l’axe du Globe fut fitué autrement , & que le Globe fe trouvât à deux millions de nos milles plus près du Soleil ; fuppofant, en outre, que Técliptique fût dans le plan de Téquateur, je demande fi les faifons ne feroient pas régulières , la température des climats plus uniforme, la Nature (l) plus animée , plus riante , plus propre à la propagation de tous les êtres animés ou inanimés , telle que nous la voyons , par exemple , fur le plan de Quito , où La Condamine vit femer & recueillir en même temps les grains , les fruits mûrir à côté de nouvelles fleurs, enfin une Nature tou-jours adive , & réparant , à chaque inftant , ce que le temps voudroit envain lui ravir. Si donc la plus grande partie de notre Globe fut telle autrefois , neil -ce pas là cet âge d’or fi vanté (i) On verra ces idées bien préfentées dans la Phyjïqus du Monde, Tom. II, T.

par les Anciens? Mais efl-il poiTible que toutes les Nations ayent confervé le fouvenir de cet âge heureux , s’il n’avoit pas exifté ?

Cet âge eft marqué par deux circonftances particulières. La première efl qu’il n’y avoit encore ni fer, ni monnoie : la féconde que cet âge fut celui de Saturne. Or leDéluge d’Ogygès, occalionné, cor^me on peut le préfumer ,. par l’approche d’une comète , n’arriva qu’après Saturne & du temps d’Hercule. C’eft alors que changea la face de la Nature. Cette grande cataiirophe fut fuivie de la découverte du fer, de l’ufage de la monnoie. Le fouvenir de l’âge d’or, qui avoit précédé la révolution , fut perpétué par ceux qu’elle avoit épargnés : mais jamais cet âge ne reparoitra que par les combinaifons phyliques , dont je viens de parler.

Cependant les traditions facrées & profanes de l’Antiquité femblent nous en pronoiliquer le retour; & c’efl fur cette poflibilité que Burnet Se le P. Barfanti ont fondé . leurs fyflêmes poétiques.

Je ne vous parlerai pas ici des recherches que M. Bailly a faites concernant l’Atlantide^ ni de la manière dont il rend compte de la chaleur qu’éprouvoient autrefois les climats glacés de la Sibérie & les îles du Nord, en s’appuyant de Thypothéfe ingénieufe , mais infou-

381 Lettres tenable , de M. le Gomte de BufFon. Je m*explî-» qiierai , à ce fujet , dans les détails (i) de Texajiien que j’ai faits de ies Lettresfur l’Atlantide ^ êc de rhypothèfe qui lui fert de bâfe.

Il ne me reile donc quà vous prier de m’éclaircir les doutes que je vous ai expofés, & de me dire votre fentiment. Votre opinion fera ma régie : car û Timmutabilité des chofes eft démontrée, il neft plus beioin de recourir à cette main réformatrice dont nous parie Newton , &: qu’il fait agir pour maintenir le fyftême acluel : je cefîerai fur le champ de m’occuper d’un fujet qui a fait, pendant plufieurs mois de correfpondance , Famufement de mes loifirs. (i) Ces détails font un volume. Je les publierai dans quelque temps. Ce n’eft pas que l’Ouvrage extrêmement foible de M. Bailly mérite une réfutation : mais les détails de M. Carîi font ii importans , répandent tant de jour fur les anciens Habitans du Globe, que le Public ne peut les lire qu avec la plus grande fatisfaclion. Bailleurs j’y ai ajouté beaucoup d’Obfcrvations. Mon travail cft tout prêt. Je n’attends que le jugement qu’on porter* de ces Lettres-ci. T. ^^ Jb»

Su P P LÈjiî^ENT de tjutcur à la Lettre XL, Tom. IL fur les premlirs Hahitans de tltalït , félon fa dernière Edition.

Aïs arrêtons – nous un peu fur les premiers habitans de Tltalie , antérieurs à l’âge de Saturne : car ce Chef& conducteur des Atlantides trouva des habitans en Italie. Le fujet eft affez curieux pour mériter notre attention.

Dcnys d’HalicarnafTe rapporte ,. Liv, /. pag, 9 , Edit, Leipfîc, , c^iijEnotrus vint en Italie , dixfept âges avant la guerre de Troye. En prenant trois âges ou générations pour un fiécle , nous aurons 566 ans. Si nous y joignons 1208 ans, qui fe font écoulés depuis la ruine de Troye jufquà rère Chrétienne, nous aurons 1774 ans. jEnotrus , arrivant à la tête des Arcadims^ trouva (i) Je place, avant ctitt Lettn y un PaHage que l’Aateur a inrérc dans fa Lcttu XL» fur les Aborig^nss d’/talk, dans fa dernière Edition. La Lettre fuivance en efî: Is commentaire, 8c préfente de nouvelles preuves du Syftemç de M. Carli.

384 L E t t R E s le pays habité par les Peuples qui furent appelles AborigènesAX y avoit , en outre , lesSicu/cSy les Umbres dans cette partie Méridionale de l’italie. Mais Strabon , Liv, VI , nomme les Cliones ou Concs^ qui fe joignirent aux (l) JEnotrès ou Arcadicns, On peut même regarder les Concs comme plus anciens que les Umbres , ii on les croit defcendans de ceux que mena avec lui THercuIe Egyptien : car nous avons obfervé qu’il fe nommoit auiïi Chon^ Polybe ( I ) Scrabon dit même que les j^notrss étoient ira Peuple aflez bien civilifé : ce qu’il eft bon de remarquer à cette époque. Il n’eft pas le feul qui reconnoifTe la ville nommée C/unc, en Italie. Hefychius l’a dit après lui.

Mais Lycopliron l’appeîloit Chonia, long-temps auparavant.

On en attribua la fondation à Chon^ qui étoit l’Hercule Egyptien. Ce Héros vint en Italie , dit la Fable hiftorique , pour la délivrer de la tyrannie. Il y a , fous cette fable , quelque vérité cachée que je ne puis appercevoir. Ce mot Tyrannie feroit-il allulion au mot Hetrujf, qui, en Arabe, fîrnifie encore Tyran. Nous favons que les Hétrufques ont chalTé plufîeiirs Peuplades des pays où elles s’étoient fixées , & s’arrêtèrent enfuite dans la Province qu’ils ont toujours habitée depuis, s’étendant jufques dans le plat pays , qui étoit couvert de marais : ce qui les fit appeller aulïï Jufci. Ce mot défigne une grenouille : on fait que c’étoient les Armoiries des anciens Rois Tofcans j & que Mécène en avoit une gravée fur fon cachet. La Tofcane étoit encore couverte de marais , à l’épcque du Grand- .: fait

SUR l’Amérique. 38c fak mention d’autres Chones , en Efpagne , aude-là des Colonnes d’Hercule.

Si nous tournons à la partie Septentrionale de l’Italie , nous y appercevons aufiî des traces d’une antiquité très-éloignée. Le Heuve qui divife cette partie jfe nomme lePo ; les Romains l’appellèrent Padus. Ils prirent ce nom des Gau-lois , qui , félon Métrodore de Scepfe, cité pac PJine , Liv, 111. Ch. XVL , avoient donné à ce fleuve le Tiom de Fades. Mais , avant les Duc Corne , qui en auroit deiTéche la plus grande partie ,” fans les obftacles que lui oppofa la Cour de Rome. Voyez, à cti égard ^ M. Riguccio Galluzzi, Rïfl. de Tofcane , en François , chez Cuchet, Libraire, à Paris. Mais, pour revenir aux He’trufques& au Voyage d’Hercule , j’avoue que je n’y vois rien de bien clair , à ces époques éloignées : les Hétrufques me paroiflent être urt Peuple tout différent des Aborigènes ou Peuples primitifs de l’Italie, & venus foie, de l’Egypte, foit de Phénicie. Peut-être même ne fe trom-’ peroit-on pas en les faifant venir de l’Egypte, comme Phéniciens , lorfque ceux-ci en furent chafTés. Je fais que;

M. Carli aflure qu’ils n’avoient pas les mêmes fuperfti-, tions : mais en a-t-on des preuves bien claires ? Je n’en vois aucune. L’Hercule qui pafle en Italie avec Ofîris , femble être un refte de tradition obfcure , qui rappelle mie émigration de quelques Egyptiens. En général, ces traditions ont toujours quelques faits pour principe. Je jette ces réflexions fur k papier, pour donner à d’autres l’occafîon d’examiner ces circouftauces obfcures. T.

386 Lettres Gaulois , c’eft-à-dire du temps de Tarquîn Tancien , le Pô avoit le nom de Bedincus (i), félon Pline même ,& Polybe, Liv, III. Les Savans déduifent ce nom de la Langue Celtiqre, On connoit encore ‘de ce fleuve un nom plus ancien ; c’eft Eridan, Les Grecs Tappellèrent peutêtre ainli du mot (2) Eridainein , qui veut dire soppofa : confidérant Voppojîtlon qu’il éprouve en entrant dans la mer avec tout le flot de (qs groffes eaux. Mais, d’un autre côté, pourroiton prouver que les Grecs ont connu ces Contrées avant les Celtes. 11 faut donc dire quelques mots à ce fujet. (i) Bodincus , mot Germanique, qui fîgnifie fleuve qui fait la limite ; en effet il fépare l’Italie , au Nord , dans toute fa largeur. Bod , lit , fond , & ink, bande , lifîère.

Les Peuples du Nord avoient habité les environs du Pô, à une époque très-ancienne. T. (i) Eridan eft un mot du Nord. Rod , Rid eft une flèche faite de rofeau , félon l’ufage de ces temps-là. Les Celtes donnoient ce nom à tous les fleuves qui couloient rapidemiCnt. De-là Rodan , Rode , Fridan , noms de rivières connues. Les Grecs écrivirent Rhod, Sec. C’eft ainfî que k fleuve rapide qui fe joint à l’Euphrate , fut appelle Tio^re y c’eft-à-dire FUchc. L’animal qui porte ce nom ne l’a eu que de la rapidité de fa courfe. Il femble réellement voler; il fait foixante ou quatre-vingts lieues dans une nuit , pour retrouver fes petits , fi on les lui ^ enlevés. T.

SUR L*AM É R I Q U e: 387 Les Gaulois trouvèrent dans les Contrées Voifines du Pô , les Etruiques, les Umbres, les Liguriens, les Orobes. Les Etrufques chafsèrent dans les montagnes les Umbres & les Orobes; & les Gaulois en firent autant aux Etrufques.

Selon Pline, Liv, IIL Ch. XFIL , les Orobes s’établirent fur le mont Barra, Les Etrufques, conduits par Rh<&tus ^ donnèrent à une partie àQS Alpes le nom âe Monts’Rhétiens, Les Gaulois, s’arrêtant dans la plaine ou le plat pays, qui efl entre le Téfm , TAdda & le Pô , donnèrent à ce pays le nom de Middland^ c’efl-à-dire Pays du milieu y mot que les Romains ont rendu en Latin par Mediolanum, Je crois volontiers que les Umbres , les 7/2- fubrcs , les Ambres Ambrons , ne font que àQS Celtes qui fe font rendus en Italie dans les premiers âges ; de même que les Ligures étoient une Colonie Celtique» Mais il y avoit dans le voiûnage du Pô d’autres Peuples avant ces Celtes , qui furent chaffés dans les montagnes par les Etrufques. Les Orobes en faifoient une partie , comme l’indique leur nom , qui fignifie Hdbicans des montagnes. En effet il y avoit dans la Béotie , l’Eubée , la Macédoine plufieurs villes du nom à’Orobie & d’Oropie, L’Italie communiquoit donc avec la Grèce, avant que les Celtes vinffent dans cette première Contrée ; & ce fut , félon Platon , lorf- B b ij

388 Lettres que la Grèce , proprement dite, étoit jointe à cette partie de Tltalie : c’eft-à-dire avant la révolution du Globe ,& l’inondation qui couvrit les terreins qu’occupent aduellement la Méditerranée & la mer Adriatique.

Nous trouvons en ef^et Cycnus régnant dans les pays voifins du Pô ; & qui , félon Virgile même , aimoit paffionnément Phaéton. Il aimoit autant la Mufique , & s’y rendit fort célèbre ^ félon Servius, Enéid, Liv, -ST. v. 189^ & Paufanias , Attic. Ch, CCCL II faut donc le placer à répoque à laquelle le Globe (l) fut embrâfé Se fubmergé en même temps, félon Clément d’Alexandrie. Stromat, Itv* L pag. 32 1 , Edk.

Fans» Cette communication , qu’eurent entr’eux les Grecs& les Habitans du Pô , peut fe prouver par l’opinion même des Aonts & des Béotiens y qui fe vantoient d’être les anciens Habitans du pays où eft Vénife , félon Servius , hclog. FI, V. 64..Il y avoir, comme je l’ai dit, des Orobes en Béotie & en Italie, oii les anciennes traditions confervèrent la mémoire de Cycnus & de Phaéton , & prouvent ces faits.

On a dit que les fœurs de Phaéton furent changées en Peupliers, le long du Pô. Il y avoit, (i) Voyez ma Lettre fur le Déluge de Deucalion , pour apprécier cette époc^ue. 7”

SUR L*AM i R ï U t: 3S9 prhs èiAlbino (i), une forêt qui portoit le nom de Phaéton. Le Château de Breffe a le nom de Cycnus ^ dans Catulle. Nous voyageons, je Favoue, dans la Mythologie: mais quel eft Thomme inftruit qui n’y reconnoiffe la Vérité hiftorique pour bâfe ? Tout femble donc nous porter à croire que Saturne , arrivant en Italie, trouva, au Midi & au Nord de cette Contrée, de Nations primitives : d’un coté, les Chones; de l’autre , les Cycnks , nommés Aborigènes ou Orobes^ (i) Voyez Martial, I;V. JX^Epigr. 2,5,,& Catulle, Carm, LXFI^V’ 32.. – ^ ’•{’ i :‘î- – : ; ^^ ^’ ^TC-’-‘iO:;’- B b ii/

LETTRE XLVL

Tom, IL, pag. 57, de la dernière Edition de l’Auteur, Sur les Peuples primitifs de thalle, Uepuis Gaton jufqu à iiolis, les Savans ont fait les plus grandes recherches fur YOrlgîne des Peuples primitifs de tltalie\ mais le voile obfcur,que le temps a répandu fur les premiers ?i^ç,^ de cette Contrée , n’a pas permis de pénétrer- jufqu a la Vérité. Elle eft d’autant plus cachée pour nous, que nous avons perdu le Livre des Origines qu avoir écrit Caton, Denys d’Halicarnafle, après lui, so.^ occupé, pendant vingt-deux ans, fous Jules-Céfar, de toutes les Archives de Rome : il a confulté les Ecrivains les plus exafts^mais il fuffit de lire fon premier ZzVre^poiiç êfire convaincu que ce laborieux Auteur ne côhnoiffpitp^s mieux que nous la première origine des Italiens. Ceft cependant TAuteur le plus important que nous ayons à cet égard.

Il dit, dans un Paffage, que les Sicules furent les premiers Barbares qui vinrent en Italie : mais , parlant après cela de Tunion des Pélaf^es avec les Aborigènes, il donne à entendre que

ceiix-cî font les plus anciens. Ceft ainfi que Pline dit, Liv. III. Ch. XIK^ que les Umbres furent les Peuples primitifs qui échappèrent à rinondation; mais ailleurs, plaçant, félon Tordr^ des temps, les anciens Peuples, il met en tête les Aborigènes , enfuite les Pélafges, les Arcadiens , les Sicules , les Arunces , les Rutulcs. Stra-bon donne auiîi la qualité dlndigènes tantôt aux Sabins , tant aux Aborigènes : mais Servius la donne aux Pélafges.

Dire que les Aborigènes furent les premiers, c’efl dire que les premiers furent les premiers : car Aborigène , Indigène , Autochthone ne fignifient pas autre chofe que les premiers Habitans dun pays , & qui ne font ( i ) pas venus d’ailleurs.

Quelle étoit donc cette Nation qu’on a connue dans THiftoire fous le nom à’Abori^ gènes? De quel côté du Globe étoit-elle vernie en Italie? Ceft ce qu’on n’a pas encore pu déterminer, & ce qui probablement ne fe connoîtra jamais. Il y a quarante ans , on ne voyoit que des Etrufques en Italie^ enfuite on regarda les Lydiens, les Cananéens, les uns après les autres, comme les ancêtres des Tyrrhéniens, Le P. Bardetti , trouva les Celtes parmi les pre- (i) Voyez Note , pag. 274 , de ce Volume. T, B b iv

“içi L É T T n E s mïers Habitans de cette Contrée, &: les fit defcendre de Gomer. Voyez Ongincs des Ligures^pag, 33. M.Tonfo préfèreMagog. Bochart .croyoit que ritalie étoit indiquée par ^‘A/m/7z , dans le XQxiQ de Moyfe.

Mais laifTons-là Gomer & Magog. Réfléchiffons que les Juifs ont appelle Khïttïm , Cutïïm , Golm tous les Peuples qui ne tenoient pas au Corps de leur Nation, & n’en fuivoient pas les Ufages Religieux. Ceft dans ce même fens que tous les autres Peuples étoient des Barbares pour les Grecs; comme les Turcs appellent les autres Nations Giaiirs, D’autres, par la même raifon , nont vu fous !e nom de^(i) Khittim que les Samaritains ; d’autres les Grecs; un autre la Médie; celui ci laMacédoine , celui-là les îles , de l’Archipel. Sx cependant on prouvoit que les Samaritains font venus en Italie , le nom . de Khittim conviendroit d’autant mieux à cette Contrée 5 que les Samaritains ont été les pre- .., miers que les^ Juifs ont défignés fous cette dénomination injurieufe. Donati a cru pouvoir . prouver que l’écriture Etrufque reffembloit, ^ pr> ne peut davantage, aux caradères Samari- »(i) D’autres ont vu les Gétes fous ce noms ils ont même fuppofé Maklttim , pour retrouver Macetin , la grande Gétie. Quant à Magog ^ il ne fîgnifîe ^ue grande Montagne , comme Gomer j haute limite, T. • . ^ ’

taîns , par la comparaifon qu il en a faîte avec un ancien Manufcrit Samaritain du Vatican.

On a encore fait plus de recherches, ces dernières années -ci fur YOrigine des Peuples de tItalie : mais , comme nous ne voulons pas nous enfoncer dans toutes ces difcuffions trop minutieufes, nous Jes laifferons de côté pour d’autres Ouvrages eftimables , tels que ceux du P. Bardetti , de M. Guarnani , du P. Ferrari , du P. Capfonij du Comte Filiafi, qui s’eft occupé àQS anciens Vénitiens; & nous-nous contenterons de donner une idée précife de Topinion de Fréret , ce célèbre Académicien François. Cette opinion qui a paru nouvelle ( d’ailleurs elle avoir le mérite d’être celle d’un Etranger) a été mife dans un plus grand jour par deux Littérateurs Piémontois , M. l’Avocat Durandi & M. Alexandre Tonfo.

En examinant cette hypothèfe, je n’ai d’autre but que d’appuyer celle que j’ai propofée fur les Atlantides , qui ont le droit de priorité fur tous ’ les Peuples qui font venus en Italie. Je fais que mon opinion n’a pas plu à M. Tonfo : mais mes preuves ultérieures fe trouveront dans les objeûions mêmes qu’on peut faire contre toutes les hypothèfes pofîibles. En effet, déterminer fans réplique quel a été le premier Peuple de -l’Italie, eil je genfe, pour tous les Savans,un problême auffi difficile à refondre , que de

394 Lettres prouver lequel a été U prcmUr de tœuf ou de, la poule y problème propofé dans (i) Macrobe.

Fréret , qui s’eil tant occupé de rorigîne des Peuples , & avec la plus grande érudition , n’a pas voulu omettre Tltalie. Il a donc pré- ‘^fenté , fur ce fujet , un Mémoire à l’Académie des Infcriptions, en 1753 , Tem. XVÎL pag. 72. 6* fuivanus, Fréret , ne voulant pas croire qu il y ait eu des Navigateurs avant la guerre de Troye , établit , pour bâfe de fon fyftême , que les Peuples qui habitèrent Tltalie y vinrent par terre dans les premiers âges ; les uns par les monts de la Carinthie , les autres par ceux des Rkétcs on des Grifons^ ou par ceux de Trente.

Les Grecs, félon lui , n’y paffèrent que les derniers. LeDuc Maciucca verroit avec peine qu’il n’y eût pas compté les Phéniciens ^ que ce Seigneur fait paroître fur les plages de Naples , même avant la guerre de Troye ; expliquant les lieux que nomment Homère & Hér fiode par l’Hébreu , qui n’a rien à faire avec le Phénicien; tandis que ces lieux (2) n’ont .eu leur nom ni de l’une ni de l’autre Langue- (i) Macrobe l’a pris dans les Sympof, de Plutarque. T. (z) Cela eft vrai. Mais l’Hébrea & le Phénicien font une.même Langue, & de iroifiéme ou quatrième déri- ., Tation. T. ^.,^v, . ;;j ^liiiij.i’G… _

Fréret obferve « qu’Hérodote place les Um~ » bres dans l’Illyrie , qui , félon lui , comprenoit » la Dalmatie , la Pannonie& la Mœfie ». Ainli , reconnoijLTant dans l’Illyrie les Liburnes les Siculotes & les Féncdes , il affûre que les lUyriens , divifés en ces trois Peuples , defcendirent par les monts de la Carinthie , & pénétrèrent par le Frioul en Italie. « Preuve , » dit-il , que les Liburnes furent les premiers , » c’efl: qu’ils fe réfugièrent dans le Royaume de » Napîes & dans la Pouille,oii ils, fe nom- » mèrent Pédicules , Appuies & Calabns , après » avoir été chaiTés par ceux qui vinrent à leur » fuite. » Les Sicules vinrent des confins de la Dalw matie , peuplèrent l’Umbrie , la Sabine & le 33 Latium. De-là, diftingués par le nom de » Srcules , ils fe jettèrent en Sicile ,1364 ans » avant notre ère. s – ^-c-x^^^ .. » Cependant les Ibères de l’Efpagne avoient » déjà pafle par l’Italie, pour s’emparer de cette » île , Fan 1500 avant cette même ère. Voilà » pourquoi Thucydide difoit que ^s Sicaniens » étoierit d’origine Efpagnole : ce que Séné- » que affûroit des Corfes. » Enfuite les Ligures , Celtes d’origine,& de la » Nation des Umbrcs, étoiQnt venus en Italie par ‘jj^ les Alpes deTrente , pour s’emparer des en- ”^^ 4^ Virons duPo. Paffant au-3e-làdeTAppenin, ils

396 Lettres » » fondèrent Rinrini& Ravenne. Après diverfei » guerres qu’ils eurent avec les Etrufques, ils » fe fixèrent dans cette Province _, qui en retint y> le nom à’Umbrie», 11 cite un Paffage de Plutarque, pour prouver l’origine des Umbres; & dit, d’après cet Ecrivain : « Que les Cimbres » étant arrivés , réunis à trente mille HeLvétkns , » ceux-ci crièrent Ambrones;& qu’on reconnut » qu’ils étoient demême origine que les Ligures » mentionnés ». Il fuffit de lire les réflexions que fait M. Guarnacci , dans (qs Origines Italiennes , Liv, I, Ch, IF, , pour favoir à combien de difficultés cette opinion peut-être expofée.

Quoi qu’il en foit, Fréret ajoute que «Llygour^ » en Langue Celtique , fignifie homme de mer , » & que les Bretons de l’Armorique appellent » encore les Anglois Llegyr, » Ainfi les Umbres trouvèrent en Italie les >> Illyriens& les Ibères : mais ilsy vinrent avant » les Pélafges^JEnotrcs », Enfuite il attaqueDenys d’HalicarnafTe , « félon lequel iEnotre vint ^ en Italie avec les Arcadiens , dix- fept géné- >> rations avant la guerre de Troye : vu que les » Arcadiens n’avoient pas encore de vaifTeaux. » Il ne veut pas que les Pélafges foient partis , » par mer ,‘du Péloponnèfe& de l’Epire ,comme » le dit le même Hiflorien,& qu’accueillis d’une » tempête , ils ayent été jettes aux embou- » churesdu Pô ,où ils bâtirent Spina : qu’enfuite

» ces Pélafges , ayant franchi TApenin , ils fe » foient réunis aux Aborigènes , & ayent chaflé yf les Sicules. Selon lui, ces Peuples ne font » pas partis de-là avant l’arrivée de Cadmus en » Grèce , parce qu’ils ont apporté (i) avec » eux Tufage des facrifîces humains ; ufagcs , » dit-il, qui ne fût introduit en Grèce , » que par les Phéniciens qui y vinrent avec » Cadmus.

Paffant enfuite auxEtrufques , il ne veut pas « que , félon Hérodote , ils foient venus de » Lydie. Il remarque que ce Peuple , ayant eu » auffi le nom de Rasènes , on doit les recon- » noître pour des Rhétes ^ venus de Tautre côté » des Alpes. Selon lui , ils chaffèrent d’abord les h Umbrcs , s’arrêtèrent dans les environs du Pô , » d’où ils envoyèrent des Colonies en Tofcane, » 992 ans avant notre ère; car il trouve cette » époque par le calcul qu’il fait fur les huit » fiécles dont parlent Varron & Cenforinus ».

Ceft,fans doute, l’amour de la Nouveauté qui a porté M. Durandi à développer & fimplifier en même temps l’opinion de Fréret, dans l’Ouvrage qu’il a publié fous le titre d’Ejfaifur les anciens Peuples d^Italie. (i) Toute l’Italie, comme les autres Nations, a immolé des vidimes humaines, fai;s çxce^tei: les Etruftjués ou Tofcans. T.

39? Lettres Il a auffi vu rillyrie comme la foiirce de tous nos Ancêtres , en excluant cependant les Ibères , que Fréret admet comme ayant pénétré par la Ligurie. Guidé par le Llv, IF. d’Hérodote^ où cet Hiftorien dit quil fort du Pays des Umbres deux rivières qui fe déchargent dans le Danube, favoir le Carpls, &, plus au Nord, YAlpis , il fixe les Umbres dans Tlllyrie. Cenfurant enfuite les Géographes qui n’ont pu rcconnoître ces deux rivières , il aflïïre que le Carpis eft celui que nous appelions Kulpa^ & Xâlpls la Save. Ceil dans ces limites qu’il détermine le berceau des Peuples qui vinrent , par XOcra& les monts de la Carinthie , fe pro-pager dans l’Italie , c’eft-à-dire les Scythes , fous les noms de Celtes , Illyriens , Umbres^ SlcuUs; voilà, feîon lui, nos Habitans primitifs, Autochthones ou Aborigènes.

Je ne fuivrai pas M. Durandi dans fes laborieufes recherches concernant les Tribus Iliyriennes ou Celtiques , qui vinrent plus tôt ou plus tard , ou relativement au pays dont elles s’emparèrent. Mais je ferai obferver que, félon lui, les lapides étoient aufîi Illyriens, parce qu’ils étaient de ces lapides qui s’étoient répandus au tour de l’IUrie jufqu’au golfe Flanatique ou QuarnaTo. Il reconnoît encore pour Illyriens les Llhurms , qui palTèrent de la Liburnie en Italie , les Sicules , que Pline

SUR l’AM i R I Q U E, 399 trouve dans la Dalmatie , fous le nom de Siculotes, On ne peut lui refufer d’avoir détaillé, avec beaucoup de fagacité , les différentes branches de ces Umbres ou Celtes-Illyriens. Savoir les Ligures , les Satins , les Opiques , les Plcéniens , les FcjUns , les Marfis , les Pnntans , les Sam^ nues , les Brutuns , & plufieurs autres anciens Peuples. Il compte aufîi parmi ce grand nombre dlllyriens les Euganécs^ parce qu’ils étoient de la Tribu de Ligures, de même que les Habitans de Stonos (i),oii fe réfugièrent les Euganées ^ chaffés par les Vénétes. Mais les Vénétes font encore lllyriens pour M. Durandi , fans compter les (2) Sarmates. Ainfi les anciens (i) Aujourd’hui Stenega y dans le Padouan. T. (i) Il auroit parlé plus exadement , en faifant del% cendre les Hénétes & les lllyriens des Sa’rmates, dont une partie s’étoit jettée parTIbérie , 1*Albanie, jufques dans Î3 Paphlagonie, fous le nom d’Hénétes, d’où font venus les mots î^enétes, Veneti ^ nom des Slaves oiiTf^endcs. Lts Hénétes n’étoient pas feulemeat en Paphîagonie : les autres Sarmates Européens confervèreW toujours ce nom , & prnent en outre celui de Slaw, qui fignifie NohU. Une partie de cette grande Nation s’étoit donc jettée du côté du golfe de Venife, fous le nom à’HénéteSy dans les Lagunes qui , avant la révolution du Globe , avoient été les Marais , occupés par les Aones , comme l’indique leur nom. D’autres Slaves ou Hénétes ouWénétes, W^endis ys’y

‘400 Lettres Vénétes pouvoient fe dire lllynco – Ctlta*^ Sclavons ^ &c, &c.

Il s’occupe des Etrufques dans fa féconde Partk , & s’accorde , à cet égard , avec Fréret, excepté feulement à Tégard de l’arrivée des SicuUs en Sicile , qu il ^xq à trois fiécles , avant que les Etrufques vinffent en Tofcane. réunirent vers la fin du fixiéme fîécle , & s’y fixèrent en payant un tribut aux Ducs de Frioul. Peu après ils eurent leurs propres Ducs : tandis que Samo , devenu Chef des Slaves-Moraves , battoit les Huns , & enfuite les Francs , eu bataille rangée , du temps de Dagobert. Ce Samo étoit auparavant Marchand. Ce fut lui qui fixa une partie des Wénétes , où Hénétes Européens , en Bohême.

J’en parle , parce que ce grand Capitaine eft prefque oublié par les Hiftoriens modernes. Voyez la Dijfertation Ailemandc de M. Pelzel, dans le Journal de Bûftême de M. de Born , Hubner , Di^. Geogr. Allemand, aux mots Wenden & SoRABEN, & Dijjcrt. Latine fur les Slaves, à la fin des Difcours de Lancifius. On eft étonné de l’im-.’ menfe étendue de cette Nation des Slaves, qui, fous le nom de Macédoniens , renversèrent le Trône des Perfes, Bochart a cru trouver les Sarmates da.n% S^char-MaJai , rejle des Mèdes ; mais Sarmate ou mieux Sauromate, ne défigne qu’une Nation ou diftinguée par la couleur de fes cheveux xaur ou. faur y de cjuleur blonde foncée parleras & mate , homme aflbcié : ou par fes armes, faur-mate^ gens-de-lance. Ce font les Ancêtres des premiers Peuples de la Germanie. Lcibnitz retrouvoit toutes les racines des mots Allemands dans l’Efclavon, T.

Il prétend aiTez fingulièrement que (i) les Etriirqiies étoient difFerens des Tyrrhèniens^xQ’ gardant ceux-cicomme Pélafges, lefqiiels fe nommoient TyrrhénUns, Or ces Pélaiges ibnt pour lui Celtes ou Scythes j comme les autres.

Si jamais THiftoire peut être réduite etî fyftême , afïïirément M. Durandi a la gloire de ravoir fait avec beaucoup d’efprit. 11 a même jette un grand jour fur les traditions obfcures, dans lefquelles on reconnoiffoit à peine la pofition & 1 état des anciens Peuples ( I ) C’eft ce que je crois aufïî fans fingularité. Le fnot Tyrrhènicn n’a d’abord défigné que les Peuples de l’Italie , pace qu’ils étoient fixés dans les montagnes.

L’Italie n’a même été connue des premiers Peuples que par des noms qui fignifient montagne, Tyr^Ital, Apert ou Pcn : Satura , montagne , félon Diodore. Stor lignifie efcarpé , roidc , dans le Nord. Le Chef des’^‘Atlantides qui y paCsèrent, en prit le nom de Saturne. On l’a fait fils de l’Océan & de Téthys : cela devoit être , puifqu il venoit d’une île. Pelaf^e fignifie aullî Montagnard. Hérodote a confondu deux Peuples , en difant Tyrrhêniens-Pélafges.

Les premiers étoient en Italie , les féconds dans les monts qui fe trouvoient entre’ le Danube & l’extrémité Méridionale de la Morée. Mais , dans l’origine , ils n’eurent rien de commun. C’eft faute de connoître le vrac fens des mots , que les Grecs & les Modernes ont fi fort embrouillé les émigrations des Tyrrhéniens & des Pélafo-es.

L’Italie fut appellée Tyrrkénie , comme la Grèce Pélafgie, c’eft-à-dire Pays des Montagnes. T.

402 Lettres de ritalie , àes Ultramontains & particulièrement des Gaules.

Je ne m’arrêterai pas à ce que M. Alexandre Tonfo répète concernant THIyrie; l’arrivée àes Scythes ou Celtes & lUyriens, par les Alpes de la Carinthie; ^e rorigine des Ligures, 1784: je rappellerai feulement que , félon lui , les trois grandesContrées Occidentales de TEurope, favoir l’Italie , la Gaule & rEfpagne ont été peuplées par les Ligures. Ainfi, pour réfumer, voici à quoi fe réduifenr les opinions de MM. Fréret , Durandi & Tonib : 1° L’IUyrie , trois fiécles avant Troie , cornprenoit la Liburnie , la lapidie , la Dalmatie , la Croatie , la Pannonie , la Mœlie, &c. 2^ S^lon Hérodote ^ les Umbres ou Scythes fe confondirent en corps de Nation avec les lllyriens , & font venus en Italie , divifés en plufieurs Tribus , par les Alpes de la Carinthie. 3*^ Les Liburnes étoient lllyriens,& formèrent la Nation des Ligures , en venant de la Liburnie. 4^ Les lapiges étoient les mêmes que les lapides de riUyrie , comme le Sicules n étoient autres que les Siculous de la Dalmatie. c® Les Vénétes n’étoient qu’un mélange de Sarmates , de Sclavons & à’Umbrcs,

stjR l^Amérïque. 403 6° Les Etrufques n’étoient pas de la même , origine que les Tyrrhéniens., puifque ceux-ci’ étoient une branche des Umbres ou Scythes ou Iliyriens;& ceux-ci venoient des Pelafges.

Enfin ils pénétrèrent en Torcane,992 ans avant notre ère Après ce réfumé, je ferai quelques obfervations fur chaque article. l° Il eft vrai que les Anciens comprenoient certain nombre de Provinces , fous la dénomination générale d’Illyrie : cependant il n eft pas croyable que Hllyrie fût û étendue avant les Romains. « Les Romains , » dit Appien , entendent par le nom des Illy- » riens , les Pannoniens, les Rhétes, les Ncri- » ques, les Mifiens, qui font à la droite du » Danube : de forte qu’ils voulurent que , de- » puis la fource du Danube, jufquau Pont- » Euxin , ce fuffent les confins de Tlllyrie >k Voilà pourquoi Strabon commence la defcrip* tion de Hllyrie aux Rhétes & aux Vindellciens» Il eft fa(îile de voir que les Romains pouvoient bien réunir plufieurs Provinces fous un même nom , pour Tordre de TAdminiflrarion : mais jamais il n’a été en leur pouvoir de changer Torigine des Peuples,& de faire devenir lllyriens ceux qui ne Tétoient pas. Ils appel” lèrent Jllyrie toute la Partie Orientale de TEurope, fituée entre la mer Adriatique, la Grèce, leDanubejufqu à la mernoire. AprèsConftantin, C c ij

]404 Lettres on ladivifa en Orientale & Occidentale : la première appartenoit à l’Empire de Conftantinople , la féconde à Fltalie.

Sextus Rufus & la Notice de TEmpire , font voir qu’on y comprenoit dix-fept grandes Provinces 5 parmi lefqiielles on comptoit Tîle de Crète , aujourd’hui Candie. Voilà pourquoi les Ecrivains les déiignent tantôt par leurs noms particuliers , tantôt comme lUyriennes. Ceit ainii que Dion & V. Patercule appellent guerre Pannonlquc & Dalmatienne^ celle que Tibère fit dans ces deux parties; tandis que Suétone la déiigne comme Guerre d’Illyrie, Mais rillyrie n’étoit pas telle dans les premiers âges;& Ion ne peut pas abfolument prétendre, avec fondement, que les lilyriens exiftaffent comme tels avant la guerre de Troye , parce quon ignore Fépoque à laquelle ils fe révoltèrent , & fe détachèrent des Macédo^ niens.

L’Illyrie n étoit , pour ainfi dire ,•qu’un petit territoire enclavé entre la Macédoine & la Dalmatie , fous le régne de Plaurate. Jean Lucius en fixe ainli les premières limites dans fon Ouvrage , intitulé de Regno Dalmat, , Liv. L , Ch, IL « Il eil certain que ce Royaume com- » mença aux monts Cérauniens , ayant à fO- »» rient la Macédoine , à l’Occident les Liburnes, » au Nord la Pannonie ». 11 confinoit à la Dal- N

matîe , & non aux Liburnes , du côté de FOccident , à moins quon ne Tentende des îles.

Agron, dit Polybe, fut plus puiffant que les Rois fes prédécefleurs ; cependant il mourut laîffant fon Royaume borné à refpace qui s’étend entre Ragufe & le fleuve Drino , où commençoit précifément la Macédoine. Voilà pourquoi les Romains , faifant la paix avec Teuta, voulurent que les lUyriens ne paffaffent pas au-de-là de (i) Liffus , avec plus de deux petites barques, chaque fois. LaCapitale étoit Riione , fituée dans le golphe de Cattaro , & au milieu même du Royaume dlllyrie. ^.

On voit , bien clairement , le peu d’étendue de ce Royaume dans la Deferipùon que Polybenous a laifTée de laguerre que lesRomains firent à Teuta , femme d’Agron , & tutrice de Pinne, fon fils. Strabon féparoit de llllyrie la Macédoine , la Dalmatie& TEpire. 2° Quant à l’autorité d’Hérodote , il efl évident 5 par fes détails , qu’il ne connoifToit pas l’Europe : car il n’auroit pas dit que Fifler ou le Danube commençoit à (2.) Fiiem , chei (i) Lljfus , ancîerme ville de Macédoine, entre Epiiaure 8c Aulone. T. (z) L’erreur d’Hérodote a pour bâfe une vérité ©bfcurcie chez les Grecs. On y avoit Tu que le Dà^ C c iij

‘4o6 Lettrés les Celtes _, aii-de-là des Colonnes d’Hercule, & partageoit TEurope par le milieu. Ainfi ce qu’il dit du cours des rivières , dont parle M. Durandi, ne peut fervir à rien établir de certain.

Si nous coniidérons l’état dans lequel devoit être ritalie avant l’arrivée de ces Scythes que nos Littérateurs appellent Umbrus , nous ne pouvons la voir que comme une fcène d’horreurs , plus capable de détourner ceux qui vouloient y entrer , que de les attirer par fa fertilité. En effet tous ces Emigrans ne cherchoient que du pain, ou les moyens quelconques de vivre. Mais un pays couverts de monts énormes ,& prolongés dans fon étendue, fubmergé de tous côtés par des fleuves qui n’avoient pas encore de lit fixe, des Lagunes fans nombre , hériffé de bois dans les lieux par où l’on pouvoit fe frayer un chemin , repaire de loups , de fangîicrs, d’ours; fecouérdâns prefque toutes ïcs parties par des tiemblemens de nube fortoit d’un mont que B. Pvhenanus appelle Brénner, en Grec Pyrdn , &: que Pline nomme Pyrcnéus , le plaçant en Germanie. Aridote fuivoit la même tradion. Quant jàux Colonnes d’Hercule, on voit qu’Hérodote, plaçant Jes fources du Danube dans les Pyrénées , devoit tomber dans une féconde erreur : mais il avoue ne pas connoure l’extrémité de l’Europe. T.

^UR i’Amerique: 407 terre, déchiré par des volcans , dont les cendres^ les laves , les balaltes , les cratères atteftent lexiftence depuis Padoiie jiifque dans les Provinces les plus reculées duRoyaume déNaples; un tel pays, dis-je, pouvoit-il faire efpérer des aliments à des Peuples affamés qui demandoient fur-le-champ du pain, ou des vivres quelconques.’ D’ailleurs quelle raifon ces Peuples auroient-ils eue de quitter leur pays pour aller fe jetter dans une partie déferte de l’Europe, Se. qu’ils ne connoifîbient pas, à cette ancienne époque ? Cette réflexion préfente une objedion encore plus forte, fi nous remontons au temps de Japhet,’ fils de Noé , avec ces Hiiloriens. En effet il ne s’agit plus d’une Nation qui auroit entrepris ce voyage , mais d’une famille à qui jamais il ne pouvoir venir l’idée de paffer du centre de l’Afie en Italie; pays dont l’exiftence ne fut fans doute connu des Afiatiques qu’à des temps très-poftérieurs. Il eft bien aifé de dire : « Les w Scyhtes , Celtes^ Hébmux ^ &c,furent lespremiers y^ qui peuplèrent tItalie ». Ceft im voyage fait en deux lignes. Mais comment auroient pu y vivre deux grandes Nations avant que la culture y eût été fort avancée, & que le terrein eût payé la peine de l’Agricole?

Ils vinrent, dit-on, par les Alpes de la Cafinthie: mais pourquoi ne fe font-ils pas arrêtés dans le Frioul? Or ils ne s’y font pas arrêtés, C c iv

4o8 Lettres comme le prouve rexcufe que les Gaulois firent au Sénat Romain. Ces Gaulois étoient defcendus de ces mêmes Alpes,& y avoient élevé une Forterefle fur un territoire, qui fut enfuite celui d’Aquilée. Or , félon Tite-Live , Liv. Xy.

Ch, IL , ils n élevèrent là ce Fort que parce qu ils virent cette Contrée déferte _, & qu ainii ils avoient cru ne faire tort à perfonne.

Il n eft pas concevable que , dans Tordre des ^çhofeSjdes Peuples abandonnant la Pannonie , ayent pris leur route à travers des monts incultes, (au lieu de tourner du côté de la Grèce ) pour entrer ènfuite dans un pays encore plus inculte & inconnu. On ne peut donc fe perfuader que les Scythes ^ayent préféré l’Italie à la Hongrie , fi auparavant on ne leur accorde la connoiflance des paffages prefque impraticables , par lefqueîs ils dévoient tranfporter en même temps avec eux tous les vivres néceffaires , puifqu’il étoit impoffible qu ils en trouvafTent dans les monts qu’ils avoient àtraverfer: mais portoient-ils avec eux des vivres?Où les auroient-ils pris? Il eft vrai que des Peuples chafTeurs n ont befoin que de leurs armes pour vivre fans attendre de récolte ; fur-tout les Scythes qui tranfportoient leurs familles fur des chariots : ils n avoient même pas d’autre habitation. Mais oii chafTer en Italie , puifqu’à ces premières époques les tremblemens de

terre continuels, les volcans brûlants prefqiie de toutes parts , les torrens qui balayoient le plat pays, fans fuivre encore de cours, les lacs, les lagunes , les marais impraticables les auroient arrêtés. D’ailleurs les Liburnes qu on dit être venus les premiers en Italie , habitoient les îles fertiles de la mer Adriatique, où ils pouvoient vivre de la pêche , mais non être chaffeurs. 3° Cependant ces Liburnes, qu’on croit être de la Nation des Umbres ,& les premiers qui ont mis le pied en Italie, étoient-ils d’abord dans la Liburnie, entre riftrie & la Dalmatie, où ils fe trouvèrent du temps des Romains?

S’ils étoient dans ces îles fertiles, baignées d’une mer très-poiflbnneufe,pouvoient-ils fe refondre à les quitter, pour aller chercher une ‘/ie plus heiireufe en Italie, contrée abfolument déferte, & telle que nous vehons de le voir. Mais leurs îles leur auroient fourni.tous les produits qu’ils auroient efpérés ailleurs. En fuppofant qu’ils ayent fait ce voyage , ils n’avoient qu’une mer étroite à traverfer, fans faire un détour de deuxcents milles pour déboucher par les Alpes du Frioul,à travers des monts fiériles &efcarpés, qui leur auroient oppofé tant de précipices.

Pour moi, j’avoue que je ne comprends pas ce voyage. Strabon obferve très-bien que l’es .

Peuples ne deviennent émigrans que dans le cas où des voifins lès refoulent plus loin? Or

4IO Lettres quel Peuple auroit alors chafle les Lîburnes cle leur demeure , & les auroit obligé de prendre leur route par le long détour des montagnes?

On fait cependant que les Umbres les cliafsèrent des plages de l’Italie, qui regardent la mer Adriatique ,doù Ton peut conclure, avec Lucius, qu’ils paffèrent de Tltalie aux îles oppofées. En effet Théopompé , cité par Scimnus de Chio, dit que les îles Liburnides & Abfyr-^ lides commencent où la mer Adriatique fe joint avec la mer loniène.

Les Liburniens, dit Strabon (l), furent à Corfou, jufqu au temps de Cherficrate , qui les en chaffa, & s’empara de cette île. Forcés de quitter cette demeure, ils paffèrent plus loin, C*eft pourquoi Appien , parlant d’Epidamne , aujourd’hui Durazzo, dit « Les Phrygiens y den meurèrent les premiers , enfuite les Taulantcs & , après eux , les Liburnes. Ceux – ci s’emparèrent des îles qui font au-deffus. Les lllyriens, devenant plus puiffants, les inquiétèrent; & ce fut alors que ces Liburnes firent une ligue avant Denys de Syracufe, à qui ils cédèrent deux îles , celles d’iffus & de Phare , où la flotte de Syracufe fe tint en flation. r • r; .

Enfin on peut dire, pour réfumer, que les (i) Strabon , Liv* VL , à rarticle de la Sicile. T.

SUR t’AMÉRiOuË.’ 4^t Lîburnîens payèrent des bords de Tltalle dans les lies de la mer Adriatique ; & qu’ayant été chaiïés par des Peuples plus puifTans , ils fe retirèrent dans le golfe de Quamaro, Ceft dans cette opinion que Virgile a dit:

Intima tutus Régna Liburnorum, … . . Enid. Lïv. I.

Guarnacci a foutenu , avec beaucoup de vrailemblance, cette opinion que j’avois propofée dans le quatrième Livre de mon Ouvrage fur les Argonautes ; & il fait voir que les Liburnes étoient Tyrrhéniens, c’efl-à-dire àes premiers Peuples originaires de lltalie , qui palTèrent dans les îles de la mer Adriatique. 4^ Les lapides ou /^/7<?^c5 confinoient aux Liburnes. Pluiieurs Savans ont cru devoir en conclure que les lapiges dltalie leur dévoient leur origine. Mais Hérodote penfoit différemment. Il dit que les Cretois , ayant fait d’inutiles tentatives en Sicile pour s’emparer de la ville de Céramique , fe rembarquèrent ; qu’accueillis d’une tempête, ils abordèrent en Italie, oii ils bâtirent la ville dlria, & furent enfuite nommés lapiges-Mcjfapes. Athénée, Liv, XII^ Ch, y.^ qui les fait originaires de Crète , ajoute qu’ils dégénérèrent tellement, qu’à la fin ilsporûrtnt perruque. Si donc les lapiges font originaires de Crète , ce dont Pline femble auffi

412 Lettres convenir j Llv, III, Ch. XL , qu’avoîent-ils de commun avec les lapides , qui ne font pas venus de Crète , & qui n’ont jamais porté perruque.

Quant aux Slculotcs , dont Pline feul a parlé , les plaçant fur les limites méridionales de la Dalmatie , tout ce que nous en favons c’efl: qu’ils étoient divifés en vingt-quatre Décuries.

Les Sicules qui fe trouvent aduellement en Tranfylvanie , peuvent être regardés comme les Defcendans des Colonies que Trajan plaça dans Tune & l’autreDacie ;& l’on doit en dire autant des Peuplades Latines ou Romaines qui y font encore. 5® Mais arrêtons -nous un inftant fur l’article des Vénitcs, Nos Littérateurs en ont fait un mélange de Sarmates ou d’Efclavons& jdHUmbrcs^, On pourroit dire , avec Paul Diacre , I/V. II.

Ch. VI. & XXFI., qu’Alboin fut le premier qui amena les Sarmates& autres Barbares dans ces Provinces-ci. S. Grégoire parle de l’irruption que les Slaves firent en Iflrie , Liv. VIII.

Epijl» XXXVL Ils s’y fixèrent enfuite par le moyen du Duc Jean , au commencement (i) du IX^ fiécle , comme on le voit par les Ajjifes , (i) On a vu , par ce que j’ai dit ci-devant , que les Slaves étoient fixés où le dit M. Carli, avant le IX^ fiécle.

Les mots Carinthie 6c Croatie font de leur Langue, & figni-

SVR l’Amérique. 413 que les MiJJl ou Légats de Charlemagne tinrent dans cette Province. La Dalmatie fut enfuite envahie par les Avares & les Slaves , du temps de l’Empereur Héraclius , comme nous rapprenons de Porphyrogénéte. Il nous montre aufîi que les Sarmates& les Croates étoient la même Nation. ’ Les Sarmates , que les Grecs appellèrent Sawromans , demeuroient au pied du Caucafe , audeffus de la Colchide. Ces Peuples paflerent en Europe , &: s’arrêtèrent d’abord au Danube , audeffous des Glus , ArrUs & autres Barbares.

Enfin ils fe portèrent jufque dans la Pologne, la Croatie , la Dalmatie , &c: Il feroit donc difficile de prouver qu’ils fuffent venus en Italie avant la guerre de Troye, & que, s’étant réunis avec les Umbres , ils ayent été les Ancêtres des Vénétes.

Ainii c’eft l’efprit de nouveauté qui feul a déterminé les Ecrivains que j*ai cités , à renoncer à un Peuple Afiatique, favoir lesPaphlagoniens, parmi lefquels on trouve les^<2W/é5,pouradmettre un autre Peuple Afiatique , favoir lesScythes & les Sarmates, qui n’ont aucun rapport^pour le fient *ipays de montagnes. Ceux de Bohême ont aufTi appelle leurs montagnes Carinthie : voilà pourquoi on les trouve nommés , en Latin , Quarantani dans quelques Ecrivains des âges obrcurs. Voyez,M. Pelzel, cicé. 1^,

414 L E T f R E 5 nom avec les Vénétes ,& dont les émigrations n’ont eu lieu que plufieurs iiécles après.

La Paphlagonie , qui commençoit au fleuve Bilis , étoit une Province qui confinoit au Pont- Euxin. La Sarmatie étoit à la partie Orientale : de forte qu’en mettant dans une jufte balance rhypothèfe des Modernes , avec lopinion de Caton,deNcpos, de Pline, de Tite-Live, enfin de toute l’Antiquité , je me range du parti des Anciens, & je dis que j’aime mieux être (l) Paphlagonien que Scythe. 6° Mais que dirons-nous des Etrufques arrivés en Italie par les Alpes Grifonnes , & païTant en Tofcane, 992 ans avant J. C. ? On les fait différens des Tyrrhéniens & Pélafges.

LesPélafges, arrivés en Italie, bâtirent Spina, aux embouchures du Pô, Etant pafTés en Umbrie^ ils fe réunirent aux Aborigènes, & chafTèrent les Sicules. Commerçant enfuite avec les Tyrrhéniens , ils devinrent de grands marins : érant retournés en Grèce , ils furent appelles Tyrrhéniens du nom du pays qu’ils quîjttoient : ce que je dis , ajoute Denys d’HalicarnafTe, afin que perfonne ne s’étonne de voir les Poètes& les Hiiloriens nommer quelquefois Tyrrhéniens les Pélafges. (i) Les Paphlagoniens étoient Sarmates. Voyez ce ^uc }‘ai dit ci-devant, T.

Ces Tyrrhéniens n’étoient donc pas Pélafges; ainfi nos Ecrivains modernes font tombés dans la méprife que cet Hiftorien voiiloit faire éviter à fes Contemporains. Mais fi Ton veut absolument nier larrivée des Pélafges en Italie , à une époque fi reculée , avant la guerre de;

Troye , il faudra dire , avec M. Guarnacci , que les Tyrrhéniens, ayant pafTé d’Italie en Grèce, ont eu le nom de Pélafges ou Pélargcs^ de leurs courfes vagabondes : ce fera pour lors une Colonie de plus qui aura pafTé dltalié en Grèce & en Crète , oii Homère les rappelle fous le nom de Divins Pélafges, M. Guarnacci les fait enfiiite retourner en Italie , fous la conduite d’Evandre. Il faut lire TOuvrage même de notre dode Ecrivain , Liv. IL , pour voir les preuves qu’il donne du paffage des Etrufques ou Tyrrhéniens en Grèce , où ils habitèrent Lesbos , Inibros, Lemnos , Athènes , Sparte , &c. , & où ils prirent le nom de Péla/gcs ^ avec lequel ils revinrent en Italie. Or ces Tyrrhéniens (i) étoient précifément les Etrufques; Se jamais aucun Auteur , ni ancien ni moderne , n’en a douté. Les Tyrrhéniens , dit Strabon , font appelles Tufques & Etrufques par les Romains. D’un autre côté, jamais on n’a regardé les Etrufques comme une Horde de Tartares , c’efl-à-dire comm.e Celtes , Scythes , Illyrlcns, (i) Oui, dans un âge déjà éloigné de la révolution. T.

‘4^6 Lettres On a tant écrit fur les Etrufqiies, qu’il feroit abfurde de vouloir répéter ici ce qu’on en a dit.

Il eft certain qu’ils différoient de tous les autres Peuples Barbares, Celtes, Scythes, &c. par les U(âges y les Loix , les Rits Religieux, la Langue, TEcriture. Les Etrufques, dii Denys d’Halicarnaffe , ne reffemblent à aucune Nation par la Langue , les Ufages : c’efl peut-être pour cette raifon qu’Hérodote dit que les Pélafgcs^ Tyrrhêniens parloient la Langue de Cortone , qu’on appelloit Barkare ou Etrangère , lorfqu’ils étoient difperfés dans la Grèce.

On fait que les Romains appellèrent des Prêtres Etrufques pour l’inauguration de leur ville 5 du Temple de Jupiter Capitolin , de leurs Egoûts publics & d’autres grands Ouvrages; qu’il apprirent d’eux à régler Tappareil& l’étiquette des habits relatifs aux diverfes dignités , &c. &c. (i) La jeuneffe étoit envoyée aux Ecoles des Etrufques, comme, par la fuite, on l’envoya à Marfeille & en Grèce.

La Peinture & la Sculpture y étoient déjà arrivées à un haut degré de perfeftion , à des époques très- anciennes. Pline parle de Peintures d’Ardée , beaucoup plus anciennes que Rome. (i) Il eft utile de lire ici ce que Bianchini a dit ^ ce fujet. Hiji, Univ. T… .-^- ,-^

SUR t’AMÊRIQUÊ. 4t7 Le Labyrinthe deC)u{iuni (l) fut regardécomme une merveille de FArt. Mais^ ce qui fait honneur à cette Matîon eft Tordre d’Architeifluré’ qu’on a nommé Tofcan, MafFée foupçônne, dans les Obfervat. Lhièr, Ton}» IV, pa^, 79 , que ce furent eux qui introduiUrent , entre les triglyphes, les têtes de taunauh. lespatères , d’après leurs Rits ReHgieux. Je crois Cette conjedlure bien fondée , parce que les Grecs laiffoient refpace vide entre Tan& l’autre triglyphe^» pour éclairer peut-être le Temple; ce qui fuppléoit à autant de fenêtres. Nous en avons une preuve dans XlphigénU en Tauride d’Euripide. Pilâde , montrant le Temple à Orefte dit : « Fois , par » L’efpace qui ejî entre les trigfyphes , comme on » appercoit ce qui cjî là-dedans ». D’autres ont traduit ce Paffage , comme s’il s’agifToit d’entrer par CCS vides, avec une échelle: d’autres Tout entendu de colonnes au lieu de triglyphes. Il eft vrai que ce Paflage eft obîcur,reri 113. Mais il me fufîit de remarquer qu’il y avoit un ’ ^e entre les trigh/phes, pourconclure^ avec Maiiee, que les Etrufques faifoient la frife maffive ,& fculptoient les patères & les têtes de bœufs au milieu.

Ces réflexions nous mènent naturellement à (i) Voyez Gori , à ce fujet , & ce que j’ai dir <lu tom-beau de Pciicna , dans le Vol. L T.

4i8 Lettres d’autres; & Ton peut dire que ce font le$’ Italiens (i) qui ont montré aux autres Peuples ^ même aux Grecs FArchiteûure ornée. En effet Hygin dit que ce fut PelaCge (2) qui, le premier, bâtit un Temple à Jupiier Olympien* Or Pélafge étoit Tyrrhénien ou Tof.an.

On peut dire la même chofe de la Mythologie ; car c’eil en Italie &: non ailleurs qu’on trouve Phlégra(3)&la bataille des Géans contre Jupiter , le Marais du Styx , les ChampS’ElyféeS , les Cimmériens, le P».oyaume de Pluton, le Rapt de Proferpine, les Eaux du Cocyte , du Phlégéton , &c. de même que Saturne, Jupiter, Pallas , Phaéton , Mars, &c. Je vis , en 1757, à Pife , une urne antique fur laquelle étoit repréfentée la fable de Polyphènie, ayant deux yeux : ce qui indique une époque (4) antérieure àHomère , ainfi mille ans au moins avant notre ère. (.. M. Carli a fans doute oublié ici ce qu’il avoit lu ùu.ns Athénée , Liv, V, T. (i) Selon Paufanias , ce feroit Deucalion. T. (3) D’autres traditions rappellent ici la ThefTalie , pays totalement volcanifé. Quant aux aurres fables ou per-for.na^eSjfans excepter Proferpine,on les retrouve originaires il’Eoypte : ce que je pourrois prouver. T. – (4) Une variété pourroit bien ne pas marquer une époque. On en a d’autres exemples. T.

Si c’étoit des Phéniciens que les Tyrrhéniens ^uiïent eu la connoiflance des Arts, & reçu leurs •Uîages , comme le fuppofent nos Littérateurs , les premiers qui auroient du tirer cet avantage de ces Afiatiques, auroient fans doute été Iqs Peuples de Tïtalie , avec qui ils pouvoient entretenir quelque communication, comme le^ habitans des bords de Formie, Gaëtev&c, Or ces bords étoient occupés par les Leprigons ^ Peuple groflier & même antropophage , félon Homère. Il efl vrai que Thucydide \qs place en Sicile, Liv, Vî ^ dans le voifinage (i) des Cyclopes 5& dit qu’il ne fçait pas d çii ijs font venus; mais il (e trompe» . ., Quoi qu il en foit des Phéniciens& des Leftrigons , fi les Etrufques étoient parvenus à un il haut degré dans les Arts & dans la civili-^ fation, avant Texiftence de Rome, c’eft-à-dire plus de mille ans avant notre ère, comment peut-on préfumer que,deux ûécles auparavant, ils ne fuffent que des Barbares, fans cnlture^ comme le furent toujours (2) les Celtes , les (i) Les Cyclopes & les Leftdgons, fils terribles de Neptune , étoient des Pirates , comme tous les Peuples Ma* ritimes. T. (x) Toujours eft un peu trop, ou il faut rcmontèf à une époque bien obfcure. Or peut-on dire quelque chofé de certain de l’inconnu \ Uu Peuple auquel CéfiWj é| D d ij

420 Lettres Scytes & les lllyriens? Quel rapport y a-t îl (Jonc entre les Etrufques & ces Barbares? On voit fur les Médailles des Errurques que les noms de leurs villes ont des finales différentes des noms Celtiques. Voici des définences Etrufques : F,ilatri ^ Juter ^ Capu ^ Icuvin^ Py^g^y Cere^ &c, quelle analogie y trouve-t-on avec les finales de noms fuivans: TaurijcLon , Scor^ difchon^ Bcrmîfchon ^ Arcobrigh , Burg^ Pergh , &c,} Quelles fcivnces, quels ornemens de dignité, quels fpe£tacles, quelles marques extérieures grandijjîme Brigand , enlève quatorze ou quinze millions <i’or , devoir avoir des Arts, & depuis iorg-tem.is. Nous voyons encore chez les Celres des Cités qui datent dé plus de deux mille ans, ou pouiroit dire trois mille fans erreur. Les murs de mon ancienne Cité font de cette date : à peine peut on eh arracher une pierre. Elle étoit afTez rpacieufe pour une grande Peuplade, D’ailleurs Cefar a trouvé des Etats bien policés & bien gouvernés chez les Celtes. Quant aux mots que M. Carli produit comme Tofcans ou Etrufques, jamais il n’y en eut de plus purs Celtiques pour lignifier ville ou hubi^atloa. Caere, Capitale de l’Etrurie , eft le Celtique Caér , ville 5 j’avoue qu’il m’étonne ici. Il a trouvé des Théâtres ou des Spedacles chez les Peuples les plus barbare^ , le plus bel ordre civil chez les Peuples du Pérou, d’od le luxe étoit banni. On ne peut donc en tirer aucune indudlion ni pour ni contrô les Celtes. Mais les Celtes étoient riches : or on n’eft pas,riche fans Arts. M. Carli voudra bien ne pas prendre mal ct$ courtes remarques d’un vrai Celte. Il doit coufiDÎtre h^ l/lbaneùies, T.

de luxe avoient les Celtes , qui vivoient ép^rs • dans de petites chaumières, fans forme de Cité , fans fyftême de Gouvernement ?

Dempfter a penfé que les Umbres n’étoient pas un Peuple différent des Etrufques; & il y a de bonnes raifons pour le croire. En ce cas , les UniBres ne feroient pas d*origine Celtique ou Scythe, mais Jhorigèncs\y comme le dit Pline , échappés à l’inondation de leur pays.

La différence qu’il y a entre mon opinion & celle de Dempfler , de Guarnacci& autres , c’eft que je me borne dans mes époques au Déluge d’Ogygès , ou à l’irruption de l’Océan ,& qu’eux remontent jufqu’au Déluge univerfel. J’en ai déjà parlé fuffifamment.

Ceiï au génie fupérieur des Etrufques qu’efl: du le rafinement& la politeffe de leurs Ufages-.

Les Phéniciens n avoient ni leurs Arts (ï), ni (i) Les Phéniciens qui ont bâti le temple de Salomon dévoient avoir porté les Arts à un de’gré que n’ont jamais , atteint les Etrufques. Ceux-ci ont eu de la délicateffe dans les delUns , du goût dans les formes , mais on n’y voit pas lexpre/Tion de la Nature. Ce font des figures bizares , qui tiennent beaucoup des idées Arabes , & femblent rappeller les Etrufques dans l’Orient. Si par Superflition M. Carli entend les Rits RUigieux fous lefquels les Etrufques cachoient leurs connoifTances phyfî- – ques , je crois que les Phéniciens , qui avoient été inftruics par l’Egypte , ne leur cédoient en rien à ctt égard. T^ D d ii]

411 Lettres îeirr Superilition. Les Etrurques’oiiTyrrliénïei» ont été nommés par Héiiode , comme céUbns^ illufircs. On croyoit, dans les temps les plus reculés, que lesEtrufques s’étoient étendus par toute ritalie : on leur a même attribué Tem-* . pire de la mer. Dicdore rapporte qu ils furent çn guerre contre les Carthaginois au fujet de la poffeiîîon d’une île de TOcéan. Apollonius feint qu’ils eurent aiiffi à combattre avec les Argonautes; mais uniquement à caufe de leur célé-^ brité. ils furent grands (l) pêcheurs de thon, ce qui leur fit donner le nom de Thonnojcope» Cette expérience dans la Marine , cfl encore une preuve qui démontre que les Etrufques n’étoient pas Scythes ou Celtes d’origine, c’eft^ à-dire iffus de Peuples qui ne fréquentoient pas la mer , & conféquemment ne pouvoient acquérir tant de célébrité à cet égard. Ainâ je ne faurois m’imaginer que les Etrufques nayent fixé leur habitation en Tofçane que quatre-vingts-dix ans environ avant Héfiode , & qu’ils ne fufTent que àQs Barbares. Au contraire , je vois qu’Héiiode , les faifant gouverner par le courageux Latinus , fils d’Ulyffe & de Circé , les rapporte à 1 1 50 ans avant notre ère.

Enfin il faut obferver que tous les Anciens (1) C’eft aux aux Phénkiens qu’Ariftote attribue Tin* Y^tion de cette pêclie^ T^

s’accordent à dire que les Etrufques de Toscane ont envoyé des ( i ) Colonies dans le Royaume deNaples, en de-çà de TAppennin, & fondé douze Villes , chaffant les Peuples qui s’étoient établis dans ces endroits. Voilà pour-» quoi Ton trouve difFérens monumens Etrufques dans les territoires de Padoue & de Véronne.

M. Guarnacci produit une monnoie fur laquelle on lit Patu, quil croit indiquer Padoue. On pourroit en inférer que les Euganées étoient de la Nation Etrufque , comme Mantoue & Adria.

Le même Ecrivain prétend prouver , par un grand appareil d’érudition , que les Etrufques, Tyrrhéniens , Umbres , Pélafges , ^nôtres , Aborigènes, Aufones étoient de la même origine & un même Peuple. Il remonte à îio’é & à Japhet , auquel il fait peupler tout TOccident ; trouvant lltalie dans Khétim , nom du fils de Javan , fils de Japhet. Bacchus (2) n efl. ( I ) Les Celtes ont fondé des Royaumes chez l’Efranger. T. (i) Ce Bacchus qu’on voulut aufîîtrouver dansMoyfe n’éi* toit que le F-ach Egyptien,qui fignifie Roi Se Soleil. Macrobê avoit bien raifon de foutenir cette opinion. LaifTons donc là Ncmrod Se fon Bar-chiis à Bocharc & à nos Kaiaites, Moyfe eût fans doute été bien, irrité de ces Métamorphofes , lui qui ne connoifToit que l’Auteur de la Nature pour objet de fes hommages. T.

414 Lettres pour lui que Nemrod. 11 lui donne une flotte avec laquelle il va combattre les Tyrrhéniens : d’où il conclut que Tltalie étoit très-peuplée, quatorze ans après le Déluge , & puiffante lùr mer.

Cependant il met en problème : « Si cette » étonnante population s’eft faite natiirelle- » ment ou par miracle ; ou fi le mocde eil » plus ancien qu il ne nous paroît ». Or il ne fauroit répondre à cette queftion qu’avec un njiracle, ou en faifant remonter la Chronologie plus haut, Obiervons que l’Ecriture ne nous préfente, à cet égard , aucun effet miraculeux ; mais elle nous fait voir que tout s’eil paiTé dans Fordre de la Nature. Ainfi , en admettant cet ordre , c’eft-à-dire qu’il naiffe trois ou quatre individus pour cent,& qu’il en meure à-peu-près autant, admettant néanmoins l’avantage d’un de reile fur les morts , par cent , il eft certain qu’en cent-cinquante ans il ne pouvoit fe trouver de deux perfonnes qu’environ trois- cents individus d’engendrés. Combien donc faudroit-il de fiécles pour produire ces millions qu’on fuppofe ?

Quoi qu’il en foit,M. Guarnaccî prend Noé pour la fouche àes Italiens, fous le nom de Janus y qui , félon lui , éîoit celui qu’on doit entendre, par Saturne. S’il eil vrai que Noé ,

SUR l’AM É R I Q U E. 425 Japhet, Javan vinrent, par une inclination particulière, peupler Tltalie , il s’en fuit que ctù. ritalie qui a répandu fes Colonies dans tout rOccident pour le peupler; & même en Grèce.

Mais ce ne leroit alors qu’à des époques trèspoflérieurs; &, quand nous parlons dts Peuples qui ont envahi Fltalie , no^s remontons à deux mille ans environ avant lere Chrétienne. Or c’eil à ces époques que nos Littérateurs , fappofant ritalie dérerte,la font peupler par des Scythes , des Celtes, des Umbrçs , des Illy* riens , &c. – Nous voulons devoir tout, en Italie, à des Peuples étrangers, fur-tout à des Barbares que nous réclamons pour nos Ancêtres: mais il y a une grande différence entre dire que les Celtes & autres Nations ont pénétré peu-àpeu en Italie , & prétendre qu’il n’y avoit aucun habitant à leiir arrivée, fur-tqut depuis le Déluge d’Ogygès ; c’eft-à-dire depuis la révolution du Globe , & la rupture du^.Détroit de Gibraltar , cau/ée par TOcéan , qui fubmergea tant de teirclns découverts auparavant. ,”^;’ V!; . , ‘ri’ r – Il eil: certain que les Peuples primitifs ont tous été vagabonds ; mais , û les Etrangers font vernis chez nous , on peut auiîi afîûrer qu’il eft forti de chez nous “des Colonies oui font allées fe fixer dans d’autres Contrées. Je ne

‘4^6 Lettres parlerai pas ici des Liburnes qui ont peuplé les îles de la mer Adriatique , parce que cette époque eft trop récente , en comparaifon des temps fuppofés primitifs.

Nous avons déjà- vu que les Béotiens fe difoient descendus des Peuples qui habitoient autour du Pô , comme le montre Servius : en Qffet il y avoit des Orobes , tant au-de-Ià du Pô , que dans la Béotie. Il femble aufîi qu*il eft démontré , par Taccord de tous les Hiftoriens les plus anciens , que les Etrufques ou les Tyrrhéniens ont en partie paiié en Grèce , en Arcadie , dans plufieurs îles oii ils ont fondé des Colonies. Ceft ce qui arriva plufieurs fiécles avant la guerre de Troye » avant Inachus , père de Phoronée , fous lequel arriva le Déluge d’Ogygès. Cet Inachus , félon Sophocle , cité par Denys d’Halicarnaffe ^ régnoit à Argos parmi les Pélafges Tyrrhé^ mens : de forte que la colonie des Tyrrhér niens eft de la même époque que les Orobes en Béotie. Cependant les Arcadiens (i) qui fe difoient antérieurs à la Lune > donneroient à entendre qu’ils remontoient à une époque plus éloignée que ce Déluge.

Denys d’HalicarnaiTe favorife mon affertion , lorfqu’il dit que les Aborigènes envoyèrent (i> Voyea cç Torn, IL pa^;. X74« Npte, T.

SUR t’A M E R i QU t.. AVf des Colonies dans plufieurs Contrées. Les Phrygiens , félon Serviiis , f^irgil, JEneid, Liv, FIL^ favoient , par ancienne tradition , que Dar-» daniis, forti de Conque , ville de Tofcane, s’étolt rétiré en Phrygie , oii il-yavoit bâti celle dô Troye. C’eft pourquoi Silius Italiens écrivoit , en parlant des Troyens :

Tellure antiquitus ortî Euganeâ Liv. VIIL Plus avant , dans TAfie , vers la mer Cafpienne, les Albaniens , au rapport de Trogue> Pompée , fe difoient originaires du Latium & du mont Albain. Voilà pourquoi ils appellèrent les Romains Frèrts\ lorique Pompée fe préfenta à eux.

Mais tous ces rapports font des fables, x^z dira t-on. De quelle opinion ne peut-on pas en dire autant ? Plutarque eil le feul qui prétende que les Ligures (i) fe croyoient de même (i) Plutarque avoir la Vérité pour lui. Le mot Vigur défignoit les Celtes fixés le long des côtes maritiiii^ qui en ont eu le nom de LigurU y c’eft-à-dire Pays des hommes de mer. M. Carli, qui refufe aux Celtes d’avoir été marins , ne s’eft pas rappelle les Vénères, (aiijourdliui Vannes ) ou Celtes de rArmorique, qui avoient un ii grand nombre de vaifTeaux ,& qui furent les plus puiiTans de ceux ^ui h^bitoienc les cotes. T.

4^8, Lettres origine que les Celtes , parce que les armées Romaines & Cimbriques, étant en face de&Helvétiens & des Ligures , avoient crié Âmbroms, Ceft far ce fondement qu’on établit Forigine de ces Ligures. Mais TroguePompée dit lamême chofe des Albaniens , lorfque les Romains entrèrent dans leur pays. Son autorité vaut bien celle de Plutarque , au moins. En conféquence il faut admettre ce qu’ils difent l’un & l’autre (1)5 ou les rejetter tous les deux.

M. Gu^rnacci a donc raifon de foutenir que la Grèce , loin de fournir des Peuples à l’Ita-lie , doit reconnoître les Italiens pour {^^ Peuples primitifs , &c.

Mais, avant toutes ces époques, c’eft à-dire avant la cataftrophe qui changea là face du Globe , la Grèce étoit elle-même un Continent qui s’unifïoit à l’Italie ; & les îles ne fu-rent que les cimes qui s’élevèrent au – deffus des eaux qui fubmergèrent les terres. il faut donc établir deux époques , l’une antérieure , l’autre poflérieure à l’inondation.

Ainii l’on peut dire que les Italiens , tant avant qu’après la révolution , paflèrent en partie en Grèce, comme d’autres Peuples de i’Afie & de l’Afrique ; & que l’écriture fut la même parmi ces Peuples , jufqu’à ce que (i) Ce cjue dit l’un aiiifîrme pas ra^Tercion dç i’a^utre. T.

SUR L’AM i R I Q U E. 429 les Grecs en perfedionnèrent la forme , polirent le langage , & fe difFérencièrent ainfi de tous les autres. Il eil évident que les monumens les plus anciens de Tltalie préfentent une uniformité fenfible dans les caradères ou les lettres de l’Alphabet : c’eft pourquoi Fou eft fouvent incertain à quel Peuple on doit rapporter ces Antiquités , comme je Tai fait obferver ailleurs.

Ainfi , quelqu’éloigné que M. Tonfo paroiffe de Fhypothèfe des Atlantides & de Fidée d’une comète dont les approches auroient caufé la révolution que j’ai décrite , & fixée au temps d’Ogygès , cela n’empêche pas que je rende à fes travaux littéraires la juflice qu’ils méritent ; car rien ne doit être plus libre que la penfée. Toutes les fois qu’on traite de |X)ints hidoriques , afiez éloignés pour fe délayer dans la Mythologie , chacun eft libre de penfer comme il le juge à propos.

Mais je dirai , en réponfe à la digre^ion amère qu’il a faite fur FEridan & fur FAmbre , que cette queflion étoit étrangère à Forigine des Ligures. Ainii qu il me permette quelques mots.

Il obferve , comme moi, qu’Hérodote a écrit que FAmbre (1) veno.t d’un fleuve appelle (i) L’Ambre eft une produdion minérale. Un morceau 0U bloc d’Ambre , pefaiit trois mille livres , peut détromper

4îO L fe t T R E S Eridaft^ qui coule dans le Nord de rÊufope* Ce qu’il dit ed conforme an rapport de Diodore de Sicile , Liw FL Ck, FUI, Ainfi , tournant €n ridi(fule la fable de Phaéton , il donne fori opinion. « Comme, dit-il, le Rhône (^Rhoda-^ » nus) qu’on appelloit aufîi Eridan ,afes fources ii voifines de celles du Rhin , qui fe décharge t> dans le pays des Vénètcs Belges^ de même f> on peut croire que le Rhin avoit proprement » le nom à’Eridan; que>FAmbre venant du pays H de ces Vénétes , on a pris un pays Fun pour » l’autre , & qu on a dit àes Vénétes Adriati- » ques ce qui ne convenoit qu’aux Vénétes p Belges ; raifon pour laquelle on a donné au » Po le nom à’Eridan , qui n’a jamais été connu » dans ces. parties, comme cela eft attefîé par » les plus graves Auteurs , entr’autres par » Strabon , cet Ecrivain qui efl d*un fi grand » poids ». ceux qui le regardoient comme le produit d’une efpece ^e baleine , ou ceux qui le croyoient végétal. Voyez ^ pour de plus grands détails , l’Abrégé qu’on publie deS Jranfiudons Philofoph, en François , Tom, IL pag. 5> y 6- filiV’ y chez BuilTon , Libraire. Le fleuve dont il s’agic dans Hérodote , fe trouve marqué fur la Carte que M. Bailly a jointe à Ton Atlantide : mais on trouve de TAm* bre dans prefque toutes les parties da Globe, & fouvenc au milieu des terres. Voyez aufîi Bergmann, Manufl J

su R L’AM Ê RIOU E. 451 Voyons donc fi le Pô n a pas eu lenom d’£r/- ^an.ïl eft vrai queStrabon écrit,I/v. ^pag, 215, que VEridan nexijle nulle pan fur terre, Ainïî Ton pourroit, avec lui, ne reconnoître aucun fleuve de ce nom , ni en Italie , ni chez les Belges 5 p. ailleurs : mais Diodore , plus ancien que Strabon, iavoit,£iv. ///. Chap. XFL que le Pô avoit été anciennement appelle Eridan ; nom, dit Pline, £/v. //. que les Grecs donnèrent au Pô. Virgile, antérieur à Strabon, dit du Pô:

Et gemina auratus taurino cornua vultu Eridanus, Georg. Liv. IL Polybe , plus ancien que tous ces Auteurs , dit que ce fleuve étoit particulièrement appelle Eridan chez les Poètes. Mais Platon Favoit ainfi nommé,long-temps auparavant, dans Ton Critias, Scimnus de Chio dit que c’étoit ion nom , & ajoute qu’on y trouve de l’ambre excellent.

Selon Silax , XEridan coule chez les Henétes.

Je ne fais , en* vérité , comment, après tant de preuves, on peut nier que le Pô ait eu le nom ^Eridan.

Je n’ignore pas que M. Tonfo efl: peu coiiiéqaent dans fes afTertions. Il dit , par exemple, que les Déluges d’Ogygès & de Deucalion rappellent le Déluge de Noë; & enfuite il tourne en ridicule ceux qui voyent le Déluge de Noë dansceuxd’Ogygès^de Deucalion, de Xifuthrus,

  1. Lettres de Fo-hi, de Saturne. II ne veut pas que fana-logie des Langues ferve à découvrir i’origine dts Peuples, tandis qu’il s’en fert pour prouver que les Ligures font Illyriens d’origine.

Je dirai donc que,chacun penfant^av^c droit, pouvoir adopter Thypothèfe qui lui pfêît , je me fuis cru aflez autorifé pour en produire une de plus , en remontant à des époques plus éloignées, auxquelles je pufle trouver les Aborigènes ou les Autochthones j qu’on reconnoît comme Peuples primitifs. J’ai donc dit que Saturne étoit venu à la tcte de Peuples fortis de rAtlantide , comme Platon ralTûre d’après les Mémoires qu’il avoit de Solon ; époque à laquelle le Latium avoit des habiîans encore plus ancien; puifqu’on y fuppofe Janus , qui reçut ce même Saturne avec les Atlântides qu’il y conduifit. Voyez Macrobe,’^»”’^^-^^-^. Liv, I, Ch. Fil.

Enfuite )‘ai montré que, depuis Saturne^ il étoit nrrivé fur le Globe une révolution qui fut connue fous le nom de DéUigc d’Ogyges : ce fut alors que l’Océan, poufTé au-de-îà de (qs limites , abforba l’Atlantide , pénétra entre l’Eu-rope, l’Afrique & l’Amérique, formant aufîi ks mers Méditerranée, Adriatique, Ioniene,&c.

En conféquence, il me fembla pouvoir en • inférer que ces Peuples Atlantides ou Saturniens , réfugiés en partie fur les hauteurs, d^ïpendirent peu-à peu dans les plaines , lorfque les

les èaiix eurent repris le niveau dans lequel il étoit poffiblè qu elles fe fî)!Câfrent. Ce furèrtÉ là les Aborigènes cjui donnèrent à cette partie de ritalie le nom de Saturnie^ & que tous leS Peuples arrivés dans cette Contrée , par la fuitô des temps ) reconnurent pour tels. ’ Si c etoit une erreur j elle me fetoît cofti^ mune avec toute TAntiquité. C’eft ici fur-tout qu’on peut appliquer la maxime de TercuLlien :

Quod ^ntiqtium , ^crum ; TAntiquité eft vraie.

Ainfi je dis, avec Troque ou fon abréviateur Jufiin: « Les prertiiers Habitans de l’Italie furent » les Ahorigènès , qui eurent pour Roi Saturne ^ » le plus jufte des Souverains;& voilà pour- » quoi l’Italie fut appellée Saturtik >. liidoré dit aufli que les Romains eurent,même le norti de Saturni. EnnUis , dans Va-rron y appelle Sa^ turnic les environs du Capitole ^ où étoit le Temple de Saturne. Feftus obferve un trèsancien ufage^ en parlant du nom de Saturnit donné à l’Italie : c efl que, dans les plus anciens temps, les Prêtres ne fe couvroient point la tête en faifant les Sacrifices: ufage, dit-il, qui re-monte à une époque antérieure à là guerre de Troye. En effet Macrobe, dit que les Fêtes des Saturnales précédèrent de plufieurs fiécles k fondation de Rome* Pline , Liv. III, Ch^Fl^ rappelle Tancienne ville de Saturnie^ dans le .-Latium ; Tite-Live nomme aiifîi un château Tome Ht E e

;|34 Lettres de ce nom comme exiftant en Tofcane i Z/V. XXXIX, Il n eft donc pas étonnant quç Virgile ait nommé lltalie Champs de Saturne ^ Samrniu arva.

Il eft bien iingulier qu’on ait voulu reprocher une erreur à Denys ol’Halicarnaffe ^ parce qu’il dit , en Grec , que les iVnciens appelloient yiialie Satornia^ en fuppofant que le nom de Saturne. , en Grec , n étoit pas Saturne , mais Krones, Je réponds d’abord que Dion fe fert du terme de Saturne , en écrrv^ant en Grec : enfuite , qu on peut apprendre ele Denys , que le Roi Saturne neft pas le Dieu connu fous le nom de Kronos , quoique les G recs ayent indiftindement employé ce nom pour l’un & pour Jautre. Ceft pourquoi Tertullien s’étonnoit que les Anciens euffent fait un Dieu de Saturne , ,qui, dit-il, n étoit vraiment quun homme.

Voyez fon Apologie ^ Ck, X, i. Je ne fais pourquoi Saturne »eut le nom de Kronos (i); mais on n ignore pas que ce nom U^î »^ ^ ‘(i)‘Saturneynom prisd’unmot qui (ignifieMonta^ne^félon “iDiôdore,& en même temps celui du plus ancien /?oi, rap- ^perté dans THiftoire , iuiKronos, chez les Grecs, qui eur^t prefque tous leurs mots radicaux des Macédoniens ou Slaves. ,Or, che;^ ces Slaves Kronos, Karanos, fignifîoit émiaence , fupériorité , pointe de montagne ; en Allemand Jdi^rn. De cette fîgnification de fupériorité eft venu le noxia^

ifiit Commun à plufieurs Héros de TAntiquité.

Le^ Grecs, joignant rafpiratiori à la lettre X, ont écrit Khronos^^ ont ainli pris Saturne pouf le Temps , comme TobTerve Macrobe. Mais il reconnoit Saturne ou Kronos pour un Roi , fous lequel les Peuples furent ramenés de Tétat de barbarie à celui de la culture & des Sciences, il ajoute que, fi les Mythologiftes ont totale* ment défiguré Saturne par leurs fi<^ions , les Phyficiens Tonl réduit à une iimple vraii^mblance. Ainfi THiftoire de Saturne fut altérée par les uns & les autres > au point qu’on n’en connut plus la vérité* Kronos eil le père de Jupiter, dans Homère & Héfiode. Quoi qu il en foit > il s’appelloit Saturne en Italie ; on en fit un Dieu après fa mort , & Ton inftitua les Saturnales en fon honneur ; jamais homme ne fit tant de bien à (qs femblables^felon le témoi» Kront)s y donné à Saturne, le plus ancien Roi. Caranus^ premier Roi de Macédoine, eft connu. Son lîom iîgnifîoit de lui-même Roi , comme Pharaon en Egypte. Auiïi les Egyptiens diftinguoient les Pharaons ou Rois par des épithétes. Ce mot fut auflî celui d’un Chef d’Egyptiens qui pafsèrent en Grèce ; Phjron, d’oii l’on a fait Pharonée, Il fut Pciroun en Afie pour défîgner un Chf& le Soleil , comme en Egypte Pharaon Ophru ou Soleil. Voilà donc pourquoi Saturne , ou Kronos ^ fut le nom d’un mêm« Roi. T. £e ij

‘4}6 L fe t t R É s gnage de toute TAntiquité. Pouvoît-on né pas le placer au Ciel après qu il eut fait régner rage d’or fur la terre ? Qui l’a plus mérité que lui ?.Du refte les Egyptiens n’ont pas connu les Saturnales avant la mort d’Alexandre. Quoique Saturne ait pu avoir d’autres noms , cela ne fait rien à la vérité de fon Hiiloire. S’il a eu le nom de Kronos , il a eu aufîi celui de Gadir , fans changer de perlonnagfe : ca^ Platon nous apprend que le frère d’Atlas-, lequel vint en Tyrrhénie , avoit le nom de Gadir ^ connu, en Italie, fous celui de Saturne, L’Italie fut donc d’abord nommée Saturnk , enfuite Tyrrhénie : mais jamais elle n’eut comme dénominations générales celles de Celtique , ll/yrlque , Umbrie , Ligurle , &c. Il eft fort douteux que les Celtes y foient venus anciennement : mais cela efl vrai des temps poftérieurs.

Il n’eft pas moins vrai que le Caucafe & la Scythie ont , prefque de tous temps, vomi des Peuples barbares, affamés, qui inondoient l’Europe. Mais il s’agit ici des Peuples primitifs de l’Italie , & de décider fi cette Con ; trée étoit déferte & inhabitée , lorfque les premiers de ces Barbares y fondirent,& fi l’on doit les en regarder comme les Aborigènes.

J’obferverai encore que parmi ces reftes de Nations qui fe font réfugiées fur les montagnes, ©n trouve encore les Chones ou Concs , iiTus

SUR l’A m i r I q u e. 4}^ ‘Ûe Chona , ou connus fous fon nom. Or THercule Egyptien , fous lequel arriva la révolution , fe nommoit auffi Chon, Nous avons encore dans les environs du Pô les Cytnées , ainfî appelles de Cycnus ^ regardé comnie Roi des Ligures.

M. Guarnaccia cru que Chont étoit pour Krone» Mais Saturne ne fut jamais nommé Kronc^ en Italie , que lorfque les Grecs y eurent répandu leur Mythologie : cependant il efl d’accord avec moi fur Tépoque des Chones& des Saturniens , qu’on peut regarder comme les defcendans des Atlantides.

Tel eft le Supplértient que j’ai cru devoir , faire à ce que j’avois dit fur les Peuples primitifs de tItalie, J’ai feulement voulu prouver que les hypothèfes n’étoient que des hypothèfes, toutes fujettes aux mêmes difHcultés, quoique les unes foient quelquefois plus probables que les autres , fur-tout lorfqu’un homme ne con~ dut que d’après des faits préfentés par la Nature,& confirmés par des traditions qui ne font démenties par aucune autre. Je refpede infiniment les lumières de ceux qui penferoient autrement que moi. J’ai tâché d’éclaircir lui fait obfcur que d’autres ont foupçonné avant moi , en confidérant l’état acluel du Globe.

Ils ont imaginé des fyftêmes, pour tout expliquer. Ma marche efl bien différente : c’eil la E e il]

438 Lettres Nature que je confidère : c’eft rHiftoîre , la’ Géographie qui me fervent de guides, en me marquant des points qui fixent ma courfe , & dont je ne me permets pas de m’écarter. Il en eft des Sciences comme de ces repas des Anciens, où chacun apportoit fon écot : Tun donne plus, l’autre moins ; jouiffons toujoius avec reconnoiffance.

LETTRE XLVII

Délucc de Dcucilion, Prométhéc» Ce Déluge neji que CInondation annuelle de l^Egypte, Origine de la Fête des Eaux : elle nejl pas la Comme” moration d’aucun Déluge,. La joie en faifoit h caraàhe , &c. , &c.

Deucalioncos fudifflt Aquarius imbns, Lucam.

JrARMI les abTiirdités fans nombre qu’a débitées fur le Déluge de DcucaLon TAuteur du Diclionnaire Etymologique , Grec & François , dans fon Difcours Préliminaire pag, cl. 6” Juiv, j’y trouve une feule réflexion fenfée , dont il faut lui faire honneur. « Une foule de traits » indiquent un très grand (i) rapport entre » la Mythologie Grecque & l’Egyptienne , nié » cependant par des perfonnes que leur habi- » leté auroit du mieux guider » , pag, clxv.

Ceft particulièrement contre lui que je cite fa propre réflexion. Cet homme, qui ne doutoit (i) On verra cette ve’rité prouvée dans le Sèthos fur-tout, 3 vol. m-ii. chez Guérin , 173 1 J Ouvrage trèsiuttreilant ,& qui eft à peine recherché, E e iv

440 Lettres de rien, à la faveur des Didionnaires (cari pour les Langues , il n’en entendoit aucune ) nous dit tout ingénuement,/7j^, 149: ‘«Que la » fblution des difficultés relatives à la tradition » de ce Déluge ( inconnu aux anciens Grecs) ne ». doit être qu’un jeu pour nous , qui avons de j« plus grands fecours , des fecours inconnus ^ aux Grecs », J’avoue que , toutes les fois que j’ai voulu concilier le Déluge de Deucalion avec la Chronologie & THiftoire , je n’y ai plus trouvé ni Peucalion , ni fon Déluge ; & la ledure de çç qu’en a écrit ce Littérateur, n’a fervi qu’à jne convaincre davantage qu^il n’y avoit aucun rapport entre le Déluge deDeucalion &: celui de Noé jbien loin de m’en prouver la reffemblance^ comme l’Auteur s^étoit propofé de le faire. J’ai examiné cç que difent les autres Peuples des deux Hémifphères, puifque la Fête- des Eaux femble avoir été généralement connue.^ pratiquée : mais un tradition dément l’autre : les époques font contraires les unes aux autres : ainli je n’ai pu y voir que des idées vagues de ce que je cherchois. J’en ai donc conclu , avec M. Schenneberg , c\ji outre toutes les autres arconjlances y qui fe refufent aux idé^s de Gébelin ^ d’autres^ la Chronologie ne pouvant s accorder avec les époques ^pourprouver tidentiLC du Déluge </< DèucaUon& de celui de Noé, il fallcit regaidei:

SUR L ‘AM Ë R I QU E. 4^t Ce premier Déluge comme une fable renouvellée des Grecs ,& convenir que Fréret a trèsbien vu,quoi qu’en dife Gébelin,que les anciens Grecs n’avoient pas connu le Déluge de Deucalion. Ariflote en dit deux mots : mais Tidée de l’inondation de TEgypte & de Tes circonftances s’étant peu-à-peu obrciircie en Grèce, parmi les defcendans des Egyptiens quiy étoient paffés fous la conduite de Phoronée & de DanaiiSj ou ayant été confondue avec ce qu’on avoit pu y apprendre d’une tradudion Grecque de la Gmèfe , qui y circuîoit déjà du temps de (l) Plat;on, on aura dès-lors adapté à Deucalion ce qui ne convenoitquàrEgypte,comme nous le verrons.

Mais que cette verfion ait exifté ou non, je crois .qu’il faut remonter au-de-là des dates connues chez les Grecs , pour trouver Foriglne de la tradition de ce prétendu Déluge ; ^11 fut ^ » dit-on unlvcpfeL II n échappa que ce Scythe ^ fa » femme : & ce fut avec des pierres quils répa- » rèrcnt le Genre-Humain , aprïs avoir été con- » fultcr tOracle de Thémïs « ;

Iniï genus durum Et documenta domus quâ Jimus origine nati^ dit Ovide. (i) Voyez Beyerling, Prtface de (à BibU ^ à Anvers, f v<)L in-fûlïo^ ’ – ’

44Z Lettres Je laifle de coté les antres expofés de ce Déluge , parce qu’ils ont été certainement diverfifiés plus tard”Tur la Bil^le des Septantes* Plutarque , Lucien , ou l’Auteur de FEcrit qui paffe fous fon nom, Apollodore , ont chacun brodé le fait à leur manière ,en puifant à cette fource. Ainfi je fuis la tradition la plus générale. En vain m’oppoferoit-on , avec Gébelin , Jes conftellations méridionales ^ où les circonâances de l’Arche de Deucalion , ou de Noé > feioa lui, FAutel de Thémis, la Colombe, le Corbeau , &c. font tracés , dit • il , en caraclère âe fiu : je répondrois qu’on a calqué cet événement fur le rapport de ces aftérifmes ,& Ton auroit rien à me dire.

Je vous prie de faire bien attention à -cette manière de reproduire des hommes. Pourquoi ne font-ce pas Deucalion & Pirra qui repeuplent le Monde du fruli; de leurs amours légitimes ? Et pourquoi , après cette reprodudioa lythophytc ^ ont -ils des enfans ? car Gébelia nous donne très-exadement la généalogie de leurs enfans farcophytes,. Voilà des demandes qu^aucun Ecrivain ne s’efl encore faites , afin d’en tirer une conféquence quelconque. Il eft vrai que d*autres Nations, foit en Afie, foit çn Amérique , confervent d’autres individus : d’autres confervent même des Peuples entiers fur des montagnes. Mais ce n eft plus k Déluge

suii l’Amérique, 44J 3e Deucalion. Ne nous écartons pas de ia vraie tradition , telle que je l’ai préfentée, La Fête àes Eaux ou des Hydrophories fe trouve réunie à fidée du Déluge de Deucalion , comme inilituée en mémoire de ce Déluge. Cen eft , dit Boulanger , après plufieurs autres , la vraie Commémoration. Ils citent le gouffre où Ton jettoit, en Syrie, Teau qu’on puifoit à un lac ; celle qu on jettoit de même en Grèce , près d’un Temple de Jupiter ; celle qu’on puifoit à Jérufalem , à la fontaine de Siloë, & que les Prêtres verfoient dans un trou analogue , près de TAutel. Perfonne n a plus appuyé fur ces circonflances que Boulanger& , après lui, Gébelin, pour en conclure la vérité d’un Déluge de Deucalion , qui feroit celui de Noé même. Ils n’ont pas réfléchi que , fi ces deux Déluges étoient le même, on prouvoit la nullité des deux, en démontrant que l’on étoit abfolument imaginaire. Or nous verrons bientôt que celui de Deucalion eil une iingulière méprife.

Vous ètQs convenu avec moi des connoiffances fuperficieles de Boulanger,& qu’il n étoit pas affez inflruit pour nous donner un Ouvrage fous le titre à’Antiquité dévoilée. Il a tout vu en noir, félon (qs difpofitions phyfiques,.

Entièrement fubjugué par une première idée, à laquelle il a voulu fubordonner tous les

‘444 Lettres acceffoîres , il a bâti un fyftême tel qu’il le vouloit avoir, mais non tel quil devoit être; & tout fon appareil d’Hébreu n’efl qu’un verbiage mal appliqué » qu’il ne comprenoit même pas.

Voyons d’abord qui eft Deucalion dans la Fable; car la Fable, toujours vraie, quand elle eft bien entendue , devient pour nous la feule Hiftoire que nous puiffions confulter. Ainfi cherchons le dans cette Hiftoire. Deucalion a pour père Minos , le même que Méaès , en Egypte , Manès^ chez lesPhrygiens , Af^/z , chez ies Theutons, &c. c’eft-à*dire le Soleil, L’identité du fens de ces mots a été trop bien prouvée par M. Gufmann (i), que j’ai cité plufieurs fois , pour que je m’y arrête. SelonApoUodore, Deucalion a pour père Prométhée; c’efl encore le Sotùl ^ mais à un point particulier de fa courfe , comme nous le verrons.

Il faut donc favoir qui eft aufîi Prométhée.

Vous favez qu’on a pu dire Promêihès & Prometheus , chez les Grecs , comme on a dit Jchilles^ AchïlUus pour Achille, Le père de Prométhée, félon Héfiode, eit la-pctos^ ou la— petus y dans Horace. Les Hébraïfans voyent { 1 ) Mémoires pour fervir à VHifloire du Gbhe 6* de fis Eahitans , i vol. Allemands , in-%” , à Lemberg.

!5 U R l’Am i R I Q U K. 445 iauflî-tôt ici Japfut , fils de Noé : ainfi voilà , félon eux , une généalogie puifée dans Moyfe, mais faliifiée par l’ignorance. Doucement ; ne traitons pas d’ignorans des hommes qui ea iavoient plus que nous. . Gébelin nous a dit que les théoriesGrecques& Egyptiennes ont un très-grand rapport entr*elles.

Il avoit raifon : mais ce font . les Théories anciennes. Or celle-ci en eil une portée en Grèce par les Colons Egyptiens qui y ont paiTé à k plus ancienne époque.

Les Egyptiens reconnoiffoient une âme unîverfelle qui difpofoit à fon gré de la Nature^ l’animoit, la vivifîoit. Ils Tappelloient îaFhms^ Voilà ce larPétos d’Héliode , & père de /?r^- /r/ery^ef , que’ j’expliquerai plus bas. Mais, dans •les Théories fecondaires de TEgypte , cette âme fut repréfentée par le Soleil , qu’on fe figura comme fon emblème & fon énergie : cette énergie fut Prométhée. Dans les Théories d« troifiémeOrdre , le Soleil , au lieu d’être fubordonné à cette âme univerfelle^défignée auffi par Theut ou K-n-eph , qui fîgnifient foujjle , fpiricus ou efpricy dans le fens du • latin- ^/r^iz-e , le Soleil, dis-je, eut un génie particulier, comme tons les autres ailres , pour diriger Ion coiirs & fes influences ; ik Ton attribua au génie tout ce que lespremières théories faifoient dépendre de lame de la Nature. Ainfi Prométhée fat>

446 L Ê t t R È s comme Hercule , tantôt le Soleil , tantôt (bit génie. Ce qu’il eft eflentiel d’obferver ici.

Cette confufion eut lieu particulièrement chez les Grecs , dans des âges éloignés des pre* mières Colonies Egyptiennes , qui s’étoient établies dans plufieurs parties du Péloponnèfe.

Ce feroit ^ de nos jours ^ une abfurdité que dô déduire les théories Grecques de celles des Hébreux > avec qiîî janiais les Grecs n’ont eu la moindre liaifon , qu’à Alexandrie , mais trèstard. Les plus célèbres Philofophes Grecs vécurent longtemps en Egypte, & puisèrent à la même fource que Moyfe : il ne feroit donc pas étonnant qu’il y eût quelque analogie dans quelques dogmes. Si les Grecs ont connu Japhety comme père de Prométhée , ce n’a pas été par la généalogie de Noé ^ mais par les théories de TEgypte. ’ . ^j-^^ – ^ Le Soleil étant pris pour îâme du Monde, on voit pourquoi les Chefs des anciennes Nations tant de FAmérique, que de notre Hémifphère, fe qualifioient àe fils du SolciL Ce fut le premier abus àes théories de (i) l’Egypte.

Mais ce titre paroiflbit le plus noble : on ne pouvoit remonter plus haut , à aucune origine < I n i II I II I» I I I I » I IL « (i) Un <3es Rois Egyptiens fe nomma Apriès ou, en Egyptien , Apn-ech , Soleil-Roi * comme un autre Pharaon-Ophra ou Roi-SolâU – — . .

SUR t’AMlRlQUE. 447 ïenfible; Nous voyons même que les «nfans de Noé prirent leur nom dans les tnéories primitives. Le premier fut nomtné Ja-phtas ou Japhety en Hébreu, nom de lame de la Nature, & fecondairement du Soleil, qui, comme cet^te âme , fut cenfé voyager dans une barque ( i) avec les autres planètes , pour animer la Nature.

Le fécond fut appelle Scm, nom du Soleil, confidéré comme Taflre qui indique & régie îes temps& les faifons. Cefl dans cette fignifîcation que les Grecs ont fait du mot Hébreu Jeur Sema , qui lignifie (i) Jîgne , indication. Le troisième fut appelle Cham , nom pris de la chaleur vivifiante du Soleil. De-là le mot Cka^ manin , pour défigner les colonnes ou les obélifques folaires. Voilà donc les noms des trois Patriarches des Juifs , pris du Soleil même, comme les plus glorieux titres: • Mais vous n’ignorez pas une àtitrè cîrcon^ tance bien importante pour mon fujet : c’eft que,“félon la Fable, Phaéton Vient brûler la ,^ J (^i) Hercule , ou le Soleil , voyage dans foït»théricUée , qui -lui fert de barque : ce que je nobrerve pas inutile-ment ici. (x) Le Soleil fe nomn^e en Hébreu Sem-efch^ c’t^ ’ à-dire /cu indicateur i ce à quoi • perConne n’a fait attention. 7e lailTe de côté Tinepte étymologie des Rab» binite. ’^

! ^8 Lettre s terre^ lorfque Deucalion la voit fubmergé^î Ceft , fans doute une théorie bien fingulièrei Qui étoit donc Phaéton ? Selon Cicéron , il éloit fils du Soleil & àQ Clymlne ^ qui lignifie iriondadon. Une pareille généalogie a bien du ridicule en, apparence. Mais , fi Ton réfléchit que thaéton efl ici l’influence du Soleil , perfonnifiée dans wne, circonftance intérefTante pour fEgypte^ on ne fera plus furpris que le Soleil^ mari de Vinondation , ait eut d’elle Phaéton pour £ls. On verra que le Soleil , connu en Egypte fous le nom de grand Luminaire ou dePhaéion^ a été confondu par les Grecs avec fon génie ou fon influence ; de forte quon lui a fait brûler la terre en même temps quelle étoit couverte 4’ea”» Avant de paffer au développement de ces généalogies, pour en déduire celle du Déluge de Deucalion & Torigine de la Fcte des Eaux ^ rappelions encore quelques théories.

Cçux qui pi)t un peu lu , conviendront fans peine que M. le Profeffeur Dupuis a falli, fur rôfigîne des conileîlations , un fyilême aulH beau, que vrai ; & qu’il a eu raifon de faire -naître rÂfîronomie en Egypte : ce qui eft bien contraire aux idées de M. Baiily, Savant eflithable à tous égards , mars^qui a ftîifi une fumée-, à la fuite de laquelle il s’elî continuellement ^^rompé. Avec un peu de réflexion, ilauroit fcnti

SUR l’AM E R I Q U E: 449 fentî que le Roman fublime de M. de Buffon ne pouvoit fervir de bâfe à aucun fyilême ; & que déduire l’origine des Sciences des Contrées glaciales du Nord , parce que ce grand Phyficien y a placé le feu de Phaéton, c’étoit tomber dans l’erreur la plus étrange; mais, Quifquis amit ranam , ranam dieu effe Dianam.

M. Dupuis a bien fenti qu’il n’y avoît pas à balancer entre la Haute-Egypte & le Nord, où le Ciel efl caché pendant plus des deux tiers de Tannée. Il eft vrai que M. Bailly regarde les connoiflances quil déduit du Nord comme des reftes de ce qu’avoit fu un Peuple perdu. Mais ce Peuple feroit alors Tenfemble de tous les Habitans du Globe, confidérés avant la denière révolution. Il faudroit donc le chercher par toute la terre , & non particulièrement au Nord. Nous pouvons donc nous arrêter chez celui où nous retrouvons àes traces plus marquées de (es anciens travaux & de (qs connoiflances : fur-tout s’il a eu à^s théories qui ne convenoient qu’à lui feul ;& qui , liant le Ciel& la Terre par les rapports les plus direQs, nous font appercevoir Torigine des théories de tous les autres Peuples: or ce Peuple efl celui de TEgypte : ainfi reftons chez lui; & laifîbns les glaces aux Pays du Nord , pour puifer ea Egypte , à la fource de la vie.

‘4^0 Lettres Le Zodiaque Egyptien qu’a fait graver Biatlchini dans fon Hijioirc UnïvcrfdU , devient une preuve évidente du fyftême de M. Diipuis ; & je voLidrois qu’il eût dit l’avoir connu : car je vous avoue que ce Zodiaque m^avoit frappé long-temps avant que je lufle l’Ouvrage de notre ingénieux Profefleur ; & j’ai eu de la peine à me perfuader qu’il eût fi bien faifi le fyilême agronomique de l’Egypte, avant-d’avoir vu aucun monument. Mais il feroit malhonnête de douter de fa bonne -foi. Vous-vous rappeliez qu’en parlant un jour chez vous de fon Ouvrage fur \Origine, des Conflcllations , je vous répondis que je n’y voyois rien de neuf; & qu’enfuite je vous montrai, chez moi , l’ordre inverfe des iigncs du Zodiaque, tel que M. Dupuis l’avoit ingénieufement conçu dans Xordrt du Calendrier Eoypnen, Le Capricorne à queue de poiffon, le Verfeau& les Poiflbns occupent les cafés des (ignés de notre belle faifon. Le Lion eft au bas du cercle, en regard avec le Taureau ,& diamétralement oppofé au Verfeau qui fe trouve au plus haut point. Il eil vrai que, dans le fyflême de M. Dupuis, ce devroiti” être le Cancer au bas , en oppofition avec le Capricorne en haut. Mais cet habile homme a auffi prélumé que les Egyptiens avoient peutêtre compté les trente dégrés de chaque figne du 15 au 15 de chaque mois; ainû quelques

SUR l’A?/I ÊRIQUEc 4ÎÎ fignes fe partageoient d’une faifon à l’autre.

Ceft ce que femble indiquer ce Zodiaque dç Bianchini, plus curieux qu’il ne paroît au pre-^ rnier afpeQ. D’ailleurs lesThéories des Hébreux^^ qui n’ont rien fu que de l’Egypte ^autorifent, cette conjedure, quelque foible connoiffancçi! ’ qu’ils ayent eues des théories Egyptiennes^^ Ainfi laiflbns le Verfeau comme fîgne aqua-r. tique , dans la plus belle faifon , & au point (fe^ la plus forte inondation de l’Egypte, fur^ haut du cercle, avec les Poiffons. u \ Nous voiîà donc au figne du Verfeau. I^çsi anciens Zodiaques marquent ce iigne par iw€i Urne ^ fymbole de refTufion à^^ eaux, . ^^^s, Phéniciens nommoient ce ligne XUrneplej^ranu; d’autres Peuples Font appelle le P/^/zr^fi^r^^Mais Urne pleurante^à^ns la Langue Phéniçiejp.ne (i), fe ô(oii Dikal-ioneh, Ce mot, quQ, les Grecs connurent, comme d’autres termes Orientaux, par les Colonies Phéniciennes qui pafsèrent chez eux, ou dans les Iles de TÀrchipel, fut pour eux Deucalion^ fous lequel les eaux fe répandcient : ce fut un Scythe ; parce que tout Etranger étoit Scythe pour les Grecs. Mais , dans la Fable agronomique , Deucalion étoit fils de Minos, le même que le Soleil, félon (i) Gebelin, qui aime voir les Phéniciens maîtres deg Grecs , ne fe refuferoir pas à ce que je dis.

:4y2 Lettres Apollodore : rien de plus vrai ; car le Verfeau couvre TEgypte de fes eaux , lorfque le Soleil eft à Ton plus haut point. Ainii voilà un Déluge en Egypte, en même temps que la Terre efl cenfée brûlée par les ardeurs du Soleil , ou p^r les feux de Phaéton j ou le Soleil engendre aïors Phaéton avec Clymène ou VInondation : i4- èft facile d’appercevoir que les Grecs , des â|es poftérieurs aux Egyptiens , de qui ils defcèndoient, avoient perdu le fil des théories primitives de leurs Ancêtres , lorfqu ils forgèrent ces Fables bizarres. Mais ils ne s’en tin-rent pas à cette confufion : nous allons les voir tomber d’erreur en erreur. Suivons Deucalion , avant de revenir à Prométhée.

Deucalion fe fauve dans une barque avec fa femme. Peut-on méconnoître ici l’Egyptienqui , ne pouvant plus fortir de chez lui pendant cette inondation , vole en troupes innombrables fur les eaux, dans fes barques de papyrus ou de jonc , dont le Prophète Ifaïe a fait mention. Deucalion , échappé au Déluge, va confulter l’Oracle , pour favoir comment il reproduira le Genre-Humain. Mais Deucalion avoit fa femme. Falloir -il d’autre moyen pour ces ^ues > L’Oracle étoit donc inutile. La Fable a fingulièrement déguifé ici la Vérité. Voici l’énigme. Cet Oracle eft le Prêtre Egyptien que le Peuple va confulter après l’inondation ^

demandant quel point l’eau a marqué fnr le -Nilométre ,& fi l’Egypte aura une récolte fuffifante, enfin fi la Nation va recevoir une nouvelle vie. Dès que le Peuple étoit rafiuré fur fon fort , on reportoit en pompe le Nilométre dans le Temple de Sérapis (ou mieux Ser-Api ^ c’efi:-à-dire Colonne ou Verge mefurante^ & l’on rendoit à l’Auteur de la Nature l’hommage de reconnoiflTance que Deucalion rend à TOracle de Thémis. Mais nous ne voyons pas encore Pirra , ni les Pierres de Deucalion. Les voici: car il faut tout réunir ; & la Fable fournit tout.

Outre le Nilométre , qui étoît originairement une verge de fer,& dont je parlerai à l’article des Phalléphories , il y avoit aufîi dans un baflin du Temple de Memphis & ailleurs , à^s Nilométres , formés par des colonnes de granit , oii le Peuple n avoit aucun accès. Cétoit fur ces colonnes qu’on obfervoit quel alloit être le fort de l’Egypte , quoique tous les ans on transportât la coudée primitive du Temple de Ser^ apis dans celui d’x\pis , avec la plus grande pompe. Cétoit une Fête qu’il ne falloit pas ôter au Peuple , puifqu’elle préludoit à fon bonheur ou à fon malheur prochain. Ces colonnes de pierre , devenus l’indice du falut de la Nation , qui alloit retrouver une nouvelle vie dans la récolte fliture , furent, dans les fiécles pof- F f iij

4^4 Lettres teneurs, les pierres dont Deucalîoij créa une nouvelle race pour réparer le Genre-Humain.

Ceil: avec Pirra que Deucalion devint créateur ; rien de plus vrai. Le Verfeau a répandu , avec Tes eaux , fur le fol de TÉgypte , un limon qui devient un engrais des plus fertiles ; mais il faut la chaleur du Soleil pour animer ce limon: or Pi-ra^ en Egyptien , fignifîe , à la lettre , le SoUil. On voit que Pirra ne fut pas dabord une femme dans les premières traditions. Mais les Grecs , qui donnèrent une femme à Jupiter & à leurs autres Divinités, ne voulurent pas que le Verfeau ou Deucalion s’en paffât , quoiqu’elle fut inutile pour reproduire le Genre- Humain. Ils firent donc du mot Egyptien Pl-ra, qui paroiiToit féminin, une femme, qui ne pouvoit être que celle de Deucalion , puifqu’ils fubmergeoient tout. Il n’eft pas étonnant que l’influence du Soleil foit devenu Pirra , femme de Deucalion, lorfquon fait que cette même influence fut aufîi perfonnifiée fous le nom à^JJis y femme d’Oiiris ou du Soleil.-Voilà donc, Monfieur, à quoi fe réduit ce prétendu Déluge de Deucalion , & la reprodudlion du Genre-Humain , après cette cataflrophe : nous y voyons les théories primitives confondues de la manière la plus bizarre. Cela prouve en même temps combien on a tort de prendre ce Déluge fuppofé , pour celui dont parle

SUR l’Amérique. 45; j’ Moyfe,parce que quelques circonïlances , ajoutées par Plutarque & Lucien, d’après les Septante, ont paru les (i) identifier. Plutarque eft Couvent un bon-homme, c’eft-à-dire très-crédule. Quant à Lucien , toute fable lui convient.

Ne cherchant qu’à repaître fon efprit enjoué, il a pris de toutes parts ce qui convenoit à (qs vues, bien perfuadé qu’on ne croiroit pas plus que lui ce qu’il écrivoit pour s’amufer.

Voyons la caufe de ces méprifes. Les premières Colonies Egyptiennes qui pafsèrent en Grèce avec Inachus , Phoronée ou Danaiis y ont fans doute porté avec elle§ leurs Ufages Civils & Religieux : mais les rapports du local n’étoient plus les mêmes. Malgré cela, elles voulurent fuivre l’ordre de leur Calendrier primitifs On fait combien le Peuple tient à fes Ufages , & qu’il aime mieux s’expatrier que d’y renoncer. C’eil ce qui a tranfplanté des Peuplades Huflites & Calviniftes Françoifes en Dannemarck , & des Quakers en Penfylvanie.

Voilà donc des Egyptiens en Grèce , Contrée (i) C’eft ce qu*a très-bien dit M. Schenneberg, dans fou Diâionn. Mythologique Suédois, i«-4** , pag, %i6 i ce Wid hwilket tilfselle likwell ett otroligt miftag motte 3j forelopa uti tid raskningen 5 at fortiga andra omften- 30 digheter fom icka minder ftseta emot , fafc nogr* »3 kunna iiitrefFa ;?. J’ai traduit ce pafTage ci-devant^ Ff iv

4^6 Lettres où les combinaifons de leur Calendrier ne sac* cordoient plus avec letat des difFérentes faifons. N’importe : ils ont obfervé les mêmes Rits , les mêmes Fêtes , aux mêmes époques de Tannée , quoiqu’ils n en euffent plus aucune raifon légitime.

La Fête des Eaux fe célébroit en Egypte à réquinoxe de Mars, époque de la retraite totale des eaux du Nil : ils la célébrèrent aufîi en Grèce, à cette époque: mais, au lieu de puifer Feau néceffaire dans le Nil , ils la prirent au lac ou à la fource qui fe trouvoit la plus convenable à leurs vues. Ueau quon puifoit au Nil le confcrvoit, d’une année à Tautre, dans des vales de terre rouge (ou Ca-noF) : on pouvoit même la garder quatre ans fans qu’elle s’altérât, comme l’a très-bien remarqué Cafaubon fur le Liv. XVIL de Strabon. En prenant de nouvelle eau, l’Egyptien jettoit l’ancienne foit dans le Nil, foit dans l’un ou l’autre des canaux innombrables dont le pays étoit coupé. On renouvelloit même alors les vafes, comme cela fe pratiquoit au Mexique , à la fin de chaque cycle.

Mais l’Egyptien tranfplanté en Grèce n’avoît plus l’avantage de conferver aufîi long-temps Teau dont il avoit befoin. Deux raifons l’obligèrent donc à la Jetter; la première pour fatiffaire àTufage; la féconde, parce qu elle fe feroit

altérée. Mais où la jetter? Enfuite pour quelles vues > L’Egyptien jettoit la fienne pour figurer la retraite totale des eaux du Nil, qui s’étoient rendues dans le gouffre , ou le grand bafîin de la Méditerranée. On imagina donc en Grèce , comme en Syrie, de jetter ces eaux dans un gouffre que le hazard fit trouver ,& où ces eaux fe perdoient totalement. Voilà tout le myftère de la retraite des eaux du Déluge de Deucalion. Cette cérémonie étoit, en Egypte, accompagnée de la plus grande Joie. Elle le fut de même en Grèce & en Syrie. Il ne faut que lire Lucien pour en avoir la preuve. Ce n étoit donc pas une Fête lugubre. Cela eft fi vrai que les Hébrenx, qui avoient pris cette Fête de l’Egypte , difoient que quiconque nWoit pas vu la Fête des Eaux , ne connoiffbit pas ce que c’étoit que le plaifir. Ils verfoient Teau qu’ils puifoient dans un égoût pratiqué au pied de Tautel même; Se je ne doute pas que ce ne foient eux qui ayent porté la Fête des Eaux en Syrie. Je ne rappellerai pas la joie , les plaifirs, les excès mêmes auxquels on s’abandonne , à la Chine , les jours de la Fête des Eaux^ Je parlerai encore de cette Fête à l’article des Phalléphorics, Reprenons Prométhée. Promethc’ùs , Grec, ou Promethcs , Egyptien , comme nous allons le voir, font donc un même mot. Mais n’oublions

4-58 Lettres pas que Promithée^ félon la Fable, efl: père de Deiicalion : ce qui devoit être dans l’abus des théories de TEgypte. 11 eft vrai que celle-ci eft fmgulièrement déguifée. Cherchons en le vrai fens. Nous venons de voir que Deucalion n efl autre que VUrne pleurante ou le Verfeau^ & qu il àrrivoit , félon la Fable , un incendie en même temps quune inondation, en Egypte. Il femble même que Lucain ait parlé félon la traditioa que je rappelle , lorfqu il dit :

Et Dcucalîoneos fudijfat Aquarlus îmbres.

Cette inondation imminente étoit figurée dans le Zodiaque Egyptien , par le figne que nous appelions le Sagittaire ou VHomme qui déc&che iine Jlcche, Ce n^toit pas un homme dans les fymboles de TEgypte , mais une figure moitié cheval , moitié figure humaine , tenant une flèche fur un arc tendu. C’efi: fur-tout ce figne qui caradlérife le profond génie de TEgypte. On y nommoit cette figure -Ke/z-T/zor, c’eft-à-dire Vénus prolifique chez les Grecs , ou la force , rénergie qui féconde la Nature, comme Tindique le mot Ken , d’où les Grecs ont fait Gcnoo ^ latin Gigno, Voilà le vrai fens du mot Centaure f que perfonne n’a compris. Jobferve_, en outre , que la partie humaine de ce fymbole étoit le corps d’une femme, voilà pourquoi d’anciens Monumens nous préfentent les

Centaures comme femel/es , allaitant des petits; fymbole de la Nature qui fe reproduit chez Iqs Egyptiens.

Mais ce fymbole étoit armé d’une flèche.

Deux raifons autorifent cette idée : 1° Les Prêtres ou Sages de FEgyptcont voulu repréfenter par-là l’énergie puiflante qui alloit pénétrer la terre pour la féconder : voilà pourquoi l’Amour a eu des flèches, chez les Grecs. 2° Ils ont voulu figurer la rapidité avec laquelle tomboient de TEthiopie les torrens qui alloient grofîir les eaux du Nil. C’eft, conformément à cette idée, que le Tigre (i) ^ qui fe joint à l’Euphrate , eut ce nom , qui fignifîe féckc. Le Rhône , le Rodun , ÏEridan ont eu leur nom du mot Celtique Rod ^ qui fignifie une flccht faite, de rofeau^ félon l’ancien ufage. Voilà ce que M. Dupuis cherchoit dans le fymbole du Sagittaire. Mais il y a une autre obfervation importante à faire. Je rappelle donc ici une tradition mythologique, qui a pour bâfe ce fymbole Egyptien. Les Grecs nous difent que Neptune, ayant voulu jouir de fa (2) fœur Cérès , fe transforma en cheval , s’accoupla (i) Je fuis obligé de répéter ce que j’ai dit dans une Note fur une Lettre précédente. (z) C’efl Jfis qui accorde fes faveurs à Typhon, .

460 Lettres avec elle : que Cérès , honteufe , fe cacha pendant plufieurs mois , & ne reparut qu’avec timidité , Et te flava comas frugum mïtijjima mater Senfit equum, , dit Ovide, en parlant de cette circonftance.

Ce fut Pan ou le Soleil qui découvrit Cérès dans la grotte où elle s’étoit cachée,& alla en avertir Jupiter. Ce Dieu envoya les Parques pour la confoler & l’en faire fortir.

Qui n’apperçoit ici le {qws de cette Fable ?

Neptune s’accouple avec Cérès, c’eft-à-dire que l’eau féconde le fol de l’Egypte où Cérès, c’eft-à-dire le grain , va bientôt être enfemencé & caché pendant un temps détermine ; ce qu’indiquent les Parques (i) : mais c’eft à cette même époque que l’Egyptien alloit faire la guerre à ies ennemis , s’il en avoit. C’eft ce que défigne aufîi la partie du cheval du Centaure.

On me paflera cette digrefïïon fur ce figne duZodiaque : je ne pouvois l’omettre, puifqu’on ne l’avoit pas encore bien expliqué.

Le Soleil , confidéré dans le figne du Sagittaire qui annonçoit les pluies de l’Ethiopie, (i) On voit que la fable de Cérès & de Proferpine efl: originaire d’Egypte.

SUR l’AmIriqve: 461 U nommoient , chez les Egyptiens , OJtrls plw vieux ou qui alloit produire rinondation. Or c’eft, à la lettre, le nom de Promcthls ou (i) Pro^mcthés , SoUil producteur ds teau : ou mieux en latin, Sol’aqud’^gcnitor. ’ Les autres circonftances de la Fable de Prométhée ne fontpas moins intelligibles: «Ilprend » du limon, en forme une flatue qu’il anime » avec le feu du Soleil. Jupiter ou Ja-phtas , vt rame , le Reclcur du Monde , le punit de cette » aûion , en l’attachant fur le Caucafe,oii un y^ vautour , grypSyvient lui dévorer le côté droit. » Jupiter vouloit alors époufer Téthys ; mais » Prométhée l’avertit que, s’il 1 epoufe, il naîtra » un fils qui le détrônera. Ce Dieu reconnoif- » fant envoyé Hercule pour le délivrer », On eft réellement étonné , lorfqu’on fait ce que tout cela fignifie^ comment les phénomènes les plus fimples ont pu être déguifés à ce (2) point. Rappelions-nous que les aflres & les génies que les théories fecondaires leur ont donnés , ont fouvent été pris les uns pour les autres. Or c’eft particulièrement ici. (i) Les Egyptiens éçrivoient Pro-me-n-thes comme ATn-ephy Knephy pour Ke-epfi, ajoutant n dans les mots compofés pour lier les mots (Impies, (i) Mais “il y a une £agefïc- étonnante dans ces fyni’*; boles. T.

4^1 Lettres Prométhée fait une ilatiie qu’il arnme avee le feu du Soleil : c efl le génie de cet aftte qui dirige les feux fur le fol de TEgypte, dortt il defféche le limon , le met en état de recevoir les grains qui vont faire revivre la Nation. Jupiter l’attache far le Cau-cafc ou Montagne de la Barque ; voilà encore le génie pris pour Taftre. Cell le Soleil qui fe rend au folftice d’été , paroifTant alors planer fur cette chaîne de monts. Un vautour dévore Prométhée, du côté droit : c’eil le Gryphon qui part de l’Orient ,& auquel les Egyptiens faifoient (t) porter notre Globe au tour du Soleil. Prométhée efl fur la Montagne de la Barque , parce qu2 les Egyptiens fuppofoient que l’âme du Monde, ou fecondairement le Soleil , voyageant dans une barque avec les planètes , ne pafToit pas les cimes de cette chaîne de montagnes ; & j’obferve, en paffant, que c’efl à la même latitude que s’arrêta la Barque ou Arche de Noé : ce qui eft vraiment fort iingulier. Ce fait tien-droit-il aux théories de l’Egypte ?

Ne foyons donc plus choqués de voir , chez les Grecs, Hercule voyager dans fa coupe , qui lui fert de barque ,& fur laquelleWinkelmann a produit plufieurs médailles. J’ai dit que Cau’* café fignifîoit Mont delà-Banque ^ c’eft ce qu’on rfiii II — , -’ . Mj . 11. , m (i) Il tenoit le fyftème de Copermc,

SUR l’AM iR I Qu E, 463 verra dans la Langue Perfe (i)& dans d’autres anciennes Langues. ,; :

Prométhée avertit Jupiter de ne pas époufeij Thétis. Jupiter eil ici le Soleil. Les Anciens fuppofoient au-de-là du Caucafe une mer qu’ils appeiloient Cron ou (2) Glacée. Le Soleil pa- .l’oiffant s’arrêter au foiftice , les Poètes ont feint qu’il vouloit s’y fixer avec Thétys , Déeiïe dç la mer. Jupiter, reconnoiffaat, envoie Hercule délivrer Prométhée : c’eft le génie de ce adre qui va le prendre au folilice& le ramène vers l’autre Hémifphère. On entendroit peut-être encore mieux Téthys de l’inondation de TEgypte. ^ , Dès qu’on eft prévenu que les théories prî^ mitives ont été confondues avec les fécondai^ res, dans des âges poftérieurs , il eu. facile de fe tirer de cette confulion de<; Fables Grecques» Je ne crois pas qu’on puiffe les expliquer dame manière plus îimple. Je n’ai rien dérangé : j^ fuis les Fables telles que le temps nous les a * (i) Cau y montagne, pyramide, pointe 5 Cas, tâ-ZTc -oblongue , en forme de barque. Cos , en He’breu , &c.

Voyez Caftell. (i) Sans admettre que cette mer éxôit glacée , je crois que les Anciens étoient bien fondés dans cette alTertion: mais ce n’efl: pas ici l’occafion de difcuter ce -fait , dont j’ai dit deux mots dans mçs AdÂHipnis\am,Méimkcs 4i P. Ulloa, ^’ ’ / …,>/ … • •’:.

464 Lettres ., tranfmires. Deucalion , Prométhée , Jupiter J Ofiris, le Nil, le Verfeau, &c. tout eft refté dans rétat 011 je l’ai trouvé : cependant tout devient une théorie très-claire, & forme Tenfemble le plus cohérent.

Ceft donc bien à tort que la plupart des anciens Ecrivains du Chriftianifme ont voulu trouver chez les Grecs des vols faits à Moyfe & aux autres Livres Hébreux. Je ne vois rien de fî oppofé ; ou il faut convenir forcément que Moyfe ne nous a donné que ôqs théories Egyptiennes 5 fous Tapparence de faits pofitifs : mais quelChrétien ofera le dire? LesPères de TEglife, conduits par un zélé trop ardent pour la bonne caufe de leurs fiécles , n’ont pas affez fenti qu’ils faifoient le plus grand tort à la Religion qu’ils avoient intention de défendre ;& que vouloir que le Déluge de Deucalion ou d’Ogygès fût celui de Moyfe , c’étoit bouleverfer toute l’Hiftoire, D’autres ont fait de Prométhée un Forgeron, On appelloit à Athènes les Potiers de terre Promèthées, On en faifoit aujflî un Statuaire, Je trouverois ce fens dans la Langue Phénicienne.

Bro-mcth^ faifeur d’hommes. Mais nous n’y voyons pas toutes les circonftances de fon hiftoire. Ainfi fon nom ne peut être ni Grec , ni Phénicien. Je fais qu’on montroit fon tomteau à Argos. Mais Paufanias , qui rapporte ce fait.

StJR L’AMfeRÎQUÊ. 46$ fait , dit que Prométhée avoit toujours vécu è Opunte , où on lui avoit même bâti urt Temple. Il n’étoit pas plus mortel que Jupiter, dont on voyoit le tombeau en Crète , au profit des Prêtres de ion Culte* On a aufîi attribué à Prométhée l’inventiorl du feu, & d’avoir appris à le conferver dans ime férule. Soit. 11 étôit fort naturel de lui attribuer ces inventions , puifque , comme Vulcain, c’étoit le Soleil même. Mais Finvention du feu mérite quelque attention ; puifque tous les Peuples ont lu & favent s’en procurer par le feul frottement de deux bois. Cène peut donc être du feu vulgaire dont il s’agit dans cette tradition , obfcurcie par la fuite des fiécles , & par la réferve des Prêtres qui étoient dépofitaires du fecret : car on fait que les Prêtres étoient très-aé^ifs à fe faire révérer,& même craindre de la multitude.

Un monument Egyptien femble nous indiquer ce qu’on doit entendre par cette invention. Nous y voyons un bûcher arrangé fur une efpéce d’Autel; devant eft un Prêtre iqui porte le bout du doigt à un rayon du Soleil , comme pour en tirer une étincelle , & allumer le bois de ce bûcher. Ce monument eft, fans doute , bien fingulier. Mais ce n’eil que l’emblème d’u»e Science qu’on avait grand Tome II, . – G §

466 Lettres — foin de cacher au Peuple , & moyennant la-* quelle on faifoit defcendre le feu du Ciel, avec les éclairs& le (i) tonnerre , pour allumer les victimes , fans y porter aucun feu. Les Ouvrages des Poëtes , Silius , &c. Paufanias atteftent poiitivement ces faits , que nous pouvons expliquer aujourd’hui. :,••’. ^ Les Anciens n’ont pas connu TéleQricité , me dira-t-on ; au moins n’en avons nous aucune preuve. Quoique le témoignage de Tite-Live foit bien poiitif, je le laifîe de côté; ainfi que TuUus Hof^ilius ait été tué en faifant tom-ber la foudre , comme le dit cet Hiflorien , je ne m’y arrête pas. « Les Annales , dit Pline , » nous apprennent que , moyennant certaines » cérémonies facrées & des prières , on pou- » voit forcer la foudre de tomber ; au moins » obtenir, quelle tombât , Piinc Liv II, Chap, » LUI. il connrme enfuite le récit de Tite- » Live 5 S>L montre , P^ï” ^^s détails, conlbien w ces opérations étoient cachées fous le voile – »> du myftère ». Sénéque parle de même.

Mais Fart des paratonnerres , deftinés à fou-tirer la foudre , étoit connu dts la plus haute ^•:t^^j\ Voilà ce qui faifoit entendre le tonnerre, lorfc|u’on • introjdiiifbit les cercueils des Rois dans le Labyrinthe, ai non le bruit des portes d’airain , ccwnme le dit l’Auteui du Sèthos, Si^i s’eft trom^pé à cet égard. …,,,„

SUR l’Aui R I Q u E. 467 ’ Antiquité , dont rHiftoire Grecque fafle mention. Voici un fait rapporté par Ctéfias , & que je confirmerai par un autre plus moderne.

Photius nous a confervé de cet Hiftorien un ^fragment qui fe trouve à la fin de l’Hérodote, & dont voici un pafTage. « Concernant le fer qui efl au fond de Cette » fontaine , & dont Ctéfias dit avoir eu deux » épées , l’une du Roi , l’autre de Paryfatis, M mère du Roi. Or il dit, concernant ce fer, n que , lorfqu’il efl fiché en terre , il dé- » tourne les nuées, la grêle & les (^i) foudres^ >f ( Prefîéroon ) ». Vous favez très-bien que ce mot défigne la foudre , & non la tempête , comme lesTraduQeurs anciens l’ont mal rendu. , Je ne veux que vous pour juge fur le fens de ce mot. Voici le fait plus moderne. Selon le célèbre P. Cofle de l’Oratoire : « Au Château M de Duino , fitué dans le Frioul , au bord >3 de la mer Adriatique , il y a , ^^ temps im^ • »> mémorial^ fur un des baflions de la place, w une pique plantée verticalement , la pointé en «9 haut : quand le temps menace d’orage , la fen- >3 tinelle qui monte la garde à cet endroit, /^rij> fente aufer de cette pique, c^/«/ d’une hallehardt. » qu’on laifTe toujours là pour cette épreuve’^ w & , fi le fer de la pique étincelle beaucoup ’” ” • ’ • (j) Pa^. Éi S , Edit. de T/iom. Gale.

46B Lettres » à l’approche de celui de la hallebarde , ou » qu’il Jette par fa pointe une petite gerbe lu-* » mineufe , alors il fonne une (i) petite clo- 99 che, qui eft auprès, pour avertir les gens 3> de la campagne & les pêcheurs , qu’ils font » menacés d’orage \ & , fur cet avis , tout le » monde rentre ^>. Météréolooie ^ pag. 71. Liv,L A qui pourrolt-on perfuader que cette pique , qui eil là de temps immémorial^ fur le rapport d’un homme digne de foi , y a été placée par hazard , & que , par un autre hazard j on a elfayé d’en tirer à^s étincelles à l’approche d’un orage ? Oui , Monfieur , foyez perfuadé que c’eft le rede des anciennes théories Etrufques , dont Pline fait mention : & croyez, d’après ces preuves certaines , que l’éledricité étoit bien connue des Anciens. Voilà ce feu de Prométhée , dont les Egyptiens nous ont confervé le fymbole dans le monument que rapporte VAntiquité expliquée. Nous pouvans adueliement appercevoir tous ces phénomènes électriques que Meurfius rapporte , fans avoir pu les comprendre de fon temps. (i) Une perfonne, qui m’avoit parlé de ce fait , difoic qu’on avertilibic au fon du tambour. J’aime njieux creiie le P. Cofte.

SUR L*AM E R I Q U E. 46^ lorfqiul parloit des (1) initiations aux myflères d’Eleufis. Lifez cqs PaiTages Grecs ,& ils frau-, roiît rien d’obrcur pour vous» N’abandonnons ’ pas Ctéfias qu’Ariilote a décrié par tout , afin d’établir (es nouvelles théories phyfiques. Les Anciens connoiffoient aufîî des phofphores que nous ignorons de nos jours , & avec lefquels ils embrâfoient des matières combuftibles : ainfi ne voyons plus , avec étonne- ’ ment, une Veftale rallumer , fans le miroir^ dont j’ai parlé , îe feu facré qu’elle avoit laiiTé éteindre. En voici un dont parle Ctéiias.

Un poiffoH qui pouvoit tirer à l’eau ,& noyer le bœuf, le chameau même qu’il faifjfToit , fourniflbit une graifle qui brûloit le bois, la-chair , &c, comme Je feu. Si M. Sparman , qui a connu cet animal , avoit lu Ctéfias , il n’auroit pas , fans doute , manqué de vérifier û fa graiffe produit réellement cette conibuftion : mais c’eft un fait perdu pour nous, jufqu’à ce que quelqu’un fe trouve dans les mêmes Contrées , réunifiant la lecture de l’Antiquité aux connoififances modernes. Ce que dit Ctéfias de la force de ce poifi!bn eCt indubitable^ puifque, félon M. Sparman, il noyé même un (i) Le tonnerre Ce fuifoit auffî entendre aux initiations des Egyptiens. Les Prêtres Grecs tenoient d«ur ce fecret.

47«. Le t t a ë s Eléphant , s*il le faifit à la trompe lorfqinl bôîr*^ Je me fuis un peu arrêté fur Prométhée : mais , les faits, que j avois à rapporter, étoient trop . iiTiportans pour nêtre pas préfcntés. ’ Je rçyiens aux Hydrophories par une autre digreiîion fur les anciennes théories de FEgypte.

Les anciens Peuples de cette Contrée , qui ont fervi d’exemple aux autres Nations, n ont connu de Fêtes que celles des divifions de Tannée rurale, dans les premiers âges. Les travaux , qui fe faifoient en commun, comme nous le voyons encore chez plufieurs Nations de Tautre Hémifphère, commençoient par des Fêtes,, & fînif-. folent par des plaifirs publics* L’homme , encore enfant de la Nature, quoique fous la direâion des Prêtres, ne connoiffoit de Loi que celle du befoin réciproque de chaque individu qui compofojt le Corps Civil , & n’avoLt, dans ces temps heureux de FËgypte , qu’un Jhéifme pur pour Religion. Si on lui préfenta des fymboles, ce fut moins pour le tromper que pour lui indiquer par ce langage muet , ce qu’il avoir à fuivre, s’il vouloit fatisfaire, fes befoins;ces premiers fymboles furent auffi fimpîes que les déiirs.

Mais aucune Divinité paiticuîière n’en étoit l’objet , quoique tout fe rapportât_au^grand Etre. .’.•-.;. -., • • .-.’. <^f •’• Cependant l’état du ciel parolfîbit trop lié à celui de la terre , pour ne pas attirer les

SUR l’Am erkJuït: 471 fégards de Thomme , qui en combinoit les influences avec ce qu’il attendoit de fes travaux champêtres. On quitta peu-à-peu les théories phyfiques , pour voir du merveilleux dans chacun de ces adres qui déterminoient le cours des travaux;& Thomme, oubliant que la terrô lui rend toujours , années prifes Tune dans Fau^ tre , le fruit de fa peine , devint curieux , & bientôt fuperftitieux* Chaque aftre eut fon génie qui en régloit l’influence, & le Sabéifme prit la place de la Divinité, connu fous le nom ^Ame de la Nature. Le Culte des (i) Génies devint bientôt général. Des Prêtres, moins inflruits que leurs prédéceffeurs des théories primitives, entretinrent cette erreur, qui fut enfuite caufe de l’Idolâtrie. L’homme avoit d’abord été vraiment Phyficien ; mais , à cette dernière époque î» il n étoit plus que matériel : auffi-tôt il eiit peur* La crainte lui forgea des Etres méchans,toujours prêts à’ lui nuire. Us étoient difleminés dans l’air, cachés dans les grottes, errans dans les plaines , infidieux , jaloux <lu bonheur de l’homme , & cauCes à^s phénomènes extraordinaires, qui paroiffoient autant de figues menaçans. Le Prêtre ignorant en fut l’interprète.

Il réufîit malheureufement une fois;& l’homme ^ (i) C’eft-à-dire Dieu fid’alterne , félon le fetis <î^ iian , dans les anciennes Langues du Nord.

47^ Lettres ^ lui fut affujetti. Une réuffite de pur hazard Vaut cent années d’expérience pour tout homme qui efl peuple : or c’eft le plus grand nombre. Un Cornus , chez un Peuple ignorant , en eut fait trembler toutes les Claffes , fur-tout Il , comme pluiieurs anciens Légiflateurs d’Egypte , de Rome , de Tlnde , il eût eu en ion pouvoir la foudre & la tempête. 1 . « Il paroît cependant que la Haute-Egypte conferva long-temps d«s idées exades des connoiffances primitives qu’elle avoit reçues des Ethiopiens/Ceux-ci avoient le dépôt des anciennes traditions dans ces Colonnes de la Sériade ou dans ces Siringes , que quelques individus des Atlantides , échappés à la dernière révolution du Globe , avoient fu interpréter.

On en avoit fait à Thébes la bâfe de FHiftoire & des Obfervations Aftronomiques des kg^s poftérieurs, en les tranfportant dans les Livres que les Prêtres confervoient, dit TerrafTon. Séchos ^ Tom, II, pag, 486; & il paroît que ces Observateurs > à qui la théorie même des Comètes n avoit pas échappé, félon Diodore, avoient bien faifi ces traditions primitives, que les Atlantides avoient tranfmifes à nos Continens. . ^l- s ,. ’ r^i^- Le Génie qui s’ouvre toujours fous un beau ciel, oii riiomme ne refpire qu’un air plein de vie j fwr-tQut lorfqull ne gémit pas fous la

SUR l’AM E R I Q u E. 473 verge des Tyrans , tels que ceux qui dévaftèrent enfuite l’Egypte , leGénie , dis-je , devoit y faire (ailir, plutôt quea aucun autre lieu du Globe, les rapports qu’ily avoit entre les Phénomènes céleftes & les travaux de l’Agriculture. 11 ne s’agiiToit plus que de vérifier les Obfervations antérieures à la révolution ; & bientôt la Haute -Egypte eut fon Calendrier réglé, lorfque toutes les autres parties du Globe n étoient même pas encore à l’enfance êiQS Arts# C’eft même dans les rapports du ciel & de la terre que les Ethiopiens, premiers maîtres des Prêtres de l’Egypte , avoient puifé les principes de la morale qu’ils enfeignèrent aux reiles des Peuples . confervés fur leurs montagnes qut s’élèvent à cinq lieues au-deffus du niveau de la mer. D’un autre cbié , ils avoient bien fenti qu’il faut au Peuple une Religion fenfible ,& des objets quidevinflent le livre où l’homme,qui n’a que ï^s bras & fes mains pour apprendre à penfer , pût parvenir à connoître TAuteur de la Nature dans des emblèmes palpables. Mais , trop févères pour ^qs hommes neufs & à peine échappés au bouleverfement général, ils profitèrent de la crainte qui glaçoit enco4?e les cœurs au feulmot de ^ vengeance cé/efle^pour conduire en maîtres des hommes néceflairement bons, & qu’ils dévoient plutôt rairùrer. Ils l’accablèrent fous le joug de «tille cérémonies, qui les ren-

-f74 Le t t r î: s dirent fiiperflitieux, & les dirposèrent mnû ) fans y penfer, au Culte IJolâtre, qui a été même celui des Nations les plus éclairées, parce que le Peuple ne fait jamais diflinguer l’objet du figne par lequel ont veut le lui faire conce-* voir , û Von fort de la fphère de fes befoins. – Cette févérité pafTa chez les Prêtres de Thébes, dont la Morale, Vraie dans fon principe, étoit fauife dans l’application,parce qu^elle ëtoit trop dure. Le fcrupule , en dévotion , ne fait que des efclave;? , comme le lele^fans luipièr&^tQnd néceffairement à Timpiété. Voyez, à ce fujet ,rOuvrage des Erreurs & de la VéritL La Moraîe fut plus douce à Memphis , dans le Collège àzs Prêtres. Auflî ce fut Técole oii fe forma (ï) je grand.Légiflateur des Hébreux i où Pythagore , Platon ^vDémocrite ’ & autres Sages de la Grèce , puisèrent- les vrais principes de la Morale^ & les connoiffances phyfiqu^s qu’ils fe font toujours réfervées. Dans les beaux âges duRoyaume de Memphis ,jamais un Prêtre pe fut rinterpréte du Ciel qu’en prenantThomme par fa Rairpn,c’eil-à-dire par fon propre cœur, perfuadé que le Ciel ne peut parler qu’au cœur & non à Fefprit. L’idée d’un Etre fuprême ne pouvant que fe fentir & non fe comprendre , les conféquences qui en découlent n’étant non -‘liO’^^y*^; les Adts dis Àpotr^ii *>{v

s u R l’AM i R IQ tr E, 4fS p^us fondées que fur le fens intime , ces fages Prêtres ne cherchoient pas à pcrfuader des : rapports qu il y avoit entre le grand Etre 8c r rhommé; ils voiiloient que l’homme les fentît * lui-même, par le rapport de fon bonheur adueU- Le fens intime ne fe donne pas : ç efl pourquoi j toute preuve de raifonnement <leyient inutile . pour celui qui ne Ta pas, relativement à la 1 vérité d*une idée purement métaphyrique. Ainii ridée d’un Etre fuprême étoit fagement réduite,, dans le fyflême de leur vertueufe Morale, au c fentiment que chacun pouvoit avoir de la né-^> ceiïité de (qs devoirs rapportés à Tordregénéral ^.i qui ne peut fubfifter fans Tharmonie des rapr,? ports particuliers. Ce grand principe , que tou$i les autres Collèges de Prêtres ont ignoré, &: qui faifoit la bâfe de la Morale de Socrate.yr montroit à l’homme , dans les rapports de font: bien-être ., FAuteur de la Nature, dont il nôy peut fe former la moindre idée fenfible. Ses:> befoins contiuels le rappeîlolent fans cefîe à ce grand Etre, parce qu’il n étoit préfenté que.; fous le rapport de l’ordre général. On le (en- , toit ainfi fans le comprendre ; & c’eft ce que les âges poftérieurs ont appelle Religion , c*eil-. à dire Où/igadon ïnàïipQnfàhle de remplir les devoirs relatifs à chaque Claffe de la Société, dont chacun devoit rendre compte tous lc$ ans, ou il itolt banni pu vendu comme.

‘47^ Lettre^ efdave. En effet quel homme a naturellement le droit d’être oifif,& livré à la contemplation, tandis que les autres ne trouvent leur fubfiftance qu a la fueur de leur front ? La Morale de ’ Memphis avoit fait éviter cet abus, en conféquence duquel la moitié d\m Etat ne vit que de la fueur du malheureux , condamné à lefclavage du travail le plus pénible.

Si hs Prêtres de Memphis étoient occupés’ àes intérêts du Gel, ils n’en travailloient pa»^^ moins au bien de TEtat. Le célibat, qui leur ^toit interdit , ne les excluoit pas de Tordre ; <îes autres Citoyens, Ils çonnoiffoient les rap— ports de la paternité , & tous ceux qui con- ’ Situent réellement l’homme civil , ce qui les rendoit vraiment hommes : car , fans le fentiment de ces rapports, Thomme çiï hors de la fphère de THumanité. Leurs enfans, mariés detrès-bonne heure, étoient continuellement oc-^ cupés du Culte que la Nation rendoit aux Dieux de la Patrie; 6e leTrêtre nétoit pas obligé, par fon état même , de lutter avec violence ,& prefcfiiefans fuccès, contre les fentimens de laNature.

Dans ce fyfteme Civil & Religieux,Thomme fkux étoit, félon le vrai fens du mot, celui çiii s’hoit acquitté envers la Patrie en général , & envers chaque homme en particulier. Il n’étoît pins difficile de lui faire comprendre qu’il ^toit approuvé des Dieux de la Patrie. C’eil

SUR l’Amer i<5Uï^- 477 alnfi qu’on amenoit Thomme à Tidée d’un prc^ mier être, par Tidée de Tordre & du bien public.

Les volontés du ciel fe fentoient, parce que ces volontés n étoient que le fentiment de la droiture dont chacun eft en état de fe rendre compte, indépendamment de toute inftrudioa religieufe. Mais ces beaux jours de Memphis ^dirpariirent, parce que le Prêtre, moins éclaifé, s’écarta du vrai principe qui doit fervir de hàfe à toutes les Religions. Au lieu de partir de Tordre civil pour remonter au ciel , on voulut faire parler le ciel avant Thomme ; & tout fut perdu» Telle avoit été l’erreur des Prêtres deThébes.

Confondant en tout les intérêts du Ciel avec ceux du Citoyen , ils tinrent fans cefTe le bras de la Juflice armé pour punir une faute légère ou un écart , dont l’homme le plus réfléchi peut à peine fe garantir , parce qu’il eflhomme; & , ne diftinguant plus une erreur du vice, qui porte néceffairement au crime, ils ne laifsèren^ plus à réquité que la crainte pour terme, &à l’erreur le défefpoir. Des milliers de citoyens i’e jettèrent dans les autres Dynaflies, à meiure qu’elles fe formoient ; y portèrent les connoiiTances , plus ou moins direifbes , qu’ils ayoient acquifes à Thébes ; & cette Dynaflie devint ainii la plus foible de ces Contrées , après avoir été la plus brillante.

^47? ’ t E T T R es’” ^« Tout Gouvernement Hiérarchique fe détruit , par fon propre fyllême , parce que l’homme ne .peut-être en même temps au ciel & fur terre; & qu’il eu. impoiTible de conduire , comme homme, celui qu’on veut égaler aux Dieux. ; Le Fanatifme , cette pafîion meurtrière , qui eil de toutes les Seules & de tous les états, ne “fent pas qu’en ifoîant l’homme fur terre, fous le prétexte d’une plus grande perfedion , il le rend nécefTairement un poids accablant pour .la Société, dont tous les mouvemens doivent ^ être uniformes , fi l’on vent que cette Société fubfifte à l’abri de toute atteinte. Voilà comment , les fyrtêmes religieux 1^ mieux conçus fe font ^altérés & enfin détruits. La puiffance illimitée des Prêtres Ethiopiens s’étoit annéantie par la même caufe , avant la décadence de Thébes. îlls avoient ofé non-feulement difpofer du trône à leur gré , mais même ordonner aux Rois , , qu’ils créoient , de fe tuer , parce que le ciel le : vculoit 5 difôient ils. Plufieurs Rois furent aiTez lâches pour fuivre ces ordres , & mettre leur .fceptre aux pieds de ces Pontifes; mais un Prince, qui fut que les Dieux n’étoient ni colères j ni capricieux , ni mécbans , ni cruels , ni . vindicatife, vengea la caufe des P<ois & du Peu- ‘ple, en faifant égorger enfembie tous ces or- .gueilleux Interprètes des volontés du Ciel. Il eil vrai que ces Rois , que les Prêtres dépô-

stJi^ l’ÂmerI’Que; 479 ifoîenîvn’étoknt: qoè des Prêtreis , & qu’ainfi ce^ attentat étolt peu de chofe dans un Goavernement Théocratique ; mais ils n’en outrageoient pas moins îa dignité Royale au’iis avoient ofé reprérenter aux yeux d’un Peuple ignorant. Ceft ainfi que Fexcès de Religîoh produit néceffairement les grands forfaits, parce que les extrêmes fe touchent. Voilà auffi pourquoi Ton vit, dans les fiécles ténébreux de l’Occident , fe renouveller plufieurs fois les outrages que les Ethiopiens avoient faits à la majeilé des Rois; & la France, fous Louis XII , le plus grand de (qs Monarques , puirqu’il fut le meilleur, ne fut pas à Tabri de ces (i) hor- :reurs. Mais ne faifons pas de parallèle; il feroit trop affligeant pour nous ; d’autant plus qu’une , Religion plus refpedable dans fon principe , agrave encore ces attentats , qu’elle devoit faire éviter. Je voudrois que tous ceux qui font à : la tête des Gouvernemens de TEurope^ & les (i) On fait que Jules II. promit au Roi d’Angleterre de lui donner îa couronne de Louis XII , lui répondant même de Taveu du Concile de Pife. C’efl ce bon Roi de France <jui , foUicité de fe croifer contre les Vaudois , répondit. Us font mcïlUurs Chré’iens que moi , & rejetta cet avis fanquinaire. Jules II. étoit, comme AlexandreVï, un de ce?

Popcifes dont Baronius n’a pu s’empêcher de dire FlUù9 yff.rd’uipiùs jedebAt m throm Chrijli, …

4^0 Lettres citoyens des différens Etats, fiiffent pénétrés des leçons que le fage Amédès donnoit à Séthos, fous la plume du vertueux & favant Terraflbn, Liv. V^ pag, 4^6— 463* Les Prêtres d’une .Religion plus fainte appercevroient la limite où doit s’arrêter la Religion , le citoyen le refpefl qu il lui doit pour le bon ordre ,& le Prince & le Magiftrat jufqu à quel point ils doivent en prendre les intérêts. Jamais on n’a dtonné , à cet égard , de confeils plus fages, Lorfqu on envifage , avec impartialité , Iqs premières théories de FEgypte ,& les fymboles qui les tenoient fans ceffe fous les yeux du Peuple y on ne peut voir, fans admiration , que tous ces emblèmes rappelloient Thomme au grand Etre , en le rappellant à fes befoins, L’Egypte na réellement été Idolâtre que dans e fécond âge de fa Légiilation. Les Sages qui ont précédé 6c fuivi de quelques fiécles l’ère Chrétienne , n ont même jamais pris le bois & la pierre pour objet de leur hommage. Le témoignage feul de Martial fuffit pour le prouver :

Qiiî fin^h facros auro , vel marmore vuîtus , Non jac’u ilU Deos j qui rogat ille facit.

Cette Divinité ou cette ame univerfelle fut repréfentée fous divers emblèmes de Tun & Tautre fexes. Elle étoit mâle , fous les noms à’Athor^Athyr^ Tyr Q\x Thor , comme préfidant aux

aux ténèbres de la nuit & à la reprodiiûion du Genre-Humain. Les Slaves & le Theutons Font auffi appellée Tkor ou Tur, Ils tenoient cette dénomination des Scythes qui firent des excuriions en Syrie & en Egypte. C etoit la Vénus àcs Grecs , ou Aphrodite j mot purement Egyptien& non Grec, relatif à la chaleur produdrice du Soleil. Confidérée comme le principe fécondant qui donne aux germes leur développement, elle étoit encore mâle, fous le nom de Mendes ou Générateur. Comme principe aqueux, qui fait la bâfe de tous 1^ corps fans, exception, elle devenoit une abftraûion féminine , fous le nom d^Io ou de la ^ Lune , ayant la tête ornée d\m croiffant. Cétoit la matière première , dans laquelle les principes métaphyliques des êtres fenfibles fe corporifîoient , & paffoient de la poiTibilité à Fexiftence individuelle. Démocrite, Hippocrate , après lui , & Keedham ont aufîi vu, de cette manière, la caufe prochaine de tous les corps. Sous le nom âiljis , cette ame univerfelle préfidoit à Texiftence harmonique de toutes les parties de la Nature , & étoit adorée comme Déeffe de l’abondance. Elle difoit fur fa ftatue : Pcrfonnc na encore troujfé ma robe , pour apprendre que les opérations de Famé de la Nature font impénétrables à l’efprit humain. Préfentée fous le rapport àxx temps ,qu elle fixoit par le cowrs Tom^ lU H h

4%, L E T T R E 5 de Soleil , eîîè étoit abftradion mâîe dans M^- n^oeisy plénitude du temps, c’eft-à-dire Menés ^ ou dans Oeh-nl^ celui qui fait le temps , c’eilè-dire OJirls. Elle éîoit YIntcUîc^encc dans Neltk ou la Minervt , que les Grecs ont fait fortir du cerveau de Jiipiter. Kncph^ c’eil-à-dire le Soufle de vie cof/çu comme Tame des êtres fenfibles , repréfentoit cet efprit fubtil fous Temfaiême dune tête qui fe couvroit de deux ailes, comme Moyfe le figurolt fur FArche.

Le Nii préfentoit , en Egypte ,un phénomène bien étonnant dans la crue & la retraite régulière de (^s eaux. Il étoit la caufe prochaine de la fertilité des terres ; car jamais il n’y pleut , fi ce n eil dans la partie la plus baiïe , où cela n^arrive même que rarement. Ofiris fut cenfé préiîder à ce phénomène , parce qu*il arrive à des périodes fixes,& le fleuve en porta le nom.

Terraffon a très-bien expliqué la caufe de crue du Nil, dans fon Sàhos ^ Liv. J^, pag, 481. Les Autels qu’on avoit d’abord élevés à Tame de la Nature , comme préfidant à la fource de ce fleuve, furent enfuke confacrés au fleuve même: & , jufquà nos jours , il eut, fous le nom d’O- ^ris^ fon Culte & fes Prêtres à fa fource. Le Rhin eut un femblable Culte, à fa fource , chez les anciens Germains.

Tout étoit Mefure , tout étoit Agronomie .& Fhyhque, en Egypte , dans hs premiers âges

de la cîvilifation de ces Peuples, îorfqiril ny avoit pas encore d*Hébreux fur terre. L’ame du Monde , quoique diverfifiée par fes fymboles , y avoit le Culte le plus pur qu’on lui eût jamais rendu. Ces fymboles , adaptés aux viciflitudes des faifons & des phénomènes propres à la Contrée , donnèrent aufîi lieu d’imaginer des Dieux Métaphyfiques , qui ne défignoient que des faits purement physiques. Ainfi Typhon (i) ou Fcni’Géant^déii^m tous les phénomènes nuifibles , l’hiver., la tempête, les vapeurs malignes qui infedoient l’air , ou un vent particuher qui foufle de l’Arabie , & pénétre les corps au point de les décharner. Ce Typhon fut l’ennemi redoutable d’Ofiris & ci’Ifis. Le Sagittaire , outre ce que j’en ai dit , indiquoit , par fa forme demi -cheval & {on trait , la guerre queThyphon alloit déclarer au Nil ou à Ofiris , dont il difperfoit bientôt les membres dans les plaines.

Au folilice d’été , Typhon jouiffoit de toute fa vidoire. Le Verfeau avoit couvert l’Egypte des eaux. En vain auroit-on cherché Oliris ou le lit du fleuve : l’Egypte n’étoit plus qu’une mer : les villes y paroifToient autant d’îles. (i) Héiiode le fait préiîder aux vents humides. II a raifon. C’eft lui cjui amène les nuages d’oii tombent les pluies en Egypte, H h Jj

484 Lettres Peiî-à-peii les eaux baiffoient ; le Nil rentroit dans fon lit : mais les eaux laifToient encore des Lagunes^ & la plupart des canaux remplis; ce qui eft figuré par un poifTon dans un Zodiaque Egyptien. En&i le Soleil defféchoit le limon: la terre fe ranimoit; ce qui efl figuré par deux enfans. Les beiliaux, le cheval pou- Yoient enfuite parcourir les plaines, comme rindique le même monument : enfin on répandoit les femences j après un léger (l) labour; ce qui eft figuré par le taureau. Mais, en Mars, le Nil étoit defcendu au point le plus bas, pour recroître peu-à-peu. Cétoit alors qu’on faifoit la récolte. Cependant cette récolte étoit précédée d’une Fête générale. On alloit avec les Prêtres ,& en grande cérémonie , remplir dans chaque Di(lri£l , trois urnes que les Prêtres portoient dans le Temple refpedif de chaque emblème de Famé du Monde. Le Peuple puifoit enfuite au fleuve Teau dont il avoit befoin , & jettoit l’ancienne dans le fleuve ou dans les canaux. Cétoit alors qulfis faifoit entendre fon Jijire , en mémoire de la vi6loire qu’elle avoit (2) remportée fur Typhon. Elle avoit (i) Si le limon étoic rrop gras, on y répandoic d’abord du fable. (i) Ceft’la fiible de Beîlone cjui combat contre Mars & l’accable en lui lançant un rocher. C’eR: ault Typluk fous uii volcan.

SUR l’Amérique. 48 j recouvré les membres de fon mari, c’efl-à-clire que le Nil ne couloit plus qu« dans fes difFérens bras. Elle ne tardoit pas à retrouver les teflicules; car il eft faux, félon une tradition, qu elle ne hs trouvât pas. Ces teflicules étoient les grains qu’on recueilloit & qu’on engrangeoit.

Voilà comment Ifis ferroit ces tefticules dans une boite, pour en femer une partie en Novembre prochain.

Telle efl cette Fête des Hydrophones que toute la terre reçut de FEgypte , en adoptant fon Calendrier , quoiqu’il ne convînt qu a l’Egypte feuie. Cell ce qui prouve bien l’ignorance où étoient alors les autresPeuples, Perfes, Indiens, Chinois.

Les trois urnes pleines que les Prêtres gardoient dans les Temples, & dont Horus a fait mention , y refloient jufqu’à Tannée fuivante.

Ce fut, fans doute, une théorie phyfique qui fit conferver cette eau , comme aduellement on examine la pefanteur fpéciiiqive du limon , pour juger du terme où monteront les eaux de rinondat/on imminente, ii je dois en croire le célèbre la Chambre, (i) … (i) Voyez fon Difcours fur la Caufe de Vaccroiifement au Nili accroifferaent qu’il attribue à la femientarion cîu citre c^ui fe crouve dans les eaux de ce fleuve, 6c qui, H h iij

486 Lettres ’^ Horus , (elon fon Traducteur Philippe ^ dit qn on gardoit ces urnes pleines^en mémoire du Déluge : mais il eft certain que cet ancien Tradudeur Grec Ta mal compris. Horus , qui étoit Prêtre Egyptien, ne pouvoit parler que de rinondation annuelle de TEgypte, puifque, félon la Phyfique desPrêtres, jamais cette Contrée ne fut expofée aux difFérens Déluges qui dévaflèrent les autres parties du Globe. D’ailleurs , les Slaves , qui Ont eu anciennement quelques théories Egyptiennes, avoient un ufnge analogue. Le Prêtre Slave (1) empliflbit de vin un vaîfîeau fait en forme de corne , & même de métal. Il le dépofoit, jufqu à Tannée fuivante, dans leTemple de fon Idole. Au bout de Tan, il Touvroit , examinoit dans quel état étoit le vin,& prononçoit , d’après la quantité qui s’y trouvoit de moins , fur l’avantage ou le défavantage de la récolte prochaine. Cet ufage des Slaves étoit-il fondé en expérience? c’efl ce que i*ignore. Mais je me crois bien fonde à dire que le Prêtre Egyptien ne confervoit pas Peau du NU, fans en avoir quelque raifon dit-il , les fait monter par-defius les bords. Je le cite d’après l’extrait qu’il y a dans les Tranfafi. fhiljfoph. Tom. I. pag, 251. Edit. j4ngL y n’ayant pas l’Ouvrage fous la main. (0 Voyez M. le Clerc, HiJIoire de Ruffis. . ^

SUR jL’AM i R I<J U E. .^57 pliyfique; & je ne dis rbn de trop, en affùvaat que c’eJfl-là roriglne de rHj^tkoeantie.^ Prévenons une objeûion, avrdit de paûer à la Chronologie, Eiiflathe donncroit peut-être lieu ide croire .‘que TAûe , en général^ n’a pas r€;ç« de l’Egypte la Fête des Eaux. Il nous dit, fur le vers 1130 de Denys Périégéte,qne Je ile\ive Acéjinès y qm fe joint à rHydafpe , croît .toijs les ans 5 ,au folflice d’été , de quarante coudées , dont vingt fe répandent dans les terres, enmême temps que le Nil en Egypte , &c>. : mais c%Ql tout ce qu’il nous apprend, fans ritn dire de la Fête de l’Egypte;& ^iiicun Ancien ne. nous dit que cette inondation de l’Acéfinès, fût accompagnée, ou fuivie d^s mêmes cérémonies que celle du Nil. Ainfi nous ne devons rien fuppofcr,’ M. Larcher remarque aufîi , dans fon Hérodote , que le Ménan, dans le Royaume de Siam, & pluiîeurs autres fleuves de l’Afie & de l’Afrique débordent , tous les ans, en même temps que le Nil : c’eft tout ce que nous favons. Mais , ^n fuppofant que,les débordemens de cqs difTérens fleuves ayent donné lieu à une Fête ùqs Eaux analogue à celle de l’Egypte, cela prouvcroit encore que cette Fête n’ell: pas la commémoration lugubre d’un Déluge univerfel.

Ilme reflc à examiner la Chronologie. Fréret s’eft particulièrement occupé de la date du Déluge de Deucalion. J’ai cité fon Mémoira H h iv

48^ L Ê t T ft Ê s ’ ’ dans les Lettres de ce Volume. Mais, de bontie-^ foi , pouvoit-on s’occuper fenfément de fixer la date de Texiftence du Verfeau ? On a rapporté fon Déluge à l’époque de la réparation des monts Olympe& Ofla, produite par une recoure de tremblement de terre. Les Eaux , dit-on > qui s’écoulèrent par cette ouverture , fubmergèrent fubitement tous les pays oii elles s’épanchèrent ; & la Theffalie , qui auparava^ît étoit en partie couverte de ces eaux , devint totalement habitable. Rien de plus po/Hble que tout cela. Mais qu’y a-t-il de commun entre le Verfeau Egyptien & ces Révolutions ?

M. Larcher , que je me fais gloire de fuivre pour les dates , dit que cet événement arriva 1885 ^”^ avant notre ère. Trois ans après. Ou Tan 1882, on inftitua, en mémoire de cette révolution , les SanirnaUs ou les Pélories^ pour perpétuer le fouvenir de la féparuticn de ces c]enx montagnes (^Pcl-orles), Or Deucalion, félon rHiftoire de la Fable, ell poflérieur de plus de trois iiécles à cette convulfion du fol, qui auroit du produire fon Déluge. Âinfi cette date n’eft pas la fienne , qu’il foit Scythe ou Grec, a on le vent. En outre , c’efl la Fête des Pélories quon établit alors, non celle des Hydrophories * donc ce n’cil pas à cette fubmerfton qu’il faut rapporter cette Fête. A quel Déluge donc ? Je ne vois que les prétendus Déluges de la Syrie, ^

SUR L’AMiRlOtJE; 4S9 cît Ton en fuppofe plufienrs. La Fête des Eaux ne feroit par conféquent plus la commémaratioii du Déluge Grec , après lequel notre Deucalion fe feroit fauve fur le ParnafTe pour créer des hommes lythophytes. Ainfi Ton ne trouve de Deucalion que de dates imaginaires, dans la Fable & THiiloire , à moins qu on ne paffe en Scythie. J’avoue que là nous pourrons lui donner la date que nous voudrons , les enfans que nous voudrons ,& même la généa^ logie de Gébelin , qui le retrouve dans le mot Njciimus ou Noi l’Intègre, Malheiireufement , en trouvant le père Hébreu , il eft obligé d’aller chercher fa defcendanceen Grèce, pour trouver une longue fuite denfans au Verfeau Egyptien :

Spcciatum admïjfjî rifum Uneans^&c.Yoïlkcomment Gébelin fagote Thifloire de Moyfe. Mais c’eft une de (es moindres erreurs. A la faveur de quelques idées un peu plus dire6î:es , que n a-t-il fait une fable fuivie des aftérifmes du corbeau , de la colombe , de TArche de Noé , tranfformée en navire Argo : il auroit peut-être donné matière à quelques réflexions fugitives ! mais laiffons-là les fables. Abandonnons donc aufTi la Scythie , puifque , félon Prométhée , Jupiter, ou le Soleil, ne peut pas y être le mari de Téthys , de Clymène , ou de finondation ; ni Phaéton brûler la terre quand Deucalion l’inonde ; ni le iigne du Verfeau occuper

490 Lettres le ûgne du Lion ; ni les Hydrophorîes être Ist cérémonie de Teau qu’on porte en procefîion dans les Temples. Or nous retrouvons toutes ces circonllances réunies en Egypte, & dans lEgypte feuie : donc c eil-là qu il faut chercher le Déhige de Deucalion ou de TUrne pleurante > & Torigine de la Fête des Eaux , &c. Sîc.

Telles font , Moniieur , les réflexions par lesquelles j’ai cru devoir éclaircir ce point important. ”:iî ::i^ i;l

LETTRE XLVIII

PhalliphorUs ou Fcu des Phalls. Son Origine^ JE VOUS ai promis, dans la Lettre précédente, de vous communiquer mes réflexions fur l’origine de cette Fête qui , dans fon inilitution primitive , n’avoit rien que de refpedlable. On fe tromperoit donc au titre de ces réflexions, û Ton s’imaginoit que je vais entrer ici dans tons les détails des orgies infâmes que l’Antiquité a connues fous le nom Phalléphorks , dans des âges poflérieurs aux faines théories de l’Egypte; c’efl en confultant la Langue& les Ufages àQS Egyptiens , que je vais traiter cette matière.

La Fête des Phalls eft originaire de l’Egypte.

Cette Nation, qui tenoit diredement aux refies des Peuples primitifs, que la dernière révolution du Globe avoit épargnés , & dont les Prêtres éclairés firent de chaque ufage civil, de chaque travail , un objet vraiment religieux , & chez laquelle ccnféqUemment tout ce qui fervoit aux occupations jpurnalières même étoit révéré; cette Nation , dis-je , ne pouvoit , dans les premiers fiécles de fa conilitu- .ti®n civile, fe livrer aux çliffohuions àQs âges

492 Lettres qui avoîent perdu , en grande partie , la coth^ noiffance des vraies théories. Chez toutes les anciennes Nations , comme de nos jours , le Peuple a toujours refpeclé, avec raifon, le Sacerdoce, lorfque le Prêtre a fuivi (Iridernent les devoirs de fon état ; & il s’efl livré au défordre quand Texemple du Prêtre lui a prouvé que la Dodrine qu il prêchoit étoit fauiTe. Mais le Prêtre Egyptien fut long-temps fage , & le Peuple 5 heureux , pendant ces beaux jours du Sacerdoce. J’ai déjà dit qu’une colonne du Temple de Thébes portoit une Infcription par laquelle on maudiffoit le Prêtre qui, au lieu de s’appliquer aux Sciences, fe feroit livré aux plaifirs & à Toiiiveté. Ainfi tout Mènes , c’eft-à-dire , félon même le langage aduel àes Abyfîins , tout voluptueux, foit dans les plaifirs de la table , foit dans fa manière d’être , encouroit Tindignation publique. La Fête des Phalls ne pouvoit donc pas être licencieufe à cette époque* – ’ ’ \ ’- Les mots Phal & Prîape font Egyptiens. En vain a-t-on voulir les déduire d’autres Langues.

Les prétendues étymologies qu’on en donne ne fe rapportent plus aux circonftances : car voilà fur-tout ce qu’il faut bien confidérer dans les étymologies. Mais je m arrête d’abord à un pafîage qu’on pourroit objeder tant fur l’origine du mot , que fur le caractère de la Féi^e,

Vous favez , Monfieur, qu’il y a encore de nos jours des gens pour qui THébreu eil un Pérou Littéraire. Tout eil dans l’Hébreu; tout vient de FHébreu; tout doit retourner à THébreu^ parce quon ne peut rien expliquer fans THébreu ! . . , Déplorable aveuglement ! Mais ies Hébreux , Moyfe , d oit ont-ils eu leurs connoiffances?De Faveu de l’Ecriture même, c’eft de TEgypte : tenons-nous donc à cette iburce.

Voyons en conféquence le PaiTage qu’on a pluiieurs fois cité au fujet de cette Fête* S. Jérôme , ce dode & vénérable interprète de la Bibie a cru appercevoir Forigine de cette dénomination dans le mot Hébreu Phal^^ , défignant ^^ffrci & le tremblement. Il a donc vu Priape, ou le Dieu de rHelIefpont , dans le Miphh-et (l) du Liv, des Rois ^ Ck, XV^v, 13, félon la Vulgate. D’autres ont entendu Hécatt dans ce Paffage; d’autres enfin Belphégor y qui a été pour eux le même que Priape, Le fens de crainte & de tremblement ne fuffit pas pour décider , puifque Dieu même efl appelle la crainte des Patriarches ou Pahad, Néan- (1) On peut voir Selden & Bayer, Ton Commentateur, te les Epifrrammes attribuées au chafte Virgile, à la fin <îe la dernière Edition de Pétrone , qu’a publiée depuis peu M. Antoni, dode Profeffitur AUemaiid, On me permettra àt ne pas m’y arrêter.

494 Lettres moins, dans les théories fecondaîres , Priape’ ayant été la terreur des voleurs & des oifeaux , le fens qu a pris S. Jérôme , (eroit foutenable , quoiqu’il ne nous donnât pas Tétymologie. Le Dieu de Lampfaque étoit vraiment venu de l’Egypte , mais de TEgypte dégénérée. Les Syriens l’avoient aufli connu à cette époque. Si d’ailleurs on réfléchit au Paffage , par lequel le Prophète Ezéchiel peint les diflblucions des femmes Juives, Ch, XXllI , V, 20, PalTage que le plus grand libertin de nos jours fe feroit un fcrupule de traduire dans notre Langue , félon la force des mots Hébreux , il eil facile de fe perfuader que le Culte du Dieu de FHellefpont pouvoit leur convenir,& que la mère du Roi Afa s’étoit chargée, fans héfiter,de préfider à ces orgies.

Malgré cela, le mot Hébreux na rien de commun , pour Vorigine , avec le mot Egyptien. Il ne rappelle que le Culte de Priape, tel que les Colons Egyptiens, que Séfoilris avoit laiffés le long du Pont , Ta-voient établi en fe fixant dans ces parrages : mais l’Egypte avoit perdu pour |ors prefque juiquà l’idée de i^s théories pri» mitives.

Voyons donc le fens du mot Phal en Egypte.

Je fuis obligé de vous rappeller ici quelques détails de ma Lutrc précédente. J’ai dit que, lors du débordement du Nil on mefuroit foigneufement la hauteur à laquelle les eaux s’é/ô*

voient^ f^our cet effet on alloit chercher en grande pompe, la coudée qui fervoit à déterminer cette hauteur. On la meiura d’abord en plongeaîn perpendiculairement dans leau une verge de fer, fur laquelle on portoit la coudée facrée , certain nombre de fois _, félon la hau- ^ teur du cours du fleuve; mais enfuite on profita de l’expérience pour prendre cette mefure plus commodément. On avoit remarqué que la récolte étoit toujours abondante,” lorfque Teau montait à telle hauteur. Cette hauteur ne pouvoir être lamême pour les différentes Contrées de tout le cours du Nil. A Memphis , Teau devoir monter à feize colidées. On avoit donc porté feize fois la coudée facrée fur la verge de fer. Enf}.iite on marqua cette hauteur par une barre en travers , dont les croifillons , fixés à angles droite fur la tige, formoient luie vraie croix. Or cette élévation des eaux fe difoit en Egyptien P-al ou Ph-al ; Se la coudée fimple ou le Nilométre de feize coudées, fe difoit P-eri-epi , c’ell-àdire ce qui fait la mefure^ OU fimplement la mefure , comme chez nous toifc, perche , &c, La vraie mefure ou le Prlépi de Memphis étoit de feize coudée à la barre, qui déterminoit la hauteur ou Phal. Mais, on indiqua enfuite cette hauteur fur un monument confacré au Nil. UArt le repréfentaj félon la copie que nous

490 Lettres en avons au grand bafîin des Thuilerîes , couché& appuyé fur une urne, avec leize enfans, chacun d’une coudée de haut.

La verge eut enfuite indiftinQement le nom de Phal ou de Priîpi, On y mit un anneau, qui fervit à la tenir en la plongeant dans Teau ; & Ton en grava la figure fur les obélifques, fans cependant Ty repréfenter dans toute fa longueur, parce qu elle ne pouvoit être la même par tout le cours du Nil , comme je viens de le dire. Voilà donc cette croix à anfe, qui a tant embarraffé les Antiquaires , & qui cepen* dant eiî la chofe la plus fimple.

Le Diphal & le Tnphal n ont rien de plus obfcur. Leau ne montoit pas toujours dans la même Province , à Ja même hauteur requife.

Tantôt die reiloit plus bas ; tantôt elle s’élevoit plus haut. Dans le premier cas, c’étoit une année ded’iiette.On marquadonc au-defTousdela mefure requife, celle qui étoit toujours le figne de la difette , par une féconde barre , qui forjnoit alors une double croix ou un double Phal, Si Tcau montoit feulement à telle hauteur audeffus de la mefure requife, le Nil caufoit les plus grands ravages , portoit fur les terres un limon que le Soleil n’avoit pas le temps de deffécher à la retraite trop lente des eaux ;& ^ FEgypte étoit plongée dans une misère excoiilive. Ou marqua donc cette élévation funefte par

J)cîr une troifiéme barre ,& aii-deffus de la jufle mefLire. Telles font les raifons de la double & de la triple croix que lablonski n’a pas apperçues , non plus que d’autres Savans.

Chaque Contrée, ne devant avoir refpedivement qu une jufle niefure , étoit cependant expoféeâ des eaux plus ou moins groiles,comme Memphis.Onyeut donc aufîi la double &; la triple croixjou ledoubleou le triplePhalouTrlphallum^ comme dit Tibulle ,& on les grava fur tous les obéiirques. Le Lingbam à^s Perfes neil autre chofe que le fimple Phal de l’Egypte. Les Perfes en remportèrent cet emblème , lorfqu ils la ruinèrent fous la conduite de Cambyfe. C ell au^ j’ourd’hui le figne de la pjanéte de Vénus. On ne pouvoit choiiir un (igné plus convenable à cette Divinité , qui étoit le Thor de l’Egypte , puifque le fimple Phal étoit le ^igw^ de la fertilité & de la fécondité de tout le Pays.

Mais , avant de paffer outre fur l’article du Phal , voyons un autre emblème de la fertilité ou de la flérilité de FEgypte. Nous avons vu le Nil repréfenté par cette figure coloffale ,& la jufte mefure de l’eau par feize enfans : ce qui défignoit une bonne année ; mais la Fable nous a confervé un autre emblème qui fç retrouve dans XHlfloir^ de Jojcph , fils de Jacob.

Comme il efl relatif aux eaux du Nil , il faut Tome IL I i

49S Lettres en dii^ deux mots ; & ïon verra que j’aî e^ raifon de faireJ?rométhée Ei^yptien, ïo ^ fîilô d’înachus ie trouve niétamorphofée en vache. LaiiTons la courir où il plak au:^ Poètes 5 & expliquons la chofe. Ceux qui en-tendent les Langues anciennes lavent que, chez; prefque toutes les Nations primitives , ou au moins des premiers âges connus , lo ou la fut le nom de la Lumière ou de la Divinité: mais, confidérée fous un rapport féminin, en Egypte , comme je l’ai dit , en parlant d’Ifis , la Divinité ou l’Ame du Monde, fut lo^ c’efl-à-dire la Lune, La première phafe de la Lune ( ou le croisant) fut peinte fur le front de cette Divinité femelle, comme on le voit au centre du Zodiaque Egyptien de Bianchini. Enfuite ou mit plus groffièrement , de chaque côté de la tête y les deux pointes du croiffant , & l’on eut ime tête cornue. Mais cette Divinité étant femelle, il n y avoit plus qu’un pas à faire pour y adapter un corps d’animal auquel ces cornes pouvoient convenir, & remblême de la Divinité fut une vache. Les Egyptiens , qui n*ignoroient pas que la Lune ne brilloit que d’uni éclat emprunté^ firent io fille à’Ir.achus ; ^Ws eurent raifon. En effet Inackus étoit, enEgypte, un des noms du Soleil^ qi! ils appelioient Ein^ ach , mot à mo.t , en Latin , Anni-Rex ou Roi de l’année, Ypus excuferez donc, avec moi, ceux

s t; n l’AM Ê R î Q 17 E. 499 qui ont dit tant de chofes abfurdes fur Tétyïnologie du mot Inachus.

Là Divinité ou l’Ame univerfelle (J^htas)^ connue en Egypte fous lé nom diljis ou mieux ^Vi 9 “‘y ^^oit repréfentée par cet emblème que fous le rapport de Yabondance , comme Tin- ^ique ce mot ; mais , fous le nom ^lo ou lV/72- ; hlêmz ai la vache , oh avoit voulu marquer les conféquences de l’élévation différente des eaux du Nil, Ainii /o, ou la Vache ^ étoit tantôt graffe ^ tantôt maigre : ou plutôt une Vache maigre ^ une Vache grafle , défignoient le bonheur ou le malheur de TEgypte. Or voici la Fable qui le confirme.

Il eft dit que Prométhée , voulant éprouver il Jupiter étoit réellement auffi fin que lui, ïit un joui: cette proportion au Maître du Tonnerre : Jupittt ^ voici deux vaches ^ choljïs la mellieure. Ces deux vaches nétoient que deux peaux remplies Tune de viandes grafTes & fuc— ^ulentes , l’autre d’os tout décharnés. Jupiter prit celle qui étoit’remplie d’os/Sc fut d»pe,.

Voilà donc Temblême auquel Moyfe fait allufion. Il étoit naturel que Pharaon pensât en fonge à cet emblème , plutôt qu’à tout autre , puifqu il appartient à l’Egypte.

On voit en même temps que l’efpoir de l’Egyptien n’étoit pas toujours rempli,& qu’outre le Nil , avec fes feize enfans, & lé Nilométre, li i;

500 Lettres îl y avoit encore divers fymboles pour Indiquée le bien ou le mal que Je fleuve pouvoit faire au pays , ou ce qu’on pouvoit efpérer ou craindre, félon les différens états de Tatmofphère; mais je fortirois de mon fujet en m’y arrêtant. —• ”^ Voyons Forî^lne des abus de la théorie des Pliais ou des Nilométres,Ceux qui lifent favent que les Peuples primitifs ie repréfentoient la Divinité comme un principe igné qui animoit la Nature. Le feu tendant toujours à s’élever ^ ils prirent , en conféquence , la forme pyramidale (i) pour l’emblème de ce qu’ils concevoient fous le nom de Dieu, Mais , le feu n’ayant de vie que par l’air, ils figurèrent ces deux élémens par deux colonnes rondes pyramidales,& rarement ils les féparoient. Ce fu-rent les obélifques , chez les Ethiopiens & les Egyptiens; les colonnes d*Hercule ou du Soleil, chez les Phéniciens , les Chamanim , chez les Syriens , les Pênes ou Pénates , chez les Jrca”^ diens , les Romains , & différentes Peuplades (i) Le Soleil étoit repréfenté, en Laconie , par une pyramide, au tour de laquelle il y en avoic fept autres.

Chez les Syriens , le Dieu BkUis étoit une pyramide. Ils tenoient cet emblème des Egyptiens, qui avoient porté les connoifTances adronomiques en Syrie & en Caldée ^ comme les Babyloniens le reconnoilToiem eux-mêmes.

sxjn l’Amérique. jar Aes îles de TArchipel, dont les médailles les préfentent aux portails des Temples. Macrobe obierve qu’on en faifoit auffi de forme quarrée, comme pour indiquer les quatre points cardinaux du Globe. Les pyramides de l’Egypte ont cette forme, & font (i) parfaitement orientées vers ces quatre points. Les Egyptiens préférèrent la forme quarrée, en pointe ou aiguille, pour figurer le Soleil par un de {qs rayons; en Egyptien Plra. Ainfi, dit Piine , le Soleil étoit bien repréfenté par {on emblème. Les Grecs les ont nommées obéllfques ^obHos^ qui fignifîe proprement une broche^ ou un inftrument pointu, une aiguille. Je parlerai ailleurs Aqs colonnes d’Hercule qu’on na pas bien conçues. Les Pénates des Romains ou des Arcadiens étoient ces mêmes colonnes , comme le déligne le mot Phénicien Pcn , pointe , fommité , cime. Les Arcadiens étoient originaires de Phénicie , & s’en étoient fauves, comme les autres Habitans des Villes que bouleverfa le tremblem=ent de terre, à la fuite duquel fut abforbée File qui étoit dans le lac <le Sodome. Je dirai , en paflant , qu’il y parut alors un volcan, qui y brûla long-temps ,& en (i) Voyez la DïJenation de M Paudon fur Us Py^ ramidesi {il y a des chofes très- intéreflantes à favoir } & l’Elojrc de Cka^ellc , par Fontenelle.

502 L E T T R E S infeda les eaux (i). Ceil le lévlatlian ie Job:

Lorfquon fortoit la coudée facrée du Temple de Sérapis , elle étoit fichée , par le bas , dans «ne petite pyramide portative , ornée à fa pointe d*une couronne rayonnée , pour repréienter le Soleil , emblème de la Divinité à laquelle on Tavoit confacrée. Une joie extrême accompagnoit cette cérémonie , à la fuite de laquelle on déterminoit la mefure des bienfaits d’Ofiris ou du Nil. Le Peuple voyoit , dans cet emblème , ce que les Romains , ou plutôt l’Arcadien fixé en Italie, voyoit dans fon Dieu , ^t:iur ou Jupher Lapis , (2) Jupiter j4nxur, par abus de mots» & qui n’étoit autre chofe qu’une femblable pyramide.

J’ai dit , dans la Latre précédente , que cette coudée fut indifticlement nommée Priépî (i) L’Hîiloire, qui a confervé la tradition de eet événement , ne pennée pas de douter que Sodcme & plufîeurs autres villes périrent de cette manière. Moyfe profita de cette caraftrophe , la propofant comme un exemple terrible de la vengeance Divine, afin de détourner Ton peuple du vice horrible dont il lui parloir , peut-êrr« avec beaucoup de ralfon. (z) Les Arabes avoient aufîl leurs Vhns Lupis gh Tkrre quanée ^ pour emblème de l’Ame du Monde : ellea été, pour cette raifôn , rcmblême dé l’I^ternùé.

SUR L’A M É R I QU E. pj Cil Phal^ parce que Ton confondit rinftrument avec h hauteur de l’eau quil déterminoit. Mais , par la fuite , cet inftrument > révéré , depuis long-temps , comme le fymbole de la finïliîé , & de la féconduê , devint , de même que Typhon & autres , un Dieu métaphylique que les Grecs connurent fous le nom de Priape ^ muni d’un Phal ^ qui étoit rinllrument de la génération. Ce fut l’Egypte même qui donna lieu à cette méprife. D’autres Peuples de l’Aiie , & la plupart des Contrées de l’ancien Hémifphère , admirent ce Dieu, qu’on retrouva même en Amérique , à Panuco , à Culvaca (i),déiigné par les mêmes attributs que dans nos Continens. J’ai obfervé qu’on en céiébroit encore les orgies en France, il y a cent cinquante ans : il y étoit pafle d Efpagne.

La ville de Ncbriffa fut fur-tout renommée par le Culte de fon Dieu Onkam , qui efl le même que Priape , défigné par fon Phal ^ undgine tumcns , félon le fens du mot Grec Orchos, J’ai dit, dans la Lctire précédente, qu^ la Divinité où l’Ame univerfelle , confidérée fous le rapport de la génération , avoir été nommée Mendcs ou Prjducicur y Dieu mâle méthaphy- ^i) Voyez Beyer fur Sclden de Dûs S^fk. ’ 1 1 -jiT

; 504 Lettres iique. On lui confacra (i) le Bonc , dans nti Temple particulier, comme iymbole vivant da rapport fous lequel on Fadoroit ; parce que cet animal eu le plus falace des quadrupèdes , & le plus porté à la reproduction. En effet le Bouc s’accouple avec \qs femmellcs de tous le$ quadrupèdes, ii on le laiffe faire,& même avec les volatils , comme je Tai vu faire à un petit Bouc du Cap. La Dinde qu’il voulok faillir ne fe refufoit pas à Tes carrefles, La falacité d’un pareil animall n infpiroit pas des fentimens vertueux à un Peuple qui ne voyoit plus que des libertins dans fes Prêtres , corrompus par l’excès de leur bonheur; & le fymbole vivant de la Divinité produQrice fut confondu avec le rapport fous lequel on la confidéroit.

Au lieu de la petite pyramide dans laquelle on £^chôit la coudée facrée qui fervoit à mefurer la’ fécondité que le Nil alloit répandre par fes eaux, on fe fit des figures arbitraires , auxquelles on mit un Phal de forme naturelle, Gonfidéré com.me l’inilmment de la fécondité.

On en mit jufqu’à trois, pour s’accorder avec la triple croix, & l’on y ajouta le faotum^ ou (1) Quelques Savans ont cru que \t mot Mendès figniife £quc i mais c’eft vwie ttrang* etieur.

SUR l’AMERIQfUE. ÏOj ïa Nature prépare le principe de la repro’duction» Des femmes, qui portoient ces figures obfcènes , furent affez licencieufes pour les promener de village en villagejCn remuer&(l)faire lever les Phals de forme naturelle , moyennant ÙQs fils tels qu’on en voit à ces petites figures que nous appeîlions Pantins» Le Soleil fut repréfenté par un homme travefti en Bouc , armé d’une torche allumée » telle qu’on en voit aux figures de Pan , fur les belles médailles que Spanheim a fait graver dans (qs Céfars de Julien , ou dans Bianchini & autres Antiquaires. Ainfi commencèrent les Priapes. A leur origine , ce n’étoit qu’une pompe très-décente & même religieufe , dans laquelle on tranfportoit la coudée facrée d’un Temple à un autre.

Les hommes , traveftis de cette manière, avoient pris leur dénomination du mot qui défignoit auffi la Divinité ou TAme univerfelle, fous le rapport du penchant qui porte tout animal à Faccouplement. Ce nom étoit Thor^ Thyr ou Tyr y &c, Ainfi ces gens furent nommés Sa-Tyr ^ c’eft-à-dire Adorateurs de Tyr on autrement de Venus, Cette théorie , que les Scythes connurent dans les cxcurfions qu’ils (i) Hérodote, Lïv. II, dit que cette agitation dés Phals écoit un myftère (ju’oii ne vouloit pas expliquer.

Jo6 Lettres dirent en Afie& jufques dans l’Egypte, efî rap-^ pellée chez les Slaves, où r^rëtoit proprement Tanalogue de la Vénus ou du Mcndxs de FE-gyte , comme je Tai dit» Mais TyryThor ou ^/^yr,étoir aufH le rapport fous lequel on confidéroit la Divinité comme préfidante à la nuit. Ce fut en effet pendant la nuit que fe célébrèrent, dans le fécond âge de TEgypte, ces orgies fcaiidaleufes. LqsSatyrs^ les Pans^ armés de torches ardentes , conduifoient les troupes qui les fuivoient _, fur les montagnes où Ton célébroit les plus honteux Myflères. Cette difcipline ( l ) févère , QititQ morale pure , cette aiîiduité au travail & à la méditation , qui avoient fait le bonheur de l’Egypte , nétoient plus connues ni du Prêtre, ni du Peuple. C’étoit à lui feul que le Prêtre rapportoit tout depuis îong-temps. Le nom de fon Dieu étoit m.ême le moyen qu il employoit (i) Cette difcipline étoit {î févère, que de j^eunes Prêtrèfles de feize ans , uniquement couvertes du voile de la décence publiquî , portoient les corbeilles facrées , dans les pompes Iliaques, fans faire plus d’imprefîion fur les Prêtres que les jeunes Lacédémoniennes , qui lUttoient nues , aux afTemblées j devant le nombreux concours de la jeunefle de l’autre Sexe. Mais nos mœurs ue nous laiiTent pas mêm^ l’idée de cette auftère Vertu : ainli nous devons la me* prifer»

SUR l’Am é r Iq u e. 507 ^ pour fédiiire la femme qui fe feroit refufée à fa lubricité. L’honneur de coucher avec un Dieu peut au moins flatter une femme crédule , autant que celui d’être la maîtreiTe d’un Roi* On fait que ce fut une pareille fédudion qui fit cbafTer de Rome liis & fes fuppôts. Combien d’autres n’auroit-on pas du en chafTer, pour cette même raifon. D’un autre côté, l’extérieur fingulier des Prêtres d’Ifis avoit quelque chofe de bien choquant pour ces £ers Romains qui voyoient la terre affujettie à leurs Loix. Couverts d’une méchante houpeîande , ils avoient la tète rafée , une barbe pointue & marchoient pieds nuds, faifant entendre une fonnette pour demander les charités dont ils avoient befoin, & mettoient ces bonnes œuvres dans une be-face qu’ils ne quittoient pas. Cet extérieur bizarre aura fans doute été une féconde raifon pour les chaffer de la ville.

Ce fut dans cet état de corruption que ces Fêtes pafsèrent en Syrie , en Grèce , dans rinde , en Amérique même : elles furent fur-tout célèbres dans l’Hellefpont. Priape fut cependant chaffé de Lampfaque. Maïs les femmes chagrines, trouvèrent le moyen de rendre leurs maris malades ;& attribuèrent cet événement à Texpulfion du Dieu. On confulta TOracle ; & le Dieu fut rappelle. Si l’on en croyoit une tradition greque, la Fête des P/ials ne fut intro-

joS Lettres diiite que difficilement à Athènes, qiii avoît encore des mœurs ,& les perdit à cette époque» Pégafe y ayant apporté d’Eleuthère , ville de Béotie , des figures de Bacchus (le même qoe Priape , félon le Scholiafte de Théocrite ) , fut un objet de rifée pour tous les Athéniens.

Bacchus , irrité de cette réception envoya aux Athéniens un mal, qu’on ne connut pas , aux parties viriles. L’Oracle fut confulté. On reçut Bacchus , qu’on introduifit en pompe avec des Thyrfes , au haut defquels on avoit attaché la £gure des parties quf avoient été malades. Une autre tradition attribue à Mélampus d’avoir introduit ces Fêtes chez les Grecs, laiffant les ftatues ou figures que portoient les Egyptiens dans leurs cérémonies , & n*en prenant que les Phals. Au refle ces Fêtes y étoient de trèsancienne date. Les Dioilyfîaques le prouvent.

La Comédie d’Athènes , née de ces orgies , aux Fêtes qui fe célébroient avant & après les divers travaux de, la campagne , admit fur fon Théâtre \i^s Phaîs monftreux avec lefquels les Saiyrs de TEypte paroifToient dans les cérémonies licencieufes de leurs Fêtes. On repréfenta même fur le Théâtre d’Athènes des Pièces oii les Adeurs , transformés en Satyrs^ jouoient les rôles les plus indécens. Le temps nous a envié ces Pièces, auxquelles nous n’avons pas beau-coup perdu.On voit unAdeur avec fon appareil

SUR l’Amérique. yo? phallique dans le Traité des Mafques Anciens de Ficoroni. Les Pères de TEglife ont beaucoup déclamé contre ces Fêtes du Paganifme ,& avec raifon. Ils en ont rapporté toutes les indécences & le fcandale ; mais aucun n a eu affez de juftice pour les voir à leur origine.

Peut-être qu’ils l’ignoroient. Je ne vois même, parmi les Savans modernes , aucun Ecrivain qui ait remonté à l’époque primitive. Nous avons dans Hérodote», Athénée, Plutarque , &c. quelques defcriptions , plus ou moins étendues, de ces Procefîîons des Phals. On y voit encore des reftes de la première inditution , comme le vafe plein d’eau ,& les prémices portées, dans des corbeilles , par de jeunes fiUe^ : mais , en général , ce n eft que l’Egypte dégradée par l’excès de la licence. En effet quel plus affreux débordement que de voir une femme fe livrer publiquement au fymbole vivant de Mendès.

Les femmes Romaines , qui s’arrangeoient auffi ; bien de ces orgies que les femmes Juives, chez qui une Reine en étoit la Préfidente, avoient au moins certaine réferve quand elles fe marioient. Voyez , fur le Pojloon ou Mutunus ^ ce que rapporte Béyer , dans Ïqs Additions au Traité de Sdden de Dits Syris ^ pag, 235, Les Sa(yrs , dont on avoit en vain cherché l’étyraologie jufqu’aii moment où j’écris ceci , ayant été confondus avec les Faunes par des*

jjo Lettres circonûances analogues , il n’efl pas HUUÎle de favoir fi Ton peut les diilinguer par des caractères particuliers. La Dijfsrtaùon que M. Heyne a écrite fur les Faunes & les Satyrs me faifoit efpérer quelque lumière fur cet article; mais je n’y ai rienvu qui méritât la moindre (i) attention. Il propofe aux Savans de les diûinguer à l’avenir dans leurs Ouvrages, fans leur en diUinguer \zs attributs. Il fe plaint d’ailleurs de l’extrême confufion qu’il trouve dans les Poètes& les Profateurs anciens ; rapporte ce qu’on a dit , mais fans rien déterminer : ce n’étoit pas la peine d’écrire.

La Fête des Phaîs , & celle de FatiM ,femme de Faune , paroiffent d’abord bien difFércntes : cependant les Acteurs n*auroient-ils pas été les mêmes ? Remontons à l’origine du mot faune, La Grèce , l’Italie , le Nord Font.eu de l’Egypte : c’eft déjà une préfomption favorable à Tidentité des rapports. Nous trouvons le Soleil défigné ,. en Egypte, par P-on on Pk-on^ dont \qs Grecs ont fait Pdn^ les Latins Phon , écrit Po/2, dans l’ancien Idiome, enfuite Faiin ^ 6>l dans le Nord Fan. Or Pli-on^ Phon^FoUy Faun^ Pan ont défigné le Soleil & un Dieu qui ren^ (i) On la trouvera dans un Recueil imprimé che» Earrois l’aîné, à Paris,

SUR l’Amérique. fiv 9oît des Gracies. C’étoit Fan que les (l) Saga du Nord alloient cenfuîter pour leurs procédés magiques. Apollon, le même que Pan (Tua & Tautre Dieux Fatidiques ) eil trop connu par ies oracles, pour que je m’y aiTêre. Horace confond auiîi Faun avec Pcin , lorfqifil ies fait “paiTer Tun & l’autre du mont Lycée au mont Ménale : ainfi les médailles où Pan paroît avec des pieds de Bouc, des cornes, une torche à la main, courant vers la cime d’une m.odtàgile, conviennent également à Faune. Le Soleil , confidéré comme l’organe ou le principe par lequel rame univerfeîle donnoit la vie à notre fyflême planétaire, fut pris pour cette âme même. Ainiî Fan y Faun ou Fan fut repréfenté par reniblême vivant qu’on crut convenir le mieux à fou énergie prodii£lrice. Faune fut fils de Saturne, en Italie , c’eil à dire cette énergie vivifiante du Soleil, connue fous le nom de Saturne , ou d’aflre par excellence. Les Satyrs étoient {qs compagnons en Italie, comme ils étoient celui de Pan Egypte. MaisPan^ ou Bacchus , feloriMacrobe, & avec raifon , ne font que des noms ditrérens du Soleil. Ne loyons donc plus furpris de trouver des Satyrs ‘avecFaune& BacchuSy c’eil-à-dire primitivement des Prêtres du Soleil ou adorateurs de l’âme du Monde. Les Silhits (i) Vo-y^z Sturlsfo^

jii Lettres étoient d’autres compagnons de Faune,comme ils rétoient de Bacchus. Les Silènes paffoient même pour Fils de Faune. On voit donc que toutes ces Familles fe confondent. Mais Bacchus avoir fon vieux Silène pour père-nourricier : en voici la raifon : .

Quoiqu’il ny eût de vin en Egypte que dans deux Contrées , la vendange étoit fur-tout la Fête qui animoit le plaifir. Les Vendangeurs, vraiment déguifés en Bouc^ avoient à leur tête un homme expérimenté dans Tart de faire le vin : ce qui n efl pas une connoiflance li commune qu’on le croit. Cétolt lui qui dirigeoit les opérations du preffoir. Il fut donc appelle , chez les Grecs , Seilenc de Sdooj j’agite,& LenoSy preiToir. Mais , en faifant le vin , il falloit le préparer de manière qu’il fe confcrvât longtemps avec les qualités requifes. Cet homme devenoit donc le père- nourricier d^ Eacchus ou du vin. On verra dans le feul Traité de Baccius , quel foin les Anciens prenoient pour la confcciion du vin. Voilà donc le vieux Silène au milieu des Satyrs, repréCenté quelquefois vidant fon broc , ou le Carchefium , quelquefois l’ayant à fes pieds.

Il y avoit des Satyrs mâles ^ femelles : cela devoit être ; puifqu’il y avoit nécefîiiirernent des femmes à ces orfiîies licencieufes , ou aux Fêtes de la vendange. ^%s Grecs , qui font Pan

SUR l’Amérique. jij Pan amoureux de la Nimphe Syrlnx , indiquent aîTez les Cavernes ou les Siringes de l’Egypte, dans lelquels on célébroit \qs myftères les plus cachés de ces Fêtes. C’étoit auiîi la mut qaon célébroit les orgies de Bacchus , en Efpagne , oii les Ménades , armées de leur Thyrfe , portoient le Phal ou TOrthane , dux Féies de la vendange. îl efl d’autant moins iingulier de retrouver ces orgies dans un pays de vignoble , que quelques Colonies Egyptiennes setoient fixées dans la Bétique , où Fôn adoroit la Divinité fous le nom de Nithos, Or Mickos eu certainement le mot Nclth de FEgypte , qui défignoit , fous ce nom, la Mhie7’e à-es Grecs, ou l’efprit qui préfidoit à FUnivers , au moins lame Kniverfeîle.

Mais Faune , le même que le Soleil ou Bacchus , paroît auffi avoir été connu dans Tanclenne Italie , fous le rapport du Dieu des vendanges* Sa femme Fatua , un peu trop éprife de la liqueur du prelîoir, en fut févèrement punie. Cette bonne DéefTe s’avifa de mettre le nez dans un broc, & ne le quitta que quand il fut vide. Faune revient au Jogis , trouve fa femme ivre, prend une poignée de myrthe, & la (i) fouette fi bien quelle expire dans ïqs (i) La vérité eft que lesAnciens mettoient infiifer dss baies de myrthe dans leur vin, pour en modérer les funit’es.

JI4 Lettres bras. L(î châtiment étoit fédère. Au défefpoîxj d’avoir tué fa femme, la feule femme qui paffoit pour avoir été fidelle à fon mari , Faune lui bâtit un Temple, & veut quon Tadore.

Mais (es Fêtes ne fe célébrèrent que dans Tobfcurité ; ce qui leur fit donner lenom d’Oper-^ tanêes ; & tous les Dieux de fa clafTe ^ c’eft-àdire les Satyrs (i) , furent les Openl. Qui ne reconnoîtroit, à ce Culte fecret , les myftères des Slringcs , ou autres de l’Egypte ? L’Italie les appella les Mydères de la Bonne-Déeffe (2). 11 étoit défendu de boire du vin dans ces Fêtes myflérieufes. Mais on appella laît le vin qu’on y buvoit. Ainli tout s’y paffoit comme en Egypte.

D’après ces détails , quelle différence mettre entre lesFaunes& les Satyrs ? Les uns font également cornipédes& cornifronts;ou ils ne le font iii les uns ni les autres. On en voit avec toute la partie inférieure du corps , telle que celle de l’homme , ayant feulement une queue, de cx)urtes oteilles, un nez épaté & une grande bouche : d’autres ont tout le corps d’un Bouc , (i) Les Silvains, les Silènes. (x) Cette Divinité étoit Vame de la Nature , connue fous les noms à’Ops, Cyb’de , Melitta y Ajlarîe , lo , Vénus y Lilith, enÊ» Ijïs myrionyme ou de dix mille Noms» Voyez Selden*

^ V il L* Àivi E iai û fe. ^ i f Svèè àe petites cornes ou fans cornes. Les preîniers me paroiffent avoir été la repréfentation pure & limple des campagnards qui n’avoient pour habit qu’une peau de Bouc. Les autres font plus analogues à remblême vivant idu Dieu Mendès ou à fes Suppôts. Mais l’imagination des Peintres ou des Sculpteurs eft, je crois, ce qui en faifoit plus la différence , quô les attributs particuliers; & les Satyrs ou les Faunes ont été pris indiflindlement les uns pour les autres. Cependant il eft certain que toutes les fois qu’on a voulu repréfenter le Dieu Pan ^ fa figure étoit analogue à celle du Bouc, autant que l’Artifte pouvoit le faire. Ainû ce Dieu étoit par-tout Cornipédc & Comifrùnu . Leis Critiques ont donc perdu bien du temps ïorfqu’ils ont voulu nous donner la généalogip de Faune en Italie. La famille de ce Dieu cornu réclame contre toutes les dates. Que Mercure produife les Faunes avec la Nymphe Iphthims. ou vigoureùfe; ou que Bacchus en foit le père avec la Nymphe Nïcc ou vidorieufe ; que Tarmée de Bacchus ne foit même compofée que de ces hommes cornus dans Tlnde , ce ne doit pas être Tobjet de nos recherche^. Nous en conclurons feulemient que ce devoit être uué familic de la plus haute Noblejje ^ Se la plus tiom’^ breufe. Bartholin , ce célébré Anatomifte ^ tàp – porte, da’^s fes Qenturks y l’exemple de quelques K fc ij

ji6 Lettres hommes cornus , comme des accîdens très-rares ; 41 a aiiffi vu des femmes de cette famille ; entr’autres la nommée Mdmr : & dit qu’i/ na jamais pu Us guérir : il en a même fait graver les formes. Mais cette famille ne fut chez les Anciens qu’un écart de l’imagination : chez nous c’efl un jeu de la Nature : c’eft au moins Bacchus qui a réuni le plus grand nombre de ces Individus ; & j’en conclus qu’il étoit impoffible que le célèbre Huet crût c^uq Bacchus fût Moyfc^ lorfqu’il réunit txint d’érudition pour le prouver.

Mais n’a-t-il jamais exifté de Satyrs? Il ed certain que quelques Hermites de la Thébaïde l’ont cru. Les Suppôts de Mendès , dont le Culte fubfifta long-temps en Egypte, après la publication de TEvangile, apparurent, fous cçtte forme, à ces bons Sohtaires , leur parlèrent, leur afîurèrent qu’ils étoient des créatures mortelles que les hommes adoroient fous cette forme ; &S Jérôme l’a rapporté , comme un Ecrivain qui en eft réellement perfuadé. L’hifloire du Satyr apporté à Conftantinople , du temps de Conftantin , eft connue : mais M. Schennebers: airûre,avec raifon , que c’eft un conte imaginé fur un Paiïage de Plutarque.

Les Naturalises ont cru recor;ioître ces perfonnages imaginaires dans la première efpéce ,du singe ou l’Homme des bois. 11 efl UQS’]^oiiihlQ

SUR L*ÀM É R I Q U E.’ 517 fyxe les Anciens ayent vu Tun ou l’autre de ces animaux , dont la forme externe & interne eft û analogue à celle de Thomme» Mais pourquoi aller chercher au hazard des faits qui ne font plus liés avec tes circonftances qui doivent les accompagner? Aiïiiréoient lorfque TAntiquité a mis Pan fur le mont Lycée ou furie Ménale^ ou fur les montagnes de TEgypte ^ avec une torche à la main , & fous la forme du fymbole vivant de Mondes^ elle n’avoit en vue aucune efpéce de Singe. Un Sa-tyr étoit \n Jdarauur ou un Prars de CEire Générateur : il no: falloic donc pas fortir de la Théologie Phyfique de TEgypte ; ou plutôt il falloit l’avoir étudiée avant de parler de ces êtres dont le nom étoit une énigme. On eût alors trouvé ces Satyrs à la procefîîon des Pkals , aux orgies de Bacchus, comme le favant Médecin Arétée les.y avoit bien vus, arrecto veretro-. Les hommes velus , qu avoit pris Hannon fur les côtes de la.SerraJiôna, cQux que Ptolémée plaçoit dansune île du Gange , ceux que Mêla connoifîbit dans la Mauritanie étoient , fans doute , de vrais Singes : mais il fuffifoit de comparer le pied fourchu de Satyrs imaginaires des Poètes avec ceux des Singes , pour ne pas les confondre : c’efl aufTi ce qu’ont oublié les Yoya^ geurs qui ont voulu les identi£er. 11 me, reile à parler de la différence & dèt

pÈ Lettres la forint des Pkab, Cet indraniént y qiïî faî-i foit,, à fon origine, la partie fiipérieure duNila^ tnétre , ou urte croix , avec un anneau , de- • vînt , par la fuite , rinllrument obfcène dont l’ai parlé. C’eft tout ce que je puis en direici , renvoyant le Lefteur au Tom. 11. du Voyage de, NapUs & de Sicile de M, de S. N^ ïl a fait graver une fuperbe planche où Ton verra les différentes formes de ces Fhals d’ua âge poilérieur , avec tous tes acceffoires qui les açcompagnoient^On faifoit fous cette forme des vafes de plufieurs efpéces , des lampes^ des verres à boire ; (i) vi^/c<?. hïbU iUe Priapo , dit Juvénal; è^s amulettes qu’on pendoit au cou des enfans , pour les empêcher -d’être enforcelés: ear il n’y a pas de gens fi fuperftitieuxque les ignorans ;& ce n’eft pas pour eux que j’ai écrit. La décence ne me permet pas d’ei^ dire davantage. ^” ”-^- ’.- ’ “^Ifl» •” ’ « Il ‘T^i M I ‘U . I I …1 II I I I . 1 l.ll. Il ^ ,1. 1,1 111,

SUR l’Amérique: ji^^ »i^ i^t iiiiiig>iilT l u ii ’ ii I – II . H i ia M II ’ mmimmÊmmm\_ i in%%g» ’ ’ ’ ” • ’ ’ ” ^ LETTRE XLIX, Extrait d’une Lettre que ma écrite M, d^Anjfà de Villoiforiy de l^Académie des Infcriplions* VoiCï l’extrait que fai promis concernant la connoiffance qu’on avoit eue des Antilles avant Colomb, « M.— Le Manufcrit Italien, n° LXXVI de » la Bibliothèque S.-Marc , à Venife , contient ^ une Carte Marine^ defîinée avec beaucoup » d’exaclitude. Elle eft compofée de dix feuilles^; » On lit fur la première page le nom de foa n Auteur, & la date de l’année où QÎ!e a été » faite , avec ces mots : Andréas Biancko de » Vmetiis me ficit, M. CCCC. XXXFL On » trouve fur cette Carte les Antilles tracées » de la même main ,&Tony voit écrit du même » caradère : IJola Antillia. Ceci ejft d’autant phis » remarquable, qu’on attribue la découverte » des Antiîles à Chriftophe Colomb , & qu’ort » la ÛXQ à l’an 1492. Frappé de cette iingula- >^ rite, j ai fait calquer très-exadement fous mes. »” yeux cette précieufe Carte ^ & Je l’envoyai r. >f en I78l,à M. le Comte de Vergennes, quî; » la préfenta au Roi. Un de mes amis à qui ^ j’avois envoyé cette notice en Allemagne j^

5^0 Lettre^ jwi^la ût îniprîmer dans la Ga:^stu de Gotha ^pagl 1>> 39,^e l’année 1782.— Conférez enfinte la » ciirieiiie D’ijjenadon de M. Sigifniond Hade- » lich j dans le fécond Tome des Mémoires de ^ rAcadémie d’Erfort, Cq Savant y cite des ^ >> Paffages inconteftables de David Kimchi & » d’autres Rabbins contemporains qui, quatre- >> cents ans avant Colomb, ont parlé de la yy terre & du: bois du BréfiL Voyez auffi les » deux belles Dljjertations de Jean -Philippe » Caffel, Pjfofeiîeur à Brème. Elles font inti- » tulées, Tune, ^c Frifonum navigatione fortuh-d » in Américain.^ facuto XI facîâ ^ Alûgdeburgi ^ y> 1741 ; l’autre 5 de Navigation’tbus fortuitis in » Aniericam^ante Columhunifaciis \ ibid. 1742. » » Il ne faut pas confondre la Cane dont j-e V yiens de parler , avec celle qui fe trouve chez >y les Camaldules de S.-Michel de Murano (i), » près de Vénife. Cette dernière Cane eft l’On- » vrage de Fra-Mauro^ Religieux de ce Couyy vent. On y voit TEthiopie Orientale beanyy coup mieux repréfentée que dans les Tabhs » de Piolémie^ & des Pays qui navoient pas . yy encore ‘été découverts par Iqs Portugais. ». Alphoiife IV, Roi de Portugal , connoiiïant yy rhabileté de ce Moine, lui £t faire, à fes yy dépens ^ une Carte pareille à celle de Mupiw ii ’”’ ” ” nmii I I I I I III «ni.j ap (i) Celle, dont parle M,, Carli.

FUR l’Amérique. 521 » rano. Etienne Trévifan Fenvoya à Lisbonne » en 1459;& elie fe trouvoît encore en Por- » îiigal en 1528, dans TAbbaye des Bénédic- » tins d’Alcol^ara. On conferye dans la Biblio- » théque des Camalduîes de Murano,un état » des revenus & des dépenfes de ce Couvent. >* Cet état eft de la main de MafFée Girard, » qui en futAbbé en 1448. Il devint Patriarche >* de Venife en 1466, Se Cardinal en 1489. On y » voit la note des frais qu a coûtés cette Cane. » C’étoit Etienne Tréyifan qui étoit chargé de » faire les avances,& de payer au nom d’Aï- » phonle IV. Ce grand Rai Rî faire des copies. » de cette Mappemonde, de Mauro , & les diftri- *> bua à tous hs Capitaines de Vaiffeaux & à » tous fes Pilotes, Quant à Torigine de. cette » Carte curieufe, que j’ai vue à S.-Michel de » Murano , voyez ce qu’en dil’ent Rannuiio » dans (esEclaircijfcmcnsfurMarco PolOy Foyages^ » Tom, IL pag. 17, Auguflin Fortunio dans » fon Hiftoire Italienne des Camalduks^^Renaudot » dans ÏQS Notes fur les Aiicicnnes Relations dts. » bides & de la Chine , & fur-tout le Procurateur » Marco Fofcw-îiini, depuis Doge ^ pag. 419, &* » Jiiiv, de fon bel Ouvrage , intitulé délia Lit^ » teratara Fcneyana^& le Traité intéreflant du P.. > Abondio Collina, Confilcra^ioni IJioriche fopra » l’Origine délia Bujjola Nautica ^ nelî Europa ^ » c nelC Afia , p. 76 & fuiv, à Faenza, f748 >k

f J21 Lettres La même converfation qui me procura eeâ détails, me fit examiner ce qui concernoit les aflertions des Rabbins mentionnés , & le texte Hébreu où plufieurs Savans ont cru trouver le nom du haut & bas Pérou ^ dans le mot P^rvmm : les Flottes de Salomort y faifoient un voyage de trois ans. Je ferai imprimer mes détails féparément. Je dirai , ea attendant , que ce n’étoit pas au Pérou , maii au Bréfil ou à Parava-iam on à la mer de Parava quelles alloient. Parlant auffi à M. de Villoifon des Maladies Vénériennes, que je foutenois être originaires de notre Hémilphère , non d’Amérique, il me communiqua deux Paffages de Palîade, qui entra dans la folitude de Nitrie en 388^ Ces PafTages concernent, i^ un Anachorète , nommé Héron , qui , ayant vécu dans la débauche des femmes & du vin, fut attaqué d’un chancre qui lui fit tomber la verge; 2^ un autre Anachorète , nommé Etienne , difciple du. fameux S. Antoine. Cet Etienne fut attaqué aux parties d’un ulcère rongeant , qui lui entreprit le gland& les teftiçules. Les autresMoines étant étonnés , & ne pouvant concevoir qu ua homme fi faint fut attaqué d’iuie maladie fi honteufe, il leur dit : Peut-être ces membres quon coupe Je font-ils rendus coupables. M. de Villoifon cite;

ÏHifioke Laujiaque^pag, 8z— Si ^ Edition i& Meurfius* Lejck 1616 ;, m’4?^

Comme j’ai promis , dhs les premières de ces tertres , de prouver que ces Maladies étoient connues en Europe long-temps avant Colomb , J’ajouterai ces citations générales,Pline le jeune, dans une de fes Lettres ^ nous apprend que la femme d’un Fermier, voyant les parties de forv mari pourries d’ulcères, lui dit quil ne leur reiloit d’autre reflburce que de fe jetter à l’eau* Sans doute quelle lui avoit donné ce mal : ’ & ils fe noyèrent. J’aurois pu citer Celfe auparavant. Ua^ Dame , dans Martial, a la partie fexuelie li ulcérée qu elle ne peut plus s’aiTeoir qu’en faifant une efpéce de couflin de fa robe..

Les Soldats d’Attila , félon une très- ancienne chronique de Mifnie , citée dans les Comment taïres de. Lèipfic , infectèrent (en Allemagne) de maux vénériens toutes les femmes dont ils jouirent ; de forte qu’eilesjen moururent toutes» Gérard de Carmonc (dont j’ai tenu quatre Manufcrits^ deux du Roi,, deux de Saint-Viélor }, dans fon Commentrâre fur le (Viatique du favant Moine Conilantin, iious parle des bubons> des chancres, d’écoulement purulent, d’ulcères rongeantaux parties génitales. IlvivoitduXrauXlP fiécle.Confiantin étoit plus ancien.Guy deChauîiac,Brunnus,Bertapalia,Hugo parlent desmêmes, ulcères. Hemi d’Hermondaville , fous Philippe Angufte, ArnauddeVilleneuve,comme je l’aivu 4aas leursOuvrages manufcrits^à laBihliotbéq^ue

524 Lettres du Roi j ont traité CQS maux. Si la mémoif^e ne me trompe (car ii y a long-temps que j’aî lu ce que }e vais citer): Guillaume, Evêque de Paris , dit ^ dans fon fécond Supplément à fon.

Traité de la PérÀtencc^ à un jeune Confeffeur r « Voici ce que vous demanderez au Confef- >> iionaî fur ïankU de Cïncontlmncc : x^vez-vous; f* eu communication avec une femme ? Outre » la perte de votre âme , vous rifquez encore y> d’attrapper des maladies terribles ;& il les hû >> nomme en décrivant la partie de la femme »* Théodoric, Evêque de Servie, habile Médeciiî, nous d^n-ne dans le XII^ fiécle cinq recettes d’onguent mercuriel , pour traiter ces maladies par la falivatfcn , & les moyens d’arrêter cette falivation , fi elle e(l trop abond^mte. lî appelle cet onguent Saracenknm : en effet les Arabes s’en fervoient déjà aii.ïX^ fiécîe. Ceft ce même, onguent qu’employa le célèbre Médecin Pintorv pour guérir le- Cardinal de SégtDrbe. Il a connu en Efpa-gne un Vérole avant 1493. Delphinî en a connu unr autre en 1491. Le RoiLadiflas mourut de mai vénérien qtie lui donna fa maltreffe en 14 14. Pacificus Maximus , parlant au Dieu Pri^^pe , kii deraande ( vers 1430 ) de lui guérir fon Priape qui tomboit en pourriture. Il eut le bonheur de guérir,& vécut mi fiécle. Un Seigneur François , accorapagnane Louis Xil en Italie , en revint avec des maii;^

SUR l’Amérique. Ç25 vénériens, dont il mourut. Maraifcrit de Ro-chouan j Bibliothèque des Pénédidins. Mais Turner nous apprend , dans Ton excellent Ouvrage , que ceux qui tenoient les lieux publics de débauche en Angleterre , dans les domaines de TEvêque (q-u il nomme), & à qui ces lieux payoient tant par an , étoient tenus , ^ous peine d’amende confidérable , de faire vifiter les femmes ,& que, s’ily en avoit une attaquée de la maladie de /‘r«///r^(chaudepiire), il falloit la faire fortir ; & on la traitoit (1). J’ai en main im extrait d’unPoëme Latin, imprimé en I489, 6? dont le texte exiile entier dans la Bibliothèque Mazarine. Le Potfte y dit : « Pourquoi ^> donc cette maladie (^hoc gemis morbi corn- » mum Call’is & Iberïs^ commune en France & » en Efpagne, fait-elle atludlement de {\ grands j> ravages, tandis qu’onne Favoit jamais trouvée Il cruelle » ? Bafile Valentin, fimeux Chimifte, avoit trouvé, long -temps avant Colomb, le remède des maux vénériens , & formellement de la vérole. Je fais qu’on a regardé cet homme comme un perfonnage imaginaire : mais ceux qui ont eu ce fentiment n’avoient ’ pas confulté la Chronique d’Erfcrt , qui en conûate Texiftence de la manière la plus formelle. Le Dodeur Sanchès , mort ces dernières années , a écrit un petit Ouvrage (i) Cela eft bien anç^rieur à Colomb.

ÇiSLëÎTRÈS sûr L*AMi^îQt)Ë; très-intéreffant , pcuir prouver que ces mauît étoient venus comme reliquats d’une épi^ demie terrible. Étant ailez lié avec lui , je lui fis voir mes recherches , & il eut affez d& candeur polir convenir qu’il s’étoit trompé , ou qu’il falloit rapporter îa vraie vérole à l’an 555, époque de cette gale jaune ^ dont les reliquats fe jettèrent aux parties génitales, oit parurent des bubons d un écoulement purulent» Je la trouve , à cette date, en Lombardie , en Baiîe-Bretagne , & fur le Danube.On verra, dans un desJournaux deMédsc’uu Suédois, qu-Àilruc ou étoit mal inilruit, ou de mauvaife-foi dans fes alertions. J’oie même avancer qu’il a tronqué des Mémoires certains , qui contredifoient l’opinion d’Ovîèdo, qu il avoit entrepris de foutenir» Je pourrois dire que Moyfe parle de deux flux de femence, l’un involontaire, Tautre vrai^ ment virulent ,& qui fe communiquoit par l’ac* couplement. Le m.ot r/r, dont il fe fert pour caradérifer ce dernier, fignifie , en Hébreu & en Arabe , une moelle qui coule par pùtréfacilorz^ Or toute l’Antiquité a cru que la femence venoit de la moelle épinière» La plus grande iriiprécation que David put faire contre Joab , fut qu’il y eût tèujours dans fa famille une perfonne dévorée>par la gonorrhée & la lèpre, il ne s’agit certainement pas là d’ijaculations nodurnes invol^taires.

?i7 TABLE DES MATIÈRES Contenues dans ce fécond Volume. ifcl I ’ I ’” – ’ ”^ r i r i I . r 1 1 I f . I II

LETTRE XXIX

JToUR découvrir le caracîere original cTunc Nation , il faut confronter les Coutumes , les Ufages pri-^ mitifs , outre ce qui tient à la Religion^ Com-^ paraifon des Péruviens & des Chinois^ relatif vement à ces objets. Invention du Fer^ de la.

Monnoie , de l’Ecriture à la Chine , du temps de Foii’Hi, 2953 avant Jéfus-Chrijl. Mots radi” eaux 5 communs dans l’un & Cautre Continens , particulièrement pour la repréfentation des pre* m’âres Idées , telles que Dieu , Père , Mère , &c* Des premiers Héros ^ tels. ^«‘Atlante ,‘Antée , Pallas y&c pag. i

LETTRE XXX

T)e la conformité des anciens Ufages^ des Coutumes de la Religion y il réfulte que les Nations de l’un & tautre Continens ont eu quelques relations cntr’elles , à des époques tres*éloi§nées.De l’Atlantide _,fituée au milieu de tOcéan : Tradition conferyécyà cefujet , dans tun & rautre Hémirphlrcs,Connoijfances que les Anciens avoient d^

yig TABLE CAmérique^ de fes lUs : Foyâges faits , dans U moyen â^^e , vers ces parties du Globe, Continent dt VAmérique découvert par Colomb , avant que d^autres en aycnt parlé. Anciens Monumens de i Amérique, LesNations des deux Continens n’ont paspu avoir de relation ehtr’elles , qu avant l*ufagc du Fer , de CEcriture ù de la Monnaie , moyen-^ nant les Peuples intermédiaires , tels quétoicnt Us Atlantides pag. 2J LETTRE X X X I.

Fucherchè de tépoque à laquelle les Peuples de l*Océan ont pu communiquer avec ceux de lAmérique & de notre Continent, Qiiipos ou Cordelettes en ufage à la Chine plus de trois mille ans avant notre Ere, Preuves de Id Chronologie Chinoife , établies eu confirmées par les Ohfer^ rations Ajironomiqûes, Cefi vers ces premières époques que rufagg de la. Monnaie & de tEcriture fut introduit en Egypte, De Li Ciuonologic Egytienne. On prouve ^ contre Fréret ^ que la Période de trente-Jix mille cinq-cents vingt-cinq ans , confignée dans les Chroniques de rEgypte , indique vingt-cinq apparitions de Sifius, Nombre des Eclipfes enrcgifi.rées par les Prêtres de aEgypte ; ce qui confirme , a certain point , leur Chronologie, Les,Ohfervations Afironomiquesfont la voie la plus certaine pour établir les époques de CHifoire 50 LETTRE

DES MATIÈRES. 5ip LETTRE X X X 1 î. aidas j fihrc de Saturne , fils £Uranus ^ Roi ai {Adantidc yfut le premier qui enfeigna CAfiio^ nomie. Témoignages des anciens Ecrivains $* dès Critiques modernes. Hercule Egyptien apprit de lui cette Science, Jeritatives de Frérei & dg M. Badly pour déteminer tépoque d’Atlas avec les témoignages de Manéthon ^ Dicéarque ^ Hérodote^ Diodùre ^ &g. Preuves de lancertitudi ou de tinfuffîfance des réduclions que Fréret & M, Bdilly ont fuites des années indiquées par ces Ecrivains, Pour trouver (époque des Atlan-^ îides , il jjiut di abord fixer Corigine de VAflrO” nomie. …•.•• pag. c)j LETTRE XXXII 1.

Continuation des recherches relatives à tépoqut dAtlas & dHercule, Temps oîi les Nations de rOcéan ccminuniquhent avec celles du Contl* nent, La recherche dis CycUs ne fuffit pas pour trouver torigine de tAjïîOnornie. Du Cycle Su’” thiaque de l’Egypte ; de celui de fiK-cents ans che^ les Caldèens ; des Chinois , &c. On ignore te commencement ou le point d!ou ils partirent; ainfî le temps efl indéterminé. Opinion de Bou^ langerfur Coriolne des Cycles, Preuves de plufiiurs Cycles & Périodes, Ohfervatioiis Afronomiques du temps d*Atlas, Etoiles qui concouroient avec les Solfiées & les Equinoxes, Premières tentar Tome IL Ll

530 TABLE tiv&s pour déduire^ par l’AflronomU ^ tépoque d’Atlas^ laquelle remonte à quatre milUfix- cents -’ ans avant notre Ere paF. 121 L E T T R E X X X I v/ Etat de tAflronomie en Amérique^ correfpondant aux Objervations primitives du concours des Pléiades & des Hyades avec les points équi^ noxiaux , &c. Conformité des dénominations des Aflres dans les deux Hémifphères. Année an^ cienne , divifée en trois-cents foixante jours.

Correciiùn uniforme des cinq jours épagoménes eu ajoutés 5 au Mexique & en Egypte^ Coréetiôn de l’année Sydérale , par Us iix heures ajoiîtées aux trois-cents foixante-cinq Jours , ‘i tant au Mexique,par le cycle de cinquante-deux ans 6*‘treize jours , quen Egypte ^par lapériode Soîhiaque de mille quatfe-cents foixanre ans. ;./;,;,-;•… … . 148

LETTRE XXXV (2)

Récapitulation des Ghj’ervatlons précédentes, Cdfn^ ment les Américains , avant la découverte du Fer 5 de l’Ecriture & de la Monnole , ont – ils ‘pu communiquer avec notre Hémljpkère ? Ily avoit probablement dans l’Océan Atlantique un grand Continent que la mer a fuhmerî^é ^ mais dont les Peuples pouvoient communiquer tant avec ïAfrique & rEurope ^ quayec l’Amérique aciuelle, Objecîions, , . . , «\ \ iyi

LETTRE XXXVI (2)

Examen préliminaire des O/’jecIions, Expofé de rAtlantide décrite par Platon, Traditions aU” clennes qui le confirment. A-t-elU pu exifier ?

A-telU été engloutie par la mer? Idée de Cofmologie. Premier état de notre Hémifphere, La merJhrpajja toutes les m.ontagncs. Second état ; celui des Volcans : il eût Heu lorfque les eaux de la mer abandonnèrent les tcrrelns qu elles cvoient couverts. On ne peut déterminer l^étendue des terreins que la mer avoit ahforbés^& ce quelle en abandonna d’abord… . . pag. l8o LETTRE X X X V I L Les mers Atlantique & Méditerramice font l^effet d’une nouvelle révolution du Globe, Traditions de tAntiquité à ce fujet^ fur-tout à tégard de la, fubmerjion qui fuivit la rupture des terres 3 qui réunifjoient tAfrique & tEurope au détroit de’ Gibraltar y du temps d’Herculd Idée Topogra^ phique de fcfpace fubmcrgépar la Méditerrannée ^ depuis le Détroitjufqu à rifrie & la mer Noire y avant cette fubmcrjîon 2o6 – LETTRE X X X V I I L Ldée topographlque du fond de fOcéan Atlantique ^ 6’ qui indique l’exijience réelle de PAtlantide , ” avant la révolution & la granJe irruption de la mer. Les Peuples de cette île pouvaient communiqucr avec CAfrique& l’Europe , de mJme qu’aya;

5j5î T A B L E tAmérique y & propager Us connoïffancei avani la découvetU du fir ^ de Vécriture & de la mon’* noie. De-là vient tanalogie qui fc trouvoit entre les Ufages des Mexicains & des Egy^ptiens.

Rapports quont eus Us Péruviens avec Us Chi-^ nois» Examen de la portion élective de tJfie & de rAmérique , à £Orient, . . pag. 224 tETTRE XXXIX.

Tfe la mer Pacifique & de la mer des Indes, On prouve quelle efl en grande partie nouvelle comme la mer Atlantique & la Méditerraîiée. Preuves de cette ajfertion : d’où • l^çn parvient à expli^ quer torigine commune de. plujieurs Nations de (Amérique & de celles de notre Hémifphere^ Une ûujfi grande inondation doit être arrivée da temps d^Hercule 242 L E T T R E X L.

Cette grande Inondation na pas été la confé” qucnce du. Déluge univerfel. Opinion d’un Auteur anonymefur ce Déluge, On prouve encore que rInondation arrivée du tcttips d’Hercule , ne doit pas être confondue avec le Déluge univerfcU à . 26^ LETTRE X L I, Fctes des Peuples en mémoire des Déluges & des Inondations, Hydrophories ^ Fêtes & Cérê/nonieiS publiques du Phal & de l’Œuf. Déluge de Deu^ çalion & d’Ogygès, Deux Deucalions ; celui de

DES MATIÈRE S. 535 la Grèce bien pqfiérïeur : il ny eut aucun Déluge de fon temps. Déluge d’Ogygès du temps de Phoronée ,Jils cCInachus, Deux Inachus, Equivoque des Chronologifles fur £mtervalle qu’ily eut entre le premier & le féconde Vancien Ina^ chus fut contemporain dL Atlas, DInondation arrivée du temps d!Hercule correfpondit à tépoque d’Ogygès , & fut le Déluge appelle <i’Ogygès.

Tentatives pour fixer tépoque de cette Inonda^ tion. Les Ohfervations Aflronomiques & Diodore nous donnent quatre mdle ans avant notre Ere, Preuves ultérieures quifixent le Déluge d’Ogygcs à quatrs mille ans avant notre Ere» pag. 283

LETTRE XLIL

Prmves phyfiques relativement au même fujct, Tra-* dition d’un ancien Incendie du Globe ^ & du même dge que CInondation de la mer, La caufe de cet ivémment a pu être tapproche d’une Comète, Syfiême de W^ifton à ce fujer. Réflexions rapides fur la Théorie dts Comètes, Leurs Or^ bites connues, La pofjîbdité de hur approche près du Globe terrefire. Effets qui peuvent en réfultcr, La Comète de Ï759 paroit être celle qui caufa, cette révolution ^ ^OlJ ans avr.nt notre cre y & qui fêpara les deux Conùnens, Preuves déduites des anciennes Traditions. L’Année était auparavant de 3^0 jours. Récapitulation’ & Condu^ /^^^- • • ’

Contents

’$^4 TABLE DES MATIÈRES. LETTRE XLIIL Réflexions Critiques fur rWi9io\tQ de rAmérîqiîe Je M, Robcrtfon pag. 339 LETTRE XLIV. Au P, Cregorio Fontana , Profejfeur des Ecoles Pies^ dans tUniverJitl de Pavic ,fur CHypothefs préfcntéc dans ces Lettres. • … 361 LETTRE XLV. Supplément de tAuteur à la Lettre XL, Tom. IL fur les premiers Hahitans de CItalie , Jeton fa dernière Edition 383 L E T T R E X L V I. Sur les Peuples primitifs de tItalie, • 390 LETTRE XLVIL Déluge de Deucalion, Prométhée. Ce Déluge nejl que l’Inondation annuelle de l^Egypte, Origine de la Fête des Eaux : elle nefi pas la Commé^ moration d’aucun Déluge, La joie en faifoit le caraclcre , &c, , &c , . 439 LETTRE XLVIII. Phalléphories ou Fêtes des Phalls. Son Origine, 49î LETTRE XLIX. Extrait d’une Lettre que ma écrite M, d^Anffe de Vdlofon , de l’Académie des Infcriplions, . • 5’9 ; • Fin de la Table des Matières.

Pa<yes 88 , Note, lig. 6 , lifci, à Hipparque & àPtol^mée; non à d’aures, &:c. 271, Il n’étoit pas befoin de recourir ici à un Théoloo-ien de Hollande. Plufieurs Ecrivains très – Catholiques avoient aufli hé du même ’-’ avis fur le mot tout ^ tn quelques endroits de ^ l’Ecriture,& fur la ;20/r Univcrfalhé du Déluge» On citeroit entr’autres Bellarmin de gratiâ primi ’ ’ Homïnis, Mais on peut confulter , pour le feul objet de curiofité , Dijfcrtatio Pro/ufyria de Vilavii Univerfalitate y 166j. L’Auteur, très- Catholique, y cite plus de vingt pafTages d© Théologiens , r.ôn fufpeds , pour prouver la même opinion , qui , fans avoir été condamnée , n’eft cependant pas généralement admife. Au refte je ne cite ceci que comme – un objet de curiofité pour les Ledeurs érudits , fans erabraflec aucune opinion, conformément à mes principes. î.^7 , ajoute^ à la Note f i) , ctt Elermippus étoif un fourbe , fui-tout à l’égard de ce qui concerne Zoroaftre& Pythagore. Foy^jj; M. Meiner, Profefleur de Gothique, que j’ai cité dans le premier volume. 5j8 , lig. 17, lifei , les fonds ; & lig. 18 , c/^^une 1 avant qui; 8c fappléez aux autres légères erreurs typographiques. 497» %• II» li’fil’> i”ïe fut d’abord autre chofe que le fîmple phal de l’Egypte, fur Içquel on liguroit , en relief, la partie virile , dans l’état "" de relâchement. L’anneau qui furmonte la croix le voit^ fur plufieurs monumeus, figuré en

Î36 E îi R A T a: ovale , & fe terminant même en pointe à fW partie inférieure. Quelquefois cet anneau eft remplacé fur les médailles par une tête d’homme>. qui femblercit être mis en croix. Outre la faucille de Saturne , du Mercure & du Dieu du Mexique , qui répondoit au Uni;am ou au phaL Egyptien , on voit encore la génération figurée dans une belle médaille de Lesbos , par une femme alfife, jambe de-çà , jambe de-là , fur un homme. Voyez l’Archipel de Dapper & les Médailles qui l’accompagnent. On figuroit ainû la puifTance adive & paflive de la Nature en gàiéral. Le Peuple ignoroit le fens de ces fymboles gravés fur les médailles : les Initiés feuls les entendoient. Mais cet article exigerait de trop longs détails que je ne puis donner ici. Les Perfes emportèrent de l’Eg/pte l’emblème o£t phal , lorfqu’iis , &c. -

Published: 11 Oct 2026 | Updated: | Report Mistakes

Comments are closed.

The Drums of Atlantis 1,000,000-Year Timeline Map

A million years of human history, with the focus on the last 26,000 years.

I spent years cross-referencing the Akashic Records, ancient chronicles, and the most recent discoveries to create this.

This is not another dry schoolbook timeline.

This is a wall-sized visual journey that stretches from the very first sparks of human consciousness all the way to today, revealing civilizations, cataclysms, and hidden chapters that conventional history still refuses to acknowledge.


✨ Every major epoch, lost civilization, technological leap, and spiritual awakening is mapped with stunning clarity. You’ll see connections you’ve never noticed before.

✨ Conversation starter & spiritual anchor: Guests will stop, stare, and ask questions. It turns your space into a sanctuary of forbidden knowledge and wonder.

$25 High-resolution PDF

Get the 1,000,000-Year Timeline Map (PDF)

Instant PDF download. Full refund within 14 days if you are not satisfied.

See what is on the map